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09/09/2016

Nocturne

Je voudrais dire le bruit de la pluie dans les petits matins,

Quand le café noir fume encore dans les tasses

Et que son goût âcre m’emporte bien loin.

 

Je voudrais dire les figures tristes croisées dans le métro

Quand les rêves se sont trompés d’aiguillages

Et que j’ai oublié le goût de tes baisers.

 

Je voudrais dire les grands bateaux blancs qui se perdent en mer

Quand le soleil se couche

Et engloutit tous nos espoirs.

 

Je voudrais dire.

 

Mais enfermé dans le silence immobile,

Je contemple les dernières étoiles mortes

Qui brillent au milieu de nulle part.

 

Là-bas, dans la brume nocturne,

On entend la rivière,

La belle rivière de nos enfances

Qui n’en finit plus de ronger les paysages.

 

Insomniaque à ma fenêtre

Je rêve du temps passé.

La nuit d’août s’achève.

Bientôt, les cerfs brameront dans les clairières de feu

Et l’automne venteux s’infiltrera sous les portes de ma mémoire.

 

Je voudrais dire, encore une fois,

L’immensité de la forêt,

Sa rumeur, ses soupirs et son éternel mystère.

 

Je voudrais dire les chemins parcourus par les aventuriers

Depuis les ruines de Carthage

Jusqu’aux steppes infinies de l’Asie centrale.

Je voudrais dire tant de choses…

 

Mais qui entendra ma voix ?

J’aurai beau crier du haut de la falaise,

Le bruit des vagues, toujours, l’emportera,

Monotone et éternelle clameur des mondes.

 

Demain est aussi loin qu’un pays étranger.

Seule existe la rumeur des feuillages dans la brise d’été,

Rumeur semblable au ressac de l’océan

Contre les murs du temps.

 

Tout près de moi, un oiseau de la nuit a frôlé les cimes

Puis s’est perdu dans l’immensité,

Emportant avec lui son cri mystérieux

Chargé de tous nos désespoirs.

 

Il faudrait dormir.

Minuit est passé depuis longtemps

Et la lune elle-même s’en est allée,

Poursuivant son éternelle course incompréhensible.

 

Le ciel, maintenant, est vide et noir.

Seule subsiste dans mon cœur une petite musique intérieure,

Sonate composée de quelques notes seulement,

Mais qui me dit de croire à la vie.

 

Alors je me souviens que les yeux des femmes brillent

Parfois, dans la pénombre des chambres.

Je voudrais dire leurs gestes tendres et gracieux,

Le son de leur voix,

Et le parfum qui imprègne leurs vêtements

Quand lentement elles se déshabillent

Et s’avancent nues dans l’immensité du monde.

 

Le vent se lève et il fait plus froid.

Bientôt le beau chêne près de la fenêtre perdra ses feuilles.

Celles-ci tomberont une à une, inexorablement,

Comme les minutes qui avancent au cadran de la vie.

Dans le ciel passeront des oiseaux en partance

Vers des cieux improbables.

 

Tout n’est que départ, mouvance et éternel recommencement.

Seul je demeure au milieu du silence.

Une ancienne blessure s’est rouverte,

Blessure d’amour qui saigne au milieu de la nuit

Et qui colore l’horizon d’une encre rouge.

 

Voilà le soleil qui se lève au-dessus des abîmes.

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

31/08/2016

Le port

Il y avait là des voiliers, de grands voiliers revenant de nulle part.

Il y avait la mer, qui rongeait les pierres grises du port et puis surtout il y avait des dizaines de marins, attablés dans les petits cafés aux toits d’ardoise.

Et ça riait et ça criait fort, bien plus fort que le bruit des vagues qui tout à côté déferlaient sur la plage de galets.

Parfois une bagarre éclatait, pour quelques sous perdus au jeu, pour une femme éperdue, ou même pour rien, si ce n’était le plaisir de se battre.

Dans l’ombre du soir, on voyait briller la lame des couteaux et quand le sang coulait sur les pavés noirs, jamais personne ne serait allé dénoncer le coupable. C’est qu’ils étaient tous frères de la mer et du vent et qu’il y avait plus de vingt ans qu’ils voyageaient ensemble, de Dunkerque à Agadir et de Monrovia à Dar es Salam.

Ils étaient les enfants de la mer et si l’un d’entre eux disparaissait, jamais ils ne versaient une larme.  Pourtant, quand un goéland venait se poser au bout du ponton, ils lui souriaient comme à un ami, saluant en lui son désir de voyage et de liberté.

Partir, voilà ce qui comptait, peu importe où et comment, finalement.

Partir, quitter le triste aujourd’hui et découvrir un ailleurs.

Dans le port, les attendaient les voiliers, les grands voiliers en partance pour nulle part.

 

Littérature

10:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

26/08/2016

François Bon, une vidéo...


13/08/2016

Fin de partie

Je vous écris du bout du monde.

Je vous écris d’un pays qui n’existe pas, qui n’a jamais existé.

Ici, c’est la nature à l’état pur. Il n’y a pas de routes, à peine des sentiers, qui serpentent à travers la forêt profonde et que l’on suit comme on peut, malgré les moustiques et la chaleur accablante.

Quand on a bien marché, pendant six ou sept jours, on débouche au-dessus d’une grande falaise et alors devant vous s’étend la mer, la mer immense, à l’infini.

En contrebas, il y a des rochers qui s’avancent dans l’eau et qui finissent par disparaître au milieu de l’écume banche et rageuse.

Au-delà, il n’y a plus rien. Rien que l’océan, dont on entend la rumeur éternelle, seule musique de cette terre inhabitée.

Parfois, un goéland vient vous frôler, lançant un cri strident. On se souvient alors qu’on est seul, incroyablement seul. Personne autour de vous, rien que l’immense forêt dans votre dos et devant vous cette masse liquide qui s’agite et qui vous attend.

Je vous écris du bout du monde, d’un endroit au-delà duquel il n’y a plus rien. Rien que la falaise abrupte et le remous des vagues qui n’en finissent plus de se briser.  

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

31/07/2016

"Romance avec le passé" de Laure Hadrien (Editions Chloé des Lys)

Je termine le livre de Laure Hadrien, « Romance avec le passé », que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Le thème est simple et émouvant : deux êtres qui se sont connus et aimés dans leur jeunesse se retrouvent vingt ans après, grâce à Internet. Leur idylle reprend et Muriel fait le voyage en Suisse pour retrouver Hugo à Genève, avec la ferme intention, cette fois, de ne pas laisser passer sa chance. Il faut dire qu’elle est restée célibataire et qu’elle a conservé tout au fond d’elle le souvenir romantique de ce premier amour qui est finalement le seul qui ait jamais compté. Hugo, de son côté, vient justement de divorcer et se retrouve libre. Rien ne semble donc s’opposer à leur future union.

Sauf que ce serait compter sans le talent de la romancière, qui nous fait comprendre que les choses ne sont pas si simples. Les deux héros ont évolué et l’image que chacun a conservée de l’autre ne correspond plus tout à fait au personnage en chair et en os qu’il a maintenant en face de lui. Si la correspondance échangée via Internet s’était montrée prometteuse et avait permis de renouer une ancienne complicité, il n’en va pas forcément de même quand il s’agit de se découvrir « en vrai ».

Dans un premier temps, c’est Muriel qui se montre un peu distante : elle refuse le verre d’alcool que Hugo lui propose ou semble rester indifférente devant le cadeau qu’il lui offre, ce qui le décontenance. Ensuite, c’est l’inverse. Muriel s’impose un peu prématurément dans l’appartement de Hugo. Elle découvre son univers, fait de contrastes (si tout dans le salon est super-ordonné, la chambre est un véritable capharnaüm) et en discutant elle se rend compte très vite que Linda, la femme dont il vient de divorcer, reste anormalement présente dans sa vie, ce qui la décontenance à son tour.

