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04/12/2022

Nocturne

Chaque soir, la nature devient veuve.

Dans le noir profond, un oiseau solitaire,

Un oiseau de la nuit,

Lance sa longue plainte.

Au cœur de la forêt mystérieuse,

On entend d’étranges frôlements.

Sont-ce les bêtes des légendes de notre enfance

Ou bien les pas de la mort qui nous attend ?

 

Malheur à qui entre dans la nuit

Et qui se retrouve face à lui-même.

 

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19/11/2022

Promenade nocturne

Regarder le ciel et les étoiles

Contempler l’immensité

S’interroger

Puis sentir le vent de la nuit

Frissonner

Imaginer la dérive des nuages

Là-haut dans le ciel vide

Rêver d’un grand feu

Qui réchaufferait l’âme

Rêver d’un amour

Qui effacerait toutes les cicatrices

 

Puis s’en aller sans rien dire

Seul sur le chemin

Marcher sous le firmament

Écouter le silence du temps qui fuit

Progresser dans la nuit

Affronter tous les gouffres

Imaginer tous les mondes

 

Et découvrir à l’aube

Le sommeil des montagnes

Dans la brume d’automne

En deviner le mystère et la beauté

Dire merci à la vie

Et continuer sur le chemin

Inlassablement

Eternellement

 

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13/11/2022

Les Causses

Sur les grands causses infinis de l’amour

 L’automne est descendu.

Espaces déserts,

Collines jumelles,

Gorges profondes,

Où coule la source vive.

Je parcours lentement

Ce rêve infini,

Ces étendues d’herbes rases

Lisses comme la peau d’une femme,

Où le vent devenu fou

Vient caresser la terre nue.

Et là, tout au fond,

Coule la rivière primitive,

Celle des origines,

Dans laquelle on se perd

Quand renaît le désir.

 

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04/11/2022

Nocturne

D’un arbre à l’autre, l’œil erre avant de pénétrer dans cette grotte profonde qu’est la forêt.

Voici le dédale mystérieux où se terre notre peur.

Quelque part, enfouie sous les herbes, une stèle parle de morts inconnus.

A l’horizon, le couchant rougeoyant de sang dit la fin des mondes.

Puis lentement vient la nuit, qui n’est qu’absence.

C’est le grand silence des origines.

Face à la lune, au-dessus de l’étang, passe l’ombre obscure d'un oiseau.

 

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17/10/2022

Dernier livre paru (01.09.22)

Quitter son petit village des Cévennes pour partir à la guerre, c’est dur quand on a vingt ans et qu’on laisse derrière soi celle que l’on aime. Mais se retrouver amnésique en 1918 et ne même plus savoir qui on est, c’est tout simplement dramatique. Guidé par le vague souvenir de son premier amour, qu’il suivra comme un fragile fil d’Ariane, le héros parviendra-t-il à se reconstruire et à retrouver les siens ? Sans compter que depuis son départ, bien des événements se sont produits…

 

Nombre de pages: 320
Collection: d’Ici d’ailleurs
Poids: 0,416
Date de parution: 1 septembre 2022
 

https://www.editionsdouro.fr/boutique/Perte-de-memoire-p475062501

 

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25/09/2022

Le loup

Cela faisait trois heures qu’il marchait dans la neige, le fusil en bandoulière. Tout était blanc : les arbres, les prairies, les collines, tout. Les chemins eux-mêmes avaient disparu sous une bonne vingtaine de centimètres de poudreuse. L’homme marchait sans trop savoir où il allait. Le soir allait pourtant bientôt tomber et il était grand temps de retrouver le village. La seule solution était de retourner sur ses pas et de suivre ses traces. Il longea le bois de sapins où il avait déjà fait une courte halte dans l’après-midi. Il était épuisé et s’arrêta de nouveau. Cinq minutes, pas davantage, le temps était compté. Appuyé contre le tronc d’un arbre, le souffle court, il essayait de retrouver son calme. Allons, il allait y arriver. Avant la nuit il serait dans sa maison devant un bon feu. Il se remit en marche, un peu rassuré. C’est alors qu’il le vit. Là, dans une allée forestière, un grand loup gris le regardait, immobile.  Instinctivement, l’homme arma son fusil, mais l’animal ne bougea pas. Au contraire, il continua à le fixer attentivement. Mieux valait partir au plus vite. Mais dans cette neige épaisse, la progression était difficile. Après cinq cents mètres, il n’en pouvait déjà plus. Il se retourna et vit le loup qui était sorti de la forêt et qui continuait à l’observer. Pas d’autre solution que de continuer !

