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01/11/2019

Vol automnal

Un papillon évoluait dans le jardin de l’automne.

Il volait, virevoltait,

Perdu dans le temps,

Perdu dans les souvenirs de son été évanoui.

Chenille verte et trottante, il s’était transformé en éclats de couleurs,

En beauté éclatante,

En souffle léger et passager.

Ephémère présence, conscient de son court passage, il s’obstinait à vivre dans la lumière d’un octobre finissant.

Bientôt la froidure l’emporterait vers l’au-delà des papillons.

Que resterait-il alors, de ce vol de couleurs, de cette légèreté soyeuse, de ces battements d’ailes désordonnés ?

Il ne resterait rien, si ce n’est le souvenir d’une beauté colorée et fragile qui un instant a pu égayer notre vie. 

littérature

 

 

 

 

16:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

24/10/2019

Automne

Le temps passe inexorablement

Et les vieilles tombes elles-mêmes ont perdu leur éclat.

Dans la brume de l’automne, les feuilles s’envolent vers d’autres rêves.

De mes mains s’échappent des nuages aux formes étranges,

Tandis que sur les falaises de l’infini des océans tempétueux viennent se fracasser inlassablement.

 

Il est dans les villages des églises aux formes floues et aux clochers incertains,

Des rivières qu’enjambent des ponts en pierres de schiste,

Et des passants courbés sous le poids de leurs déceptions.

 

Il est des forêts infinies, où des animaux sauvages survivent depuis l’origine du monde.

Au milieu d’une clairière, se dresse un monastère dont la porte est close.

Dans le silence, s’élève un chant beau et pur, qui dit la beauté de l’univers,

Mais derrière ces voix viriles on devine le désir de la femme éternelle,

Cette Marie des Evangiles, qui se donna par amour.

 

Sa silhouette reste gravée sur les vitraux,

Forme fragile et gracieuse qui rayonne de mille couleurs

Dans l’aube matutinale de l’hiver précoce.

Quand la gelée blanchit les herbes tendres de ma jeunesse. 

 

littérature

22:54 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

19/09/2019

La page est tournée

J’avais écrit sur le sable de la plage

Des mots éphémères

Qui se sont évanouis lors de la dernière marée,

Lors de la première grande bourrasque d’automne,

Quand l’équinoxe fut de retour

Et que le monde a basculé vers l’hiver et l’horreur.

 

J’avais écrit des poèmes aujourd’hui disparus.

J’en ai oublié les vers

Et leur musique morne et obsédante.

Il ne reste dans mon souvenir que le bruit des vagues

Déferlant en cascade sur l’infini du sable.

 

J’avais écrit des choses terribles

Sur la vie et la mort

Sur la solitude aussi

Ainsi que sur le temps qui passe et qui nous emporte.

 

De ces écrits sur le sable

Il ne reste rien, rien du tout.

Rien que le sentiment d’avoir perdu mon temps,

Ce peu de  temps qu’il me restait à vivre.

 


13/08/2019

Le songe d'une nuit d'été

Dans des draps blancs aux ondulations vagues,

Elle dormait,

En partance vers des mondes oniriques et fabuleux.

Sous les plafonds constellés d’étoiles, le grand voyage nocturne commença,

Tandis que par les fenêtres, un troublant rayon de lune dévoilait toute sa nudité.

Partie pour des contrées ultramarines, elle rêvait à de merveilleux départs,

A des pays lointains, à des îles enchantées, ou à des mers où paraît-il prospérait le corail pourpre.

Les murs de la chambre étaient couverts de tapisseries anciennes

Et s’ouvraient sur des paysages magiques.

Sur des plages infinies, des sirènes à la peau brune et aux longs cheveux noirs

Montaient des chevaux aux yeux bleus et au regard tendre.

Dans le grand silence nocturne, leur chant ravissait la dormeuse.

Captivée par cette mélodie étrange, elle rêvait aux marins d’outre-mer,

A leur barbe drue et puissante, à leur peau salée, et à leurs baisers de feu.

Désir étrange que celui-là, dans un lit voguant au milieu de la nuit noire.

Les draps ondulent comme des vagues, le bateau tangue et le vertige monte.

Avant de sombrer définitivement dans les profondeurs de l’océan et de couler à pic,

Elle effleure son éternelle blessure et doucement gémit.

Puis elle reste là, étendue sur le sable blond, dans la clarté étrange d’une lune de juillet.

Elle dort, éternellement nue, enveloppée de ses draps blancs.

 

litterature

13:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : litterature

03/08/2019

Océane

Il y avait des plages infinies et une mer vaste et bleue.

Il y avait des horizons lointains et des navires en partance pour de mystérieuses destinées.

Il y avait des falaises abruptes et des phares qui éclairaient toute la nuit.

Il y avait l’odeur des marées et des coquillages par milliers sur le sable des marées basses.

Il y avait les châteaux de sable de l’enfance et toutes nos illusions perdues.

Il y avait des jeunes filles aux cheveux noirs dont les yeux reflétaient tous les mystères de l’Asie.

Il y avait, dans le port, un bateau échoué, et sur le quai des cordages détrempés.

Il y avait un café où s’assemblaient tous les marins du monde.

Il y avait la lande infinie et les bruyères mauves de la mort.

Il y avait des goélands intrépides qui plongeaient dans les flots noirs.

Il y avait le soleil qui se levait sur le premier matin du monde

Et l’écume blanche qui n’en finissait plus de déchirer les rochers de granite rose.

 

Ô enfance disparue avec la dernière marée.

 

litterature

23:53 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : litterature

04/07/2019

Silence monacal

Dans le silence du monastère vieux

Médite un jeune moine au scapulaire noir.

Sous les arcades du cloitre, il déambule,

Observant le jardin où une rose fragile vient d’éclore.

Laissant là son bréviaire aux pages jaunies,

Il en hume le parfum captivant

Et d’un doigt hésitant, caresse lentement les pétales délicats.

Troublé par cette douceur soyeuse,

Il rêve un instant et sans savoir pourquoi

Au visage féminin et gracieux

Aperçu un dimanche dans la nef cathédrale.

Laissant là la rose, il reprend son cheminement

Et soupire en ouvrant le bréviaire à la page cent fois lue.

 

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24/06/2019

Train de nuit (suite et fin)

Je me sentais proche d’elle et pas seulement à cause de ses propos révolutionnaires. Ce qu’elle m’avait dit de Rimbaud m’avait aussi beaucoup étonné. On sentait qu’elle maîtrisait les textes du poète à la perfection et qu’elle savait en extraire toutes les pépites, depuis les rêves impossibles jusqu’à la révolte. Décidément, c’était là une fille étonnante et je me promis de faire plus ample connaissance avec elle dès le lendemain.     

Mais quand je me suis réveillé au petit matin, le train était à l’arrêt en gare d’Hendaye et les premiers voyageurs commençaient à se diriger vers le terminal ferroviaire espagnol. Sur la couchette en face de la mienne, il n’y avait plus personne ! Mon Dieu, elle était partie sans rien dire ! Peut-être, pleine de sollicitude,  avait-elle eu peur de me réveiller ? Mais cela n’avait pas de sens puisque le train était arrivé à destination. Sans doute avait-elle plutôt voulu disparaître avant que je l’interroge de nouveau sur la Colombie. Du coup, je m’en suis voulu de m’être montré par trop indiscret la veille. Sans ma stupide curiosité, ma compagne serait encore là, et c’est ensemble que nous aurions continué le voyage. Mais si elle allait à Salamanca, comme elle l’avait prétendu, elle devait prendre le premier train pour l’Espagne ! Et moi qui restais là comme un idiot à me poser des questions, alors qu’il fallait courir et essayer de prendre le même convoi qu’elle ! Je sautai en bas de ma couchette et rassemblai mes affaires le plus vite possible.  C’est alors que je remarquai un foulard qui traînait à terre et qu’elle avait manifestement oublié. Je me souvenais qu’elle le portait autour du cou la veille, quand elle était entrée dans le compartiment. Je le respirai et tout son parfum, toute son odeur à elle, me pénétra aussitôt. J’en restai abasourdi, quasi en extase. Il me semblait entrer ainsi dans son intimité et j’en étais tout troublé. Se pourrait-il qu’elle eût fait exprès de perdre ce foulard ou l’avait-elle vraiment égaré ? Peu importait finalement, puisqu’il me restait ainsi un petit quelque chose d’elle. Un « presque rien » comme disent les philosophes, mais qui néanmoins importait beaucoup pour moi. Il me semblait enfouir mon visage dans son cou parfumé et je m’imaginais déjà en train de lui mordiller tendrement l’oreille avant de chercher ses lèvres et de finir par un baiser envoûtant.

Il n’y avait plus une minute à perdre ! Je rassemblai mes affaires en un tournemain et, le foulard à la main, je me précipitai dans le couloir du train. Une fois à l’extérieur, je courus le plus vite possible vers les barrières qui séparaient la France de l’Espagne. Enfin arrivé  aux guichets, je parvins à me faufiler et à grappiller quelques places. Mon billet en poche, je me suis précipité vers le train qui attendait le long du quai. Je suis monté dans le premier wagon  et j’ai parcouru toute la rame en espérant retrouver ma fascinante amie. Mais j’eu beau refaire le trajet plusieurs fois, je dus me rendre à l’évidence : elle n’était pas là. Pourtant c’était bien le premier train en partance pour Salamanca ! Je n’y comprenais plus rien. Quand le convoi s’ébranla et prit de la vitesse, j’ai fini par m’asseoir. Mon sac à dos sur les genoux, je continuais à respirer l’odeur du foulard, sous l’œil réprobateur d’une vieille douairière, coincée dans son tailleur rose, qui me dévisageait d’un œil morne et méprisant. Qu’elle ne m’adresse surtout pas la parole, la vieille chouette ! Je n’en avais rien à foutre de ses considérations morales, j’étais amoureux et me moquais bien du reste.

