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14/01/2015

"Je suis Charlie" ou le prêt-à-penser de la concscience

Après les attentats de Paris, la situation est devenue horriblement complexe. Voici quelques réflexions un peu décousues, en réponse aux commentaires de l’article précédent.

 

Il y a tous ces jeunes immigrés, laissés pour compte. On préfère investir dans les prisons que dans l’école et la culture. L’Europe libérale nous ordonne d’aller dans ce sens.

 

Il y a  le fait que ces jeunes sans avenir (il n’y a déjà pas d’emploi pour nos jeunes à nous qui ont été à l’école) sont tentés par un retour vers les valeurs de leurs ancêtres (l’islam). En réalité ce sont souvent de petits voyous qui tentent par-là de se glorifier à leurs propres yeux, de donner un sens à leur vie (il est plus glorieux de combattre pour l’EI que de voler le sac d’une vieille dame dans le métro)

 

Il y a le fait que certains pays arabes pourtant nos amis (Arabie et Qatar) financent tous ces mouvements. Les USA se sont servis d’eux, mais ils se servent de nous aussi pour arriver à leurs fins.

 

Il y a notre peine profonde et réelle devant ces assassinats gratuits (mais pas si gratuits que cela puisqu’on touche à la presse satirique, symbole même de notre démocratie)

 

Il y a ces policiers abattus froidement, policiers que la population appelle au secours pour la protéger.

 

Il y a des victimes françaises, juives et arabes (le gardien et le traducteur de Charlie)

 

Il y a le pouvoir et l’opposition qui récupèrent l’événement.

 

Il y a la peur partout, car on n’est plus en sécurité nulle part. Mon train ou mon métro peuvent sauter demain.

 

Il y a Israël qui en profite pour demander aux Juifs de France d’aller s’établir en Israël.

 

Il y a la société libérale qui se frotte les mains, car on va pouvoir aller bombarder le Moyen-Orient avec l’accord de la population : on vendra des armes (aux deux camps), on récupérera le pétrole et on reconstruira.

 

Il y a l’islam qui se radicalise et qui nous voit comme un ennemi.

 

Il y a ces « printemps arabes » commandités par Washington qui voulait mettre les Frères musulmans au pouvoir partout. Pourquoi ?

 

Il y a cette indignation mondiale (« je suis Charlie ») qui est bien orchestrée. Nous avons-nous aussi nos martyrs innocents et on nous prépare pour une nouvelle croisade. Défendre la démocratie et nos valeurs, certes, mais avant tout défendre les intérêts économiques de quelques nantis.

 

En face, l’EI est réellement dangereux (mais n’oublions pas qu’à l’origine et peut-être encore aujourd’hui c’est une fabrication des Etats-Unis pour renverser le régime syrien, après avoir renversé le régime libyen. Les USA ont-ils été dépassés par leur création ou continuent-ils à s’en servir tout en les bombardant ? La Turquie en tout cas s’en sert pour massacrer les Kurdes ce qui ne l’a pas empêchée d’être représentée à la manifestation de Paris.)

 

Bref, ces jeunes immigrés, nous les avons armés deux fois : ici en les laissant pour compte et là-bas en armant les djihadistes (et en les encourageant même à partir combattre, avant de nous rendre compte qu’ils allaient revenir).

 

La moitié de la délégation de chefs d’Etat présente à Paris n’y avait pas sa place et ils sont tous hypocrites.

 

En résumé : on a un Occident capitaliste qui ne pense qu’au profit (et qui ne se soucie ni des jeunes ni des chômeurs, ni des pauvres) et qui a une politique colonialiste. En face on a un monde arabe en proie à une crise (le fossé est grand entre quelques riches dirigeants plein de pétrodollars et l’ensemble de la population) qui croit trouver des valeurs en retournant en arrière (une lecture du Coran littérale) en réaction à une culture occidentale et mondialiste qu’on veut lui imposer.

Et il y a enfin l’Occident qui s’est acharné à détruire tous les Etats arabes stables et laïcs (Libye, Irak, Syrie) sans doute influencé par Israël qui voyait en eux une menace militaire, mais surtout et toujours pour faire du profit (car la richesse du sous-sol de ces pays retournait dans la caisse de l’Etat et pas dans celle d’une firme privée occidentale). En s’appuyant sur des intégristes musulmans pour arriver à ses fins, l’Occident a un peu ouvert la boîte de Pandore. Aujourd’hui des citoyens et des journalistes innocents le paie de leur vie.

Et tous les dirigeants qui sont à la base de cette politique de déstabilisation défilaient pourtant à Paris avec le slogan « Je suis Charlie ».

 

Comprenne qui pourra.

 

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11/01/2015

Paris est Charlie

Grande agitation à Paris dimanche après-midi, grande manifestation pleine d’émotion en souvenir des victimes du terrorisme. On est venu défendre la démocratie et la liberté de la presse. On est venu dire non au terrorisme. L’intention du public présent est louable.

Sauf que…

Sauf que déjà cette manifestation n’empêchera pas le terrorisme aveugle de continuer à exister et à tuer et cela, tout le monde le sait. En fait tout le monde a peur et vient crier sa peur, en espérant être entendu (par qui ?) et être protégé. Seuls nos dirigeants peuvent agir en fait. Et cela tombe bien, ils étaient tous présents, venus du monde entier.

Il y avait là François Hollande et Cameron, qui ont financé et armé les djihadistes en Syrie, dans l’espoir de faire tomber le régime de Bachar el Assad.

Il y avait là Sarkozy, qui avait fait la même chose en Libye et qui a plongé ce pays dans la misère et la guerre civile, terreau idéal du terrorisme.

Il y avait là le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, milliardaire de son état, qui est arrivé au pouvoir par des moyens plus que douteux (la révolution du Maïdam étant dirigée de l’extérieur et s’appuyant sur des milices fascistes qui ont pris le pouvoir dans un bain de sang) et qui massacre maintenant sa propre population sans aucun état d’âme.

Il y avait là le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, tout disposé à envahir l’Irak et la Syrie, l’Est ukrainien  et même pourquoi pas la Russie toute entière.

Il y avait là aussi  Benyamin Nétanyahou, venu soutenir la démocratie entre deux raids sur Gaza et venu aussi dire à quel point les Arabes sont dangereux. Il le sait bien, ses prisons sont remplies de Palestiniens.

Bref, que du beau monde. Et personne pour dire que si des terroristes existent, c’est parce que l’Occident n’en finit pas de tuer, de bombarder et d’asservir des pans entiers de la planète. On peut donc dire que la foule qui demandait à Paris d’être protégée le demandait à ceux –là même par qui  le malheur est arrivé (puisque soit ils ont financé les djihadistes, soit ils ont retourné leur veste en fonction de leurs intérêts du moment  et se sont mis à les bombarder).

Curieux paradoxe, convenez-en. En fait, notre civilisation est à bout de souffle et le capitalisme a montré plus que jamais ses limites. Pourtant il continue à vouloir aller de l’avant et à accumuler encore plus d’argent. C’est pour cela que le chômage est à son niveau le plus haut et que nos droits sociaux sont menacés. Heureusement ces attentats arrivent à point nommé. Dans une sorte de grande union nationale, la pays va oublier ses divergences entre riches et pauvres et tout le monde va s’unir contre l’ennemi commun.

Un autre paradoxe, c’est que Charlie Hebdo qui était par excellence un journal qui se positionnait contre le Système se voit récupéré par ce même système. Quant aux chefs d’Etat dont il se moquait, ils se servent de lui pour mieux asseoir leur autorité.

Restent les morts, les victimes innocentes. En attendant les suivantes. 

 

 

Paris, Charlie Hebdo

07/01/2015

Hommage


 

J’ai l’impression que l’on commence à payer pour avoir financé et armé les djihadistes en Syrie et en Libye. Maintenant qu’ils sont soi-disant devenus nos ennemis et que nous les bombardons (ce qui nous permettra tout de même de récupérer en passant les puits de pétrole dont ils se sont emparés en Syrie comme en Irak et donc de soustraire ces puits à l’autorité de Bagdad et de Damas), ces djihadistes se retournent contre nous, à commencer par ceux qui sont nés ici et qui étaient partis combattre là-bas.

Je suis triste à cause de la mort de ces innocents, des caricaturistes indispensables au fonctionnement de la démocratie. Je suis triste parce qu’ils faisaient partie de mon passé.

Je suis par contre scandalisé en entendant les rédactions des autres journaux verser des larmes sur la liberté de la presse bafouée alors qu’elles-mêmes, à la solde du pouvoir (et de la haute finance qui détient leur capital) n’ont fait que nous mentir sur la guerre de Libye ou celle de Syrie.

Je suis encore plus scandalisé quand j’entends la classe politique récupérer l’événement à son avantage. Car il est clair que la cote de popularité de Valls et de Hollande va croître et qu’on se servira de cet attentat pour justifier d’autres guerres au Moyen-Orient (que la population approuvera sans réserve, cette fois), guerres qui à leur tour nous apporteront leur lot de terroristes.

Enfin, si j’avais été un djihadiste, il me semble que je m’en serais pris aux organes de presse officiels plutôt qu’à Charlie Hebdo.