L’homme marcha ainsi pendant une bonne heure, suivant toujours ses pas bien visibles dans la neige. De temps en temps, il se retournait. L’animal était toujours là. Il suivait à une bonne distance, certes, mais il était là.

Arrivé au sommet d’une colline, le village apparut enfin. Il n’y avait plus qu’à descendre en coupant à travers tout. Voilà, la maison était en vue ! C’était la première de toute, une petite bâtisse en pierre de schiste qui avait au moins deux siècles, mais qui avait résisté aux étés brulants, aux automnes venteux, ainsi qu’aux hivers sibériens que connaît la région. L’homme ouvrit la porte avec soulagement. Sur le seuil, il secoua ses chaussures, car la neige collait aux semelles, puis pénétra à l’intérieur. Il ôta sa veste et alla remettre quelques buches sur les braises qui rougeoyaient encore dans l’âtre. Très vite, de belles flammes s’élevèrent, éclairant toute la pièce de lueurs changeantes. Qu’on était bien au chaud !  L’homme se servit un grand verre de vin et se dirigea vers un fauteuil. En passant devant la fenêtre, distraitement, il regarda à l’extérieur. Le loup était là, au fond du jardin, et le regardait fixement.  

Alors il prit son fusil et ouvrit lentement la porte. Mais sans qu’il sache pourquoi, ses mains se mirent à trembler dès qu’il visa la bête, qui était toujours là, immobile. Le coup partit et manqua son but. Alors, sans se presser, l’animal opéra un demi-tour, mais avant de disparaître il se retourna encore une fois avec un regard insistant.

Les jours suivants, la neige continua de tomber. C’était une véritable tempête. Il y eut bientôt plus de cinquante centimètres de cette poudre blanche, que le vent emportait et chassait contre les bâtiments, formant d’énormes congères. Chaque fois que l’homme allait à la fenêtre pour contempler ce spectacle, il croisait le regard du loup, qui attendait patiemment.

Puis un jour, il disparut. L’homme ressentit comme un manque au plus profond de lui. Ce loup qui le guettait comme le destin, il s’était habitué à sa présence. Ne plus le voir était finalement inquiétant. En effet, chacun préfère voir le danger en face plutôt que de se demander d’où un mauvais coup peut survenir.

Les semaines passèrent et le printemps revint. Les cerisiers étaient en fleurs et les jonquilles parsemaient les prés. Un beau matin, l’homme se mit en devoir de bêcher son potager. Le soleil était déjà chaud et un petit vent doux provenant des collines rendait la température agréable. Vers midi, un bon tiers de la terre était déjà retournée et ratissée. L’homme s’appuya sur sa bêche pour souffler un instant, mais sentant une présence derrière lui, il se retourna. Le loup était là, assis sur son arrière-train, qui le regardait attentivement. Une vingtaine de mètres à peine les séparait. Que faire ? Aucune arme à portée de la main, à part une bêche. C’était mieux que rien. L’homme s’en empara et, en faisant un grand détour, contourna le loup pour se rendre dans sa maison, dont il referma soigneusement la porte. Il prit le fusil, le chargea, ouvrit la fenêtre, et contempla le loup qui l’avait suivi et qui s’était couché là-bas près de la grange. Viser et tirer eût été facile, mais sans qu’il sût pourquoi, l’homme n’en eut pas envie. Il regarda l’animal sauvage et reposa le fusil. C’était comme si un lien invisible les unissait.

Les jours suivants, le loup rodait toujours dans les parages. Tantôt dans une des prairies jouxtant la maison, tantôt près des écuries, ou encore au coin du fenil. L’homme s’était habitué à sa présence et chaque fois qu’il relevait la tête de son travail, il croisait le regard du loup, qui le fixait toujours intensément. Que signifiait ce regard ? On n’y lisait pas l’amitié comme dans les yeux des chiens. Non, c’était quelque chose d’inquiétant et en même temps de familier. Cette bête semblait guetter sa proie, mais ne se pressait pas, comme si le temps n’était pas encore venu de passer à l’action.

