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10/01/2009

Un autre Israël?

Pour terminer cette évocation de la guerre au Proche-Orient, je voudrais préciser, après avoir bien critiqué ici la position du gouvernement israélien, qu’il ne faudrait pas non plus, par nos propos à tous (qui partent certes de bons sentiments) en arriver à diaboliser l’une ou l’autre nation et donc indirectement contribuer à aviver la haine. En d’autres termes, je voudrais dire, comme je l’ai déjà fait dans le passé, qu’il ne faudrait pas assimiler l’ensemble des Israéliens à la politique de leur gouvernement (de même que tous les Américains ne pensent pas comme Bush ou tous les Français comme Sarkozy, loin s’en faut).

Voici donc un article qu’une connaissance m’a envoyé et qui prouve à suffisance qu’en Israël même il est des personnes qui osent prendre la parole pour dénoncer ce qui se passe, tout en ayant la clairvoyance de dire que du côté palestinien tout n’est pas très clair non plus dans la politique qui est menée.

"Israël a manqué un rendez-vous avec l’histoire"

Ce qui est fascinant, c’est que je retrouve dans cet article beaucoup de points qui ont été soulevés ici. La différence, c’est que c’est un Israélien qui le dit et cela fait plaisir. Tout espoir n’est peut-être pas perdu.

Uri Avnery est né en Allemagne en 1923. Ecrivain et journaliste, il est membre de la Knesset.
Sa famille fuyant Hitler, est arrivée en Palestine en 1933 (tiens, tiens). A quatorze ans il est membre de l’Irgoun de Menahem Begin et combat les Britanniques. Il quitte cette organisation dès 1941, car il se rebelle contre ses positions anti-arabe et anti-sociale. Il fera la guerre de 1948 comme soldat, puis devient journaliste. Il quitte le quotidien Haaretz, estimant qu’on ne le laissait pas parler à sa guise de l’expropriation des terres appartenant aux Arabes. Il rachète alors l'hebdomadaire israélien Haolam Hazeh, journal qui critiquera l’opération militaire de Sharon contre le village de Qibya, ce qui vaudra à Uri Avnery un passage à tabac par des militaires ayant participé à l’opération. Plus tard, c’est un attentant à la bombe qui vise le siège du journal suite à un article contre le maire de Haïfa.

En 1965, il est de ceux qui fondent le parti Haolam-Hazeh et il deviendra député à la Knesset . En 1982, il va rencontrer Arafat au Liban. En 1933, il fonde le « Bloc de la paix ». (Gush Shalom en hébreu). C’est un mouvement israélien, fort à gauche, qui milite pour la paix et en vue de la création d'un Etat palestinien (un peu comme Shalom Archav)


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08/01/2009

Religion et société (3)

Poursuivons notre réflexion sur l’importance et l’éventuelle implication de la religion dans les rapports actuels entre les peuples. Nous avons dit en ce qui concerne l’Occident que l’affadissement des pratiques religieuses prouve à suffisance que ce n’est pas dans la foi qu’il faut chercher le moteur des politiques menées.

Pour la religion juive, nous avons dit que même s’il n’y a que 15% des Juifs qui ont une foi vraiment profonde, il semblerait bien cependant que l’ancienne conception biblique de la terre promise continue à justifier l’existence même de l’état d’Israël auprès de tous les Juifs (voir cependant les nuances apportées par Pascal Janovjak dans la note précédente). La conséquence, c’est évidemment le refus de voir que cette terre promise était habitée par les Palestiniens et que donc il faudrait peut-être se résoudre à leur en concéder au moins une partie. Cela débouche forcément sur des conflits sans fin, augmente la violence de part et d’autre et justifie finalement tout agrandissement du territoire pour des raisons sécuritaires. Ainsi l’invasion du Liban dans les années 80 et encore en 2006 s’expliquait par la volonté de créer une zone tampon afin de protéger l’état israélien des tirs de roquettes. Quant à l’implantation de nouvelles colonies, elle entre dans la même logique : protéger le centre de l’état en en reculant continuellement les frontières et ceci afin de ne pas laisser « l’ennemi » à proximité des centres vitaux (car toujours il y a cette idée que l’état juif pourrait disparaître). Le problème, c’est qu’une fois une nouvelle colonie établie, il faut la protéger à son tour et donc pour cela agrandir encore la zone d’influence par la construction d’une autre colonie. On n’en finit donc jamais et toute la politique se définit en termes de défense et d’agression. Les résultats, on les voit en ce moment-même à Gaza.

Maintenant, qu’en est-il du coté arabe ? Là, c’est beaucoup plus difficile de répondre. Est-ce l’Islam qui est en soi de nature belliqueuse ou bien au contraire les Arabes ont-ils trouvé dans la foi et la religion un moyen d’exprimer leur spécificité par rapport à l’Occident et à ses valeurs marchandes et matérialistes (y compris sous la forme du djihad) ? Difficile de répondre dans la mesure où nous subissons tous les jours la propagande de notre camp et que ces derniers temps le monde musulman est présenté comme une menace. Est-il menaçant en soi ou tente-t-il de se défendre avec les moyens qui sont les siens contre notre agression économique ?

Ce qu’il faudrait savoir (et que je ne sais pas), c’est la proportion de musulmans qui approuvent la violence de tous les extrémistes armés qui se basent sur le Coran pour combattre l’Occident. En soi, on est bien d’accord pour dire que le Coran est un livre de paix, mais il faudrait voir comment les gens vivent leur foi. Est-elle source d’apaisement intérieur, voire de résignation ou au contraire moyen de s’affirmer et de se défendre ?

J’aurais tendance à dire que c’est nous qui avons agi de telle sorte que certains ont pris les armes. Si on regarde les Talibans d’Afghanistan, on trouvait normale leur action quand ils se battaient contre les Russes (ils étaient même armés par les Américains comme chacun sait), mais on les déclare terroristes quand c’est l’Amérique qui veut étendre sa zone d’influence dans ce pays. Alors ? L’islam implique-t-il en lui-même la création de ces groupes armés afin d’étendre à toute la terre la parole du Prophète ou bien est-ce que la religion canalise les mécontentements et permet de justifier la violence aux yeux mêmes de ceux qui la pratiquent (ledit Prophète ayant bien dit de combattre les infidèles).

Pour répondre, il faudrait voir si c’est d’abord la foi qui anime ces djihadistes ou l’opposition à l’Occident et à Israël. Combattent-ils pour Allah ou pour se venger des colonisateurs ? Pour moi, c’est cette dernière hypothèse qui est la bonne, mais je peux me tromper.

Revenons encore au conflit de Gaza (et qui commence déjà à se banaliser : 300 morts, 400, 500, cela ne veut plus rien dire. Seules les premières victime avaient un visage, maintenant ce ne sont plus que des chiffres, comme les morts de la guerre civile irakienne). Certes Israël est coupable, mais les Etats-Unis en soutenant son action et l’Europe en ne prenant aucune sanction, le sont tout autant. Les Juifs eux-mêmes ont eu l’art de couper l’herbe sous le pied à toute tentative de paix, par exemple en continuant l’implantation des colonies au moment des accords d’Oslo. Et quand ils accordent quelque chose, on a l’impression que c’est toujours du provisoire pour calmer le jeu et que le lendemain ils passent outre à leurs promesses. Evidemment, il y a toujours un motif à ce revirement (acte terroriste, roquettes, etc.) mais n’ont-ils pas eux-mêmes suscité ces agressions par leur comportement volontairement vexatoire et expansionniste ?

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D’un autre côté, après le massacre de la Shoa, ils savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et craignent sans arrêt de voir leur récent état disparaître. Cela suppose donc tout un arsenal militaire d’autodéfense. Malheureusement, à Gaza, ce n’est plus de l’autodéfense, même si la majorité des Juifs en sont persuadés.

Maintenant, si on se penche du côté du monde arabe, il y aurait beaucoup à dire aussi. Pourquoi la ligue arabe s’est-elle toujours montrée impuissante à imposer quoi que ce soit ? Ces gens-là ont le pétrole, ils ont donc un beau moyen de faire pression sur l’Occident pour imposer leurs vues. Or ils ne le font pas. Pourquoi ? Et pourquoi l’Egypte ferme-t-elle ses frontières en ce moment ? Pour ne pas être envahie par les Palestiniens et laisser le champ libre à Israël, bien entendu. Mais ce sont des musulmans entre eux et la situation est dramatique sur le plan humanitaire et sanitaire. Alors ? L’Egypte joue-t-elle le jeu de l’Occident contre les Palestiniens ? Peut-être que cela l’arrange après tout qu’Israël détruise le Hamas. Si elle ouvrait ses frontières, l’action de Tsahal tournerait à rien, puisque tout le monde fuirait, y compris les combattants, pour revenir ensuite.

Et la puissante Arabie, qui entretient de si bonnes relations avec les USA, pourquoi ne négocie-t-elle pas un nouveau statut pour les Palestiniens ?

Car après avoir critiqué l’Occident comme je l’ai fait, il faut aussi avoir le courage de regarder si dans l’autre camp, celui qu’on défendait pour des raisons humanitaires, il n’y a pas aussi des choses à redire. Est-ce que quelque part les états arabes n’ont pas intérêt à ne pas aider les Palestiniens ? S’ils les accueillaient à bras ouverts, tout serait vite réglé, mais non on préfère les laisser moisir dans des camps plutôt que de faire un geste. Forcément, parce qu’alors Israël aurait gagné et occuperait toute la Palestine (et commencerait à regarder du côté de l’autre rive du Jourdain, en Jordanie. N’ont-ils pas déjà conquis le Golan syrien ?) Donc, il vaut peut-être mieux pour les états arabes que les Palestiniens continuent à être des victimes.

Et ces Palestiniens eux-mêmes, acharnés certes à rester sur leurs terres, ne se complaisent-ils pas aussi dans ce rôle de victimes ? Je sais que je pousse loin et que je me fais l’avocat du diable, mais ne serait-il pas plus logique, quand on est un bon père de famille et qu’on est encerclé par Tsahal, ne serait-il pas plus logique de fuir, de créer une diaspora à l’étranger et de tenter de combattre à partir de là ? Au moins leurs enfants ne seraient pas sous les bombes en ce moment.

Et le Hamas, en se cachant parmi la population (mais que pourrait-il faire d’autre ?) ne se sert-il pas des civils comme de boucliers et n’a-t-il pas intérêt, lui aussi, à ce qu’il y ait beaucoup de victimes, donc de martyrs, non pas pour attendrir l’Occident, dont il n’attend plus rien, mais pour le plaisir de recruter de nouveaux combattants disposés à donner leur vie pour venger tous ces morts ?

Pourquoi aucune solution ne peut-elle jamais être trouvée ? Et nous sommes dans un cercle vicieux : plus Israël bombardera et plus le Hamas se renforcera. Même s’il est détruit, d’autres prendront sa place.



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En en négociant pas avec Arafat (devenu modéré), Israël a propulsé le Hamas en avant. En humiliant Arafat, Israël a fait en sorte que des groupes armés radicaux voient le jour. L’a-t-il fait par ignorance ou sciemment (pour mieux pouvoir engager un combat qu’il croit pouvoir gagner vu sa supériorité militaire) ?

Et le Hamas a-t-il intérêt à ce que les Palestiniens vivent en paix dans un état à eux ? Non bien sûr. Chaque camp s’arrange donc bien pour qu’une roquette soit tirée au plus mauvais moment. On vient d’en tirer une du Liban, d’ailleurs. Le Hezbollah dément. Qui a tiré ? A qui cela profite-t-il ? A ceux qui veulent se battre. Qui veut se battre ? Les extrémistes des deux camps.

En attendant des innocents meurent à Gaza, victimes de toutes ces tractations politiques des uns et des autres. C’est tout ce que je sais et c’est tout ce que je comprends.

Mais je ne me fais aucune illusion sur la nature humaine et je sais que si demain Israël détruisait son armée, les victimes d’aujourd’hui se transformeraient à leur tour en loups sanguinaires. La violence devient donc inévitable dès qu’on a commencé à la pratiquer. Ce conflit n’aura donc jamais de fin. Et des innocents continuent et continueront de mourir. J’ai dit tout ce que j’avais à dire et je suis complètement impuissant.



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Images Al Jazeera

06/01/2009

Religion et société (2)

Le conflit actuel en Palestine n’est pas à l’origine un conflit religieux, mais plutôt les suites d’une fin d’époque coloniale particulièrement mal gérée.

Avant 1917, la Palestine faisait partie de l’Empire ottoman. Au moment où les Anglais s’en emparent, ils promettent, par la déclaration de Balfour, de favoriser la création d’un foyer national pour le peuple juif. Pourquoi cette attitude ? Probablement parce que le gouvernement britannique avait besoin de l’aide des banques (anglaises et américaines), lesquelles étaient aux mains des Juifs. De plus, en faisant cette promesse, on obtenait la faveur des Juifs américains, lesquels firent aussitôt pression pour que les Etats-Unis rentrent en guerre. Rien n’est simple, comme on le voit.

Le problème, c’est que les Anglais avaient fait une autre promesse aux Arabes, à savoir la création d’un grand royaume arabe incluant la Palestine. Dès 1917, donc, ceux-ci se retrouvèrent lésés et frustrés.

Bref, c’est l’époque coloniale et les Anglais occupent la Palestine, laquelle était donc bien habitée par des Arabes et des Juifs. Mais comme on commence à favoriser l’immigration des Juifs en Palestine, le nombre de ceux-ci augmente. La société des Nations avait d’ailleurs donné un mandat au Royaume-Uni qui lui demandait de

« placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'auto-gouvernement».

Il faut aussi

«faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des Juifs sur les terres ».

La conséquence de tout ceci, c’est que la population juive augmente sans cesse (elle est d’ailleurs passée de 83 000 habitants en 1918 à 650 000 en 1948). Les Arabes commencent à se révolter et pour ne pas avoir de problèmes, les Anglais, dès 1939, réduisent l’immigration juive et promettent l’indépendance aux Arabes dans un proche avenir. Du coup, l’empire britannique rentre en confit ouvert avec les sionistes qui n’hésitent pas à faire des attentats (voir le rôle de l’Irgoun de Menahem Begin, alors activiste terroriste avant de devenir plus tard Premier ministre d’Israël). De guerre lasse, les Anglais remettent leur mandat aux Nations Unies, lesquelles décident assez logiquement de créer un état arabe et un état juif. Les Anglais quittent définitivement la Palestine en 1948, non sans avoir de nouveau tout fait pour favoriser l’apparition d’un état juif. Dès qu’ils sont partis, les sionistes ont assez de force pour vider la région de la population palestinienne. Il y a 800.000 exilés. C’est l’époque durant laquelle on a rasé le village du poète Mahmoud Darwich, ne laissant que le cimetière dans lequel il n’a pas pu être enterré lorsqu’il est décédé l’année dernière). C’est l’époque aussi de la destruction du village de Deir Yassin: les 254 habitants de ce village (hommes, femmes, enfants, vieillards) furent massacrés par les troupes de "L’Irgoun" de Menahem Beghin.
La suite, on la connaît. Les Anglais sont à peine partis que la guerre avec les pays arabes commence aussitôt.

Peut-on donc dire que la religion est à la base de ce conflit ? Quelque part non, on vient de voir que la situation était particulièrement complexe. Pourtant, si les Juifs veulent s’établir en Palestine (et non en Argentine ou encore en Russie où avait existé autrefois un petit royaume juif), c’est bien pour des motifs religieux, celui de la Terre promise.

De tout ceci, on retiendra :

- que si on n’avait pas pratiqué une immigration massive de 1917 à 1948, la Palestine serait arabe aujourd’hui. Mais peut-être que les Juifs n’auraient toujours pas d’état. La réalité, c’est que les Palestiniens, eux, n’en ont pas.

- Que s’il n’y avait pas eu ce substrat religieux et le sentiment chez les Juifs que cette terre leur appartient de droit par volonté divine, on n’en serait peut-être pas là.

Dans la correspondance qu’il entretient avec JL Kuffer, l’écrivain Pascal Janovjak mettait en doute l’importance du phénomène religieux dans ce conflit. Il n’a pas tort, donc. Pourtant, il faut avouer que même s’il n’y a que 15% des Juifs qui sont profondément religieux, l’ensemble de cette communauté continue de se baser sur la Bible pour dire que cette terre lui appartient.

Voici d’ailleurs quelques citations éclairantes :


- «Le Seigneur conclut une Alliance avec Abraham en ces termes: C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate.» Genèse (XV, 18-21)

- "Si l’on possède la Bible, si on. se considère comme le peuple de la Bible, on devrait posséder également les terres bibliques, celles des Juges et des Patriarches, de Jérusalem, d’Hébron, de Jéricho, et d’autres lieux encore." Moshé Dayan."

- «Il n’y a pas de peuple palestinien... Ce n’est pas comme Si nous étions venus les mettre à la porte et leur prendre leur pays. Ils n’existent pas.» Madame Golda Meir. Déclaration au Sunday Times, 15 juin 1969

- «Eretz Israël sera rendue au peuple d’Israël. Tout entière et pour toujours.» Menaheni Beghin

Le paradoxe, c’est donc le fait que les partis religieux soient si importants dans la politique israélienne alors qu’une bonne partie de la population n’a qu’une foi très modérée ou même pas de foi du tout. La raison en est qu’inconsciemment cette population accepte la thèse religieuse de la Terre promise. Sans cela, comment pourrait-on justifier ce que l’on voit aujourd’hui ?

Ces bombardements n’ont pas pour seul objectif d’affaiblir le Hamas, il s’agit aussi de terroriser la population civile dans l’espoir qu’elle se décidera enfin un jour à quitter définitivement la Palestine. Sinon, pourquoi viserait-on des mosquées, des écoles, des centrales électriques ? C’est la même logique depuis le premier jour : chasser les Arabes de la Terre promise. Pour cela tous les moyens sont bons. C’est Dieu qui l’a voulu, semble-t-il.


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04/01/2009

Religion et société

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Quelle est encore l’influence de la religion sur la pensée et le comportement des hommes ? Telle est la question qu’on est en droit de se poser en ce début du XXI° siècle, alors qu’en Europe les églises se vident de leurs fidèles. La difficulté que rencontre l’Eglise pour recruter de jeunes prêtres, les critiques qui s’élèvent à l’encontre de certains discours du pape (sur l’avortement, la contraception, l’homosexualité, etc.) ou tout simplement l’indifférence générale de la population sur les questions religieuses prouvent à suffisance que la foi ne fait plus recette. Certes, l’enseignement libre confessionnel connaît un grand succès, mais on sait que les parents qui choisissent ce type d’établissement justifient leur position par la qualité de l’enseignement qui selon eux y serait dispensé et ils évoquent rarement des motifs religieux. D’ailleurs il suffit d’interroger un peu son entourage pour entendre chaque fois la même réponse : « Oui, je crois en Dieu, mais je ne suis pas pratiquant. » Cela montre bien que s’il demeure un substrat confessionnel dans les mentalités, celui-ci n’est plus très vivace. On peut regretter au passage que tous ces gens n’aient pas pris la peine de réfléchir sérieusement à leur position sur le sujet. Quelque part, je préférerais quelqu’un qui me dise « je crois ou j’essaie de croire pour telle ou telle raison » ou au contraire « non, je suis devenu athée » que ce simple constat ambigu où l’on croit sans croire vraiment et qui manifeste une sorte de laisser-aller que l’on ne peut que déplorer sur un plan intellectuel.

Enfin, peu importe, ce qui est sûr, c’est que la majorité de nos concitoyens croient vaguement en l’existence d’un Dieu (sinon comment expliquer l’existence de l’univers) mais restent très méfiants sur les discours et les pratiques religieuses, qui leur semblent à mille lieues de leurs préoccupations quotidiennes. A la limite on veut bien se marier à l’Eglise (pour ceux qui se marient encore) et assister à la communion d’un neveu (tradition familiale) mais pour le reste, non, on vit dans un monde laïc. L’Etat et le pouvoir, d’ailleurs, s’inscrivent bien dans cette conception laïque, aussi a-t-on été un peu étonné d’entendre Giscard d’Estaing réclamer un ancrage chrétien à sa constitution européenne (laquelle, rappelons-le, concerne surtout la liberté du commerce) et Sarkozy affirmer la primauté du discours du prêtre sur celui de l’instituteur.

Pourtant, quant on connaît les thèses sur le choc des civilisations (Samuel P. Huntington), l’état d’esprit de l’administration Bush ou encore l’actuel conflit à Gaza, on est en droit de se demander si la religion n’est pas encore un moteur de l’action des hommes. Le monde arabe semble d’ailleurs trouver dans le fait religieux une sorte d’unité et une manière de s’opposer (pacifiquement ou non) à la domination de l’Occident.

J’aurais tendance à donner une réponse de Normand et à dire que les religions ne sont pas le phénomène essentiel permettant de comprendre les conflits dans le monde, mais qu’elles contribuent cependant à les attiser.

Ainsi, je ne vois pas bien en quoi l’Occident se penserait comme chrétien. La politique qu’il mène est celle qu’il a toujours menée, depuis le colonialisme et l’expansionnisme géographique jusqu’à son désir récent de soumettre la planète entière à son esprit mercantile pour autant, bien entendu, que ce commerce se fasse à son profit.

Donc, la théorie du choc des civilisations semble particulièrement contestable, surtout si on veut définir les grands blocs de civilisations par leur seule religion. On ne voit d’ailleurs pas comment on ferait entrer l’ancienne guerre froide (USA/URSS) dans un tel schéma, la Russie communiste ne se définissant certainement pas par rapport à la religion orthodoxe. De plus, les besoins des hommes étant partout les mêmes (se nourrir, se vêtir, se reproduire, vivre en paix), on ne voit pas non plus pourquoi un Européen devrait d’office entrer en conflit avec un Arabe, un Indou ou un Chinois sous prétexte qu’il aurait une religion différente. En fait, les différences alimentaires, vestimentaires ou culturelles sont pour le moins aussi importantes que la religion pour différencier les peuples. Mais ces différences ne sont pas non plus des obstacles insurmontables qui nous empêcheraient de bien nous entendre avec les autres. On peut parfois se sentir plus proche d’un étranger (qui aurait lu les mêmes livres que nous et qui aurait une vision humaniste fort proche de la nôtre) que de son voisin de palier. Et le fait que cet étranger ne prie pas le même dieu ou ne mange pas les mêmes aliments que moi ne change pas grand chose. Donc cette théorie du choc des civilisations en rapport à la religion ne sert qu’à justifier la politique des marchands d’armes, lesquels essaient de dresser tout le monde contre tout le monde afin de faire du profit (voir les mensonges déjà oubliés sur les armes de destruction massive en Irak).

Quand éclate un conflit, la religion semble donc être un prétexte qui masque les vrais motifs. La guerre en Irak n’est pas une guerre contre l’islam (même si officiellement elle s’est donnée comme but d’éradiquer le terrorisme islamique), c’est une mainmise pure et simple sur les puits de pétrole et un renforcement de la présence militaire US dans un endroit stratégique de la planète. La guerre en Afghanistan relève de la même logique.

Maintenant, qu’en est-il de l’actuel conflit à Gaza ? Peut-on dire que la religion en est absente ?

(à suivre)


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02/01/2009

An 9

Bonne et heureuse année à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de ce blogue.

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Feuilly, novembre 2008




Evidemment, pendant que nous parlons tranquillement ici, les bombes tombent là-bas à Gaza, étape ultime d’un processus qui a commencé il y a bien longtemps. Car si on peut comprendre que le peuple juif méritait bien d’avoir lui aussi un état (et donc qu’en 1948 certaines spoliations étaient inévitables), on comprend moins bien pourquoi cet état, depuis sa naissance, a toujours eu des visées impérialistes et qu’il n’a pas cessé de s’étendre, en 1967 et 1973 d’abord (suite à des guerres qu’on veut encore bien qualifier de défensives) mais surtout par la suite avec une politique de peuplement systématique via les fameuses colonies.

Le territoire qui avait été laissé aux Palestiniens en 1948 n’a pas cessé de se réduire comme une peau de chagrin et tout est mis en œuvre pour inciter les habitants à partir (contrôles incessants aux cheks-points, fermeture des frontières, arrestations arbitraires, incursions militaires, dynamitage de maisons, construction du mur, interdiction ou impossibilité pour les paysans d’accéder à leurs champs, confiscation des terres les plus riches, impossibilité de se rendre à son travail, etc., etc.) Parquée comme des moutons dans la bande de Gaza, la moitié du peuple palestinien a encore dû endurer les coupures d’eau, de gaz et d’électricité. La situation sanitaire est souvent catastrophique, les hôpitaux manquent de tout, l’enseignement se fait dans des conditions matérielles épouvantables, etc., etc.

Pour négocier, l’état israélien avait devant lui Yasser Arafat, dont on peut dire beaucoup de mal, y compris au sujet de la corruption généralisée qui l’entourait, mais qui offrait l’avantage d’avoir un point de vue laïque et modéré. Toutes les tentatives de paix ont avorté et quand elles ont failli réussir, cela s’est soldé par l’assassinat des négociateurs (assassinat du président égyptien Sadate par des islamistes qui lui reprochaient de négocier avec Israël et assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste israélien qui lui reprochait d’avoir parlementé avec Arafat). A la fin, Arafat qui a pourtant renoncé à la violence et qui semble un interlocuteur de choix pour négocier, n’est pas écouté par les Israéliens. Il perd petit à petit de son crédit auprès de son propre peuple puisque ses concessions n’aboutissent à rien et à la fin il est même encerclé dans Ramallah par les chars de Sharon. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un mouvement plus dur ait fait son apparition, le Hamas, qui allie la religion pure et dure avec le combat militaire. Il n’y a évidemment rien de bon à attendre d’un tel mouvement extrémiste, mais il faut quand même souligner qu’on aurait pu éviter d’en arriver là si de vraies concessions avaient été faites de part et d’autre. On est maintenant dans une impasse : il n’y a plus que les armes qui peuvent parler. Et on voit ce que cela donne.

En attendant ce sont les populations civiles, déjà éprouvées par les différents blocus, qui vont faire les frais de ce nouveau conflit (et n’oublions pas non plus les victimes civiles israéliennes, même si elles sont moins nombreuses).

Pour ceux que cela intéresse, une pétition à signer :

26/08/2008

L'heure des bilans

Petit bilan en grande Sarkozie.

Le candidat Nicolas avait promis des changements lors de sa campagne électorale et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces changements ont été au rendez-vous :

- l’Etat a plus de dettes
- Il y a plus de déficits
- Il y a moins de travail
- Les Français sont plus pauvres

Si ce n’est pas bien, tout cela ! Après une bonne année de règne, nous pouvons affirmer que les promesses électorales n’ont finalement pas été tenues. Certes, les Français se lèvent toujours aussi tôt, mais pour le reste, leur portefeuille ne s’est pas rempli.