Le résultat va être un clivage de la société française entre musulmans et non-musulmans, une islamophobie galopante et la porte ouverte à tous les conflits. Entre une gauche bêtifiante qui n’a que les droits de l’homme à la bouche et qui ne voit pas le danger venir (car les intégristes de nos banlieues, par leur intransigeance, me semblent avoir une idéologie proche du fascisme) et une droite et une extrême-droite qui  véhiculent une discours raciste anti-arabe (souvenez-vous des banlieues que Sarkozy voulait nettoyer au Karcher), on me  semble mal parti.

Enfin, on savait qu’il y aurait forcément des attentats en France. Nous avons voulu être les valets des Américains et les suivre dans leur volonté de redessiner le Moyen-Orient selon leurs intérêts (et selon l’intérêt d’Israël), il faut bien payer un jour. Malheureusement ce ne sont pas nos  décideurs qui paieront, mais de simples citoyens (qui sans le savoir ont déjà financé le djihad via leurs impôts puisque Hollande alors même qu’il n’était encore que candidat à la présidentielle s’était déjà juré de renverser Bachar el Assad) ou comme ici des caricaturistes. Mais ces Charb, Cabu, Wolinski et Tignous  qui étaient de la vraie gauche et qui dénonçaient non seulement les religions mais aussi les travers de notre classe politique, ne pourront plus le faire. Il est à craindre qu’il n’y ait pas que les djihadistes qui s’en réjouiront. Enfin, eux qui fustigeaient le capitalisme, voilà que leur mort innocente sera récupérée par ce même capitalisme puisqu’elle servira à justifier d’autres guerres au nom de la défense d’une liberté qu’ils étaient bien le seuls en fait à revendiquer. 

01/01/2015

2015

Bonne année à toutes les lectrices et à tous les lecteurs de Marche romane.

 

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27/12/2014

Enfance (2)

Je suis revenu souvent chez cet oncle, pour ainsi dire une fois par an. Nous passions nos vacances en Bretagne et de là nous faisions un détour par les Deux-Sèvres avant de remonter vers nos contrées du Nord. Après avoir connu pendant trois semaines le climat agité des Côtes d’Armor (qui en ces temps anciens s’appelaient  encore les Côtes du Nord), ce petit village du Poitou, à un jet de pierre de la Charente et de la Charente-Maritime, incarnait pour moi le Midi. Je me souviens des promenades dans les champs, des murets de pierres sèches si caractéristiques de la région et des rivières endormies qui coulaient si lentement qu’on se demandait si elles trouveraient un jour leur chemin. Il y avait aussi de vieux lavoirs et des villages blancs assoupis au milieu des vignes et des blés. Il faisait chaud, incroyablement chaud et les cultures étaient arrosées en permanence, ce que je n’avais certes jamais vu chez moi, où la pluie tombait en abondance. Point de forêts à cet endroit, mais des lignes de peupliers qui barraient l’horizon et qui le soir murmuraient doucement quand la lune se levait. Il y avait aussi « la prairie », sorte d’immense champ communal qui appartenait à tous et où tout un chacun pouvait se promener à son aise. J’ai su depuis que cette prairie avait servi pendant la guerre à la Résistance, qui y faisait atterrir de petits avions de tourisme au nez et à la barbe des Allemands.

La guerre, justement était toujours très présente dans les conversations. Pas seulement celle de quarante, mais aussi la guerre d’Algérie, qui venait à peine de se terminer. Mon oncle était boulanger et un de ses ouvriers revenait tout juste des djebels. Ca discutait donc ferme, à table, de l’Algérie française, du FLN, de De Gaulle et de toute cette politique à laquelle le gamin que j’étais ne comprenait rien du tout. Je n’avais d’ailleurs jamais vu autant de personnes rassemblées pour un repas. Outre mon oncle, ma tante et leurs cinq enfants, il y avait l’ouvrier de retour d’Algérie, un apprenti et un chauffeur (lequel faisait les tournées pour vendre le pain dans les fermes isolées). Ajoutez à cela mes parents et moi-même, nous étions donc treize à table.  

Les plats servis étaient dignes des meilleurs restaurants. Je me souviens surtout du potage, qu’on appelait « mijo » et qui était un mélange d’eau et de vin dans lequel on avait fait tremper du pain. On le servait froid, au sortir du réfrigérateur. En écrivant ces lignes, j’ai encore en bouche sa saveur bien particulière. Il faut dire que j’adorais ce potage, qu’on me servait malgré mes dix ans, ce qui me classait immédiatement dans le clan des adultes, puisqu’il contenait du vin. Il y avait ensuite une entrée, suivie du plat principal et enfin venait le dessert. C’étaient de véritables festins gargantuesques et j’ai toujours admiré ma tante qui parvenait à préparer tout cela sans s’énerver le moins du monde et avec un calme olympien. Essayez, vous, de préparer chaque jour un repas pour treize personnes !

Pendant que les adultes continuaient à discuter, je m’éclipsais discrètement dehors. J’écartais légèrement les volets qui donnaient un peu de fraîcheur à l’intérieur de la maison (laquelle, du coup, était plongée dans une semi-obscurité permanente qui m’enchantait) et je me retrouvais dans la cour écrasée de lumière et de chaleur. De là, j’allais vers le fournil, qui était un lieu magique. On trouvait là un immense pétrin en bois, dans lequel on préparait la pâte à la main. Il y avait aussi un pétrin électrique. La farine tombait directement du grenier par une sorte de trémie. Et puis il y avait le four ! Le premier que j’ai connu fonctionnait au bois. D’immenses fagots qui servaient à le chauffer s’alignaient d’ailleurs dans la cour. On pouvait aussi le réchauffer avec une espèce de lance-flammes qui m’impressionnait beaucoup. Plus tard, l’oncle s’était modernisé et il avait installé un four qui devait fonctionner au fioul. Il y avait aussi une sorte de tapis roulant sur lequel on étalait les panetons avant d’enfourner le tout en quelques secondes. Pour retirer le pain, on utilisait des espèces de pelles en bois munies d’une longue perche. C’était un régal de déguster au petit-déjeuner une baguette qui venait juste d’être cuite et qui était encore toute chaude. Honnêtement, je n’ai plus jamais rien mangé d’aussi bon.

Durant la matinée, ça s’agitait beaucoup dans ce fournil et il valait mieux ne pas y mettre les pieds,  mais après le déjeuner, il était désert et je pouvais m’y faufiler discrètement. J’aimais par-dessus tout l’odeur de farine, de pâte et de pain cuit. Il faisait chaud, forcément, le four attendant une dernière fournée. Mon plus grand plaisir était de me glisser entre celui-ci et le mur, où il y avait un passage d’environ cinquante centimètres. Là, je fermais les yeux et j’écoutais les grillons qui avaient élu domicile là, dans la chaleur permanente du fournil.

Je me souviens aussi être allé avec mon oncle faire les tournées des fermes. Il possédait une camionnette Citroën qui s’aventurait dans des chemins périlleux, cernés par deux murs de pierres sèches, et qui étaient si étroits qu’il fallait klaxonner à chaque tournant. On arrivait dans des maisons improbables, coupées du monde, où une petite vieille venait acheter sa baguette et un kilo de pâtes (car la boulangerie faisait un peu épicerie). Elle ne payait jamais, mais on inscrivait sur une feuille le nombre de pains achetés et on réglait le tout à la fin du mois. Autrefois, on se contentait même d’un bâton en bois sur lequel on faisait une entaille par baguette achetée, bâton qui restait près de la porte de la ferme. C’était manifestement une autre époque, où tout le monde faisait confiance à tout le monde.

Ce que j’aimais par-dessus tout chez mon oncle, c’est qu’il me considérait pour ainsi dire comme un adulte. Je veux dire par là qu’il ne s’adressait pas à moi comme à un enfant (ce que faisaient mes parents, qui me faisaient sentir que j’étais là pour écouter et obéir) mais comme si j’avais été son égal, ce qui évidemment me plaisait beaucoup.

Je me souviens que lorsque j’avais eu douze ans, j’avais dormi non plus dans le corps de logis proprement dit, mais de l’autre côté de la cour, dans une chambre qui venait d’être aménagée dans un ancien grenier. Je m’étais donc retrouvé là complètement seul et isolé de tous, ce qui avait enchanté le jeune adolescent que j’étais. J’avais pu lire jusque fort tard dans la nuit, tandis que l’horloge de l’église sonnait les heures et les demies.  Avant de m’endormir, j’avais ouvert la porte pour contempler cette église, qui se trouvait juste en face, de l’autre côté de la route. C’était magnifique. J’étais là, seul, et je contemplais ce bâtiment de style roman éclairé dans la nuit. C’est une image qui ne m’a plus jamais quitté.

Une année, l’oncle était parti en vacances en même temps que mes  parents et comme nous étions dans le massif central (la Creuse, la Corrèze, le Lot ? Je ne sais plus), nous étions allés le retrouver à Beynac, en Dordogne, où il campait. Il y avait un château perché sur une falaise. Il était magnifique, le matin, quand il émergeait de la brume. Le jour où nous sommes repartis, à cinq heures du matin, l’oncle s’était évidemment levé pour nous dire au revoir. Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai été subitement très ému car j’ai eu la certitude que c’était la dernière fois que je le voyais. C’était un pressentiment vraiment inexplicable mais qui s’est malheureusement confirmé. Il est mort deux ans après, sans que je l’aie revu, des suites d’un cancer de la gorge, contracté probablement par la cigarette et par la poussière de farine qu’il avait respirée toute sa vie. Il avait à peine plus de soixante ans.