C’était maintenant l’été et le temps des moissons. Avec une faux, l’homme coupait les beaux épis dorés, qu’il rassemblait ensuite en d’imposantes gerbes. A l’extrémité du champ, couché dans l’herbe du chemin, le loup attendait, ne quittant pas l’homme du regard un seul instant. Celui-ci ne faisait même plus attention à sa présence. Il savait qu’il n‘avait rien à craindre tant que l’heure ne serait pas venue.   

A l’équinoxe d’automne, il y eut de grandes tempêtes, qui emportèrent une partie du toit de la grange. Il fallut réparer. Assis sur la grande poutre maîtresse, au sommet du bâtiment, l’homme chercha le loup du regard, mais ne le vit pas. Il eut beau scruter tous les alentours, du corps de logis aux écuries, en passant par le potager et les champs, non, rien à faire, pas la moindre trace du loup. Un vide immense s’empara de lui. Inconsciemment, il savait qu’il ne reverrait plus l’animal avant la rencontre finale. Et impossible de savoir quand celle-ci aurait lieu.

Trois ans se passèrent sans incident. Un jour d’hiver, n’ayant rien à faire, l’homme partit se promener. Malheureusement, alors qu’il était très éloigné du village, la neige se mit soudain à tomber en abondance. En moins d’une heure, elle avait tout recouvert et on n‘y voyait pas à dix mètres.  Désorienté, l’homme décida de s’abriter dans un petit bois de pins, afin d’attendre la fin de la tempête. Il s’assit contre un arbre et se mit à réfléchir à sa vie, à tout ce qu’il avait accompli, mais aussi à tous les rêves qu’il n’avait jamais réalisés. Quand il releva la tête, il sursauta. Le loup était là, à un mètre de lui. L’heure était venue.

 

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09/04/2022

L'enfance est comme un grand soleil

L’enfance est comme un grand soleil qui luit à l’aube de l’humanité

Elle est la source vive au milieu des jardins d’été

Elle est l’innocence naïve qui croit aux contes d’un autre temps

Des contes étranges où des loups menaçants

Terrorisent nos âmes devenues mortelles.

 

L’enfance, ce sont des jeux éperdus dans les champs de l’éternité

Des courses sans fin jusqu’aux rivages de la mer

Là où tout a commencé un jour, il y a très longtemps

A l’aube de l’humanité.

 

L’enfance se sont des pleurs

Quand une blessure trop vive a touché l’âme

Et qu’il pleut infiniment sur la lande monotone

Et qu’il pleure sur la mer grise jusqu’à l’autre bout du monde  

 

L’enfance se sont des espoirs éperdus

Et des rires comme des cristaux de neige

Dans la blancheur immaculée du temps

 

L’enfance ce sont des souvenirs qu’on oublie

Et puis qui disparaissent petit à petit

Comme l’herbe qui se fane à la fin de l’été

Quand s’évanouit le soleil derrière des horizons pourpres.

 

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Temps de guerre

Quand le monde eut définitivement éclaté et que la guerre eut tout ravagé

Quand il ne resta plus que des ruines et des souvenirs meurtris

Quand les flammes eurent tout détruit, sauf notre espoir

Vint une aube aux reflets rouges étranges

Qui se refléta dans le regard d’un enfant 

 

litterature

01:41 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature

24/03/2022

L'attente

Sur une page blanche, écris le silence et le noir de la nuit,

Ecris tes attentes et tous tes espoirs.

Prends tout ton temps, surtout ne te presse pas.

Puis, sans te retourner,

Dépose la page devant ta porte.

Le vent l’emportera vers le grand inconnu,

Au-delà des forêts et des rivières,

Au-delà des montagnes et de l’océan des rêves.

 

Un enfant peut-être la trouvera

Et en fera un avion de papier.

Tes mots alors s’envoleront plus loin encore,

Fragile message que personne n’aura lu.

 

Ou bien un homme ramassera cette pauvre feuille.

Il la lira sans rien comprendre

Et la jettera à ses pieds,

Comme une chose morte et inutile.

 

Mais si une femme la découvre

Et qu’elle entend ton silence,

Ton grand silence au cœur de la nuit noire,

Elle saura que tu l’attends,

Que tu l’attends quelque part,

Au-delà de l’océan des rêves.

 

Littérature

 

 

 

 

 

 

22:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

08/02/2022

Nocturne breton

Tout au bout de la route, tout au bout de la nuit, surgissait la mer.