Après un bon moment, je repris mes esprits et contemplai le paysage qui défilait à grande vitesse. Déjà nous avions quitté le Pays basque et nous parcourions le plateau monotone et aride de la Vieille Castille. Etais-je une sorte de Dom Quichotte à la recherche de rêves impossibles ? C’était à craindre. C’est alors que mon regard tomba sur la page d’un journal du matin qui traînait sur la tablette. En gros plan il y avait une photo de la fille que je recherchais ! Je n’en revenais pas ! Je lus le titre et en restai abasourdi : « Una Francesa asesinada en Colombia por un grupo de extrema derecha. » Une jeune fille française assassinée en Colombie par un groupe d’extrême-droite. Le journal était daté de ce matin et le meurtre avait été découvert la veille au soir, vers vingt-deux heures, heure espagnole. Pourtant cette même jeune fille avait bien pénétré dans mon compartiment ! Je ne savais plus que penser. Etais-je devenu fou ? Avais-je eu une hallucination ?  Mystère. J’étais incapable de me prononcer. Les yeux dans le vague, j’ai regardé les champs de Vieille Castille défiler avec monotonie, tandis que je continuais à serrer compulsivement le foulard au parfum enivrant.

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23:51 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

19/06/2019

Train de nuit

J’étais monté dans ce train de nuit à Angoulême, sans billet, et après avoir erré un bon moment dans le couloir, j’étais parvenu à trouver un compartiment vide. Une chance inespérée ! Six couchettes avaient été disposées et je n’avais que l’embarras du choix. J’optai immédiatement pour celle du dessus, histoire de rester le plus discret possible si par malheur un contrôleur zélé se mettait en tête de vérifier les billets. Mais bon, à cette heure, on pouvait quand même espérer qu’il dormirait comme tous les autres voyageurs.

Bien installé dans mes hauteurs, je sortis de mon sac à dos un exemplaire chiffonné des Classiques Garnier et je me replongeai dans la poésie toujours aussi étonnante et ensorcelante des Illuminations de Rimbaud.  Ce sont des villes! C'est un peuple pour qui se sont montés ces Alleghanys et ces Libans de rêve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Il y avait de quoi en avoir le souffle coupé ! Je me mis à rêvasser tandis que mon train filait à toute vitesse vers une Espagne improbable. A la fin, je crois que je me suis endormi, bercé par le bruit monotone des roues. A un certain moment, je me suis réveillé en sursaut : le train était à l’arrêt. Que se passait-il ? Un rapide coup d’œil derrière le rideau de la vitre me rassura : on faisait une halte en gare de Bordeaux- St-Jean. Un coup de sifflet strident m’apprit que le train allait bientôt redémarrer. Et en effet, un peu plus tard, nous roulions à toute vitesse dans les Landes, dont les pins maritimes se dressaient face à l’océan, énigmatiques fantômes dans le clair de lune. C’est à ce moment que la porte du compartiment s’est ouverte et qu’elle est entrée. Elle m’a dit bonsoir avec un merveilleux accent du midi et m’a souri, pas farouche pour un sou, et plutôt enchantée de trouver quelqu’un d’éveillé avec qui faire la conversation. 

Etudiante en lettres modernes à la Fac de Bordeaux, elle s’en allait à Salamanca pour apprendre l’espagnol. Moi qui me rendais en Andalousie officiellement pour essayer de trouver un boulot saisonnier, mais surtout pour entrer en contact avec des camarades anarchistes, je me dis que ses intentions valaient bien les miennes. Nous discutâmes un moment de Rimbaud, dont elle avait repéré tout de suite la couverture fatiguée des Classiques Garnier. Puis ce fut le tour de Verlaine, de Baudelaire et de Léo Ferré. Décidemment cette petite, par ailleurs bien appétissante, semblait loin d’être une idiote, et elle commençait à me plaire. Après la poésie, on aborda les sujets politiques et là également je dois dire que nous étions sur la même longueur d’onde. Il y avait chez elle une sincérité profonde quand elle appelait de tous ses vœux à vaincre la droite capitaliste et à installer une société basée sur des valeurs humaines. On évoqua les guerres coloniales d’Irak, de Libye et de Syrie. On parla de la France de Sarkozy et de celle de Macron, puis de la mainmise de la haute finance sur toute l’économie mondiale. Elle me raconta un voyage qu’elle avait fait l’an passé à Cuba et au Venezuela, voyage qui s’était finalement assez mal terminé en Colombie, d’après ce que je pus comprendre, mais sur cet épisode trouble elle ne voulut rien me dire.  Au contraire, elle se braqua quand je lui posai quelques questions plus précises et décréta subitement qu’il était temps d’aller  dormir. Alors, elle se mit à se déshabiller sans la moindre gêne. J’avoue, moi qui en ai pourtant vu d’autres, que j’en suis resté tout pantois. Une fois le chemisier et le pantalon ôtés, ce fut le tour du soutien-gorge, qu’elle enleva d’un geste précis et gracieux, comme si c’était là l’acte le plus naturel du monde. En petite culotte, elle grimpa dans la couchette en face de la mienne, sous le toit, puis elle me souhaita une bonne nuit avec un petit sourire charmant.

Il faisait si chaud que je ne suis pas parvenu à m’endormir. Discrètement, je regardais parfois ma voisine qui, elle, semblait bien assoupie et dont la respiration régulière soulevait la poitrine dénudée d’une troublante façon. Le train filait à toute vitesse vers cette Espagne exotique où il me plaisait de construire des châteaux imaginaires absolument merveilleux. Puis j’ai repensé à l’histoire étonnante de cette fille sortie de nulle part et qui m’avait confié sans hésiter ses convictions politiques intimes. Oui, mais d’un autre côté, il y avait cet incident en Colombie, où il s’était manifestement passé quelque chose de tragique et dont elle n’avait absolument pas voulu parler. J’étais intrigué. Qu’avait-elle bien pu faire là-bas ? Avait-elle pactisé avec les FARC et avait-elle commis un attentat ? Avait-elle été emprisonnée et torturée ? A cette idée, je sentais une sorte de révolte monter en moi, tout en regardant les longs cheveux noirs qui se répandaient autour de son beau visage.

 

(à suivre)

 

littérature

21:52 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

22/05/2019

Parution

Un opuscule reprenant une nouvelle de 5.000 mots parait vendredi 24 mai 2019 aux éditions Lamiroy.

 

https://lamiroy.net/products/91-un-enterrement-pas-ordina...

Couverture.PNG

17/05/2019

rêverie utopique

Il y aurait une table avec un bouquet de fleurs

Et puis deux assiettes et deux couverts.

Il y aurait, car c’est joli, une bougie allumée au cœur de la nuit

Il y aurait, tout près, une plage de sable fin

Et le bruit de la mer qui arriverait jusqu’à nous.

Il y aurait un peu de vent parfois,

Qui te ferait frissonner.

Il y aurait ma main qui prendrait la tienne

Pour voir si tu n’as pas froid

Il y aurait ton regard qui brillerait dans l’ombre

D’un éclat étrange et troublant.

Il y aurait, à l’horizon, des montagnes

Qu’on ne verrait pas dans la nuit noire

Mais dont on devinerait la présence,

Comme je devinerais, par un frémissement de tes doigts,

Tout le trouble qui t’agite.

 

Il y aurait une table avec un bouquet de fleurs

Et ta voix qui s’élèverait dans l’obscurité.

Tu dirais des choses sans importance

Pour ne pas montrer ton émotion,

Mais dans tes yeux, le reflet d’une flamme vacillerait.

Serait-ce seulement la flamme de la bougie

Agitée par le vent

Qui se réfléchirait là,

Ou bien, serait-ce, au plus profond de toi,

Une émotion étrange qui lentement t’envahirait ?

 

Il y aurait, tout près, une plage de sable fin

Et le bruit de la mer qui arriverait jusqu’à nous.

Il y aurait dans le ciel, autant d’étoiles

Que de grains de sable sur la plage

 

Il y aurait surtout deux êtres qui enfin se trouveraient

Après s’être si longtemps cherchés.

 

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13/04/2019

Ondine

Lui qui marchait au hasard, sur la piste de ses rêves,

Lui qui marchait sans fin depuis tant de jours,

Voilà qu’au bout du chemin, il se trouva soudain devant une rivière.

Des saules en pleurs se penchaient vers l’onde verte, tremblants et émus,

Tandis que le vent caressait doucement leur chevelure murmurante.

L’eau était pure et calme comme au commencement du monde

Et le soleil jouait avec les reflets.

C’est alors qu’entre les joncs il la vit,

Elle, la déesse depuis toujours imaginée,

Elle, la femme dont parlaient tous les mythes,

Celle qu’il avait cherchée depuis toujours sans le savoir.

Elle était là, belle et nue, dans l’eau transparente de cette rivière d’été.

Instant magique, onirique, orphique.

Il regarda ce qu’il n’aurait pas dû voir,

Il contempla la sirène mystérieuse,

La dame chantée par les troubadours sur leurs lyres mystiques,

La muse que Pétrarque pleurait en sa Fontaine de Vaucluse,

Ou cette Eloïse qui fit perdre à Abélard la raison,

Il y a très longtemps, dans un Moyen-Age incertain.

 

 

Il la regardait nager voluptueusement dans l’eau froide et pure,

Ondine aux formes fascinantes, aux courbes envoûtantes.

Seul parmi les mortels il put, un instant, comprendre le mystère sacré,

Celui de la beauté pure, attirante et parfaite.

Les feuilles des saules s’agitaient, tandis que flottait au gré du courant

La longue chevelure noire et soyeuse,

Telle l’ombre de la déesse qui s’en allait, belle et nue,

Emportée par le courant perfide et cruel.

Un instant il rêva d’embrasser ses lèvres soyeuses et entrouvertes

Et ce triangle de tout désir, provoquant et sacré.

Mais déjà la fille s’éloignait et disparaissait derrière les joncs de la rive amère.  

Déjà, il ne restait dans la mémoire du promeneur solitaire

Que le souvenir d’un songe aussi improbable qu’incertain.