Le roman suit son cours ainsi et par petites touches le lecteur découvre lentement Hugo, à travers les yeux incrédules de Muriel. D’un côté il est issu d’un milieu beaucoup plus aisé qu’elle ne l’avait imaginé, mais aussi ce milieu impose des conventions de façade auxquelles elle n’est pas habituée.  Lorsque Hugo l’emmène en promenade le long des lacs suisses, il ne pense qu’à lui montrer les endroits où il a vécu enfant et semble se complaire dans ses souvenirs, tandis que Muriel attend un baiser romantique. Pourtant elle veut continuer à se rapprocher de lui car elle est frustrée. En effet, il lui semble que quelqu’un d’autre (en l’occurrence Linda) a vécu avec Hugo la vie qu’elle aurait dû avoir et qu’elle n’a pas eue (enfants, maison, voyages, etc.). Mais il n’y a rien à faire ! Elle a beau se souvenir de la force de son amour quand elle était encore adolescente et vouloir rattraper le temps perdu, quand l’un fait un pas, l’autre recule et inversement. Les deux héros se côtoient, se cherchent, mais ne se trouvent pas car ils ne sont jamais sur la même longueur d’onde en même temps. Les espoirs de Muriel s’envolent les uns après les autres et finalement elle découvre que le fringant Hugo est aujourd’hui au bout du rouleau. Seul, quasi sans emploi, à court d’argent, facilement irascible, songeant au suicide, il ne ressemble plus à l’image qu’elle avait conservée de lui. II ne lui reste donc plus qu’à reprendre l’avion, définitivement seule.

C’est donc à un drame humain, à un drame existentiel, que nous a conviés Laure Hadrien, dont le  style classique et bien balancé est agréable à lire. Subtilement, par des détails et des dialogues savoureux, elle nous fait entrer dans l’intimité de ces deux êtres qui se cherchent sans jamais se trouver. On a l’impression d’un puzzle qui se met méticuleusement en place. La moindre description qui semble anodine dans un premier temps (celle du mobilier de Hugo par exemple) prend tout son sens quelques pages plus loin en donnant des renseignements sur les personnages (ces meubles sont tout ce qu’il reste d’une période opulente passée). Quant à Hugo lui-même, il semble avoir une double personnalité. Parfois charmant, mais irrité l’instant d’après, entreprenant à ses heures, mais pour mieux reculer le lendemain, il est victime de sa situation. Coincé entre Linda qui reste présente dans sa vie par convention et parce qu’il faut sauver les apparences pour la société et Muriel, il louvoie sans cesse. Lui aussi se retrouvera seul, usé comme sa vieille voiture, et si la correspondance amoureuse qu’il venait d’entretenir lui avait fait du bien, voulait-il vraiment de la présence de Muriel ? Il n’est pas certain qu’il le sache lui-même.

 

Littérature

02:11 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (42) | Tags : littérature

27/07/2016

Marie

Cela faisait trois jours qu’ils se retrouvaient sur un banc, dans le parc communal. Trois jours qu’il la découvrait petit à petit, lui posant mille questions sur sa vie. Et elle, elle répondait ingénument, le plus honnêtement du monde, ce qui la rendait encore plus attrayante. Car il n’y avait pas à dire, elle était belle à croquer et quand le soir tombait et qu’ils se séparaient, il mourait d’envie de l’embrasser. Mais bon, ce n’était encore qu’une connaissance, même pas encore une amie et il ne fallait pas brûler les étapes. Et puis tout ce jeu de l’approche et de la conquête était délicieux et il convenait de le faire durer. Pourtant, une fois seul sur le chemin qui le ramenait chez lui, il n’arrêtait pas de rêver au moment où il la prendrait enfin dans ses bras pour l’enlacer.

Aujourd’hui, il avait appris son nom : Daverdisse. Son prénom, Marie, il le connaissait déjà. Marie Daverdisse ! Il se répétait ces syllabes avec délectation et il lui semblait que plus il les prononçait, plus la jeune fille lui devenait proche et familière. C’était comme si en apprivoisant son nom, il devenait intime avec la personne elle-même.

Tout en marchant, il tentait de se remémorer l’histoire qu’elle venait de lui raconter, une histoire qui avait eu lieu il y a très longtemps, pendant la guerre de 14-18. Il ne savait pas très bien pourquoi elle lui avait parlé de cela, ni même comment elle avait eu connaissance de ces faits horribles. S’il avait bien compris, un officier allemand avait été tué par des résistants et en représailles les soldats avaient rassemblé toute la population du village sur la place de l’église. Ensuite, ils avaient tiré dix numéros au sort et avaient fait sortir des rangs ceux qui occupaient la place correspondant au numéro. Ils étaient donc dix, neuf hommes et une jeune fille, qu’on avait poussé sans ménagement vers le mur de l’église. Pour les hommes, ce fut vite réglé : il y eut quelques détonations et ce fut tout. Pour la fille, ce fut un peu plus long, mais quand elle ressortit de l’église, les vêtements déchirés, elle n’eut pas le temps de raconter ce qui lui était arrivé : une balle derrière la tête la fit taire à tout jamais.

Voilà l’histoire lugubre que Marie lui avait racontée, sans qu’il sache exactement pourquoi. Le lendemain, qui était un jeudi, elle ne vint pas s’asseoir comme d’habitude sur le petit banc, dans le parc communal. Le vendredi non plus, ni les jours qui suivirent. Redoutant un malheur, le pauvre amoureux se mit à sa recherche, mais il eut beau interroger les passants, personne ne semblait connaître son amie. Le village n’était pourtant pas si grand que cela ! Complètement désemparé, ne sachant où aller, il finit par se réfugier près de l’église. Assis, le dos appuyé contre le fameux mur où avaient été fusillés les habitants de 1914, il regardait distraitement les tombes qui s’alignaient devant lui. Soudain, mu par un pressentiment, il se leva d’un bond et se dirigea vers la tombe la plus proche. L’inscription gravée dans la pierre le laissa sans voix et le plongea dans une grande perplexité :

Marie Daverdisse

1898 -1914

Assassinée par l’occupant.

 

Littérature

01:51 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : littérature

30/06/2016

Pause estivale

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29/06/2016

Une chanson de Julos Beaucarne

A écouter et à méditer. Et se souvenir de cette parole de La Boétie : "Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux."

 

"Depuis qu’Lumumba fut tué
Pour avoir dit sa vérité
Depuis qu’Lahaut est là en haut
Parce qu’il avait parlé tout haut
Depuis qu’on étouffa une fille
Dans un avion pour pas qu’elle crie
Les loups ont des têtes de mouton
Derrière les roses y a des chardons
Celui qui se tient haut perché
Il a le droit d’vous supprimer
De beaux enfants sautent sur des mines
Mais on n’arrête pas la machine
D’autres sont drogués pour tuer
Et la cocaïne les défait
Nous vivons en pleine barbarie
Les soldats violent toujours les filles
Chez nous un jeune homme fut visé
Tiré comme lièvre en un pré
Pour le diamant Kisangani
A été totalement détruit
Y a des fabriques et des boutiques
De fusils à deux pas d’ici
La mort fait vivre nos ouvriers
L’emploi est sauf, on laisse couler
Des femmes sont tuées à chaque jour
Par jalousie par leurs amours
Y a des p’tites filles qui sont forcées
Et toute leur vie en est gâchée
Y en a d’autres à qui on enlève
Le clitoris, leur vie s’achève
A trois ans, on tourne la page
Leur vivance est déjà veuvage
Nous sommes six milliards tout en bas
Maraboutés au nom de quoi
Au nom du pèse, au nom du fisc
Et du sacro saint bénéfice
Mineurs et majeurs détournés
Par des bonimenteurs roués
Qui veulent que nous marchions au pas
Et dans les souliers de leur choix
C’est celui qui est tout en bas
Qui est bien plus fort qu’il ne croit
Si nous le voulons toi et moi
Le cauchemar s’arrêtera
6 milliards de p’tits regardants
Peuvent devenir acteurs puissants
6 milliards de gens conscients
Ensemble changent le cours du temps"

 


15:44 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

26/06/2016

Al Andalus

Il est là-bas des palais de rêves qu’ont construits des génies.

Dans la nuit andalouse, quand monte la lune dans le ciel noir,

Se découpent les créneaux d’une forteresse d’un autre temps.

Dans les jardins endormis, si tu prêtes l’oreille,

Tu entendras le murmure des fontaines

Et le doux chant de l’eau qui retombe en pluie dans les vasques bleues.