La mer et son éternelle rumeur,

Celle qui déjà berçait notre enfance

Lors de séjours solaires au milieu des mois d’août.

 

Dans l’obscurité, on l’entend mugir au pied des falaises,

Longue plainte éternellement recommencée,

Ultime combat des éléments.

Des vagues déferlantes engloutissent nos rêves

Et il ne reste plus dans le ressac

Que quelques souvenirs éparpillés.

 

Sur les landes désertes,

Quand luit la lune bleue,

Tout s’immobilise

Dans le grand silence de la mort.

 

Et dans les brumes d’hiver,

Quand tout a disparu,

Gémit la corne de brume

D’un phare agonisant.

 

Plus loin, à l’entrée du village fantôme,

Jouxtant la petite église de granit,

Se dressent désespérément

Les croix de pierre de tous ceux qui ont été

Et qui ne sont plus.

 

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27/12/2021

Rêverie marine

Tout au bout de la route, tout au bout de la nuit, surgissait la mer.

La mer et son éternelle rumeur,

Celle qui déjà berçait notre enfance

Lors de séjours solaires au milieu des mois d’août.

 

Dans l’obscurité, elle mugit au pied des falaises,

Longue plainte éternellement recommencée,

Ultime combat,

Rage désespérée,

Menace incontrôlée.

 

Mais au matin, dans l’infini des sables,

La mer s’est retirée

Jusqu’à la limite du ciel.

Il ne reste que des rêves humides

Et le désir d’horizons disparus.

Il ne reste que l’image d’un visage

Qui s’estompe peu à peu comme les barques des marins.

 

Littérature

22:21 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

15/10/2021

Souvenir nocturne

Ma demeure se trouve de l’autre côté de la nuit

Dans le mystère de l’amour et des passions

Là où les corps se rapprochent dangereusement

Dans des luttes incroyablement nues.

 

Les heures ont commencé leur compte à rebours

Et dans mon âme c’est la décrue infinie,

Le ressac de la mer qui se retire

Laissant un goût amer aux baisers des amants illégitimes.

 

Reste la mémoire de ces jeux interdits,

L’obscurité complice dissimulant les désirs

Et puis, au petit matin, dans la brume infinie de l’hiver,

Un au revoir frileux sur un parking inconnu.

 

Tu t’en es allée comme tu étais venue,  

Toi et tes yeux indécis,

Flammes ardentes de la révolte.

Tu t’en es allée vers le grand silence des souvenirs.

 

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04/09/2021

Page blanche

On hésite toujours à écrire certains mots au bord de la page,

Des mots qui diraient la vie et la mort,

Et puis le grand calme de la nature, le soir,

Quand s’éteint le soleil derrière une rivière pourpre.

 

On hésite à dire les amours d’autrefois,

Les amours adolescentes,

Quand les corps nus et chauds

Se découvraient différents dans la paille jaune d’une grange ancestrale.

 

On hésite à se souvenir de ceux qui ont disparu,

Ceux qui un jour avaient compté,

Puis qu’on a oubliés,

Improbables fantômes dans la nuit de nos songes.

 

On hésite à décrire la peau tendre et parfumée,

La peau sauvage et nue

D’une fille aux cheveux noirs et au regard de feu

Qu’on allait immoler sur l’autel de l’amour.

 

Oui, on hésite à écrire le livre de la mémoire,

Le livre qui dirait nos songes et nos espoirs.

Alors on reste au bord de la page,

Rêvant à des amours fantômes le long des rivières pourpres.

 

Littérature

24/08/2021

Ecriture

Ecrire avec son sang des mots étranges et noirs

Pour dire qu’un jour le poème a existé.

Même si sa musique se perd dans l’éternité,

Même si avec le temps la page est redevenue blanche et vierge

Comme avant toute naissance,

Même si aucune mémoire ne se souvient des rimes enlacées,

Le poème aura existé.

Au-delà du temps et de l’espace,

Il aura été, pour un instant, notre éphémère plénitude.

 

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10/04/2021

Voyages

Il est des noms qui font rêver, comme Tombouctou, Fez ou Samarkand.

Il est des noms qu’on ne prononce que la nuit

A la lueur d’une bougie

Quand dehors la neige recouvre tous les souvenirs.

