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06/12/2017

Des signes symboliques

On savait que des personnes bien intentionnées ont attaqué les livres de Tintin car ils véhiculaient des thèmes coloniaux et que certains personnages de cette bande dessinée tenaient des propos condescendants envers la race noire. C’est vrai que lorsqu’il lit « Tintin au Congo », le lecteur contemporain sent tout le décalage qui existe entre notre époque et celle où Hergé a écrit ce livre. Le constater et en prendre conscience est peut-être plus important  que de faire interdire la vente du livre.

Mais nous sommes dans une société où il est de bon ton de tout contester. On a vu ainsi que le personnage du père fouettard, qui accompagne traditionnellement le bon Saint Nicolas, a été vivement critiqué aux Pays-Bas. Faire tenir le rôle du domestique subalterne à un Noir a paru  choquant et en faire un méchant qui punit les enfants (et les effraie par la couleur de sa peau) en a ému plus d’un. Certes, tout ce que disent ces braves gens est cohérent et ils n’ont pas tort, mais ne risque-t-on pas, en les écoutant, de bannir de notre culture les éléments traditionnels qui en font la base ? Car on ne s’arrête plus. Après avoir contesté l’existence même du père fouettard, on a retiré la croix de la mitre de Saint Nicolas, qui était pourtant évêque de Myre (ville antique de Lycie, au sud-ouest de l'Anatolie, sur le fleuve Myros) entre 250 et 270. Certains y ont vu la main du mouvement de la laïcité, d’autres ont imaginé  qu’il s’agissait là d’une sorte de complaisance à l’égard du monde musulman. Dans tous les cas, les esprits ont commencé à s’échauffer, de la gauche laïque à l’extrême-droite raciste. Ceci dit, cela semble devenir une habitude de supprimer les croix partout où elles se trouvent. On se souvient de la publicité récente d’une chaîne de grande surface qui avait effacé les croix sur les dômes des églises grecques pour mieux vendre du yoghourt ou du fromage. Là encore il s’agissait de ne pas heurter le client potentiel, qu’il soit indifférent à la religion ou au contraire musulman irascible.

Moi qui ne suis pas croyant du tout (et c’est un euphémisme), je regrette pourtant cette manière sournoise de venir effacer des symboles culturels traditionnels. Saint Nicolas est la fête des enfants et à ce titre fait partie de notre patrimoine depuis des siècles. Pour la petite histoire, au dixième siècle une relique du saint (une phalange) a été transférée depuis Bari vers le Duché de Lorraine. Une basilique a ensuite été dédiée au saint, qui très rapidement est devenu le saint-patron de la Lorraine. La région étant un centre commercial avec les grandes foires qui y étaient organisées, le culte de Saint-Nicolas se répandit très rapidement, notamment en Belgique et en Allemagne. Voilà pourquoi cette fête est toujours célébrée aujourd’hui dans ces régions. Alors je trouve regrettable de commencer à édulcorer l’image traditionnelle pour la faire correspondre à une vision contemporaine neutre et insipide.

Où s’arrêtera-t-on ? Après Tintin et Saint Nicolas, c’est maintenant au conte de la Belle au bois dormant d’être la cible de féministes intransigeantes. On se souvient de cette histoire : la belle princesse est victime d’un sortilège et s’endort pour l’éternité jusqu’au moment où un prince vient la sortir de sa torpeur en lui donnant un baiser. J’avais toujours trouvé tout cela merveilleux et poétique. Un bel hommage à l’amour en quelque sorte. Mais non, on voit maintenant dans le geste salvateur du prince un comportement machiste dominateur. Embrasser une femme de force, sans son consentement ! Scandale ! Et on demande à l’école de ne plus donner à lire un tel livre de contes, qui risquerait de pervertir la jeunesse ou en tout cas les petits garçons, lesquels en effet, en lisant de telles histoires pernicieuses, risqueraient bien de devenir des violeurs potentiels à l’âge adulte.

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26/11/2017

Sans nouvelles d'elle

Cette nouvelle était parue ici même, sur Marche romane, il y a très longtemps. L'idée m'en était venue après des échanges par mails que j'avais eus à l'époque avec une interlocutrice. Nous avions beaucoup parlé de la littérature et du poète Jaccottet notamment. J'étais donc parti de cet échange fructueux avec une inconnue pour écrire cette nouvelle, totalement imaginaire.

L'opportunité m'a été donnée de la reprendre et de la publier dans la revue en ligne "ONUPHRIUS".

Sur le plan du style, des détails ont été corrigés, suite aux conseils judicieux de Jean-David Herschel, que je remercie au passage pour sa perspicacité.

 

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21/11/2017

Victor Serge

Un article sur Victor Serge

 

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27/10/2017

"La pomme ne tombe pas loin du pommier" de Bertrand Redonnet, Cédalion, août 2017

Voilà assurément un livre que je vous recommande. Une belle histoire, sensible et émouvante, où la destinée individuelle est mise en parallèle avec la destinée de l’humanité toute entière. La scène se passe toujours, dans les livres de l’ami Redonnet, ou bien  sur les terres de l’Ouest, battues par les vents de l’Atlantique (les Charentes, le marais Poitevin, la Vienne) ou bien dans l’Est de la Pologne. Pas étonnant puisque cet auteur est originaire de la Vienne et qu’il vit aujourd’hui en Pologne. Dans son dernier roman, c’est encore plus simple, puisque les héros passent alternativement d’une région à l’autre.  Mais s’il y a évidemment une part d’autobiographie derrière tout cela, ce n’est pas le but recherché.  Les thèmes traités, ce sont plutôt les paysages et l’Histoire. On y parle de ces résistants polonais qui se sont battus contre les Nazis avant de retourner leurs armes contre le « libérateur » russe, qui se montrait tout aussi envahissant que son prédécesseur. Après quelques années de combat utopique, un jeune couple, traqué par les autorités, prend le chemin de l’exil et se retrouve sur les rivages de l’Atlantique, où il s’établit.

Soixante ans plus tard, leur fils veut partir à la découverte du pays de ses parents, cette Pologne mythique où il sait qu’ils ont été des héros. Il refait donc le chemin à l’envers. Non seulement celui de ses géniteurs, mais aussi celui des grandes migrations du temps du néolithique. Car dans son verger charentais, on vient de découvrir une nécropole préhistorique. Le lecteur est donc invité à réfléchir sur le sentiment d’appartenance. Sommes-nous de la terre qui nous a vus naître ? Oui et non car nos ancêtres lointains, finalement, venaient d’ailleurs. Nous sommes donc tous des migrants ou si l’on veut des exilés (et là on voit poindre la réflexion  existentielle fondamentale : qui sommes-nous ?)

Mais une fois parvenu en Pologne, le héros découvre un autre aspect de ses parents qu’il n’avait pas imaginé. La guerre est cruelle et est faite de sang et de barbarie. L’image idéalisée du père en prend un coup ! Le fils a-t-il bien fait de venir, finalement ? D’autant plus qu’il a laissé en France une sympathique archéologue qui ne lui voulait que du bien et avec qui il aurait mieux fait de faire sa vie plutôt que de courir après des fantômes.

Ce voyage initiatique, à la recherche des siens et surtout de lui-même, l’amène devant cette forêt primitive qui existe vraiment en Pologne, à la frontière biélorusse : la forêt de Białowieża, qui est un reste de l’immense sylve qui recouvrait autrefois le contient jusqu’à l’Atlantique. On y trouve des loups, des lynx et les derniers bisons d’Europe. C’est donc là qu’est le pays de son père, mais c’est aussi un peu le berceau de l’humanité car c’est dans un environnement semblable qu’ont vécu les hommes de la préhistoire, comme ceux dont on a retrouvé les squelettes en Charente.