Murmure magique, douce mélodie

Dont les syllabes ressemblent aux paroles de celle que tu aimas.

Celle-là qui un soir s’en alla, magicienne du silence,

Au travers des arceaux arabes des palais andalous.

 

Reste la mémoire et les sanglots de la fontaine.

Mais parfois, quand la lune resplendit,

Il me semble voir une ombre qui se glisse, féminine et svelte,

Le long des murs de l’Alhambra.

 

Ce n’est sans doute qu’un rêve.

Pourtant, dans les jardins du Generalife, l’odeur entêtante des roses

Parle encore d’amour dans la chaleur enivrante de la nuit andalouse.

 

littérature

01:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

19/06/2016

Premier amour

Il l’attendait chaque jour à la sortie de son lycée. Il l’observait de loin, sans rien dire et surtout sans oser l’approcher. Lui, il était d’une autre école, de l’enseignement laïque et son père était socialiste.  Elle, cela se voyait, était d’un autre monde, plus beau, plus aisé, et chaque dimanche elle accompagnait ses parents à la grand-messe, cela il le savait. Deux mondes différents et entre eux un abîme qui interdisait toute tentative. Comment aurait-il seulement osé l’aborder ? Au fond de lui-même, pourtant, il savait que tout cela n’était que des prétextes qui lui permettaient de se complaire dans sa timidité. Eût-elle été du même niveau social que lui qu’il n’aurait pas fait un pas de plus. Mais comment aborder une jeune fille quand on a seize ans et qu’elle est belle comme l’amour ?

Alors il l’observait de loin. Une fois les cours terminés il plantait là tous ses copains et se ruait à travers les rues de la ville pour être là quand elle sortirait. Heureusement, dans ce lycée chic, on sortait dix minutes plus tard que dans les autres écoles, histoire sans doute de montrer une différence de classe. Le fait d’être élève dans cette institution prouvait qu’on n’était pas comme les autres. Elle, en tout cas, n’était pas comme les autres, ça c’était certain ! Fine, élancée, elle resplendissait dans son petit uniforme. Une jupe bleue avec de beaux plis et un chemisier blanc impeccable sur lequel on devinait de loin une chaîne en or avec un crucifix. Qu’est-ce qu’il aurait donné, lui le mécréant, pour être à la place de ce crucifix, bien positionné sur la poitrine de cette jeune fille. Parfois, chez lui, il imaginait non seulement qu’il lui parlait mais qu’il prenait dans sa main ce crucifix, pour lui prouver que tout agnostique qu'il fût, il n'en était pas moins disposé à faire un pas en direction des mystères qu’elle vénérait. Mais en fait de mystère, il songeait surtout à la chair blanche et tendre qui se trouvait sous le chemisier et qui s’élevait et s’abaissait à chaque respiration. A propos de respiration, quand de telles idées lui venaient en tête, il se retrouvait sans souffle, affolé et désemparé, ne sachant comment mettre un terme à ce trouble qui s’emparait de lui.

Il l’observait donc de loin, qui papotait avec ses copines, puis qui se dirigeait seule vers l’arrêt de l’autobus. Alors il se mettait à la suivre à une distance respectable, en ayant bien soin de  ne pas attirer son attention. De toute façon, même si elle s’était retournée (ce qu’elle n’avait jamais fait) elle n’aurait pas été étonnée de sa présence à lui (pour autant qu’elle le remarquât) puisqu’il prenait le même bus qu’elle. Elle le connaissait donc de vue et n’avait jamais manifesté la moindre inquiétude quand il passait devant elle, l’air indifférent,  pour aller s’appuyer au mur qui prolongeait l’abri de verre où elle se réfugiait, protégée du soleil comme de la pluie. C’était alors dix minutes de bonheur, dix minutes qui devenaient parfois quinze ou même vingt, quand la circulation du centre-ville retardait les transports en commun. Une nouvelle fois il l’observait à la dérobée. Assise sur un banc et plongée  dans un livre, elle ne remarquait pas à quel point il la dévorait des yeux. Ah, ces boucles de cheveux noirs qui descendaient en cascade jusqu’aux oreilles ! Comme il aurait voulu les écarter et de sa lèvre effleurer la peau du cou, qui devait être douce et blanche…

 

Mais l’autobus finissait toujours par arriver, rompant le charme. Elle fermait son livre et d’un pas souple et nerveux pénétrait dans l’énorme véhicule. Il la suivait en retrait, se mêlant à la foule des autres élèves parmi lesquels il se noyait afin de rester invisible. On longeait le parc, puis le grand fleuve. Enfin, on pénétrait dans les quartiers aisés, là où des villas s’alignaient entre des bosquets de bouleaux ou de noisetiers. Elle descendait, son livre à la main, toujours de la même démarche souple et gracieuse. Une dernière fois, il essayait de la suivre du regard, mais déjà le bus virait à angle droit et amorçait la descente qui le ramenait vers les bas-quartiers, là où étaient les usines et les fabriques et où s’alignaient des rangées de maisons identiques aux briques noircies par les fumées.

Un jour, oui, un jour, il descendrait au même arrêt qu’elle et il l’aborderait. Il lui expliquerait que s’il avait laissé le bus continuer sans lui, c’était pour avoir l’occasion de lui parler. Alors, étonnée, elle l’écouterait et pour la première fois remarquerait sa présence. Il parlerait de tout, de rien, et elle sourirait en l’observant à la dérobée. Quand ils seraient arrivés devant sa maison, il prendrait un air détaché pour dire qu’il continuait sa route, mais elle, dans un mouvement spontané, viendrait gentiment l’embrasser sur la joue avec dans le regard un feu qu’elle n’avait jamais eu Elle lui dirait « A demain » et avant que la grande porte cochère ne se referme derrière elle, il verrait une dernière fois ses prunelles brillantes. Ce serait le bonheur absolu et c’est en sifflotant qu’il s’acheminerait vers la vile basse, tout simplement heureux et laissant ses seize ans déborder de joie.

Oui, voilà ce qu’il ferait. Mais pas aujourd’hui. Non, aujourd’hui il était trop tôt encore pour entreprendre une telle démarche. Et puis il risquait de pleuvoir et les gros nuages noirs qui s’amoncelaient dans le ciel étaient d’un mauvais présage. Non, il faudrait choisir un jour de printemps, quand l’air doux et les premiers bourgeons mettaient tout le monde en joie. Non, aujourd’hui, il se contenterait de l’observer en train de papoter avec ses copines devant l’entrée du lycée.

Allons, la voilà qui dit au revoir et qui prend la direction de l’arrêt de bus. D’où il se trouve, il voit une grosse voiture qui avance à vive allure sur la chaussée. Il voit aussi la jeune fille qui s’apprête à traverser. Distraite, elle n’a rien vu ! Alors, comme malgré lui et par réflexe, il crie son prénom de toutes ses forces : « Isabelle ! » Et la voilà qui s’immobilise au milieu de la route et qui regarde dans sa direction, étonnée. « Isabelle ! » crie-t-il encore. Pendant une seconde leurs regards se croisent puis la voiture arrive dans un hurlement de freins et percute la jeune fille.

C’est fini.

Pendant des années il repensera à cet événement. S’il avait pu, comme les autres jours, se taire et garder le silence, peut-être vivrait-elle encore. La première fois qu’il avait osé l’apostropher avait aussi été la dernière. La vie est vraiment cruelle parfois. Depuis il reste seul, sans rêve et la conscience remplie de remords.

 

Littérature

00:05 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature

16/06/2016

Citation

"La poésie est un cadeau de la nature, une grâce, pas un travail. La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer. "

Henri Michaux

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05/06/2016

Sable

Le sable de la plage est comme une ardoise

Que la mer efface jour après jour

Et toujours les pas des amoureux disparaîtront

Dans les profondeurs océanes.

 

Quand il ne reste rien que quelques grains de sable

Que le vent emporte en tourbillons improbables

Comment croire encore que Roméo et Juliette ont pu se rencontrer

Et marcher ici même dans la brise marine ?

Comment imaginer qu’ils ont pu s‘aimer devant l’immensité du monde

Et se faire des promesses éternelles sous le vol blanc des grands oiseaux de mer ?