Du moins pouvait-on espérer une réaffirmation du rôle de la France à l’étranger. Or que voyons-nous ? Sarkozy a bien renforcé le contingent français en Afghanistan, mais il l’a fait pour faire comme tout le monde, sans vraiment donner les moyens aux militaires sur place de mener à bien leur mission. La preuve : dix soldats tués, dont on ne sait toujours pas si leur mort est à mettre sur le compte de l’aviation de l’Otan, d’une mauvaise préparation de la mission ou d’une erreur de commandement (comment peut-on laisser des soldats tombés dans un guet-apens, seuls devant l’ennemi pendant des heures, sans apporter le moindre renfort ?)

Certes, le Président est allé réconforter les survivants, mais il a surtout expliqué qu’il était fier de sa décision. Pourquoi faut-il être en Afghanistan, a-t-il demandé aux soldats qui étaient justement en train de se le demander. Il fallait y être parce que les autres y sont, a-t-il répondu et de citer les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, bref les pays anglo-saxons qu’il admire par-dessus tout mais dont il semble être devenu le domestique. Voilà des propos qui ont dû rassurer les personnes présentes ! Devant l’air inquiet des militaires (on les comprend !), il leur a dit, les mains dans les poches (décontracté ou mal à l’aise ?) qu’ils ne devaient pas s’apitoyer sur leur sort, mais relever la tête. Soit. De son côté, il n’a pas vraiment montré l’exemple quand il s’est plaint de la lourdeur de sa tâche : « Jamais à un tel point je n'ai mesuré ce que peut être la solitude d'un chef de l'Etat face aux décisions qu'il doit assumer »

On apprend par ailleurs que l’aviation de l’Otan a bombardé des zones civiles, tuant quatre-vingt-dix innocents. Voilà qui va encore renforcer la confiance de nos militaires. Ils doivent être fiers d’appartenir à une telle force d’intervention pour la paix et la démocratie.

En dehors de ces déboires afghans, Sarkozy a encore dû avaler le non-retrait russe de Géorgie. Pourtant, en bon émissaire européen, il était accouru le premier et avait exigé un cessez le feu immédiat et un retrait de l’armée de Poutine. Hélas, une semaine s’est écoulée et les Russes n’en finissent plus de faire leurs bagages. Bien au contraire, ils installent des missiles en Ossétie du Sud et délogent les populations géorgiennes (ne parlons pas des mines qu’ils ont semées en Géorgie même). Il est vrai qu'il était bien prévu dans l'accord que Sarkozy avait signé avec les Russes que ceux-ci pouvaient occuper la Géorgie au-delà des frontières ossètes (à l’exclusion des villes). Ce n’est pas là ce que le président avait dit devant la presse, quand il s’était écrié que la Russie devait se retirer.» Enfin, passons. Visiblement le temps est loin où il buvait un verre avec Poutine en faisant copain copain. Ou alors celui-ci a compris ce jour-là à quel guignol il avait affaire.



En France même, cela ne va pas beaucoup mieux. Tous les indicateurs sont mauvais : la production industrielle, l’inflation, la croissance et même la création d'emplois.

Comme il n’y a plus d’argent dans les caisses (de l’aveu même du président), on ne voit pas bien ce que le gouvernement pourra faire, si ce n’est mettre sur pied un plan de rigueur draconien. Pour relancer l’emploi, on donnera quelques avantages fiscaux aux entreprises (qui s’enrichiront un peu plus pendant que les caisses de l’état resteront à sec) et on demandera aux citoyens de faire des efforts (soins de santé, etc.) S’ils trouvent cela un peu dur, ils n’ont qu’à écouter Madame Lagarde, qui estime que les mesures prises par le gouvernement pour sauver le pouvoir d’achat (car si on veut que les gens consomment, il faut bien qu’il aient un minimum d’argent) ont apporté aux Français 7,7 milliards d'euros. Cela doit être vrai, puisqu’elle le dit. N’a-t-elle pas fait toute sa carrière aux Etats-Unis, où elle a défendu les intérêts américains et ceux de Boeing et de Lockheed-Martin) contre ceux de la France Airbus et Dassault)? Elle doit donc s’y connaître en chiffres.

A propos de chiffres, c’est le moment de rappeler que le prix de l’énergie augmente. On l’a vu avec le pétrole mais on va le voir avec le gaz (privatisation de GDF et donc tarifs adaptés aux exigences ses actionnaires). La quote-part des citoyens dans les soins de santé ne cesse de croître (et ce n’est pas fini : les mutuelles, que l’on vient de taxer sur le bénéfice qu’elles avaient réalisés avec la généralisation des médicaments génériques ont déjà annoncé qu’elles augmenteraient le montant des cotisations). Sans oublier que de son côté l’état à promis à Bruxelles qu’il parviendrait enfin à réduire son déficit à 3% du PIB.

Bref tout va pour le mieux au royaume de France. Le roi a amusé la galerie avec son divorce (Cécilia), ses amours (Ferrari ? Dati ?), son remariage (Carla) mais l’éclat des lustres du Fouquet’s, dignes du Versailles de Louis XIV n’intéresse plus personne. Les vacances se terminent et pour ceux qui n’avaient pas pris la précaution de se faire inviter sur un yacht en Méditerranée, elles ont été assez pluvieuses. La rentrée, elle, s’annonce chargée de lourds nuages.

Vive Sarkozy, vive la France.


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24/08/2008

De la résistance passive

Dans les commentaires de la note précédente, notre ami Bertrand Redonnet nous disait que pour lui « Une révolution commence quand les fusils se taisent. »

Il n’a peut-être pas tort. Voici un exemple qui voudrait illustrer son propos.

J’ai souvent parlé ici du conflit israélo-palestinien. Par nature, je me suis toujours placé du côté du plus faible, en l’occurrence du côté où n’étaient pas les tanks. L’Etat israélien est entré dans une spirale de violence dont il ne sortira jamais s’il ne fait pas des concessions. Chaque fois qu’un accord est trouvé (accord ô combien fragile), il est aussitôt ruiné par une nouvelle politique de colonisation. Délibérément, on grignote encore un peu plus le petit morceau de terre qui avait été laissé aux Palestiniens, ce qui amène immanquablement quelques extrémistes à lancer une roquette ou à commettre des attentats suicides. Parfois, les faits se passent dans l’ordre inverse et ce sont les Palestiniens qui commencent, mais cela revient au même : la paix est menacée, la colonisation poursuivie et la honte et la colère devant l’oppression grondent.

Car il se passe tout de même la-bas des choses anormales. Les uns se sentent en permanence menacés par un attentat potentiel et les autres sont perpétuellement victimes de brimades dans leur vie quotidienne. Or ce sont ces brimades répétées qui font qu’un individu se renferme, développe de la haine et finit par décider de riposter.

Nous avons parlé du poète Mahmoud Darwich qui n’a pu être enterré dans son village, village détruit en 1948 déjà. Cette situation est fréquente. J’ai connu un prêtre catholique (ayant de bonnes fréquentations) qui avait fait un voyage en Israël pour y rencontrer les Chrétiens arabes (les descendants, donc, de la première christianisation). Ils sont deux fois minoritaires, évidemment : comme Arabes ayant la nationalité israélienne et comme Arabes non musulmans. Leurs villages furent confisqués (ils ont été expulsés de leurs maisons) ainsi que leurs terres les plus fertiles (on leur a laissé quelques arpents caillouteux) afin de construire un village israélien. Leurs maisons furent donc temporairement occupées, puis, quand le nouveau village fut construit, ils purent racheter leur propre maison. Malgré une telle injustice, c’est ce qu’ils ont fait pour pouvoir rester.

Entre-temps, les champs d’oliviers avaient été systématiquement coupés, afin de les inciter à partir.

Ils sont quand même restés.

Privés de leurs champs, ils sont allés chercher du travail en ville, mais la ville n’est accessible que quand l’armée les laisse passer.

Néanmoins, ils sont quand même restés.

Maintenant, à ce qu’on dit, le mur avance vers leur village, et ce qui reste des champs risque de se trouver du mauvais côté.

Mais ils vont quand même rester.

Quand on en arrive à une telle situation, rien d’étonnant à ce que la haine réponde à la haine.

Mais j’en reviens à mon propos du jour sur la révolution sans fusil.

Car il faut être juste. De même que le peuple américain n’approuve pas tout ce que fait celui qu’elle a pourtant élu, de même que tous les Français n’applaudissent pas à notre présence militaire en Afghanistan (même si un grand homme d’état en a ainsi décidé pour eux), en Israël aussi des personnes se lèvent contre les traitements inhumains que leur état fait subir aux Palestiniens. Car à force de ne parler que des exactions de cet état, on finirait par s’imaginer que sa politique est approuvée par cent pour cent de sa population. Or, c’est loin d’être le cas.

Ainsi, je découvrais hier l’histoire de cette femme de soixante-douze ans, qui a pour nom Hanna Barag. Elle consacre sa retraite à dénoncer les exactions des soldats de son pays aux postes frontières et à tenter de venir en aide aux Palestiniens qui restent bloqués aux fameux « Check Points » Les jeunes, dit-elle, ne veulent rien savoir de ce qui se passe de l’autre côté du mur. Cela ne les intéresse pas de connaître le comportement de nos soldats. Moi si. Ils sont payés avec mes impôts et il s’agit de notre futur à tous. Or, ces contrôles militaires la remplissent de honte car sous prétexte d’assurer la sécurité, ils permettent en fait de miner le développement économique des Palestiniens en les empêchant de travailler un jour sur deux. De plus, cela limite fortement l’arrivé de l’aide humanitaire.

Barag est une Juive d’origine allemande. Quelques membres de sa famille avaient péri à Auschwitz, mais la plupart avaient fui en Palestine. Elle-même naquit en Israël, où elle connut une autre menace : les attaques palestiniennes.

A huit heures du matin, on la retrouve devant le poste qui contrôle l’entrée de Naplouse. Là, des hommes, des femmes et des enfants font la file. Les soldats doivent vérifier leurs papiers et décider s’ils vont les laisser passer. Ceux qui ont reçu le feu vert, ressortent du contrôle à moitié déshabillés et la figure rouge de honte. Barag, elle, note tout dans un carnet. C’est qu’il y a à écrire sur ces postes douaniers, qui sont devenus des microcosmes avec leur vie propre. Les délais d’attente sont si longs, certains jours, que les gens dorment par terre sur des cartons, sans quitter la file ou que des femmes accouchent sur place, sans aide médicale aucune. Des amitiés se lient, des conflits éclatent. Bref, c’est la vie et chacun se demande s’il arrivera à temps à son travail.

Parfois, un officier vient menacer Barag. Il lui dit qu’il va appeler la police. Mais elle, qui connaît les règlements à fond, sait très bien à quel endroit elle peut être et à quel endroit elle ne peut pas. Elle ne craint pas les soldats et ne les écoute pas quand ils lui crient qu’elle ferait mieux de retourner à ses casseroles.

Elle, elle reste là.

A la fin, les officiels ont fini par la connaître, ce qui lui permet, de temps à autre, d’intervenir pour demander une faveur ou transmettre une plainte. Quand une centaine de Palestiniens qui se rendent à une noce restent bloqués, c’est elle qui intervient, souvent avec succès (surtout si les futurs époux font eux aussi partie du lot). Parfois il s’agit d’aller accoucher dans un hôpital ou encore de venir mourir dans sa maison.

Petit à petit, les soldats de garde se sont mis à l’écouter. Du haut de son grand âge, elle leur parle comme elle le ferait avec ses petits enfants, leur expliquant qu’il y a des choses qu’on ne fait pas, par respect pour les personnes humaines qu’ils ont en face d’eux.

Notons qu’elle n’est pas la seule à agir de la sorte. L’organisation « MachsomWatch » comporte environ cinq cents membres, des femmes surtout, d’un certain âge et de bons milieux (classes moyennes, universitaires, professeurs, chimistes, doctoresses…). Leur but est de vivre mieux dans un pays plus agréable. Et quand on dit à Barag qu’elle est une dangereuse gauchiste elle éclate de rire car elle se considère comme une véritable sioniste, mais une sioniste qui veut un pays juste, en accord avec la foi judaïque.

Comme quoi, tout espoir n’est pas perdu, même si la situation se présente assez mal. Ce sont des personnes comme cela qui parviendront peut-être à faire changer les consciences et donc, in fine, a modifier les comportements.




20/08/2008

Le grand Lama

Ainsi donc le grand Lama du Tibet est en visite en Europe. Forcément, il profite des jeux olympiques en Chine pour rappeler un peu partout qu’il existe et que son pays est occupé. C’est de bonne guerre, soit.

Je m’étonne cependant de deux choses.

D’abord, je ne comprends pas pourquoi la France, qui est un état laïque et qui s’inquiète à juste titre des signes religieux « ostensibles et ostentatoires» affichés par les femmes musulmanes (en gros le foulard) ne se pose pas la question de savoir quel régime politique le Dalaï Lama instaurerait au Tibet s’il devait un jour être au pouvoir. Car enfin, il s’agit bien d’un religieux. Le pape revendiquerait l’agrandissement de sa cité du Vatican, tout le monde crierait au scandale et moi le premier. Or ici, ce ne sont pas quelques kilomètres carrés qu’il réclame, notre moine bouddhiste, c’est carrément tout un pays. Il semblerait donc que le fait religieux soit mal toléré en France-même mais qu’il soit tout à fait accepté quand cela se passe à l’étranger. Il suffit de voir comme nos télévisions se sont délectées de l’enterrement orthodoxe de Soljenitsyne ou comment elles ont applaudi lors du soulèvement des moines birmans pour se rendre compte qu’un régime théocratique de type féodal ne les dérangerait pas du tout.

Pourquoi, alors, si tel est bien le cas, nous parle-t-on tous les jours des dangers de l’islamisme ? Cela se passe pourtant aussi à l’étranger. Et bien, me répondront les plus sages d’entre vous, c’est parce que les moines bouddhistes sont bien gentils et pacifiques tandis que les intégristes musulmans sont d’affreux terroristes qui risquent, justement, de venir frapper au cœur même de notre beau pays. La preuve qu’ils sont méchants : ils viennent encore de nous tuer dix soldats en Afghanistan.

Sans doute et ce n’est pas moi (on connaît mon opinion sur la religion et la foi) qui vais défendre les intégristes islamistes, qui ne sont finalement que des nationalistes proches de notre extrême-droite. Mais d’un autre côté, j’ai comme l’impression que le fait religieux est surtout accepté quand il se situe dans les anciens pays communistes (et donc autrefois athées). Je me souviens avec quelle délectation on nous présentait, dans les années quatre-vingt-dix, le renouveau su culte orthodoxe en Russie. C’était un signe de grande liberté, les gens pouvaient enfin aller se recueillir dans les églises. Etrange, alors qu’au même moment on n’aurait pas vu une émission sur un monastère français, mais soit, passons.

Et le plus curieux n’est-il pas que c’est justement là où nous avons besoin d’aller pour défendre nos intérêts économiques (en gros, les pays où il y a du pétrole) que les religieux se montrent agressifs et peu coopératifs ? Il faudrait peut-être se demander pourquoi. Et si leur intégrisme était un moyen de rejeter idéologiquement l’Occident et sa culture de consommation ? Si tous ces gens voulaient simplement vivre tranquillement dans leur pays, en se fondant sur des valeurs peut-être différentes, des valeurs qui ne se basent pas uniquement sur la possession des biens de consommation ?

En attendant, c’est bien l’Otan qui est en Afghanistan pour faire la guerre et pas l’inverse. Sans doute y avait-il des camps d’entraînement où on préparait des jeunes à devenir des terroristes. Sans doute. Mais malheureusement voilà des années que nos troupes sont la-bas et il semblerait qu’elles n‘aient pas encore réussi à localiser ces fameux camps…

Allons, de qui se moque-t-on ? Les camps ont été démantelés il y a bien longtemps déjà, mais ce qui compte c’est de rester militairement présent là-bas. Cela tombe bien, car plus on s’en prend à ces pays, plus le nombre de candidats terroristes augmente. A ce rythme, dans un siècle la guerre d’Afghanistan ne sera pas encore achevée. Les Russes s’y étaient cassé les dents et nous sommes en train de faire de même. Mais comme chacun sait, il y a une grosse différence : les Russes sont des méchants qui avaient des visées expansionnistes tandis que nous nous sommes des gentils et nous nous battons pour la démocratie. C’est ce qu’on dit sur TF1, alors…

Une remarque encore à propos de l’Afghanistan : il parait qu’il n’y a jamais eu autant de champs de pavot et que les femmes y sont toujours voilées. Curieux. Il y a dix ans de cela, on nous avait pourtant promis que tout cela allait changer grâce à la démocratie que nos soldats venaient d’y installer de force. Comprenne qui pourra.

Mais revenons à notre grand Lama. La deuxième chose qui m’étonne dans notre attitude à son égard, c’est qu’on ne le défende pas plus, puisqu’on lui a volé son état. Quand l’Irak avait envahi le Koweït, tout le monde s’y était mis pour repousser l’affreux envahisseur (ceci dit, quand le même envahisseur avait déclaré la guerre à l’Iran, on ne l’avait pas réprimandé, au contraire, on lui avait vendu des armes). Quand la Russie envahit la Géorgie pour protéger ses ressortissants russes qui ont été attaqués par l’armée géorgienne, tout le monde crie au scandale et celui qui crie le plus fort, c’est Bush, lui qui a pourtant envahi l’Irak pour des raisons fort douteuses et mensongères.

Alors ? Et bien il semblerait, si on résume tout ceci, que le plus fort gagne toujours et a toujours raison. Si on ne remet pas le Lama sur son trône, c’est parce que la Chine est trop puissante, sinon ce serait déjà fait. Il serait devenu un homme de paille officiel (comme Karzaï et les autres), ce qu’il est déjà en fait puisqu’il sert indirectement nos intérêts (ou du moins ceux de nos amis américains). On l’accueille à bras ouverts puisque cela permet de faire pression sur les Chinois. Certes, on ne va pas leur demander l’indépendance du Tibet (sinon, si on revient toujours en arrière, pourquoi ne pas rendre leur terre aux Palestiniens ?) mais on pourrait trouver quelques petits arrangements, non ? Des accords commerciaux par exemple. On ferme les yeux sur le Tibet et vous nous achetez une dizaine de centrales nucléaires.

Tiens, c’est justement ce que Sarkozy vient de faire. Quel homme, tout de même. Evidemment, moi qui suis naïf, je n’ai toujours pas compris pourquoi on aide la Chine à construire des centrales tandis qu’on est à deux doigts de lancer une bombe atomique sur l’Iran qui développe la même technologie. Il est vrai qu’on avait fait la même chose avec l’Irak. Cela a permis d’aller la détruire un peu après, cette centrale. Construire et détruire, c’est toujours faire des affaires non ? La libre circulation des biens et des personnes comme on dit.


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14/08/2008

De la télévision (suite)

Dans la note précédente, une commentatrice s’étonne de l’existence même de cette note, qui ne traite pas de littérature mais d’actualité (visiblement, c’est qu’elle n’était pas encore là pour lire ce blogue au moment de l’élection de Sarkozy, sinon elle serait habituée !). Mais c’est qu’il faut aussi savoir sortir de nos livres et regarder ce qui se passe autour de nous. Pas trop non plus, cependant, sinon on est emporter par le vent de l’actualité. Je ne dis pas cela pour la tenue de ce blogue mais pour notre existence en général. Nous sommes tellement envahis d’images et d’informations (par ailleurs souvent invérifiables, ce qui relativise grandement leur intérêt) que nous finirions par y perdre notre petite musique intérieure. Je veux dire par là qu’il faut certes vivre dans le monde, mais qu’il faut aussi être capables de conserver une distance entre lui et nous, sinon nous courons le risque de devenir des pantins qui s’agitent selon le vent de l’actualité.

D’un côté, nous ne pouvons être indifférents devant les événements de Palestine ou de Géorgie, mais de l’autre il faut se dire que nous n‘avons qu’une vie, qu’elle est courte, que c’est la nôtre et qu’il nous appartient donc de la gérer au mieux. En d’autres termes, si je suis jeune et sans emploi, c’est sans doute très beau d’aller manifester pour le droit des Palestiniens, mais que le bon sens m’oblige de trouver d’abord un emploi. Si je suis pensionné et que j’ai du temps libre, c’est très bien de lutter pour les sans-papiers, mais consacrer du temps à ses petits enfants est également important. Pleurer sur le sort des détenus de Guantanamo, emprisonnés souvent arbitrairement, est nécessaire, mais pleurer toute la journée au point d’en perdre mon équilibre intérieur n’a aucun sens. Il y aura toujours du malheur et des injustices sur cette terre, on n’y peut rien. Si j’attends que cela cesse pour décider d’être heureux ou simplement pour faire ce que j’aime (lire un livre, par exemple), alors j’aurai perdu ma vie.

Tout ceci étant dit, il est bon, cependant, de démonter de temps à autre la vaste machinerie que le pouvoir met en place pour nous influencer dans le sens qui l’intéresse. Ainsi, s’il y a peu de liberté d'expression en Chine, il ne faudrait pas s’imaginer que nous sommes totalement libres dans notre monde occidental. Bien au contraire, tout est faussé, biaisé, corrompu. Cela se sait mais se dit peu.

Ici, avoir la mainmise sur la télévision est très important pour Sarkozy. On a vu ce que cela donnait aux Etats-Unis au moment du déclenchement de la guerre en Irak. Si plus de 65% des Américains étaient convaincus du bien fondé de cette guerre, c’est qu’ils croyaient dur comme fer à l’existence de armes de destructions massive. Or, ils ne sont pas plus bêtes que nous. S’ils y ont cru, c’est qu’ils ont dû subir un matraquage médiatique pendant des mois, tandis qu’en France, comme Chirac était opposé à la guerre (forcément, c’était un ami de Sadam et la France avait des intérêts économiques là-bas ) nous avons reçu une information différente. Mais si demain Sarkozy, pour faire plaisir à Israël, décide qu’il faut se débarrasser de la menace iranienne, je suis persuadé que nous aurons droit à notre tour à une série d’émissions qui dénonceront les abus du pouvoir actuellement en place à Téhéran (justice islamique sommaire, droit des femmes inexistant, etc.).
Il est donc bon de savoir qui se cache derrière notre petit écran (dans la note précédente, j’ai d’ailleurs oublier de citer Christine Ockrent, qui travaille maintenant dans l’ombre et qui est une atlantiste pure et dure)

Nous sommes manipulés en permanence et c’est là, intellectuellement parlant, une situation qui me dérange fortement.

Ainsi, chaque fois que dans la presse je suis tombé sur des articles qui traitaient de dossiers que je connaissais bien, professionnellement parlant, la vérité était toujours tronquée. Tout n’était pas faux, bien entendu, mais on omettait certains éléments (par ignorance ou volontairement ?) ce qui permettait de tirer des conclusions qui, elles, étaient absolument fausses.

Une autre preuve de manipulation. On sait que la mode est aujourd’hui aux privatisations (voir GDF et Suez). Et bien, il y a plus de quinze ans, j’avais entendu une émission dans laquelle un spécialiste parlait du prix de l’eau. Il expliquait que le public ne comprendrait pourquoi une ressource naturelle, qui appartenait finalement à tout le monde et qui (à l’époque) était relativement bon marché, allait voir son prix être multiplié par trois ou quatre simplement pour faire plaisir à des actionnaires privés. Il fallait, disait-il, prévoir une période de transition durant laquelle on influencerait l’opinion en lui parlant d’écologie, de préservation des sites naturels autour des sources, de traitement des eaux usées, etc. Et c’est exactement ce que l’on a fait. Autrefois, dans les villages, l’eau était gratuite. Quand les grandes compagnie d’état ont pris les choses en main, elle est devenue payante. Quand ces mêmes compagnies seront complètement privatisées, elle sera hors de prix. Et c’est bien via les médias qu’on nous conditionne pour que nous acceptions tous ces changements. Méfiance donc.

13/08/2008

De la télévision française

Ce qu’il y a de bien, avec les jeux olympiques, c’est qu’on n’est plus obligé d’ouvrir sa télévision puisque de toute façon on sait qu’on va perdre son temps. Comme avant ces jeux il y a déjà eu du foot, du tennis et un Tour de France, cela fait donc un bon moment que je n’allume plus ladite télévision. Sauf pour les informations, bien entendu, mais j’ai là tort, je dois bien l’avouer, puisque de toute façon il s’agit surtout de désinformation.

Pour s’en convaincre, il ne faut même pas faire l’effort d’essayer de décrypter ce qu’on nous dit pour tenter de repérer les mensonges, il suffit de regarder qui se trouve en coulisses.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Monsieur Bouygues, propriétaire de TF1, a nommé JC Dassier à la direction de l’information de la chaîne la plus regardée des Français et Laurence Ferrari comme présentatrice du 20 heures (le journal le plus regardé de la chaîne la plus regardée).

Cette brave dame a ainsi remplacé celui qu’on croyait indéboulonnable, en l’occurrence PPDA (lequel avait pourtant, tel Talleyrand, traversé bien des régimes politiques mais qui cette fois ne s’est pas montré assez prompt, sans doute, pour aller féliciter le nouveau maître de l’Elysée).

Mais que vient faire le Président dans tout cela, me direz-vous. Après tout TF1 est une chaîne privée et le petit Nicolas est le président de tous les Français, alors ? Et bien, ce serait oublier que Monsieur Bouygues était le témoin dudit président (du temps où il n’était pas encore président) lors d’un de ses nombreux mariages. Je crois que c’est celui avec Cécilia car Monsieur Bouygues est aussi parrain de leur fils Louis (curieux, pour un futur président de la République de choisir le prénom favori des rois de France pour son rejeton, mais bon, passons).

Par ailleurs, JC Dassier est le père d’Arnaud Dassier, conseiller pour la communication Internet de Nicolas (et même de l’UMP, cette grande famille politique)

Quant à Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne électorale de Sarkozy (du temps où celui-ci voulait devenir président mais ne l’était pas encore, vous me suivez ?), il a été nommé par Bouygues lui-même au même poste (directeur-adjoint) mais à TF1. Logique, me direz-vous. Quelqu’un qui est parvenu à faire élire un bonhomme comme Sarkozy (en faisant croire qu’il allait travailler pour la France et les Français et qui plus est qu’il allait se lever tôt pour cela) parviendra bien à faire monter l’audimat d’une chaîne de télévision. Or l’audimat, c’est important pour Bouygues. D’une part cela lui rapporte de l’argent et puis cela permet d’augmenter la visibilité de son ami Nicolas (dont il reste le parrain du fils, même si Cécilia, elle, est partie écouter une autre musique ailleurs).