Le livre est donc un va-et-vient perpétuel entre le passé et le présent, entre ici et ailleurs, entre l historie individuelle et celle de toute l’humanité.

Tout est décrit avec nuance (le père héroïque n'est-il pas finalement un vulgaire assassin ? Et les Russes libérateurs des nazis ne sont finalement que d'affreux occupants).Il y a des scènes tendres et pudiques (la rencontre avec Maryse, l’archéologue ou  avec la tenancière d’un hôtel en Pologne). Il y a des personnages hauts en couleur (le vieux Jozef, qui a vécu toutes les guerres et qui connaît bien la forêt et les hommes, ou Nestor Augérant, ce Charentais qui avait accueilli à bras ouverts le jeune couple de migrants en fuite).

J’ai adoré ce livre et si on est captivé par l'histoire, derrière celle-ci il y a surtout de la réflexion (sur le temps, l'Histoire des hommes, le destin, le hasard, etc.). Et puis cette question : qui sommes-nous si nous dépendons des événements ? Le vieux Jozef donne la réponse : il ne faut pas juger de nos actes anciens selon notre point de vue d'aujourd'hui. Ce chemin à rebours du fils vers la Pologne de ses parents (qui n'avaient fait que reproduire les migrations néolithiques) et vers cette forêt primitive, nous renvoie à nos propres origines et à celles de toute l'humanité..

Un beau livre, vraiment. !

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23/10/2017

L'esprit de la forêt

Prends le chemin et marche jusqu’au bois. Passe le petit pont de pierre et pénètre dans la forêt profonde. Tu n’as qu’à suivre le sentier, c’est facile et même si personne ne l’emprunte jamais, il est bien tracé. Laisse à ta droite la grande sapinière. Tu entendras peut-être ce qui pourrait ressembler à un soupir. Ne t’arrête pas et surtout ne regarde pas ! Il ne s’agit pas du bruit du vent dans les branches, comme tu pourrais le croire, mais des esprits des bêtes sauvages. Il ne faut pas les déranger, ils ne te connaissent pas. Ils pourraient s’effrayer ou se courroucer.

Continue ta promenade. Si tu vois des champignons le long du chemin, salue-les, car ils sont en communication permanente avec les royaumes souterrains, là où règnent les âmes qui se sont tues, celles que tu as aimées.

A ta gauche, si tu marches d’un bon pas, tu verras bientôt de grands chênes qui montent vers le ciel. Ils sont immenses et ont plus de trois cents ans. La, tu t’arrêteras et t’assoiras sur la mousse. Ne dis rien, écoute. Cela peut prendre un certain temps, ne te décourage pas. Ferme les yeux, concentre-toi. Oublie tous tes soucis du jour, tous tes cauchemars de la nuit, et toutes les blessures que les hommes t’ont infligées. Ne pense plus à rien, chasse toutes les idées qui envahissent ton esprit, surtout les mauvaises. S’il ne se passe toujours rien, souviens-toi d’un lieu agréable, où tu as éprouvé de la joie. Penses-y très fort et essaie de te remettre dans le contexte de l’époque. Descends en toi, au plus profond. Bientôt, une sorte de joie va t’envahir. Tu seras redevenu celui que tu étais ce jour-là, dans ce lieu-là. Que tu le veuilles ou non, tu vas te mettre à sourire. Tes muscles vont se détendre et ton esprit va s’apaiser. C’est alors que tu vas les entendre. Cela ressemblera à des notes de musique, d’abord dispersées, puis qui finiront par se transformer en une sorte de mélodie. Ouvre alors les yeux et contemple les grands chênes. Tu les verras beaucoup plus beaux et beaucoup plus grands que précédemment. Et tu entendras leur musique. Ce sera comme un murmure doux et continu, qui viendra des arbres eux-mêmes. Alors tu sauras que tu es entré en communication avec les esprits de la forêt. Plus jamais tu n’oublieras cet instant.

Plus tard, bien plus tard, quand ton cœur sera rempli de cette mélodie, tu pourras repartir, enfin apaisé. Mais avant de t’en aller, remercie la grande forêt, comme c’est la coutume. Agenouille-toi, écarte les bras et dis tout simplement merci. Merci à la vie et à l’univers, dont tu fais partie.

Photo personnelle

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17:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4)

07/10/2017

Un article sur Marie Gevers

 


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30/09/2017

Une Catalogne indépendante ?

Il y a quelques années de cela, j'avais rédigé un article sur mon blogue dans lequel je mettais en garde contre la politique européenne de défense des langues régionales. Non pas que je n'aime pas ces langues régionales, loin de là (j'ai d'ailleurs une formation de linguiste) mais j'y voyais un danger pour l'intégrité et l'unité des Etats. Eh bien, que vous le croyez ou non, mon article a été censuré par mon hébergeur Hautetfort (et ce fut bien le seul article qui l'a jamais été) avec menace de fermeture du blogue si je le remettais en ligne.

Je vois aujourd'hui que j'avais raison puisqu'il suffit de tourner les yeux vers la Catalogne pour se rendre compte de ce qui se passe. L'UE privilégie les Régions aux Etats (qui risqueraient de s'opposer à sa politique libérale de type anglo-saxon en maintenant par exemple une législation sociale). Elle pousse donc les différentes communautés à s'insurger et à rejeter le centralisme étatique. Or que pourra faire une petite région contre les grands marchés transatlantiques ? Rien du tout. On est donc en train de nous diviser pour mieux régner sur nous. Et cela au nom de la liberté. On a fait éclater la Yougoslavie et on fait maintenant éclater l'Irak et la Syrie en propulsant les Kurdes sur le devant de la scène. Finalement, il me semble qu'on pratique la même politique en Europe. On remet en cause 2.000 ans d'histoire car il a fallu toutes ces années pour arriver à la situation actuelle avec les pays que nous connaissons. Qui nous dit que demain on n'aura pas un nouveau duché de Bretagne, une Alsace autonome ou une république languedocienne ? Qui nous dit que tout cela n'est pas dirigé par des puissances occultes qui nous dépassent ? Ces révoltes au nom de la liberté, on les a déjà vues dans les pays arabes (les fameux printemps arabe, qui ont finalement abouti à la destruction de la Libye et de la Syrie) et en Ukraine. Alors méfions-nous


28/09/2017

Un article sur Fernand Crommelynck

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21/09/2017

"Ici et ailleurs" (nouvel extrait de mon dernier livre)

EXTRAIT DE LA NOUVELLE « LE TEMPLE DU SOLEIL »

Le camion aborde le premier virage en lacet. Le moteur cogne, le changement de vitesses grince. Derrière, une épaisse fumée noire jaillit du pot d’échappement. Il n’y a rien à faire : la pente est trop forte. Il va falloir qu’il se déporte à l’extrême gauche ou il ne passera pas! Instinctivement, le chauffeur a réagi : il braque le volant autant qu’il peut. Le bahut se déplace, le voilà de l’autre côté de la route. Le pneu avant mord même la poussière du fossé ! Cela fait un de ces nuages ! Les branchages griffent la carrosserie. Pourvu qu’il ne vienne rien en face. Non, ouf, c’est fini ! Le premier virage est passé. Il n’y en a plus que deux mille cinq cents quatre-vingt-quatre.