 

A l’horizon passe un bateau en partance vers un Orient lointain.

Bientôt il aura disparu et il ne restera de lui qu’un souvenir

Qui s’effacera petit à petit dans la mémoire des vieux marins.

 

Et voilà la marée qui monte encore une fois à l’assaut de la plage

Et efface pour la millième fois les traces de tes pas.

Seule demeure la profondeur océane et la brise marine qui emporte tout

Absolument tout

Même les grands oiseaux blancs de nos rêves.

 

Littérature

02:34 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

02/06/2016

"Meurtre en Ardenne" de Jacques Degeye aux Editions Eole

Autre rencontre lors du salon du livre de Vresse-sur-Semois, celle du souriant Jacques Degeye, historien de formation, et qui vient d’ailleurs de publier chez Chloé des Lys une étude sur la Russie de Poutine.

Mais c’est de son roman « Meurtre en Ardenne », dont je veux vous parler. Roman policier, évidemment, puisque le livre s’ouvre sur un décès suspect, qui se révélera vite être un empoisonnement. Il s’ensuit une enquête et après quelques rebondissements on trouve le coupable qui finit en prison. Dit comme cela, rien qui sorte de l’ordinaire. Sauf que l’auteur a ancré son intrigue dans un cercle familial où, on s’en rend compte petit à petit, les relations sont compliquées. Déjà, bien avant le meurtre, il y avait eu un suicide. Aucun rapport me direz-vous ? Si, justement, car l’homme qui s’est suicidé l’a fait par désespoir parce que sa femme Camille le trompait. Quant à la victime assassinée, elle mourra parce qu’elle trompait sa femme Julie avec sa belle-sœur… Camille. Deux sœurs donc dont l’une vole le mari de l’autre à son insu. Car il y a beaucoup de non-dit dans ce roman. Il y a ceux qui ignorent tout comme Julie (et qui à ce titre devient victime du destin qui la frappe au moment où elle s’y attend le moins) et ceux qui agissent dans l’ombre comme Camille.

On remarquera que le thème de la dualité est omniprésent dans ce roman. Julien, la personne assassinée (donc le mari de Julie ou l’amant de Camille, comme vous voulez) est d’abord un fonctionnaire, mais il est aussi un écrivain. Sa femme ne connaît finalement que le fonctionnaire (rassurant dans sa routine quotidienne, mais offrant une vie un peu ennuyeuse tout de même, ce qui l’oblige elle à se réfugier dans son travail d’infirmière), tandis que sa soeur Camille, qui est traductrice, ne verra en Julien que l’écrivain, avec qui elle a plein d’affinités intellectuelles. Autres dualités : chaque couple a deux enfants, nous sommes en présence d’un double triangle amoureux et nous assistons à une rivalité entre deux soeurs. Et en plus il y a  deux décès, un meurtre et un suicide. L’auteur s’interroge sur la différence que la société fait entre les deux : alors que le meurtrier est puni, personne ne se pose la question de savoir pourquoi le mari de Camille s’est suicidé. Or c’est par désespoir, parce que sa femme le trompait. Indirectement, elle est donc la cause de sa mort, comme elle est la cause de la mort de son amant Julien (tué à cause de son adultère). Du simple roman policier, nous avons donc glissé vers des questions quasi existentielles aux nœuds cornéliens  autrement plus passionnantes.  

On notera aussi chez les protagonistes le désir de s’échapper de la vie quotidienne à tout prix. Julien en écrivant des romans le soir après son travail de fonctionnaire, sa femme en se noyant dans son travail d’infirmière qui lui donne l’impression d’être utile, Camille en collectionnant les amants. A côté de tout cela il y a la jeune génération, qui observe tout cela et parmi laquelle l’assassin pourrait bien se cacher.

Jacques Degeye nous a donné là un roman au style sobre et agréable, qui se lit avec plaisir.

 

Littérature

00:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

30/05/2016

"Le miroir d'une vie" de Nadège Piéron

Dans ces salons ou ces bourses aux livres, on parle et c’est assurément ce qui les rend intéressants. Il faut dire que les rencontres avec le public se transforment le plus souvent en rencontres entre auteurs et c’est très bien aussi.

Ce jour-là, j’avais été intrigué par ma voisine. Très jeune, assise dans un fauteuil roulant, elle arborait pourtant un grand sourire. Ou trouvait-elle la force de ne pas en vouloir à la vie, qui manifestement ne l’avait pas gâtée ? On a parlé un peu, pas beaucoup, quelques banalités, finalement. Mais elle écrivait, ce qui m’intéresse toujours au plus haut point, et j’ai tout de suite pressenti qu’elle devait puiser là une force certaine. Les gens heureux n’ont pas d’histoire et aux racines de l’écriture on trouve souvent une faille, une déchirure ou un drame. Dans son cas, il ne fallait pas aller chercher bien loin. Pourtant, je ne savais encore rien.

Revenu chez moi, j’ai lu son livre de poèmes. Le premier texte m’a semblé un peu naïf.

Mon cœur souffre quand tu es loin de moi

Mon cœur sourit quand je suis dans tes bras 

Bon, soit. Mais à la deuxième page, le sujet devenait plus interpellant : « Pourquoi moi ? Pourquoi pas elle ? » Elle, la sœur jumelle qui ne souffrait pas d’un handicap. Question existentielle s’il en est. Oui, pourquoi ? Pourquoi la vie s’acharne-t-elle sur certains et pas sur d’autres ? Pourquoi est-elle si injuste ? Il n’y a pas de réponse, on peut juste poser la question pour montrer qu’on est conscient de cette injustice. L’écriture, c’est cela aussi : dire.

Le livre, du coup, commençait à prendre un certain poids et à devenir beaucoup plus profond.

Ensuite venaient des poèmes d’amour, dans lesquels on sentait que la jeune femme avait trouvé l’âme sœur, le compagnon idéal. Un sourire aux lèvres, le lecteur que j’étais était content pour elle. Enfin, la vie s’était montrée tendre et généreuse à son égard. L’injustice était en grande partie réparée et voilà sans doute ce qui expliquait le sourire qu’arborait la poétesse.

Vient ensuite un poème intitulé « Aurore » qui s’adresse à l’enfant désiré, à la fille que la jeune femme voudrait avoir. C’est beau et émouvant de s’adresser ainsi à un enfant qui n’est pas encore né. Sur un plan littéraire, c’est très réussi. On sent le rêve qui s’exprime par les mots :

J’ai tellement peur

De ne pas voir naître ce bonheur.

Pour moi,

Tu es déjà là.

Mais le bonheur est court et soudain le rêve se brise. L’homme qui partageait la vie de l’auteure a disparu. Le futur père, l’amoureux, l’amant merveilleux, s’en est allé rejoindre les étoiles, sans doute frappé par la maladie.

Et là on arrête sa lecture. On se dit que ce n’est pas possible, autant de malheur. On a peut-être mal compris. Mais quand on revient aux poèmes, la vérité est bien là :

Je suis envahie par le désespoir

Je ne sais plus y croire

Viennent ensuite des poèmes remplis de tristesse, de solitude et de manque, très beaux, très émouvants.

Quand on referme le livre, on n’est plus le même. C’est un petit livre, certes, mais qui reflète toute une existence. Le titre, « Le miroir d’une vie », auquel on n’avait tout d’abord pas prêté attention prend subitement tout son sens.

Et on se souvient une nouvelle fois du sourire de la jeune femme, à la bourse aux livres, et on se demande plus que jamais où elle trouve cette énergie vitale. En elle-même, manifestement, et dans les mots qu’elle écrit et qui relèvent d’une démarche cathartique. Quand je disais que ceux qui écrivent le font par nécessité…

 

Littérature

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28/05/2016

"Le Puma" de Joël Remy

Rencontre intéressante, l’autre jour, au salon du livre de Vresse-sur-Semois, avec Joël Remy, qui m’avait gracieusement offert le livre qu’il venait présenter. Je viens d’en terminer la lecture et je dois dire que je me suis laissé emporter par ce récit qui se situe en Bolivie et au Pérou et dont le réalisme-magique n’est pas sans rappeler celui de Garcia Marquez.