Et la jolie Ferrari, dans tout cela ? Comment est-elle arrivée là ? Et bien les mauvaises langues prétendent (ce sont les Anglais qui le disent, mais vous savez comme moi qu’il n’y a rien de plus faux et fourbe qu’un Anglais quand il parle des affaires du bon royaume de France) que notre petit Nicolas aurait eu une liaison avec elle quand les liens sacrés du mariage qu’il avait contracté avec Cécilia commençaient à s’effilocher (sans cela, ce n’est pas lui qui aurait tenté quoi que ce soit, bien entendu et la morale est sauve)

Ceci dit, les Anglais ont beau habiter la perfide Albion, il est certain qu’une source proche de l’Elysée a fait allusion à un week-end à Marrakech durant lequel Nicolas et la belle Ferrari (mais non pas la voiture !) se seraient rencontrés. On dit même que c’est après ce week-end qu’elle aurait décidé de divorcer et de quitter son mari, Thomas Hughes . Simple coïncidence, sans aucun doute et tout cela, ce ne sont que des calomnies. La preuve, les journaux qui en avaient parlé ont aussitôt été condamnés en justice (et n’allez pas me ressortir l’histoire des vacances de la ministre de la Justice aux States avec le Président nouvellement élu. D’ailleurs Cécilia était encore là et en tant que première dame de France, on la voit mal tenir le flambeau).

Mais qui est Thomas Hugues ? Et bien, jusqu’en juillet 2006, c’est lui qui remplaçait PPDA (plus communément connu sous le pseudonyme de Patrick Poivre d’Arvor) pour le JT de 20 heures durant le week-end ou pendant les vacances dudit PPDA (lequel les consacrait comme chacun sait à écrire des livres qui connaissent aujourd’hui un succès bien mérité, succès pour lequel la célébrité bien établie de l’auteur n’a joué en rien, bien entendu).

Et après juillet 2006, vous demandez-vous ? Et bien, après cette date, le pauvre Thomas est évincé de son poste (il a donc finalement tout perdu, son emploi et sa femme) et est remplacé par Harry Roselmack, le premier journaliste de couleur noire à occuper un poste aussi important (et on viendra encore dire que Sarkozy est raciste alors que c’est lui qui l’a placé là. La preuve : il avait deviné avant tout le monde que Roselmack allait occuper ce poste)

Bon, c’était la rubrique « people » de Marche romane, une fois n’est pas coutume. Mais si vous faites comme moi et que vous ne regardez plus que rarement la télévision, cela ne sert à rien de venir lire des blogues comme celui-ci puisque, comme vous le voyez, le niveau est encore plus bas que sur le petit écran.

25/06/2008

Les étrangers

Fais bon accueil aux étrangers car toi aussi, tu seras un étranger (Roger Ikor, Les eaux mêlées)


Etrangers, vous m'avez accueilli comme un frère, Et fait asseoir dans vos banquets. (Victor Hugo, Odes et ballades)

Comme il avait un désir extraordinaire de s’instruire et de connaître les mœurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu’il avait pour voyager (Fénelon)

Ton christ est juif, ta pizza est italienne, ton café est brésilien, ta voiture est japonaise, ton écriture est latine, tes vacances sont turques, tes chiffres sot arabes et tu reproches à ton voisin d’être étranger ! (Julos Beaucarne)

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant
(Aragon, l’affiche rouge)


Il existe près des écluses un bas quartier de bohémiens
Dont la belle jeunesse s'use a démêler le tien du mien
En bandes on s'y rend en voiture ordinairement au mois d'août
Ils disent la bonne aventure pour des piments et du vin doux

On passe la nuit claire à boire on danse en frappant dans ses mains
On n'a pas le temps de le croire il fait grand jour et c'est demain
On revient d'une seule traite gai sans un sou vaguement gris
Avec des fleurs plein les charrettes son destin dans la paume écrit

J'ai pris la main d'une éphémère qui m'a suivi dans ma maison
Elle avait les yeux d'outremer elle en montrait la déraison
Elle avait la marche légère et de longues jambes de faon
J'aimais déjà les étrangères quand j'étais un petit enfant


(Aragon, l’Etrangère)

"Les centres de rétention seraient actuellement surpeuplés et la tension y serait de plus en plus vive, selon les organisations de défense des étrangers. Des objectifs chiffrés annuels d’expulsions ont été fixés à l’initiative du président Nicolas Sarkozy. Le gouvernement n’a pas atteint en 2007 l’objectif de 25 000 expulsions d’étrangers sans-papiers qu’il s’était fixé. Le Premier ministre François Fillon a déjà indiqué à la presse que l’objectif pour 2008 était de 26 000 expulsions. Le ministre de l’immigration, Brice Hortefeux, s’était félicité, jeudi, d’une progression des expulsions de clandestins, qui aurait augmenté de 80 % sur les cinq premiers mois de 2008." (Le Monde)


Sur l’affaire du centre de rétention administratif de Vincennes, lire ici

17/06/2008

Constitution européenne: NON, trois fois NON.

Alors qu’elle prend la présidence de l’Union européenne, la France, avec à sa tête le très libéral Nicolas Sarkozy, se trouve confrontée à un problème de taille : celui du refus irlandais au mini-traité de constitution (concocté précisément par Sarkozy lui-même afin de remplacer le plan plus ambitieux d’une grande Constitution, plan auquel les Français et les Hollandais s’étaient déjà opposés en leur temps).

Les juristes se penchent actuellement sur la manière dont on pourrait tout de même faire passer ce texte en dépit de l’avis des peuples.

Manifestement, ils ne trouvent pas facilement une parade, ce qui refait dire à beaucoup qu’il est scandaleux qu’un pays aussi petit pays que l’Irlande puisse faire capoter un projet qui concerne 25 pays.

C’est aller un peu vite en besogne et oublier de dire :

- que les citoyens de 23 de ces 25 pais n’ont en rien été consultés sur leur volonté de faire des lois économiques leur modèle de vie.

- Que les rares peuples qui ont eu le droit de s’exprimer (3 sur 25 soit 12%) ont toujours marqué leur désaccord sur un tel projet de société


Il est donc clair que la démocratie n’existe plus et que nous sommes en présence d’une dictature non pas militaire mais idéologique.

Certes, ce sont nos élus qui prennent de telles mesures, mais je trouve qu’ils nous représentent bien mal en agissant de la sorte et le fait d'essayer de faire passer leurs décisions de force est tout simplement scandaleux. Leur opinion, en effet, peut se résumer à cette phrase d’un humoriste suisse de « La Tribune de Genève » :

"Ce n'est pas 1% des européens qui vont dicter leur volonté aux 99% à qui on ne demande pas leur avis".

Mieux vaut en rire, en effet, sinon on en pleurerait.

30/05/2008

Mai 68

Les organisations d'extrême gauche (maoïstes, trotskistes, libertaires...) ont été les acteurs majeurs de mai 1968. Aussitôt, la droite gaulliste a eu peur, croyant à un complot communiste qui viserait à renverser le régime. Pourtant, le PCF se rangera très vite derrière de Gaulle pour réfléchir à la manière de mettre fin à l’insurrection.

De son côté, croyant également à un «complot communiste» contre l'Occident chrétien, l'extrême droite va très vite se ranger auprès des forces de l’ordre pour leur donner un coup de main.

Rien d’étonnant donc, à ce qu’aujourd’hui on tente de minimiser le phénomène de mai 68

- soit en le ramenant à une simple contestation étudiante (liée à la révolte de l’adolescence)

- soit en ironisant sur l’embourgeoisement ultérieur des principaux acteurs du mouvement.

- soit en voyant dans les manifestants des fils de bourgeois fatigués de leurs richesses. Autrement dit des héritiers ingrats, à qui les parents avaient tout donné et qui se permettent de cracher dans la soupe qu’on leur avait servie toute chaude.

- Soit en continuant d’affirmer que le mouvement a été soutenu par Moscou. On pourrait pourtant se demander, au vu de l’indépendance d’esprit de De Gaulle et de son non-alignement sur les Etats-Unis, si ce n’est pas de ce côté qu’il faudrait chercher une ingérence étrangère si jamais elle existait. En effet, tout mouvement qui mettait en péril la survie politique du général ne pouvait qu’être approuvé de l’autre côté de l’Atlantique.

Mais revenons à la position adoptée par l’extrême droite. Lorsque éclatent à Paris les premières émeutes, l'extrême droite locale est déstabilisée. D’un côté elle s’est toujours opposée à De Gaulle (celui-ci avait combattu le fascisme les armes à la main en 40-45 et il s’était opposé aux mouvements ultra nationaliste lors de la décolonisation de l'Algérie française. On peut d’ailleurs supposer que les attentats dont il a failli être la victime ont été commis par les néofascistes de l'Organisation armée secrète) et voilà qu’elle se rend compte que les insurgés pourraient bien avoir la peau du général, ce qui les concerne et les intéresse au plus haut point. D’un autre côté, par contre, la contestation émane surtout des mouvements de gauche, autrement dit elle se fait non seulement sans les nationalistes mais même contre eux. Il va falloir choisir son camp.

Ceci dit, les premiers jours, de jeunes militants d'extrême droite vont se mêler aux gauchistes « par amour du sport» (soit parce qu’ils sont jeunes et que l’insurrection en cours leur parle, soit parce qu’ils estiment que c’est leur rôle d’amplifier un mouvement qui crée du désordre).

Très vite, cependant, la vraie nature idéologique de la droite nationaliste va reprendre le dessus et elle se rangera aux côtés du pouvoir, y compris comme « police auxiliaire» quand les forces de l'ordre vont se trouver débordées. Entre deux maux (De Gaulle ou le communisme), elle a choisi le moindre. On sait par ailleurs que des hauts gradés de l'armée (anciens ou proches de l'OAS) ont pris des «contacts discrets avec certains éléments d'extrême droite» pour avoir leur appui au cas où la situation leur échapperait sur le terrain. Ainsi, un plan d'autodéfense est mis sur pied. La réalité de cette alliance objective entre l'extrême droite, la police, l'armée, la droite conservatrice et le pouvoir est peu abordée encore aujourd’hui.

L'ancien chef du Service d'action civique – le Sac (organisation para-policière du pouvoir gaulliste), Charles Pasqua, reconnaîtra les faits : «Oui, évidemment j'ai approché ces mouvements. Certains de nos compagnons étaient très proches de ces jeunes nationalistes. Dans cette atmosphère de mini-révolution, les clivages sautent : il y a ceux qui veulent agir et ceux qui sont passifs. Dès lors tous les actifs sont les bienvenus. Et dans ces mouvements, il y avait des garçons très décidés» («Les dessous de la manif du 30 mai», entretien avec Charles Pasqua, in Le Choc du Mois, dossier « Mai 68 vu de droite», n° 22, mai 2008, Paris, p. 41, cité par le site « Résistances »).

Quand les ouvriers se sont mis à leur tour à débrayer et que la France a connu les plus grandes grèves de son histoire, l’obsession du complot gauchiste a créé un vent de panique qui permet de comprendre ce ralliement de la droite pure et dure à De Gaulle.

Pourtant, dans sa propagande, cette même droite nationaliste prétend généralement combattre le système, parlant même d’un idéal «nationaliste-révolutionnaire.» Dans les faits, on la retrouve toujours du côté du pouvoir, comme ce fut le cas en 1986 lors des manifestations étudiantes contre le projet de loi Devaquet et en 2006 contre le projet de CPE. A chaque fois, des commandos d'extrême droite s’en sont pris aux manifestants à coup de battes de base-ball.

En attendant, le front anti-68 se répète. Ainsi, en 1998, un dirigeant du Front national, Bernard Antony, disait déjà que «les soixante-huitards (staliniens, trotskistes, maoïstes...) auront appliqué systématiquement les directives du communiste italien Gramsci : imprégnation culturelle, noyautage,... Aujourd'hui, ils règnent en maître aussi bien dans les médias que dans les ministères et dans les syndicats» Cette impression que la gauche possède une mainmise sur les médias et la culture est omniprésente dans leurs discours. Curieusement, j’ai personnellement l’impression inverse, à savoir que les médias sont aux mains de grands groupes industriels ou financiers et qu’ils nous abreuvent de propagande libérale. Vous me direz qu’en principe l’extrême droite est elle aussi contre le pouvoir néo-libéral et la mondialisation de l’économie. En principe, oui, puisqu’elle dit défendre les valeurs traditionnelles de la patrie, mais en pratique on constate qu’elle est bien évidemment plus proche de cette droite capitaliste et élitiste que de la gauche républicaine et populaire.

Il suffit de faire un détour par le blogue de B. Anthony, déjà cité, pour se rendre compte qu’il est un fervent adepte de la défense de l'Occident chrétien et de la langue française (on ne peut malheureusement lui donner tort sur ce dernier point). Pour lui et ses adeptes, notre monde est menacé de toutes parts : par le communisme (on croit rêver car on chercherait désespérément les derniers communistes), le mondialisme, le cosmopolitisme, l'internationalisme, l'immigration... Bref, on retrouve tous ces vieux fantasmes ont toujours été le vieux fonds de commerce des populistes nationaux-conservateurs.

Il paraît (mais je ne l’ai pas lu) que le numéro de mai-juin 2008, de La NRH (Nouvelle Revue Historique) est entièrement consacré à Mai 68. «Créée par plusieurs historiens las des interprétations partiales de l'histoire» (selon son propre encart publicitaire), cette revue, qui a pour fonction de réécrire l’Histoire dans le sens qui lui convient, se devait d’aborder le phénomène de mai 68. Les gauchistes y sont présentés comme les «enfants du gaullisme», histoire de fustiger deux ennemis à la fois. Quant à l'hebdomadaire Rivarol, dont le comité de direction est composé de nostalgiques de Pétain, il aime mettre en avant des complots qui viseraient à anéantir l’homme blanc, ce qui suppose une opposition farouche envers l’immigration (surtout arabe) et l’Internationale juive. Voici un exemple, tiré de l’édition du 2 mai 2008 : «Avec Sarkozy et Carla Bruni, avec Kouchner au Quai d'Orsay et Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international, le slogan ''Nous sommes tous des Juifs allemands'' clamé par les Enragés garde une actualité plus brûlante que jamais quatre décennies plus tard »

J’ai suffisamment critiqué ici même Sarkozy pour qu’on sache ce que je pense du bonhomme, que je déteste, (en tant que personne et en tant que politicien libéral) et je suis le premier à déplorer qu’il engagerait bien la France dans un conflit avec l’Iran rien que pour servir l’état hébreu, mais je ne puis cependant admettre que les reproches qu’on lui adresse se fondent sur une appartenance raciale. On sait où ce genre de propos commencent, on ne sait pas où ils s’arrêtent.

Pour revenir à notre sujet, notons encore que la droite nationaliste a également voulu marquer sa présence sur le terrain des commémorations. Ainsi, l'Action française (le mouvement fondé par Charles Maurras), a organisé à Paris un forum sur le thème «Sous les pavés la France... en finir avec Mai-68 !

Conclusion :

- Ce qui est inquiétant, c’est qu’on retrouve ici une série de thèmes déjà abordés dans les notes précédentes (voir les remarques autour de Césaire) :rejet de l’immigration, d’une société multiraciale, de la mondialisation et défense par contre de l’homme blanc, chrétien et cultivé, qui respecte les valeurs ancestrales et qui est fier de ses origines. On comprend pourquoi je me montrais si réservé envers un certain interlocuteur, car je retrouvais dans ses propos les thèmes chers à une certaine mouvance politique. Je n’ai pas dit qu’il appartenait à cette mouvance, j’ai dit qu’on pouvait comprendre mes réserves.

- Ce qui est dérangeant avec l’extrême droite, c’est qu’elle a le don de tirer la couverture à elle, par exemple en défendant la langue française, combat qui est aussi le nôtre. Soit vous leur donnez raison et ils vous incorporent dans leurs rangs, soit vous leur donner tort (sur le plan politique) et ils disent que vous détestez votre langue (ce qui est un sujet linguistique), soit encore ils veulent vous mettre en porte-à-faux en montrant que vous avez tort de les rejeter puisqu’en fait vous approuvez leur combat pour la pureté de la langue. En fait, ce qui est agaçant chez eux, c’est cette manière de s’approprier le patrimoine national (que vous êtes le premier à respecter) en faisant croire qu’il est leur propriété et qu’il n’y a qu’eux pour le défendre.

- La droite en général, surtout si elle est fort à droite, a l’art de présenter la gauche comme un mouvement grossier qui s’adresse à la populace inculte. Si on est cultivé, si on a des lettres, on ne peut qu’être de droite. Quel rapport entre un lecteur de Proust et un ouvrier gréviste de la CGT ? Aucun, évidemment. Rien de commun entre le raffinement de Des Essaintes, le héros de Huysmans et une marchande qui vend son poisson à la criée (c’est bien pour cela que la situation a dérapé quand Sarkozy s’est montré vulgaire devant les marins bretons : il a inversé les rôles). Mais si vous prenez le parti de défendre ces gens du peuple, on vous suspecte d’inculture. Par contre, il suffit de s’enfermer dans sa tour d’ivoire avec un livre (ce que je fais en fait le plus souvent) pour pouvoir prendre des grands airs et montrer qu’on est supérieur. A la fin, c’est un petit peu agaçant.



29/05/2008

"Il faut laisser faire les spécialistes"

Un des thèmes développés par Le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce est celui de l’éradication de la faim dans le monde.

Non, il ne faut pas sourire, ce problème semble tracasser au plus haut point ces organismes, d’autant plus que c’est là un bon moyen pour eux de se faire passer pour des philanthropes. La solution qu’ils préconisent est simple : faciliter le flux des marchandises. Voici donc le conseil qu’ils donnent au tiers-monde : plutôt que de produire à petite échelle des cultures vivrières que la population consomme sur place (autonomie alimentaire), il conviendrait au contraire d’abandonner l’agriculture locale et de se consacrer à l’exportation. En d’autres termes, il s’agirait de produire et de vendre ce qui intéresse l’Occident et avec l’argent ainsi gagné d’acheter les aliments nécessaires à l’alimentation (le blé de la Beauce ou du Midwest américain par exemple, qui est produit mécaniquement et en grande quantité)

Notons déjà en passant que cette méthode permettrait à l’Occident de tirer profit de la main d’œuvre sous payée du tiers-monde. Par exemple, cela coûterait moins cher d’acheter des ananas mexicains plutôt que de les produire en Floride.

Evidemment, dans cette optique, l’agriculteur du tiers-monde devra renoncer à sa petite exploitation familiale (si on produit des ananas dans son pays, se sera à grande échelle, afin que cela soit rentable). Le risque est alors qu’il n’aille grossir le nombre des sans emplois qui s’agglutinent dans les villes. Pas forcément rétorque le FMI, car il trouvera là des entreprises occidentales qui se seront délocalisées pour profiter de la main d’œuvre bon marché. Tout le monde y trouverait donc son compte. Devenu salarié, ce paysan aurait enfin un niveau de vie décent, les entreprises occidentales réduiraient leur coût de production, le blé européen ou américain se vendrait aux quatre coins de la planète et l’Occident achèterait bon marché les fruits exotiques qu’il ne peut produire lui-même. Bref, c’est le paradis organisé sur terre, une sorte de grand Soir qui, enfin, ne serait plus marxiste mais capitaliste. Par exemple, on imagine que les pays africains qui longent l’Atlantique pourraient réduire leur dette en vendant leur droit de pêche aux bateaux-usines des grosses compagnies maritimes (lesquelles savent rentabiliser ce métier ancestral qu’est la pêche). En retour, ces mêmes pays pourraient toujours acheter des boîtes de thon en conserve.

Très bien. Sauf que…

- rien ne dit que le paysan qui aura abandonné la terre qui le nourrissait (mal, il est vrai) trouvera du travail en ville

- rien ne dit qu’il pourra se payer le blé de la Beauce ou la boîte de thon

- il ne faut pas perdre de vue que le prix du pétrole augmente sans cesse et avec lui le coût du transport des marchandises

- on ne parle pas de l’épuisement rapide des réserves de poissons, qui seront mises à mal par ces bateaux-usines qui pêchent au radar et avec l’aide de filets dérivants.

- On ne dit pas quel travail trouveront encore les populations occidentales si toutes leurs entreprises sont délocalisées dans le tiers-monde. Le chômeur français pourra-t-il encore acheter la boîte d’ananas mexicains ?

- On ne dit pas davantage que ce sont surtout les intermédiaires qui vont tirer le plus grand profit de cette circulation planétaire des marchandises.

La preuve que mes remarques sont fondées et que les grands stratèges de l’OMC et du FMI se sont trompés (à moins, hypothèse fort improbable et qu’on n’oserait imaginer, qu’ils n’aient pas cherché à éradiquer la faim dans le monde mais à augmenter le profit de certains), c’est que dans de nombreux pays du tiers-monde, les manifestations contre la faim se sont multipliées. Nous en avons déjà parlé ici même. L’OMC s’alarme déjà d’un retour au protectionnisme de la part de ces pays (l’Inde, le Vietnam, l’Egypte, le Kazakhstan...) qui, les méchants, ont décidé de réduire leurs ventes à l’étranger afin de garantir l’alimentation de leur propre population. Agir de la sorte ruine évidemment les belles prévisions des spécialistes. Mieux vaut donc laisser les choses en l’état où elles sont et gérer au mieux ces manifestations (en les réprimant par la force, par exemple). Et puis on ne va tout de même pas remettre en cause l’organisation planétaire de l’économie pour quelques centaines de milliers (millions) de personnes qui mourront de faim. Qu’elles aient au moins la dignité de mourir en silence !

En attendant les états qui ont sacrifié leur agriculture vivrière sont en train d’acheter (qu’ils paient, c’est la loi du marché) les produits de première nécessité dont ils ont besoin. On dit que leur facture d’importation de céréales a augmenté de 56 % en un an. De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui nourrit comme il peut soixante-treize millions de personnes, réclame 500 millions de dollars supplémentaires. Il n’en a obtenu que la moitié, logique. Ceci dit, ce qu’il réclamait n’était qu’une goutte d’eau par rapport au prix de la guerre en Irak, mais bon, ne mélangeons pas la chèvre et le chou. Nous savons tous que cette guerre était nécessaire pour détruire les armes de destruction massive de Sadam Hussein (on l’a sans doute exécuté pour qu’il ne puisse plus proclamer que les seules armes dangereuses qu’il possédait lui avaient été confiées par les Etats-Unis du temps de la guerre inter-arabe Iran-Irak, guerre qui enchantait par ailleurs les mêmes Etats-Unis, ceux-ci ayant toujours su appliquer l’adage « diviser pour régner »). Comme nous savons tous que le taux de terrorisme dans le monde a vertigineusement chuté depuis la destruction organisée de l’Irak.

Bon, n’allez pas croire que je suis d’un antiaméricanisme primaire. Car les citoyens américains, eux aussi, sont en train de boire le bouillon. La Réserve fédérale les avait encouragés à s’endetter et à devenir propriétaires de leur maison. Et puis ce fut le drame que l’on sait, les traites que l’on ne peut plus payer, la maison qu’il faut vendre à bas prix, etc. Les banques elles-mêmes en ressentent le contrecoup, les bourses mondiales vacillent, provoquant l’inquiétude des petits épargnants qui avaient acheté quelques actions (forcément, les taux d’intérêts sur leur compte d’épargne est si bas qu’il ne compense même plus l’inflation).

Les citoyens donc, y perdent à tous les coups, qu’ils habitent au Congo, au Mali, aux Philippines, en Egypte ou aux Etats-Unis. Les spéculateurs, eux, s’en sortent toujours. Ils abandonnent le secteur immobilier pour les marchés de céréales, achetant aujourd’hui à bas prix (et imposant d’ailleurs leur propre prix aux producteurs) du blé ou du riz pour le revendre demain beaucoup plus cher. Ce qui entraînera une hausse des prix et augmentera encore les risques de famine. Le cercle est bouclé.

23/05/2008

Sarkozy et le monde de la chanson.

On se souvient de la haine que Léo Ferré développait à l’encontre du général De Gaulle, qui le lui rendait bien. En ce temps-là, on n’aurait jamais vu un « chanteur de variétés » recevoir les honneurs de la République. Autres temps, autres mœurs. On apprend en effet que la chanteuse Céline Dion vient de recevoir la Légion d'honneur des mains de Nicolas Sarkozy lui-même. La voilà donc chevalière puisqu’il convient de féminiser les termes qui étaient autrefois l’apanage des hommes (il est vrai que les femmes devaient s’occuper du ménage et des enfants, ce qui limitait la possibilité d’accomplir de grandes choses. Quoi de plus important, pourtant, que d’éduquer des enfants ?)

La presse nous apprend qu’elle n’était pas venue seule. Elle était accompagnée de son mari, de son fils, de sa mère, ainsi que de ses treize frères et sœurs, certains accompagnés de leur propre famille. Tout ce beau monde est arrivé à l'Elysée non pas en Jet privé ni sur un yacht remontant la Seine, mais à bord d'un bus blanc à étage. Nicolas ne s’est pas étonné outre mesure de cette présence familiale encombrante. Il faut dire qu’il a l’habitude, puisqu’il ne se déplace jamais sans sa belle-mère, son beau-père ou son épouse (il en a même déjà eu deux depuis le début de son mandat) quand il ne les envoie pas eux-mêmes en mission.

Il aurait accueilli la star en lui lançant que « la France ayant changé, ceux qui réussissent sont les bienvenus ici », phrase dont le ton correspond à celui qu’il employait lors de sa campagne électorale : valoriser la France qui travaille et qui gagne. Il pouvait se le permettre : Dion étant québécoise, elle ignorait probablement que depuis un an tout allait mal dans le royaume. Pouvoir d’achat en baisse, mouvements sociaux, grogne, découragement, morosité, les Français n’ont pas vraiment l’impression d’avoir réussi depuis qu’ils ont un nouveau président. Il faut dire que lui non plus ne semble pas faire partie de ceux qui gagnent et il suffit pour s’en convaincre de regarder la courbe de sa popularité. Avec une ligne qui n’en finit pas de descendre au point qu’on se demande où elle s’arrêtera, Nicolas ne semble pas mieux loti que les pêcheurs bretons (enfin, eux, c’est surtout leurs revenus qui sont en chute libre).

Donc, il fallait bien que Dion fût québécoise pour ne pas s’étonner des propos du président. Ceci dit, sa phrase est tout de même curieuse en soi. Qu’est-ce que c’est que cette France qui a changé ? Il est vrai qu’il nous avait bien promis des réformes, mais nous n’avons pas encore vu venir grand chose. Veut-il dire que maintenant on n’accueille plus que ceux qui réussissent ? Sans doute est-ce en effet ce qu’il a voulu suggérer. Point d’étrangers inutiles, mais des battants millionnaires, voilà ce dont la République a besoin. Manifestement, cela devait le rassurer lui-même de voir enfin des personnes qui gagnent, car s’il devait se limiter à son cas personnel, il finirait par nous faire une dépression.

Maintenant, faut-il pousser plus loin le raisonnement et comprendre que cette phrase signifie qu’autrefois la France n’accueillait que les perdants ? Je ne pense pas, car sinon comment justifierait-il l’arrivée de son propre père sur le territoire de la République ainsi que celle des parents de Carla Bruni, sa vénérable épouse (tiens, on ne la voit pas sur les photos) ?