 

Dans ma jeunesse oubliée j’ai parcouru la grande Ibérie

Et sur les routes poussiéreuses de Castille,

J’ai contemplé Midi à son zénith.

Dans la chaleur de l’été, le temps était immobile,

Ephémère éternité.

 

J’ai franchi le rio Tormes comme un César adolescent

Et c’est en vainqueur que j’ai pénétré dans Salamanque. 

A l’ombre de la cathédrale, j’ai connu l’amour dans des cloîtres oubliés.

Sous les arcades de la Plaza Mayor la bodega Cervantes

Offrait pour quelques pesetas un vin ensoleillé

Qui transformait à jamais le monde.

 

J’ai rêvé sur les routes d’Extremadura

Sous les tours de Cacerés ou encore à Merida,

Au pied du théâtre romain.

La nuit, je m’en souviens, des filles dansaient nues sur la place publique.

L’une d’elle me prit par la main

Et me guida sur les chemins d’Andalousie.

 

Sevilla, Cordoba, Granada,

Les trois perles maures

Aux yeux de feu.

Dans les jardins de l’Alhambra

Une déesse aux longs cheveux

Récitait d’étranges poèmes.

Sa voix était musique

Et son regard énigmatique,

Pythie antique aux troublantes prédictions.

 

Puis, par-delà la Sierra Nevada,

J’ai atteint l’antique mer homérique.

Immobile dans son éternité,

Elle était comme la somme de nos rêves

Aux marches méridionales du continent.  

 

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16/02/2021

Introspection

Il y a tous ces pays que l’on n’a pas visités,

ces mers lointaines où l’on n’a pas navigué,

ces forêts profondes où l’on n’a pas pénétré.

 

Il y a toutes ces rivières que l’on n’a pas traversées,

ces montagnes enchantées que l’on n’a pas gravies,

et ces chemins de traverse que l’on n’a pas empruntés.

 

Il y a tous ces copains que l’on a perdus de vue,

ces cousines charmantes qu’on n’a jamais revues,

et ces frères et sœurs que l’on n’a jamais eus.

 

Il y a toutes ces femmes qu’on a eu peur d’aborder,

celles qu’on a croisées et qu’on n’a pas retenues

et celle qui voulait rester et à qui on n’a rien dit.

 

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24/10/2020

Dernier spectacle

Quand nous aurons joué notre dernier spectacle,

Quand nous aurons rangé les masques et les cothurnes

Et que les feux de la rampe se seront éteints.

Quand les musiciens auront rangé leurs instruments

Et que le public anonyme sera parti dans la grande nuit,

 Il ne restera plus dans notre cœur

Que l’étoile éphémère de tous nos espoirs

Et le souvenir d’avoir un instant été sublime sur scène.

 

Alors nous prendrons la route sans nous retourner,

La route qui conduit à l’océan,

Et là nous contemplerons les vagues éternelles

Qui n’en finissent pas de mourir sur le sable blanc.

 

Littérature

 

02:37 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature

04/09/2020

Les chevaux de la mer

J’ai vu les chevaux de la mer courir sur le sable infini

Et j’ai senti sur mon visage les bourrasques marines

Qui déferlaient sur les falaises, là-bas, au bout du monde.

Des goélands criaient au croisement des équinoxes

Tandis que la marée montait à l’assaut des châteaux de notre enfance.

Dans les prés salés de nos larmes

Des moutons broutaient paisiblement,

Indifférents au bruit de l’océan

Emportant toutes les espérances. 

J’ai vu les chevaux de la mer, ivres d’embruns salés

Courir libres sur l’infini des sables

Et les soirs de tempêtes, quand l’océan mugit dans les grottes sous-marines

On croit entendre une musique étrangère

Qui dit le chagrin des femmes

Labourées par les chagrins d’amour.

 

Littérature

 

 

 

00:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

23/08/2020

Regards

Il est partout des chemins qui ne mènent nulle part,

Et des carrefours dangereux,

Mais il est aussi des rencontres étonnantes,

Des regards qui se croisent 

Et des mains qui se cherchent

Par-delà l’errance qui est la nôtre.

Maintenant que nous avançons masqués,

Il n’y a plus que les yeux

Pour dire le désir de vivre

Et c’est en rêve

Que les âmes se touchent

Et que les corps s’enlacent

Bravant tous les interdits.