Le thème du livre est celui d’une quête. Quête réelle, puisque la femme du héros, Bernard Desille, a mystérieusement disparu et que celui-ci part à sa recherche jusqu’à l’autre bout du monde, mais quête existentielle aussi puisque ce voyage est avant tout initiatique. En effet, confronté à une autre civilisation où le mystère et le chamanisme ont toujours droit de cité, notre personnage va peu à peu accepter cette autre manière de concevoir l’univers. Il va donc progressivement abandonner son point de vue d’Occidental cartésien pour adopter celui des Incas ou des Indiens de l’Amazone. Sa quête est aussi un voyage au bout de lui-même, car dans cette aventure aux mille rebondissements il va se transformer. Lui qui au début paniquait à la vue du moindre serpent devra faire preuve d’un courage de plus en plus grand, découvrant en lui des qualités dont il ne soupçonnait pas l’existence.

Ce livre peut se lire à plusieurs niveaux. Il y a indéniablement un aspect politique, avec l’armée qui est sur le point de prendre le pouvoir afin d‘établir une dictature et qui n’hésite pas à massacrer les faibles, les indiens en premier. Il y a de la poésie aussi et le lecteur se laisse emporter dans des paysages superbes, sur les routes des Andes ou au cœur des marécages amazoniens. Il y a surtout des relations humaines de qualité, que le héros tisse avec divers personnages qui deviennent des amis intimes et qui l’aident d’une manière exemplaire dans sa recherche. On appréciera les rapports authentiques tissés avec les paysans péruviens, qui n’hésitent pas à ouvrir leur maison à leurs hôtes de passage. Ce roman peut-être lu aussi comme un roman policier car c’est à une véritable enquête que Bernard Desille se livre. Il y a des gens qui le surveillent et le prennent en photo, il y a des enlèvements, du chantage, du cynisme. Mais cet ouvrage est d’abord un roman d’initiation. Le héros traverse des rivières pour accéder à un autre monde. Sans vêtements et nu, couvert d’argile comme les Indiens, il devient différent et renaît à une autre vie, une vie centrée sur l’essentiel, à savoir l’amour qu’il éprouve pour sa compagne.

Mais il y a surtout ce côté magique, qui oblige le lecteur à remettre en question son point de vue occidental sur le monde. Et c’est là qu’intervient le Puma, cet animal mythique qui donne son titre au livre. C’est le Puma qui donnera à Bernard la force de combattre ses ennemis et qui le guidera sur le chemin qui devrait l’amener vers sa femme. Celle-ci, avant de disparaître mystérieusement, lui a d’ailleurs laissé quelques signes qu’il tentera d’interpréter pour la localiser. Quant au Puma, purement imaginaire au départ, il suffit de croire en lui pour qu’il apparaisse réellement, guide éternel sorti tout droit de la mythologie indienne. On n’est pas loin du fantastique dans la dernière partie du livre, mais c’est très beau, très prenant, un peu comme un conte merveilleux.

Je ne vous dirai pas ici si le héros retrouvera ou non sa femme, vous laissant le soin de le découvrir en lisant cet ouvrage, qui vaut franchement le détour.

Notons que l‘auteur, jeune retraité, était instituteur et directeur de plusieurs écoles dans notre belle province du Luxembourg. Il a été aussi bénévole dans une association humanitaire ce qui l’a mené à visiter la Bolivie, où il a puisé son inspiration pour le présent livre.

 

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24/05/2016

"Sables" de Laurent Dumortier

Dès la première phrase qui est une sorte d’exergue, le ton est donné : « Chaque grain du sablier qui s’écoule est un morceau de vie qui tombe, une chute dans le néant du passé. Le futur est là, sous nos yeux, mais il est irrémédiablement condamné… »

On l’aura compris, les textes que l’on va lire ne brilleront pas par leur optimisme. L’auteur nous dit que la vie (notre vie) nous file irrémédiablement entre les doigts. A peine vécu, le moment présent est déjà du passé et ne nous appartient plus. Quant au futur, inutile de se réjouir, il sera bientôt, lui aussi, du passé. La vie (notre vie) nous apparaît donc comme illusoire. Privés de futur, nous ne sommes déjà plus que du passé avant même d’avoir été. 

J’adore ce genre d’approche, qui fait réfléchir tout en nous donnant une gifle pour nous réveiller. Car la littérature, cela me semble aller de soi, n’est pas là pour nous raconter des histoires (dans les deux sens du terme) mais pour nous amener à la conscience. On peut dire que Laurent Dumortier y arrive pleinement car on ne sort pas tout à fait indemne de ses textes.

Ceux-ci sont courts, très courts même, et l’auteur s’en explique au début de son petit recueil. Il ne veut pas, ici, s’embarrasser de la psychologie de ses personnages (sans quoi il aurait écrit un roman) mais nous présenter « un instantané, une photographie d’un événement ». Dès lors, le genre littéraire adopté doit correspondre à ce qu’il veut exprimer. Ses récits voulant aller à l’essentiel, une ou deux pages suffisent amplement pour nous montrer que la mort n’est jamais loin et qu’elle nous guette au tournant.

Le thème du sable (celui du sablier, qui symbolise le temps qui fuit) est le leitmotiv qui traverse toutes ces petites nouvelles, aussi sombres que percutantes. Sable du désert, rose des sables un peu magique, sable avec lequel on fabrique le verre, sables mouvants dans lesquels on s’enfonce désespérément sans espoir d’en ressortir, sable qui envahit l’espace et qui risque de nous étouffer, sable des plaines de jeux où les enfants disparaissent… Tous ces sables sont inquiétants et nous rappellent que notre vie actuelle, que l’on croit bien stable, peut  très vite basculer dans l’horreur.

Car certaines des nouvelles de ce recueil sont à la limite du fantastique, ce qui leur donne un petit côté original que personnellement j’ai adoré. Bon, je ne vais pas ici vous donner trop de détails, mais retenez que ce côté fantastique sert surtout à nous montrer que notre vie confortable peut basculer à tout moment. Comme je le disais au début : nous n’avons pas de futur, le temps de nous apercevoir que nous sommes éphémères et déjà nous avons passé.

L’illustration de couverture (merci à France Delhaye !) est en elle-même un résumé du livre, puisqu’elle nous montre un squelette dont les os sont déjà partiellement éparpillés sur un lit de sable. Beau raccourci pour dire que chaque grain de sable qui s’écoule du sablier nous rapproche de l’instant fatal. « Vulnerant omnes, ultima necat » (Toutes blessent, la dernière tue), disaient les anciens Romains en parlant des heures. Voilà une formule que Laurent Dumortier aurait pu faire sienne, assurément.

Bonne lecture, ne traînez plus pour vous procurer ce livre, car le temps presse, je vous assure !  

 

Littérature

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19/05/2016

"Nuageux à couvert" de Marcelle Dumont, aux Editions Chloé des Lys

Nuageux à couvert de Marcelle Dumont

Joli recueil de nouvelles que nous offre là Marcelle Dumont. C’est le premier livre que je lis d’elle mais je n’ai vraiment pas été déçu (pour ceux et celles qui n’auraient pas compris,  cette tournure est une litote pour dire que j’ai adoré).

Souvent les lecteurs sont un peu réticents à lire des nouvelles. Ils ont tort, car chaque texte pris isolément est souvent très fort. Sans doute préfèrent-ils les textes plus longs, qui leur permettent de rester avec les mêmes personnages pendant 250 pages. Sur ce point-là, évidemment, on ne peut que leur donner raison et j’avoue que moi-même j’étais tellement pris dans les différentes histoires racontées ici que j’aurais voulu qu’elles se poursuivent. Loin d’être là un défaut, c’est plutôt la preuve d’une grande qualité littéraire.