 

Littérature

02:16 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : littérature

22/12/2014

Tempête

Au creux de l’hiver, les vagues ont déferlé en des colères atlantiques, se fracassant contre les falaises, submergeant les rochers et se répandant au plus profond des terres. Elles ont déferlé avec fracas, coléreuses et vengeresses, furieuses d’avoir été trop longtemps contenues.  Je les ai vues envahir mon jardin, pénétrer dans ma maison et ruiner le mobilier ancien qui avait survécu à toutes les guerres. Les livres, délaissant leurs rayons,  se sont mis à flotter au gré de l’eau saumâtre, emportés par les flots aux quatre coins de la chambre, flottant comme des esquifs à la dérive.

J’ai repêché quelques volumes et je suis allé les porter à l’étage. Il y a avait là la Recherche et puis le Voyage. Ils dégoulinaient sur le plancher et c’était une pitié de les voir dans cet état, complètement trempés, ruisselants, avec de l’eau qui ressortait d’entre les pages quand j’appuyais sur la couverture.  C’était  une vraie désolation, j’en avais le cœur fendu.

De désespoir, j’ai abandonné la maison. J’ai enfilé mon manteau et suis parti vers le haut de la falaise pour contempler le spectacle de la nature en furie sans prendre le risque de me noyer.

La mer était enragée. Elle se précipitait contre les rochers à pic, qu’elle prenait littéralement d’assaut, terminant sa course en énormes gerbes d’écumes qui faisaient bien vingt mètres de haut.  Je n’avais jamais rien vu de semblable et me sentais bien petit au milieu de ce déchaînement des éléments. Paradoxalement, à cause de cette démesure même, la vie me semblait prendre tout son sens. Comme si le fait de sortir de la routine quotidienne donnait une autre dimension à mon  existence ou comme si le monde bien ordonné que j’avais toujours connu pouvait subitement être remis en cause par la sauvagerie de la nature.

Je suis resté là des heures, à contempler l’océan. Quand la nuit est venue, les phares de la côté ont tenté de trouer les ténèbres, tandis que les cornes de brumes criaient à l’envi leur désespoir.

Je suis redescendu et ai regagné ma maison. L’eau s’en était allée et il ne restait sur le parquet que les livres, épaves échouées et dispersées là par le hasard. 

Une page de mon existence venait d'être tournée.

 

Littérature

20:29 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

16/12/2014

La maison des vacances (suite et fin)

Une salle immense s’ouvrait devant moi, qui devait bien faire trente ou quarante mètres de profondeur et même peut-être davantage. Mais ce qu’il y avait d’extraordinaire, c’étaient les murs, où étaient suspendus une bonne cinquantaine de portraits. Nous nous sommes avancés, Marie et moi, et je dois dire que c’était vraiment impressionnant ! On se serait cru au milieu d’une foule, tant tous ces personnages étaient nombreux. Les premiers portaient des habits d’un autre temps et une épée pendait à leur côté. D’autres avaient l’air de militaires du temps de Louis XIV ou de mousquetaires. Il y avait des capitaines de navires, dont les trois mats étaient peints en arrière-plan au milieu d’une mer agitée. Plus on avançait, plus l’habillement se rapprochait de celui de notre époque. Il y avait des notables habillés en grands bourgeois qui n’auraient pas déparé dans un roman de Balzac, des banquiers dressés derrière leur comptoir, des notaires au visage sévère et aux imposantes lunettes métalliques. Venaient ensuite des espèces d’industriels, des érudits, des politiciens haranguant une foule imaginaire. Plus nous progressions au milieu de cette galerie, plus nous nous sentions mal à l’aise car ces personnages au regard perçant semblaient tous nous fixer et nous examiner d’un air désapprobateur. Il nous a fallu un certain courage, observés comme nous semblions l’être, pour continuer notre visite jusqu’au bout. Là, sur le mur du fond, se trouvaient les derniers descendants de cette famille illustre : des chercheurs en blouse blanche, des écrivains, des professeurs de faculté, des médecins, quelques ingénieurs et même un informaticien. Au bas du portrait de celui-ci figurait une date de naissance, mais pas encore de date de décès, ce qui me troubla profondément.

Nous sentant de plus en plus mal à l’aise, nous avons retraversé cette grande galerie pour rejoindre la sortie, mais plus nous avancions, plus il me semblait une nouvelle fois que les yeux des portraits nous suivaient. Par exemple, si j’en observais un qui se trouvait devant moi, sur la droite, son buste était tourné dans ma direction et son regard était plongé dans le mien, comme si j’avais eu affaire à un individu vivant. Mais quand j’arrivais à sa hauteur, le personnage me regardait toujours et son buste curieusement semblait droit. Par contre, lorsque j’ai jeté un bref coup d’œil en arrière après l’avoir dépassé, j’ai été stupéfait de constater qu’il me  fixait toujours et que son buste semblait à nouveau tourné dans ma direction.

Bref, c’est quasi en courant que nous avons atteint la sortie et là il s’est produit quelque chose de vraiment extraordinaire. Nous avions déjà quitté cette galerie, mais je me suis retourné encore une fois et là j’ai vu (ou en tout cas j’ai cru voir) tous les portraits qui étaient penchés dans ma direction, comme s’ils sortaient de la toile, et qui me fixaient. J’ai fermé les yeux un instant et quand je les ai rouverts, tout était normal, chaque personnage avait repris sa place initiale, celle que le peintre lui avait attribuée.

Nous avons regagné notre chambre et pour la première fois, je ne sais pourquoi, j’ai tourné la clef dans la serrure à double tour derrière nous. La réalité était que nous semblions aussi inquiets l’un que l’autre. Décidemment, la visite de cette maison nous avait plongés dans un drôle d’état. Pourtant, objectivement, il n’y avait rien de plus normal que de trouver les portraits des ancêtres dans une vieille demeure comme celle-ci. Marie s’est endormie une fois la lampe éteinte, mais son sommeil était agité et elle remuait sans cesse en gémissant sourdement. De mon côté, je ne parvenais pas à dormir et je gardais les yeux grand ouverts dans le noir, essayant de me souvenir à quelle famille illustre avait appartenu cette maison. A la fin, j’ai dû m’assoupir et j’ai fait un rêve étrange dans lequel apparaissaient plusieurs des personnages découverts dans la galerie des portraits. Ce rêve reste assez flou dans ma mémoire, mais j’en conserve le sentiment d’avoir été amené devant des juges et condamné irrémédiablement. C’est le notaire qui a lu le verdict final et devant les mousquetaires de Louis XIV qui riaient à gorge déployée, le capitaine au long cours m’emmena sur son bateau pour me conduire dans une île déserte où il devait m’abandonner.

Je me suis réveillé en sursaut et une sueur froide coulait sur mon front. J’avais au fond de moi un tel sentiment de solitude et d’abandon que j’en frémissais. J’ai allumé la lampe et à ma grande surprise j’ai vu que Marie était assise sur le bord du lit et ses yeux grand ouverts semblaient remplis de panique. « Ecoute » me dit-elle. Je prêtai l’oreille et j’entendis des voix qui provenaient du fond de la maison. On aurait dit que des dizaines de personnes s’étaient réunies là et qu’elles tenaient une assemblée politique ou un meeting. Ca parlait fort, ça criait, ça riait. Ce n’était pas possible ! Le propriétaire aurait-il loué une partie de la maison pour une fête ou un mariage et cela sans nous prévenir ? Cela n’avait aucun sens, d’autant plus qu’hier au soir, à part Marie et moi, cette maison était parfaitement déserte. Je me suis approché de la porte et précautionneusement j’ai tourné la clef. Une fois dans le corridor, les voix me parvinrent beaucoup plus distinctement. J’ai avancé lentement, sans faire de bruit, mais j’avoue que je n’en menais pas large. Marie, qui me suivait, est venue se blottir contre moi. Nous avons traversé le salon et la salle à manger découverts hier, mais ces pièces étaient vides. Les voix venaient de plus loin, probablement de la galerie des portraits. Nous avons donc pénétré dans les quatre salles vides, toujours sans faire le moindre bruit. Je sentais la main de Marie qui tremblait sur mon bras, ce qui ne me rassurait pas beaucoup. Les voix provenaient bien de la grande galerie aux portraits, dont la porte était fermée, mais un rai de lumière filtrait en-dessous. Nous nous sommes approchés et précautionneusement j’ai tourné la poignée. A la vue de ce qui s’offrit alors à moi, j’ai poussé un cri. Les personnages dont on avait peint autrefois les portraits semblaient être sortis de leur cadre en bois. Ils se penchaient à l’extérieur de celui-ci comme s’ils avaient été accoudés à une fenêtre Certains tenaient un verre en main, d’autres riaient, d’autres encore semblaient tenir entre eux une conversation animée. Quand ils nous virent, tous tournèrent la tête dans note direction. Cela ne dura qu’une seconde, puis la lumière s’éteignit brusquement. Je tâtonnai pour trouver l’interrupteur et quand la lumière réapparut, tout était normal : les portraits étaient immobiles dans leur cadre, comme ils avaient toujours été depuis des siècles.