 

littérature

 

 

 

 

20:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

06/07/2020

Migrations

Ils sont partis pour découvrir des ailleurs improbables,

Et pour oublier qu’ils étaient d’ici., de ce pays de brumes.

Ils sont partis pour découvrir ce que l’homme, jamais, n’avait pu contempler.

Leurs voiliers fendirent la mer bleue,

L’océan infini, qui derrière l’horizon touche les cieux.

Pleins d’espérance, ils naviguèrent vers d’inconnues contrées

Aux noms fantastiques et rêvés.

Et là-bas, ce n’étaient que terres vierges et denses forêts,

Animaux étranges et plages infinies.

Sur des chemins de traverse, ils cheminèrent au hasard,

Perdus dans leur désir d’un devenir meilleur.

Ils longèrent des côtes fantastiques,

Dont les falaises abruptes plongeaient dans la mer éternelle,

Ils parcoururent des steppes sans limites,

Des plateaux d’altitude et des montagnes inconnues.

Ils naviguèrent sur des fleuves impétueux aux flots torrentueux

Et les remontèrent jusqu’à leur source ultime.

 

Alors, arrivés au bout du monde, ayant touché du doigt leur rêve,

N’ayant plus rien à espérer,

Ils rebroussèrent chemin,

Eternels migrateurs

A l’âme inconsolable.

 

Littérature, poésie

 

 

 

01:16 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, poésie

13/06/2020

Les chevaux arabes

Sous les remparts de Grenade, quand vient la nuit

Et que la lune est pleine,

Entendez-vous le trot des chevaux arabes ?

 

S’en vont-ils vers la lointaine Syrie, par la route des califes,

Pour rejoindre Damas,

Ou montent-ils la garde dans la torpeur andalouse

Pour défendre les forteresses omeyades ?

 

Entendez-vous le fracas des sabots

Dans la nuit étoilée de rêves,

Quand le vent soulève le sable ardent en gémissant ?

 

Est-ce Abd al-Rahman qui s’en revient de Cordoue

Dans son habit d’or,

Suivi par ses guerriers abbassides,

Ou n’est-ce que le vent de la sierra

Qui rend fous les étalons

Quand sur le désert tombe le crépuscule ?

 

Dans le quartier de l’Albaicin, une femme voilée écoute à sa fenêtre

Les chevaux arabes qui trottent dans la nuit.

Elle rêve au prince des sables sur son alezan

Qui viendrait la ravir et l’emporter dans la nuit.

Dans cette course folle au rythme des sabots

Elle tiendrait la taille de l’homme

Et sous son voile, elle serait déjà nue.

 

litterature

02:12 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : litterature

09/06/2020

Crépuscule

Qui se souvient de la forêt où venaient écrire les adolescents ténébreux ?

Le parfum des pins n’existe plus que dans la mémoire.

Le murmure du vent dans les feuillages a tout emporté

Et les illusions ont fini par s’envoler.

Sur la page blanche de la vie, ils avaient écrit des poèmes d’amour

Mais l’amour lui aussi s’en est allé.

Dans les hautes branches, les oiseaux ont fini par se taire

Tandis que tombe le dernier crépuscule du monde sur la forêt endormie.

C’est au cimetière que dort la belle jeune fille de jadis,

Celle à laquelle il avait tant rêvé.

Reste un ultime poème, qu’il vient déposer sur le marbre froid.

Il dit l’odeur d’un printemps d’autrefois

Et la douceur de la mousse

Où elle lui avait donné sa jeunesse. 

 

Littérature, poésie

01:14 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, poésie

23/05/2020

Nouveau roman

Parution de mon dernier roman, aux éditions Spinelle à Paris.

 

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16/02/2020

Asie

Il était arrivé avec pour tout bagage

Les souvenirs de pays ultramarins.

Il ramenait un peu de sable blond,

Quelques coquillages nacrés

Et une perle océane achetée sur un marché de Bombay.

Dans ses yeux, il y avait tout le soleil des îles sous le vent,

Les nuages de pluie des moussons

Et les cieux rouges des tropiques ensanglantés.

 

Il avait dû faire un terrible voyage.

Après avoir mené bien des combats

Et avoir fui beaucoup de guerres,

Il était revenu,

Conservant pour tout trésor le parfum d’une femme

A la chevelure de nuit.