Ceci dit, à y bien réfléchir, les textes de Marcelle ne sont pas des nouvelles au sens strict. En effet, une nouvelle est généralement courte et sa fin doit être surprenante. Ici, certains textes sont tout de même assez longs et la situation qu’ils décrivent se poursuit jusqu’au bout. Plutôt qu’une fin étonnante, on a plutôt une fin inéluctable, qu’on sentait venir, mais qui du coup plonge le lecteur dans une réflexion existentielle. En effet, les histoires racontées, qui tournent pourtant autour de l’amour et du désir, finissent quasi toutes de manière dramatique. Non pas qu’il y ait des crimes (à vrai dire, il y en a un, mais chut, je ne veux rien révéler) mais plutôt une sorte de destin auquel les personnages n’échappent pas. Pourtant, on n’est pas ici dans la tragédie grecque, avec des dieux qui se jouent des hommes et de leur « ubris », de leur orgueil. Non, on a plutôt des personnages qui recherchent l’amour à tout prix, pour différentes raisons, et qui du coup se retrouvent dans une relation de couple peu satisfaisante. Quelque part, ils sont donc responsables de la situation dans laquelle ils se sont mis. Pourtant, Marcelle Dumont ne les condamne pas. On dirait plutôt qu’elle voudrait les voir réagir, prendre enfin leur vie en main  et retrouver leur liberté. Mais les pauvres n’y arrivent pas, car les hommes (ou plutôt les femmes, car ce sont surtout elles les héroïnes) sont faibles.

Différents cas de couples mal assortis sont envisagés (ce qui donne au recueil une unité certaine et il suffit de suivre ce fil rouge pour passer d’un texte à l’autre). Il y a la petite bourgeoise hautaine, fière de sa beauté, dont la mère repousse tous les prétendants car ils ne sont jamais assez bien pour elle et qui finira vielle fille. Il y a celle qui veut fuir sa mère à tout prix et qui pour cela épouse le premier venu. Il y a celle qui rêve de voit enfin mourir ce mari mal aimé qui végète maintenant dans un lit, quasi inconscient. Il y a la petite employée qui passe son temps de midi avec un collègue bien sympathique, mais qui se rend compte un jour qu’elle est sur une pente dangereuse. Il y a les amoureux de la Grande Guerre, qui ne peuvent que s’écrire des lettres de plus en plus tendres. Pourtant le beau Poilu restera dans sa tranchée et en reviendra pas. Il y a deux marchands de glace italiens qui se battent pour les beaux yeux d’une demoiselle un peu provocante. Il y a celle qui a épousé un artiste un peu fou, avec qui la vie est tout simplement impossible, mais qu’elle aime et qu’elle aimera toujours, même quand le couple se sera défait. Il y a  Christine, qui sombre peu à peu dans la folie (un cas d’Alzheimer ?) au décès de son mari. Ce texte est beau et poignant, car la décrépitude de l’héroïne est décrite par petites touches, ce qui prouve que Marcelle Dumont sait raconter une histoire. Tout est vu en fait par les yeux naïfs et incrédules de Christine, qui ne comprend plus rien au monde qui l’entoure et qui perd peu à peu la mémoire. Il y a enfin la petite tenancière d’une pompe à essence qui finit par prendre un amant pour échapper à sa vie morne.

Dans tous les cas, donc, les femmes de ces histoires avaient misé sur l’amour et elles se retrouvent malheureuses et prises au piège. Marcelle Dumont semble donc vouloir nous donner une leçon de lucidité. Ne rêvez pas, ne comptez pas sur les autres et encore moins sur le prince charmant. Trouvez plutôt assez de force en vous pour vous assumer.

Le style est très classique, très beau et se lit sans difficulté aucune. Les mots et les phrases coulent comme une rivière et le lecteur se laisse emporter par ce flot continu. C’est vraiment là un beau recueil.

 

Littérature

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17/05/2016

Edmée de Xhavée, "Villa Philadephie", Editions Chloé des Lys

Je l’avais commandé.

Il m’est parvenu, je l’ai lu, il m’a plu.

Lui, c’est le dernier livre d’Edmée De Xhavée, « Villa Philadelphie ». Il s’agit d’un récit où tout se dédouble, mais où le semblable est finalement différent. C’est l’histoire de deux sœurs qui se marient et à qui leurs parents ont acheté deux maisons jumelles, afin que même adultes elles ne soient pas séparées. Le jardin et la véranda sont même communs, ce qui facilite les échanges. Dans ce jardin, se dresse une nymphe de pierre toute moussue, statue unique qui symbolise le destin de la femme (amour et désir). Et en effet, chacune des sœurs, sortant de l’adolescence, va devoir choisir son destin de femme. Le lecteur va vite se rendre compte que leurs chemins vont être très différents. Le désir des leurs parents de les réunir sous un même toit est donc une illusion. Ce sont eux qui se sont imaginé qu’elles étaient semblables, mais il n’en était rien. Rosalie est énergique, pleine de vie et a épousé un homme qui l’adore. Eveline est plus effacée, plus terne, et on la remarque moins. Il faut dire que depuis sa petite enfance, elle est dominée par son aînée car celle-ci a besoin d’attirer l’attention sur elle. Aimée, la mère, rentrera dans son jeu sans même le remarquer et complimentera toujours son aînée au détriment de la cadette. Rien d’étonnant que celle-ci devienne plus effacée et épouse un homme sans relief qui ne se marie que par convention et non par amour.

La dualité, cependant, continue en apparence. Mariages, fausses couches, premières naissances, les deux sœurs semblent connaître la même vie. Sauf que la première resplendit et que l’autre est terne, sauf que l’une est aimée et que l’autre n’est même pas désirée. Et c’est là que tout bascule. Se rendant compte de l’échec de son mariage, Eveline cherchera en elle-même le sens de son existence. Elle puisera sa force dans son amour de mère et dans sa richesse intérieure. Du coup, petit à petit elle va se transformer jusqu’à finir par rayonner. Les étranges broderies qu’elle réalisait adolescente, ternes d’un côté et exubérantes de couleurs de l’autre (toujours ce thème de la dualité, donc) préfiguraient déjà cette évolution.

Mais tandis qu’Eveline tire son bonheur d’elle-même, sa sœur Rosalie continue à avoir besoin du regard des autres (celui de son mari, mais surtout celui de sa mère) pour exister. Elle brille, certes, mais à travers leurs yeux.

La vie avance et Edmée De Xhavée fait défiler les années devant nos yeux. Le roman commence en 1920 et se termine au début des années soixante.  Par petites touches, l’auteur nous fait découvrir la vie aisée de la bourgeoisie de Verviers, enrichie par le commerce de la laine, puis c’est la guerre, qui emportera le mari de Rosalie, et enfin le lent déclin de la cité lainière. Derrière le destin des héros, on peut donc lire en filigrane celui de toute une région.

L’écart entre les deux sœurs s’est maintenant creusé à un point tel qu’elles sont devenues bien différentes. Alors qu’Eveline a toujours son mari, son fils Paul et une fille qui est née sur le tard, Roseline est veuve et vit seule avec son grand fils, qui tout doucement regarde ailleurs. N’ayant plus personne pour l’admirer et la mettre sans cesse en valeur (Aimée, la mère, vient de décéder) elle sombre tout doucement dans une sorte de folie, accusant même sa sœur cadette des pires crimes. Vieillissante, l’image que son miroir lui renvoie est désormais celle d’une femme décrépite et laide (toujours ce thème du double, où le même est finalement différent de ce que l’on croyait).

 Les enfants se marient et quittent la maison. Eveline se rend compte qu’elle ne peut plus rester là, entre sa sœur en pleine décrépitude et qui ne lui adresse même plus la parole et son mari plus que terne et qui ne s’intéresse qu’à sa collection de papillons. Elle décide donc de prendre définitivement sa vie en main et de partir. La villa sera vendue et détruite. Seule subsistera la nymphe dans le jardin. Faite en pierre, elle était finalement la seule à devoir être immuable et éternelle.

C’est donc un beau roman qu’Edmée De Xhavée nous offre là. Comme d’autres l’ont déjà écrit ailleurs, on sent en elle une grande aisance à analyser l’âme féminine et le moindre regard ou la moindre parole de ses héroïnes est toujours finement décortiqué. Le lecteur découvre ainsi, par petites touches, leurs aspirations et leurs déceptions, leurs désirs et leurs regrets. J’ai particulièrement apprécié le lent continuum qui nous montre le cheminement de chacune des deux sœurs et qui fait que finalement la situation s’inverse. C’est Eveline la timide et l’effacée qui finira par rayonner et par prendre sa vie en main tandis que celle que l’on croyait  brillante et qui n’était finalement que superficielle, sombrera perdue dans sa propre médiocrité.