 

Littérature, poésie

00:26 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, poésie

29/03/2019

Amazonie

Ivre, le bateau qui remontait le fleuve,

Eclaboussé d’écume.

Ivres, les marins, qui chantaient et dansaient,

Sur le pont de tous les espoirs.

Ivre aussi, le capitaine,

La main sur une cuisse nue

Et qui cherchait l’éternel port.

 

Il remonte le fleuve, le grand navire,

Sous un soleil radieux

Et fend de son éperon les eaux boueuses des dernières pluies.

Dans les cales, tous les tonneaux sont en perce

Et le vin noir coule dans les jarres.

 

Il vogue vers la source, le beau bateau,

Tandis que dans la forêt, des yeux noirs le regardent passer.

Les voiles claquent, effrayant les grands oiseaux tapis dans les roseaux.

Dans sa cabine, le capitaine a déposé son couteau cranté.

Il caresse l’esclave à la peau brune,

Enlevée hier dans un village de la côte.

Il lui murmure des mots étranges et improbables

Et cherche dans les broussailles

Sa blessure primitive.

 

En a-t-il connu des deltas

Et même des triangles des Bermudes,

Mais maintenant, il s’agit de remonter le temps

Jusqu’aux origines du monde.

 

Les cheveux noirs et fous,

Le regard sombre,

La peau incroyablement nue et brillante,

Cette sirène possède toute la beauté du diable…

 

Il caresse une courbe, se désaltère à la source,

Mais ne voit pas la main brune qui tâtonne et s’empare du couteau.

Arrêté dans sa course, le navire s’est immobilisé dans la mangrove.

Sortant de l’ombre, dix indiens nus avancent sur leur pirogue.

Ils portent sur le front l’insigne vengeur du dieu du fleuve.

Littérature

 

 

 

17:42 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

14/02/2019

Promenade champêtre

La vie est une promenade, que l’on fait dans des champs d’amertume. On suit un chemin, sans savoir où il mène, ni pourquoi on a choisi celui-là. Généralement, d’ailleurs, on n’a rien choisi du tout, on s’est retrouvé là par hasard, par habitude, ou par nécessité, parfois suite au conseil d’un ami.

On marche, on suit le chemin, qui s’avance entre les blés blonds. Quelque part, on ne sait pas où, des oiseaux chantent, heureux d’exister. Alors on s’arrête un instant et on les écoute. Quelle mélodie ! Quel hymne à la création ! Allons, la vie semble belle… On reprend sa route, rassuré pour quelques instants. Mais soudain, vous voilà à un carrefour. Aller à gauche ou aller à droite ? Il va falloir choisir. Mais comment trancher, puisqu’on ignore où mènent ces deux chemins. La décision sera forcément arbitraire, autant jouer à pile ou face.

Vous voilà engagé dans une voie qui bientôt se rétrécit. Sans doute vous êtes-vous fourvoyé et aurait-il fallu être plus clairvoyant. Mais vous ne connaîtrez jamais ce qu’aurait été votre vie si vous aviez choisi l’autre chemin. Il vous aurait mené ailleurs, mais où ? C’est là que réside tout le mystère. Vous auriez rencontré d’autres lieux, d’autres personnes… Peut-être même auriez-vous connu un grand amour, qui sait ? C’est tellement agréable, un grand amour… En attendant, vous êtes ici, sur ce chemin de plus en plus étroit et qui se rétrécit encore, finissant par ressembler à un sentier, voire même à une simple piste laissée par des animaux sauvages.

Vous voilà à la lisière d’une forêt. Allez-vous poursuivre votre route et continuer ? De toute façon, il est trop tard pour faire demi-tour. A l’horizon, déjà, le soleil se couche, embrasant l’univers d’une trainée de sang. Il faut y aller, l’heure n’est plus à faire des choix.

Dans les sous-bois, il fait déjà sombre et la nuit ne tardera pas. Où aller ? Il n’y a plus de sentier ou ce qu’il en restait s’est perdu dans l’obscurité. Vous tâtonnez, de peur de vous blesser aux branches sournoises et basses. Parfois, votre pied heurte une racine traitresse. Allons, la belle journée est bien terminée, voilà déjà la fin du voyage. Dans les lointains, hurlent les premiers loups. L’heure est arrivée où il va falloir livrer le dernier combat.

 

litterature

15:36 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : litterature

23/01/2019

Dernière parution

La nouvelle vient de tomber : mon dernier livre est référencé. Après "Obscurité" (roman), "Le temps de l'errance" (poésie) et "Ici et ailleurs" (nouvelles), voici "Sur les traces d'un amour inoubliable".

Il s'agit d'un roman qui, comme son titre l'indique, parle d'amour, mais pas seulement. Et puis cet amour est un peu particulier. D'abord, il s'agit d'une liaison extra-conjugale (madame est célibataire, monsieur est marié) mais surtout un des deux protagonistes est déjà décédé quand on commence la lecture. On l'aura compris, l’héroïne, blessée, va revenir sur les lieux qu’ils ont fréquentés ensemble. Puis, petit à petit, au-delà de la nostalgie qui l’envahit, elle va découvrir des aspects qu’elle ne connaissait pas chez cet être qui était pourtant si proche d’elle. Altermondialiste actif, se pourrait-il que sa mort n’ait pas été naturelle ? Troublée par ces révélations, elle va parcourir l’Ardenne, la région natale de celui qui fut l’homme de sa vie, pour tenter de comprendre qui il était vraiment. 

Au-delà de l’histoire racontée, c’est un  livre où j’ai glissé de nombreux souvenirs personnels et si l’imaginaire les a parfois transformés, ils constituent cependant le terreau où ce livre a puisé ses racines.    

 

 littérature

31/12/2018

Dernier soir

L’année s’achèvera donc sans poème, sans histoire contée ou à raconter.

Dans le grand hiver qui s’avance, règne le silence, celui des forêts de l’enfance.

Sur les branches des sapins, la neige s’accumule.

Elle s’accumule aussi au sol, où les chemins ont disparu.  Il n’y a plus rien, rien que tout ce blanc et le noir des sapins.

Seules apparaissent les traces d’un animal sauvage, qui est passé par là, ce matin, ou hier, ou autrefois, dans un autre temps, dont on ignore tout. Était-ce cette année ou l’année dernière ? Tout se ressemble, je ne sais plus.

La neige continue à tomber, recouvrant inexorablement mes souvenirs.

J’ai tout oublié, même le chemin qu’il me faudrait emprunter.

Il n’y a que du blanc et ce froid qui petit à petit commence à me glacer le cœur.

Le vent se lève, le soir tombe, et tous les horizons s’estompent dans la brume.

Bientôt viendra la nuit et même la forêt aura disparu.

 

 

Littérature 

16:14 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

03/10/2018

Autrefois, une île

C‘était un pays fabuleux qui peut-être n’avait jamais existé. C’était celui de toutes les enfances et la mer qui le bordait en effritait inexorablement les falaises  lors des tempêtes d’hiver. Fragile, cette île se dressait face aux houles océanes, mais elle résistait depuis toujours et conservait une place de choix dans la mémoire des hommes.

Ses forêts étaient impénétrables et parfois on y entendait les brames de grands cerfs que personne n’avait jamais vus.  

Ses fleuves, nés dans les hauts sommets enneigés, traversaient de larges plaines fertiles avant de se perdre dans des deltas incroyables. Là poussaient des palmiers sauvages, tandis que des animaux étranges, mi-dieux, mi-démons, jouaient à des jeux dont ils étaient les seuls à comprendre les règles.

Il y avait des maisons et des palais, des ruines de temples antiques et des églises à l’abandon. Il y avait des ponts qui enjambaient des rivières à sec et des déserts de sable blanc jusqu’à l’infini.

Il y avait aussi des écoles avec des marronniers dans les cours et des filles jolies aux longs cheveux soyeux qui jouaient à la marelle. Elles bondissaient de case en case avec élégance, et restaient  un instant suspendues dans le vent d’automne aux senteurs de feuilles mortes.

Dans les encriers noirs, l’encre fraîche sentait bon la rentrée et sur les pages blanches couraient les premières plumes. Le maître épelait de mystérieux alphabets que répétaient les voix enfantines, chant primordial qui valait bien celui qui résonnait dans les églises, sous les voûtes ogivales et parmi les senteurs d’encens.

Parfois, c’était le bruit des armées que l’on entendait, des armées qui autrefois avaient défendu ces terres contre des barbares venus du fond de l’Histoire. Les scènes de massacre et de villages en feu étaient encore dans toutes les mémoires et le soir, au coin du feu, on se racontait les atrocités que les femmes avaient dû endurer. Ces soirs-là, la parole était de sang et les hommes tendaient un poing vengeur vers cet horizon marin d’où étaient venus ces étrangers depuis leurs brumes du Nord.

Puis s’avançait la nuit avec ses oiseaux aux longs sanglots. Parmi les ténèbres, on croyait alors entendre battre le cœur de la terre, qui parfois tremblait à des profondeurs incroyables.

Enfin, c’était le matin, et il suffisait de rester là, au bord du monde, à regarder la vie. Dans la plaine, des chevaux sauvages couraient, ivres de liberté, tandis que des papillons se rassemblaient par milliers, attirés par le parfum suave des premières fleurs du printemps.

Sur les plages infinies, face à la mer qui s’était retirée jusqu’à l’horizon, les jeunes filles se dénudaient et apprenaient l’amour.

L’enfance était terminée et il n’en restait que quelques échos dans la mémoire. Souvenir du crissement de la plume sur la plage blanche, odeur des feuilles mortes dans la cour de récréation, jeu de la marelle, innocence des chansons, et puis quelques contes cruels dans lesquels apparaissait immanquablement le  loup des légendes.

La mer est revenue aux grandes marées d’équinoxe et a emporté tous mes souvenirs. Il ne reste, enfouie au plus profond de moi, que l’odeur de ta peau et le son de ta voix, tandis que sur le sable la trace de nos pas s’est irrémédiablement effacée.

 

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14/09/2018

Silence nocturne

Nous avons été jeunes sous tes frondaisons, ô forêt.

Je me souviens de tes clairières mystérieuses et des lacs bleus sous la lune.

Les branches entremêlées de tes arbres étaient plus noires que la nuit et de curieux oiseaux traversaient le néant en appelant la mort.

Parfois, la brise s’élevait dans le grand bois sonore et c’était là une musique étrange, comme venue d’un autre monde.

Dans l’obscurité, nous parlions à demi-mots de choses impossibles, t’en souviens-tu mon amour ?

Nous avions cet âge où l’on croyait encore qu’une caresse sur une peau nue pouvait ouvrir les portes de l’impossible. Ta voix était douce et inquiétante comme celle de la forêt, pleine des mystères de ta féminité.

Ta voix était la nuit et depuis toutes ces années j’en cherche encore le chemin.

Par les sentiers sinueux, j’erre en vain, troublé à l’idée qu’un soir, peut-être, je te retrouverai là, assise en silence au bord du lac bleu. Sur tes épaules nues la lune tracera la marque de l’au-delà et moi je me cacherai dans l’ombre pour mieux contempler celle que j’ai tant aimée et que je n’ai jamais revue.

 

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14/08/2018

Le faucheur et sa faux

Il faisait chaud, terriblement chaud. Ils avaient travaillé toute la journée dans les champs, à couper le blé blond et à le lier en gerbes plus ou moins égales. Puis le soleil, enfin, s’était couché derrière l’horizon, ensanglantant la campagne et jetant sur les meules une couleur rouge sang. Alors, ils avaient repris leurs outils tranchants à la lame maintenant un peu élimée, et s’étaient  dirigés vers le village, par groupes de quatre ou cinq. Ils devisaient en chemin et parlaient de la cambrure de reins des juments et de la beauté des femmes. Ils disaient la soif qu’ils avaient et à quel point leur gosier était sec, après ce dur labeur. Ils racontaient des blagues un peu salaces, par lesquelles ils exprimaient  leur envie de finir le nuit près d’une fille brune au regard de feu, une belle fille qui les aurait attendus depuis toujours, et dont la langueur lascive ne pouvait laisser personne indifférent. Ils imaginaient sa peau douce et la manière dont elle gémirait quand ils l’embrasseraient dans le cou. Alors, doucement, ils déboutonneraient son chemisier et moissonneraient à pleines mains les tendres fruits de la passion.   

Devisant de la sorte, ils étaient arrivés devant le premier cabaret, où ils firent une halte bien méritée. Le vin rosé coula à flot, ainsi que la bière blonde aux saveurs de houblon. Ils burent plus que de raison, mais on pouvait les comprendre. La journée avait été rude, sous la canicule, et là-bas, les gerbes bien alignées témoignaient de leur dur labeur. Ils parlèrent de nouveau de la qualité des juments et de la courbure des reins des femmes, puis s’en allèrent dans un autre établissement, manger une omelette au lard copieusement arrosée de vin.

Il faisait chaud, très chaud. La nuit était parfois déchirée par un éclair lointain. Un orage était possible et on l’espérait presque, tant la chaleur était étouffante et pour ainsi dire accablante. Après le repas, quelques-uns s’endormirent dans un coin de l’établissement, tandis que la plupart sortirent pour aller s’étendre dans le fenil, où ils s’assoupirent bientôt, écrasés de fatigue. Trois rudes gaillards, cependant, restèrent encore un moment à fumer et à deviser de tout et de rien. Ils commandèrent une nouvelle cruche de vin, tant leur soif semblait inextinguible. Ils parlèrent, comme c’est normal, de leur paie, qui était bien maigre, et de la radinerie des patrons. De fil en aiguille, ils se mirent à comparer les différentes fermes où ils avaient travaillé. Hector, le plus âgé, avait roulé sa bosse aux quatre coins du pays et il avait de l’expérience, aussi l’écoutait-on avec attention. Chaque année, après la moisson dans le Nord, il descendait faire les vendanges dans les Pyrénées Orientales, puis quand l’hiver arrivait, il remontait en Provence pour la cueillette des olives. Il se déplaçait à pied, mais trouvait souvent un attelage charitable qui lui permettait d’épargner ses vieilles chaussures. Une fois, il s’était même aventuré jusqu’en Espagne, où on disait qu’il y avait beaucoup de travail. Il s’était ainsi retrouvé dans les grandes haciendas au fin fond de l’Andalousie. Ah du travail, il y en avait, ça c’était sûr ! Et de la chaleur aussi ! Mais pour ce qui était de la paie, c’était encore pire que partout ailleurs. Là-bas, les patrons, qui possédaient des centaines d’hectares, embauchaient à la journée. Chaque matin il fallait faire la file et c’était le contremaître qui choisissait qui il voulait parmi la centaine de pauvres villageois qui attendaient là, certains presque en guenilles. Chacun espérait être pris, mais il y avait forcément des déçus. Et si on avait la chance d’être accepté, il y avait intérêt à se montrer plein d’ardeur au travail si on voulait avoir la possibilité de travailler de nouveau le lendemain. Bref, c’était de l’exploitation pure et simple et le salaire était une vraie misère. Face à cette injustice, Hector n’avait pas réagi. Qu’aurait-il pu faire face à ces puissants propriétaires ? Rien du tout. Mais il en avait gardé un sentiment de haine et une volonté farouche de vengeance. Il s’était mis à fréquenter des gens proches des syndicats et finalement il était devenu une sorte d’anarchiste. Quand il parlait, tout le monde l’écoutait, tant il s’exprimait avec fougue, mais il fallait bien reconnaître que ses interlocuteurs avaient toujours un petit sourire aux lèvres. Sans doute ne comprenaient-ils pas vraiment le sens profond de ses propos et n’étaient-ils frappés que par sa véhémence outrancière, qui en effet avait un côté comique. Plus il parlait en essayant de convaincre son auditoire, plus celui-ci se montrait ironique à son égard, ce qui avait le don de l’exaspérer.

Ce soir-là, cependant, il ne parla pas de politique ni de lutte des classes. Non, il raconta une belle histoire d’amour. Il expliqua comment lui, l’éternel voyageur sans attaches, l’anarchiste contestataire de l’ordre établi, avait finalement craqué pour une fille qui l’avait ensorcelé au point qu’il avait voulu se marier avec elle. Oui, il aurait été prêt à mener une existence des plus rangées et même à passer devant le curé pour faire bénir les anneaux, c’était tout dire. Elle était belle, délicieusement belle, avec une longue chevelure noire qui descendait en cascades jusqu’au milieu du dos. Elle avait des yeux de braise et quand elle vous regardait, on se sentait transpercé jusqu’au plus profond de son être. N’allez pas croire pour autant qu’elle était provocante. Non, au contraire, elle avait un petit côté timide et réservé qui était tout à fait charmant et qui faisait qu’on avait envie de la protéger.

Il l’avait connue l’année dernière, au moment de la fenaison. C’était la fille du fermier pour lequel il travaillait et c’était elle qui venait vers midi apporter le déjeuner, généralement de grandes tartines de pain gris avec une omelette et du vin rosé qui vous chatouillait la gorge quand vous le buviez. Peut-être d’ailleurs était-ce ce vin qui lui avait tourné la tête et qui lui avait donné le courage de parler à la belle. Oh, avec les autres femmes, il n’avait jamais eu peur, et il n’était pas le dernier à leur faire des sourires ou à leur pincer la taille derrière une meule de foin, mais avec celle-là, c’était différent. Il la trouvait tellement belle et tellement « comme il faut » qu’il n’aurait jamais rien entrepris sans la douce ivresse du vin. Certes, il avait bien remarqué qu’elle le regardait à la dérobée quand elle arrivait avec ses paniers chargés de victuailles, mais il l’idéalisait tellement qu’il la considérait comme inaccessible. Pourtant, un jour de grande chaleur, après avoir mangé, pendant que les autres ouvriers faisaient une sieste à l’ombre des haies, il l’aida à tout remettre en place dans ses paniers et là, par hasard, leurs mains se frôlèrent. Ce simple geste suffit et le regard qu’ils échangèrent alors contenait en germe tout ce qui allait suivre. Le lendemain, ils eurent une longue conversation, ponctuée de sourires complices, et le surlendemain fut le jour du premier baiser. La suite, il n’est pas besoin de la raconter. Pendant que tout le monde faisait la sieste, eux deux allaient s’isoler dans un champ voisin, où une petite cabane servant à ranger les outils leur offrait un lieu idéal pour s’aimer tout à loisir. Il se souviendrait toute sa vie du trouble qui fut le sien en déboutonnant pour la première fois le beau chemisier bleu qu’elle portait avec élégance et qui l’avait tant fait rêver. Il se perdit dans la douceur de ses bras et en ressortit tout hébété, amoureux comme il ne l’avait jamais été.

Les jours passèrent les uns après les autres, et arriva le moment fatal de la fin de la moisson. Il allait falloir partir, trouver un autre travail, et abandonner ce paradis terrestre, où l’Eve éternelle s’était donnée sans retenue. L’idée d’une séparation était intolérable, aussi décidèrent-ils de se voir durant les trois nuits qui restaient à leur disposition. Pour elle, ce n’était pas là une chose facile, car elle devait quitter discrètement le logis paternel sans se faire remarquer et le réintégrer à l’aube, ce qui était encore plus compliqué. Elle le fit pourtant sans hésiter, tant sa passion était forte. Ils dormirent dans les meules de foin ou plutôt dormirent bien peu, car chacun voulait faire le plein d’émotions et conserver de l’autre le plus de souvenirs possible. Ils n’en finirent plus de s’aimer, alliant caresses tendres et fougue érotique.

Mais vint le moment, après la troisième nuit, où le soleil pointa irrémédiablement derrière l’horizon, illuminant de ses rayons les champs remplis de gerbes fraîchement fauchées. L’heure du départ avait sonné et elle fut douloureuse. Ils n’en finissaient plus de se dire adieu, de se quitter pour aussitôt revenir s’embrasser dans des étreintes qu’ils auraient voulu voir durer toujours. Mais c’était la dure réalité, il fallait partir, abandonner ces lieux enchanteurs et cet être fragile qui vous regardait avec désespoir, des larmes plein les yeux.