Mais poursuivons. Il a tenu à remercier Céline Dion de « faire rayonner notre langue au-delà de nos frontières ». Ceci dit, elle n’a fait qu’employer sa langue maternelle, mais il est vrai que l’importance actuelle du français de France se calcule en fonction du nombre de locuteurs francophones dans le monde. Autrement dit, sur le plan linguistique, la métropole ne conserve un certain rayonnement international que grâce à ses anciens territoires, ceux qui sont situés en dehors de l’Hexagone. Voilà qui devrait faire réfléchir le petit président sur la nature de la colonisation. Ne disait-il pas il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas à être honteux de cette pratique et que c’était plutôt aux peuples conquis de remercier la France de leur avoir apporté la civilisation ? Sans doute, il n’empêche qu’à l’heure actuelle, c’est plutôt lui qui devrait les remercier de continuer à parler en français.

C’est d’ailleurs ce qu’il fait en félicitant Dion et en lui offrant une belle médaille. En agissant de la sorte, il reconnaît l’importance du français hors de France et en flattant le Québec il joue son petit De Gaulle (« je vous ai compris. »)

Toutefois, en bon valet de Bush et en américanophile convaincu, il ajoute aussitôt, un peu embarrassé : « Il faut comprendre que si nous sommes tellement attachés (à la langue française), ce n'est pas par opposition à l'anglais .» Et de continuer en affirmant que « le monde est plus heureux avec plusieurs langues car la diversité est une richesse.» C’est sûrement le même discours qu’il tient quand il se rend dans les banlieues de sa belle capitale et qu’il s’adresse aux Français d’origine immigrée. Cela me fait penser qu’il y a longtemps qu’il ne s’est plus déplacé dans ces quartiers. Il est vrai que ces gens ne font pas partie de ceux qui gagnent. Ils doivent donc encore appartenir à la France d’avant.

Pour terminer, il s’est lancé dans une longue tirade sur l’amour, profitant de la place que ce thème occupe dans le répertoire de la chanteuse pour faire revivre sa récente expérience personnelle : « il n'y a qu'une seule façon d'aimer: aimer totalement. L'amour, il ne doit pas y avoir d'impudeur à le partager. Ca donne une certaine fraîcheur. » C’est sans doute pour cela qu’il nous a fait partager son amour pour Carla avec une indiscrétion que nous n’avions jamais vue chez un président. Il a tellement bien réussi qu’on finit par la préférer à celui que nous nous étions choisi et pour lequel nous avions voté (elle a tout de même plus de classe). Enfin, quand je dis « nous », je ne parle pas pour moi, bien entendu.

« Avant d'être président de la République, j'ai fait deux, trois trucs, dont aller vous écouter » a-t-il également lancé à Céline Dion. Tiens donc, il serait donc prédestiné pour admirer les chanteuses ? Si ça se trouve, il aurait tout aussi bien pu épouser celle-ci (cela aurait été une manière habile de remettre la main sur le Québec, par un mariage digne des anciens rois de France et de leur politique expansionniste). Ceci dit, en bon puriste, l’emploi du mot « truc » me gêne un peu de la part du Président, mais bon, on ne peut pas tout avoir. Déjà qu’il aime la chanson française, c’est déjà beaucoup. Espérons seulement que sur sa lancée il ne va décorer la première dame et la faire chevalière à son tour. Enfin, rassurons-nous, si c’était le cas, c’est la chanteuse qu’il honorerait ainsi et non l’ex-mannequin. Heureusement, sinon on ne sait dans quelle tenue elle viendrait recevoir une décoration que son président de mari aurait bien eu du mal à accrocher…

22/05/2008

De l'illusion démocratique

Intéressante remarque que celle qui a été écrite dans les commentaires de la note précédente et que l’on pourrait résumer ainsi :

- si vous ne votez pas, vous vous excluez vous-même du champ politique (et donc vous n’avez plus le droit à la parole)

- si vous votez pour l'opposition et si celle-ci échoue à accéder au pouvoir, vous appartenez au clan des perdants et donc vous n’avez plus qu’à obéir aux décisions qui seront prises.

- si vous avez voté pour la majorité, vous avez confié votre pouvoir décisionnel à des personnes qui vous représentent. Malheureusement, celles-ci prennent souvent des mesures qui vont à l’encontre de ce qui avait été annoncé. Vous vous rendez alors compte que vous avez été dupé.

Quelle attitude convient-il d’adopter ? On se le demanderait bien. Voter, ne pas voter, ne plus voter, tout revient au même. Sans compter que bien peu de décisions sont prises dans l’intérêt du pays ou des citoyens. La pression des grands groupes financiers ou autres est telle que les hommes au pouvoir, immanquablement, entraînent le pays dans une direction qui n’avait été voulue par personne.

Si quelqu’un a une solution à apporter, il est le bienvenu ici.


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19/05/2008

La sournoiserie des anges...

Voici la réponse que m'envoie Pierre Damiens, réponse qui semble bien être la dernière puisque chacun campe sur ses positions. Il continue à considérer que je suis aveuglé par une idéologie ce qui me semble exagéré. Par contre, le fait même qu'il affirme cela prouve aussi qu'il serait plutôt de l'idéologie contraire, même s'il s'en défend.
Il veut promouvoir la souveraineté de la France et sa culture spécifique, ce dont je ne le blâme pas. Par contre, plutôt que de tirer à boulets rouges contre tous ceux qui s'opposent à la mondialisation de style néo-libéral, il ferait mieux de s'en faire des alliés, car l'ennemi que je combats est finalement le même que le sien. Cependant, il sait qu'une fois cet ennemi vaincu (si c'était possible), nous nous opposerions alors radicalement, l'un soutenant le droit des gens et l'autre le droit de l'Etat, l'un faisant des concessions à ses ennemis par humanisme, l'autre les écrasant par le fait qu'il est certain de leur être supérieur.


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La sournoiserie des anges...

Je ne sais pas où vous avez vu que je me disais apolitique. Je suis au contraire pleinement "politique" en refusant d'être "partisan", c'est à dire en cherchant à me frayer un chemin dans le foisonnement des idées, plutôt qu'en me contentant de choisir un camp, seule posture dont vous semblez capable et que vous voudriez de toute force me voir adopter.



Alors, votre surdité me fatigue et je vous le dis, et redis, pour la dernière fois: je ne suis pas de droite! Je ne me sens pas plus proche de Devedjian que de Blanqui, de Pasqua que de Proudhon, ou de Sarkozy que de Péguy, bien au contraire. Nous parlons ici d'idées, lesquelles sont évolutives, et se transforment dans un contexte qui lui-même est changeant: mobilis in mobile. Raymond Aron expliquait que toutes les droites sont d'anciennes gauches... c'est à dire qu'un libéral d'aujourd'hui (que vous classez à droite) descend en filiation directe des tenants des lumières et du mercantilisme bourgeois (la gauche de 1789).



En outre, si les idéologies glissent, les hommes qui s'en inspirent varient plus vite encore. Qui aurait prédit que Dany le Rouge deviendrait Daniel le Vert, que le révolutionnaire de 1968 serait reçu en grandes pompes à l'Elysée??? Qui aurait prévu que les collectivistes du premier septennat Mitterrand s'enticheraient de Tony Blair? Que monsieur Strauss-Kahn qui vantait l'économie dirigée et l'assistanat serait vingt ans après l'usurier du monde??? Certainement pas vous, que vos œillères idéologiques conduisent à prendre les vessies pour des lanternes, et des aigrefins pour des amis du peuple.



Tenez-vous le pour dit. Je ne suis pas de droite, ni par tradition familiale, ni par conviction personnelle. Je ne me range pas à gauche pour autant. Mais ce que vous appelez mon « apolitisme » est en fait une certaine absence d’instinct grégaire. Le seul fait de me rallier à un troupeau idéologique me dégoûte. A tel point que je n'ai jamais appartenu à aucun parti, et que je ne vote pas. Je vous vois déjà, trépignant d'indignation ! Non, je ne vote pas, et ne voterai jamais. Le simple geste de déposer un bulletin dans une urne me débecte, puisqu'il est la caution que les moutons accordent aux loups. Ce que vous croyez être une démocratie parlementaire est en fait la plus aboutie des entreprises totalitaires. Une dictature, elle au moins, permet de s'opposer à elle, de se définir contre elle, de la combattre, fût-ce au prix de sa vie. Le soft-totalitarisme ne le permet pas. Face à la contestation, il a deux attitudes: il l'ignore, ou la digère, mais ne lui accorde jamais le duel.



La sophistique démocratique est tautologique et implacable:

- Si vous ne votez pas, on vous répond que vous n'avez pas joué le jeu de la république, que vous vous excluez vous-même du champ politique, et que vous devez donc vous taire;

- si vous avez voté pour l'opposition parlementaire, c'est à dire pour les perdants du scrutin, on vous rétorque que pour avoir voix au chapitre, il fallait gagner les élections, et que vous devez également la fermer;

- si vous avez voté pour la majorité, alors on vous démontre avec condescendance que vous avez délégué votre part de souveraineté aux dirigeants du moment, que vous étiez d'accord avec eux, que vous devez assumer votre choix et donc, finalement, plus que tout autre, garder pieusement le silence!



Au bilan, le "citoyen" se voit privé de parole, et même de représentation, car il est naïf de croire que l'on obtient le pouvoir en remportant les élections. Aujourd'hui, on remporte les élections parce qu'on détient déjà les clefs du pouvoir: l'argent, les réseaux d'influence, les médias… toutes choses inaccessibles à la majorité des citoyens, mais réservées à quelques coteries bien rodées. Et la bipolarisation idéologique dont vous êtes un bon petit soldat est le garde chiourme de l'univers carcéral intellectuel que nous connaissons aujourd'hui. Bientôt, d'un commun accord entre le PSF et l'UMP, un système bipartite se mettra en place en France. Les autres courants politiques seront réduits à l'état de croupions par l'assèchement financier, l'assimilation forcée ou achetée et la ringardisation. Ce régime, calqué sur celui des Etats-Unis, permettra de parachever le drainage économique, la standardisation intellectuelle et la mise en coupe réglée de la société.



En soixante ans, rythmés d'innombrables votations, referendums et plébiscites, la France a été intégralement chamboulée, défigurée, anesthésiée et bientôt elle sera euthanasiée. Pourtant, à aucun moment, le peuple français n'aura eu clairement son mot à dire. On s'est toujours arrangé pour ne lui demander son avis qu'après avoir façonné l'opinion. On s'est aussi généralement bien gardé de lui soumettre les questions d'importance. Et puis, quand d'aventure on avait commis la bêtise de le faire, on s'est ensuite dépêché d'effacer les résultats indésirables. Le pays le plus nataliste d'Europe est subrepticement devenu une "terre d'immigration". Le pays le plus indépendant sur la scène internationale s'est sagement converti en agneau atlantiste. La patrie de Lully, Lafontaine et Vauban est devenue la groupie de Joey Starr, Beigbeder et Rama Yade. A-t-on vraiment choisi cela? Et si oui, qui l'a réellement décidé? Ces mutations, promptement opérées, ont-elles été concoctées au hasard, dans l'obscurité des isoloirs??? Evidemment non. Les petits français, à peine sortis des siècles de servage, se sont laissé déposséder de leur terre, de leur culture et des rennes de leur destin par quelques habiles mafias.



Et encore faudrait-il que je m’enrôle dans vos milices ? Que je m’enthousiasme pour les maques du trottoir de gauche, ou les caïds de celui de droite ? Hé bien ce sera sans moi ! Je déserte vos bataillons, votre piétaille endoctrinée, et je me bats en franc-tireur... C’est cela qui vous gêne en définitive… ma persistance à échapper à votre ordre de bataille, à votre bel ordonnancement manichéen. Amis ou ennemis, tous doivent marcher au pas !!! De toutes les indisciplines, celle de vos adversaires est celle que vous supportez le moins. Ne pouvant user de vos outils habituels, la connivence entre « braves gens » ou la culpabilisation du « méchant blanc », vous perdez votre arsenal dialectique. Alors, vous troufignolisez, triturez ma prose pour en extirper des indices, des pièces à conviction, des commencements de preuves. Il faudrait, faute d’avoir voulu montrer patte blanche, faute d’avoir souscrit béatement à votre charte du bien-pensant, que je me fasse épouvantail, que je redevienne le méchant de service, le moulin à vent dont tous les chevaliers à la triste figure ont besoin. Mais vos charges héroïques donnent dans le vide. Je ne me battrai pas contre vos fantasmes.



Pour ce qui est de vos interprétations ethnomasochistes de l'Histoire, je maintiens qu'elles sont le fruit des manipulations idéologiques qui visent à nier l'originalité de l'Europe dans le concert des civilisations. J'ai bien dit originalité, et non pureté. D'après les pontes du CNRS, ces rentiers de la bien-pensance, notre culture devrait tout aux grandes invasions, aux migrations, au métissage, comme si Vinci et Mozart n'auraient pu exister sans Mahomet et Soliman, comme si les bâtisseurs de Stonehenge et du Parthénon n'avaient pas eu de descendants, comme si, après l'échec de "l'homme nouveau" socialiste, il fallait absolument construire l'orphelin universel, le nomade cosmopolite qu'Attali et consorts fabriquent en sourdine. Je vous joins en annexe un renvoi vers un texte (1) qui dit en mille mots ce que je résumais en cent.



Si vous n’avez pas la force de voir les choses en face, je vais vous déciller. Vous voudriez jouer les rebelles, mais vous êtes, avec tous les cocus des bons sentiments, les vrais piliers du nouvel ordre mondial. Vous brandissez fièrement les hochets que les multinationales vous tendent : antiracisme pour dissimuler la nouvelle traite des noirs, commerce équitable pour vendre plus cher aux occidentaux le riz qui manquera aux enfants asiatiques, antinucléaire pour garantir que le pétrole et le gaz continueront d’engraisser les margoulins texans, l’OPEP et votre ami Chavez ! L'enfer des guerres de religion, des grandes conflagrations, des génocides interethniques a toujours été pavé des bonnes intentions de gogos utopistes tant votre style. Votre angélisme multiculturel, celui des militants du droit d'asile, mais aussi celui des patrons qui emploient "ingénument" les sans-papiers, cette fausse générosité dégoulinante prépare de nouveaux Liban, de nouveaux Rwanda, de nouveaux Kosovo... ici, chez-vous, dans votre quartier, dans l'école de vos enfants, dans votre confort devenu champ de bataille. Et sur les ruines fumantes, quand les indigents se seront bien entretués, les nouveaux Kouchner, les héritiers de Glucksman et de BHL, viendront gloser sur la barbarie, avec des mines faussement contrites. Ils refourgueront leurs belles idées, aussi criminelles que lucratives, leurs entourloupes, leurs paroles aguichantes, toutes leurs facéties de maquereaux de la misère humaine.



Libre à vous de croquer à leur tapinage, si vous vivez encore. Moi, je n'en mange pas.



(1) http://stalker.hautetfort.com/archive/2008/05/17/bruler-la-sorciere-par-jean-gerard-lapacherie.html



Des milliardaires

« On ne prête qu‘aux riches » dit le proverbe. Voilà sans doute ce qui explique que le nombre des grandes fortunes a considérablement augmenté ces dernières années. Profitant du climat néo-libéral ambiant, ceux qui ont de la fortune investissent dans des secteurs rentables, non sans dédaigner au passage les aides d’état et tout en profitant des exemptions d’impôts. Résultat : en 2006, le nombre de millionnaires (en dollars) avait augmenté de 8,3 %. Quant aux milliardaires, ils sont passé de 209 en 1998 à 1 125 dix ans plus tard.

Nous sommes contents pour eux, assurément. Les chômeurs, les pensionnés, les bénéficiaires du RMI et tous les salariés qui gagnent moins de 2000 euros par mois (ce qui fait déjà pas mal de monde)regardent ces chiffres d’un air médusé. « Mais comment font-ils » ? Telle est assurément la question qu’ils se posent. La presse, de son côté, ne se fait pas prier pour relayer ces informations qui tendent à prouver que tout va bien dans le meilleur des mondes et que pour celui qui le veut vraiment, l’avenir est non seulement assuré mais même franchement radieux. Donc, amis lecteurs, si comme moi vous ne faites pas partie des heureux élus qui doivent à leur audace et à leur intelligence d’avoir réussi, c’est que vous appartenez au club des perdants, autrement dit des nuls et des fainéants. Car derrière ce discours (et c’est ce qui est finalement agaçant), le pouvoir nous fait la morale pour nous dire que si nous stagnons dans notre médiocrité, c’est bien de notre faute. Nous n’osons pas entreprendre et nous nous contentons de nos petites heures salariées (35, 36 ou 38 selon les pays).

Les vrais gagnants, eux, se sont lancés dans l’aventure en retroussant les manches et voilà le résultat : ils sont devenus milliardaires comme beaucoup d’autres. Cette manière de culpabiliser les vaincus est vieille comme le monde. Les seigneurs du Moyen Age, déjà, renforçaient leur pouvoir sur les serfs (dont en fait ils tiraient tous leurs revenus) en les méprisant pour le fait qu’ils n’osaient pas, comme eux, enfourcher un rapide destrier et pratiquer le jeu de la guerre. La noblesse a continué ce type de discours en revendiquant une supériorité intrinsèque (génétique et culturelle)et aujourd’hui, ma foi, cela continue. Comme l’Eglise catholique nous a appris pendant deux mille ans que nous étions fondamentalement coupables (le simple fait d’être né homme ou femme est déjà en soi une faute impardonnable, au point qu’on se dit qu’au aurait mieux fait de venir dans la peau d’un chien), nous sommes finalement tout disposés à croire à notre infériorité. Aujourd’hui donc, à l’ère néo-libérale, si nous ne sommes pas riches, c’est donc bien de notre faute. Il nous reste la consolation de regarder ceux qui le sont devenus et d’envier leur niveau de vie.

De plus, point de racisme chez les nouveaux riches. Dans cette nouvelle caste que constitue les « gagneurs », on ne regarde pas à la couleur de la peau, preuve supplémentaire de leur bonne moralité. Ainsi quatre des personnalités les plus riches de la planète sont indiennes. Il y a aussi des Russes, des Turcs, des Polonais et des Brésiliens, bref des étrangers qui se sont montrés plus habiles que nous. Il est loin le temps où nos grands-parents regardaient de haut les Polonais ou les Italiens qui venaient travailler dans nos mines. Aujourd’hui, en cette période démocratique, il y a égalité pour tous. Le droit de s’enrichir appartient autant à l’Africain qui se fait repêcher au large des Canaries sur une épave qu’à l’actionnaire principal du groupe Suez (même si je n’ai pas vu beaucoup d’Africains réfugiés politiques sur cette liste de milliardaires, allez savoir pourquoi). La belle époque que la nôtre.

La mode n’est plus de faire fortune dans le pétrole (cela tombe bien, je n’en ai pas trouvé dans le sous-sol de mon jardin)mais plutôt de se transformer en « barons voleurs » de la finance, des médias, de l'immobilier et des nouvelles technologies. La recette ? Fréquenter les grandes écoles, tisser une toile de relations utiles et ne pas négliger l’appui familial. Quelques relations politiques ne nuisent jamais non plus, surtout si vous êtes assez influent pour faire adopter des lois qui seront en votre faveur. Car nos politiciens sont tout disposés, semble-t-il (ceux de gauche comme ceux de droite) à solder les avoirs publics (les biens que l’Etat avait achetés autrefois avec vos impôts)pour les faire passer dans le secteur privé, lequel ne pourra que mieux les gérer, c’est bien connu (on l’a vu dans les pays où les secteurs du gaz et de l’électricité ont été privatisés : cela s’est traduit par une augmentation des factures de 30 %, preuve que l’Etat est bête puisqu’il aurait pu ainsi s’enrichir et qu’il ne l’a pas fait. Tant pis pour lui).

A côté de cela, nos dirigeants élus le plus démocratiquement du monde déréglementent la finance et se laisse convaincre par les barons du capital. On supprime les règles existantes et on s’en remet au marché, seul capable, paraît-il, d'organiser équitablement la répartition des richesses.

Evidemment, pour récompenser les nouveaux riches qui ont osé entreprendre, les tranches supérieures d'imposition sur les revenus sont divisées par deux, parfois par trois. C’est normal. A quoi bon travailler si c’est pour donner tout son argent à l’Etat ? Les ciseaux à surtaxe, comme disait Léo Ferré, c’est bon pour les salariés ordinaires, ces fainéants qui vivent dans la routine, ces idiots qui n’ont pas encore compris que pour être en haut de la hiérarchie il ne faut pas hésiter à écraser les autres.

Car le nouveau principe, c’est l’inégalité. Il aura fallu un travail de sape des intellectuels pendant des années pour faire admettre ce nouveau principe. Plus question de protection sociale, fini l’Etat providence (n’êtes-vous pas honteux de vivre comme des assistés ?), finie l’époque de la retraite paisible (Comment, vous voulez arrêter le travail à 65 ans, en pleine possession de vos moyens, alors que vous pourriez mettre votre expérience au profit des plus jeunes, qu’il faut former ?) avec une bonne pension (si vous n’avez pas pensé à vous constituer une pension privée, autrement dit à vous démunir d’un tiers de votre salaire au profit des banques, alors ne venez pas pleurer : l’Etat ne vous donnera que le strict minimum car ce n’est pas son rôle de vous entretenir). Quoi, vous voulez bénéficier de la sécurité sociale ? Mais vous n’y pensez pas. Cela suppose des impôts au préalable or il n’est pas question d’aller taxer nos entreprises, déjà si peu compétitives. Comment pouvez-vous tenir des propos aussi inciviques ?

Mais rassurez-vous, si vous n’êtes pas riches, vous pourrez au moins contempler ceux qui le sont. Regardez comme ils sont généreux : ils édifient des musées, signent des chèques aux artistes, vaccinent les enfants africains, bref, il n’y a pas plus utiles qu’eux. Grâce à quelques gestes philanthropiques, ils assoient définitivement leur position de maîtres du monde. Manière sans doute de nous faire oublier que ce sont eux qui imposent les bas salaires et le chômage, qui décident d'investir ici et de restructurer là. Eux encore qui ne font que spéculer sur le prix des produits alimentaires les jours où la Bourse rapporte moins (mais aussi, pourquoi pas, les jours où la Bourse rapporte beaucoup) Eux toujours qui développent un mode de consommation peu soucieux du respect de l’environnement. Ils s’en moquent, avec l’argent qu’ils ont économisé, ils pourront toujours trouver une petite île du Pacifique pas trop polluée et moins touchée par les friches industrielles que le Nord-pas de Calais ou la Lorraine. On se demanderait d’ailleurs bien pourquoi certaines personnes s’obstinent à vivre dans ces contrées sinistrées… Probablement parce qu’elles n’ont pas assez d’argent pour aller s’établir sous des cieux plus cléments. Mais si elles n’ont pas d’argent, on vient de l’expliquer, c’est entièrement de leur faute, n’est-ce pas ? Elles n’avaient qu’à devenir milliardaires comme tout le monde, après tout, par les temps qui courent, c’est à la portée de n’importe qui.


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17/05/2008

Réponse à un sage qui se croit apolitique.

Suite aux remarques de Pierre Damiens, voici ma réponse:


Cher Monsieur, vous me présentez comme un idéologue victime de ses a priori. Sachez tout d’abord que je ne suis d’aucun parti, si ce n’est du mien et que je trouve regrettable qu’on ne puisse défendre le sort de ses contemporains (d’un point de vue disons humaniste et social) sans se voir aussitôt taxé de marxiste ou de communiste primaire. De tels reproches sont un peu faciles et tendent à prouver que les œillères ne sont pas du côté que vous dites.

Vous affirmez que vous vous situez au-delà du clivage gauche-droite et que des questions comme celles de l’identité culturelle, de la Nation ou de la souveraineté « transcendent les clivages politiques classiques. » Sans doute. Mais le fait d’insister sur ce point (revendiquer votre neutralité) tout en me reprochant d’avoir une vision de gauche (attitude qui, de votre point de vue, semble confiner à la bêtise), tend déjà à prouver que vous n’êtes pas si neutre que cela. Vos critiques répétées à l’encontre de la gauche et vos remarques mesurées envers la droite vous positionnent d’office dans un camp. Et ce n’est pas moi qui vous classe dans ce camp, c’est vous qui le faites vous-même.

Certes, en philosophant d’une manière que vous présentez comme objective, vous croyez sortir des sentiers battus. Mais cette défense systématique de l’intégrité de la Nation vous classerait au mieux du côté d’un gaullisme de bon aloi, au pire du côté d’une droite très très à droite.

Si je m’exprime de la sorte, vous allez me reprocher une nouvelle fois d’établir des catégories commodes. Permettez-moi tout simplement d’être sur mes gardes et de me méfier de ces loups qui se disent aussi blancs que les brebis qu’ils s’apprêtent à manger.

Vous dites « toujours jauger une idée en fonction de ses effets, non de ses intentions. » Attention tout de même. Il est toujours bon de connaître l’intention première, même si celle-ci ne donne pas toujours l’effet escompté. Prenons un exemple sur lequel, je crois, nous tomberons d’accord : celui de la guerre en Irak. Sous prétexte de terrorisme et d’armes de destruction massive, l’Amérique s’est engagée dans une guerre dont elle ne voit pas la fin. Fallait-il prendre pour argent comptant la version de l’administration Bush et engager la France dans un conflit qui n’était pas le sien ? Chirac aurait-il dû suivre aveuglément et attendre ensuite les effets pour les analyser ? Non, bien sûr.

Alors, lorsque vous vous targuez de penser plus librement que moi, je vous en félicite, bien entendu, mais je vous donne cependant ce conseil : ne soyez pas trop naïf et n’attendez pas toujours les conséquences d’une action pour savoir si vous deviez être d’accord ou non avec elle.

En fait, ce conseil est un peu ironique, je l’avoue, et je vois bien que lorsque vous êtes confronté à une idée émanant de ce que vous considérez comme la gauche, je vois bien, dis-je, que vous n’attendez pas longtemps avant de prendre position.


Vous me reprochez «l'hémiplégie de mon sens critique », ce qui est un peu dur à entendre. En gros, je percevrais clairement ce qui se trame dans « les officines qui mènent le monde » tout en faisant leur jeu.

Je ne vois pas en quoi je contribue à faire leur jeu en dénonçant leur action et en levant un coin du voile sur l’abrutissement des masses par les médias (voir mes propos contre Ockrent). En fait, nous tombons d’accord pour fustiger la mondialisation, qui appauvrit culturellement nos sociétés occidentales (et toutes les autres d’ailleurs), mais quand je regrette qu’elle appauvrit aussi les citoyens sur le plan économique, vous prenez vos distances en me taxant de gauchiste. Et quoi ? Vous voulez me faire porter la statue de Jeanne d’Arc avec les adeptes du Front national et m’obliger à ne parler que de la grandeur de la France ? « Travail, famille, patrie », telle est votre devise ? Non, je ne vous ferai pas cette injure. D’ailleurs vous réfuteriez mes propos aussitôt puisque vous vous dites apolitique.