 

Nous nous sommes regardés, Marie et moi, puis nous nous sommes mis à courir en direction de notre chambre où nous nous sommes enfermés. Nous avons immédiatement rassemblé nos affaires, fourré le tout dans les sacs à dos et trois minutes plus tard nous descendions comme nous pouvions la montagne en direction de notre voiture, dans le noir et sous la pluie battante qui continuait à tomber. En nous retournant, nous avons aperçu la maison. Elle était silencieuse et on la distinguait à peine dans l’obscurité. Pourtant, avant de mettre le moteur en marche, il m’a semblé entendre comme un grand éclat de rire, mais je ne saurai jamais si j’avais rêvé ou non. 

 

Littérature

00:05 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

11/12/2014

La maison des vacances

C’était une grande maison.

Elle était beaucoup trop grande pour nous, mais nous l’avions louée comme cela, pas chère d’ailleurs, vu qu’il n’y avait ni eau ni électricité et qu’elle était loin de tout. C’est ça qui nous avait séduits, en fait. Pour l’atteindre, il fallait faire deux bons kilomètres à pied à partir d’une petite route communale où il ne passait jamais personne. Que rêver de plus pour passer des vacances tranquilles ? C’était l’idéal : pas de bruit, pas de voisins et une vue superbe sur les montagnes. Bon, le premier jour il avait fallu faire cinq allers-retours depuis la voiture pour acheminer dans des sacs à dos tout ce dont nous avions besoin. C’était un peu épuisant, je le reconnais, surtout après les mille deux cents kilomètres que nous avions derrière nous, mais il faut savoir ce que l’on veut dans la vie. En tout cas, ce soir-là, nous avons bien dormi, je peux vous le dire, sans savoir d’ailleurs si c’était à cause du silence environnant ou à cause de la fatigue, mais ce qui compte, c’est le résultat, non ?

Le lendemain, on s’est levé tard, mais dès qu’on a ouvert les volets, on s’est retrouvé au paradis. La montagne, la chaleur, le cri-cri des insectes, tout nous enchantait. On a pris le petit- déjeuner sur la terrasse (enfin sur une des trois terrasses) tout en admirant le paysage. Qu’est-ce que c’était beau ! Et qu’est-ce que cela nous changeait de la grande ville, avec tous ces passants qui vous bousculent sur les trottoirs, ces voitures bruyantes, ce stress permanent. Non, franchement, ni Marie ni moi ne regrettions d’avoir pris cette location. Puis nous avons mis une baguette et un saucisson dans un des sacs à dos et nous sommes allés faire une grande balade. Du haut des sommets, la vue était encore plus magnifique : derrière les montagnes, il y avait d’autres montagnes et tout derrière on apercevait la mer Méditerranée. Un véritable paradis, je vous dis. On est redescendu et quand on est arrivé à la maison, il faisait presque noir. On a mangé dans l’obscurité, sans lampe, pour épargner la bonbonne du Camping-gaz. Avec la lune qui s’était levée, on y voyait suffisamment. J’avais juste déposé une petite bougie sur la table et c’était romantique à souhait. La lumière tremblotante éclairait nos visages et Marie n’avait jamais été aussi belle. Cette nuit-là, nous avons fait l’amour comme nous ne l’avions plus fait depuis longtemps.

Puis le temps a commencé à défiler comme cela arrive toujours en vacances. Il faut dire que tous les trois jours il fallait redescendre au village pour faire les courses, puisqu’il n’y avait pas de réfrigérateur. A chaque fois, cela supposait plusieurs allers-retours entre la voiture et la maison. Autant dire que la nuit nous surprenait alors qu’on n’avait pas encore tout rangé dans les armoires. On s’endormait immédiatement et on ne se réveillait que vers dix heures du matin, tant on était épuisé par toutes ces marches. Il est vrai que les jours où nous étions libres (je veux dire quand il ne fallait pas faire les courses) nous n’arrêtions pas de gravir tous les sommets des alentours. Après deux semaines, nous avions escaladé les six pics qu’on voyait de la maison. Enfin, quand je parle de « pics » c’est un peu exagéré. Nous étions en moyenne montagne, avec des sommets qui ne dépassaient pas les mille huit cents mètres, mais cela nous faisait quand même des promenades avec des dénivellations de plus de mille mètres et avec cette chaleur, ce n’était pas toujours évident. L’eau était d’ailleurs notre principal problème. Pour faire notre toilette, il y avait la citerne d’eau de pluie (encore que nous l’utilisions avec parcimonie car j’avais constaté que le niveau d’eau était particulièrement bas à notre arrivée), mais pour boire, il fallait bien utiliser des bouteilles d’eau minérale. Evidemment, plus nous marchions en montagne, plus nous avions soif et plus nous buvions. Mais plus nous buvions, plus vite il nous fallait acheter des bouteilles et donc retourner au magasin, ce qui signifiait  de nouveaux allers-retours entre la voiture et la maison, où nous arrivions de nouveau assoiffés.

Bref, après deux semaines à ce rythme-là, nous devions avoir perdu chacun trois kilos, ce qui s’expliquait par nos grandes randonnées, mais aussi par le fait que nous avions décidé de rationner la nourriture, afin de devoir faire les courses le moins souvent possible. Les sentiers environnants avaient été parcourus dans tous les sens et nous allions commencer à nous ennuyer quand le temps s’est gâté. Il y a eu un orage terrible, qui a rempli complètement la citerne et qui a fait tomber la température. Du coup, nous avions moins soif et c’était  une bonne chose. Les jours qui ont suivi cet orage ont été franchement mauvais. De la maison, on ne distinguait plus les sommets, perdus dans la grisaille et les nuages. Impossible, donc, de faire la moindre balade sans risquer de se perdre. Alors on a sorti des placards les livres que nous avions eu la bonne idée d’emporter avec nous. J’adore lire, mais j’avoue qu’après être resté assis douze heures d’affilée,  je n’en pouvais plus. C’était à peine si mes yeux parvenaient encore à lire les lettres. Visiblement, Marie n’en pouvait plus non plus, alors pour la première fois nous sommes partis à la découverte de la maison. Cela va peut-être vous sembler étrange, mais elle était si grande qu’à part quelques pièces que nous avions parcourues le premier jour, nous ne l’avions pas encore visitée.

 

Nous avons donc erré de salles en salles et avons arpenté des centaines de mètres de corridors. Nous nous sommes ainsi retrouvés dans de grandes salles à manger aux beaux meubles en chêne, dans des salons dont tous les fauteuils étaient camouflés sous des housses, dans des salles de bain immenses dont les murs, recouverts de miroirs, multipliaient à l’infini notre image étonnée dans une sorte de mise en abîme fantastique. Nous avons ainsi découvert une bibliothèque dont le rayonnage, qui montait jusqu’au plafond, recouvrait les quatre murs. Les livres qui s’entassaient là devaient dater d’un autre temps, si on s’en tenait à leur couverture en cuir ouvragé. L’œuvre la plus récente que j’ai pu découvrir était la correspondance de Voltaire. Par contre, tout le XVI° siècle était bien représenté, depuis les Dames galantes de Brantôme jusqu’au Don Quichotte de Cervantès, en passant par les poésies de Ronsard. Curieux quand même. On aurait dit que le temps s’était arrêté et que ce qui était postérieur au XVIII° siècle n’avait pas franchi les murs de cette maison. J’étais en train de me demander à quelle époque elle avait été construite quand Marie, qui avait pris de l’avance dans la visite pendant que je fouinais dans les livres, m’appela avec insistance. J’ai traversé en hâte quatre pièces vides qui communiquaient entre elles par des portes intérieures et quand je suis arrivé devant la cinquième, je suis resté bouche bée. 

(à suivre)

 

Littérature

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27/11/2014

Cimetière breton

Comme il y avait trop de monde sur la plage ce jour-là, j’avais décidé de me promener à l’intérieur des terres et de marcher jusqu’à une petite chapelle qu’on apercevait dans le lointain, perchée au-dessus d’une falaise à pic. Voilà déjà quelques jours que je la regardais et que je me disais que la vue devait être superbe, de là-haut. Me voilà donc en route, admirant au passage les maisons basses de pêcheurs, toutes en granite rose. Bientôt je me suis retrouvé dans la lande, complètement seul. C’était délicieux tout ce calme. Je voyais en contrebas la mer qui écumait gentiment contre les premiers rochers, tandis que de grands oiseaux blancs décrivaient de larges courbes dans le ciel pur de juillet. Intérieurement, je me moquais de la stupidité de tous ces touristes qui s’entassaient là-bas sur le sable et qui comme vue n’avaient que le dos rougi par le soleil d’un de leurs congénères.

Une heure se passa ainsi, à gravir lentement la pente qui montait vers le haut de la falaise. La petite chapelle devenait plus distincte et je m’aperçus alors qu’elle n’était pas si petite que cela. En fait, ce n’était pas une chapelle, mais plutôt une église. En m’approchant encore davantage, j’ai remarqué qu’un mur fort bas l’entourait et j’en ai déduit aussitôt qu’il devait s’agir là d’un cimetière marin, où étaient enterrés tous les pêcheurs dont le bateau avait sombré et dont la mer avait rejeté le corps sur le rivage. Quant à ceux qui n’avaient pas eu cette chance, une simple dalle de granite avec leur nom devait rappeler qu’ils n’étaient jamais revenus.