Elle n’était plus que l’ombre d’un fantôme

Mais il ne pouvait oublier l’odeur de sa peau nue

Quand l’amour les rassemblait

Dans sa case de bambous.

C’était sa sœur aux yeux d’Asie

Assassinée par un soldat inculte

Alors qu’elle était le centre du monde.

Il avait dispersé ses cendres aux quatre coins de l’univers

Puis était sorti de la ronde pour revenir chez lui,

Oubliant ses rêves de grandeur

Et ne se souvenant que de la mort de cette fille

Dont il avait fermé les yeux

Tandis qu’une grande tache rouge

Rougissait la chemise sous son sein gauche.

Fuyant les alizés, reniant tous les dieux,

Il avait marché vers le nord, traversé des steppes infinies,

Franchi des déserts de pierres et des fleuves impétueux

Pour tenter d’oublier la tendresse de son regard,

L’accueil de ses hanches, et la souplesse de son ventre.

Mais il eut beau marcher, toujours il voyait l’éternelle blessure,

La tragique coupure, dissimulée dans la toison bouclée des rêves.   

 

Il est donc arrivé un beau matin,

Ayant perdu toute illusion.

Il s’est assis sur le petit pont de pierres

Et a juste prononcé ces mots : « Me voici revenu ».

Puis il a contemplé l’eau fuyante de la rivière

Qui emportait son dernier rêve.

 

Littérature

23:21 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

05/02/2020

Les carnets de la vie

Dans les carnets de la vie

Les âmes se livrent

Nues pour l’éternité

Mais les questions demeurent sans réponse,

Interminablement.

 

Au bord du terrible gouffre final

Là où s’agite le grand océan inconnu

Le mystère reste total.

 

Quelques souvenirs survivront,

Un champ de blé sous les chaleurs de juillet,

Une rivière pure et froide dans la Provence éternelle,

Le chant des sirènes dans les oliviers,

Le bruit du tonnerre dans les montagnes catalanes

Et le sable infini des plages

Où tous les pas s’avanouissent.

 

Et puis bien sûr il y eut nos mains

Pour un instant unies

Et ces collégiales que nous visitions,

Amoureux des vitraux aux éclats de couleur,

Là où des saintes dénudées

Chantaient des cantiques mystiques

Sur des harpes de fortune.

 

Oui, que restera-t-il de toute vie

Quand la mer déferlera contre les falaises de la mort

Et emportera dans une gerbe d’écume

l‘inanité de tous les mondes ?

 

Il restera le rêve éternel

Et le désir inassouvi de notre rencontre improbable.  

 

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27/01/2020

La librairie

C’était une librairie où l’on vendait du rêve.

On y trouvait toute la poésie du monde depuis Homère jusqu’à Jaccottet,

Sans oublier Neruda, Pavese et Pessoa.

Il suffisait d’ouvrir un livre pour que les mots s’envolent aussitôt.

Il n’y avait plus qu’à les attraper avec un filet à papillons,

Les regrouper en strophes, et les fourrer dans un sac

Sous l’œil ironique et tendre de la jeune libraire. 

Elle était belle et charmante avec son doux visage et ses petits seins pointus.

Parfois je lui offrais un bouquet de rimes qui la faisait sourire,

Alors elle me donnait quelques livres étranges,

Où l’on parlait d’amour, de voyages, et d’océan.

On respirait les embruns du large rien qu’en humant leur tranche

Et un grand vent marin emplissait soudainement toute la boutique.

Rimbaud n’était pas loin, avec son bateau ivre, guidé par le hasard,

Toujours à la recherche d’improbables Florides.

Derrière ses piles de livres à l’équilibre incertain,

La libraire m’observait à la dérobée.

Je serais volontiers parti avec elle vers ces îles lointaines dont on ne revient pas,

Mais je savais que les rêves étaient ici, entre les pages des vieux livres.

Pourquoi voyager si loin puisque l’ailleurs était dans les yeux, verts comme la mer,

De cette fille au regard tendre et doux ?

Elle dont la chevelure noire tombait en cascades écumantes

Sur sa poitrine secrètement convoitée.

 

C’était une librairie, où l’on vendait du rêve.

 

Littérature, poésie, librairie

01/11/2019

Vol automnal

Un papillon évoluait dans le jardin de l’automne.

Il volait, virevoltait,

Perdu dans le temps,

Perdu dans les souvenirs de son été évanoui.