 

C’est qu’elle les connaît, Isabel les virages qui mènent à l’Altiplano. Cela fait cinq ans, maintenant, qu’elle fait la route, toujours la même. Elle charge des marchandises en bas, dans la forêt, et elle les achemine là-haut, dans la capitale. Cela peut paraître simple, mais ce ne l’est pas. En bas, c’est l’équateur, la forêt vierge, la chaleur, les moustiques, la malaria. En haut, ce sont les montagnes et les deuxièmes du monde encore bien. La Paz culmine à 3.658 mètres d’altitude et le lac Titicaca n’est pas loin. D’un côté, c’est l‘été, de l’autre l’hiver. Et puis il y a les habitants. Tous des Indiens, certes, mais tellement différents. Les gens de la plaine ont une certaine mentalité, ceux des sommets une autre. Leur seul point commun, c’est d’être tous des Indiens. C’est déjà ça. Et elle, Isabel, elle est comme un trait d’union entre ces deux mondes. Indienne aussi, forcément, comme tout le monde en Bolivie. N’empêche que le fait d’être une femme a quelque chose de singulier. Tous les autres chauffeurs sont des hommes, elle doit être la seule femme de la profession et elle en est fière. Comme elle est fière d’amener dans la capitale andine toutes ces nourritures exotiques de la plaine. Originaire de la zone intermédiaire des collines, elle se sent partout chez elle. Ce qui signifie aussi qu’elle est étrangère des deux côtés. Elle n’est pas de l’Amazonie, mais elle n’est pas non plus des sommets andins. Qui est-elle finalement ? Elle serait bien en peine de le dire. Alors elle voyage et essaie de trouver son identité sur les routes, entre les chaleurs étouffantes de la forêt et les crêtes brumeuses des montagnes.

 

Mais voilà le deuxième virage. Il tourne dans l’autre sens, celui-là, de la gauche vers la droite. Ce sera donc plus facile, elle ne sera plus du côté du précipice et bénéficiera de la pente la moins raide. C’est déjà ça. Il faut dire que la route est à peine asphaltée. Pourtant elle l’a été autrefois, à certains endroits en tout cas... Mais il y a longtemps de cela et la nature a repris ses droits. Le macadam, petit à petit, s’est effrité et il ne faut pas croire que le gouvernement l’a remplacé. Non. D’ailleurs il ne faut jamais compter sur le gouvernement ! Les politiciens, là-haut, à La Paz, ont autre chose à faire. La révolution pour commencer ! Et puis, une fois qu’ils sont au pouvoir ils pensent un petit peu à eux. C’est normal après tout, ils ont tout de même risqué leur vie dans ces coups d’état. Alors, dès qu’ils sont installés derrière leur beau bureau de président ou de ministre, ils essaient de compenser, c’est-à-dire de s’enrichir par tous les moyens. Qui pourrait le leur reprocher ? S’ils sont d’origine modeste, on ne les pendra pas au sérieux tant qu’ils ne seront pas riches. Et s’ils proviennent d’une famille de notables, on ne trouverait pas normal qu’ils baissent de statut et qu’ils s’appauvrissent. Un député, un sénateur, un ministre, cela doit être riche pour être respectable, un point c’est tout. Ici, en Bolivie, vous ne rencontrerez jamais un être humain qui pensera le contraire.

Littérature

16:13 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

12/09/2017

Ici et ailleurs (extrait)

"Ici et ailleurs" est un recueil de nouvelles. Pour les lecteurs fidèles de Marche romane, voici le début de la première de ces nouvelles.

 

LA LETTRE

Il n’y avait pas dix minutes que monsieur Habary était dans son jardin quand on sonna à la porte. Il déposa à terre les grands ciseaux avec lesquels il s’apprêtait à tailler la haie et se dirigea vers la maison. C’était le facteur, qui tenait à la main une lettre postée de Paris. Elle attendrait !

 — Un petit verre ?

Comme chaque fois, la conversation s’engagea aussitôt. Depuis qu’il était à la retraite, monsieur Habary ne voyait plus grand monde et la venue du facteur était toujours la bienvenue, d’autant plus que celui-ci passait rarement. En effet, à part quelques factures, il n’y avait plus beaucoup de courrier pour le 14 de l’allée des moineaux. Quand on est veuf depuis vingt ans et que votre fille préfère le téléphone, qui pourrait bien vous écrire ? Autrefois, quand il habitait Paris, il rencontrait de nombreuses personnes, surtout issues des cercles scientifiques. C’était l’époque où il s’était fait remarquer par la publication de quelques articles dans le domaine de la botanique et il avait aussi collaboré, comme bénévole, à quelques projets menés par le F.N.R.S. Bref, il connaissait des gens et il n’était pas rare, au sortir d’une conférence, de le voir revenir à la maison à dix heures du soir, accompagné de quelques amis. Sa femme aimait ces réunions improvisées et elle se mêlait souvent à la conversation. Parfois, leur petite fille se réveillait et elle descendait en pyjama pour voir qui étaient tous ces messieurs qui parlaient si fort.

C’était une époque merveilleuse, mais elle avait été trop courte. En effet, sa femme était morte subitement, comme cela, sans crier gare, d’un cancer qui l’avait mangée tout en dedans en quelques mois. Quelle étrange chose que la vie ! Il était resté seul pour élever la petite, alors, pour lui consacrer le plus de temps possible, progressivement, il avait abandonné toutes ses réunions, tous ses colloques, et il n’avait plus rien publié. Mais il ne le regrettait pas, car Fabienne était une enfant merveilleuse. En grandissant, elle s’était mise à ressembler à sa mère, avec sa queue de cheval, son large sourire et ses grands yeux au regard brillant et malicieux. Monsieur Habary en avait presque oublié qu’il vieillissait, tant il lui semblait revivre les premières années de son mariage. Ils ne se quittaient pas. Le samedi, ils traînaient ensemble dans les magasins, ou bien ils allaient au cinéma. Le dimanche, ils partaient pour la Normandie et ils marchaient des heures le long des rivages de sable fin, au pied des grandes falaises de calcaire blanc. Pendant les grandes vacances, ils louaient une petite maison en Provence, dans les contreforts du Lubéron. Ils avaient passé là des moments merveilleux, dans une nature sauvage, écrasée de soleil et remplie du chant lancinant des cigales. C’était à un point tel que ce matin encore, quand il avait entendu dans son jardin de Seine et Marne un timide grillon émettre un petit cricri, sa mémoire s’était immédiatement envolée vers ces moments enchantés passés ensemble autrefois.

Puis Fabienne avait grandi. Elle avait réussi son baccalauréat, était entrée à la faculté et en était ressortie avec un diplôme de spécialiste en médecine tropicale. Alors, elle était partie, partie pour ces pays lointains aux noms étranges : N’Djaména, Khartoum, Bangui, Yaoundé.

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24/08/2017

Marie

Les années avaient passé, beaucoup d’années même, et voilà qu’il était revenu au village. Pourquoi ? Nul ne le savait et lui encore moins qu’un autre. Le hasard sans doute. Il ne passait pas loin de là et l’idée lui était venue de faire un détour. Pourtant chacun sait qu’il n’y a jamais vraiment de hasard.

Il était revenu et la première chose qu’il avait vue, c’était la fontaine sur la place. Elle n’avait pas changé et le doux murmure de l’eau qui s’écoulait lui sembla aussitôt familier. Son cœur à lui non plus, n’avait pas changé, car il se mit à battre plus vite. C’est que c’était là, assis sur le rebord de pierre, qu’il avait dit à Marie qu’il l’aimait. Quarante années s’était écoulées et il se rendait compte qu’il n’avait rien oublié et qu’il conservait en lui cette blessure.