J’ai continué à marcher, tout en me remémorant le fameux poème de Valéry sur le cimetière marin de Sète :

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée

O récompense après une pensée

Qu'un long regard sur le calme des dieux!

C’est donc en rêvant un peu que je suis arrivé devant l’entrée du cimetière, dont la vieille grille était ouverte. Il y avait là une petite vingtaine de tombes, à moitié enfouies dans la végétation. A vrai dire, l’endroit était charmant et émouvant à souhait. Penser à tous les drames humains que cachaient ces pierres tombales vous touchait directement au cœur. Je m’apprêtais à parcourir l’allée centrale quand je me suis retourné. Là, appuyée contre une vieille barque, se tenait  une jeune fille. Ma stupéfaction fut totale. D’abord la présence de cette barque ici, au haut d’une falaise,  était assez insolite, mais finalement je me suis dit qu’on l’avait certainement amenée là pour symboliser le métier de tous les marins que la mer avait emportés alors qu’ils tentaient de gagner leur vie. Mais la jeune fille, elle, je ne l’avais vraiment pas remarquée en pénétrant dans le cimetière, où je m’étais vraiment cru seul.

Je l’ai saluée et me suis approché. Elle pouvait avoir dix-sept ou dix-huit et avait un air grave et sérieux. On a un peu parlé. Elle m’a dit s’appeler Jeanne Martin et m’a raconté le naufrage de l’un ou l’autre des pêcheurs qui étaient enterrés là. C’était toujours la même histoire en fait : ils partaient un beau matin quand la mer était calme, puis une tempête imprévue se levait et finalement le bateau ne rentrait jamais au port. Une semaine plus tard, on retrouvait des débris le long des rochers et parfois, mais pas toujours, un corps  échoué sur la plage.

Elle se tut un bon moment et je sentais qu’elle avait encore quelque chose à dire, mais qu’elle n’osait pas poursuivre. Visiblement, il y avait au moins un accident qui sortait de l’ordinaire. Je lui ai alors demandé s’il n’y avait pas des imprudents qui partaient même quand la mer était grosse. Elle soupira et dit que oui, en effet. Après un autre silence, elle avoua que c’était ce qui était arrivé à son père. Il avait entendu dire qu’un banc de maquereaux se tenait au large depuis plusieurs jours. Il y avait une houle pas possible et le vent soufflait fort, mais il avait voulu partir quand même. Il fallait comprendre, il devait rembourser l’emprunt de la maison ainsi que celui de la voiture. Et puis il était courageux et s’en sortait toujours. Sauf que cette fois-là, cela avait tourné à la tempête. La mer était vraiment démontée. Il a d’abord tenté de regagner le port, mais le bateau déviait vers les falaises, alors, voyant qu’il n’arriverait à rien, il a préféré regagner le large, afin d’éviter les récifs. Malheureusement, la nuit est tombée et il ne savait plus où il était. Le navire a fini par se fracasser ici même, contre cette falaise où il est enterré aujourd’hui.

Je ne savais plus que dire après toutes ces révélations et j’avalais péniblement ma salive en cherchant une phrase de consolation qui ne venait pas. Quel discours tenir quand on parle de la mort et quelle consolation apporter à une pauvre orpheline qui a perdu son père ? Pour dire quelque chose, j’ai demandé quand cet accident avait eu lieu. Elle m’a répondu qu’il y avait eu quatre ans cet hiver. Puis elle m’a désigné la tombe, celle qui était tout au bout du cimetière. Autrement dit, le dernier naufrage en date. Je me suis donc avancé jusque-là et j’ai regardé la pierre de granite. Deux noms y étaient inscrits :

Jean Martin ( 05.06.1960 – 03.03.2010)

Jeanne Martin (02.07.1993-03.03.2010)

Et là j’ai commencé à compter tout en tremblant. Le père, le marin, avait cinquante ans quand il était décédé. Et une de ses filles était donc avec lui dans le bateau puisqu’elle était morte le même jour. Ca on ne me l’avait pas dit. Et elle avait quel âge au juste ? Dix-sept ans… Dix-sept ans ? Et elle s’appelait… Jeanne.

« Jeanne », criai-je en me retournant vers l’entrée du cimetière. Mais près la vieille barque de pêche, il n’y avait plus personne. 

 

Littérature

00:05 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : littérature

16/11/2014

Le cercle

Elle lisait sur la plage. A côté d’elle, son enfant jouait. Petit seau, petite pelle, il faisait un château de sable, comme tous les enfants.  Elle lisait et le soleil sur son corps était agréable. L’enfant, lui, était maintenant occupé à tracer un grand cercle autour de lui avec sa pelle. Il souriait. « Qu’est-ce que tu fais ? »lui  demanda-t-elle distraitement.  « Je trace un cercle magique », répondit-il. « Personne ne peut venir à l’intérieur, car je suis un magicien et ce cercle est une ouverture vers un autre monde. » « C’est bien, lui répondit-elle, amuse-toi. ». Elle replongea dons son livre. La chaleur du soleil était si agréable qu’elle ferma un instant les yeux.  On n’entendait que le bruit des vagues, qui là-bas s’échouaient sur la plage. Elle était bien. Après quelques minutes, elle ouvrit les yeux.  Dans le cercle magique, il n’y avait plus personne. L’enfant avait disparu.   

 

Littérature

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11/11/2014

Un enterrement pas ordinaire (5)

 

 

(FIN) 

 

 

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06/11/2014

Un enterrement pas ordinaire (4)

Plus personne ne pensait à aller manger. Au contraire, tout le monde était dehors et attendait. Les conversations, cela va sans dire, allaient bon train. Certains ricanaient : et si Victor s’était perdu ? Lent s’empara de la foule. On se sentait revivre !

(...)

01:29 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

30/10/2014

Un enterrement pas ordinaire (3)

...en travers de sa route, le destin s’en chargerait peut-être lui-même.

 

 

 

00:10 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

25/10/2014

Un enterrement pas ordinaire (2)

(...)l

Quant à ses fils, n’en parlons pas. Ils avaient été élevés à la dure, c’est le moins que l’on puisse dire. J’entends par là qu’ils avaient littéralement été roués de coups quand ils étaient enfants. Là aussi, il aurait fallu porter plainte, mais qui aurait osé ? Un jour pourtant, l’instituteur, n’y tenant plus, avait décidé de parler à Victor. Il était allé jusque chez lui mais n’avait même pas eu l’occasion d’entrer. L’autre l’avait repoussé si violemment sur le seuil même de la porte que le pauvre était tombé des quatre marches du perron et s’était cassé un bras. Ce soir-là, pendant qu’il était à l’hôpital pour se faire soigner, son logement de fonction avait mystérieusement pris feu. Les pompiers avaient trouvé près du poêle le bidon d’essence que l’enseignant laissait toujours au garage et qu’il destinait à sa voiture. Il y avait eu une enquête, bien entendu, mais les gendarmes avaient conclu à une négligence, même si l’instituteur n’arrêtait pas de dire à qui voulait l’entendre que jamais, au grand jamais, ce fichu bidon n’avait quitté le garage. Une fois l’année scolaire terminée, dégoûté, il demanda sa mutation et on ne le revit plus jamais.

 

 

00:05 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature

20/10/2014

Un enterrement pas ordinaire

Voir l'opuscule paru chez Lamiroy en mai 2019

21:13 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

11/10/2014

Automne pluvieux

Il pleut.

Sur la vitre, coulent les larmes de l’automne.

Je regarde, indécis, une tasse de café à la main.

Dehors, un oiseau tente de s’abriter sous une branche de sapin.

Il pleut.

Des pensées m’assaillent, des rêveries inconsistantes.

Devant mes yeux défilent des paysages autrefois parcourus,

Des montagnes, des collines, des plaines,

La forêt en plein été, l’océan au cœur de l’hiver…

Ma pensée vagabonde et un visage aimé apparaît.

C’est le tien, comme toujours, surgi du passé,

Surgi de cette époque lointaine où nos corps s’enlaçaient.   

Les gouttes d’eau glissent toujours sur la vitre,

Dehors, l’oiseau est parti.

  

Littérature

13:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

03/10/2014

Automne nostalgique

Je marche sur les sentiers de l’automne

Comme je marche dans ma vie

Sans trop savoir où je vais.

Je regarde les couleurs, qui lentement se fanent,

Le ciel qui pâlit et le jour qui tarde à naître en des matins de brume.

J’écoute le chant de rares oiseaux

Tandis qu’un vent encore tiède

Me parle de pays lointains que je ne connais pas.

Devant moi détale un lièvre, effarouché déjà par tout ce qu’il pressent.

Une feuille d’un profond vert sombre frémit sur  sa branche.

Bientôt elle s’envolera,  paillette d’or dans le ciel pur,

Pour retomber sur le chemin que la pluie détrempera.

C’en sera alors fini de toute cette beauté éphémère,

Il ne restera que la boue des chemins

Où n’apparaîtra même plus la trace de mes pas.

 

Littérature

 

15:38 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

25/09/2014

Souvenir tenace

 

Il te faut quitter les alcôves d’où l’amour s’est enfui,

Emprunter le grand escalier

Et descendre une à une les marches du temps.