Mais ce qui m’intéresse, moi, ce sont les gens, beaucoup plus que l‘idée abstraite de patrie. Je vais vous surprendre, mais un de Gaulle, dont je pourrais en fait dire autant de mal (la grandiloquence du personnage, son mépris aristocratique envers la « chienlit » de mai 68, etc.) que de bien (son rôle exemplaire pendant la guerre, qui a empêché que la France ne soit démantelée par le vainqueur : les départements du N et du N-E devaient former un nouvel état tampon avec le Benelux), peut me séduire quand il affirme qu’il faut noyer le communisme dans le bien-être de tous. Autrement dit, en faisant bénéficier tous les citoyens de la reprise économique et pas seulement quelques-uns, il se montrait digne d’être un chef d’état, beaucoup plus, en tout cas, que les tenants du néolibéralisme actuel, qui ne travaillent que pour les intérêts de quelques-uns. Donc, même si de Gaulle veut par ce moyen combattre le communisme qu’il exècre à peu près autant que vous (visée politique, donc), au moins offre-t-il aux gens une alternative intéressante (vous le voyez, je juge sur les effets, non sur les intentions).

Donc, pour revenir à la mondialisation, ce qui me dérange dans cette affaire, c’est moins le mélange des cultures (même si comme vous je suis fort attaché à la mienne) que le fait d’ériger le commerce (ce vol organisé des plus faibles) en modèle de société. Des mélanges (culturels ou raciaux) il y en a toujours eu. N’en sommes-nous pas les premiers héritiers avec la civilisation gallo-romaine ? J’en profite d’en être arrivé là pour répondre à certaines de vos remarques qui m’ont fort dérangé.

Si je vous ai parlé des « hordes germaniques abruties », ce n’est pas en fustigeant une race particulière, comme vous semblez le croire, mais un état de développement. Ces peuples germaniques, Duby, que j’ai bien lu, nous le montre fort bien, en étaient au stade du pillage organisé pour subvenir à leurs besoins. Nous avons donc affaire à des chasseurs cueilleurs évolués qui trouvent dans la rapine la réponse à leurs besoins de subsistance. Je n’ai porté sur ce point aucun jugement de valeur, me contentant de dire que l’Occident avait bien dû subir ce fléau et l’assimiler avant de se redresser.

Quant au monde arabe, je vous trouve bien prompt à le fustiger. Bien sûr que je connais Constantinople et son héritage gréco-latin. Brillante civilisation particulièrement malmenée par nos croisés, soit dit en passant (ce que vous semblez oublier). Quant aux Turcs je vous ferai remarquer qu’ils ne sont pas de race arabe. Quant à la renaissance carolingienne, elle s’appuie essentiellement sur les moines irlandais, dignes héritiers des ecclésiastiques qui avaient fui la Gaule avec leurs livres lors des invasions germaniques. Charlemagne, on le sait, voulait relever le niveau intellectuel de son clergé et il est allé puiser à la source auprès de ceux qui avaient conservé un latin digne de celui de l’Antiquité.

Clichés les inventions arabes ? Même si ces peuples ont emprunté à d’autres les découvertes dont on leur attribue la paternité, au moins ont-ils servi à rassembler les connaissances et les ont-ils transmises à leur tour. Et vous ne pourrez nier que la civilisation de Al Andalûs ait atteint un haut degré de raffinement. Vous ne pourrez pas nier non plus que la philosophie et la médecine grecques aient été assimilées par le monde arabe. Voir dans la proclamation de cette vérité une stratégie manigancée par les antiracistes vous classe irrémédiablement dans une certaine catégorie de penseurs, celle de ceux qui aiment tenir des discours qui vont à l’encontre des idées reçues (ce qui n’est pas mauvais en soi, je l’ai déjà dit) dans le seul but de discréditer une nation qui ne leur est pas sympathique. Je ne vous accuse pas de racisme, loin de là, mais on dirait que votre acharnement à valoriser l’Occident et la France vous pousse à nier l’évidence, à savoir que d’autres peuples ont pu, à certaines époques, détenir eux aussi une culture enviable et non négligeable. Vous ne citez d’ailleurs jamais Averroès, dont les commentaires sur l’œuvre d’Aristote ont eu une influence majeure tant en Andalousie que dans le reste de l’Europe. En effet, par sa synthèse de la philosophie aristotélicienne et de la foi musulmane, il a tenté non seulement de concilier le domaine de la foi et celui de la raison, mais il a aussi contribué à répandre les cultures grecques et arabes en Occident. Mal vu dans son propre camp, c’est à ses traducteurs juifs qu’il doit d’avoir influencé le scolastique occidentale. Il a été traduit notamment par Michael Scot (à ne pas confondre avec Scot Erigène) Vous ne citez pas davantage Avicenne, dont acte.

Mais revenons à une période plus récente. Vous dites que selon moi «il y avait de bons motifs pour être communiste jusqu’en 1956, tandis qu’il n’y avait que de mauvaises raisons pour être fasciste ». D’abord je répondrai qu’il n’y jamais aucune bonne raison pour devenir fasciste. Ensuite, je préciserai qu’il y avait chez beaucoup une aspiration à une justice sociale qui croyait avoir trouvé dans le communisme une voie royale. Hélas, l’espoir se transforma vite en dictature. Les plus intelligents le virent à temps. Lisez ou relisez « Faux Passeports » de l’avocat wallon Charles Plisnier (prix Goncourt 1937) et vous aurez tout compris. Par ailleurs, c’est un peu lassant de toujours s’entendre dire qu’il ne faut pas avoir d’idées sociales puisque de toute façon celles-ci sont toujours récupérées par des personnes malintentionnées. Vaut-il mieux avoir des idées réactionnaires ?

Où avez-vous lu que je prône la dictature du prolétariat ? C’est votre seule peur qui vous fait parler ainsi, mais ce faisant vous vous trahissez. Vous n’êtes ni de droite ni de gauche ? En tout cas on a compris que vous n’étiez pas à gauche.

Personnellement, je ne colporte pas « des bobards visant à disculper les compagnons de route du PCF, ce temple légal de l’idéologie la plus criminelle à ce jour ! » Il y aurait beaucoup à dire sur le PCF, y compris dans son action en Espagne, où sa présence visait moins à combattre le fascisme qu’à éliminer les anarchistes présents sur le terrain (lire Michel Ragon, « La gloire des vaincus »)..

Pour la « grotte de Nouméa » il fallait évidemment lire « grotte d’Ouvéa », merci de le faire remarquer. Mais je ne sais pas où vous en déduisez que j’approuve plus le rôle de Mitterrand que celui de Chirac. D’abord il est évident qu’ils étaient d’accord tous les deux pour donner l’assaut, mais disons que Mitterrand a fait porter le chapeau à son rival politique. Dans cette affaire, je dis simplement que celui qui a opté pour le dialogue a obtenu de meilleurs résultats, peu importe son appartenance politique. Les Russes ont bien donné l’assaut d’un théâtre moscovite occupé par des Tchétchènes et ce fut une boucherie sans nom. Je ne vais quand même pas les approuver pour cela. Vous par contre, vous devriez, puisque vous vous félicitez par ailleurs de l’action « brutale mais néanmoins efficace des forces de l’ordre » à Ouvéa.


« Je pourrai rectifier ainsi toutes vos erreurs », dites-vous ailleurs. Vous me faites peur, on dirait un commissaire du peuple qui parle.

Par ailleurs, vous ne vous sentez pas coupable de l’esclavagisme, du colonialisme et des guerres qui ont émaillé notre Histoire. Mais moi non plus, à vrai dire. D’ailleurs mes ancêtres n’ont tiré aucun profit de ces événements dont ils ont été les victimes (guerre 40). Cela ne m’empêche pas de fustiger le colonialisme tout en sachant le remettre dans le contexte de l’époque car il est trop facile de condamner sans chercher à comprendre.

Quant à cette culture reçue en héritage et que vous défendez, votre attitude vous honore, certes et je vous suis dans cette voie, contrairement à ce que vous pourriez croire. Je suis même peut-être plus réactionnaire que vous sur ce sujet, allant jusqu’à défendre l’apprentissage de la culture classique (latine et grecque). Que voulez-vous, nul n’est parfait. Je précise tout ceci pour vous montrer qu’on peut défendre le peuple et la démocratie sans pour cela approuver la culture de masse qu’on nous impose de plus en plus. Je suis au contraire d’une grande exigence en matière d’enseignement et je déplore que les gouvernements de gauche n’ont fait que de la démagogie en abaissant le niveau des études sous prétexte de les démocratiser. Il eût fallu continuer à être exigeant tout en permettant à chacun de fréquenter l’école.

Voilà une opinion peu démocratique, que vous allez évidemment me reprocher, puisque seuls les bons élèves des classes défavorisées auront la chance d’obtenir un diplôme. Sans doute, mais en abaissant le niveau de l’enseignement, aucun jeune issu d’un milieu culturellement modeste n’aura la moindre chance de progresser. Notez en passant qu’un marxiste verrait dans mon point de vue une position scandaleuse : permettre aux enfants du peuple d’accéder à la culture bourgeoise et les encourager à le faire. Vous voyez que je suis moins irrécupérable que vous ne croyez.

Cependant je reste démocrate et votre postulat selon lequel le métissage « devient un mode politiquement correct d’ethnocide lorsqu’il est organisé sur une grande échelle » me choque profondément, je ne le cache pas. Est-il vraiment organisé, d’ailleurs ? Qu’est-ce qui pousse tous ces gens à débarquer chez nous si ce n’est la misère endémique qui règne chez eux ? Le système économique que nos sociétés occidentales ont mis en place a encore renforcé leur précarité (et c’est là, assurément, un des points noirs du colonialisme que d’avoir éradiquer des modes de productions indigènes pour mettre en place un système agricole dont nous sommes les seuls bénéficiaires). Aujourd’hui, la mondialisation économique porte le coup de grâce à ces peuples que l’on pousse à s’endetter outre mesure dans le but soit disant de se développer (alors que ceux qui y arrivent sont immédiatement mis à la raison, par les armes s’il le faut).

Je ne me sens pas coupable de cet état de fait, mais permettez-moi au moins de le condamner violemment puisque c’est ma propre civilisation (du moins sa part diabolique) qui l’a produit. Accepter cette injustice, ce serait se faire honte à soi-même.

Mais revenons à votre problème d’immigration de masse, lié effectivement à la criminalité et à la névrose sécuritaire qui l’accompagne. Ce n’est pas une question de race qui est ici en cause mais une question de milieu social, économique et culturel et vous le savez bien. Le problème, le seul en fait, c’est que ces populations immigrées arrivent en trop grand nombre, ce qui provoque leur cantonnement dans des espèces de ghettos lesquels génèrent à leur tour la violence. Il faudrait donc limiter l’accès au territoire mais accueillir dignement ceux qui y sont entrés. Je vois par contre que le sieur Sarkozy qui s’est fait élire en grande partie sur des questions sécuritaires continue à approuver l’arrivée de nombreux réfugiés (avec l’approbation du patronat qui voit d’un bon œil l’arrivée de cette main d ‘œuvre bon marché) tout en reconduisant aux frontières d’une manière arbitraire ceux qui se sont déjà implantés en France.

La concurrence interethnique dites-vous ? N’est-ce pas plutôt d’une concurrence économique dont on nous rabat les oreilles sans arrêt ? N’est-ce pas celle-ci qui fragilise des pans entiers de la population, y compris autochtone, les poussant petit à petit en dessous du seuil de pauvreté ?

De votre côté vous semblez rejeter la solidarité individuelle pour ne pas cautionner le système même de l’immigration. Désolé, mais vous trompez de cible. Attaquez-vous plutôt à ceux qui cautionnent un tel système. Il est vrai que nos politiciens ont fait leur carrière la-dessus. La gauche y voit une réserve d’électeurs et se donne bonne conscience tandis que la droite joue sur la peur de l’étranger pour se faire élire et renforcer la répression, en premier lieu contre les Français de souche (selon l’expression consacrée).

Vous voyez la solution dans « la communion entre les générations d’un même lignage. » Hélas, mais n’est-ce pas notre mode de vie urbanisé qui a fait se dissoudre ce tissu familial ?La gauche y a contribué, préférant développer la solidarité de type syndical, la droite n’a pas fait mieux en imposant des normes économiques qui détruisaient les petites exploitations familiales au profit des grands ensembles.

Le consommateur ultime est un individu seul, en effet, qui tente d’échapper à sa solitude en achetant de plus en plus de produits par ailleurs complètement inefficaces pour résoudre son problème.

« Préserver son identité culturelle, non par peur, non par égoïsme, non par frilosité, mais par amour des siens » Pourquoi pas ? Mais cela implique-t-il le rejet d’autrui ? Vous prônez la biodiversité humaine. J’espère que ce n’est pas pour rester bien à l’abri dans votre culture occidentale et conserver quelques peuplades bien typées aux quatre coins de la planète pour vous offrir un peu d’exotisme de temps à autre ? Non, je ne vous sens pas de cette trempe-là. Je vous vois en réel voyageur et je veux bien croire que vous avez essayé de comprendre les coutumes d’autrui sans vouloir à tout prix les incorporer. Si vous respectez ces différences, c’est déjà beaucoup.

« Ce qui m’a toujours ouvert les portes, jusque dans les recoins les plus improbables de notre vaste monde, c’est d’avoir toujours assumé mes origines, de n’avoir jamais singé les coutumes locales que je ne comprenais pas. » Cela ne me surprend pas et je vous crois sur parole. Mais ne peut-on être aussi « citoyen du monde » car l’homme est partout pareil, un drôle d’animal, en fait : homo homini lupus est.

« Ce n’est qu’en cultivant ses propres racines que l’on peut s’élever et peut-être parvenir, dans ses plus hautes aspirations, à rejoindre l’universel » Tout à fait. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais à la condition, cependant, de ne jamais mépriser les autres civilisations en se croyant supérieurs.

Ceci dit, il reste le problème de certaines coutumes qu’il nous est difficile d’absoudre (mutilations sexuelles, lapidations, etc.) Lévi-Strauss lui-même se demandait parfois s’il avait le droit de porter le regard neutre du scientifique sur certaines des coutumes qu’il étudiait.

Voilà, ce fut un plaisir de dialoguer avec vous. Dommage que vous ayez tendance à porter le débat sur le plan personnel plutôt que d’en rester au plan théorique des idées. Nous échangeons des concepts auxquels nous croyons. Une chose est de tenter de prouver que ceux de l’adversaire sont faux, une autre est de critiquer l’adversaire lui-même. Cela aussi s’appelle le respect et devrait être une attitude universelle.

En réponse à ceux que l'altérité répugne (par Pierre Damiens)

Suite à l'article qui précède, Pierre Damiens a donné sa réponse (dans les commentaires et par courriel). Je la redonne ici, pour ceux qui ne l'auraient pas lue. J'ai juste modifié mon nom en le remplaçant par mon pseudo, comme il est de coutume sur ce blogue qui est le mien.

En réponse à ceux que l'altérité répugne (texte adressé au Stalker le 7 mai 2008, en réponse à l'article http://stalker.hautetfort.com/archive/2008/05/03/de-la-peur-que-certains-eprouvent-face-a-une-societe-reponse.html.)

J’apprécie la persévérance avec laquelle vous avez cherché à me répondre. Pascal, dans ses Provinciales, disait « J’ai été long parce que je n’ai pas eu le temps de faire court ». Je vais donc essayer de répliquer sans trop me disperser.

Il me faut tout d’abord préciser que vous déformez trop souvent mes propos, usant d’approximations (« colonialisme » pour « esclavagisme », « immigration » pour « métissage »…) et que vous cherchez par là à caricaturer mes idées afin de les faire entrer de force dans vos gabarits idéologiques. Vous vous référez en permanence aux notions de « droite » et de « gauche ». Convenez que je n’utilise que rarement ces termes, fourretouts commodes mais dépourvus de toute pertinence pour les sujets qui nous intéressent ici. En effet, les questions d’identité culturelle, de Nation, de souveraineté, et de submersion de ces notions dans le maelstrom de la mondialisation, transcendent les clivages politiques classiques. Il y a des nationalistes et des souverainistes de gauche, des mondialistes de droite (ils sont légion !), ou des racistes socialistes (l’essence même du fascisme). Il y a surtout des opportunistes et des idéalistes. Et si Césaire est un métis, c'est bien de ces deux dernières espèces qu'il tire sa filiation. Mais puisque le vieux pape du ressentiment n'était qu'un prétexte à notre échange, poursuivons sans lui.

Vous ne me verrez jamais prendre une position partisane lorsqu’il s’agit de juger un fait, un évènement ou un homme. En revanche, j’applique fidèlement la règle suivante : toujours jauger une idée en fonction de ses effets, non de ses intentions, et considérer un homme à l’aune de la cohérence entre sa pensée, ses paroles et ses actes. C’est en cela que nous divergeons fondamentalement, et c’est pour cela que je peux penser plus librement que vous. A titre d’exemple, j’utilise le terme de « bourgeois » pour son acception littérale, tandis que vous y entendez immanquablement une connotation marxiste.

Mon premier regret, quand je lis votre prose, c’est l'hémiplégie de votre sens critique. A quoi bon, monsieur Feuilly, étaler votre connaissance des officines qui mènent aujourd’hui réellement le monde, tandis que les gouvernements démocratiques ne sont plus qu’un théâtre de marionnettes, si c’est pour rabâcher les poncifs avec lesquels l’intelligentsia mondialiste étend subrepticement son pouvoir ???

A quoi bon vous « insurger » contre ma prétendue lecture ethno-raciale du monde si vous nous resservez l’antienne des hordes germaniques abruties, que la lumière arabe aurait extirpées de la barbarie ??? Avez-vous entendu parler de Constantinople, monsieur Feuilly ? Vous savez, l’empire romain d’Orient, celui qui a préservé l’héritage gréco-latin jusqu’à son anéantissement par… les Turcs !!! Savez-vous, monsieur Feuilly, que les moines de Gaule, puis de France, ont reçu des monastères byzantins les écrits des philosophes grecs ? Relisez donc Georges Duby et Pierre Riché… Allez au musée du Moyen-âge, dans l’Hôtel de Cluny… vous y verrez les vestiges, bien peu mis en valeur (la mode est à l’exposition de valises en carton…), de ce qu’il faut bien appeler la renaissance carolingienne. Les clichés sur les inventions arabes, le zéro (découverte indienne), la boussole (trouvaille chinoise, comme les cartes), les étriers (les musées d’antiquités romaines en regorgent), l’astronomie (pratiquée par tous les peuples antiques), la médecine (Hippocrate était-il arabe ???) sont des sornettes. Sans parler des philosophes chrétiens syriaques, un peu vite convertis à l’Islam par nos champions de l’antiracisme !

Vous prenez encore de drôles de libertés avec l’Histoire lorsque vous nous narrez par le menu l’épopée du totalitarisme rouge. Ainsi, selon vous, il y avait de bons motifs pour être communiste jusqu’en 1956, tandis qu’il n’y avait que de mauvaises raisons pour être fasciste. «Les purges staliniennes et le goulag n’étaient pas connus comme ils l’ont été par la suite… », dites-vous pour toute justification ! Ainsi, faudrait-il reprocher aux collaborationnistes d’avoir sous-estimé l’ampleur du phénomène concentrationnaire national-socialiste, mais cependant absoudre les communistes d’avoir ignoré les crimes du stalinisme ! Pourtant, les « purges » staliniennes ont débuté dès 1924… et elles ont fait au bas mot vingt millions de victimes ! Et tout cela avait été dit, écrit, dès les années trente... Les invités de l’Intourist eux-mêmes avaient tenté de percer le silence, mais ils n’ont récolté que l’opprobre et la censure (voyez Gide et son Retour d’URSS). Vous nous expliquez que, s’il est condamnable de coopérer avec les allemands en 1944 (sous la contrainte d’une armée d’occupation et sous la menace du sort réservé à 1 million et demi de prisonniers…), il est en revanche acceptable de continuer à prôner la dictature du prolétariat, alors que même l’URSS se déstalinise !!! Mais si les crimes du communisme ont été jusqu’ici méconnus, monsieur Feuilly, ce n’est que parce que leurs complices régnaient jusque dans les années 70 sur la sphère intellectuelle française, et que leurs héritiers sévissent encore ! Alors de grâce, ne vous dites pas humaniste si vous continuez à colporter des bobards visant à disculper les compagnons de route du PCF, ce temple légal de l’idéologie la plus criminelle à ce jour ! La vision du monde national-socialiste hiérarchisait les hommes en fonction de leur race ; le communisme les oppose en fonction de leur classe. Quand les fascistes dénonçaient leurs voisins juifs, les komsomols dénonçaient leurs propres parents ! Je ne vois pas en quoi il s’agirait d’un moindre mal… Votre humanité est-elle à géométrie variable ?

A propos d’un passé plus proche, vos œillères idéologiques vous masquent encore la complexité des problèmes que vous évoquez. Ainsi, lorsque vous faites allusion à la « grotte de Nouméa » pour dire en substance que « Chirac = tueur de kanaks » et « Mitterrand = retour à la paix », vous sombrez dans l’erreur mensongère. Tout d’abord, il n’y a pas de grotte à Nouméa, ville que je connais bien. Il en a une à Lourdes, mais votre cas n’est pas si désespéré, et une autre à Ouvéa, une des Iles Loyautés. C’est cette dernière qui a été le théâtre de l’opération Victor le 5 mai 1988. Cette action des commandos français a été menée contre les preneurs d’otages indépendantistes, lesquels détenaient 22 prisonniers (dont un procureur de la République). Auparavant, ils avaient tué quatre gendarmes à coups de machette à Fayaoué, sous les yeux de leurs épouses qui ont ensuite été violées. Or, l’intervention brutale (mais néanmoins efficace) des forces de l’ordre a été décidée, en pleine cohabitation, conjointement par François Mitterrand (constitutionnellement le chef des armées) et son premier ministre (responsable de la politique de défense), après l’échec des tentatives de négociations (lesquelles se sont soldées par la capture des six émissaires du gouvernement). Ce que vous ne discernez pas, dans cette triste affaire, c’est qu’encore une fois les hommes de terrain et la population ont fait les frais d’une conduite politique calamiteuse. La Nouvelle-Calédonie a été la victime des manipulations politiciennes sur fond de campagne présidentielle : le PS instrumentalisait le FLNKS (Front de Libération National Kanak Socialiste) pour faire échouer la politique de Bernard Pons (ministre RPR), tandis que Chirac manigançait avec Lafleur pour conserver une majorité gaulliste sur le « Cailloux ». Au bilan, des dizaines de vies ont été sacrifiées pour de petits calculs électoraux. Les Kanaks n’en sont d’ailleurs pas dupes, et ont célébré leur réconciliation avec les gendarmes il a maintenant dix ans, loin des regards des criminels en col blanc.

Je pourrai rectifier ainsi toutes vos « erreurs », mais allons à l’essentiel. Vous lâchez le morceau en disant : « On sent précisément que vous n’êtes pas disposé à vous sentir coupable » ! Hé bien non, en effet ! Pour une fois vous ne vous égarez pas ! N’étant coupable de rien, en tout cas pas des crimes que vous m’imputez héréditairement, je ne me sens pas condamnable le moins du monde. Mais à la différence de madame Dufoix, je ne suis pas coupable parce que pas responsable, sauf à prétendre qu’une communauté puisse collectivement avoir à répondre des méfaits d’une partie infiniment minoritaire de ses ancêtres. Si cela était votre avis, monsieur Feuilly, vous seriez le digne disciple d’Alfred Rosenberg et de Martin Bormann ! Hé oui, monsieur Feuilly, je me sens parfaitement dédouané de ce qui m’est ici sournoisement reproché : l’esclavagisme, le colonialisme (positif ou non !), les guerres qui ont émaillé notre Histoire… La logique d’une procédure inquisitoire est de toujours chercher à qui profite le crime… Elémentaire mon cher Feuilly… Or, si crime il y a, je n’en ai pas touché le moindre dividende. A l’heure où Aimé Césaire pavanait sous les lambris de la république, mes aïeux trimaient à la mine, aux champs, ou dans les futaies de notre beau pays. Des générations qui m’ont précédé, je n’ai hérité d’aucune rente, d’aucun privilège, d’aucune richesse, si ce n’est d’une culture et d’un patrimoine national. Celui-là même que l’on prétend aujourd’hui diviser, démembrer, partager avec la terre entière… Or, monsieur Feuilly, ce bien là ne nous appartient pas, nous ne pouvons pas en disposer comme bon nous semble, car les générations à venir en sont autant que nous les légitimes bénéficiaires.

Ma conception du monde, que vous toisez du haut de vos bons sentiments, postule que chaque peuple participe à sa façon à l’aventure humaine, et que, si le métissage n’a rien d’aberrant à l’échelle individuelle, il devient un mode politiquement correct d’ethnocide lorsqu’il est organisé sur une grande échelle, comme c’est le cas aujourd’hui. Je vous mets d’ailleurs au défi de me citer un seul exemple de société multiraciale qui ne soit pas en proie à une criminalité de masse et à la névrose sécuritaire qui l’accompagne toujours. Le Brésil, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis d’Amérique battent tous les records en ce domaine. Et nous ne tarderons pas à les rattraper. Cela non pas parce que telle ou telle race est plus criminogène que telle autre, mais parce que le déracinement, le regroupement communautaire, la concurrence interethnique vouent immanquablement les utopies multiculturelles aux échecs les plus sanglants. Les billevesées sur « tous des immigrés, tous nomades » sont les slogans d’une propagande odieuse que vous reprenez sans même en comprendre la portée. Un individu isolé n’est qu’un modèle théorique, et les solidarités naturelles, celles du sang, de la filiation, de la communion entre les générations d’un même lignage, sont des ciments sociaux irremplaçables. L’individu déraciné, déculturé, est par définition fragile, malléable, vulnérable, c’est à cet égard qu’il est devenu l’homme idéal que les magnats de la finance rêvent d’élever en batterie. Il est, en effet, le consommateur ultime, l’homo consumens absolu : sans patrie, sans racines, sans famille, il est contraint de tout acheter, même l’amour.