Il se mit à parcourir le village, mais cette visite se transforma rapidement en pèlerinage. Était-ce encore le hasard qui lui avait fait prendre la petite ruelle sur la gauche, celle qui conduisait au fenil du père Mathieu ? Non, on aurait dit que quelqu’un guidait ses pas, c’était troublant. Il regarda attentivement le bâtiment, un peu délabré aujourd’hui.  Qu’est-ce qu’il avait été heureux, ce jour-là, allongé dans le foin, quand Marie était venue s’allonger près de lui…

Plus loin, de l’autre côté de la rivière, il revit la maison de son amoureuse ou plutôt celle de ses parents. Il n’y était jamais entré car on le trouvait trop pauvre sans doute, pas assez bien pour fréquenter la fille du plus gros fermier de la région. Qu’est-ce qu’il y pouvait, lui, si on était pauvre chez lui et si son père était communiste et ne fréquentait pas l’église ? Il n’y pouvait rien du tout et d’ailleurs on n’entre jamais dans de telles considérations quand on aime. Non, l’amour vient comme cela, comme une grâce, sans qu’on sache pourquoi. Subitement, deux êtres se croisent et ils comprennent au premier regard qu’ils sont faits l’un pour l’autre, c’est tout.

Cela avait été difficile, cette période, il ne s’en souvient que trop bien. Il fallait se cacher, ne rien dire, conserver le secret. C’était l’époque des rendez-vous clandestins à l’orée de la forêt ou dans les carrières de schiste à la sortie du village, jusqu’au jour où on les avait vus. C’était inévitable, finalement, ils se rencontraient trop souvent, ne pouvant se passer l’un de l’autre.  

Alors il avait fallu tout arrêter, ne plus se voir, ne plus se parler. Même s’écrire était impossible ! C’était à ce moment-là qu’il avait dû partir pour le service militaire et c’était là-bas, bien loin, dans les Aurès algériens, qu’il avait appris que Marie allait se marier. Telle était paraît-il la volonté de son père. Que devait-il faire ? Déserter ? Ce n’était pas l’envie qui lui en avait manqué, mais que faire quand on est perdu dans des montagnes, à l’entrée du grand désert de sable et que des rebelles vous attendent embusqués à chaque tournant du chemin ? Il fallait mieux attendre la première permission, dans un mois, en espérant que le mariage n’aurait pas lieu avant. Evidemment il avait écrit à Marie, pour lui dire de refuser ce qu’on lui imposait et lui demander de l’attendre lui, qui l’aimait plus que tout. Il évoquait aussi le fenil du père Mathieu, pour lui rappeler qu’en fait elle était déjà sa femme depuis longtemps. Il découvrirait plus tard qu’elle n’avait jamais reçu cette lettre ou en tout cas que son père ne la lui remit jamais.

Et c’est comme cela que le drame est arrivé. Marie n’a pas supporté d’être mariée de force à un homme qu’elle n’aimait pas. C’est le matin des noces qu’on l’a retrouvée, pendue dans sa chambre.

Il lui semble que tout cela vient d’arriver hier. Il marche et se retrouve devant l’église, celle-là où il n’a jamais mis les pieds. Le petit cimetière est juste à côté. Il ouvre la vieille grille de fer qui grince un peu et la première chose qu’il voit c’est la tombe toute blanche de Marie. Non, vraiment, il n’y a jamais de hasard.

 

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01:08 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (11)

10/08/2017

Le moulin

Une petite nouvelle parue sur le site d'Auxerre-TV.

 

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01/08/2017

Michel de Ghelderode

Un article sur Ghelderode

 

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06/07/2017

Vacance(s)

Les chemins s’ouvrent devant nous comme les pages d’un livre. Il suffit de les suivre et une histoire prend soudain sens.  Certains sont ardus et caillouteux, mais ce sont ceux que je préfère. En effet, ils conduisent généralement vers des sommets peu fréquentés et là, dans la solitude, on peut enfin contempler et comprendre le monde.

Partons donc, un livre sous le bras, et parcourons ces chemins. Ils finiront bien par nous ramener à nous-même et nous permettront de  découvrir l’essentiel, l’essentiel qui était déjà en nous avant que ne commence le voyage.

 

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00:35 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (3)

19/06/2017

Rodenbach

Un article sur Georges Rodenbach:

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10/06/2017

Du regard que l'on peut porter sur la nature.

Quand, à la fin du Moyen-Age, les érudits florentins redécouvrirent l’Antiquité et la langue latine, ils redécouvrirent en même temps la distinction que leurs ancêtres romains avaient faite entre la « vita activa » (celle des citadins banquiers, commerçants, hommes politiques) et la « vita contemplativa » (quand on se retire à la campagne pour méditer et se consacrer aux Arts).

Il faut dire que la situation en Italie était différente de celle de la Gaule. Alors que les seigneurs du nord des Alpes, repliés dans leurs châteaux-forts isolés, passaient leur temps à guerroyer entre eux, ceux de Toscane quittaient la campagne pour bâtir en ville de somptueux palais, après avoir mis en fermage toutes les terres qu’ils possédaient. Du coup, le fossé qui existait chez nous entre la ville et la campagne n’existait pas en Italie. Ces mêmes seigneurs, devenus citadins, revenaient avec plaisir en été dans leur « villa » campagnarde. La conséquence, c’est que la nature ne fut pas perçue comme sauvage ou menaçante, comme elle l’était en France à la même époque. Quant aux villes libres, celles où les bourgeois avaient supplanté les nobles, elles s’étendent elles aussi vers les campagnes, les habitants plaçant leur argent dans des revenus fonciers. Dans les deux cas, la distance entre la ville et la campagne est plus que ténue et cette dernière est perçue comme endroit privilégié pour le repos estival (« otium »). Boccace ne situe-t-il pas l’action de son Decameron à la campagne, loin de la peste qui sévit à Florence ?

 

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00:26 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (7)

29/05/2017

Ici et ailleurs

Cette fois, il est bien sorti officiellement : 

Mon troisième livre, au prix démocratique de 13 euros en librairie. 

 

littérature

 

 

 

 

22:29 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

25/05/2017

Le silence

Ecoute le silence.

Ecoute-le bien et tu entendras la face cachée du monde.

Ecoute.

Est-ce le vent qui mugit là-bas dans la forêt ? Et ce bruissement ? Est-ce le doux frottement des épis de blé dans la brise matinale ?

Ecoute encore.

Quelque part, un chien aboie, loin, très loin, dans un village que tu ne connais pas.

Puis un oiseau lance un cri. Le danger est imminent.

En effet, dans les herbes rousses, voilà que surgit le renard.

D’un pas silencieux il débouche sur le chemin et t’aperçoit.

Immobiles, vous vous regardez.

Puis il s’en va en trottinant, indifférent à ta présence, superbe de mépris.

Tu restes seul dans le silence et déjà tu ne sais plus si tu as rêvé ou non.

Emu, tu entends les grands battements sourds de ton cœur.

 

La vie est si simple, parfois.

 

Laurent Malbrecq, photographe

Littérature

01:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

11/05/2017

"Auprès de ma blonde" de Thierry-Marie Delaunois, Editions Chloé des Lys, 2016

Je viens de terminer le livre de Th-M Delaunois, « Auprès de ma blonde », qui ma foi ne manque pas d’intérêt. Le titre, à vrai dire, ne me plaisait pas trop (il est vrai que je préfère les filles  brunes aux filles blondes, ceci expliquant peut-être cela, car finalement, qu’on le veuille ou non, le lecteur n’est jamais neutre quand il aborde un ouvrage et il vient avec tous ses préjugés et sa propre grille de lecture).

Au fil de la lecture,  j’ai découvert une histoire bien ficelée, aux multiples rebondissements. Au début, tout semble normal et anodin : une rencontre dans un parc public entre un homme et une femme. Une histoire se noue lentement et on devine la suite. Rien de plus banal, en quelque sorte. Mais les protagonistes sortent pourtant de l’ordinaire. Lui est écrivain (tiens donc !) et elle, manifestement, n’a rien de la blonde classique. Grande, baraquée, elle exerce la profession de sorteuse dans un bar. Etrange. Mais derrière ce côté un peu bourru on devine une faille. Et c’est là que le roman devient intéressant. Il ne faut pas se fier aux apparences. Petit à petit le lecteur est intrigué et veut en savoir plus sur cette femme dont insensiblement le héros tombe amoureux.

Il y d’autres protagonistes autour de ce couple qui se forme. Il y a Hélène (la belle Hélène, comme dans l’Iliade d’Homère), qui vit seule avec ses trois enfants et tombe sous le charme d’André, notre héros qui lui est déjà sous le charme de la belle blonde. Une rivalité s’installe entre les deux femmes, comme on pouvait s’y attendre.

Il y a les trois enfants d’Hélène, qui par leur naïveté (ou leurs propos mûrement réfléchis et qui font mouche) disent des vérités qu’il n’est pas bon de dire.  

Il y a une gitane aussi, qui erre dans le parc et qui dit la bonne aventure à qui veut bien l’écouter. Comme le devin Calchas dans l’Iliade, elle ne se trompe jamais et prédit l’avenir avec clairvoyance, mais personne ne l’écoute.

Il y a le lac, au milieu du parc. Véritable protagoniste de l’histoire, il semble immense. En tout cas on s’y noie fréquemment.

Il y a enfin les affaires de famille, qu’on devine petit à petit au cours de la lecture, comme cette sœur jumelle de l’héroïne qui est morte autrefois, laissant un vide qu’on ne peut combler. Et puis il y a le questionnement sur les origines : qui est la père de la blonde ? Petit à petit tout cela se met en place et plus on avance dans le livre plus on a envie de découvrir la suite, suite que je ne vous raconterai évidemment pas !

Littérature

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21/04/2017

Une note de lecture de mon livre "Le temps de l'errance"

LE TEMPS DE L'ERRANCE de Jean-François FOULON 

 

J'ai lu et relu à plusieurs reprises cet ouvrage, avec un plaisir sans cesse renouvelé.

Je me suis longtemps demandé comment trouver des mots dignes de qualifier une oeuvre d'une intensité poétique aussi exceptionnelle, à la fois pleine de tendresse et empreinte d'un romantisme teinté d'angoisse, d'incertitude et de questionnement.

 

Pour Jean-François Foulon, la rime est accessoire, même s'il se plaît à la taquiner avec une facilité déconcertante.

Quel que soit le mode d'expression choisi, l'auteur laisse errer sa plume, au hasard de ses états d'âme, de ses souvenirs, de ses angoisses.

Certains thèmes essentiels, que je me bornerai à évoquer, sont récurrents.

 

Rêver ! C'est bien là le propre de l'Homme, ce qui le différencie de l'animal depuis la nuit des temps. 

Jean -François Foulon évoque, non sans nostalgie, son enfance, les endroits familiers, leur odeur aussi. Associés à la musique, ses souvenirs lui ont permis de fuir un présent sur lequel il jette un regard attristé. Grâce à eux, il a pu s'évader dans ses rêves, à la recherche d'une étoile, et exprimer, à travers l'écriture, son espoir d'un monde meilleur.

 

Comme il le dit si bien : "Heureux ceux qui partent sur des navires affrétés pour nulle part, sans savoir s'ils reviendront."

La mer symbolise l'infini, l'éternité.

L'Homme hésite à se mettre en route, diffère son départ et se décide enfin à prendre la mer, à embarquer sur ses rêves,  des "navires dont les nuages sont les voiles". A quel prix ? Vers quelle destination ? Peu importe. Il marche.

Il arrive que ses pas se perdent dans les gares, le temps d'une halte, en attente du "train de la vie". L'emprunter le condamne à la solitude. Très vite, les traces de ses pas s'effacent cependant, comme il en va de celles qu'il laisse quand il marche sur des routes enneigées. Existons-nous vraiment ? Se pourrait-il que nous rêvions notre vie ?

 

Durant son périple, l'Homme assiste, impuissant, à la destruction de la nature, à la victoire du matérialisme, du sexe, de la drogue.

 

Le temps fuit inexorablement, un peu comme si la mort et son silence étaient le but de toute existence. Mais le temps a-t-il jamais existé ou l'avons-nous créé ? 

Après des années d'errance, l'Homme arrive au bout de son chemin. A l'automne de sa vie, il a le sentiment d'avoir tourné en rond. Confronté à la réalité, il en arrive à la conclusion que fuir, en quête d'un ailleurs illusoire, ne servait à rien. Il se demande alors si ce voyage qui le ramène à son point de départ en valait la peine.

Pourtant, en cours de route, il a connu l'amour qui embellit la vie et fait souffrir aussi. Mais, comme toute chose, l'amour est éphémère. Le poète a rêvé d'une femme inconnue qu'il aurait voulue parfaite et unique. De ses amours imaginaires ou perdues, seuls restent les regrets et la solitude.

Cette quête d'amour idéal, si chère aux romantiques, l'auteur l'exprime avec infiniment de douceur et de délicatesse.

Et il y a aussi cette déclaration d'amour sublime que toute femme rêverait d'entendre, et que j'aimerais vous inciter à méditer avant d'en terminer :

" Je ne me souviens plus où nous nous sommes rencontrés,

   Ni de quel pays tu venais.

   Je n'ai jamais rien su ni de ton enfance ni de ta famille.

   J'ai même oublié ton nom.

   Mais j'ai gardé au fond de moi la tendresse de tes caresses,

   L'odeur de ta peau et la douceur de ton regard.

   Je te reconnaîtrais entre toutes. "

 

Rolande Michèle

 

Littérature

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20/04/2017

Art pariétal

Je me demande pourquoi nos ancêtres préhistoriques se sont réfugiés au fond des grottes pour aller peindre. Tout simplement pour avoir une paroi rocheuse sur laquelle dessiner me direz-vous. Certes, certes, mais des parois rocheuses, il y en a  à l’air libre. Il existe des falaises le long des rivières et des fleuves, par exemple. Souvent, le bas de celles-ci (la zone la plus facilement accessible) est même protégé des intempéries par la partie haute, qui la surplombe. Ainsi, on rencontre souvent de telles falaises le long de la Dordogne, dans la région précisément où on a retrouvé un certain nombre de grottes avec des dessins rupestres.

Alors pourquoi aller dessiner au fond d’une grotte obscure quand la nature offrait un support naturel accessible et bien éclairé ?

On pourrait penser que cela s’est peut-être fait et que seuls les dessins intérieurs, protégés de la pluie et du vent, ont survécu. Mais un tel raisonnement ne tient pas la route. En effet, suite à des éboulements, des glissements de terrain ou que sais-je, une partie au moins de ces falaises aurait dû  se retrouver protégée des intempéries et on n’aurait pas manqué de découvrir là des vestiges de peintures rupestres.

Mais non, généralement les dessins répertoriés se situent dans des grottes. Il y a des exceptions, je le sais, mais majoritairement c’est au plus profond des grottes qu’on a retrouvé des dessins (mains pleines ou mains creuses, représentations d’hommes, de femmes, d’animaux, etc.). Alors je me dis qu’il doit bien y avoir une raison à cet état de fait.

La grotte, c’est l’obscurité, la nuit. Peindre dans la nuit, c’est se cacher et ne pas vouloir que son dessin apparaisse au grand jour. Le but de celui-ci est donc bien religieux. Seuls quelques privilégiés devaient avoir accès à l’art pariétal. Il fallait sans doute être initié, être chamane ou que sais-je ? Le dessin touche au sacré.

La grotte, c’est aussi le ventre de la terre, une sorte d’utérus qui renvoie à nos propres origines. Rentrer dans la grotte pour y peindre ce que l’on voit dans la vie de tous les jours (les animaux chassés) n’est –ce pas revenir à ses propres origines, rentrer dans le ventre de sa mère et là, dans cet endroit où nous avons été conçus, toucher du doigt le mystère de la création ? Peindre dans le silence et l’obscurité de l’intérieur ce qui se passe au-dehors, c’est remonter le temps et immortaliser dans le silence souterrain tout ce qui existe, existera et a existé. C’est dire que là, dans ce noir absolu, la vie va soudain surgir. Il n’y avait qu’une paroi rocheuse et voilà que des troupeaux de bisons galopent. L’homme est venu ici pour dire le mystère de la vie, la vie qui est apparue on ne sait comment, mais qui était déjà là, en gestation, au cœur même de la terre, notre mère à tous.

 

 

art pariétal

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14/04/2017

Un conte japonais

On se souvient de Pénélope, qui défaisait la nuit le voile qu’elle confectionnait pendant la journée (lequel devait servir à envelopper le corps de son beau-père Laërte, lorsque celui- mourrait). Cette ruse habile lui permit de repousser les prétendants qui accouraient nombreux et qui souhaitaient l’épouser. Plus tard, elle eut une autre idée : celui qui arriverait à bander l’arc de son mari Ulysse pourrait prétendre à sa main. On connaît la suite : seul Ulysse, qui revenait enfin de son interminable périple, parvint à tendre l’arc et à décocher des flèches contre ses rivaux.

On trouve dans les contes  d’autres stratagèmes du même genre. Souvent, la fille d’un roi sera donnée en récompense au héro valeureux. Dans quelques cas, la situation est inversée, comme dans Cendrillon, où ce sont les jeunes filles qui se précipitent en espérant que leur joli pied rentrera dans la fameuse pantoufle. Dans ce cas, c’est le roi qu’elles désirent épouser. Alors que dans l’Odyssée on avait une femme qui se refusait à de nombreux prétendants, on a ici de nombreuses femmes qui voudraient à tout prix épouser un homme remarquable.

Parfois, la situation est encore différente. On a une femme seule qui cherche l’amour mais qui ne consentira à se donner qu’à celui qui réalisera un exploit extraordinaire (Pénélope, elle, espérait bien que personne ne parviendrait à tendre l’arc).

Il en va ainsi dans un conte japonais. Une princesse avait fait confectionner un tambour dont la peau était faite d’une toile de soie. Autant dire qu’il était impossible d’émettre le moindre son avec un tel instrument. Tous les jeunes gens s’y essayèrent pourtant, mais ils avaient beau frapper le tambour, seul le silence répondait à leurs efforts. Pendant ce temps, la princesse se désespérait de rencontrer un jour le prince charmant.

Une nuit pourtant arriva de loin un jeune homme qu’on n’avait jamais vu. Il venait d’un pays lointain et s’il avait traversé de nombreux fleuves et de nombreuses montagnes, c’était dans le but d’essayer le fameux tambour dont il avait entendu parler. Dès qu’il fut arrivé au pied du château de la princesse, il s’enquit donc de l’endroit où se trouvait l’étrange instrument de musique. Un serviteur le lui montra : il était accroché à la branche d’un arbre surplombant un lac. Le jeune homme, éperdu d’amour, tenta sa chance, mais comme il fallait s’y attendre, aucun son ne sortit du tambour. Alors, de désespoir, il se jeta dans la lac où son corps disparut au milieu de cercles concentriques. Il venait à peine d’être englouti quand le tambour se mit à émettre un son doux et agréable. En l’entendant, la princesse quitta son château et se précipita. Folle d’amour, elle qui attendait depuis tant d’années, elle arracha ses vêtements tout en courant le long du chemin en pente qui menait au lac. Quand elle comprit ce qui s’était passé, elle resta là, nue et désespérée, à contempler l’onde noire dans la nuit. Elle eut beau geindre et pleurer, seul le silence répondit à ses cris.

On dit que depuis, tous les soirs, elle descend au bord du lac. Ensuite, elle fait vibrer le tambour dans l’espoir de faire revenir celui qu’elle n’a jamais vu, mais qui est mort d’amour pour elle.  

 

Littérature

13/04/2017

Jardinage

 

Il faisait beau dimanche et un grand soleil nous faisait oublier les jours gris des longs mois qui venaient de s’écouler.

L’équinoxe de printemps était dernière nous. Je le savais, la roue avait tourné, irrémédiablement, comme chaque année, comme toujours.

Emporté dans l’immensité de l’espace sur ma petite planète, je méditais sur la notion de l’éternel retour si chère aux hommes de l’Antiquité.

A vrai dire, je ne méditais pas vraiment, car profitant de la bonne chaleur ambiante, je jardinais.

Jardiner est pour moi un plaisir. C’est un plaisir simple, certes, mais qui me procure des joies profondes. Surtout s’il fait beau et que tout autour de moi est calme et silencieux.  

Après avoir retourné la terre, il faut la sarcler pour casser les mottes, puis ratisser lentement, pour égaliser. C’est tout un travail, déjà, mais un travail plaisant, qui prend tout son sens puisqu’il a une finalité immédiate. Et cette finalité, c’est de semer et de faire naître la vie.

On se penche sur cette terre que l’on vient de retourner, cette terre qui doucement se réchauffe sous l’action bénéfique du soleil. C’est le printemps mais déjà c’est un peu l’été, tant il fait chaud.

On se penche et on trace un sillon avec le manche du râteau. Rayure qui délimite à jamais l’endroit où pousseront les plantes. Instant fatal, arbitraire (pourquoi ici et pas là ?) mais irrémédiable.

On ouvre délicatement le paquet de graines et on verse dans la paume de sa main les précieuses semences.  La vie est là, simple et tranquille, comme disait le poète. Ensuite, du bout des doigts on laisse tomber les graines une à une dans le sillon. Que voilà un geste simple, mais beau. Deux mille ans avant moi, mes ancêtres accomplissaient déjà le même rite, conférant au mouvement de ma main une sorte d’éternité intemporelle.

Là où le sillon a été mal tracé, il faut le refaire avec le doigt et insister délicatement, comme si on caressait le sexe d’une femme.

Ces graines que l’on vient de déposer lentement et avec amour dans la grande chaleur de ce dimanche, germeront demain. C’est l’avenir qu’elles portent en elles.

Il y aura toujours des graines pour tomber dans la terre après le grand équinoxe de printemps, même quand je ne serai plus là.  Mais aujourd’hui cette terre sur laquelle je me penche n’est pas celle de la tombe, mais celle de l’espoir. Dans le silence de l’après-midi, je suis seul et heureux, parfaitement heureux.     

 

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08/04/2017

Le silence

Ce site est un peu à l’arrêt.

Tout est silence.

Mais à l’origine, le silence n’était-il pas tout ? Ne dit-on pas d’ailleurs que Dieu était le Verbe ? Avant Dieu, avant le monde, c’était le règne du silence.

Puis le serpent susurra quelques mots à l’oreille d’Eve et tout s’écroula.

Depuis, nous vivons dans le bruit, chassés du paradis.

Avant notre conception était le silence. Encore que pendant la gestation le fœtus doit entendre le bruit du cœur de sa mère. Puis il vient au monde dans un grand cri.

Ensuite ce sont des guerres et encore du bruit jusqu’à la mort, qui est un autre silence.

Entre les deux il y a  l’amour. L’amour et le silence des amants, qui se contemplent sans un mot, fascinés l’un par l’autre. Nudité d’avant le temps, d’avant la parole et le bruit. Nudité de l’origine, silence des corps qui s’attirent.

Le silence est-il amour ?

 

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16/03/2017

La lectrice et son livre

Elle se livre parfois

Quand commence un nouveau chapitre

Et que l’écriture lui plaît

 

Elle se livre à livre ouvert

Tandis que lui, il tourne les pages

De son passé, de son présent

 

Elle lui raconte son enfance

Toutes ses turbulences

Et parfois lui lit un conte d’autrefois

 

Il l’écoute en feuilletant

Ce livre ouvert

A la page de l’amour

 

Il l’effeuille page à page

Caresse son visage

Contemple sa nudité

 

Son doigt glisse sur les pages

Le dos, la tranche

Et s’attarde en un point précis

 

Elle gémit lentement

Quand il pénètre au cœur de l’histoire

Et qu’il lui murmure son amour

 

Elle gémit dans le grand lit

Tandis qu’il tourne les pages

Et lui lit la suite de l’histoire

 

Puis arrive le mot « fin »

Le livre est refermé

La page est tournée

 

Il s’en est allé

 

Dans la bibliothèque

Le livre est rangé

Le conte est terminé

 

Elle rêve à cette histoire

A cet amour perdu

A ce livre merveilleux

 

Elle rêve à la manière dont il racontait l’histoire

Elle revoit sa main

Qui parcourait les pages

 

Sa main qui caressait son dos

Sa tranche, son ventre

Mais qui a fini par tourner la page

 

Littérature

 

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07/03/2017

Nicolae Labis (mort à 21 ans)

On connaît peu la Roumanie, pour ne pas dire pas du tout. Pourtant le roumain est une langue romane, une langue soeur du français, au même titre que l'italien ou l'espagnol. Une langue bien douce à écouter en tout cas. 


Nicolae Labis (1935- 1956), la mort de la biche (la traduction proposée ici n'est pas excellente, mais cela donne une bonne  idée du contenu)

 

 La sécheresse a tué tout vent.
L'ardent soleil coula du firmament.
Le ciel demeure un torride trou.
Du fond des puits remonte de la boue.
Et sur les bois, de plus en plus s'élancent
De sataniques feux qui dansent, dansent.

Je monte à coté de papa vers les cimes,
Blessé par les branches des rudes sapins.
On va à la chasse, la chasse aux chevrettes,
Au coeur des Carpathes accablés par la faim.

La soif me tourmente. Je vois que les gouttes
Qui choient sur la pierre vont s'évaporant.
Mes tempes paraissent gêner mes épaules.
Devant, une étrange planète s'étend.

On va aguetter dans un site où les sources
Gargouillent et frémissent encore dans leur lit.
C'est là le lieu où s'abreuvent les biches
Quand couche soleil et sa soeur resurgit.

Je souffre de soif, mais papa me fait taire.
Oh sources limpides, comme vous palpitez!
La soif me conjoint désormais à cet être
Que, contre les règles, on va supprimer.

La combe resouffle d'un air agonique.
Affreux crépuscule, celui qui descend!
Le rouge horizon dans des vagues déborde,
Couvrant ma poitrine de taches de sang.

Aux cieux les étoiles clignotent et scintillent,
Tandis que fougères s'enflamment aux autels.
Je prie qu'elle ne vienne, je veux qu'elle ne vienne,
L'offrande si triste d'un songe mortel!

Elle vînt en sautant et pausa près des sources,
Sondant le terrain d'un regard apeuré.
Et l'eau qu'elle éffleure de frêles narines
S'émeut dans des cercles glissant argentés.

Du fond de ses yeux se projette un mystère.
Je sais qu'elle approche la fin de sa vie.
Je crois reconnaître aux portes du mythe
La noble pucelle en biche convertie.

La lune baignait de jolies lumières
Sa face aux pétales de cerisier.
Combien je voulais que pour fois première
Le tir d'escopette se voie échoué!

Mais vînt le tonnerre. Fauchée et mourante,
Sa tête elle haussa vers le ciel un moment,
Et chut tout d'un coup, ébauchant sur la source
De rouges joyaux qu'emporta le courant.

Un cri déchirant transperça la ravine.
Un sombre oiseau d'entre branches bondit
Portant sur ses ailes l'esprit de la biche,
Comme emple d'absence l'automne leurs nids.

J'allai lui fermer les ombrées paupières
D'un pas vacillant quand j'ouïs mon papa
Joyeux et ravi s'exclamer derrière:
'On a de la viande, on en mangera! '

J'ai soif. Mon papa me fait signe de boire.
Oh sources obscures, comme vous soupirez!
La soif me conjoint désormais à cet être
Que, contre les règles, on vient de tuer.

Mais que fait-on des règles et des lois
Quand on ne peut survivre presque pas?
Et à quoi bon coutumes et compassion
Quand j'ai ma soeur mourante à la maison?

De l'escopette sort de la fumée.
Sans vent les feuilles commencent à tournoyer!
Mon père fit un feu éblouissant.
Oh plus jamais le bois n'est comme avant!

Ma main saisit de l'herbe à mon insu
Une clochette au timbre soutenu.
Papa extrait des braises, à la main,
Le coeur de la chevrette et ses reins.

Le coeur? Quel coeur? J'ai faim, moi! Je veux rester en vie!
Pardonne-moi, pucelle, bichette, ma chérie!
Le feu grandit, s'élève... Je veux dormir... Etrange...
Que pense-t-il, mon père? Je pleure. Et je mange!


(1954)
(Traduit par Paul Abucean)

 

littérature,nicolae labis

03/03/2017

Joël Godart, "A la fin de ces longues années" (Editions Chloé des lys)

 

Une nouvelle fois, je suis sous le charme après la lecture du dernier livre de Joël Godart (« A la fin de ces longues années »), un livre de poèmes, bien entendu :

Dans son recueil précédent, il était question du rêve, de la mer, des nuages, de la femme et aussi de la mort.

Ces thèmes, on les retrouve dans ce second livre, mais il me semble que la conscience de la mort qui rode a pris plus d’emprise sur le poète :

A la fin de ces longues années

Quand nous devrons quitter cette terre

Nous déposerons sur le fleuve nos deux cœurs

 

C’est que le temps continue à avancer et que les années qui restent devant l’écrivain s’amenuisent petit à petit :

Les années ont passé comme feu de paille

déposant sur nos vies des brassées de feuilles

L’hiver s’avance et sur toutes choses

étend ses longs doigts blancs de givre

 

Cette prise de conscience n’est pas morbide, elle est simplement lucide. L’auteur a conscience qu’une grande partie du chemin est derrière lui et il décide, puisqu’i n’y a plus rien devant lui, de s’arrêter et de regarder la beauté du monde.

On sait que le poète habite maintenant en Bretagne, devant l’océan. Cette région  devait forcément devenir un thème de prédilection :

Sur mes domaines les routes sont rares. Beaucoup de végétations battues par les vents, de chemins tracés en toute hâte (…) La nuit nulle lumière sur la lande mais des cris d’oiseaux.

Outre la description de la lande bretonne, un tel texte porte en lui une réflexion existentielle. Les routes qui se font rares sont celles de l’existence, le vent symbolise les difficultés de la vie et ces cris d’oiseaux dans la nuit noire ont quelque chose d’effrayant. On devine la mort tout au bout et le grand plongeon du haut de la falaise.

Pourtant, en ce lieu de repos et de recueillement, l’amour peut renaître :

J’avais oublié jusqu’à la blancheur de ta peau (…)

Tes yeux étaient deux promesses.

 

Parfois les vers de J Godart deviennent des jeux de mots tendrement érotiques aux consonances bibliques :

L’amour est olivier au jardin de mes caresses

 

Mais les saisons défilent et l’automne (ultime cycle de la vie) approche. Les arbres qui « bavardent dans la nuit mystique» vont perdre leurs feuilles :

Ainsi va comme une feuille

Le monde vers sa perte

 

Le poète (qui nous a parlé d’un autre livre qui devrait sortir bientôt et qui sera consacré au Père Lachaise) hante les cimetières et voit sur les tombes des noms de femmes. Il se demande si leurs amants se souviennent d’elles, de la douceur de leurs lèvres et de leurs mèches blondes. Mais

Seules les allées se souviennent et chuchotent sans fin vos noms dans les corridors du temps

 

Parfois, le poète par le de son « métier » d’écrivain :

Avec des mots j’ai fait une tresse  

Descendant en guirlande jusqu’à mes pieds

 

A d’autres endroits, il parle de la musique comme d’une métaphore de ses poèmes :

Au son de ta mandoline

J’ai gravé ô Colombine

Mes accents sur le disque

D’amertume et de folie

Mais déjà le disque se raie

 

L’amour et l’érotisme sont bien présents (à quoi renvoie cette mandoline ? Au corps de la femme aimée peut-être…) mais la fin est bien là : le disque se raie.

Le recueil se termine sur neuf petits textes étranges et charmants où l’auteur met en scène des guerriers d’une peuplade primitive. Ceux-ci ont combattu vaillamment, mais ils attendent la mort.

Nous, les lecteurs, nous attendons plutôt les livres suivants de Joël Godard. Puissent-ils être nombreux !

 

Joël Godart, A la fin de ces longues années

02/03/2017

Mardi gras

Le Mardi gras était à l’origine une fête païenne, où on fêtait le retour du printemps et le renouveau de la nature.  L’Eglise catholique, comme d’habitude, a incorporé cette fête dans son calendrier. Le mot « gras » indique qu’on peut manger copieusement une dernière fois (et même de la viande) avant que ne commence le carême, soir le Mercredi des cendres.

C’est l’époque des carnavals. Ce mot vient de l'italien carnevale ou carnevalo, altération du latin médiéval « carnelevare », lui-même issu de « carne » (la viande) et « levare » (enlever). Il s’agit donc bien de l’entrée en carême, cette époque durant laquelle la consommation de viande était interdite.

Pendant longtemps, le mot carnaval a eu le même sens que celui de « carême-prenant », autrement dit celui d’entrée en carême. Puis le terme a désigné la veille du carême et l’accent a été mis sur les réjouissances qui caractérisent ce jour-là.

Notons en passant que « carême » (d’abord orthographié « quaresme »), provient lui du latin populaire « quaresima », altération du latin classique « quadragesina » (quarantième jour avant Pâques).

Mais revenons au carnaval. Cette fête trouve son origine dans les Lupercales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce.

L’historien des religions Mircea Eliade a écrit : « Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d'éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie »

Claude Levi-Strauss a étudié également ce besoin de se déguiser, d’inverser les valeurs (les pauvres devenant rois pour une journée) et de faire du bruit afin de marquer une rupture dans l’écoulement classique du temps. Le temps s’est arrêté et un nouveau cycle commence (le retour du printemps renvoie à la conception antique de l’éternel retour, de l’âge d’or qui immanquablement finira par revenir périodiquement).   

Pour un jour, le vieux monde s’écroule. Le carnaval est en effet une sorte de « fin du monde », où les barrières sociales tombent ou s’inversent, où les licences érotiques sont permises. Bref, c’est un retour au chaos primitif avant la renaissance d’un temps nouveau.

Pour terminer, n’oublions pas la Laetare, qui a lieu le quatrième dimanche du carême (à la mi-carême donc) et qui marque une pause dans les privations. Le mot latin laetare est en fait l'impératif présent du verbe « laetari » et signifie donc « réjouis-toi ». C’est une époque où on retrouver également des fêtes carnavalesques.

Stavelot, Wallonie, dimanche de Laetare.

27/02/2017

Prise de conscience

Quand j’étais un cheval, je parcourais des plaines immenses, du matin au soir et du soir au matin.  Je broutais l’herbe verte des hauts plateaux puis descendais me désaltérer dans les eaux limpides des rivières.

Quand j’étais un aigle, je planais des heures durant dans les hautes sphères, regardant en face le soleil et observant, en contrebas, la pauvre vie des êtres éphémères.

Quand j’étais un poisson, j’étais un grand requin bleu et je nageais en eaux troubles à l‘affût de la moindre proie. J’étais redouté partout et la faune marine craignait mes ondoiements languissants et sournois.

Quand j’étais une tortue, je prenais mon temps et méditais sur mon grand âge, bien à l’abri sous ma carapace.

Quand j’étais un écureuil, je gambadais dans la forêt et tel un éclair roux et imprévisible j’atteignais la cime des arbres avant d’en redescendre  la tête en bas.

Quand j’étais un loup, je chassais en meute les élans magnifiques et les rennes rachitiques. Dans la neige je laissais l’empreinte de mes pas, terrifiant les enfants en chaperon rouge.

Quand j’étais un cerf, je portais sur ma tête l’emblème de la forêt et conscient de ma noblesse, je parcourais en bonds majestueux les clairières et les halliers.

Quand j’étais un sanglier, je parcourais l’Ardenne en fouinant de mon groin les faînes et les glands. Quand on lâchait sur moi des meutes de chiens, ceux-ci ne me rattrapaient jamais.

 

Aujourd’hui je suis un homme. Je ne peux ni voler dans les airs ni courir par les plaines. Je n’ai ni la force du loup ni l’agilité de l’écureuil. C’est à peine je parviens à suivre mon chien dans la forêt, quand celui-ci a senti la trace d’un sanglier.

Alors je reste là, méditant sur mon sort, et j’appelle réflexion ce qui n’est que rumination et attente de la mort.

 

Littérature

00:17 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

21/02/2017

"ici et ailleurs"

Il est arrivé aujourd’hui !

Je veux parler de mon nouveau livre publié aux éditions Chloé des Lys…

Après un roman (« Obscurité ») et un recueil de poésie (« Le temps de l’errance »), c’est maintenant un recueil de nouvelles (ou plus exactement d’histoires courtes) que je vous propose.  Celles-ci se déroulent en Afrique, en Amérique du sud ou en Europe. De quoi se dépayser.

Pour le commander, il faudra attendre quelques mois encore, le temps qu’il soit référencé et repris dans le catalogue de l’éditeur.

Le prix cette fois sera très démocratique : 13 euros en librairie pour 293 pages.

J’en reparlerai ultérieurement.

 

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