Chenille verte et trottante, il s’était transformé en éclats de couleurs,

En beauté éclatante,

En souffle léger et passager.

Ephémère présence, conscient de son court passage, il s’obstinait à vivre dans la lumière d’un octobre finissant.

Bientôt la froidure l’emporterait vers l’au-delà des papillons.

Que resterait-il alors, de ce vol de couleurs, de cette légèreté soyeuse, de ces battements d’ailes désordonnés ?

Il ne resterait rien, si ce n’est le souvenir d’une beauté colorée et fragile qui un instant a pu égayer notre vie. 

littérature

 

 

 

 

16:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : littérature

24/10/2019

Automne

Le temps passe inexorablement

Et les vieilles tombes elles-mêmes ont perdu leur éclat.

Dans la brume de l’automne, les feuilles s’envolent vers d’autres rêves.

De mes mains s’échappent des nuages aux formes étranges,

Tandis que sur les falaises de l’infini des océans tempétueux viennent se fracasser inlassablement.

 

Il est dans les villages des églises aux formes floues et aux clochers incertains,

Des rivières qu’enjambent des ponts en pierres de schiste,

Et des passants courbés sous le poids de leurs déceptions.

 

Il est des forêts infinies, où des animaux sauvages survivent depuis l’origine du monde.

Au milieu d’une clairière, se dresse un monastère dont la porte est close.

Dans le silence, s’élève un chant beau et pur, qui dit la beauté de l’univers,

Mais derrière ces voix viriles on devine le désir de la femme éternelle,

Cette Marie des Evangiles, qui se donna par amour.

 

Sa silhouette reste gravée sur les vitraux,

Forme fragile et gracieuse qui rayonne de mille couleurs

Dans l’aube matutinale de l’hiver précoce.

Quand la gelée blanchit les herbes tendres de ma jeunesse. 

 

littérature

22:54 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

19/09/2019

La page est tournée

J’avais écrit sur le sable de la plage

Des mots éphémères

Qui se sont évanouis lors de la dernière marée,

Lors de la première grande bourrasque d’automne,

Quand l’équinoxe fut de retour

Et que le monde a basculé vers l’hiver et l’horreur.

 

J’avais écrit des poèmes aujourd’hui disparus.

J’en ai oublié les vers

Et leur musique morne et obsédante.

Il ne reste dans mon souvenir que le bruit des vagues

Déferlant en cascade sur l’infini du sable.

 

J’avais écrit des choses terribles

Sur la vie et la mort

Sur la solitude aussi

Ainsi que sur le temps qui passe et qui nous emporte.

 

De ces écrits sur le sable

Il ne reste rien, rien du tout.

Rien que le sentiment d’avoir perdu mon temps,

Ce peu de  temps qu’il me restait à vivre.

 


13/08/2019

Le songe d'une nuit d'été

Dans des draps blancs aux ondulations vagues,

Elle dormait,

En partance vers des mondes oniriques et fabuleux.

Sous les plafonds constellés d’étoiles, le grand voyage nocturne commença,

Tandis que par les fenêtres, un troublant rayon de lune dévoilait toute sa nudité.

Partie pour des contrées ultramarines, elle rêvait à de merveilleux départs,

A des pays lointains, à des îles enchantées, ou à des mers où paraît-il prospérait le corail pourpre.

Les murs de la chambre étaient couverts de tapisseries anciennes

Et s’ouvraient sur des paysages magiques.

Sur des plages infinies, des sirènes à la peau brune et aux longs cheveux noirs

Montaient des chevaux aux yeux bleus et au regard tendre.

Dans le grand silence nocturne, leur chant ravissait la dormeuse.

Captivée par cette mélodie étrange, elle rêvait aux marins d’outre-mer,

A leur barbe drue et puissante, à leur peau salée, et à leurs baisers de feu.

Désir étrange que celui-là, dans un lit voguant au milieu de la nuit noire.

Les draps ondulent comme des vagues, le bateau tangue et le vertige monte.

Avant de sombrer définitivement dans les profondeurs de l’océan et de couler à pic,

Elle effleure son éternelle blessure et doucement gémit.

Puis elle reste là, étendue sur le sable blond, dans la clarté étrange d’une lune de juillet.

Elle dort, éternellement nue, enveloppée de ses draps blancs.

 

litterature

13:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : litterature