L’Amour, voilà le mot juste. Etes-vous capable, monsieur Feuilly, de concevoir qu’on veuille préserver son identité culturelle, non par peur, non par égoïsme, non par frilosité, mais par amour des siens, lequel n’est pas exclusif. J’ai déjà pas mal bourlingué savez-vous… et ce qui a constitué l’attrait de mes périples, plutôt que de beaux paysages, c’est de découvrir un véritable « ailleurs », lequel n’est que le parèdre d’un véritable « ici ». La biodiversité que nos écolos sacralisent lorsqu’il s’agit de plantes ou de batraciens, j’en étends l’impérieuse nécessité à l’homme. L’espoir de l’humanité réside non pas dans un modèle unique et standardisé de bipède, mais dans une infinie diversité. Cette altérité que j’ai rencontrée, loin de me faire peur, elle me renforce. Ce n’est qu’au contact des autres peuples que j’ai commencé à comprendre ce que c’est que d’être français et européen. Je n’ai pas la prétention d’avoir percé les secrets des cultures et des civilisations que j’ai côtoyées. Loin de là. La cérémonie du kava des mélanésiens, le bwiti d’Afrique équatoriale, les prières psalmodiées du bouddhisme sud-asiatique me resteront à jamais hermétiques. Mais j’ai toujours respecté ces pratiques lorsqu’elles étaient l’affirmation d’une tradition authentique, originale. Elles deviennent en revanche ridicules et méprisables lorsque le modernisme de bas étage les transforme en folklore pour touristes ou en survivances communautaristes pour ghettos. Et, cela va sans doute vous surprendre, ce qui m’a toujours ouvert les portes, jusque dans les recoins les plus improbables de notre vaste monde, c’est d’avoir toujours assumé mes origines, de n’avoir jamais singé les coutumes locales que je ne comprenais pas, de n’avoir jamais joué au « citoyen du monde ».

C’est en étant soi-même que l’on est respecté des autres, et qu’en définitive, on se respecte aussi. C’est en assumant ses responsabilités envers son prochain, avant d’imaginer des solidarités lointaines, que l’on est un homme digne de ce nom. Cela, tous les peuples que l’individualisme n’a pas encore contaminés le savent. Ce n’est qu’en cultivant ses propres racines que l’on peut s’élever et peut-être parvenir, dans ses plus hautes aspirations, à rejoindre l’universel.

Ecrit par : Pierre Damiens | 13.05.2008

16/05/2008

De la peur que certains éprouvent face à une société mutiraciale

Pour ceux que cela intéresse, je rappelle que tout a commencé ici, par un article que Pierre Damiens avait écrit sur le recyclage de la négritude lors du décès d'Aimé Césaire.
Moi qui avais déjà écrit quelques billets sur Césaire, (ici, ici et ici), j'avais réagi à ses propos, ce qui a donné lieu à quelques échanges de commentaires. Ensuite, à la demande de l'intéressé, j'ai répondu sur le site-même où son article avait été publié.

Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, je le redonne ici:

Tout d’abord, en lisant l’article que vous consacrez à Césaire, je me suis dit que vous dénigriez un peu vite le combat mené par ce poète martiniquais. En fait, non seulement vous lui reprochez de n’avoir pas été très original là où il a tenté de faire quelque chose, mais surtout vous regrettez qu’il n’ait pas eu l’audace de pousser son combat jusqu’au bout. Surtout, vous vous servez du consensus actuel sur la mort de Césaire pour ramer à contre courant, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi, pour autant cependant que le but ultime de votre raisonnement ne soit pas de revendiquer une société où les races ne se mélangeraient pas, ce qu’idéologiquement on ne pourrait tolérer.


Pourtant, derrière vos mots, on sent que le principal grief que vous portez à l’encontre de Césaire, c’est moins sa négritude que le fait qu’il ait revendiqué une double culture. Vous l’auriez préféré noir et sans complexe dans sa Martinique indépendante et vous de l’autre, blanc et cultivé, dans votre Hexagone. Mais l’idée qu’une zone intermédiaire puisse exister, où se mélangeraient les apports des uns et des autres, semble vous déranger au plus haut point. Cependant, pour y voir plus clair, reprenons au commencement.
Selon vous, Césaire, en revendiquant sa négritude, n’aurait fait que suivre l’air du temps, en l’occurrence la théorie nazie sur l’importance de la race. S’exprimer de la sorte, c’est déjà laisser planer un doute sur l’intégrité morale du personnage. En fait, il convient déjà de nuancer. Revenant de France où il a fait ses études, Césaire renoue avec son pays natal, qu’il redécouvre avec des yeux neufs. Il se rend compte alors que les postes importants dans l’île sont systématiquement occupés par les descendants des colons et jamais par la population de couleur. Le clivage est en fait surtout économique beaucoup plus que racial. D’un côté les descendants des maîtres et de l’autre les descendants des esclaves. D’un côté des exploitants et de l’autre des exploités. En bon dialecticien, il se dit qu’il y a là une injustice fondamentale et il va donc s’employer à prouver que cette population locale (qui est effectivement essentiellement de race noire) ne vaut pas moins que l’autre, qui la domine. Il va donc, en effet, revendiquer sa «négritude» dans ce contexte. S’il l’a fait, ce n’est certes pas pour ériger la supériorité de sa race sur une autre mais parce que dans le contexte colonial de l’époque on en était encore à devoir prouver que l’on n’était pas moins homme si l’on était noir. D’ailleurs, prudemment, vous parlez de «théoricien racialiste» pour qualifier son action.
Il n’en reste pas moins que selon vous il aurait été opportuniste et qu’il aurait profité de la décolonisation qui a suivi la guerre pour afficher son nationalisme. Evidemment. Il est clair que s’il était né cent ans plus tôt, il n’aurait pas pu dire ce qu’il a dit. Et s’il était né au dix-septième ou au dix-huitième siècle, au lieu d’être un diplômé des grandes écoles il aurait été un simple esclave portant sa chaîne. Va-t-on lui reprocher le contexte historique dans lequel il a vécu ? C’est un peu facile.
Mais vous ne vous arrêtez pas là, attaquant l’écrivain et dénonçant «la lourdeur de sa plume, la pauvreté de son inspiration et la redondance de ses thématiques». Ces propos n’engagent que vous. On peut être d’accord ou pas. Personnellement, je peux aimer Proust et vous, de votre côté, vous pouvez le détester ou l’inverse. J’avancerai mille arguments pour étayer mon point de vue et vous en aurez mille autres pour prouver que j’ai tort. C’est le genre de polémique un peu vaine dans laquelle il vaut mieux ne pas s’enfoncer. Je retiens simplement à ce stade que vous vous montrez très critique non seulement envers l’idéologue Césaire mais aussi envers l’écrivain. Quand on n’a pas la plus petite sympathie pour le sujet que l’on traite, on en arrive souvent à vouloir imposer ses idées envers et contre tout et sans tenir compte des faits.
Les faits, venons-y, justement. Vous signalez que sa révolte est bien modeste si on la compare à l’action menée par Fidel Castro. Cette dernière remarque politique n’est pas entièrement dénuée de fondement, Césaire n’ayant pas proclamé l’indépendance de son île. Mais c’était un poète, pas un homme d’action. Un homme de livres, qu’on imaginerait mal, comme Castro, débarquant les armes à la main. D’autres auraient pu le faire, cela n’a pas été le cas. Doit-on le reprocher à Césaire, qui a cependant ouvert la route ? En Nouvelle-Calédonie, par contre, il y a eu des actions plus dures qui ont été menées dans les années 1987-1988. C’était l’époque où Chirac et Mitterrand se présentaient à la présidentielle. Chirac a d’abord réprimé durement ces actions (massacre des Kanaks dans la grotte de Nouméa) puis ensuite Mitterrand, reconduit au pouvoir, a dédramatisé la situation en accordant plus d’autonomie. La révolte vers l’indépendance n’a donc pas abouti. Faut-il le regretter ou pas ? Dans votre logique, il le faudrait, si on tient compte des reproches que vous faites à Césaire sur la timidité de son action.
Vous signalez par ailleurs une chose très juste, mais que tout le monde savait déjà, à savoir que ce sont les deux vainqueurs de la guerre 40-45 qui ont plus ou moins obligé les puissances européennes à liquider leurs colonies dans le but, soit d’ouvrir de nouveaux marchés à leurs propres produits (USA), soit d’agrandir leur espace idéologique (Russie). C’est dans ce contexte de dépeçage des anciens empires coloniaux européens, dites-vous, que Césaire est approché par les communistes et qu’il devient membre du PCF. Sans doute. Mais c’est un peu facile de le présenter comme une simple marionnette dans les mains de Moscou. Une nouvelle fois, il faut savoir se remettre dans le contexte de l’époque et se rappeler l’importance que le PC avait prise aux yeux de la population dans le cadre de la lutte contre l’occupant fasciste. Vous me répondrez que la volonté de résistance du PCF a été un peu tardive et qu’il a fallu la rupture du pacte germano-soviétique pour qu’il se range résolument du côté de la Résistance. Je sais tout cela. Mais pour la population qui devait subir l’occupation et alors que le gouvernement légal de Vichy collaborait de manière honteuse, le PCF est apparu comme une des seules voies de salut, l’autre étant De Gaulle bien entendu. De plus, à l’époque, beaucoup mettaient encore tout leur espoir dans ce parti, qui disait travailler pour les pauvres, et les purges staliniennes et le goulag n’étaient pas connus comme ils l’ont été par la suite. Tout cela pour dire que pour tous ceux qui voulaient lutter contre l’oppression du fascisme, le PC représentait une solution crédible. Donc, pour revenir à Césaire, il se pourrait bien que les communistes l’aient approché, mais il n’avait pas besoin de cela pour pencher de ce côté. S’il voulait s’opposer aux colons qui dirigeaient l’île, il n’avait pas d’autre alternative. Laissez-lui au moins la possibilité de faire des choix par lui-même plutôt que de le représenter comme une simple marionnette sans consistance.
La preuve qu’il était bien autre chose que cela, c’est qu’il a rompu avec le PCF quand celui-ci a refusé de voir les crimes commis par Staline. Ainsi, dans une lettre qu’il adresse à Maurice Thorez le 24.10.56, il écrit :
«Quant au Parti Communiste Français, on n'a pas pu ne pas être frappé par sa répugnance à s'engager dans les voies de la déstalinisation; sa mauvaise volonté à condamner Staline et les méthodes qui l'ont conduit au crime; son inaltérable satisfaction de soi […]; bref par tout cela qui nous autorise à parler d'un stalinisme français qui a la vie plus dure que Staline lui-même et qui, on peut le conjecturer, aurait produit en France les mêmes catastrophiques effets qu'en Russie, si le hasard avait permis qu'en France il s'installât au pouvoir.»
Je vous ferai remarquer que des personnes comme Sartre ou Aragon se sont montrées beaucoup moins clairvoyantes sur le sujet et beaucoup plus dociles envers le parti. Alors venir dire que Césaire n’a été qu’un instrument dans les mains des communistes, c’est un peu simpliste et il faut savoir remettre les choses dans leur contexte historique.
Puisque nous parlons d’Histoire, profitons-en pour rappeler certains éléments. S’il est exact que le parti communiste, soutenu par Moscou, a tenté de répandre son idéologie jusque dans les colonies, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a trouvé des oreilles disposées à l’écouter. Je veux dire par-là que la population indigène elle-même avait pris conscience, pendant la guerre, de la fragilité de la métropole. La perte de prestige de cette dernière, vaincue par les Allemands, a certainement amené les Martiniquais à voir la France sous un autre jour et à réfléchir à une possible émancipation. Le parti communiste n’est pas responsable de tout et c’est lui faire trop d’honneur que d’exposer les faits ainsi. Tout est toujours complexe en fait. Ce qui est certain, c’est que le fruit était mûr et que les populations indigènes n’étaient plus disposées à se soumettre aveuglément. Laissez-leur au moins cela, à savoir d’avoir tenté de prendre leur destin en main.
Mais revenons encore une fois à Césaire. Vous le présentez comme «un bourgeois qui n’était pas prêt à sacrifier son train de vie à son idéal d’indépendance». C’est bien possible, mais je m’étonne tout de même, sous votre plume, de l’emploi de ce terme «bourgeois», qui est habituellement employé dans la dialectique marxiste. J’avais cru comprendre l’instant d’avant que vous fustigiez le rôle du PCF. Il faut savoir. D’un côté vous reprochez à Césaire de s’être laissé influencer par les communistes et de l’autre vous lui reprochez de n’avoir pas développé ces idées communistes jusqu’au bout. Il me semble que nous sommes là dans un type de raisonnement qui commence à ressembler à un sophisme.
«Profitant des subsides de l’État français, il détournera pendant plus d’un demi-siècle cette manne financière contre le pays qui l’a élevé, éduqué et nourri.» On croit rêver. Même au temps du colonialisme le plus dur on a rarement vu des propos aussi outranciers et haineux. Cela se passe de commentaires. Quant au fait que l’Etat français a ouvert ses écoles aux indigènes et a permis précisément cette prise de conscience nationaliste parmi les diplômés, je crois surtout qu’il faut s’en réjouir et y voir un bienfait de l’égalité républicaine plutôt que de venir fustiger ceux qui se sont révoltés. De plus, s’agissant de Césaire, on ne peut pas dire qu’on avait affaire à un terroriste sanguinaire mais plutôt à un homme de grande culture et de grande modération, qui a compris, précisément, ce que son pays avait à gagner à rester français tout en affichant fièrement sa singularité. Et quoi ? Césaire aurait dû prendre les armes et proclamer l’indépendance de son île ? Celle-ci serait aujourd’hui sous la coupe des Etats-Unis et je ne vois pas ce que l’on y aurait gagné. Il faut savoir ce que l’on veut. Césaire était un homme modéré, c’est tout. De plus, vous perdez de vue qu’il idéalise quelque part la France dans son subconscient, comme un Senghor a pu le faire également. Pour les personnes de cette génération, la culture du pays colonisateur représente un idéal auquel il convient d’accéder. Une fois ce but atteint, elles ont beau revendiquer leur particularisme indigène, elles restent profondément biculturelles. Difficile, dans ces conditions, de rompre unilatéralement avec vos anciens rêves de culture qui constituent une partie de vous-même.
Vous terminez votre article en affirmant que «Césaire et sa négritude ont été récupérés à d’autres fins. Ce n’est pas un hasard si, de la gauche affairiste à la droite mercantile, l’hommage à Césaire rivalise de grandiloquence avec le culte stalinien de la personnalité.» Là, il faudrait voir s’il n’y a pas un fond de vérité. Moi-même je m’étais montré ironique, sur mon propre site, quant à la présence, aux obsèques, de la gauche et de la droite pour une fois réunies dans une fausse fraternité de façade. La gauche, on la comprend, voulait récupérer à son profit tout ce message d’humanisme et de liberté symbolisé par Césaire. Elle ne pouvait donc pas ne pas être là. Mais la droite ? C’est plus étonnant, en effet. Avait-elle peur de perdre des électeurs ? Voulait-elle se donner bonne conscience en se recueillant quelques minutes devant la dépouille du poète et faire oublier des siècles d’exploitation et de colonialisme ? Peut-être. Votre version est différente. Vous dites «La négritude est, pour les hommes liges de la mondialisation et du cosmopolitisme, un instrument de culpabilisation de l’indigène de France, de condamnation de l’identité française et de mise en œuvre du diktat du métissage de l’Europe.» Il se pourrait bien, en effet, que le grand capital mondial continue son combat contre le colonialisme (et les protectorats qu’il a créés) en rappelant quand il faut aux Martiniquais qu’ils auraient pu être indépendants et aux Français qu’ils ont été d’affreux colonisateurs, le but de tout ceci étant de casser les échanges économiques privilégiés qui se font classiquement entre l’ancienne colonie et sa métropole. Ceci dit, vu l’exiguïté du territoire martiniquais, on pourrait se demander si le jeu en vaut la chandelle.
Mais peu importe. Admettons que vous ayez raison et qu’on continue à vouloir nous culpabiliser pour la politique menée par nos ancêtres. Il y a cependant quelque chose qui me chagrine dans vos propos. On sent précisément que vous n’êtes pas disposé à vous sentir coupable, sans que l’on sache si vous êtes déjà plus loin et que vous avez tourné la page (un peu comme les jeunes Allemands qui ont décidé de vivre malgré la culpabilité certaine de leurs parents) ou si au contraire vous revendiquez ce passé colonial. Dans ce dernier cas, vous en seriez à dire que le colonialisme avait aussi des côtés positifs et qu’après tout la France a apporté la culture et la civilisation (mais à qui ? Aux esclaves qu’elle a elle-même fait venir ?). Comme vous ne tranchiez pas dans votre article, j’ignorais de quel côté vous vous situiez et je vous ai peut-être fait un procès d’intention sur mon propre site. Cependant, avouez que la phrase citée plus haut («le pays qui l’a élevé, éduqué et nourri») sonne comme un reproche et laisse planer un doute. Ce doute, vous l’avez éclairci en déposant un long commentaire. De ce que vous écrivez alors, il apparaît clairement que vous n’approuvez pas le passé colonial, ce dont je me félicite. Cela nous permettra peut-être de trouver un terrain d’entente. Ce qui vous tracasse, en fait, c’est cette mixité raciale qui est en train de se répandre sur la planète et vous dites qu’elle est voulue, dans un but de grande unification, par le capital mondial qui cherche à imposer à tous un mode de comportement unique.
Tout ceci n’est sans doute pas dénué de fondement, j’en conviens. Mais ce qui me dérange cependant, c’est qu’au lieu de fustiger directement ce néocapitalisme mondial (lequel, selon vous, voudrait entretenir en nous ce sentiment de culpabilité envers nos colonies), vous ne déplorez finalement que la volonté de «métissage de l’Europe.» Par là, vous vous trompez de cible et renouez sans vous en rendre compte avec une notion d’identité raciale qu’il convient de condamner fermement ! Qu’auriez-vous voulu, en fait ? Que les colonies prennent leur envol une fois pour toutes et que nous restions entre bons Français de France, dans nos maisons bien calfeutrées ?
Peut-être cela serait-il bien, mais est-ce possible ? Une nouvelle fois, c’est oublier l’Histoire. La France était présente en Martinique, elle y a amené des esclaves dont les descendants vivent là-bas aujourd’hui. Ceux-ci, qu’on le veuille ou non, ont réalisé une synthèse entre leur culture africaine et la culture française. Il me semble bien difficile de vouloir maintenant établir une séparation aussi arbitraire qu’impossible. Regardez les autres pays coloniaux. En Belgique vous trouverez de nombreux Congolais (Zaïrois), en Angleterre de nombreux Indous et Pakistanais. On n’y peut rien, c’est comme cela et vous aurez beau le regretter, on ne renversera pas la tendance. Césaire l’avait bien compris, qui demandait juste un peu de dignité pour les plus pauvres de l’île et qui n’imaginait pas vraiment une indépendance totale. L’aurait-il revendiquée et obtenue, que les liens économiques et affectifs entre la Martinique et la France auraient probablement continué à perdurer un certain temps car on ne raie pas d’un coup de plume des siècles d’histoire. Après, évidemment, l’île serait tombée dans la zone d’influence américaine.
Ne vaut-il donc pas mieux conserver des liens étroits avec nos anciennes colonies et avoir là-bas une certaine influence plutôt que de se replier sur soi et laisser le terrain libre à l’ennemi ? Car finalement, c’est cela que vous reprochez à Césaire : de s’être complu dans le rôle de la victime (et donc d’avoir entraîné ses compatriotes dans cette voie) plutôt d’avoir revendiqué fièrement l’indépendance. Mais, dans votre logique, je ne vois pas ce qu’y aurait gagné la France et encore moins la Martinique (qui aurait trouvé un autre maître plus tyrannique encore, celui du capitalisme pur et dur et cela sans contrepartie d’aucune sorte comme c’est le cas pour le moment).
Vous dites que les thèses du métissage (étape ultime de la négritude qui se vit comme victime et reste attachée à la France) sont soutenues par ceux qui veulent casser les particularismes des nations et promouvoir une uniformisation culturelle générale de la planète. Mais cela, je l’avais compris dès le début, comme j’avais compris que ces réflexions sur Césaire ne sont finalement qu’un épiphénomène par rapport à ce qui vous tracasse réellement. Et c’est là en fait que nos routes divergent. Ce qui m’inquiète, moi, c’est ce capitalisme mondial sans visage humain et quant à la mixité raciale, elle ne me dérange pas plus que cela. Vous, au contraire, vous voyez dans cette mixité un danger car elle représenterait un moyen pour cette société mondialisée et uniformisée d’accéder à ses fins. Puisque le fond de nos divergences est là, laissons donc définitivement Césaire de côté et essayons de raisonner sur ce point de rupture qui nous oppose.
Vous redoutez une société métissée. D’abord, je vous ferai remarquer que ce métissage ne s’accompagne pas toujours d’une perte d’identité pour la société qui accueille. Au contraire, la production culturelle locale est souvent enrichie par ces nouveaux arrivants. Combien de nos écrivains et de nos artistes ne sont-ils pas d’origine étrangère ? Voyez Picasso, Dali, Chagall, Tzara, Ionesco et tant d’autres. Vous le direz qu’il n’y a pas eu là de métissage mais bien une assimilation à la culture française. Certes et je dois reconnaître que vous avez raison. Mais l’Histoire, elle, n’est constituée que de ces mélanges. Que durent penser nos ancêtres les Gaulois quand ils durent assimiler la culture romaine ? Vécurent-ils cet événement comme une perte ou comme un enrichissement ? Toujours est-il que cela a donné lieu a la civilisation gallo-romaine qui nous semble aller de soi aujourd’hui. Ensuite, celle-ci s’est trouvée menacée par les invasions germaniques dont on se serait bien passé, assurément, et qui ont fait reculer la connaissance (comparez le haut Moyen Âge chez nous avec le monde arabe à la même époque). Mais finalement, une synthèse s’est produite, qui a donné lieu à un mode de pensée original. Et c’est l’époque de la suprématie de la langue d’oïl, des tournois, des cathédrales gothiques et des croisades. Par après, ce sont des architectes et des peintres italiens, qui sont venus insuffler chez nous l’esprit de la Renaissance. Tout n’est donc que mélanges de cultures et c’est souvent de ces mélanges, qu’après une période de transition, sont nés de nouveaux équilibres. Tout cela pour dire que du métissage racial que vous semblez redouter pourrait naître aussi une civilisation originale, même si dans un premier chaque peuple déplorera sans doute une perte d’identité et une perte de ses valeurs propres.
Et puis de toute façon c’est souvent le pays d’accueil qui l’emporte, ne serait-ce que par sa suprématie économique, culturelle et démographique. Ainsi, plus récemment dans l’Histoire de France, au XXe siècle, vous avez eu l’arrivée des travailleurs polonais et italiens. Qui, aujourd’hui, mettrait en doute l’appartenance française de ces gens ? Ne se sont-ils assimilés et n’est-ce point nos valeurs qu’ils transmettent à leur tour, même s’ils conservent des particularités propres ? Ils ont été suivis par les populations maghrébines qui apparemment posent problème. Mais c’est que ce dernier arrivage est récent. Il est certain qu’avec le temps des personnes issues de cette immigration vont percer dans la société française. On le voit déjà avec les ministres du gouvernement, même s’il ne s’agit ici évidemment que d’une façade, une sorte de vitrine voulue par Sarkozy.
Le mot clef est la culture. Ces populations sont en rupture de culture (elles ont perdu la leur et n’ont pas acquis la nôtre). Il y aurait donc beaucoup à dire sur ce problème. Mais Césaire ? Pourquoi vous en prendre à lui alors ? Ah, oui, j’avais dit que nous le laissions de côté... Mais parlons alors de nos anciennes colonies. Les populations qui les composent, qui s’expriment en français, pourraient bien un jour nous surprendre par la richesse de leur approche. Voyez l’Amérique du Sud. Ce sous-continent possède tout de même des écrivains de grand talent dont l’Espagne n’aurait pas à rougir. Aussi, avant de rejeter ces peuples auxquels l’Histoire nous a attachés, voyons s’ils ne nous proposent pas quelque chose de plus dynamique que ce qui se fait chez nous.
Certes, dites-vous en substance, mais le grand mélange mondial auquel on assiste est le pilier de la stratégie capitaliste. Et vous ajoutez : «Le brassage forcé des populations à l'échelle planétaire permet de faire sauter les verrous identitaires, de supprimer toute capacité de résistance à l'ordre mondial, de standardiser les mœurs, les besoins et les modes de consommation pour le plus grand profit des magnats de la finance ?» Autrement dit, en approuvant le métissage, je me ferais le complice involontaire des multinationales. Mais il n’a jamais été dans mes intentions de soutenir ces multinationales, bien au contraire ! Je défends les individus et je veux un monde à visage humain, pas une planète où les lois du marché et du profit sont devenues la règle. Et vous, plutôt que de m’inciter à lutter contre cette marchandisation systématique de nos valeurs, que vous désapprouvez autant que moi, vous me poussez à combattre les immigrés, qui sont en fait les premières victimes de la paupérisation qui se répand à l’échelle mondiale.
Qui se trompe de cible ? En croyant couper l’herbe sous le pied à cette société capitaliste mondiale, vous vous en prenez au métissage et réclamez que chacun reste chez soi, fier de sa culture et de ses valeurs. Mais même si chacun reste chez soi, ce capitalisme arrivera bien à imposer un mode de vie commun. Il n’y a plus, aujourd’hui, de peuple qui soit à l’abri. Dans les régions les plus reculées du monde vous trouverez une pompe Esso et un Mac Donald. Votre repli identitaire entre Français de souche est une illusion et n’empêchera rien du tout.
Bien au contraire, nous ferions mieux, nous, citoyens du monde, de nous unir pour réclamer qu’on nous traite avec dignité (droit au travail, à l’instruction, à une certaine sécurité matérielle, etc.) et non comme de vulgaires consommateurs qu’il convient d’exploiter, non comme de vulgaires moutons qu’il convient de tondre.
Avez-vous songé aussi que le danger ne réside peut-être pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de notre belle France et que le loup en fait est déjà à l’œuvre dans la bergerie ? Comment cela ? Par une double perte de la puissance publique de l’états d’un côté au profit de l’Union européenne, de l’autre par des régionalisations imposées. Prenez le cas des universités. Autrefois l’État répartissait ses richesses de manière égalitaire ente les différentes parties de son territoire. Maintenant on veut que chaque région soit plus autonome et qu’elle gère ses universités. Selon que vous vivrez dans une région riche (Rhône-Alpes) ou pauvre (Nord-Pas-de-Calais), vous n’aurez plus la même qualité d’enseignement, ce qui renforcera encore les inégalités et ouvrira la porte aux privatisations (pour survivre, les universités devront se vendre et donc travailler pour le patronat). Le même raisonnement peut être tenu avec le patrimoine culturel et architectural. Plus on le fera passer sous la coupe des régions, moins il sera entretenu et plus notre histoire aura tendance à disparaître (à moins que le secteur privé ne rachète les châteaux, dans un grand geste généreux. En Italie, Berlusconi n’avait-il pas imaginé de vendre le Colisée ?)
Votre argumentation, par contre, commence sérieusement à m’intéresser quand vous citez certaines officines comme la French American Foundation et vous n’avez pas tort quand vous affirmez que «la plupart des idées prétendument généreuses et révolutionnaires finissent dans l'arsenal de la machine à décérébrer les peuples.» Je le regrette aussi. Mais j’espère que vous ne prenez pas prétexte de cette carence des idées généreuses (la défense du peuple qui finit en dictature stalinienne, Cohn-Bendit qui finit en député grassement rémunéré, etc.) pour renoncer à cet idéal. Moi je serais plutôt pour une révolution permanente, pour éviter précisément cet endormissement des quelques personnalités qui ont osé s’opposer au système. Si au contraire vous prenez prétexte de cet échec systématique pour dire qu’il ne faut rien tenter, alors nous sommes de nouveau en opposition, sinon nous sommes d’accord.

Quant à toutes ces institutions (semi-secrètes et demi-mondaines) que vous citez, j’en connais un certain nombre et ce n’est pas joli joli. Bien sûr que Strauss-Kahn fricote avec David Rockefeller. Quant à la French American Foundation, c’est une horreur, dont le but est de faire basculer la France dans le réseau atlantiste (donc, guerre possible en Iran, etc.). Lisez à ce sujet l’article du réseau Voltaire (vous n‘aimez peut-être pas Meyssan, mais au moins il lève un côté du voile) : http://www.voltairenet.org/article146888.html

On retrouve dans cette association des noms comme Nicolas Dupont-Aignan (2001, député UMP, Debout la République), Alain Juppé (1981, député UMP), Valérie Pécresse (2002, député UMP), Jacques Toubon (1983, député UMP), François Hollande (1996, député socialiste), Arnaud Montebourg (2000, député socialiste), Henri de Castries (1994, Directeur général du groupe AXA assurances), Emmanuel Chain (1999, journaliste), Jérôme Clément (1982, Président d’Arte), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, Directeur de la publication du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Alain Minc (1981), Laurent Cohen-Tanugi (1996, Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d’administration du think tank «Notre Europe» créé par l’ancien président de la Commission Jacques Delors [23]), Christine Ockrent (1983), Olivier Nora (1995, président des Éditions Grasset), Denis Olivennes (1996, président de la FNAC).
Rien que du beau monde, donc : des politiciens (ceux de droite mais aussi ceux qui se disent de gauche), des journalistes (histoire de bien nous influencer), des gens du monde de la culture (Grasset, etc.).
Remarquez la place stratégique d’Ockrent, incontournable en tant que journaliste et par ailleurs compagne du ministre des Affaires étrangères.

Vous citez aussi le Council on Foreign Relations «où la politique américaine est définie en comité restreint par les pontes de la finance et de l'industrie» et puis Lagarde, issue du Center for Strategic and International Studies.

Ce qui nous différencie, cependant, c’est que je m’oppose à cette société marchande pour des raisons essentiellement sociales (pour simplifier : on démantèle les structures sociales mises en place par les états pour que quelques personnes puissent s’enrichir), tandis que vous, vous me semblez vous y opposer au nom de la dignité de l’État (on est plus proche de la phrase de De Gaulle : «la France, c’est moi»).
À partir du moment où j’ai reconnu que des personnalités de gauche étaient impliquées dans ce trafic d’influence, je vous suis devenu plus sympathique. Ne vous y méprenez pas, cependant. Si je m’exprime de la sorte, c’est pour signifier qu’à mes yeux le parti socialiste n’est plus un parti de gauche (il appartiendrait plutôt à la droite modérée, si on regarde ses actions). C’est donc d’un observatoire situé beaucoup plus à gauche que je fustige cela, tandis que vous me semblez vous délecter de cette trahison socialiste en ayant le regard de la droite dure. Tout comme je continuerai à me battre pour une certaine justice, même si ce combat est utopique, pendant que vous poursuivrez le vôtre contre la société multiraciale. Si nous tombons d’accord parce que notre ennemi est le même, nous nous opposons pourtant, sur le plan politique. Je vous sens plus proche de la devise «travail, famille, patrie » que de la solidarité syndicale par exemple. Et je ne puis accepter des phrases comme la suivante : «Les immigrationnistes qui se présentent sous des atours humanistes sont en fait la version modernisée et policée des négriers. Voyez nos vaillants «patrons de bistrots» militer pour la régularisation de leur «bois d’ébène». Ces gens ne vous dégoûtent-ils pas ?»
Bien sûr que tout ce qui unifiera les hommes et vaincra les particularismes contribuera à établir une société unique avec des besoins uniques, pour le plus grand profit des marchands. Mais ce sont des hommes, que vous avez devant vous, des êtres humains et plutôt que de s’en prendre à eux, attaquez le mal à la source. Ce n’est pas en restant dans votre tour d’ivoire que vous échapperez à ce capitalisme qui se moque de la culture et qui est parvenu à faire des échanges commerciaux le socle idéologique de nos sociétés, via la Constitution européenne que cet homme de droite qu’est Sarkozy va imposer aux Français contre leur gré (allez, je vous l’accorde, dans les pays où la gauche est au pouvoir, ce fameux Traité de Lisbonne est accepté aussi).

09/05/2008

Des réformes présidentielles

L’expérience montre que c’est surtout au cours de leur première année de mandat que les Présidents en exercice ont réalisé les réformes qu’ils avaient promis de faire lors de leur campagne électorale.

Ainsi, de Gaulle, revenu au pouvoir à la faveur d'un coup de force le 13 mai 1958, est élu président le 21 décembre 1958. A son actif, on retiendra :
- le référendum du 28 septembre 1958 sur la nouvelle Constitution
- à partir du 5 octobre 1958, le général gouverne par ordonnances (70 textes notamment sur le mode de scrutin et les réformes de structure (hôpitaux, défense....)
- le plan Pinay-Rueff (30 septembre 1958). L’économiste Jacques Rueff avait réuni des personnalités du monde des affaires (président de Péchiney, de la Société générale....), sous le patronage du ministre des Finances Antoine Pinay, pour décider des mesures à prendre en matière économique. Cela se traduira par une cure d'amaigrissement de l'administration), la suppression des indexations (notamment sur le blé) et la libération des échanges extérieurs.
-le 28 décembre 1958, dévaluation du franc de 17% et création du «nouveau franc»
- le 6 janvier 1959, une ordonnance prolonge la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans.
- autodétermination des Algériens (16 septembre 1959)

Georges Pompidou (élu le 15 juin 1969)

Après avoir surmonté avec sang-froid les événements de mai 68, il succède au général. Fils d'instituteur, normalien d'une immense culture, c'est à ce jour le seul président de la Ve République issu d'un milieu populaire.

- modernisation industrielle de la France
- premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV)
- modernisation du téléphone et la construction d'autoroutes.
- création du Centre Pompidou (inauguré en 1977)

Valéry Giscard d'Estaing (élu le 19 mai 1974)

- ministère de la Condition féminine
-arrêt de l'immigration (3 juillet 1974) dans le but d’enrayer la montée du chômage
- majorité à 18 ans (5 juillet 1974). Erreur tactique puisque les 2,5 millions de jeunes qui pourront désormais voter donneront leur voix à Mitterrand en 1981.
- fin du monopole audiovisuel (7 août 1974). C’est le début du démantèlement de l’ORTF.
- indemnisation des chômeurs à 90% du dernier salaire pendant un an (14 octobre 1974)
- saisine du Conseil constitutionnel (21 octobre 1974). possibilité pour 60 députés ou 60 sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel
- gratuité de la contraception (26 octobre 1974)
- légalisation de l'avortement (28 novembre 1974)

François Mitterrand (élu le 10 mai 1981)

Sous le gouvernement de Pierre Mauroy, il concrétise de nombreuses promesses de campagne :
- augmentation de 20 ou 25% des allocations handicapés, familiales (+25%) et logement (1er juillet 1981)
- suppression de la Cour de sûreté de l'État (4 août 1981)
- autorisation des radios locales sans publicité (2 octobre 1981)
- blocage des prix pendant six mois (8 octobre 1981),
- abrogation de la loi «anticasseurs» (15 décembre 1981).
- abolition de la peine de mort (9 octobre 1981)
- impôt sur les grandes fortunes (30 décembre 1981)
- 39 heures et 5e semaine de congés payés (14 janvier 1982)
- nationalisations des grandes entreprises (13 février 1982)
- décentralisation administrative (3 mars 1982)
- retraite à 60 ans (25 mars 1982)

Mais le 11 juin 1982 survient un premier plan de rigueur...

Jacques Chirac (élu le 7 mai 1995)

- engagement en Bosnie (3 juin 1995)
- reprise des essais nucléaires (13 juin 1995)
- fin du service militaire obligatoire (22 février 1996)

A partir d’octobre 1995, Jacques Chirac annonce une politique de rigueur (en vue de la création de l’euro). De son côté, Alain Juppé tente une réforme du système de retraites (il renonce finalement suite aux grèves des cheminots).

Manifestement donc, après une première année de pouvoir durant laquelle les Présidents successifs ont pu concrétiser une bonne partie de leurs projets de campagne électorale, le rythme se ralentit considérablement. A la fin, certains finissent même par prendre des décisions contraires, lesquelles constituent un véritable retour en arrière.

Au vu de cette expérience, on est en droit de se demander si le système Sarkozy a encore un avenir devant lui. Une année vient en effet de se terminer, on a vu beaucoup d’agitation dans tous les sens, mais finalement rien de bien probant. La tactique a été d’éviter de mener une réforme à fond avant de passer à la suivante (par crainte de l’opposition des citoyens sans doute). On a préféré attaquer de tous côtés et en ordre dispersé, afin de brouiller les pistes et de dérouter l’adversaire. Comment en effet s’opposer à des mesures partielles ou à des propos qui ne manifestent qu’une intention de réformes sans les réaliser vraiment ?

Sarkozy, en hyperactif né, s’est beaucoup agité, a touché un peu à tout, mais n’a encore rien terminé. De ce point de vue, il devient donc le Président le plus inefficace que la France ait jamais eu. Je ne discute pas ici de la pertinence de ses réformes (et à tout prendre je préfère qu’il laisse les choses en l’état où elles sont plutôt que de tout démanteler sans rien reconstruire ou en ne reconstruisant que pour le plus grand profit de quelques-uns). Non, ce dont je parle, c’est de l’incohérence du personnage, qui avait annoncé de nombreux changements et qui n’a pas tenu ses promesses ou alors fort partiellement. Le point le plus délicat, c’est évidemment celui du pouvoir d’achat.

Bien sûr, il n’est pas responsable de la mauvaise situation économique, ni de la hausse du prix du pétrole. Le problème, c’est qu’il s’est fait élire sur cela. On se souvient de ses propos sur les gens qui se lèvent tôt et qui méritent un salaire décent. Les gens se lèvent toujours aussi tôt, mais si leur salaire n’a pas diminué, cela a bien été le cas de leur pouvoir d’achat. D’où le mécontentement et la grogne. Ajoutez à cela quelques incohérences (les vacances sur un yacht, l’étalage de sa relation avec Carla, etc.), qui ont donné l’image d’un président profiteur et jouisseur qui se désintéressait du sort de ses électeurs, et vous comprendrez que l’état de grâce est passé en lisant les sondages qui plongent vertigineusement vers le bas.

Que peut-il bien faire pour redresse la barre ? Plus grand chose, il est trop tard. Ses réformes de fond ne sont pas encore entamées et déjà il n’a plus aucune popularité. Quand il passe à la télévision, on ne le regarde même plus, on admire la jolie frimousse de Carla en se disant qu’elle est finalement mieux que lui, plus distinguée, plus digne, plus intelligente aussi probablement. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent même voir sur Internet les photos de la première dame en petite tenue ou sans tenue du tout. Triste manière de se consoler. Ceux qui avaient voté pour un président fort, qui allait rencontrer leurs problèmes quotidiens, en sont à se consoler avec de telles photos. Et quand les réformes vont enfin arriver, ce ne sera pas celles qu’ils attendaient. Ce sera pour voir l’âge de la retraite reculer, la pension diminuer, le droits sociaux régresser et le porte-monnaie s’alléger.

Dépassé, le pauvre Président essaie de se disculper en s’en prenant aux autres, à tous les autres : Chirac, Mitterrand, De Gaulle, tous y passent. Il n’y a que le Roi Soleil et Philippe le Bel qui n’ont pas été inquiétés. Et ne parlons pas de la presse ! Ah, les méchants journalistes qu’on a là, qui n’encensent pas assez le Président et qui ne parlent pas assez des déboires de l’opposition. Des goujats, vraiment. Et des ingrats, surtout, lui qui leur avait offert de si beaux postes !

29/04/2008

TV 5-Monde

Nous avons déjà parlé de ce dossier. On sait que Nicolas Sarkozy voulait réorganiser l’audiovisuel extérieur français, ce qui n’avait pas manqué d’inquiéter les partenaires francophones (Belgique, Suisse et Québec), lesquels craignaient que la chaîne ne se transforme en outil de rayonnement franco-français (ou tout simplement en outil de rayonnement sarkozien).

Il existe maintenant un accord de principe sur le fait que la chaîne sera présidée par le Français Alain de Pouzilhac, lequel sera épaulé par un directeur général. Distinct du poste de président, le directeur général de la chaîne devrait jouir d'une véritable autonomie.

Reste à savoir qui sera ce directeur. Des propositions devraient bientôt être faites par M. de Pouzilhac.

»Sa nationalité n'a pas encore été décidée. L'important, c'est que ce soit le meilleur candidat possible, qui puisse faire la part des choses entre la volonté de rationaliser de Paris et le désir de maintenir l'autonomie et le côté multilatéral de TV5 des partenaires francophones », a expliqué le porte-parole de la Belgique et celui-ci a ajouté: « "Ce n'est plus un tabou que ce soit un Français».

M. de Pouzilhac a d’ailleurs précisé qu'il était « totalement faux » de croire que TV5Monde « perdrait son indépendance et deviendrait la voix de la France ».

Les partenaires francophones non français présideraient deux des quatre comités stratégiques de la chaîne francophone. Pour le directeur de la télévision suisse romande. « L'heure est à l'apaisement, on a l'impression que les partenaires français nous ont entendus. »

Tant mieux. Reste à savoir qui sera nommé. Tout dépendra à mon avis de la personnalité de ce directeur. Si par malheur c’est un des proches de Sarkozy, les partenaires francophones se seront fait avoir en signant cet accord de principe.

13/04/2008

De la flamme olympique.

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Bon, on parle beaucoup du Tibet, ces derniers temps. Je dirais même qu’on n’en a jamais autant parlé. C’est bien et c’est normal. Je suis le premier, quand un ministre français, belge, allemand ou anglais va signer des contrats économiques en Chine à dénoncer le fait qu’une fois de plus les intérêts économiques passent avant tout le reste. Donc, pour une fois que cela bouge un peu, on ne va pas se priver de son plaisir.
Cependant, il y aurait beaucoup de choses à dire.

D’abord, on remarquera qu’on parle moins de la situation des droits de l’homme en Chine que de l’occupation du Tibet. Par-là je ne veux pas dire que le Tibet, ce n’est pas important, je veux dire que l’initiative ne nous revient pas, qu’elle revient en fait aux Tibétains eux-mêmes, ceux qui sont en exil (peut-être même sous l’instigation du Dalaï-Lama lui-même). Ce sont eux qui ont commencé à s’agiter, profitant de ces jeux pour attirer l’attention du monde sur leur situation. Le mérite leur revient et il faut bien avouer que nous n’avons fait que suivre. Donc, s’ils n’avaient pas bougé, il se pourrait bien que nous n’aurions pas bougé non plus.

Ensuite, c’est très bien toute cette agitation, mais à partir du moment où l’événement devient médiatique et mondial, il faut toujours se méfier. Il y a trop de tapage là-derrière pour que quelqu’un n’en tire pas les ficelles (et je ne crois pas que ce soit les Tibétains). A une époque où l’impérialisme occidental n’a jamais été aussi fort (je pense bien entendu aux Etats –Unis, pas à l’Europe, qui ne fait que suivre), à une époque où des troupes se retrouvent en Afghanistan et en Irak et alors que l’Union européenne s’étend sans arrêt vers l’Est (au point qu’on se demande où elle va s’arrêter) et que l’Otan fait de même, il ne serait pas étonnant, la Russie étant déjà ébranlée, qu’on ne s’en prenne déjà au futur ennemi, à savoir la Chine. Enfin, ce n’est qu’une hypothèse. Mais on pourrait imaginer que certains voient déjà la Chine faire certaines concessions si les manifestations s’arrêtaient soudain. Quelles concessions ? Et bien par exemple accepter que des firmes occidentales s’installent là-bas ou promettre d’acheter tel ou tel produit. Sait-on jamais ?

Mais quittons les hypothèses pour du concret. Manifester contre la Chine, c’est bien. Mais pourquoi alors le CIO a-t-il choisi ce pays pour y organiser les jeux ? Serait-ce pour satisfaire aux exigences des grandes multinationales qui le financent ? Celles-ci espéraient–elles pouvoir ainsi s’implanter dans l’Empire du Milieu ? On est loin, semble-t-il de l’idéal olympique, qui est supposé rassembler toutes les nations autour du sport. Entre parenthèses, je plains les sportifs, eux qui se sont préparés pendant quatre ans pour cette épreuve, je ne sais pas ce qu’ils doivent penser de toute cette agitation. Si par hasard leur pays refusait subitement d’aller aux Jeux, ils verraient tous leurs efforts anéantis. Ceci dit, qu’ils se rassurent, aucun pays n’a émis une telle hypothèse et au mieux parlent-ils d’un boycotte de la cérémonie d’ouverture, ce qui témoigne d’un caractère nettement moins revendicatif, convenons-en.

A ce propos, il faut rappeler à ceux qui l’auraient oublié que les Etats-Unis avaient refusé d’aller aux Jeux de Moscou en 1980 à cause de l’invasion de l’Afghanistan. Belle démarche, il faut le dire, mais quand on voit ce qui s’est produit depuis, cela fait sourire et même franchement rire. Car c’est bien les Etats-Unis qui sont aujourd’hui en Afghanistan et nous avec eux (Maître Sarkozy n’a-t-il pas promis d’envoyer mille militaires français de plus ? La Belgique a également répondu à l’appel et elle va en envoyer cent). Alors, toute cette agitation autour des Jeux, cela semble cohérent dans le feu de l’action, mais au regard de l’Histoire, cela paraît bien dérisoire.

Bon, revenons à la Chine. Le problème de ce pays, c’est qu’il concilie un capitalisme pur et dur (celui que je fustige toujours ici) et un communisme dictatorial qui ne peut évidemment avoir notre sympathie. Forcément, l’union de ces extrêmes permet à ce pays de progresser économiquement d’une manière incroyable. Il est clair que dans vingt ans ils seront la première puissance mondiale (raison de plus pour les critiquer, donc).

Mais pourquoi donc, dès lors, a-t-on accordé à ce pays l’organisation des Jeux ? Tout le monde savait et le CIO le premier que la Chine n’allait pas subitement modifier sa politique en matière de droits de l’homme. Alors que moi, citoyen lambda, j’aille manifester, c’est très bien, mais c’eût été plus profitable que le pouvoir organisateur des Jeux mette son veto dès le premier jour.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Poser cette question, cela revient à se demander pourquoi l’organisation des Jeux revient toujours à un pays riche. Serait-ce parce que Coca Cola (qui finance notamment des centres de recherche du CIO), ne voit pas l’intérêt de s’établir en Afrique ou en Papouasie ? Il y aurait donc des intérêts économiques énormes derrière tout cela ? Evidemment et le sport (qui me laisse indifférent à titre personnel, soit dit en passant) n’est souvent qu’un prétexte, un prête-nom pour permettre à la culture occidentale de pénétrer certains marchés.
Et le premier de ces marchés, c’est évidemment la construction du village olympique. On en parle rarement avant les Jeux, mais souvent ces constructions supposent catastrophes écologiques et urbanistiques. Il faut savoir qu’en Chine le vieux Beijing, va être plus ou moins rasé, afin d’ériger une ville nouvelle, sans parler des pauvres, qui sont impitoyablement chassés, comme cela avait été le cas à Moscou, d’ailleurs (et notre bonne presse, toujours très objective, ne s’était pas privée de le signaler. Il est vrai que ce n’est pas chez nous qu’on agirait de la sorte, bien entendu. D’ailleurs il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de pauvres dans nos cités, c’est connu)

Cette destruction urbaine n’est pas propre qu’à la Chine. A Atlanta, les anciens quartiers pauvres ont été rasés et demain à Londres ce sera pareil. Ce n’est pas que je trouve ces quartiers particulièrement intéressants, mais enfin ils étaient tout ce qu’une tranche de la population avait pour vivre. Les détruire, c’est obliger tous ces gens à partir ailleurs (où ?) et c’est surtout cacher la pauvreté ambiante, ce qui permet de la nier et donc de dire qu’elle n’existe pas. Belle hypocrisie propre à tous les régimes politiques du monde.

En Chine, cependant, la situation semble particulièrement grave. On apprend que des paysans chinois sont obligés par dizaines de milliers de venir à Beijing travailler sur les autoroutes en construction. Déracinés, arrachés à leur famille, ils viennent là pour des salaires de misère. C’est ça aussi, les Jeux. Chez nous, ce ne serait pas beaucoup mieux. Il y a fort à parier qu’on verrait affluer sur ces chantiers des centaines de travailleurs clandestins venant de l’Est, travaillant dans des conditions précaires et se logeant Dieu seul sait comment. Donc, quel que soit le régime politique en place, on assiste de toute façon à des dégâts humains et environnementaux.

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On dira bien entendu que cela procure du travail. C’est vrai. Mais d’abord il s’agit de chantiers limités dans le temps, ce qui signifie qu’après les Jeux la situation redevient comme avant (si ce n ‘est que tout est détruit et que les communes sont endettées, comme cela avait été le cas à Albertville chez nous). Ensuite, comme on vient de le dire, ce sont rarement les habitants du coin qui profitent de la situation, puisque les ouvriers viennent de loin (et sont souvent en situation irrégulière). Enfin, si quelques emplois sont tout de même laissés aux personnes habitants dans la région où ont lieu les Jeux, il s’agit généralement d’emplois subalternes (garçons de café, femmes de ménages, etc.), ce qui est négligeable par rapport à la fortune que les grands entrepreneurs peuvent, eux, réaliser.

Abordons maintenant l’aspect écologique. Vous me direz qu’un coureur de cent mètres ne pollue pas beaucoup et je devrai bien en convenir. Mais l’infrastructure qui entoure les Jeux, elle, est particulièrement néfaste pour l’environnement Savez-vous qu’en Chine, on construit des oléoducs (plus exactement des aqueducs, mais cela nous fait plutôt penser au Pont du Gard) pour détourner l’eau de zones déjà arides afin d’alimenter la cité olympique ? Donc, alors que tout le monde se demande comment lutter contre le réchauffement climatique, les organisateurs des Jeux, eux, ont semble-t-il le droit d’oublier cet aspect et personne ne le leur reproche. D’un côté l’Occident vient faire la morale aux pays émergents (Inde et Chine précisément), les empêchant certes de faire les mêmes bêtises qu’eux, mais leur niant aussi le droit de se développer, et de l’autre ce même Occident ferme les yeux quant il s’agit du sport. Il est vrai que cela rapporte beaucoup d’argent (retransmissions, etc.). Par ailleurs, il paraît qu’en Russie, pour les Jeux de 2014, on s’apprête déjà à détruire un parc naturel.

En résumé, que nous manifestions pour l’indépendance du Tibet, c’est bien et c’est normal, mais d’un autre côté il ne faut pas perdre de vue que les organisateurs des Jeux s’en moquent complètement. N’ont-ils pas accepté autrefois qu’Hitler détourne les Jeux au profit de son idéologie politique ? La Chine ne va-t-elle pas tenter de faire la même chose en imposant ses athlètes ? Le sport en général n’est-il pas une vaste supercherie, qui a permis par exemple à la Russie de nous imposer de super athlètes déformés par les hormones (au point qu’on ne savait même plus reconnaître les femmes des hommes) pendant des décennies ? Et aujourd’hui la situation n’est-elle pas toujours la même ? Alors franchement, moi, le sport, je commence à en avoir vraiment assez. Tout ce tapage autour des Jeux m’irrite déjà, bien qu’ils n’aient pas encore commencé. Il faut dire que je reste de marbre devant toute manifestation sportive et que les périodes de coupes du monde de foot sont pour moi bien pénibles.

Mais revenons encore une fois aux Jeux chinois. Voici ce que je trouve dans la presse :

« Le CIO développe à partir de 1985 une stratégie d’alliance avec de grandes sociétés industrielles et commerciales, notamment états-uniennes, afin de pérenniser les Jeux : le programme TOP (The Olympic Partner Programme) garantissant au petit cercle de firmes transnationales entrant dans le mouvement olympique un usage exclusif et mondial de toute l’imagerie olympique. Il reste que ce sont les droits payés par les chaînes de télévision pour retransmettre les Jeux Olympiques qui assurent le financement majeur du Mouvement olympique. (…) Depuis Séoul 1988, ses décisions associent une dimension patrimoniale, le népotisme et des préoccupations strictement financières (pénétration des marchés asiatiques à l’occasion des « Jeux Adidas » de Séoul 1988 et de Pékin 2008, ou américains avec les « Jeux Coca-Cola » d’Atlanta 1996). »

Eclairant, non ? Alors, le fait que dans tous les pays du monde où la flamme est passée, les policiers se soient toujours rangés du côté chinois et non du côté tibétain devrait surprendre dans la mesure où les présidents de ces mêmes états, Sarkozy en tête, aiment bien montrer leur désapprobation en public, laissant croire, par exemple, qu’ils pourraient bien ne pas assister aux cérémonies d’ouverture. Pourquoi, dès lors, donnent-ils l’ordre à leur police de réprimer les manifestants pro-Tibétains ? Parce qu’une fois de plus ils nous mentent et qu’il ne faut rien attendre d’eux. D’un côté, tel Janus, ils présentent une face démocratique qui plaît aux foules, de l’autre ils représentent l’argent et le pouvoir (et même le pouvoir de l’argent). Assez logiquement, ils utilisent donc les forces de police pour rétablir l’ordre. C’est pour cela qu’elles ont été créées et c’est toujours à cela qu’elles ont servi.

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Sur un plan plus philosophique, maintenant, on pourrait se demander quelle représentation de lui-même l’homme veut donner en se surpassant dans le sport. Pourquoi faut-il toujours être le meilleur, le plus fort, celui qui court ou qui nage le plus vite ? Cela pouvait peut-être se comprendre dans la Grèce antique, où la liberté de la cité dépendait en grande partie de la forme physique de la population mâle, mais aujourd’hui ? Quand je vois à quelles scènes d’hystérie se livrent parfois les champions qui viennent de gagner une médaille, il y a de quoi réfléchir. Même scène quand on voit dans quel désespoir noir certains tombent pour être arrivés deux centièmes de seconde après le premier, j’avoue ne pas bien comprendre. Est-on moins homme pour deux centièmes de seconde ? Ce n’est pas possible. Alors que représente ce désir propre à l’espèce humaine de toujours se surclasser ? Quand un chat n’attrape pas une souris, il ne fait pas une crise de désespoir, il recommence, c’est tout. Et quand enfin il en a attrapé une et qu’il l’a mangée, il s’endort paisiblement, satisfait de sa condition de chat et heureux de n’être pas né souris. Chez l’homme au contraire, on dirait que sa condition première ne lui suffit pas. Il a besoin de se dépasser sans cesse pour prouver qu’il existe. Etrange animal, finalement, qui a ruiné la planète, détruit tout sur son passage et qui n’est pas encore satisfait.

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06/04/2008

Petits calculs sur la vie chère (suite et « faim »)

Résumons : d’un côté les prix sont libres, n’étant plus réglementés par les états et le champ libre est laissé à la concurrence, laquelle est supposée éviter tout dérapage en créant un nouvel équilibre.

C’est la thèse libérale classique. En pratique, elle permet aux plus grosses firmes d’élimer les petites (et donc toute une classe moyenne de petits artisans et de petits commerçants), de se retrouver en positon monopolistique et donc de proposer les prix qu’elles veulent. D’un côté elles recherchent le prix de revient le plus bas (n’hésitant pas à délocaliser leurs entreprises dans des pays où la main d’œuvre est sous-payée et où la législation ne réglemente pas la sécurité des travailleurs ou bien encore en grignotant quelques euros sur la qualité du produit proposé), de l’autre elles jouent sur la spéculation pour parvenir au prix le plus élevé possible. On affame les producteurs et on presse les consommateurs, ce qui permet de dégager des bénéfices plantureux qui reviennent à des actionnaires qui sont finalement en dehors de la chaîne de production tout en étant les principaux bénéficiaires. La situation est donc comparable à celles des seigneurs du Moyen-Age qui exploitaient le monde paysan, lequel subvenait seul aux besoins de tout le monde (noblesse et clergé) alors qu’il était lui-même dans la misère la plus noire.

Nous avons déjà parlé des prix du pétrole ou des denrées alimentaires, qui grimpent selon une courbe exponentielle particulièrement inquiétante. Nous avons vu qu’en Afrique, où le niveau de vie était déjà très bas, la situation est en train de devenir catastrophique, au point que les manifestations commencent à devenir régulières, faisant même des morts.

On apprend aujourd’hui qu’en Europe même, en Slovénie, les syndicats européens ont organisé une grande manifestation contre la vie chère, à deux pas de l’endroit où les ministres des finances de l’Union parlaient, eux, argent et gros sous. Interrogés sur cette manifestation de syndicats, leur réponse est tout de même incroyable. « Ils veulent une augmentation des salaires ? Soyons sérieux, ils savent très bien que pour que cela soit possible il faudrait que la production augmente, autrement dit que tous ces gens décident enfin de travailler un peu plus. » Ce ne sont pas les termes exacts qui ont été employés, mais le ton y est. Devant une telle situation, on ne peut que rester silencieux.

Ainsi donc, on culpabilise ceux qui sont à la base du système de production (c’est-à-dire nous tous, ouvriers, employés, fonctionnaires, enseignants, petits indépendants, etc.) en leur faisant croire que s‘ils ont du mal à boucler les fins de mois, c’est à cause de leur fainéantise innée. Alors que pendant ce temps- là des actionnaires rentiers ne font que réclamer aux firmes qu’ils détiennent plus de rentabilité encore, ce qui entraîne aussitôt des licenciements en cascade.. Je crois qu’il n’est pas besoin de s’étendre ici plus longtemps sur ces problèmes. Nous sommes arrivés à un point de rupture. La fracture entre les gens qui survivent par leur travail et ceux qui prospèrent par leurs actions est en train de devenir si importante qu’aucun dialogue ne sera bientôt plus possible.

A moins que… Car au lieu de se révolter, tous ces gens à petits salaires admirent les sportifs de haut niveau qui eux gagnent des fortunes colossales. Jamais autant qu’aujourd’hui la formule latine « panem et circenses » n’a été autant d’actualité. Il suffit d’ailleurs d’ouvrir sa télévision (ce que je vous déconseille vivement) pour s’en rendre compte.

A propos des sportifs, j’apprends à l’instant qu’un certain footballeur français dont j’ignorais même le nom a gagné l’an passé 17,5 millions d’euros, tandis que plusieurs autres ont reçu entre 9 et 12 millions d’euros. C’est tout de même incompréhensible ou en tout cas je ne parviens pas à comprendre en quoi le fait de jouer avec un ballon peut justifier un tel salaire. Ont-ils fait avancer l’humanité ? Non, bien sûr, mais la moitié de la nation s’est intéressée à leur jeu-spectacle et ceci explique cela. Décidément, on se croirait dans la Rome antique, avec des esclaves exploités, des personnes sans emploi, quelques riches affranchis genre nouveaux riches, deux trois nobles de vieille souche, par ailleurs désabusés, et une série de politiciens véreux qui s’enrichissent sur le dos des provinces qu’ils administrent (tout en étant entourés d’une foule de clients qui espèrent quelques miettes). Comme quoi, l’Histoire est un éternel recommencement. Il suffit de le savoir pour ne pas plonger dans le désespoir.

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05/04/2008

Petits calculs sur la vie chère (suite)

Cette fois, ce n’est pas moi qui le dis, mais le journal Le Monde : « la rue africaine ne parle que de cela : les prix des denrées quotidiennes sont devenus fous. En quelques mois, la conjonction des hausses du blé, du riz, de l'huile sur les marchés mondiaux, de médiocres récoltes locales et l'absence de contrôle des prix, a accru les tensions sociales et compromis la stabilité politique. »
Avec une hausse moyenne de huit pour cent en un an, les denrées alimentaires deviennent inabordables pour une large tranche de la population africaine, dont le salaire moyen est très bas.

Et les réactions sont partout les mêmes : « Beaucoup de gens ne mangent plus qu'un plat par jour", entend-on à Dakar. "Avec 1 500 francs CFA (2,25 euros) pour nourrir ma famille, je ne sais plus quoi faire", dit une ménagère sur un marché de Bamako, au Mali. » Les manifestations se succèdent, ayant déjà fait des morts. Les gouvernements promettent de baisser les taxes, afin de maintenir tant que bien mal un certain pouvoir d’achat. Mais diminuer les taxes, cela veut dire aussi appauvrir encore davantage des états déjà largement endettés et donc diminuer la possibilité qu’ils auraient de développer les infrastructures par exemple (et on sait à quel point celles-ci sont nécessaires pour le redressement de l’économie).
Un pays comme la Mauritanie, qui importe soixante-dix pour cent de son alimentation, court droit dans le mur. Vive le libéralisme, donc, la mondialisation et la politique du laisser-faire. Car non seulement cette économie mondiale qui nous dirige tous a fait lever tous les systèmes internes de régulation des prix au nom de la sacro-sainte concurrence (qui prouve bien maintenant son inefficacité), mais, pendant des décennies elle a encouragé en Afrique les cultures d'exportation comme le coton, au détriment évidemment des cultures vivrières. Du coup, il valait mieux acheter sur le marché mondial, à bas prix, des denrées alimentaires, et produire du coton que l’on vendait bien cher. Maintenant que tous ces pays sont devenus dépendants pour leur alimentation, voilà que ces denrées de première nécessité sont devenues inabordables, d’où la colère des populations.

Que faut-il faire quand le peuple commence à mourir de faim et que certains s’enrichissent exagérément ? Ma bonne dame, il suffit de relire ses manuels d’histoire : on fait la révolution. Et c’est bien ce qui risque d se passer, en effet. On n’en est pas encore vraiment là, mais des manifestations ont commencé à voir le jour un peu partout. L’étape suivante, ce sera la transformation de ces manifestations en émeute. Et après me direz-vous ? Après on n’ose imaginer ce qui pourrait se passer, mais ce qui est sûr c’est que même la Banque mondiale et le FMI craignent que les régimes politiques en place ne soient ébranlés.

La Banque mondiale, paraît-il « a fait amende honorable dans son dernier rapport annuel et a mis l'accent sur la renaissance des cultures vivrières. » Mais bien sûr il faudra des années pour reconstruire l’agriculture locale qu’on avait ainsi un peu vite démantelée. Merci à vous, messieurs les techniciens et merci aussi à vous, messieurs de la haute finance.

Evidemment, ce que je dis ici, ce ne sont que des mots. Mais il y a déjà aujourd’hui en Afrique des familles qui se contentent d’un seul repas par jour et cela c’est une réalité bien concrète..


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04/04/2008

Petits calculs sur la vie chère

Pour une fois, laissons la littérature de côté et sortons nos calculettes.
En 2000, le dollar valait 1,2 euros et le baril de pétrole était à 60 dollars, autrement dit à 72 euros. Aujourd’hui, un dollar vaut 0,65 euro et le baril de pétrole a grimpé à 110 dollars. Faites comme vous voulez, mais cela nous fait 71,50 euros.

On se demanderait donc bien pourquoi l’essence est devenue si chère à la pompe. Elle a pourtant augmenté d’environ 0,40 centimes par litre en huit ans

On n’ose imaginer ce qui se passerait si demain le dollar dépassait de nouveau l’euro…

La chaîne très libérale Euronews tentait hier de nous faire croire que le coupable est le vénézuélien Hugo Chavez, qui ne ferait rien pour faire baisser les prix mais qui se féliciterait au contraire que le prix élevé du baril profite à son pays. Moi, je me dis que ce n’est pas Chavez tout seul qui produit le pétrole dans le monde et puis si cette ressource naturelle profite au pays qui l’exploite et à ses habitants, tant mieux. Je ne vois pas en quoi le fait d’enrichir les actionnaires d’Esso, de Schell ou de Total serait meilleur. Tiens, au fait, qui exploite les gisements d’Irak ? Le peuple libre irakien ?

Vous me direz qu’il suffit de ne pas prendre sa voiture et c’est ce que je fais souvent. Mais bon, les produits alimentaires, qui sont transportés par camion, augmentent eux aussi en fonction du prix du gazole, donc tout le monde est concerné.

Remarquez que les carburants ont bon dos, car de toute façon le prix des denrées alimentaires a augmenté vertigineusement. On nous avait annoncé la couleur :

1) Les produits laitiers augmentent parce que la Chine consomme plus de lait. Ah bon ? Espérons que cela va faire baisser le prix du riz.
2) les farines seront plus chères car on va consacrer une partie de notre blé à produire du carburant, ceci afin d’alléger notre facture énergétique et notre dépendance à l’égard des pays producteurs. Ce n’est pas pour cela que l’essence sera moins chère à la pompe, au contraire. Et ce n’est pas pour cela que les Américains vont se retire d’Irak. Au contraire. Donc, il faut juste retenir que non seulement l’essence ne diminuera pas mais que le pain, les pâtes et les biscuits vont faire un bond en avant. Le savoir rend la chose plus aisée et aide à accepter l’inévitable.

Ce qu’on ne comprend pas, par contre, c’est que nos agriculteurs et producteurs locaux se plaignent qu’on leur achète leurs produits moins cher que l’année dernière. Il y en a donc un qui gagne moins (le producteur), un qui paie plus (le consommateur) et entre les deux, que se passe-t-il, à votre avis ? Mieux vaut ne pas le savoir si vous voulez garder le moral.

27/03/2008

L'argent du pouvoir

Et bien, cela n’a pas traîné ! Moins d’un an après son élection, notre ami Sarkozy se retrouve déjà mêlé à un scandale politico-financier. Lui qui avait ironisé sur le cas de Chirac, je vois qu’il ne fait pas beaucoup mieux.

Quels sont les faits ? Une lettre qu’il a signée est apparue au cœur de l'affaire Hamon (détournements de fonds publics). L’avocat qui défend ce monsieur Hamon, collectionneur d'art de son état, demande que l’on ouvre une enquête sur les flux financiers autorisés par M. Sarkozy quand il était président du conseil général des Hauts-de-Seine. Notons qu’André Santini, le secrétaire d'Etat à la fonction publique, est déjà mis ici en examen dans cette affaire (en tant que maire d’Issy-les-Moulineaux), dans laquelle on retrouve aussi le nom de Charles Pasqua. Rien que du beau monde, donc. Sans compter que l’avocat demande également que soit entendue la garde des sceaux, Rachida Dati (qui elle était directrice générale adjointe des services du conseil général des Hauts-de-Seine).

Les infractions présumées auraient été commises entre 2001 et 2003. En principe, donc, le juge n’a pas à aller enquêter au-delà de cette date. Mais un rapport de la chambre régionale des comptes précise qu’une somme de 3 833 000 euros a été versée plus tard à titre de rémunération sur des travaux de construction qui n'ont jamais eu lieu.

La question est donc de savoir si le juge doit enquêter sur des faits postérieurs à 2003 (pour lesquels on retrouve la signature de Sarkozy) ou se contenter de la période 2000-2003. On comprend l’habileté de cet avocat. En mettant en cause le Président de la république, il espère que le juge refusera d’investiguer sur la période postérieure à 2003, surtout s’il tient à son poste . Mais alors, pourquoi n’y aurait-il que la première période qui serait délictueuse ? Cela n’a pas de sens. On crierait au scandale. Le plus sage serait donc d’arrêter purement et simplement les poursuites et d’innocenter M. Hamon, à la grande satisfaction de son avocat. En effet, voir le nom de Sarkozy dans cette affaire, cela ferait désordre. Or Nicolas aime l’ordre, c’est d’ailleurs pour cela qu’il s’est fait élire. Certes, il serait protégé par l'immunité liée à son statut présidentiel, mais tout de même, cela ne serait pas très bon pour les sondages, qui auraient bien besoin d’un petit coup de pouce en ce moment.

Pauvre Nicolas. En voyage en Angleterre, cette terre des Angles et des Saxons, voilà qu’on lui préfère sa douce moitié Carla, qui lui vole tous les honneurs dus à son rang. Remarquez qu’il l’a bien cherché. N’avait-il pas confié autrefois la libéralisation (pardon, la libération, lapsus révélateur) des otages bulgares à son épouse ? Vous me direz que ce n’est plus la même, mais bon, à force de déléguer, voilà ce qui arrive.

Ceci dit, c’est n’est pas tellement par sa diplomatie, mais surtout par son physique et son sourire que la belle Carla a séduit le cœur des Britanniques, encore un peu orphelins de la princesse Diana (morte à Paris, précisément, l’amalgame est facile).
On les comprend un peu, remarquez. Comme tout le monde, ils ont pu admirer les formes sveltes de la première dame de France, si pas en vrai, du moins en photo. Rien d’étonnant à ce qu’ils l’aient préférée au petit Nicolas.



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20/03/2008

Journée de l'eau

La communauté internationale célèbre paraît-il ce 20 mars 2008 la « Journée mondiale de l'eau ». « Le Monde diplomatique » nous rappelle que le manque d’eau concerne 1,1 milliard d'êtres humains, ce qui n’est pas rien et que l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes.
Ce qui est inquiétant, c’est qu’on se sert de cette pénurie pour libéraliser le marché de l’eau. Partant du principe que les états, par définition, sont défaillants, les chantres du libéralisme ont estimé que ce grave problème de l’eau devait dépendre des firmes privées.

Une telle conception est évidemment absurde. Dans nos pays industrialisés, il y a déjà plus d’un siècle que le problème est résolu et que chaque citoyen dispose d’une eau potable pour un prix abordable. Dans un tel contexte, on ne voit pas la nécessité de privatiser un secteur qui fonctionne très bien, si ce n’est pour remplir les poches de quelques-uns (avec l’appui scandaleux de nos dirigeants qui se révèlent ainsi être de piètres hommes d’état.) Dans le tiers-monde, où la situation n’est certes pas idyllique, on peut se réjouir de la volonté d’assurer la distribution d’eau potable, mais on aurait mieux fait d’aider les gouvernements à prendre les mesures nécessaires (plutôt que de les obliger à s’endetter chaque jour d’avantage et à devoir rembourser des intérêts dont la courbe exponentielle a de quoi inquiéter). En effet, en privatisant le secteur de l’eau, les capitalistes n’ont vu que l’énorme marché que cela représentait pour eux et ils ont oublié deux choses. D’une part que ces populations n’étaient pas habituées à payer pour un tel service, ce qui a entraîné des réactions violentes et d’autre part qu’elles n’en avaient de toute manière pas les moyens.

Sinon, ces privatisations se font chaque fois de la même manière : dérégulation, décentralisation, privatisation puis paiement exorbitant par les usagés.

Ce qui me fait dire (mais c’est un autre débat) que l’Europe des régions est un outil du libéralisme pour faire perdre aux états leur suprématie. Ces états avaient la capacité de résoudre les problèmes, de plus, ils avaient tendance à protéger leurs citoyens par des règles strictes (lois sociales, protection de l’environnement, etc.). Il fallait donc casser cette suprématie en confiant petit à petit des responsabilités aux régions. On a vu que même la France, si centralisée depuis Louis XIV, n’a pas échappé aux dictats de Bruxelles. C’est ainsi que les universités, par exemple, doivent envisager leur avenir dans le cadre de leur région (et donc s’arranger pour s’auto financer, ce qui va permettre de monnayer certains services jusqu’ici gratuits). La conséquence sera une inégalité entre universités des régions riches et des régions moins favorisées (avec un transfert des étudiants vers les meilleures écoles, ce qui va encore renforcer la suprématie de ces dernières). Dans un tel contexte, il ne restera comme seule solution que de confier au secteur privé un enseignement que la région ne pourra plus assumer (avec des conséquences incalculables sur le contenu des programmes, orientés vers le besoin exclusif des firmes privées).

Mais revenons au problème de l’eau. Les contrats avec le pays du Sud se sont succédés à un rythme impressionnant. Les forums internationaux aussi. Partant d’une bonne volonté (fournir de l’eau potable à tout le monde), relayés par les ONG et les associations caritatives, ces réunions permettent à l’insu des participants de justifier la privatisation du secteur. Même Kyoto, par exemple, risque ainsi d’être récupéré. L’idée de la pollution et du réchauffement climatique fait son chemin dans les consciences et tout le monde est prêt à payer pour sauver la planète. Il y a fort à parier que des firmes privées vont montrer le bout de leur nez sous peu. C’est déjà ce qui se passe avec l’eau. Voyant que le marché de l’eau est moins intéressant qu’escompté dans le Sud, elle se rabattent sur l’Europe et sur la décontamination. On peut certes se réjouir des mesures prises par Bruxelles concernant l’obligation pour les communes d’avoir des stations d’épuration, mais indirectement tout cela a un coût, coût dont vont bien profiter les firmes privées (construction des stations d’épuration, services payants comme le recyclage des déchets, etc.). Dans un tel contexte, les ex-pays communistes sont une manne providentielle pour ces firmes puisqu’ils offrent un terrain vierge où il reste beaucoup à faire (mais où existe déjà une infrastructure certes vieillotte, mais qui fonctionne encore) et où le niveau de vie de la population va logiquement progresser grâce à l’argent insufflé par l’Union européenne. Un beau marché en perspective. Il ne faut donc pas s’étonner que le pouvoir libéral en place à la Commission de Bruxelles (et sous le regard attendri d’un représentant américain, ce qu’on ignore souvent et dont on se demande bien ce qu’il fait là) pousse à l’élargissement de l’Europe. Les citoyens de l’Ouest paieront la facture qui permettra à un nouveau marché d’émerger (sans compter que pendant vingt ans le prix de la main d’œuvre restera dérisoire à l’est, ce qui permettra de belles délocalisations particulièrement fructueuses). Ce ne sont pas les politiciens locaux qui feront de l’opposition. Ex-communistes, il n’y a pas plus convaincus qu’eux des bienfaits du libéralisme. On l’a vu au moment de la guerre en Irak, quand la Pologne a offert son aide à Bush, ce qui a permis à celui-ci de parler avec mépris de la « vielle Europe » dépassée en montrant du doigt la France non belligérante et non belliqueuse d’un Chirac sur le déclin.

Le changement climatique, de son côté, nous promet quelques belles catastrophes : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Les cultures elles-mêmes seraient menacées, même en Europe du Nord, tandis qu’en Afrique sub-saharienne, la sécheresse devient inquiétante (baisse du débit des cours d’eau de plus de 40%). Cela permettra de construire des barrages que seules, évidemment, les firmes privées seront en mesure de financer (avant de se faire rembourser au centuple par la suite). Il est vrai que dans le type d’agriculture intensive que nous connaissons (et ne parlons même pas ici des OGM qui vont asservir les paysans aux grandes firmes céréalières productrices de semence ) l’eau est indispensable. Plutôt que de revoir ce type d’agriculture, on préfère se lancer dans une course en avant afin d’assurer sa pérennité par des moyens artificiels comme la construction de ces grands barrages ou le dessalement de l’eau de mer. Bien sûr on nous présentera ces projets comme une nécessité pour permettre à ces pays du Sud d’émerger (mais qui se soucie en fait de leur émergence ?). On ne dira pas, par contre, que ces grands travaux demandent beaucoup d’argent ni que les usines de dessalement demandent beaucoup d’énergie (et donc de carburant très cher et par ailleurs polluant). On ne sait pas trop non plus ce qu’il adviendra de la saumure qu’on rejettera à la mer (risque de rupture d’équilibre du milieu marin).

On le voit, le problème de l’eau est loin d’être résolu. Si demain le pétrole fait défaut et s’il faut se rabattre sur de l’essence produite à partir de végétaux cultivés, la demande en eau pour les besoins agricoles ne cessera d’augmenter. Le secteur privé a donc encore de beaux jours devant lui car il s’imposera comme le seul à être capable de retraiter les eaux usées ou à maîtriser la technique du dessalement. Faisant l’apologie de nouvelles techniques (nano-filtration, osmose inverse, etc.), des firmes internationales ont déjà déposé des brevets leur assurant le monopole, direct ou indirect, sur ces nouvelles manières de traiter l’eau.

Finalement, quand on y réfléchit, mieux vaut boire du vin que de l’eau du robinet.




14/03/2008

Des anciens ministres

Les hommes qui nous gouvernent ont souvent des politiques étonnantes, qui nous irritent. Mais bon, ils ont été élus démocratiquement, il n’y a rien à dire. En attendant, ils tiennent le haut du pavé et nous assènent leur vérité avec autant d’aplomb que de mauvaise foi. On a beau être contre leurs principes, rien n’y fait. Ils dirigent et nous n’avons qu’à nous plier à leurs idées, présentées comme les seules valables. Souvent, le public suit béatement, ce qui fait qu’on se retrouve bien seul à prêcher dans le désert.

Puis les années passent et la roue tourne. Parfois, ces hommes politiques se font rattraper par leur passé et ils se retrouvent devant un tribunal. Ainsi en va-t-il aujourd’hui de l'ancien ministre de l'intérieur, Charles Pasqua, qui a été condamné, mercredi 12 mars, à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris, dans l'affaire du financement illégal de sa campagne des élections européennes de 1999. Il a été reconnu coupable de faux, financement illégal de campagne électorale et abus de confiance, rien moins que cela. Il aurait bénéficié, pour sa campagne, de l’équivalent d’un million d’euros issus de la vente du casino d'Annemasse (Haute-Savoie) dont il avait autorisé, en tant que ministre, l'exploitation en 1994.

Un malheur n’arrivant jamais seul, Monsieur Pasqua, a fait l'objet dans le même dossier d'une procédure pour corruption passive.

On se souviendra par ailleurs que son fils, Pierre Pasqua, avait été condamné en décembre 2007 à 18 mois de prison ferme dans le cadre de l’affaire Falcone/Sofremi. Cette société, mi-privée mi publique aurait vendu illégalement des armes à l’Angola et les bénéfices se seraient retrouvés quelque part chez les Pasqua. L’argent aurait été blanchi via des sociétés écrans. Pierre Pasqua aurait ainsi reçu 1,5 millions d’euros. Il avait d’ailleurs déjà été condamné le 8 novembre (le fils donc) à deux ans d'emprisonnement, dont 1 an ferme, et 300.000 euros d'amende dans une affaire de pots-de-vin (société Alstom).

Son avocat, Edgard Vincensini avait alors annoncé qu’il ferait appel. Pas de chance pour ce brillant juriste. Il vient lui-même d’être condamné à une peine de six mois avec sursis pour "faux".

Quant au père Pasqua, il n’en a pas encore fini. En septembre 2008,il comparaîtra pour "recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence" aux côtés de l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani, de l'homme d'affaires Pierre Falcone et du fils de l'ancien président de la République Jean-Christophe Mitterrand, dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola. D’après « Le Monde » il est aussi poursuivi « pour trafic d'influence et corruption" dans le dossier "Pétrole contre nourriture", pour "recel d'abus de biens sociaux" à propos de largesses que lui aurait consenties l'homme d'affaires libanais Iskandar Safa, et il a été mis en examen en qualité d'ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine dans l'affaire de détournements de fonds publics reprochés au maire d'Issy-les-Moulineaux, André Santini, à propos de la fondation d'art contemporain Jean Hamon. »

On croit rêver. Bref, ce ne sont que magouilles, pots de vin et pratiques illégales. On se souvient pourtant de l’arrogance de Pasqua lorsqu’il était ministre et de ses propos qui frôlaient à chaque fois le racisme le plus primaire.

Quelle morale retenir de cette histoire ? Aucune, évidemment. Certes, ces hommes qui semblaient détenir la vérité à un certain moment sont maintenant justement punis, mais le public les a oubliés et c’est dans l’indifférence générale que les condamnations tombent aujourd’hui. Il en ira sans doute de même demain quand le nom de Chirac ressortira.

En attendant, derrière les actions entreprises par ces personnages se cachent souvent des drames. Ainsi en va-t-il de l’Irak. Bush reconnaît maintenant à demi-mots qu’il n’y avait aucun lien entre Sadam Hussein et Al Quaïda. En Angleterre, on commence à pointer du doigt les programmes de l’enseignement qui ont présenté la guerre en Irak comme une nécessité.

La roue tourne, je le disais au début de cet article, mais en attendant les conséquences sont là. L’Irak est un pays exsangue, déchiré et en pleine guerre civile. Que penser de tous ces dirigeants qui ont menti et qui se sont enrichis ? Certes, certains sont condamnés, mais d’autres les ont remplacés, qui ne sont ni meilleurs ni pires. Encore que…. On peut supposer que Sarkozy n’aurait pas hésité un instant à nous entraîner dans une guerre irakienne s’il avait été aux commandes à ce moment-là.

Alors ? On parle souvent de devoir de mémoire à propos de certains événements du passé et on fait bien. Mais le bon peuple ne pourrait-il pas se souvenir de tout ceci également avant de mettre quelqu’un au pouvoir ? Pourquoi tout doit-il être un éternel recommencement ?

Tiens, au fait, n’y a-t-il pas des élections dimanche en France ?