Une fois en bas, tu ouvriras d’un coup la porte de chêne

Puis  tu te laisseras submerger par le vent aux senteurs océanes.

 

Dans le jardin, tu délaisseras les roses

Mais tu t’attarderas devant le vieux mur couvert de mousse.

Contre ta peau, tu sentiras la chaleur de ses pierres

Et d’un doigt délicat tu en parcourras les aspérités.

 

Dans ce matin du monde où tout est à refaire

Tu te souviendras du parfum d’une femme

Et c’est encore son ombre que tu croiras voir derrière les pommiers.

Alors, pour oublier, tu fermeras les yeux

Et respireras une nouvelle fois le grand vent marin

Celui qui vient de loin et qui emporte avec lui toute la senteur des vagues.

 

Pourtant, tandis que distraitement

Ton doigt caressera  la fente d’une pierre,

S’imposera encore et toujours l’odeur de l’aimée, 

Quand ta main se perdait dans sa bruyère.

 

 

Littérature

01:11 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

18/09/2014

Retour

Coule la rivière, passe le temps.

Le vieux pont de pierre est toujours là

Ainsi que les maisons de schiste aux toits d’ardoise.

Seuls les gens ont disparu et l’enfant que j’étais.

Ca et là un muret s’est écroulé, obstruant le petit chemin tant de fois parcouru.

Marie n’est plus là, emportée par la vie.

Dans le cimetière, derrière l’église, des noms connus sont gravés dans le marbre éternel.

Coule la rivière, passe le temps.

Seule la forêt, dans les lointains bleus, dresse toujours sa silhouette frémissante.

Je sais que là est le dernier refuge, l’ultime repaire.

Un jour j’y chercherai le grand silence, au milieu des senteurs sauvages.  

 

Photo personnelle

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

11/09/2014

Heureux ceux qui partent

Heureux ceux qui partent.

Heureux les marins qui partent en mer.

Sur le quai, je regarde les grands navires affrétés pour nulle part, leurs voiles blanches immaculées et leur proue audacieuse où se dresse la sirène nue qui depuis toujours hante mes rêves.

Heureux ceux qui partent sans savoir s’ils reviendront jamais.

Là-bas il est des îles étranges aux montagnes colorées et des continents gigantesques aux fleuves impétueux.

Les forêts y sentent la cannelle, le poivre et les bougainvillées. On dit qu’elles sont peuplées d’animaux étranges dont les yeux bleus parfois versent des larmes.  Les Indiens écoutent leurs pleurs, la nuit, quand la lune est pleine et que les vents alizés agitent le pagne des femmes.

Là-bas, il est des plages immenses où le sable est d’or fin. La mer vient s’y briser inlassablement et quand on regarde l’écume des vagues on sait que le temps n’a jamais existé.

Dans les cases aux toits de paille, des soupirs disent que l’amour est là, tout simple, et qu’un corps nu s’abandonne aux caresses.

Le vent est tiède et doux. Dans le  ciel brille la Croix du Sud. 

Heureux les marins qui partent en mer, même s’ils ne doivent jamais revenir.

 

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature

04/09/2014

Je suis

Je suis le vent sur les champs de blé

Je suis l’automne dans la forêt profonde

Je suis la mer et ses vagues

Je suis la montagne au clair de lune

Je suis la lune sur une plage de juillet

Je suis la rivière qui tressaute et bondit

Je suis l’amour dans les yeux d’une fille

Je suis la neige un soir de décembre

Je suis le lilas qui fleurit au printemps

Je suis tout cela et je suis moi

Je suis le vent qui annonce le printemps

Je suis la forêt sous la neige

Je suis les vagues qui déferlent sur la plage

Je suis l’été dont rêvent les filles

Je suis la rivière qui bondit sous la lune

 

Littérature

 

 

 

01:36 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

03/09/2014

Mensonges de presse

Je vous invite à lire l’article ci-dessous, non pas écrit par un citoyen russe, mais par Paul Craig Roberts. Pour rappel Paul Craig Roberts a été sous-secrétaire d’Etat au Trésor du temps de Reagan et il se définit comme un conservateur (protectionnisme économique, anticommunisme,  isolationnisme, valeurs familiales, etc.) Il a été journaliste au Wall Street Journal et a reçu la Légion d’Honneur des mains de Balladur. Il n’a donc rien d’un gauchiste illuminé ni d’un pacifiste naïf. Voici pourtant ce qu’il écrit :

 

 http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4966

 

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27/08/2014

Enfance du désir

L’eau descend, claire et pure,

Cascadant sur les rochers noirs.

Dans le ciel, un nuage passe, nonchalant,

Chargé de tous les rêves d’enfance.

Au cœur de la forêt courent les loups,

Aux longues foulées  inquiétantes.

Quelque part, un chien aboie

Dans le silence du soir.

Derrière l’église, Marie m’attend

Dans sa petite robe bleue.

Ses yeux de louve me fixent,

Quand je caresse sa joue 

Dans le silence du soir.

 

Littérature

00:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

22/08/2014

Qu'est-ce qu'un barbare ?

Je ne sais plus où j’ai lu que le rôle actuel mené par l’Amérique dans le monde pourrait être comparé à celui des barbares à la fin de l’empire romain. En effet, si un pays civilisé en annexe un autre (comme l’Europe l’a fait très souvent à l’époque coloniale), il apporte de facto au pays annexé sa propre civilisation (supposée être supérieure) et une structure politique et administrative. On peut donc critiquer le fait de se rendre ainsi maître d’un pays tiers et d’y imposer sa loi, mais on ne peut pas qualifier cet acte de barbare puisque le pays ainsi soumis à l’autorité d’un autre Etat est administré et dirigé (souvent d’ailleurs pour le plus grand profit du colonisateur). Par action barbare, on entend plutôt le fait de piller et de  détruire tout ce qui existe dans un pays  sans rien lui apporter en échange. Ce fut le cas, par exemple, des invasions germaniques qui ont petit à petit fait vaciller l’Empire romain jusqu’à sa chute finale (destitution de Romulus Augustule par Odoacre en 476)

L’auteur de mon article, en voyant comment l’Amérique avait détruit des pays comme l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie, en ruinant leur économie et en abattant les structures politiques et administratives en place pour ne laisser subsister que le chaos, parlait à juste titre d’acte barbare. Si au moins les USA avaient apporté la paix et la prospérité, on leur aurait pardonné à moitié leur ingérence, mais à part tuer et détruire ce qui existait, ils n’ont rien fait. Ils ont détruit les structures qui existaient et n’ont rien mis à leur place.

Soit, ce raisonnement se tient assez bien. Pourtant, en y réfléchissant bien, je me demande au contraire si la position des USA n’est pas plutôt comparable à celle de l’Empire romain lui-même, quand celui-ci, en pleine décadence, ne parvenait plus à endiguer les nouvelles forces montantes.  En effet, devant la pression constante et incessante de ce déferlement des Barbares, Rome a dû se résoudre, à un certain moment, à en laisser entrer quelques-uns sur son territoire. Ces Germains, au contact des Celtes autochtones romanisés, ont commencé à se romaniser à leur tour. Ce qui fait qu’un ou deux siècles plus tard, quand des hordes entières et incessantes venues de l’Est se sont pressées aux frontières, Rome, qui n’avait plus la capacité militaire de les endiguer, a fait appel à ceux qui occupaient le terrain, à savoir les Gaulois et les Germains romanisés (on parle de Gallo-romains dans nos livres d’Histoire). Pour le dire autrement, ils ont délégué à d’anciens ennemis le soin de défendre leur empire.

Toute proportion gardée, je me demande donc si ce n’est pas ce que sont en train de faire les Etats-Unis. Après avoir subi de cuisants échecs militaires en Afghanistan et en Irak (non pas comme Rome pour protéger leur empire, mais pour tenter de l’agrandir encore davantage), ils se servent maintenant  des populations locales, qu’ils dressent les unes contre les autres.  En Libye déjà, on a vu que l’action militaire de l’Otan avait fait suite à un soulèvement spontané de la Cyrénaïque. En réalité, il s’agissait d’une révolte commandée à distance par Washington avec l’aide d’Al Quaïda (groupe terroriste que les USA combattaient par ailleurs depuis une décennie en Afghanistan).  En raison de ses échecs militaires antérieurs, Washington se sert donc de l’ancien ennemi musulman qu’il n’est pas parvenu à vaincre et le dresse contre d’autres musulmans pour accroître sa propre influence. En Syrie, cette tactique a été poussée beaucoup plus loin puisqu’officiellement aucun soldat occidental n’a mis un pied dans ce pays et que ce sont les djihadistes qui ont fait tout le travail (il paraît même qu’ils faisaient du « bon boulot » comme disait à une certaine époque Laurent Fabius, même si aujourd’hui il critique fermement les exactions de ces mêmes djihadistes en Irak)

Bref, que les USA (et les Occidentaux en général) soient des barbares puisqu’ils ruinent les pays où ils mettent les pieds ou qu’ils se servent de barbares pour arriver à leur fin, où est la différence, finalement ? Faut-il les comparer aux Huns d’Attila ou aux Romains de la décadence ? Ne seraient-ils pas un peu tout cela à la fois ?