Derrière tout cela, il y a l’amour. Certes Rosalie était aimée de son mari comme de sa mère (tandis qu’Eveline l’était beaucoup moins), mais en femme égoïste elle s’est nourrie de cet amour et n’a rien donné en retour. Une fois les êtres qui l’admiraient disparus, elle s’est retrouvée pour la première fois face à elle-même et ne l’a pas supporté. Eveline au contraire avait de l’amour en elle et même si elle en  a moins reçu, elle a su se construire à partir de ses rêves et de ses aspirations. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’à la fin du roman elle quitte la villa Philadephie pour commencer une nouvelle vie pleine d’espoir à l’étranger.

En conclusion, je recommande vivement ce livre bien écrit, au style agréable, à tous ceux qui aiment l’analyse de l’âme humaine. J’ai pris un réel plaisir à le lire.

 

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13/05/2016

Manque de temps

J'ai peu de temps, ces jours-ci et je suis occupé de tous côtés : le boulot, le potager et des salons du livre.

Lors de ces derniers, on croise peu le public mais on fait des rencontres étonnantes avec d'autres auteurs. J'ai donc lu leurs livres et en ai fait un petit commentaire sur ma page Facebook. Ben oui, je n'aime pas Facebook, qui contient tout et n'importe quoi (et où il y a rarement de grands articles de fond comme on en trouve sur les blogs) mais je m'y suis mis pour être visible comme auteur débutant car il paraît que c'est là que tout se passe. Bon, ne soyons pas naïfs non plus et comme disait je ne sais plus qui, "Avoir beaucoup d'amis sur Facebook, c'est un peu comme être riche au Monopoly".

Bref, tout ça pour dire que je me suis amusé ces derniers jours à rédiger quelques critiques de livres, ceux des auteurs rencontrés ou ceux qui sont édités comme moi chez Chloé des Lys (articles publiés dans ce cas sur le blog de l'éditeur). A chaque fois, je dois dire que j'ai été agréablement surpris par la qualité des recueils. Comme quoi, on peut découvrir quelques perles chez les petits éditeurs et il n'est pas mauvais de sortir des sentiers battus. 

Bref, ayant peu de temps à consacrer à Marche romane, je vais publier ici dans les jours qui viennent les quelques critiques dont je viens de parler. 

 

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06/05/2016

Chaperon rouge sang

Au coin d’un bois j’ai rencontré le petit Chaperon rouge qui pleurait. Assise sur une souche, la pauvrette semblait désespérée.

– Qu’y a-t-il, petite, qui te bouleverse à ce point ?

– Un chasseur a tué le loup, le grand loup gris qui hantait ces parages.

– C’est peut-être une bonne chose, non ? Un loup, c’est méchant…

– Non, celui-là je le connaissais. On parlait souvent ensemble et je lui offrais des galettes de mon panier, celles que ma mère cuisait pour ma mère-grand.

– je vois, ce loup était ton ami. Peut-être au fond de toi l’aimais-tu ? Tu n’aurais pas été un peu amoureuse ?

– Non, mais je l’aimais bien. Parfois on se roulait sur l’herbe et j’aimais sentir ses poils contre la peau de mon visage.

– C’est ce que disais, tu étais un peu amoureuse.

– Mais non. Pourtant j’adorais quand il me léchait la figure et qu’il descendait dans le cou. J’avais des frissons partout.

– Bon, je ne vais pas insister, mais…

– J’aimais aussi quand il soulevait ma jupe et qu’il mettait sa tête sur mes cuisses nues.

– Tu vois ? Tu l’aimais, c’est tout.

– Mais non, je te dis. L’amour c’est autre chose. L’amour c’est un chevalier qui arrive sur son cheval blanc et qui t’emporte au paradis.  Lui, c’était un loup. Mais quand il avait mangé deux ou trois galettes et qu’il m’embrassait, j’adorais.

– Parce qu’en plus il t’embrassait ?

– Bien sûr, qu’est-ce que tu crois ? Je suis une grande fille, déjà. Et bientôt je serai une femme.

– Certes. Mais quand même, un loup… Qu’aurait dit ta mère si elle avait su cela ?

– Elle m’aurait dit de prendre un autre chemin, celui des aiguilles, par exemple. Et d’éviter le loup

– Et toi, qu’aurais-tu fait ?

– Je ne l’aurais pas écoutée, bien sûr ! J’aurais pris l’autre chemin et j’aurais offert toutes les galettes à mon ami le loup.

– Je vois. Et que vas-tu faire, maintenant que le grand loup gris, ton  ami, est mort ?

– Je ne sais pas. Je ne vois plus trop l’intérêt d’aller chez ma mère-grand. Elle est vieille et n’entend presque plus rien.  Mon ami le loup, lui, avait de grandes oreilles et je pouvais lui confier tous mes chagrins.

– Tu as des chagrins à ton âge ? Quel genre de chagrins ?

– Bien sûr !   Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’avoir des chagrins ?

– Je ne sais pas.  Je croyais que c’était réservé aux grandes personnes.

– Bien sûr que non !

– Et quel genre de chagrin avais-tu ?

– J’aurais voulu passer toutes mes journées et toutes mes nuits avec mon ami le loup. J’aurais tellement aimé sa chaleur quand il se serait blotti contre moi.

– Oui, je comprends. Tu dois terriblement en vouloir à ce chasseur…

– Si je le croise, je le tue.

– Et comment t’y prendras –tu ?

– Je ne sais pas. Encore que… Tu sais, je suis une femme ou c’est tout comme. Il suffit de faire un peu de charme et il va déposer son fusil pour m’embrasser. A ce moment-là, je n’ai plus qu’à prendre le fusil.

– Diable ! Tu ferais cela ?

– Et pourquoi pas ?  Il a bien tué mon ami le loup !

– Oui, c’est ce que je disais. Tu devais être amoureuse.

 

Littérature

01:25 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : littérature

01/05/2016

Contestation

Il y aura toujours quelque part un homme debout

Un homme qui dira non et qui fera trembler tous les gouvernements

Il y aura toujours quelque part des peuples qui se révolteront

Des peuples qui refuseront de se soumettre

Il y aura toujours certes des prisons pour enfermer les contestataires

Des prisons pour tenter de les faire taire

Mais il y aura toujours aussi des livres et des écrits pour dénoncer et pousser à la révolte

Des livres et des écrits pour faire réfléchir et pour dire non

 

Tant qu’il y aura de tels livres, tout espoir restera permis

 

Littérature

02:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

20/04/2016

Aube

Il était là, le vivace et le bel aujourd’hui du poète.

Il était là dans cette frondaison  émergeant de la brume matinale de mes rêves.

O toi, l’arbre, qui portait  tous les printemps du monde,

Je te salue.

J’ai quitté le chemin, je me suis approché et j’ai caressé ton écorce,

Cette peau rugueuse avec laquelle tu avais franchi tant de siècles.

C’est à ce moment, quand le brouillard s’est levé,

Que j’ai su que nous nous comprenions,

Comme deux êtres frères issus de la grande création.

Car un arbre n’est-il pas vivant lui aussi,

Au même titre que moi ?

Ne vit-il pas lui aussi au rythme des saisons

Et ne finit-il pas par mourir quand sa tâche est accomplie,

Après avoir proclamé toute la beauté du monde ?

Merci à toi, mon frère, d’avoir égaillé ma journée.

Merci d’avoir été là, sur mon chemin,

Pour me faire comprendre que le printemps était de retour dans ma vie.

 

littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

18/04/2016

Au-dessous du volcan



 D'après BMFTV

 

Ce volcan me fascine parce qu’il renvoie à ma lecture d’Au-dessous du volcan de l’écrivain Malcolm Lowry. On y retrouve, derrière une histoire d’amour impossible, un consul britannique perdu au cœur du Mexique et qui sombre dans l’alcool. Cependant cet alcoolisme, on l’aura compris, n’est pas d’ordre médical, mais existentiel. C’est à cause de son impossibilité à vivre que le consul se réfugie dans l’alcool, dans une sorte d’autodestruction qui va le conduire à sa perte après s’être confronté à tous ses démons intérieurs.  Sa femme aura beau venir le chercher, il préférera rester dans son enfer, tout cela sous le somptueux volcan Popocatepetl, lequel vient donc d’entrer en éruption aujourd’hui…

litterature

 

 

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13/04/2016

Avec le temps.

 

Avec le temps va tout s'en va
L'autre qu'on adorait qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots entre les lign's et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va fair' sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit


00:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : leo ferré

09/04/2016

Départs

Il était né au milieu de la mer

Sur une île de granite rose recouverte de genêts jaunes.

Parfois il prenait un bateau ivre pour partir au bout de ses rêves

Et affronter sa peur et tous ses démons intérieurs.

Il partait sous un ciel bleu quand le vent était fort

Et naviguait des jours durant

Se laissant bercer par l’océan, ses vagues et son chant.

Quand il avait dépassé tous les horizons

Et que ses voiles s’étaient perdues dans la nuit du temps

Il mettait le cap sur son île.

Dans les petits matins blafards celle-ci surgissait soudain de la brume,

Masse de granite rose surmontée de genêts jaunes.

Alors il accostait lentement et laissait sur le sable humide

Son bateau échoué, ses rêves et tous ses espoirs.

 

Littérature

00:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

06/04/2016

Les saisons

Donnez-moi toutes les saveurs du printemps,

Donnez-moi les giboulées de mars et ses bises glaciales,

Donnez-moi les tendres fleurs et les vertes prairies,

Donnez-moi le premier vent du Sud et son souffle amical,

Donnez-moi des rivières gonflées par toutes les pluies d’avril.

 

Donnez-moi l’été et les moissons de juillet,

Donnez-moi les orages et leurs cieux déchirés,

Donnez-moi la chaleur étouffante des plaines du Languedoc,

Donnez-moi la Provence et toutes ses cigales,

Donnez-moi les récoltes généreuses du mois d’août finissant.

 

Donnez-moi l’automne  et l’ivresse des vendanges,

Donnez-moi la Normandie et ses vergers croulant de fruits,

Donnez-moi les équinoxes de septembre,

Donnez-moi les tempêtes à la pointe de Bretagne,

Donnez-moi les premières gelées et les brouillards de novembre.   

 

Donnez-moi janvier perdu dans sa longue nuit,

Donnez-moi le silence des paysages tout blancs,

Donnez-moi la pluie, donnez-moi le vent,

Donnez-moi mille soirées pour lire au coin du feu,

Donnez-moi l’hiver, quand tout espoir s’est retiré.

 

Littérature

 

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04/04/2016

Printemps

Aujourd’hui, j’ai marché au milieu du printemps.

Les hauts fûts noirs forestiers étaient encore perdus dans l’hiver, mais à leurs pieds les jeunes arbres rivalisaient de feuilles et de bourgeons. La jeunesse insouciante dit toujours la vie mieux que personne…

Il faisait chaud, incroyablement chaud, pour la première fois depuis les équinoxes de septembre.

Dans une prairie, un cheval fou s’est roulé dans l’herbe et la poussière, ivre de bonheur. Il savait, le bougre, que l’avenir lui appartenait puisque la grande nuit reculait pas à pas, la grande nuit du froid et de la mort.

Point d’oiseaux encore pour s’étonner de la nouvelle douceur, mais quelques insectes furtifs et tenaces qui déjà cherchaient l’emplacement d’un nid éventuel. Ainsi va la nature, inépuisable et optimiste, toujours à recréer la vie, la vie changeante et mouvante en éternel recommencement.

Aujourd’hui, j’ai marché dans tous les printemps et j’en ai presque oublié les souvenirs anciens de mes amours perdues.

Sans doute toi aussi marches-tu quelque part, remplie de bonheur et oublieuse des vieux hivers. Sans doute toi aussi as-tu compris que la vie  est changeante et mouvante et que les lendemains seront forcément différents.

Seuls les hauts fûts noirs sont restés dans l’hiver et ne sont pas près d’en sortir.

 

Photo personnelle 03.04.16

littérature

00:09 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

31/03/2016

De la disparition de la ruralité

Une interview de Pierre Bergounioux :

 


29/03/2016

Attentats. Aucune réaction du monde musulman ?

Très intéressant article où l'auteur (un citoyen belge qui travaille à Bruxelles et vit sous la menace permanente de nouveaux attentats), se pose la même question que moi : pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas en masse dans la rue, dans une sorte de grande marche blanche, pour dénoncer les actions néfastes que certains d'entre eux commettent au nom de leur religion? Pourquoi ne disent-ils pas clairement qu'ils n'approuvent pas ?

Personnellement, je ne me gêne pas pour critiquer mon clan quand je ne suis pas d'accord avec certaines de ses actions. Je l'ai encore fait dans l'article précédent en dénonçant l'attitude ambiguë de l'Occident qui dans un premier temps a soutenu d'une manière ou d'une autre le djihadisme dans l'espoir de renverser le régime syrien. Je suis le premier à dire que c'était une attitude scandaleuse dont nous payons aujourd'hui les pots cassés.

Alors ce ne serait pas mal, en effet, si les musulmans qui vivent parmi nous s'insurgeaient un peu plus ouvertement contre les derniers attentats qui viennent d'avoir lieu.

Bon, vous me direz que je ne suis pas non plus descendu dans la rue pour critiquer la politique internationale de nos dirigeants. C'est vrai. Sauf que là je risquais de me retrouver quasi tout seul.  

 

Lire l'article ici.

27/03/2016

Attentats

Sur la cause profonde des attentats...

Enfin quelqu'un qui se souvient qu'il n'y a pas si longtemps, le ministre belge Didier Reynders se félicitait de voir des jeunes partir combattre en Syrie. Il espérait simplement (j''ai entendu qu'il le disait lors d'une interview à la radio) qu'ils étaient du "bon côté", autrement dit avec les djihadistes contre Bachar el Assad. L'Occident a donc bien financé tous ces "rebelles" dans l'espoir de faire tomber le régime syrien. Celui-ci n'était certes pas un exemple de démocratie, mais il avait l'avantage d'être laïc et de faire vivre ensemble dans la paix et la concorde des peuples de religions différentes. On voit où on en est aujourd'hui. si le régime de Bachar était tombé, le drapeau noir de l'EI flotterait sur Damas.

N'arrivant pas à renverser le régime, l'Occident a changé de politique et a fait semblant d'aller bombarder l'EI. Le but était en fait de s'implanter militairement dans la région. Une fois on se sert de ces terroristes (comme par exemple pour renverser Kadhafi), une autre fois on prend prétexte de leur présence pour protéger le gouvernement légal (comme la France l'a fait au Mali où elle a retrouvé en face d'elle ses anciens alliés djihadistes de Libye).

Lors des négociations de Genève, tout le monde continue à dire que Bachar est le problème et qu'il doit partir. Et qui mettrait-on à sa place ? Des "opposants modérés" ? Mais ceux-ci n'existent tout simplement pas. Tous ces combattants mercenaires sont tous liés de près ou de loin à Al Quaïda et au djihadisme et revendiquent un islam pur et dur basé sur la charia. Alors remplacer Bachar pour imposer la charia me semble être une bien piètre victoire pour la démocratie.

En attendant, comme l'Occident s'est officiellement retourné contre les djihadistes (mais toujours avec l'espoir de prendre leur place en Syrie, de conserver les territoires qu'ils occupent et finalement de détruire la régime syrien), ceux-ci viennent commettre des attentats chez nous. Des innocents paient donc de leur vie la politique ultra-libérale de nos dirigeants, qui ne recherchent évidemment pas le bonheur du peuple syrien mais qui visent plutôt les richesses du sous-sol de ce pays. Et puis il faut ouvrir de nouveaux marchés, pour vendre nos produits de consommation.

Vous me direz que le djihad se serait bien développé sans cette aide de l'Occident. Sans doute, car l'Arabie le finance. Mais justement, pourquoi continue-t-on à entretenir de bonnes relations avec cet Etat ?

Vous trouverez ici un article qui va dans le même sens.

 

Bruxelles, crédit photo : REUTERS

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