Il fut le plus fort et finit par s’en aller, non sans avoir assuré qu’il reviendrait dès qu’il le pourrait. Oui, mais quand ? Cela, c’était impossible à dire. Il avait beau promettre, il ne pouvait fixer aucune date avec certitude et quand il se retourna une dernière fois, il vit que les larmes coulaient sur le beau visage de celle qu’il aimait. Alors, pour ne pas pleurer à son tour (ce qui assurément ne lui était jamais arrivé), il fonça vers la forêt, où il disparut bientôt. Une page de sa vie venait de se tourner, mais il ne le savait pas encore.

 

Le lendemain, il était déjà loin, ayant marché toute la journée et toute la nuit pour tenter d’oublier son chagrin. Il marcha ainsi une semaine entière et finit par trouver du travail dans une petite exploitation assez pauvre dont les champs remplis de pierres ne semblaient pas fort propices à la culture du blé. Il y resta dix jours, le temps de faucher le peu qu’il y avait à récolter, puis il revint d’où il était parti, afin de faire une surprise à sa bienaimée (et surtout afin de pouvoir la tenir une nouvelle fois dans ses bras). C’est en arrivant au village qu’il apprit la nouvelle. De désespoir, la jeune fille s’était jetée dans un étang et on venait de l’enterrer la veille. On disait (mais les gens sont tellement médisants…) on disait que la pauvrette était enceinte et qu’elle avait commis cet acte de désespoir après avoir été chassée du domicile familial par ses parents.

De tels propos étaient évidemment une pure calomnie. Si elle était morte, c’était de désespoir parce qu’elle s’était imaginé ne jamais revoir celui qu’elle aimait. Il le savait bien, lui. Sans rien dire, il se dirigea vers la maison des parents. Il frappa à la porte, mais il n’y avait personne. Alors, il entra discrètement et déposa sur la table de la cuisine l’argent de ses deux dernières paies. Sur l’enveloppe froissée, il écrivit ces simples mots : « Pour Marie », puis il s’en alla.

Quand il eut terminé son histoire, les deux autres se turent, ne sachant que dire. Lui se leva sans un mot et décida d’aller dormir, mais avant de disparaître dans la nuit, il ajouta encore ceci : « Ca s’est passé ici et elle repose au cimetière du village. Si vous allez voir, vous reconnaîtrez sa tombe, j’y ai dessiné un champ de blé avec un faucheur tenant sa faux. Tout le monde croit que ça représente la mort, mais non. C’est une allusion à notre amour au milieu des moissons.»

 

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04/08/2018

Souvenirs

De l’enfance lointaine, au fond des forêts, subsistent des souvenirs de feuilles mortes, d’écorce chaude et d’odeurs sauvages et pénétrantes.

Le village, blotti au creux de la rivière, en épousait toutes les courbes. Les saules pleuraient éternellement et du haut des falaises, des oiseaux fantastiques planaient dans le ciel d’un éternel été.

Sur les routes écolières, par les ponts de bois ou de pierre, nous marchions vers notre devenir.

Sur l’estrade haute, le maître épelait des savoirs antiques et nous l’écoutions, rêveurs, en songeant à toutes ces vies éteintes qui avaient cessé d’être.

Les dimanches étaient désespérants et notre ennui se blottissait au cœur des églises, parmi les chants et les encens mystiques.

Les repas, interminables, prenaient fin avec la nuit, quand les hiboux énigmatiques lançaient des cris incompréhensibles.

Puis l’obscurité nous enveloppait, nous plongeant dans des terreurs primitives. Au milieu de nos rêves, surgissaient des ancêtres inconnus, qui dessinaient d’une main hésitante des animaux étranges sur les parois des grottes.

Ces grottes, nous partions à leur recherche dans l’aube blafarde, quand la terre s’éveillait lentement et que dans les grands chênes le premier oiseau du monde nous saluait.

Il nous fallut toute une vie pour comprendre qu’il n’y avait d’autre trésor que notre enfance, maintenant à jamais perdue.  

 

Littérature

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01/07/2018

Lune

La forêt a disparu dans la nuit et les ténèbres ont envahi l’espace. C’est alors que la lune mystérieuse s’est levée, d’abord lentement, puis avec plus de franchise. Elle vient d’ailleurs, d’au-delà de nos rêves, et nous réconforte dans notre solitude.

Le paysage nocturne s’est figé dans le grand silence de la mort. Tout ici dort. La vie est abolie, oubliée, inversée.

Dans le ciel noir brillent des feux éteints depuis dix mille ans et leur lumière menteuse n’est qu’une illusion.  

En contrebas, s’écoule le grand fleuve, éternel et obstiné. Inéluctable, il dit le temps qui passe et les espoirs des embouchures magiques. Dans le delta sacré, il disparaîtra au milieu d’un océan magnifique. Majestueux, il se dirige vers les lendemains, porteur de nos rêves nocturnes et de nos désespoirs d’enfants. 

Solitude. Recevras-tu un jour cette lettre que je te destinais et que je ne t’ai d’ailleurs pas écrite ? A quoi bon ? Quels mots aurais-je pu aligner pour dire les amours passées et évanouies ? Ce qui fut n’est plus et le fleuve d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Seul son flot obstiné demeure, éternellement, comme le souvenir que j’ai de toi, ancré à jamais en moi. Sur ma table, brille une étoile arrachée au ciel. J’écris un poème qui parle de toi, mais qui ne t’est plus dédié. Comme les étoiles, tu as disparu du ciel nocturne. Quant à la lune, elle a dépassé l’horizon de tous les possibles. La forêt s’est évanouie dans le silence. Il n’y a plus rien qu’un léger souffle de vent, semblable à un soupir de femme. Là-bas, le fleuve s’écoule lentement vers son embouchure, vers ce delta de tous nos désirs.

La nuit sur le fleuve

Lune

01:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : lune

15/06/2018

Des îles

Il est des îles, là-bas, où des femmes mauresques racontent aux enfants des histoires de marins et de voiliers fantastiques.

Il est une ville, là-bas, où le vent apporte des senteurs marines chaque fois que le soir tombe.

Un grand fleuve fait de souvenirs coule lentement jusqu’à sa bouche océane.

Du haut des falaises du temps, on peut contempler les récifs où se sont brisés tous les rêves.

Dans les cafés enfumés aux vitraux mystiques, des hommes boivent de la bière amère et du vin doux. Ils devisent entre eux sur les femmes inconnues qu’ils ont croisées dans la nuit des cathédrales. Ils se souviennent de leurs regards de feu et du désir qui les a alors consumés. Ils se souviennent de leurs cheveux fauves, de leurs lèvres troublantes, et de leur sourire énigmatique. Ils se racontent les corsages entrouverts et les jupes flottant le long des cuisses nues, comme de grandes voiles invitant aux voyages. Ils parlent et ils boivent, puis s’en vont dans la nuit oublier les fantômes de ces sirènes qui hantent leur mémoire.

Il est des îles, là-bas, où les enfants dorment et où les femmes mauresques rêvent d’un ailleurs étrange. Elles laissent tomber leur robe et contemplent en silence le grand fleuve qui coule dans la nuit jusqu’à l’océan infini.

Il est des îles.

Là-bas.

 

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07/05/2018

Une librairie fantastique (fin)

Le temps passait et il était déjà deux heures du matin. Il devenait urgent d’aller explorer la deuxième salle, celle que les cartons non déballés avaient transformée en un véritable labyrinthe. Il n’y avait plus de bandes dessinées, ici, mais plutôt des livres étranges, sur la magie noire, la sorcellerie, les mondes disparus comme l’Atlantide, les forêts ténébreuses remplies d’esprits, ou encore le monde légendaire du Moyen-Age (la quête du Graal, le château des quatre fils Aymon, le cycle de Charlemagne ou celui de Bretagne). J’ai retrouvé là le « Lancelot du Lac » de Chrétien de Troyes et j’en ai relu quelques pages avec plaisir. Sur le radiateur, traînait une édition bilingue (ancien français–français contemporain) de la « Chanson de Roland », que j’avais étudiée dans ses moindres détails lors de mes lointaines études :

CARLES li reis, nostre emperere magnes,

Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne :

Tresqu’en la mer cunquist la tere altaigne.

N’i ad castel ki devant lui remaigne ;

Mur ne citet n’i est remés a fraindre,

Fors Sarraguce, ki est en une muntaigne.

Il me semblait, en lisant ces lignes, que les mots venaient à moi, comme si je les connaissais de toute éternité. J’ai reposé le livre et en ai choisi un autre, consacré à la forêt de Brocéliande. Cette fois, la magie n’opéra pas. J’étais fatigué et mes yeux commençaient à se fermer bien malgré moi. Il était temps de songer à me reposer quelques instants sur le fameux lit de camp dont m’avait parlé le libraire. C’est à ce moment précis que j’ai entendu un bruit dans le fond de la pièce. Une image me traversa soudain l’esprit : la femme que j’avais saluée juste avant la fermeture, où était-elle passée ? Elle n’avait pas pu aller rejoindre le libraire dans son appartement, puisque je m’étais précipité le premier, en entendant le volet de l’entrée qui se fermait. Se pourrait-il qu’elle fût encore là ? Peut-être était-elle, elle aussi, une cliente, fascinée par le monde des livres ? Lisait-elle les aventures de Tristan et Iseult ou bien s’était-elle endormie sur le fameux lit de camp que je convoitais maintenant ? Sans que je sache pourquoi, l’image de la jeune fille dénudée de Thorgal refit subitement surface dans mon esprit, et c’est avec un trouble certain que je me suis avancé vers l’extrémité de la salle. Arrivé contre le mur du fond, je vis dans un coin une espèce de matelas posé sur une structure métallique sommaire. Il n’y avait personne d’autre que moi dans cette salle. Visiblement, mon imagination avait dû me jouer un tour. On ne côtoie pas le monde de l’imaginaire impunément ! Je me couchai sur le matelas et fermai les yeux. Immédiatement, le sommeil s’empara de moi et m’emporta vers les contrées, plus étranges encore, des rêves.

J’étais sur un grand voilier, une sorte de caravelle de l’ancien temps, et je voguais sur une mer d’un bleu intense. Des requins suivaient le navire, menace évidente pour qui serait tombé à l’eau. Pourtant, c’était plus fort que moi, je me penchais très fort, désirant contempler une sirène qui nageait entre deux eaux. Parfois elle folâtrait à ras des flots et je pouvais voir sa longue chevelure ondoyante, ainsi que ses épaules et son dos nus. Parfois, au contraire, elle plongeait plus profondément, semblant m’inviter à la suivre. Alors, attiré comme par une force irrésistible, je me penchais plus fort encore, presque dangereusement, pour tenter de l’apercevoir. Je repensais à Ulysse, qui avait été confronté au chant des sirènes du côté de la Sicile. La mienne ne chantait pas, mais elle me fascinait par son beau corps, qu’elle ne montrait en partie que pour mieux le cacher ensuite. J’étais devenu l’esclave de ce jeu de cache-cache et le dessinateur de Thorgal aurait souri s’il avait dû croquer cette scène en quelques coups de crayon.

A ma grande déconvenue, la sirène disparut soudain, ayant sans doute plongé définitivement dans les eaux bleues de l’océan. J’en étais tout dépité, quand j’entendis un chant qui semblait sortir tout droit de l’abîme. Je me suis réveillé et, ô stupeur, le même chant mélodieux continuait, comme s’il émanait de l’autre extrémité de la pièce. Je me suis levé précautionneusement, le cœur battant, et me suis approché des caisses de livres. Le chant s’arrêta aussitôt, comme celui des cigales quand on passe sous le pin où elles ont élu domicile. De quel sortilège étais-je la victime ? Tout se mélangeait dans ma tête, la sirène, l’esclave nue de la bande dessinée, la jeune femme entrevue ici même hier au soir… Se pourrait-il que celle-ci fût cachée quelque part entre ces caisses ? Je le redoutais et le désirais à la fois. Qui était-elle ? Un être fabuleux, sorti tout droit du monde imaginaire évoqué dans les milliers de livres qui m’entouraient, ou bien un être de chair, désirable comme la sirène de mon rêve ? Finalement, n’étais-je pas moi-même l’esclave de cette attirance pour le corps féminin, qui, par sa différence avec le mien, n’en finissait plus de me fasciner ? Je contournai les boîtes de carton, longeai le radiateur, revint sur mes pas. Personne ! C’est alors qu’il me sembla entendre les ressorts du lit de camp grincer et percevoir comme un petit rire étouffé. J’allais faire un pas dans cette direction, le cœur battant à tout rompre, la peau frémissante de désir, quand une voix virile retentit à l’autre extrémité du magasin.

— Alors, vous avez passé une bonne nuit ? Il est sept heures du matin et je vous apporte le petit déjeuner, vous l’avez bien mérité.

C’était le libraire qui venait de se lever. Il tenait d’une main une assiette remplie de croissants et de l’autre une cafetière fumante.

— Avez-vous pu dormir un peu ? J’espère que le bruit des souris, qui trottinent toute la nuit entre les caisses ne vous a pas trop dérangé ? Certains des visiteurs qui vous ont précédé m’ont dit avoir été importunés par leurs cris et leur sarabande. Il faudrait quand même bien qu’un de ces jours je me décide à poser quelques trappes.

Je le regardai, incrédule.

— Ben oui, poursuivit-il, en versant le café bouillant dans les tasses, il ne faudrait quand même pas qu’elles se mettent à grignoter les livres. Notez que je pourrais acheter un chat, comme on faisait autrefois sur les vieilles caravelles. J’aime les chats et j’adore par-dessus tout caresser leur fourrure soyeuse. Mais ce sont des animaux capricieux, comme les femmes, finalement.

— Comment cela ? Vous n’aimez pas les femmes ?

— Si, bien sûr. Elles sont fascinantes comme des sirènes, mais elles savent aussi nous rendre esclaves de leur beauté. Souvenez-vous d’Ulysse, qui est ainsi resté sept longues années dans l’île de la princesse Calypso, dont il ne parvenait plus à se séparer parce qu’il aimait un peu trop l’éclat de ses yeux et sa nudité de déesse.

— Oui, c’est vrai, vous avez raison. Au fait, croyez-vous qu’il y avait des chats, sur son bateau, pour combattre les souris ?

— Ca se pourrait, en effet. D’ailleurs j’adore l’expression « jouer au chat et à la souris », n’est-ce pas ce que nous faisons, nous les hommes, dans nos rapports avec les femmes ? On ne sait jamais qui attire l’autre, ni surtout qui va gagner à ce jeu de dupes.

Que répondre à cette vérité ? J’ai mangé mon croissant en silence, tout en méditant sur la capacité de la littérature à exprimer toutes ces relations complexes, qui sont au centre de notre vie. Vers huit heures, j’ai pris congé de mon hôte, tout en le remerciant avec un petit sourire pour son hospitalité. Je me suis retrouvé dans la rue et le temps était doux et ensoleillé. Il me fallait maintenant regagner ma voiture, qui devait toujours se trouver dans ce quartier éloigné et délabré où je l’avais laissée. Devant moi, sur la place de la mairie, une jeune femme se dirigeait vers les bâtiments administratifs. Elle portait une jupe courte, qui s’agitait dans la brise matinale, et qui laissait voir ses jambes nues. Je la suivis du regard, incapable de détacher les yeux du mouvement souple de ses hanches. Bientôt elle disparut derrière la porte d’entrée, me renvoyant inexorablement à ma solitude et à mon désir inassouvi.

Je me perdis un peu en recherchant mon véhicule. Quand je le retrouvai enfin, un PV pour stationnement interdit était apposé sur le pare-brise. Voilà une journée qui commençait bien mal !  

Otto Greiner - Ulysse et les sirènes 

otto greiner ulysse et les sirènes via philipwomack.tumblr.com.jpg       

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02/05/2018

Une librairie fantastique (2)

Je commençais à me demander pour de bon où je me trouvais, quand j’entendis le volet de l’entrée qui se fermait. Un coup d’œil à ma montre m’indiqua qu’il était dix-neuf heures. Il était plus que temps de sortir de ma rêverie et de m’en retourner chez moi. Mais une fois dans la première pièce, je m’aperçus qu’il n’y avait plus personne ! Des bruits de pas dans un escalier dissimulé derrière une porte attirèrent mon attention.

— Holà ! Monsieur le libraire ? Je suis un client et je voudrais sortir. Comment fait-on ?

Il se pencha par-dessus la rampe et me dit en riant :

— Mais à cette heure on ne sort plus, voyons. Je ferme tous les jours à dix-neuf heures, ce qui est beaucoup plus tard que mes confrères. Alors, tant pis pour les clients qui se font prendre au piège. Ils passent la nuit dans la librairie ! S’ils se sont attardés si tard et se sont laissé surprendre par la fermeture du volet, c’est qu’ils aiment les livres, non ? Alors ils peuvent bien passer une nuit en leur compagnie. Rassurez-vous, vous n’êtes ni le premier ni le dernier à qui cela est arrivé et personne ne s’est encore plaint.

– Quoi ? vous voulez dire que je vais passer la nuit ici ?

— Ben oui, une fois le volet fermé, il n’y a plus d’autre issue vers la rue. Est-ce que par hasard vous n‘aimeriez pas les livres ?

— Si, absolument, mais enfin… 

— Eh bien alors, tout est pour le mieux ! Vous verrez, vous ne le regretterez pas. La lampe reste allumée toute la nuit et dans le pire des cas, il y a dans la salle du fond un lit de camp destiné aux visiteurs attardés. Si vous vous trouvez trop fatigué à un certain moment et que vous désirez faire un petit somme, ne vous gênez pas. Faites comme chez vous. Là-dessus, je vous laisse et à demain. Je vous souhaite une joyeuse nuit au milieu de tous les héros des bandes dessinées.

Le libraire se remit à gravir les marches et j’entendis bientôt la porte de son appartement qui se refermait derrière lui. Quelle affaire ! Je n’avais jamais vécu une telle aventure ! Mais après tout, pourquoi pas ? J’aimais les livres, je les adorais, et je n’arrêtais pas de le répéter. Je n’allais quand même pas rechigner devant le fait de passer une nuit en leur compagnie ! Certes, il s’agissait ici essentiellement de bandes dessinées, et le moins que l’on puisse dire c’est que je ne maitrisais pas la matière, mais pourquoi ne pas relever le défi ? Ce serait l’occasion de découvrir un monde pour moi quasi inconnu.

Je me mis donc à parcourir les rayonnages et à prendre une BD de temps à autre. J’ai commencé par celles que je connaissais, comme Tintin ou les Schtroumpfs. Assis par terre, j’ai relu intégralement « Tintin au Tibet » et j’ai retrouvé le sens de l’amitié en partant à la recherche de Tchang dans les neiges himalayennes. Puis ce fut « l’Etoile mystérieuse », avec ses savants fous et ses araignées géantes. Littéralement captivé, j’ai choisi ensuite « Le Trésor de Rackham le Rouge » et c’est avec la même émotion que lorsque j’avais dix ans que j’ai plongé au milieu des requins, revêtu d’un scaphandre, à la recherche du fameux trésor du chevalier de Haddock. Oui, à travers ces bandes dessinées, je retrouvais ma capacité enfantine à m’émerveiller. Car c’était bien grâce aux livres, qu’à peine âgé de six ans, j’avais quitté le monde réel pour celui de l’imagination. J’en avais vaguement conscience, mais là, en relisant tous ces récits, je me rendais bien compte que tout avait débuté à leur contact, un demi-siècle plus tôt.

Il était déjà presque minuit quand je me suis décidé à quitter l’univers de Tintin pour poursuivre mes découvertes. Mais ce fut d’abord pour rechercher une nouvelle fois les autres ouvrages qui avaient accompagné mon enfance : les Schtroumpfs, Michel Vaillant, Tanguy et Laverdure… Deux bonnes heures se passèrent encore en leur compagnie. Comment avais-je pu les oublier, eux qui m’avaient fait tellement rêver ? En parcourant les rayonnages, j’ai même retrouvé Alix, cet esclave gaulois qui vivait dans la Rome antique. Je ne possédais chez moi aucun  livre d’Alix, mais je lisais ses aventures à la dérobée, de manière illicite, dans les rayons des grandes surfaces. J’étais fasciné, à l’époque, je m’en souviens très bien, par la semi-nudité des personnages. J’allais bientôt terminer mes primaires, et la pré-adolescence n’était pas loin, qui allait bientôt me laisser pantois devant le corps des filles. Un souvenir me revint. J’avais lu à l’époque dans Thorgal (toujours dans une grande surface) une scène qui m’avait à la fois bouleversé et indiscutablement attiré. Il s’agissait d’une vente aux esclaves et une jeune fille resplendissante était amenée sur une estrade pour être achetée. Pour faire monter le prix, le vendeur n’hésitait pas à la dévêtir complètement d’un geste autoritaire, la laissant complètement nue devant les regards du public. Je me souviens parfaitement d’avoir compati à sa gêne, qu’on devine terrible, mais je sais aussi qu’au même instant je n’en finissais pas d’être fasciné par son corps de déesse, et notamment par sa poitrine, qu’elle tentait de dissimuler d’une main, tandis que de l’autre elle essayait de cacher son sexe. Cette scène avait marqué assurément ma sortie de l’enfance et mon entrée dans l’arène sexuelle de l’adolescence. Il fallait absolument que je retrouve le volume concerné. Je passai une bonne heure à le chercher, mais quand je l’eus enfin en main, c’est avec une émotion indescriptible que je me suis mis à lire l’histoire. Arrivé à la scène décrite plus haut, la même émotion emplit tout mon être. Cette femme, j’avais d’abord envie de la revêtir de sa tunique, pour qu’elle oublie sa nudité forcée, puis de me jeter à ses genoux, pour lui demander pardon de la bestialité des hommes. Pourtant, en même temps, je n’arrêtais pas, malgré moi, d’admirer ses formes parfaites, qui me fascinaient. Rien n’avait donc changé depuis l’époque lointaine où j’avais fait sa « connaissance », car en l’occurrence, on peut bien parler de rencontre, les personnages de papier étant parfois plus présents dans notre imaginaire que les êtres que nous côtoyons tous les jours.

 

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30/04/2018

Une librairie fantastique

Je cherchais, depuis quelque temps déjà, une édition originale de Julien Gracq. Comme mes démarches n’aboutissaient à rien, une connaissance m’avait donné l’adresse d’un bouquiniste obscur qui passait pour collectionner quelques raretés.

— Va donc y jeter un coup d’œil, m’avait-il dit, si tu ne trouves pas là ce que tu recherches, tu ne le  trouveras nulle part ailleurs.

Je n’avais rien à perdre, aussi avais-je donc décidé de suivre son conseil. La fameuse boutique se situait, paraît-il, près de la place de la mairie à La Louverie. Comme ce n’était pas trop loin de chez moi, je me suis donc mis en route. Trouver la mairie ne fut pas un problème, par contre trouver un emplacement de parking le fut bien davantage. Après avoir tourné pendant une bonne demi-heure, il fallut bien me résoudre à garer ma voiture dans un quartier passablement éloigné du centre névralgique et politique de cette cité au lourd passé industriel. Après avoir longé à pied quelques rues aux maisons basses et avoir traversé des friches et des terrains vagues où, je suppose, devaient être implantées autrefois les usines qui avaient fait la prospérité de la région, je me suis enfin retrouvé sur la place de la mairie. C’était une espèce de grand espace désert, entouré de bâtiments administratifs et d’une banque. En tout cas, rien dans ce paysage  qui ressemblât à une échoppe de bouquiniste.  J’ai fait deux fois le tour de la place, puis j’ai parcouru dans les rues adjacentes, rien. Je commençais sérieusement à me demander si mon ami ne m’avait pas fait une méchante blague aussi, pour en avoir le cœur net, ai-je abordé le premier passant rencontré. C’était un adolescent, plongé comme de bien entendu dans la lecture de son portable. Il parut passablement étonné que je lui adresse la parole et j’ai débord cru qu’il allait s’enfuir. Mais non, poliment, il a ôté le casque qui recouvrait ses oreilles et m’a écouté attentivement.

Une librairie dans le quartier de la mairie ? Non, ça ne lui disait pas grand-chose. Il faut dire qu’il n’était pas grand amateur de livres, mais quand même, il aurait dû la connaître, il était du coin. Non, franchement il ne voyait pas. Il interpella alors un de ses copains, qui lui aussi semblait plongé dans la lecture attentive de son Iphone. Celui-là ne lisait pas non plus et honnêtement, les librairies, ce n’était pas son truc, mais il croyait savoir que dans une des rues adjacentes, il y avait du côté droit une petite ruelle où pourrait bien se trouver ce que je cherchais. En tout cas, lui qui traînait sur la place à longueur de journée,  il avait déjà vu des passants sortir de cette ruelle en tenant des bouquins sous le bras. Après avoir remercié les deux jeunes, je pris donc la direction indiquée et en effet, je trouvai la ruelle en question et tout au bout la librairie tant recherchée. J’en poussai la porte avec une joie non dissimulée, persuadé que j’allais enfin mettre la main sur le fameux original de Gracq  que j’espérais trouver depuis si longtemps.

Une fois à l’intérieur, je compris immédiatement que je m’étais trompé d’enseigne, car on ne vendait ici que des bandes dessinées. Pourtant, loin d’être déçu, je suis immédiatement resté en admiration devant ce qui s’offrait à moi. J’étais entré dans une véritable caverne d’Alli Baba. Les étagères couvraient les murs jusqu’au plafond et il n’y avait pas un rayonnage qui ne fût entièrement rempli. Je ne sais pas combien de bandes dessinées devaient se trouver là, mais assurément je n’en avais jamais vu autant. 

— Bonjour, me dit le libraire.

— Heu… Bonjour.

Je ne l’avais pas vu, celui-là ! A moitié caché derrière son comptoir sur lequel s’empilait un amoncellement de boîtes et de livres, je n’avais même pas remarqué sa présence, tout occupé que j’étais à admirer la somme prodigieuse de bouquins que renfermait cette boutique. Car c’était bien d’une boutique qu’il s’agissait. Rien de pompeux, ici, pas d’étagères en chêne ou de comptoir vernissé. Non, mais de vieux rayonnages qui ployaient sous le poids des volumes. Le tout avait une vague ressemblance avec les vieilles épiceries de village, que nous avons tous connues dans notre prime enfance. Aucun luxe en ces lieux, mais on y trouvait de tout.

— Vous cherchez quelque chose de précis ?

— Heu non, ou plutôt oui, mais je crois que je me suis trompé de librairie. Cependant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais quand même jeter un coup d’œil.

— Faites seulement, faites, les livres sont là pour être admirés et consultés.

Cette réponse me plut. J’avais affaire à un passionné, cela se sentait, et d’ailleurs l’atmosphère qui se dégageait de toute la boutique le prouvait à suffisance. Je m’avançai sur un vieux tapis tout usé, qui laissait voir par intermittence le carrelage qu’il avait dû recouvrir un siècle plus tôt, mais qu’il était bien incapable de dissimuler aujourd‘hui, tant il était troué. Curieusement, ce détail me plut au plus haut point. Manifestement le tenancier n’était pas là pour faire fortune ni pour épater le client. Non, s’il se tenait derrière son comptoir, ce n’était pas pour compter les billets de banque gagnés au cours de la journée, mais parce qu’il aimait les bandes dessinées et qu’il voulait faire partager sa passion. C’était son métier, cependant, et on se demandait bien comment il parvenait à boucler les fins de mois, car j’étais manifestement le seul curieux à flâner entre les rayonnages. Pourtant, la quantité de livres présents prouvait qu’on n’était pas à la fin d’une époque plus glorieuse ou à la veille d’une faillite. Il fallait croire que le bonhomme parvenait à s’y retrouver tout de même, même s’il ne devait pas rouler sur l’or.

Je continuai ma visite et passai dans la seconde salle. C’était un capharnaüm incroyable ! Non seulement les mêmes rayonnages continuaient à couvrir les murs jusqu’au plafond, mais en plus il fallait cheminer entre des caisses non déballées qui constituaient une sorte de labyrinthe au milieu de la pièce. Ajoutez à cela un radiateur volumineux et décentré qu’il fallait contourner, et une ou deux tables où s’amoncelaient pêle-mêle des jeux vidéo et des livres sur la forêt de Brocéliande ou les légendes galloises et irlandaises. Au sol, le même tapis miteux continuait d’avouer son âge et montrait à travers ses nombreux trous un carrelage d’une époque elle aussi révolue. Tout au bout, derrière une pile de bouquins, une jeune femme se tenait debout. Elle me sourit et me fit un petit signe de la main. Ce devait être l’épouse du libraire et je lui rendis son sourire.  

(à suivre)

 

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27/02/2018

Le canal

Les mouettes blanches se reflètent dans le miroir du canal noir.

Elles proviennent de la mer lointaine

Et tournent dans le ciel gris des hivers du Nord

Fantômes évanescents

Qui disent nos peurs devant la mort qui s’avance

 

Derrière les peupliers de la rive

Dans la brume matinale

Se dresse un clocher solitaire

Dont l’horloge égrène le temps

 

Au pied  de la petite église je sais qu’il est un cimetière

Aux tombes oubliées

Où reposent ceux qui n’étaient que de passage

 

Eux aussi autrefois ont contemplé les mouettes aux grandes ailes

Et tout en marchant le long du canal

Ils ont compté les coups du clocher

Avant que de devenir fantômes

Dans la brume de notre mémoire

 

William Degouve de Nuncques Brume sur le canal (1908)

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17/02/2018

Aube marine

Là-bas il y aura la mer derrière la dernière dune

La mer la plage et le sable

Et puis l’infini du monde

Dans le vent planeront des oiseaux aux cris de tempête

A l’horizon disparaîtra un dernier navire en partance pour les îles

La nuit le vent soufflera sur la lande et quand l’aube se lèvera sur les champs de la mémoire

Nous raconterons nos batailles, nos peines et nos peurs

Nous raconterons nos espoirs nos amours et nos morts

Et puis tout ce qu’il a fallu oublier pour continuer à vivre

 

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11/02/2018

Paysage

J’ai vogué sur l’océan et me suis laissé emporter par les vagues de ton corps

J’ai aimé ce rivage humide et ta peau brûlée de soleil que caressaient mes doigts

Je t’ai aimée, toi, ta source, et les collines qui surplombaient la mer

Un petit chemin en descend qui serpente  vers le rivage et la grotte des sirènes

C’est là que jaillit la fontaine au pied des falaises entre des pierres moussues

C’est là que je reviens sans cesse en répétant ton nom

 

Plus loin gronde l’océan  et ses tempêtes meurtrières

 

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18/01/2018

Emile Verhaeren

Un article sur Emile Verhaeren.

 


 

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12/01/2018

Les espaces infinis

Tout qui regarde les étoiles ne peut qu’être fasciné par l’étendue du cosmos. Déjà on ne comprend pas bien comment la terre a pu se constituer et nous offrir un endroit où vivre, mais on comprend encore moins quand on contemple le firmament et qu’on se dit qu’il y a  là des milliards et des milliards d’étoiles, autrement dit et pour faire simple, des milliards de soleils semblables au nôtre, et autour desquels doivent certainement graviter des planètes.

Pourquoi tout cela ? Pourquoi autant de matière en mouvement et pourquoi cette énergie dépensée ? Cela laisse rêveur. Certains y voient la toute-puissance d’un dieu, d’autres plus sceptiques, tentent d’expliquer ce phénomène par le hasard. « Le hasard fait bien les choses » dit le proverbe, mais quand même… Certes, vu ces milliards d’étoiles, on se dit que la probabilité que la vie existe ailleurs dans l’univers est réelle. Il suffit d’un peu de chance et de la combinaison de certains éléments. Oui, sauf que pour expliquer l’apparition de la vie sur terre, il en a déjà fallu beaucoup, de conditions. Et on ne voit toujours pas très bien comment en mélangeant de la matière inerte on est parvenu à créer la vie. Les scientifiques, sur ce point-là, sont assez décevants, puisqu’ils nous disent que la vie viendrait de l’espace. Ce serait des comètes, des météorites ou que sais-je qui en s’écrasant sur notre bonne vieille planète, auraient apporté les éléments nécessaires à la vie. Bref, ils ne valent pas mieux que les religieux qui expliquent le monde par l’existence d’une divinité mais qui ne nous disent jamais pourquoi cette divinité existait préalablement. On tourne donc en rond, ce qui est logique me direz-vous, quand on parle de planètes et de corps célestes.

Ceci dit, ces corps célestes ne tournent pas tous en rond. Non, l’univers est en expansion constante et toute la matière du cosmos progresse à une vitesse vertigineuse en ligne droite dans toutes les directions. Tout cela à cause du big-bang, l’explosion primitive. Très bien. Mais si on comprend en effet qu’une explosion a pu donner cet éparpillement de matière, cela ne nous dit pas encore ce qu’il y avait avant cette explosion, quelle planète primitive aurait ainsi explosé. Une nouvelle fois, on est incapable d’expliquer quoi que ce soit.

Mais il y a plus fort encore. Ces galaxies, formées de milliers d’étoiles (toutes à des stades différents de leur combustion), que l’on peut observer avec des télescopes de plus en plus  puissants (ce qui ne résout rien mais ne fait que nous faire prendre conscience du gigantisme de l’univers), ces galaxies, dis-je, que nous voyons aujourd’hui, n’existent peut-être plus. Malgré la vitesse de la lumière, il a fallu des milliers d’années pour que leur rayonnement nous parvienne et les conclusions que nous tirons sur leur masse, leur forme et leur agencement, reflètent une situation antérieure qui n’est plus celle d’aujourd’hui. Pour le dire autrement, nous voyons ce qui a existé il y a mille, dix mille ou cent mille ans. Bref, les étoiles qui parsèment notre ciel sont un leurre. Si ça se trouve, elles sont déjà toutes mortes et nous n’en savons rien. C’est effrayant. Nous revoilà, pauvres humains, seuls dans l’univers, sur une planète qui tourne autour d’un soleil qui bientôt va s’éteindre, à contempler des étoiles qui n’existent peut-être plus. Une telle idée donne le vertige et nous fait comprendre que nous ne sommes pas grand-chose. L’homme (pardon, je veux dire l’être humain, sinon les femmes partisanes de l’orthographe inclusive vont me tomber dessus à la vitesse d’une comète enflammée) ne serait donc pas le centre de l’univers, comme on le dit dans la bible, mais perdu dans la nuit et fruit du hasard dans un univers en expansion.

De plus, il semblerait que cette fameuse expansion doive un jour s’arrêter. Les scientifiques pensent qu’il il y a de moins en moins d’étoiles plus on avance dans le temps. C’est assez logique, finalement. Après l’explosion primitive, l’énergie était considérable et les étoiles incandescentes se sont ruées vers les limites de l’infini. Mais les milliards d’années passant, elles ont perdu de leur force. Beaucoup déjà se sont éteintes (comme notre soleil le fera un jour) et on peut supposer qu’un jour viendra où il n’y aura plus rien de lumineux. Le ciel alors sera noir et la vie aura disparu. Voilà qui n’est certes pas réjouissant. Reste la question initiale : pourquoi tout cela ? Quel a été le but de ce gigantesque embrasement ?

Bon, vous me direz qu’on a le temps de voir venir et qu’en ce qui concerne notre petite terre, le soleil la réchauffera encore longtemps. Hélas, ce n’est pas si sûr ou plus exactement nous pourrions tous mourir à cause précisément du rayonnement de ce soleil. Tout le monde connaît le problème de la couche d’ozone, mais il y en a d’autres. Je veux parler du magnétisme (ce qui fait que l’aiguille d’une boussole marque le Nord ou presque). Ce magnétisme nous protège du vent solaire, ces particules de notre étoile dont nous sommes bombardés sans arrêt et qui sont déjouées justement grâce au magnétisme terrestre. Mais il apparaît que celui-ci s’inverse périodiquement (tous les 780.000 ans environ). A ce moment, l’aiguille de notre boussole se tourne vers le pôle Sud. En soi ce n’est pas grave, sauf que pendant une courte période (entre 1.000 et 10.000 ans) les pôles magnétiques se déplacent n’importe où sur la surface du globe ou même disparaissent provisoirement, ce qui laissera suffisamment de temps au vent solaire pour anéantir toute vie.

Bref, nous vivons dangereusement, je trouve, et ne savons toujours pas pourquoi nous sommes là  

 

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08/01/2018

Epiphanie

(Reprise de l’article paru le 04.01.16)

Épiphanie : du grec « τ α ̀ Ε π ι φ α ́ ν ι α » neutre pluriel substantivé de l’adjectif « ε ̓ π ι φ α ́ ν ι ο ς »,  « qui apparaît ». Le verbe « ε ̓ π ι φ α ι ́ ν ω » signifie par ailleurs «  faire voir, montrer » (l’idée première est celle de la lumière du soleil qui éclaire).

Dans l’Eglise catholique, L’Epiphanie désigne donc la manière dont le Christ se manifeste auprès des hommes (baptême dans le Jourdain, transformation de l'eau en vin aux noces de Cana, etc.)

Ensuite, la tradition a restreint l'usage du mot Épiphanie à la visite des mages, qui étaient sans doute des prêtres zoroastriens.

 Zoroastre, aussi appelé Zarathoustra, est un prophète perse (plus ou moins contemporain de Périclès en Grèce) qui eut une révélation du dieu Mazda. Il s’ensuivit une religion qui est une des premières à être monothéiste et qui parlait déjà de l’immortalité de l’âme et du jugement dernier. Elle a donc directement influencé le christianisme, qui est loin d’avoir tout inventé.

Mais revenons à nos mages. Selon saint Matthieu, ceux-ci furent guidés jusqu’à la crèche par une étoile (sans doute notre évangéliste voulait-il signifier par-là que le vieux monothéisme zoroastrien se soumettait au nouveau Messie qu’était le Christ). Ce récit, qui n’a évidemment aucun fondement historique, a pris beaucoup d’importance au Moyen Âge, où les mages sont même devenus des rois  (prénommés par ailleurs Gaspard, Melchior et Balthazar). Notons parmi eux la présence d’un Africain noir (sans doute pour indiquer que la venue du Christ concernait tous les hommes)

L'Épiphanie se célèbre le 6 janvier, mais ces derniers temps l'Église catholique a préféré la fixer au premier dimanche qui suit le 1er janvier.

Quant à la galette des Rois (une réminiscence des Saturnales romaines et de la fête païenne du Soleil, lequel était représenté par une galette ronde), si l’on en croit les historiens, la fameuse fève cachée dans le gâteau rappellerait l'Enfant Jésus que les mages, les yeux fixés sur leur étoile, avaient mis pas mal de temps à découvrir. Vous n’oublierez pas ce détail, j’en suis sûr, lorsque vous dégusterez votre galette.

 

Notons encore que si en France les enfants reçoivent des cadeaux à Noël (les adultes aussi, d’ailleurs, sans doute parce qu’ils sont restés de grands enfants), en Belgique c’est Saint Nicolas (le six décembre) qui leur apporte des jouets. En Espagne, par contre, ces sont bien les rois mages qui remplissent cette fonction le six janvier.

Lorenzo Monaco, l'Adoration des mages (vers 1422), Florence, Gallerie des Offices

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