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18/08/2014

Les guerres de l'Empire (suite)

 

Je vous invite à lire cet article, où on voit bien que l'invasion de l'Irak par les djihadistes qui ont combattu en Syrie (avec notre appui et notre bénédiction) est bien voulue par les USA. Si l'aviation US procède à quelques bombardements actuellement, c'est uniquement pour bien délimiter les zones (kurdes, sunnites et chiites) et non pour affaiblir le nouveau Califat de l’Émirat islamique en Irak et au Levant.

http://www.voltairenet.org/article185073.html 

Le problème, c'est que ces djihadistes, s'ils sont financés par les Etats-Unis à qui ils rendent des services (grand projet de remodelage du Moyen-Orient), reçoivent aussi de l'argent des monarchies du golfe. Leur but final est évidemment d'établir un califat musulman le plus étendu possible et quelque part ils se servent des USA autant que les USA se servent d'eux. En jouant à l’apprenti-sorcier, Washington prend des risques car ses anciens alliés pourraient très bien demain perpétrer des attentats en Europe ou même aux Etats-Unis. C’était bien la peine d’aller combattre Al Quaïda (organisation qui est, elle aussi, un pur produit de la politique US) pour ensuite soutenir des terroristes encore plus enragés. 

Enfin, tout cela n’est pas bien  grave. Quelques centaines de victimes innocentes sur le sol européen permettraient de faire basculer l’opinion publique en faveur de nouvelles guerres. Il faut bien relancer l’économie.

 

Irak

15/08/2014

Les guerres de l'Empire

Les hommes sont devenus fous et la planète est en guerre un peu partout. Malheureusement, quand on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que l’Occident est généralement à la base de tous ces conflits, lui qui pourtant ne fait que parler de paix, de démocratie et de droits de l’homme, lui qui par ailleurs s’était vu décerner le prix Nobel de la Paix il n’y a pas si longtemps (comme Obama, d’ailleurs).

En Libye, c’est bien l’Occident qui a attaqué, outrepassant les directives de l’ONU (lesquelles avaient été adoptées sur base de mensonges éhontés, puisque les déclarations des quelques personnes qui ont affirmé que l’armée avait bombardé 6.000 civils n’ont même pas été vérifiées et que ceux qui ont tenu ces propos se sont retrouvés comme par hasard ministres dans la nouvelle équipe dirigeante) et faisant tomber un régime en s’ingérant dans les affaires intérieures d’un pays au nom du droit humanitaire. On a vu ce que ce droit humanitaire a donné. L’Otan est responsable de la mort de plus de 70.000 citoyens suite au bombardement systématique de grandes agglomérations. De plus, depuis la chute et l’assassinat de Kadhafi, le pays est en proie à une véritable guerre civile et les ressources du pétrole ne profitent plus au bien-être général.

Les djihadistes d’Al Quaïda que la France et les USA ont soutenus et armés en Libye se sont ensuite déplacés vers l’Afrique subsaharienne, ce qui a permis à notre cher président Hollande d’aller faire la guerre au Mali, toujours pour protéger la population. L’opération qui devait durer quelques semaines s’éternise, comme celle de la Centrafrique, où nos troupes combattent comme elles peuvent et avec bien du mal ceux que nous avons armés hier en Lybie. Ces djihadistes sont vraiment du pain bénit pour l’Occident puisque nous nous en servons pour détruire les pays qui nous sont hostiles et ensuite nous prenons prétexte de leur présence dans les pays amis pour y envoyer notre armée et faire perdurer la colonisation pour le plus grand profit des sociétés multinationales. Car il faut bien comprendre que lorsque Hollande envoie nos soldats se faire tuer en Afrique, il ne le fait ni pour le bien des peuples maliens et centrafricains, ni pour le bien du peuple français. Il le fait pour faire plaisir aux sociétés privées qui vont aller exploiter les richesses naturelles présentes sur place. C’est donc bien plus grave encore qu’une guerre coloniale, puisque là au moins cela profitait aux sociétés françaises.

Mais reprenons. Après la Libye, l’Occident s’en est pris à la Syrie, avec les conséquences que l’on sait. Là aussi on a financé et armé des enragés dont on connaît aujourd’hui les exactions incroyables sur la population. Tout cela au nom des droits de l’homme et de la démocratie, bien entendu. Rappelons en passant les propos du sieur Fabius qui a affirmé à un certain moment que le front Al Nostra « faisait du bon boulot ». Du bon boulot pour qui ?

Contre toute attente, le régime de Bachar el Assad a résisté et on a demandé aux djihadistes de se retourner contre l’Irak (on avait peut-être peur qu’ils ne rentrent en Europe pour perpétrer des attentats). Ca tombait bien, l’armée américaine venait justement de quitter ce pays. Le but est évidemment d’affaiblir encore un peu plus cet Etat autrefois si puissant. L’idée de Washington est de le diviser en trois : une zone kurde autonome, une zone sunnite contrôlée par les djihadistes, avec un islam pur et dur, et enfin une zone chiite aux confins de l’Iran. Pour le pétrole, il n’y aura pas de problème, les Kurdes et les djihadistes ont trop de mercis à dire aux USA pour ne pas leur vendre l’or noir à un prix raisonnable. D’ailleurs de son côté, Israël a déjà salué la naissance d’un nouveau Kurdistan indépendant. On peut supposer que l’étape suivante consistera à soulever le Kurdistan syrien, ce qui affaiblira la Syrie dont personne n’est encore venu à bout. Comme une autre partie de cette Syrie appartiendra aux djihadistes, les anciennes frontières issues de l’époque coloniale auront volé en éclat. L’idée finale est évidemment d’avoir des Etats arabes basés sur des confessions religieuses, ce qui permettra à Israël de se définir comme un Etat exclusivement juif. Reste la question palestinienne. A Jérusalem, on rêve de vider la bande de Gaza de ses habitants (et d’annexer cette bande de terre côtière ainsi que les gisements de gaz situés en Méditerranée), lesquels iraient se réfugier dans le Sinaï égyptien, où ils fondraient avec le Hamas un autre Etat islamique. C’est ce qui était prévu du temps où les Frères musulmans étaient au pouvoir au Caire. Malheureusement pour Washington,  le peuple égyptien s’est réveillé et l’armée a pris le pouvoir.

Bref, résumons-nous. Après avoir apporté le chaos en Libye, en Tunisie, en Egypte et en Syrie, voilà que l’Occident en remet une couche en Irak. Et comme si cela ne suffisait pas, le voilà à l’œuvre en Ukraine. Le régime fasciste mis en place par l’Amérique n’hésite pas à bombarder d’autres citoyens ukrainiens. Il y a déjà 2.000 morts mais on en parle bien peu dans la presse. Pourtant utiliser l’armée pour bombarder sa propre population, n’est-ce pas ce qu’on reprochait à Bachar el Assad (lequel, lui, se battait surtout contre des djihadistes étrangers venus envahir son pays). Bref, l’Occident semble vouloir déstabiliser la planète entière pour le plus grand profit de quelques oligarques et de quelques grandes compagnies internationales. La vie et le bien-être des citoyens, on s’en moque complètement. La preuve c’est que l’Europe est obligée d’appliquer des sanctions contre Moscou au risque de faire perdre des milliards d’euros à son économie. Et de leur côté nos nouveaux amis de Kiev n’ont rien trouvé de mieux que d’interdire le transit du gaz russe sur son territoire. On peut donc supposer que les prix vont flamber en Europe cet hiver, pour le plus grand profit du groupe Suez, soit dit en passant.

Mais ce qui m’énerve encore plus, ce sont  les mensonges répandus partout et dont notre presse se fait honteusement la porte-parole. Parvenir à faire croire que les djihadistes défendent la démocratie quand ils s’en prennent au régime syrien, puis nous parler (enfin) de leurs exactions abominables quand ils s’en prennent au nouvel Etat kurde (et non quand ils ont envahi le tiers de l’Irak qui leur avait été attribué, notez-le bien en passant), cela relève quand même d’un sophisme incroyable. Et parler de la révolte du peuple ukrainien sur le Maïdan quand il s’agit en fait d’un coup d’état visant à mettre au pouvoir un oligarque milliardaire avec l’aide de troupes paramilitaires fascistes, il faut oser, quand même. 

Mais à quoi bon dire tout cela ? Cela ne changera quand même rien à la marche du monde. Sauf qu’à force de provoquer l’ours russe, Washington pourrait bien déclencher une guerre en Europe-même. Le comble c’est que l’Amérique aura encore le toupet de dire qu’elle vient nous défendre (ce qu’elle a déjà dit en 1944, alors qu’à l’époque il s’agissait d’abord d’empêcher la Russie d’étendre sa zone d’influence. Aujourd’hui il s’agit plutôt de grignoter des pans entiers de son territoire avant de l’annexer purement et simplement).

 

Ukraine (© Photo: RIA Novosti/Alexandr Maksimenko
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syrie,irak

 

 

 

 

 

 

 

Irak (Uncredited/AP/SIPA)

Syrie, Irak

10/08/2014

Enfance (1)

J’avais cinq ans et je venais d’arriver chez un oncle que je ne connaissais pas. Tout ce qui m’entourait m’étonnait. D’abord il faisait chaud, incroyablement chaud, malgré l’heure déjà tardive. J’étais dans le Sud et pour la première fois j’avais franchi la ligne symbolique de la Loire. Il faisait si chaud qu’on avait sorti de la cuisine la table et les chaises et c’est dans la cour que le dîner a été servi, à une heure incroyable pour l’enfant que j’étais : vingt-et-une heures. Sur un guéridon à roulettes, on avait même sorti la télévision. C’était la première fois de ma vie que j’en voyais une ou en tout cas c’est la première dont je me souviens. Elle était en noir et blanc évidemment et le journal parlé proposait  la rétrospective du défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées, qui avait eu lieu le matin-même. Paris, la fête nationale… Je n’en revenais pas ! Pendant que je restais fasciné devant le petit écran, mes nombreuses cousines s’affairaient à mettre la table. Ca grouillait dans tous les sens et toutes ces grandes filles de 10 ou 12 ans que je n’avais jamais vues auparavant m’intimidaient un peu.

Pendant ce temps-là, ma mère parlait avec son frère, celui dont on m’avait dit qu’il était mon oncle, et qu’elle n’avait revu qu’une fois depuis la fin de la guerre. Comme tout le monde, il avait fui les combats en 1940 et il s’était retrouvé là,  à l’autre bout de la France, avec ses frères et soeurs. La différence, c’est qu’il n’était jamais revenu dans son village natal du Nord-Est et était resté là. L’amour, visiblement, avait été la cause de tout. Il faut dire qu’il venait d’avoir vingt ans et très vite il avait épousé une fille du coin. Mais quelques mois après son mariage, comme c ‘était quand même la guerre, il s’était retrouvé en Allemagne, comme travailleur soi-disant volontaire (tous les garçons qui auraient dû faire leur service militaire en 1941 ou 1942 étaient envoyés en Allemagne, l’occupant ne souhaitant pas qu’on leur apprenne le maniement des armes et préférant de loin voir ses usines tourner à plein rendement). Six mois après son départ, la jeune mariée était morte d’une étrange maladie. Alors il était revenu, la rage au ventre et les larmes au bord des yeux. Il était allé se recueillir sur la tombe de celle avec qui il n’avait vécu que quelques semaines, puis il avait pris le maquis, plein de haine contre les injustices de l’Histoire. C’est plus tard, bien entendu, que j’ai appris tout cela. Il était pudique et discret et il n’a jamais beaucoup parlé de cet engagement dans la Résistance. Je sais juste qu’il a fait sauter des ponts du côté de Bordeaux et que le jour de son enterrement, en 1983, les anciens combattants étaient là, avec le drapeau français et tout.

Une fois la guerre terminée, il s’était remarié et était resté là, dans ce village de l’Ouest, tout près du marais poitevin, pas très loin de l’océan.  Il était resté où la vie l’avait mené, où il avait aimé et trouvé la  force de combattre et de résister.  Et voilà pourquoi à cinq ans, un soir de quatorze juillet, je me retrouvais moi aussi dans ce village, vingt-cinq ans après que les hasards de la guerre y avaient amené mon oncle.

 

Littérature

20:52 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

01/08/2014

Souvenir

Quand je t’ai rencontrée

Je marchais dans la nuit.

Je t’ai habillée de mes rêves

Et t’ai conduite au bord de la mer.

Sous la lune, les vagues nous parlaient d’infini

Et c’était là le discours que nous voulions entendre.

 

Je dis « c’était » car depuis les marées ont effacé les traces de tes pas

Et le vent a emporté tes paroles.

Désormais, je marche seul sur la plage, indécis.

J’écoute la plainte monotone des vagues

Ou bien je regarde les grands oiseaux blancs

Qui tournent lentement en lançant leurs cris de désespoir.

 

Je marche sans fin et mes pieds s’enfoncent dans le sable.

Quand vient la nuit et qu’apparaît la lune,

Je me souviens soudain du goût salé de tes lèvres.

Il me semble aussi percevoir la musique de tes mots,

Mais ce ne sont que les sanglots de la mer

Qui résonnent dans l’infini de la plage désertée.

 

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13:43 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2)

27/07/2014

Gaza (encore une fois...)

Aujourd'hui, nous sommes tous Palestiniens.

On vient d’apprendre que le nombre des victimes a atteint le chiffre astronomique de 1000 personnes, essentiellement des civils, dont de nombreux enfants.

Que dire devant une telle situation ? Gaza est un véritable camp de concentration à ciel ouvert, ce qui déjà devrait soulever l’indignation de la planète entière. Parqués comme des bêtes dans un enclos, les Palestiniens doivent maintenant subir les bombardements de l’armée juive.

A Paris, les manifestations de soutien à la cause palestinienne sont généralement interdites. Il est vrai que lorsqu’elles ont lieu, elles dégénèrent souvent. Mais comment ne pas être en colère et que représentent quelques vitrines cassées face à ces bombardements aveugles et sanguinaires ?

Notre cher président Hollande n’a visiblement pas entendu le cri de désespoir des manifestants. Il s’est contenté de dire qu’il ne laisserait pas l’antisémitisme se répandre en France. Là, ou bien il est de mauvaise foi ou il commet une erreur de vocabulaire incroyable. Il est vrai que des manifestants ont lancé des cris de haine contre Israël. Mais il s’agit en fait d’une condamnation de la politique menée par l’Etat hébreux et non de propos racistes. En gros, Monsieur Hollande confond antisionisme et antisémitisme. Il est vrai que depuis toujours le gouvernement israélien a volontairement confondu les deux notions. Etre contre l’expansion illégale de l’Etat hébreux, contre sa politique raciste et coloniale, c’est déjà pour lui être contre les Juifs et donc être raciste et antisémite.

Or c’est faux. Ce que dénoncent tous les Arabes qui tentent de se faire entendre dans le rues de Paris ou d’ailleurs (rejoints d’ailleurs pas de nombreux Français), c’est la politique coloniale et guerrière du gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou. La preuve, c’est que les mouvements juifs de gauche condamnent eux aussi avec fermeté la politique menée par leurs dirigeants. C’est là une chose sur laquelle il faut insister. De même que les méfaits perpétrés par l’Amérique de Bush ou d’Obama ne doit pas nous faire détester le peuple américain, la politique d’apartheid de l’extrême-droite israélienne ne doit pas nous conduire, par un raccourci trop rapide, à condamner l’ensemble du peuple juif. Mais comment oser dire que des Juifs peuvent être d’extrême-droite ? Les horreurs de la Shoa nous ont habitués à les considérer comme des victimes de ces régimes détestables. Il nous faut pourtant avoir le courage de rompre avec ces clichés historiques et reconnaître que la politique juive est dominée depuis une quinzaine d’années par un mouvement qu’on ne peut qualifier autrement que par les mots « extrême-droite », avec tout le racisme (ici anti-palestinien) que cela suppose. En plus, ce régime est colonialiste et ne s’en cache pas. 

On dit que le vrai motif de l’actuel conflit à Gaza n’est évidemment pas l’enlèvement et la mort de trois adolescents israéliens (crime atroce s’il en est, mais pas plus atroce que la mort des adolescents palestiniens qui par représailles ont été capturés et brûlés vifs par des colons israéliens). Non, il ne faut voir là qu’un « casus belli », un motif pour déclencher le conflit. Le vrai but des bombardements actuels serait de pousser la population à quitter au moins une partie de la bande de Gaza (elle pourrait aller se réfugier dans le Sinaï égyptien), ce qui permettrait l’annexion de cette dernière par l’Etat hébreux et donnerait la possibilité au gouvernement de Netanyahou d’exploiter les énormes gisements de gaz qui se trouvent en Méditerranée en face de Gaza. D’ailleurs, la Russie avait promis d’aider les Palestiniens à exploiter ces gisements, ce qui aurait assuré de solides rentrées d’argent au Fatah et au Hamas. On ne pouvait évidemment pas laisser faire cela, surtout que l’Occident est presque en guerre contre la Russie (à qui elle vient de voler l’Ukraine en n’hésitant pas à s’appuyer elle aussi sur l’extrême-droite). Israël, qui se félicite de la division de l’Irak en trois entités (kurde, islamiste sunnite intégriste et chiite) et qui espère via cette division s’approvisionner à bon compte en pétrole, ne reculera pas devant la mort de quelques milliers de Palestiniens innocents pour s’assurer la mainmise sur des gisements qui sont à sa porte.   

 

Gaza, israël

26/07/2014

Eté

En été, le temps est nu.

Sur le sable de la plage où jouent les enfants,

Les heures avancent inexorablement.

Marée après marée, le grand cadran solaire

Indique la fin des vacances, la fin de l’enfance, la fin de tout espoir.

 

A l’intérieur des terres, coulent des fleuves larges et majestueux.

Je regarde l’eau qui passe et qui jamais ne repassera.

Le fleuve est éternel, mais son eau est éphémère,

Moins que moi, pourtant, qui la contemple en rêvant.

 

A l’horizon, les montagnes dressent leur barrière

De schiste, de grès ou de calcaire.

Nées autrefois des premiers cataclysmes,

Elles marquent la fin de notre monde.

Derrière, on dit qu’il y a d’autres fleuves et d’autres plages,

Mais nous ne les connaîtrons jamais 

Car nous serons morts avant de les atteindre.

 

La Meuse dans les Ardennes

Littérature

00:24 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature