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26/07/2014

Eté

En été, le temps est nu.

Sur le sable de la plage où jouent les enfants,

Les heures avancent inexorablement.

Marée après marée, le grand cadran solaire

Indique la fin des vacances, la fin de l’enfance, la fin de tout espoir.

 

A l’intérieur des terres, coulent des fleuves larges et majestueux.

Je regarde l’eau qui passe et qui jamais ne repassera.

Le fleuve est éternel, mais son eau est éphémère,

Moins que moi, pourtant, qui la contemple en rêvant.

 

A l’horizon, les montagnes dressent leur barrière

De schiste, de grès ou de calcaire.

Nées autrefois des premiers cataclysmes,

Elles marquent la fin de notre monde.

Derrière, on dit qu’il y a d’autres fleuves et d’autres plages,

Mais nous ne les connaîtrons jamais 

Car nous serons morts avant de les atteindre.

 

La Meuse dans les Ardennes

Littérature

00:24 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

21/07/2014

In memoriam

Me voilà de retour, mais ce premier billet sera bien triste puisqu’il vise à rendre hommage à Joseph Orban (voir lien ci-contre), dont j’ai appris le décès durant mes vacances, par un SMS sur mon téléphone portable. Que dire devant cette fatalité qu’est la mort ? Rien. Toujours, c’est la même incompréhension : ce qui a été n’est plus. Tous ces jours de joie, de souffrance, d’expérience, de révolte, de lectures, de pensées, d’écriture, tout cela disparaît en une seconde. Pourquoi ? Je n’en sais strictement rien, sauf que cette fin inéluctable donne a posteriori un sens tout relatif à notre existence. Pourquoi avoir rêvé et lutté pour en arriver là ? Pourquoi avoir vécu ? Pour rien, visiblement. Non seulement personne n’est parvenu à changer le monde où il vivait, mais notre propre existence, quelle que soit la manière dont nous la gérons, n’est finalement qu’un éclair qui disparaît bien vite dans la nuit des temps.

 

Reste en nous le souvenir de ceux qui ont vécu et dont les mots nous ont parfois touchés. Ce sera pour moi le cas de Joseph Orban, que j’avais croisé dans ma jeunesse sans oser l’aborder (car malgré son jeune âge, il était déjà revêtu du prestige de l’écrivain) mais que j’ai retrouvé des années plus tard, par hasard, sur Internet. Je me souviendrai longtemps de ses billets amers, volontiers provocateurs, où il dénonçait toutes les injustices du monde. Derrière des mots parfois durs, il cachait une sensibilité à fleur de peau, celle du poète qui n’est pas fait pour vivre sur terre. Comme l’albatros de Baudelaire, il s’est envolé vers d’autres cieux.  

 


03/07/2014

Fermeture estivale.

La grotte est fermée. L'hermite est en vacances, pour une période malheureusement trop courte. A bientôt donc.

 

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01:14 Publié dans Blogue | Lien permanent | Commentaires (5)

29/06/2014

Des grottes et de l'art pariétal

Je parlais l’autre jour des grottes préhistoriques. On pourrait se demander ce qui nous fascine tant dans ces cavités naturelles. Evidemment, si l’on prend uniquement celle de Lascaux, on comprend assez vite en quoi elle  est admirable. Il y a d’abord la richesse et la variété des peintures qui y sont représentées, ainsi que la conscience que nous avons de toucher là l’origine même de l’art. En effet, que des chasseurs rustres et couverts de peaux de bêtes aient pu ainsi  consacrer une partie de  leur temps à représenter dans le ventre de la terre ce qu’ils voyaient au grand jour a quelque chose de fascinant. Qu’est-ce qui les a poussés à agir de la sorte, qu’est-ce qui a fait qu’ils ont subitement tourné leurs yeux vers autre chose que la capture du gibier et la  nécessité de pourvoir à leur subsistance ? On met le doigt, là, sur le désir de l’homme de comprendre ce qui l’entoure et sur son besoin de le représenter. Ne disposant pas de l’écriture, nos ancêtres n’ont pu que dessiner ce qui les entourait. Sans doute, pour qu’une telle démarche fût possible, a-t-il fallu qu’un embryon de société existât et que celui qui peignait à l’intérieur de la grotte reçût sa nourriture de ses compagnons, du moins en partie. Car l’art demande du temps libre et il faut avoir dépassé les besoins premiers pour pouvoir consacrer du temps à la représentation du monde.

Mais il n’y a pas que la beauté des dessins qui nous fascine à Lascaux. Il y a toutes les questions que ceux-ci suscitent en nous et qui restent désespérément sans réponse. Quelles étaient ces bêtes exotiques qui peuplaient nos contrées ? Nous les reconnaissons, pour les avoir vues dans un zoo ou dans une réserve africaine : antilopes, félins, rhinocéros, etc. Du coup, nous prenons conscience que nos contrées tempérées ont pu autrefois avoir un autre aspect et connaître un autre climat. Nous remontions le temps, au-delà de l’Histoire, et voilà que c’est la géographie qui bascule soudainement dans une sorte de relativisme : les paysages que nous connaissons bien et que nous avons tous les jours sous les yeux ont pu être différents : savane, brousse, climat tropical, végétation luxuriante et exotique, tout ce que nous attribuons à « l’autre », à l’Africain, a été le quotidien de nos ancêtres et la terre sur laquelle je marche n’a pas toujours été comme elle est. Bref, par ses dessins, l’homme préhistorique nous fait prendre conscience de l’aspect éphémère de toute chose.

Une autre question qui reste sans réponse quand on contemple les œuvres de Lascaux (ou d’autres grottes préhistoriques), c’est de savoir quelle était leur destination. Culte de la chasse ? Manière de s’approprier la force des animaux représentés et assimilés à des dieux de par leur dangerosité ? Religion primitive, proche du chamanisme ? Mystère. On pourrait se demander aussi pourquoi les animaux sont représentés seuls, en-dehors de leur milieu naturel (pas de prairie ou de forêt dans l’art pariétal). Faut-il en déduire que le but n’était pas de refléter la réalité mais au contraire de dessiner « l’essence » de l’animal, son âme en quelque sorte, son génie intrinsèque ? Mais à quelle fin ? On se perd en conjectures. Arche de Noé avant l’heure, la grotte préhistorique rassemble en un seul lieu une multitude d’animaux dont beaucoup s’évitent dans la nature (bovidés et grands carnassiers, par exemple). Faut-il en déduire que les peintures rupestres seraient déjà une manière d’idéaliser le monde, d’imaginer un lieu où toutes les espèces vivraient en harmonie ? Cette interprétation n’engage que moi, mais elle est fascinante. En effet, cela voudrait dire que la grotte, bien enfouie au sein de la terre mère, serait un microcosme, une sorte de miroir du monde extérieur, mais dont le reflet serait idéalisé. L’homme aurait en fait représenté là un monde imaginaire et un peu délirant, un monde où aurait régné l’harmonie.

Des chercheurs plus compétents que moi pensent plutôt le contraire. Ils imaginent que l’homme préhistorique a dessiné là sa peur. Sa grande crainte aurait été de voir la multitude des animaux représentés sur les parois s’animer tout à coup et sortir de la grotte (l’art alors ne serait plus représentation du monde, mais serait un monde en soi, fascinant et fantastique, magique en quelque sorte). Qui a raison, qui a tort ? A la limite, peu importe, ce qui compte ce sont les questions que ces dessins pariétaux suscitent en nous. En effet, si nos ancêtres ont voulu faire parler d’eux en laissant une trace de leur passage, ils ne savaient sans doute pas que leurs peintures nous interpelleraient à ce point et que c’est sur nous-mêmes et nos origines qu’ils nous feraient finalement réfléchir.

Je n’ai parlé jusqu’ici que des grottes comportant des peintures rupestres. Mais mon questionnement initial était de me demander pourquoi les grottes, en général, nous fascinaient. Lovées au creux de la terre, souvent invisibles du dehors (et par-là déjà mystérieuses et secrètes), généralement difficiles d’accès, elles offrent à ceux qui osent s’y aventurer la possibilité d’explorer l’intérieur du monde. Coupée de l’extérieur, complètement isolée et plongée dans une obscurité totale, la grotte n’existe pour le spéléologue que par la rugosité de sa paroi (le toucher) et éventuellement le bruit des gouttes d’eau tombant  de sa voûte (l’ouïe). Pour y pénétrer, il faut donc se munir d’un moyen d’éclairage. La fragilité de ce dernier fait craindre de se retrouver à tout moment plongé dans une obscurité totale. Or le noir fait peur car il ne nous permet pas d’appréhender les dangers possibles.

D’un autre côté, on pourrait tenir le raisonnement inverse et dire que la grotte, par son intimité, rassure. Coupée du monde, elle offre un refuge à celui dont la vie était menacée à l’extérieur. Dans ce cas, elle serait comme une sorte d’utérus naturel. Celui qui y « pénètre » (terme sexuel particulièrement pertinent, puisque le couloir d’accès de la grotte renvoie inconsciemment au sexe féminin, en l’occurrence au vagin) chercherait donc une protection. Comme l’enfant dans le ventre de sa mère, il viendrait se reposer ici des malheurs qu’il a encourus dans le monde extérieur. Rentrer dans une grotte,  ce serait donc remonter le temps et retrouver l’époque d’avant l’enfance et d’avant la naissance, là où notre vie a débuté, dans le mystère total de la rencontre de deux cellules.

Notre fascination pour la grotte tiendrait donc à tout cela. Peur du noir d’un côté et recherche d’un refuge originel de l’autre. Temps d’avant le temps, d’avant notre propre création, elle serait un peu un symbole de l’origine du monde (sans vouloir renvoyer ici au tableau de Courbet). Dissimulée au sein de la terre, en principe ignorée de tous, refuge idéal pour venir y panser ses blessures, elle permet aussi de « voir » ce qui se passe à l’intérieur de la terre (le cheminement secret de l’eau, par exemple) et donc d’accéder à ce qui est habituellement tenu caché.

Notons pour terminer que les églises romanes du Moyen-Age, par leur côté primitif et peu élaboré, mais aussi par leur voûtes simples qui rappelle celles des grottes, nous fascinent elles aussi probablement pour toutes les raisons évoquées plus haut (obscurité, refuge utérin, etc.). Inconsciemment, les hommes auraient donc construit de leurs mains, à l’extérieur, ce que la nature avait mis à leur disposition dans ses entrailles. Plus tard, ces mêmes églises romanes, si touchantes par leur pénombre et leur côté simpliste, laisseront place aux grand édifices gothiques, ouverts sur la lumière. Ce jour-là, la compréhension des grottes et des dessins pariétaux aura complètement disparu.

Notons pour nuancer qu’à l’intérieur les églises romanes étaient peintes de couleurs vives (comme les grottes préhistoriques) et qu’elles étaient donc peut-être moins sombres et moins frustres que nous ne nous les imaginons. 

 

 

grottes, Lascaux

01:03 Publié dans Errance, Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : grottes, lascaux

26/06/2014

De la grotte de l'hermite.

Lassé par l’agitation du monde, consterné par toutes ces guerres qu’on fait soi-disant pour imposer  la démocratie (mais guerres qui curieusement profitent toujours aux plus riches), écoeuré par les mensonges de la presse qui s’est définitivement rangée du côté des puissants, je parlais l’autre jour de mon envie de silence.

On pourrait qualifier ce repli de fuite, mais on pourrait tout aussi bien lui donner le nom de sagesse. A quoi bon, en effet, se rendre malade à cause de la manière dont le monde évolue, on n’y changera quand même rien du tout. A notre petit niveau, il nous reste à ne pas gâcher complètement notre vie et à essayer de trouver un sens à notre existence propre. Chacun d’entre nous étant particulier et unique, il appartient à chaque homme (ou à chaque femme) de trouver ce sens dans ce qu’il aime et dans ce qui l’épanouit. Par ces mots, je n’entends pas une vision hédoniste ou quasi épicurienne de la vie. Non, ce que je veux dire, c’est que ce sens ne peut être trouvé que dans ce qui nous parle. Il s’agit donc plutôt d’une démarche fondamentale et existentielle, qu’on pourrait même finalement qualifier de quête.

En retrait par rapport au monde, éloigné de son agitation perpétuelle et ô combien futile, il me semble, en ce qui me concerne, que l’écriture et la lecture constituent deux pôles essentiels à travers lesquels je parviens à découvrir mon « moi » profond. L’animal n’a pas besoin de ces subterfuges. Un chat est un chat jusqu’au bout des griffes, quoi qu’il fasse. L’homme au contraire, submergé par tous les rôles que la société lui a imposés, ne parvient plus spontanément à être lui-même. Il lui faut donc ces moments de recul et de silence pour se retrouver et la lecture comme l’écriture sont précisément deux moyens pour tenter de rapprocher le moi intime du monde extérieur, pour tenter de comprendre ce que vient faire ce « moi » dans cet univers si hostile et si étranger à ses préoccupations personnelles. Le but est de dire ce « moi », non dans une sorte de narcissisme pathologique, mais dans une affirmation naturelle et spontanée.

Le recul permet aussi de prendre une certaine distance par rapport aux événements et donc de ne pas sombrer  dans « l’instant » et dans son côté éphémère. C’est la force des grands écrivains classiques (et on retrouve le thème de la lecture) de traverser les siècles car ils sont parvenus à se détacher de leur époque (tout en puisant en elle leur expérience) pour atteindre une sorte d’universalité de l’humain. Ils sont au-delà de l’éphémère et c’est pour cela qu’ils nous parlent, parce qu’ils viennent combler en nous ce manque fondamental, parce qu’ils apportent un début de réponse aux  questions existentielles que nous nous posons.

La lecture est donc un voyage dans le monde de l’esprit et l’écriture est un moyen d’exprimer ce qui était en nous et que nous ignorions. A l’abri dans sa grotte, l’homme préhistorique a lui aussi fait appel à l’art pour « dire » qui il était et pour tenter de trouver une réponse à ses questions. D’abord il a posé sa main sur la paroi rocheuse après l’avoir enduite de cendres et la trace qui a subsisté fut la première représentation de l’humain, une sorte de métaphore ou même de métonymie. L’homme pouvait partir chasser, le dessin de sa main continuait à dire qu’il avait existé et qu’il était passé par cette caverne. L’art, déjà, visait à l’immortalité.

Les siècles passant, le dessin de la main a fait place à des représentations plus complexes, et c’est la grotte de Lascaux et ses merveilleux animaux. A ce stade déjà, l’homme se situe par rapport à ce qui l’entoure et il tente de comprendre le sens de sa présence au monde.

Plus tard viendront les religions (mais peut-être que le cheval de Lascaux est déjà un dieu cheval, doué de pouvoirs extraordinaires et dont le chasseur devenu chaman tente de capter la force immatérielle. Qui sait, en effet, ce qu’on vraiment voulu dire nos lointains ancêtres ?), les religions, disais-je, qui fourvoieront les hommes vers des paradis imaginaires, tout en les contraignant sur terre à respecter une morale de fer au service des rois et des puissants. Loin d’épanouir l‘individu et de l’aider à se trouver, elles l’ont poussé vers des chemins de traverse qui l’ont conduit aux notions de péché, de punition, de peur et de refus des plaisirs de la vie.

Pour sortir de ce bourbier, il nous reste donc à réinventer la grotte primitive, celle de nos lointains ancêtres, et d’y dessiner, par exemple, une main tenant une plume. Peut-être parviendrons-nous enfin à dire ce que nous sommes, à défaut de pouvoir dire pourquoi nous sommes là. 

 

 

Littérature

22:37 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

20/06/2014

Requisitoire contre l'Empire

Par Empire, nous désignerons ici l l’hégémonie de la finance et du commerce, ces deux monstres  qui imposent leur loi au monde entier et dont les armées occidentales (et surtout américaines) ne sont finalement que le bras séculier. En effet, si on voit bien comment certains on put s’enrichir lors de la destruction de l’Irak ou de la Libye (ventes d’armes, mainmise sur les puits de pétrole, reconstructions, privatisations, etc.), on ne voit pas du tout ce que le peuple américain a pu gagner dans ces guerres, à part le triste honneur de les financer.

Le Capitalisme est par nature expansionniste, cela ne date pas d’hier. Ce qui est nouveau, par contre, c’est la frénésie avec laquelle il tend maintenant à s’emparer de la planète entière. Les quelques pays qui tentent encore de vivre en marge de sa logique marchande sont impitoyablement démantelés au nom du progrès (aux yeux des libéraux, la Syrie, par exemple, n’était pas un état moderne puisque c’était la puissance publique qui y avait la mainmise sur l’économie et non le secteur privé. Or selon cette doctrine libérale, un état moderne est un état « où on peut s’enrichir facilement »).

Avant même que l’entièreté de la planète ne soit soumise à cette logique marchande (mais quelques années devraient suffire, maintenant, à moins que la Russie ne parvienne à s’imposer et ne mette un frein à cette vision unipolaire du monde), les firmes privées commencent à se détruire les unes les autres. Il ne peut en être autrement. En effet, tant qu’un tel système est en expansion, il trouve de nouveaux marchés où apaiser sa soif de profit, mais une fois que tout est conquis, il faut bien que les capitalistes se battent entre eux pour arracher à leurs concurrents ses fameuses parts de marché. En inventant le principe de la concurrence, on peut donc dire qu’on a mis le ver dans le fruit.

En effet, pour vendre un produit, il faut que ce produit soit moins cher que celui fabriqué par une autre firme. Il s’ensuit donc obligatoirement une course effrénée pour réduire les coûts (soit en misant sur une qualité moindre de la matière première employée, soit en licenciant une partie du personnel, soit encore en combinant ces deux alternatives), ce qui a comme conséquence que seules les firmes les plus puissantes parviennent à s’en sortir au détriment des petites. Les années passant, il n’y aura évidemment plus que quelques grosses multinationales qui survivront, mais dont la santé sera alors éblouissante. Pour le dire autrement, le petit indépendant qui en France vote par principe pour la droite libérale (et on peut comprendre qu’il ne s’associe ni aux discours du PS ni à ceux du PC) ne se rend pas compte que dans la logique même du système capitaliste mondialisé il est appelé à disparaître.

Ce système capitaliste à visée mondiale a évidemment des conséquences sur le comportement de la population. Je ne parle pas ici des millions de sans-emploi qui sont la conséquence directe de la réduction des coûts de production (ce qui est déjà une catastrophe sociale sans précédent). Non, je parle de l’uniformisation des comportements qui sont imposés (parce que nécessaires si on veut vendre le même produit reproduit à des milliards d’exemplaires à la planète entière). En d’autre terme, ce qui faisait la caractéristique de chaque peuple, sa culture, sa manière de vivre et de consommer, tout cela doit disparaître au profit d’une culture mondiale unique, où un Inuit aura le même comportement qu’un Australien ou un Patagon. Dans un tel contexte, il n’y a plus de place pour le moindre particularisme. On le voit bien en Europe, où les Etats devraient peu à peu s’effacer au profit de la nébuleuse de l’Union européenne, laquelle n’en finit plus de signer des traités commerciaux aux horizons de plus en plus vastes.

Cela signifie que notre culture (celle de nos livres, de notre musique, celle qui est inscrite dans nos cathédrales du Moyen-Age) doit disparaître au profit d’une « culture » anglo-saxonne globale (puisque c’est en Amérique que le Capitalisme a trouvé son point d’appui pour conquérir la planète). Le massacre des Indiens n’était donc qu’une étape. En 1944, les troupes américaines débarquaient en Normandie non pour destituer Hitler (dont la présence n’avait guère gêné Washington depuis sa montée au pouvoir) mais pour barrer l’accès de l’Europe aux troupes de l’Armée rouge, lesquelles allaient faire basculer le vieux continent dans leur zone d’influence. L’Amérique est donc entrée en guerre, puis a négocié un partage du monde à Yalta (tout en se gardant bien de destituer Franco en Espagne). Elle a généreusement proposé le plan Marshall, qui impliquait déjà que la radio française devait diffuser un certain pourcentage de chansons en anglais et que les cinémas devaient eux aussi proposer un certain nombre de films américains. Ce jour-là, la France avait commencé à perdre son identité. Evidemment, les générations suivantes, qui étaient nées après ces événements (et j’en fais partie) ne se sont pas rendu compte du changement puisqu’elles n’avaient rien connu d’autre. Coca Cola et Mac Donald’s pouvaient donc s’étendre sans que personne ne trouvât rien à redire.

Tous ces principes étant posés, il reste à savoir ce que nous pourrions faire pour lutter contre cette mondialisation économique qui non seulement ruine notre système social, mais nous fait perdre petit à petit notre culture et donc notre identité. Comment réagir en effet pour être plus qu’un simple consommateur se précipitant de Tokyo à New York en passant par Paris pour acheter la dernière Play Station (« panen et circenses ») ou le dernier Iphone ?

Honnêtement, nous sommes peu nombreux à lutter contre l’Empire et en plus nous sommes dispersés géographiquement, sans compter que nous sommes mal armés, ne disposant que de nos mots. La seule solution raisonnable est donc d’entrer en opposition, autrement dit de se cacher dans l’ombre pour tenter de survivre à notre niveau. Une cabane reculée au fond des bois pour y écrire, une vieille caravane au fond du jardin, comme celle de Guy Goffette, pour y lire, peu importe, ce qui compte c’est de trouver un endroit discret, loin du monde, où on pourrait continuer à atteindre l’essentiel, via les livres et la culture. Existe-t-il, en ce XXI° sicle si peu éclairé, une autre manière de vivre et de survivre ? Existe –t-il une autre manière de se trouver soi-même, si ce n’est à l’abri de l’agitation du monde ?

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12/06/2014

Sortie du lycée

Assis dans la voiture, j’étais venu chercher mon fils qui avait un examen au lycée. N’ayant rien d’autre à faire et n’ayant pas emporté de livre avec moi puisque le temps d’attente aurait dû être très court, je regardais distraitement toute cette jeunesse qui sortait de l’école : jeunes filles en fleur, le sourire aux lèvres et un sac en bandoulière, garçons potaches et décontractés papotant par groupes ou au contraire premiers de classe solitaires et sérieux, ayant déjà sur leur visage les traces des préoccupations que leurs responsabilités futures ne manqueraient pas d’amplifier encore.

Il faisait beau, je me sentais en paix avec moi-même et les souvenirs de mes propres années de lycée commençaient à remonter à la surface, abolissant du même coup des décennies entières, comme si le temps était resté immobile et ne s’était jamais écoulé.

C’est à ce moment-là que je l’ai vue, surgie de nulle part, fantôme énigmatique qui tranchait au milieu de la jeunesse ambiante. Une petite vieille, maigre et voutée, toute de noir vêtue et qui trottait à pas menus vers le cimetière tout proche. Sa frêle silhouette se détacha un instant contre le vert éblouissant d’un conifère, ombre incertaine qui déjà n’appartenait plus à la vie. Pendant quelques secondes, il m’a semblé qu’elle se dirigeait vers sa propre tombe, comme si elle était à elle seule son unique cortège funèbre.

Puis je me suis dit que selon toute vraisemblance elle allait rendre visite à son mari décédé avant elle. Elle avait les mains vides et cette absence de fleurs me faisait pressentir que ses visites au cimetière devaient être quotidiennes. Elle remplaçait ainsi tristement l’ancienne vie commune, se donnant l’illusion de former encore un couple. A quoi avait ressemblé son existence auprès de cet homme ? Je n’en avais aucune idée, mais je pressentais que malheur ou bonheur, cela ne changeait strictement rien pour la vieille dame. Maintenant qu’elle était seule, elle se devait de venir ici se recueillir un instant, même si ce mari avait été le pire des tyrans. Que lui restait-il à vivre ? Quelques mois ? Un an ? Deux tout au plus, si on en jugeait par la maigreur de sa noire silhouette qui semblait déjà appartenir à l’autre monde. Alors, n’ayant plus rien d’autre à faire, elle venait en ce lieu se préparer au grand saut qui ne devrait plus beaucoup tarder. En saluant les défunts, elle s’habituait, en quelque sorte, à son destin futur. Un instant, je l’imaginai en train de tenir quelques discrets conciliabules avec les habitants du cimetière. Cela aurait fait un beau thème pour une nouvelle, digne du roman de la momie de Théophile Gauthier.

Quand elle eut disparu derrière la grille ouvragée, je suis resté rêveur, entouré de cette jeunesse insouciante qui continuait de sortir du lycée, confiante en son avenir.

 

Littérature

 

 

06/06/2014

Cheminement

Marcher

Marcher le long de la mer

Parcourir tous les sentiers côtiers

Humer le vent marin

Contempler les bateaux en partance

Admirer les falaises de granite rose et les grands oiseaux blancs

Se souvenir

Rêver

Marcher, toujours marcher…

 

Littérature

 

16:27 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

31/05/2014

Plage

Vous alliez souvent, petite fille, jouer sur la plage grande et belle.

Vous fîtes là moult châteaux de sable

Que la marée montante submergeait toujours

Sous vos cris faussement indignés,

Car dans le fond, fort ravie vous étiez de cette force sauvage

Qui piétinait vos constructions éphémères…

 

Adolescente, sur la même plage, vous vous mîtes à rêver

Au prince charmant qui habitait le château.

Beau, preux et courageux, il vous semblait le voir

Galoper dans les flots, sur son cheval fougueux.

Un jour, il prit les traits d’un vacancier de passage

Et là, sur le sable de la grande plage d’abord, puis dans les dunes discrètes

Vous avez goûté de sa force sauvage et de ses baisers tendres.

Submergée sous les vagues du désir, ravie,

Vous avez crié votre joie à chaque marée haute.

Mais quand prit fin l’été et que le prince fougueux regagna son port,

Indignée, vous comprîtes que tout château n’était fait que de sable.

 

Aujourd’hui, vous marchez seule sur la plage grande et belle

Et dans le ciel vide passent de grands oiseaux blancs.

Tout en regardant les enfants qui construisent des châteaux éphémères,

Vous écoutez les flots fougueux qui déferlent sur le sable. 

Ce sont les chevaux de la mer, qui galopent, écumants.

 

 

Littérature

00:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : littérature

23/05/2014

Limites de l'hégémonie des Etats-Unis

Je me demande si l’Occident n’a pas commis une erreur en voulant englober de force l’Ukraine dans son camp afin d’affaiblir Moscou. Un empire s’agrandit toujours, mais il arrive un moment où il dépasse les limites du raisonnable. Certes on nous parle de démocratie retrouvée (ce qui fait sourire quand on voit qu’on a mis des partis d’extrême-droite possédant des forces paramilitaires au pouvoir), de droits de l’homme (je me demande ce qu’en penseraient les malheureux qui ont été brûlés vifs dans la maison des syndicats à Odessa, s’ils pouvaient encore parler), de grand rassemblement des forces de l’Otan contre les méchants russes (ce qui n’a pas empêché Poutine d’annexer la Crimée), d’élections libres (alors qu’on est en pleine guerre civile, puisque l’armée entoure et bloque certaines villes de l’Est où la population ne reconnaît plus le pouvoir central), de sanctions économiques qui vont faire plier l’adversaire (mais dont les victimes sont également les entreprises européennes qui avaient passé des contrats avec la Russie).

Bref, on allait soi-disant isoler la Russie et la planète entière allait lui tourner le dos. Or que se passe-t-il ? Se sentant en effet un peu isolé, Poutine a entamé une visite en Chine, ce qui veut dire qu’avec son intransigeance l’Occident a provoqué un rapprochement entre les deux superpuissances asiatiques. Ce n’est peut-être pas très malin. Il était pourtant prévisible que Moscou et Pékin allaient s’unir contre les USA puisqu’ils s’opposent tous deux à l’hégémonie américaine et qu’ils sont tous deux en conflit ouvert avec Washington pour des questions territoriales (Crimée d’un côté et contrôle de la mer de Chine de l’autre).

De plus, si les sanctions ne frappaient que Moscou, par un effet de boomerang elles vont maintenant frapper l’Amérique. En effet, Moscou et Pékin envisagent d’abandonner le dollar comme monnaie d’échange dans la région asiatique. Par ailleurs, la Russie vient de créer son propre système de paiement électronique, pour remplacer la carte Visa. Pour couronner le tout, les deux chefs d’Etat envisagent des manœuvres militaires conjointes. En alliant leurs forces, la Russie et la Chine pourraient bien d’ici peu dépasser la puissance de frappe de l’Otan.

En attendant, sur le plan commercial, la Chine grignote les zones d’influence des Etats-Unis.  Elle achète une bonne partie du pétrole irakien (alors que les Etats-Unis ont dépensé des milliards pour y faire la guerre et qu’ils n’en retirent finalement pas beaucoup de profits), investit dans les mines d’Afghanistan et achète des produits iraniens (ce qui permet à ce dernier pays de sortir de l’embargo que l’Occident lui avait imposé).

Voilà le résultat de la volonté de faire passer l’Ukraine dans notre camp. En plus, la situation dans ce pays est catastrophique.  Après le massacre d’Odessa, plus rien ne sera jamais plus comme avant et les deux communautés qui composent cet Etat ne voudront probablement plus vivre ensemble. L’Amérique s’en moque, qui irait bien jusqu’à déclarer une guerre qui ruinerait à la fois son vieil ennemi russe et son allié européen, pour le plus grand profit des capitalistes étatsuniens. En attendant, il faut s’attendre à des attentats islamistes en Crimée ou en Tchétchénie, voire dans le métro de Moscou.  On ne pourra rien reprocher à l’oncle Sam, qui n’aura rien fait directement, mais qui aura quand même armé et entraîné quelques opposants bien utiles à sa cause. Il y a fort à parier qu’à côté de ces opposants on retrouvera des mercenaires de l’extrême-droite occidentale (on a bien vu des centaines de jeunes Français musulmans partir pour la Syrie). Une fois victorieux en Ukraine, ces derniers pourraient revenir en force en Occident et tenter d’imposer leurs idées par la force. Ce n’est pas les maîtres de Washington qui s’en plaindront. N’ont-ils pas laissé Franco au pouvoir en 1945, mis Pinochet  à la tête du Chili en 1976 et porté des néofascistes à la tête de l’Ukraine en 2014 ?

 

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19/05/2014

La beauté

Qu’y a-t-il de plus beau qu’un cheval qui galope dans une prairie

Et qui soudain se dresse, ivre d'être lui-même ?

Qu’y a-t-il de plus beau que des vagues qui déferlent sur une plage

Et qui mugissent sourdement en bouillonnante écume ?

Qu'y a-t-il de plus beau qu’un merle qui chante au sommet d’un arbre

Et qui exprime tous les matins du monde ?

Qu'y a-t-il de plus beau qu’une femme qui lit un livre en silence 

Et qui rêve qu’elle pourrait être aimée ?

 

 La lectrice

Littérature

00:12 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature

16/05/2014

Odessa, 02 mai 2014

Que s'est-il vraiment passé à Odessa le 02 mai 2014 ? Difficile à dire. Voici en tout cas une version bien éloignée de ce qui s'est dit dans la presse classique. Et comme cette presse classique ment sans arrêt (voir la couverture des événements en Syrie), il se pourrait donc bien que la vérité se trouvât ici :

 

 http://www.voltairenet.org/article183825.html

 

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14/05/2014

Questionnements

Comment une opposition syrienne, qui tue et massacre des populations civiles innocentes, pourrait-elle apporter la démocratie ?

Le chef de cette opposition déplore le nombre de morts, mais réclame des armes pour faire pencher la balance en sa faveur. N’est-ce pas avouer que sans l’intervention de cette « opposition », il n’y aurait eu aucun mort ?

Qui n’a pas compris que tous ceux que l’Occident met au pouvoir ne sont que des hommes de paille ?

Qui réalise vraiment qu’au-delà des 150 000 morts syriens, il y a aussi des centaines de milliers de blessés, des millions de réfugiés  et que le pays est détruit (habitations, écoles, hôpitaux, usines, infrastructures, sans parler du patrimoine archéologique et culturel) ?

Qui ne comprend pas que les Syriens n’attendent qu’une chose : que leur armée reprenne le pouvoir partout, chasse les étrangers envoyés par l’Occident et rétablisse la paix ?

Qui a dit : « Les gars du « Jabhat al Nosra » »font du bon boulot » ? Ne cherchez pas trop loin, c’est le chef de la diplomatie d’un grand pays occidental.

Pourquoi nos gentilles démocraties ne s’émeuvent-elles pas quand les habitants d’Alep sont systématiquement affamés et assoiffés par les rebelles, qui leur coupent l’eau et l’électricité ?

Le mouvement des « Talibans » ne nous a-t-il pas été finalement  bien utile pour pouvoir protéger militairement nos gazoducs dans cette région?

Qui se souvient encore que l’Amérique a financé Al Quaïda en Afghanistan contre les Russes, que Ben Laden était un ami de Bush et qu’alors que la planète entière était à sa recherche après le 11 septembre, il se faisait soigner dans un hôpital militaire américain ?

Qui a agressé la Yougoslavie, La Somalie, l’Irak, l’Afghanistan, la Lybie, la Syrie et l’Ukraine ?

Pourquoi le Tribunal pénal international ne condamne-t-il que ceux que l’Occident a vaincus ? Pourquoi ne se penche-t-il jamais sur les atrocités que l’on commet dans les pays qui sont nos amis, comme l’Arabie ou le Qatar, par exemple ? Et qu’en est-il des droits de l’homme dans ces pays (pour ne même pas parler des droits de la femme) ?

Pourquoi le même Tribunal international ne se penche-t-il pas sur ceux qui ont soutenu et armé l’opposition syrienne, cautionnant du même coup les atrocités commises contre les Chrétiens, les Alaouites, les Druzes, les Maronites, les Arméniens et tous les musulmans qui n’étaient pas sunnites intégristes ?

Pourrons-nous dire plus tard que nous ne savions pas ?

Peut-on dire que nos dirigeants ne savaient pas ?

Pourquoi la chef de la diplomatie européenne ne s’est-elle pas émue quand on lui a dit que les tireurs d’élite de la place Maïdan tiraient à la fois sur les manifestants et sur les policiers pour semer le chaos et provoquer une réaction violente de part et d’autre ? Savait-elle déjà qu’il en était ainsi ? Et si elle ne savait pas, pourquoi n’a-t-elle pas demandé une enquête avant de soutenir inconditionnellement une bande de fascistes et de les mettre au pouvoir à Kiev ?

Pourquoi personne ne réagit-il devant la folie des hommes ?

Pourquoi s’émeut-on subitement sur le sort atroce de 200 lycéennes africaines que les djihadistes vont vendre comme esclaves sexuelles alors que ces pratiques sont finalement courantes dans certains pays arabes avec qui nous entretenons de bonnes relations ?

Pourquoi  combattons-nous le djihad en Afrique alors que nous le finançons en Syrie ?

Pourquoi le pays le plus civilisé et le chantre de la démocratie, à savoir l’Amérique, possède-t-il  des bases militaires dans 78 pays au monde et pratique officiellement enlèvements et torture ?

Pourquoi nos journalistes ne nous informent-ils jamais de tout cela ?

Pourquoi alors que nous sommes en pleine campagne électorale pour les européennes, aucun politicien ne dénonce-t-il le nouveau traité commercial transatlantique qui va concrétiser la suprématie et la domination des grosses multinationales ?

Pourquoi un pour cent de la population peut-il berner ainsi l’ensemble de la planète ?

Pourquoi ne parvenons-nous pas à inverser la tendance de ce courant libéral qui réduit nos acquis sociaux, nous fait travailler de plus en plus tard (l’âge de la retraite vient d’être porté à 70 ans en Australie) et laisse des millions de jeunes au chômage ?

Si 99 % de la population ne parvient plus à se faire entendre, peut-on encore dire que nous sommes en démocratie ?

Et si nous ne sommes plus en démocratie, ne serait-il pas urgent de la rétablir ?

 

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12/05/2014

"Le Diable et le berger" de Bertrand Redonnet

Je lisais l’autre jour le dernier livre de notre ami Bertrand Redonnet et je me faisais la réflexion suivante : il est quand même curieux que cet auteur, qui revendique son exil volontaire en Pologne, à la frontière biélorusse, ancre généralement ses livres dans le terroir qui l’a vu naître, à savoir la campagne profonde du Poitou. C’était déjà le cas dans son précédent livre, Zozo, et c’est toujours le cas ici, dans « Le Diable et le berger ». Forcément, me direz-vous, puisque le héros (ou anti-héros) dont on raconte l’histoire est un protagoniste que le lecteur avait déjà rencontré dans le premier livre. Certes, certes. Il n’empêche, pourquoi toujours situer l’action dans cette région précise du Poitou ? Parce que Bertrand n’en connaitrait pas d’autres ? Bien sûr que si, car tel un marin sans amarres (lui qui n’aime pas l’océan), il a bourlingué un peu partout. Il aurait donc très bien pu situer l’action dans une autre région de France ou faire voyager son personnage ailleurs en Europe. En Espagne, par exemple (pays que le vieil anarchiste qu’il est doit apprécier par sa guerre civile de 1936 et par la lutte clandestine contre le franquisme qui a perduré dans l’ombre pendant des décennies) ou en Pologne, où il habite.

Mais non, il revient toujours dans ses romans à cette région aux confins de la Vienne et des Deux-Sèvres, probablement parce que c’est le pays de l’enfance, cette terre où il a grandi, mûri, où il est devenu homme et d’où finalement il est parti pour découvrir le monde. Cette terre restera à jamais l’endroit qui est le sien. Les paysages, les vents, les tempêtes d’hiver, les lignes des grands peupliers, la rivière, le petit village (ce microcosme qui dit à lui seul l’univers tout entier) c’est tout cela qui a fait de Bertrand ce qu’il est et c’est pour cela qu’il y retourne par l’écriture, pour remonter à la source et essayer de comprendre le sens de la vie. Et nous, lecteurs, qui sommes d’un autre région, d’un autre univers, nous comprenons parfaitement ce qu’il nous dit, car nous avons également au fond de nous une rivière,  un village ou un petit bois où nous avons vécu enfants. C’est la force de la littérature de réveiller ce qui fut et qui a fait un peu de ce que nous sommes.

Mais si le paysage est toujours sous-jacent chez Bertrand, c’est surtout les hommes (et les femmes) qu’il raconte ici, avec leurs désirs, leurs faiblesses et leurs actions qui ne sont pas toujours louables. Ce n’est pas un roman moral. On ne juge pas ici, on décrit. On décrit comment les idées et les passions de chacun vont se confronter avec celles des autres, qui sont différentes. Mais cela provoque des frictions et on frôle souvent le drame avant d’y tomber tout à fait. Stéphane Beau, dans son introduction, parle de véritable tragédie, presque au sens grec du terme. Il n’a pas tort, il y a de cela, en effet. Sauf peut-être que les héros ne sont pas des nobles comme chez Corneille ou des rois et des princes comme chez Sophocle. Ce sont de petites gens, mais par ce côté simple et ordinaire, ils sont plus proches de nous encore car les choses qu’ils vivent au quotidien sont aussi les nôtres : la vie en couple, les disputes, le désir parfois d’aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.

Le héros principal, Guste Bertin, est en marge de la société. D’abord il n’a pas de père officiel et cela a marqué son enfance. Ensuite, adolescent, il a quitté le village pour aller au collège, ce qui l’a rendu différent aux yeux des autochtones. Enfin, comme membre du Conseil communal, il représente évidemment l’opposition et il est toujours contre tous les projets que propose le maire. C’est l’occasion pour l’auteur de nous décrire quelques scènes épiques, où la truculence du langage est savoureuse. Cependant, derrière ces intrigues de village, c’est une nouvelle fois toute l’âme humaine qui est mise à nu, l’ensemble des conseillers municipaux préférant peureusement et servilement se rallier à l’avis de la majorité plutôt que de défendre les idées   généreuses de cet anarchiste campagnard.

Dans ce village, il y a bien entendu un curé et quand on sait tout le mal que pense Bertrand de la religion, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il donne à celui-ci un rôle conventionnel, bien au contraire. C’est qu’il a beau être curé, le prêtre est aussi un homme à l’âme tourmentée, comme tout un chacun, et pour lui comme pour le héros la limite entre le bien et le mal n’est pas toujours bien tracée.

Dans ce roman, il y a des femmes, aussi. La femme de Bertin en a assez de la vie quotidienne qu’elle mène avec son homme grognon et, voyant son couple se déchirer, elle  essaie de trouver ailleurs ce qu’elle ne trouve plus chez elle. Je n’en dirai pas plus, mais le noeud de l’intrigue est là, intrigue rondement menée à la lecture de laquelle on ne s’ennuie jamais. Mais je le répète, derrière toutes ces scènes truculentes, il y a toujours une réflexion sur la vie et les passions qui nous animent. Jamais l’auteur ne juge ses personnages. Il décrit leurs faiblesses, il les voit s’écarter du droit chemin, mais quelque part il les comprend et ne les blâme pas. Et si quelqu’un est puni à la fin, c’est finalement pour un meurtre dont il n’était pas directement responsable. Le destin, une nouvelle fois, est impénétrable, ce qui nous renvoie décidément à la tragédie grecque déjà évoquée.

 

 

Littérature, Bertrand Redonnet

 

09/05/2014

Incendies historiques

L’Histoire, on le sait, n’a pas été avare d’incendies. Homère, déjà, nous a raconté dans l’Iliade l’incendie de Troie après la prise de la ville par les Grecs. Mais ces mêmes Grecs verront bientôt l’Acropole d’Athènes détruite par les flammes : les anciennes fortifications, les constructions et les statues furent en effet détruites par un immense incendie allumé par les Perses en -480 au cours des guerres médiques. C’est Périclès, aidé du sculpteur Phidias, qui reconstruira le site.

En 390 avant JC, c’est Rome qui tombe sous la coupe des Gaulois. Terrifiés, les soldats romains se réfugient dans la citadelle qui surplombe la colline du Capitole, laissant les « Barbares » massacrer femmes, enfants et vieillards dans la ville basse. Ceux qui ont traduit Tite-Live se souviendront de l’épisode des oies sacrées du Capitole, qui par leurs cris donnèrent l’alerte lorsque les Gaulois voulurent  s’emparer de la forteresse.

En -146, c’est Carthage qui brûle après avoir été pillée par les Romains, tandis que la bibliothèque d’Alexandrie aurait été détruite par les flammes en -47. Le grand incendie de Rome par Néron, date lui de 64 après JC.

Mais tout cela, c’est de l’histoire ancienne. Plus près de nous, on se souvient surtout du fameux incendie du Reichstag, allumé par les partisans d’Hitler, lequel accusa immédiatement les communistes d’en être les responsables. Il s’ensuivit une limitation immédiate des libertés individuelles et une chasse aux communistes allemands.

On se souviendra longtemps aussi de l’incendie de la Maison des Syndicats à Odessa, où plus de quarante personnes qui manifestaient pour s’opposer au régime fasciste mis en place à Kiev ont été encerclées et brûlées vives par ces mêmes fascistes. La première version officielle de ces faits désignait la Russie comme responsable de ce massacre, ce qui n’a évidemment aucun sens. Il est vrai que les conseillers US et les agents de la CIA qui pullulent en ce moment à Kiev ont pris l’habitude d’accuser leurs ennemis des crimes qu’ils ont eux-mêmes commis (voir l’attaque aux armes chimiques dans la banlieue de Damas qui avait été imputée au régime de Bachar el Assad, alors qu’il est aujourd’hui prouvé que les tirs provenaient bien des djihadistes armés par l’Occident).

Curieusement, cette version qui désignait la Russie comme responsable du massacre n’a pas été reprise par les médias occidentaux, pourtant habituellement très dociles quand il s’agit de colporter des mensonges d’Etat. Je ne sais pas pourquoi, peut-être tout simplement parce que la couleuvre était trop grosse à avaler. Par contre, j’ai entendu que les chefs de la police avaient été limogés. J’ignore pourquoi également. Sans doute parce qu’ils ne sont parvenus à séparer les deux camps en présence et surtout parce qu’il fallait bien trouver un coupable. Et puis dire que la police officielle n’est pas compétente, cela permet de créer des milices parallèles, ce qui a été fait le lendemain. Et qui va-t-on retrouver dans ces milices ? Les fascistes du Maïdan, évidemment, ceux-là même qui venaient juste de mettre le feu à la Maison des syndicats. La boucle est bouclée.

Comme en 1933, donc, des fascistes ont allumé un incendie et ont accusé leurs opposants (ici la Russie, berceau historique de ce communisme tant haï) d’en être responsables, puis ils ont renforcé leur présence militaire en étant officiellement chargés du maintien de l’ordre.

Pendant ce temps, à l’autre bout de l’Ukraine, les mêmes milices fascistes tirent sur des civils pro-russes (qu’ils qualifient de terroristes). Les hommes qui font partie de ces milices sont les petits-fils des Ukrainiens qui étaient venus avec les troupes allemandes en 1941 et qui avaient massacré des milliers de Juifs au même endroit.

La complaisance de l’Europe devant les nouveaux maîtres de Kiev laisse rêveur. Quant à messieurs Hollande, Fabius et BHL, qui ne cachent pas leur sympathie pour la communauté juive en général et pour Israël en particulier, leur attitude relève de la bêtise profonde. Il est vrai que le premier ministre israélien appartient bien à l’extrême-droite. Il y a de quoi y perdre son latin. 

 

OdessaOdessa

08/05/2014

Souvenirs

Dans le miroir des souvenirs

J’ai croisé le regard de l’enfant que je fus.

Il se promenait le long de la rivière

Qui coule depuis toujours

Sous ses arches de pierre bleue.

 

Il y avait là-bas des forêts infinies

Qui frémissaient sous les tempêtes d’automne

Tandis que des hordes de nuages

Déchiraient l’immensité des cieux

Sous des équinoxes pluvieux.

 

Dans le miroir des souvenirs

Se dressa soudain une adolescente de quinze ans.

Elle baissa pudiquement les yeux

Quand elle se sentit désirée

Par un condisciple amoureux.

 

Il y avait sur les murs pourpres du lycée

Des vignes vierges et sauvages

Qui montaient à l’assaut des nuages

Tandis que penchés sur nos vieux bancs tachés d’encre

Nous traduisions Horace, Virgile ou Tacite.

 

Dans le miroir des souvenirs

J’ai revu ton ombre exquise et délicieuse

Frêle silhouette amoureuse

Qui se dévêtait lentement

Dans des hôtels improbables.

 

Il y avait dans la chambre aux rideaux fermés

Tout ton amour qui se donnait

Dans l’odeur poivrée et chaude

De ton corps aux mille senteurs de vanille

 

Quand se brisa le miroir des souvenirs

Il ne resta que des éclats étincelants

Sur la surface changeante de la rivière

Et dans mon cœur le regret infini

 De toutes ces amours perdues.

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

06/05/2014

Elections "démocratiques"

Le monde s’assombrit. Heureusement, des élections sont prévues le 25 mai, en Europe comme en Ukraine, d’ailleurs. Malheureusement, cela ne changera rien et tout le monde le sait.

Avez-vous entendu un seul des politiciens qui se présentent dénoncer le nouveau traité commercial transatlantique ? Pas un seul. Pourtant ce traité va concrétiser la mainmise des multinationales sur soixante pour cent des consommateurs de la planète, tout en permettant à ces mêmes multinationales d’attaquer auprès de juridictions privées les Etats qui oseraient mettre un frein à leur appétit insatiable (par exemple en imposant un salaire minimum ou en prenant des mesures pour la protection de l’environnement).

Avez-vous entendu un seul des politiciens qui se présentent dénoncer le soutien infâme que nos soi-disant démocraties apportent au djihad en Syrie (alors que nul n’ignore les atrocités perpétrées par ces groupes d’enragés qu’on nous fait financer avec nos impôts) ?

Avez-vous entendu un seul de ces politiciens remettre en question les nouvelles guerres coloniales que nous sommes en train de mener en Côte d’Ivoire, au Mali ou en Centrafrique ?

En avez-vous entendu un seul qui ait osé dénoncer l’agression scandaleuse dont a été victime l’Ukraine de la part de nos belles démocraties, lesquelles n’ont pas hésité, via ce qui s’apparente  finalement à un coup d’Etat, à imposer au pouvoir des groupes d’extrême-droite ? Y en a-t-il eu un seul pour reconnaître que les tireurs d‘élite de la place Maïdan ont tiré à la fois sur les policiers et sur les manifestants pour créer le chaos ? Y en a-t-il eu ne serait-ce qu’un seul pour se demander s’il était bien normal de brûler vifs à Odessa des manifestants qui désapprouvaient le nouveau gouvernement en place (massacre dont le but était certainement de pousser la Russie à intervenir, ce qui aurait permis de crier au secours et d’appeler l’Otan à l’aide) ? Et quant aux opposants pro-russes de l’Est de l’Ukraine, qui s’est demandé pourquoi notre bonne presse les appelait « terroristes » et pourquoi tout le monde semblait trouver normal qu’on les attaque avec des chars et des hélicoptères ? N’est-ce pas là d’ailleurs ce qu’on reprochait tant à Bachar el Assad : tirer sur son propre peuple ?

Non, je n’ai entendu aucun de nos chers politiciens se poser une seule de ces questions alors que la planète est en train de brûler et que le beau feu d’artifice qui pourrait en découler risque d’être gigantesque. 

 

Parlement européen à Strasbourg

elections européennes

30/04/2014

Le jardinier

C’est un Jardin où vient battre la mer,

Un havre de paix où l’on peut contempler l ‘infini.

Des roses rouges s’épanouissent sous le ciel bleu,

Tandis que des voiles blanches déchirent l’horizon.

 

Il se souvient, le jardinier, du parfum des îles lointaines,

Dont il est revenu seul, il y a bien longtemps.

Il se souvient de ces saveurs épicées au goût de cannelle

Et surtout de cette femme dont les cheveux embaumaient la vanille.

 

Il n’a rien oublié et quand il cueille une rose,

C’est à elle qu’il pense, à celle qui vit dans les îles

Et qu’il n’a jamais revue.

 

Peut-être l’attend-elle, assise sur une falaise

Ou couchée dans le sable fin.

Peut-être rêve-t-elle d’une rose

En contemplant les vagues blanches qui se brisent en cascades infinies…

 

Littérature

15:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

25/04/2014

Ukraine (6)

Je vous invite à lire l’article ci-dessous, particulièrement intéressant puisqu’il nous retrace l’histoire de l’Ukraine et de la Crimée, tout en pointant du doigt l’incompréhension (et donc l’incompétence) américaine dans ce dossier. Au lieu de critiquer les Russes, les Européens feraient mieux de comprendre que ces derniers ne sont tout simplement pas disposés à suivre la même voie qu’eux, à savoir se transformer en valets et vassaux des Etats-Unis, mais qu’ils veulent au contraire défendre seuls leurs intérêts.

J’ai oublié de dire que cet article est rédigé par Sergeï Khrouchtchev, le propre fils de Nikita Khrouchtchev, l’ancien Premier ministre russe.

http://www.voltairenet.org/article183411.html

 

UkraineCrimée

 

 

24/04/2014

Réflexion

Il est quand même curieux que la France, qui soutient ouvertement l’opposition au président Bachar el Assad (ce qui veut dire plus clairement qu’elle finance et arme des djihadistes enragés qui viennent d’Afrique du Nord ou d’Europe et qui donc n’ont rien, mais absolument rien à voir avec une « opposition syrienne») puisse accepter sans broncher que cette même « opposition » kidnappe quatre de ses journalistes. Pourtant, quand on lit notre presse, celle-ci ne fait qu’encenser l’opposition soi-disant démocratique et condamner le régime syrien.

On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi elle ne dit pas un mot des exactions et des atrocités commises par ces fameux djihadistes que nous soutenons, mais poser la question, c’est en même temps y répondre…

Bref, notre presse fait l’éloge de tout ce qui tire sur l’armée régulière syrienne et pourtant ce n’est pas l’armée qui séquestre nos journalistes, mais cette opposition qu’elle encense tous les jours.

On pourrait admettre une erreur, mais alors nos journalistes auraient dû été libérés après quelques jours et pas après quasi une année. Il faut donc en déduire que la sympathique opposition a réclamé de l’argent et des armes en échange de la vie de ses prisonniers. Cela signifie que les amis de Monsieur Hollande (lui qui dans sa campagne électorale promettait déjà de s’en prendre à Bachar el Assad) sont bien peu sympathiques et même carrément dangereux. Cela signifie aussi qu’il ne les maîtrise pas du tout et qu’en croyant les utiliser pour servir ses intérêts (en gros, débarrasser Israël d’un voisin un peu trop puissamment armé) ce sont eux qui l’utilisent pour imposer un régime islamique au Moyen-Orient. 

On se demande ce qui va se passer quand ces sympathiques amis vont revenir dans l’Hexagone. Heureusement pour François, il ne sera certainement plus à l’Elysée, mais réfugié dans sa Corrèze profonde.

 

Syrie

16/04/2014

Echouement

Je contemple seul les draps blancs qui ondulent

Comme une mer infiniment triste et sans horizon.

Tu es partie vers un ailleurs inaccessible,

Vers des forêts de songes où je n’ai pas accès.

Tu as emprunté des chemins de moi inconnus

Et je t’ai perdue au premier embranchement.

Ces draps où tu ne dors plus

Ne servent qu’à transformer en blancs fantômes

Mes rêves et mes désirs évanouis.

 

Littérature

15:19 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : littérature

15/04/2014

De l'Egypte

J’ai parlé beaucoup ici de l’Ukraine et de la Syrie, mais j’ai un peu négligé l’Egypte, qui avait été autrefois le fer de lance du panarabisme et de la fierté arabe avec Nasser.

Je vous invite à lire l’article ci-dessous, qui explique clairement la situation :

  • La volonté de l’Occident d’imposer les Frères musulmans sous le couvert d’une révolution populaire.
  • La manière de préparer cette révolution, en utilisant par exemple des organismes comme Amnesty International ou HWR (Human Rights Watch), dont je me méfie depuis leur rôle en Serbie et que je me garderais bien de financer. Ce n’est pas que les faits que ces organisations dénoncent soient faux. Non, le problème c’est qu’elles ne servent qu’à discréditer les régimes en place (souvent corrompus c’est un fait) dans l’espoir de les renverser et de leur substituer des régimes pro-occidentaux, lesquelsi se moqueront pas mal du bonheur du peuple. Les droits de l’homme ne sont donc qu’un prétexte pour permettre au capitalisme international de s‘imposer partout. C’est surtout de cela dont nous devons prendre conscience.
  • Le type de régime que voulaient instaurer les Frères musulmans et le président Morsi.
  • La réaction populaire à cet état de fait (ce qui n’avait pas été prévu par Washington, d’où son hésitation après la prise du pouvoir par l’armée)
  •  La haine de l’Occident qui est en train de naître chez les Egyptiens depuis qu’ils se sont rendus compte que nous avions cherché à les manipuler.    

 http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/75-a...

 

Egypte

 

09/04/2014

Ukraine (5)

 Les USA cherchent à affaiblir la Russie en la privant de ses anciennes zones historiques, ce qui est jouer avec le feu aux portes de l’Europe. En effet, se trouvant maintenant le dos au mur, la Russie ne peut plus reculer et est bien obligée de se défendre. Le fait de voir l’Otan à ses frontières (Pologne, pays baltes, Hongrie, Tchéquie, etc.) ne la réjouissait déjà pas beaucoup, mais si demain les troupes US débarquent en Ukraine ( la « petite Russie ») c’est encore une autre affaire !

Comme l’ex-Yougoslavie, l’Ukraine est une zone tampon entre deux civilisations. Privilégier une de ces deux civilisations au détriment de l’autre, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Les populations rejetées (russophones) se défendront en demandant l’autonomie, le fédéralisme ou le rattachement à la Russie. L’autre partie de l’Ukraine, se sentant soutenue par l’Occident, voudra réduire à néant ces visées séparatistes au nom de l’unité nationale. Quand on sait que c’est justement l’extrême-droite nationaliste que les Etats-Unis viennent de mettre au pouvoir, on a de fortes raisons de s’inquiéter. En effet ces gens, au nom de l’unité de l’Ukraine et du patriotisme, considéreront tout citoyen russophone comme un « terroriste » en puissance. On est donc parti pour avoir d’un côté des mouvements de protestation (ils viennent de commencer dans l’Est) et de l’autre des mouvements de répression musclée, qui ne feront à leur tour qu’attiser la haine et qui déboucheront sur de nouvelles contestations.

Si on commence à massacrer des citoyens ukrainiens russophones, Poutine ne pourra décemment pas rester indifférent. C’est peut-être d’ailleurs ce que cherchent les USA, ce qui leur permettrait de venir « protéger » l’Ukraine et donc d’y imposer l’Otan.  Le « gouvernement » de Kiev (mis en place précisément grâce à l’aide des USA) soutient évidemment la version inverse : ce serait Poutine qui exciterait les populations russophones  et qui espérerait des représailles pour pouvoir intervenir. Qui croire ?   

Ce qui est sûr, c’est que les Etats-Unis ont bel et bien oeuvré  à la déstabilisation de l’ancien régime et que pour ce faire ils se sont appuyés sur la partie occidentale du pays. Ils devaient donc s’attendre à une contestation massive de la part de la partie orientale, comme ils devaient s’attendre à une certaine attitude antirusse de la part de ceux qu’ils ont mis au pouvoir (car ceux-ci se sentent soutenus). Autrement dit, tous les éléments sont en place pour que survienne un génocide ou une guerre civile. Des morts innocents, ce n’est pas ce qui va effrayer Washington, qui a financé autrefois Al Quaïda  en Afghanistan (contre les Russes, précisément) et qui finance aujourd’hui les djihadistes en Syrie. On n’est pas à quelques milliers (ou centaines de milliers) de morts près tant qu’on peut arriver à ses fins, n’est-ce pas ? Sauf qu’ici, le champ de bataille est aux portes de l’Europe et que nous sommes drôlement concernés.  

Quant au fait de s’appuyer sur l’extrême droite ukrainienne, nationaliste, raciste et antisémite, il ne faut pas nous en étonner non plus. Notre vision est faussée par le fait que les USA sont venus nous libérer d’Hitler en 1944 et 1945. Mais derrière Hitler, c’est la menace communiste qui faisait peur. Il s’agissait (déjà) d’arrêter l’avancée de l’Armée rouge, de couper la route à Moscou et d’empêcher toute l’Europe occidentale de tomber aux mains des communistes. La preuve, c’est qu’ils ne se sont pas tournés contre Franco en Espagne, car ils avaient bien trop peur de mettre les Républicains rouges au pouvoir. Ils ne se sont pas non plus opposés à la dictature de Salazar au Portugal, mais par contre ils sont bien à l’origine du coup d’Etat des Colonels en Grèce.  Encore que tous ces régimes ne se revendiquaient pas d’Hitler, comme le fait l’actuel parti Svoboda en Ukraine. Le problème, c’est qu’en soutenant ainsi ouvertement ce mouvement fasciste ukrainien, les USA donnent plus ou moins implicitement leur accord à la montée de l’extrême-droite dans toute l’Europe, ce qui n’a rien de bien réjouissant, convenez-en.

Mais les Etats-Unis ne pensent pas à cela pour le moment (comme ils n’avaient pas prévu que les milices d’Al Quaïda en Afghanistan finiraient par se retourner contre eux quand ils envahiraient à leur tout ce pays, ce qui est tout de même faire preuve d’une naïveté déconcertante). Non, ce qui les intéresse, chez ces nationalistes de Kiev, c’est leur haine de la Russie et de tout ce qui parle russe. Loin de calmer le jeu, ils en rajoutent à leur tour en diabolisant Poutine, qui est décrit comme un nouveau Staline. Si j’étais à sa place, je me méfierais, car les derniers dirigeants qui ont ainsi été critiqués ont mal fini (Saddam Hussein ou Mouammar Kadhafi par exemple). On peut d’ailleurs supposer que Washington est déjà à pied d’œuvre en Russie et qu’il y soutient l’opposition dans la perspective d’une nouvelle révolution qui laisserait vide le fauteuil du Kremlin. 

Obama parviendra-t-il à renverser le nouveau Tsar de Moscou avant de s’en prendre à la Chine et d’imposer l’hégémonie américaine à la planète entière (entendez : la suprématie du Capitalisme et des multinationales) ? Ou bien au contraire la Chine, se sentant déjà menacée, fera-telle alliance avec Poutine dans l’ombre ? L’avenir seul nous le dira.

 

Carte de l'Otan

ukraine

 

07/04/2014

Invitation au voyage

Quelle place trouver dans ce monde qui nous entoure et qui devient chaque jour un peu plus fou et un peu plus agressif ? Libye, Syrie, Tunisie, Egypte, Ukraine, Irak, Afghanistan… Partout des morts, des assassinats, du sang, des tortures, des révolutions avortées, des espoirs anéantis. Tout cela sur fond de mauvaise foi, de mensonge journalistique, de ventes d’armes, de manipulation, de soutien à des djihadistes enragés et de coups d’état de groupes paramilitaires d’extrême-droite. Sans oublier notre réalité à nous, en Europe, avec ces mots qui font désormais partie de notre vocabulaire quotidien : chômage, récession, dette publique, allongement du temps de travail, compétitivité, rendement, performance, salaires trop élevés, « dumping » social, taxes, impôts…

Je n’en peux plus. C’est à désespérer. Plus j’essaie de m’informer, de lire entre les lignes de nos journaux remplis de propagande et donc de mensonges,  plus je consulte des sites parallèles, les comparant entre eux pour tenter de découvrir une ombre de vérité, plus je tombe dans des abîmes d’horreur et de perversion. Plus j’en apprends sur ce qui passe aux quatre coins de la planète et que je découvre des faits que je ne soupçonnais même pas, plus je suis découragé par mon impuissance à arrêter tout cela.

Peut-on faire comme si rien n’existait et dire qu’on ne savait pas ? Non, bien sûr. Mais une fois qu’on sait (et encore, il n’y a qu’une infime partie des atrocités commises autour de nous qui parvient  à notre connaissance), peut-on rester immobile et ne pas réagir ? Bien sûr que non. Et que peut-on faire alors ? En fait rien du tout et c’est bien là ce qui est désespérant.

J’ai déjà abordé ce thème ici plusieurs fois et je n’ai toujours pas de réponse. Sauf que le temps passant je suis lassé de toutes ces atrocités et que je voudrais trouver un endroit où ma révolte pourrait enfin s’exprimer et avoir un sens.

Paradoxalement, c’est peut-être en moi-même et dans la littérature qu’il faut trouver ma voie. La poésie ne permet-elle pas de rêver, de voir la beauté du monde et de la vie tout en exprimant nos espoirs, nos angoisses et nos désespoirs ? La révolte de Rimbaud ne vaut-elle pas toutes les révoltes ? La nature selon Jaccottet n’est-elle pas plus belle et plus mystérieuse, plus chargée de sens, que nos petits bois remplis de promeneurs ?  Et le pays imaginaire de Baudelaire, là où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, ne nous permet-il pas de rencontrer la femme idéale et mystérieuse, celle que l’on aurait voulu aimer ?

N’est-ce pas dans la poésie, précisément, que nous trouverons le monde auquel nous aspirons et n’est-ce pas là que notre esprit contestataire et toujours en révolte trouvera au mieux à s’exprimer ?

Oui, me direz-vous, mais là vous n’êtes plus dans le  réel, vous êtes dans l’imaginaire. Certes.  Mais cet imaginaire n’existe-t-il pas lui aussi ? Sinon cela reviendrait à dire que le sentiment poétique ne fait pas partie de nous, de notre moi profond. Et si l’homme, depuis Homère, écrit des œuvres de fiction, il doit bien y avoir une raison, et cette raison c’est de combler le vide de notre cœur et de notre âme.    

 

Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

 Luxe, calme et volupté.

(Baudelaire, « L’Invitation au voyage »)

 

henri-matisse-06.jpgMatisse, "Luxe, calme et volupté."

14:26 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (2)

05/04/2014

Nouvelles du monde...

Les jours se suivent et les nouvelles du monde ne s’améliorent pas.

En Syrie, le conflit sanguinaire initié par l’Occident se poursuit, sans véritable victoire de l’un ou l’autre camp. Certes, le régime d’Assad reprend un peu le dessus militairement, mais en réaction la Turquie entre ouvertement dans le jeu en abattant sur le territoire syrien un avion de chasse qui tentait de stopper l’avancée de djihadistes venus précisément de Turquie. On a appris aussi par des conversations divulguées qu’Erdogan cherchait un prétexte pour attaquer militairement la Syrie et que s’il le fallait, il « fabriquerait » le prétexte. Par exemple, suite aux exactions commises en Syrie par les djihadistes  qu’il finance, il crierait aux terroristes et enverrait son armée rétablir l’ordre.  Ou bien il a pensé envoyer des hommes en Syrie, qui tireraient quelques missiles sur le territoire turc, ce qui justifierait une intervention militaire. Ou bien encore il a envisagé d’attaquer le mausolée de  « Suleyman Shah », etc., le tout étant de trouver un casus belli.  Bref, la Turquie montre ouvertement son jeu, après avoir secrètement volé les machines-outils dans les usines d’Alep et de Homs et après avoir pillé les sites archéologique syriens.  Et je ne parle pas des camps d’entrainement militaire pour djihadistes arabes ou européens qu’elle a généreusement installés sur son territoire…

En Ukraine, l’aide du FMI est évidemment conditionnée à une libéralisation accélérée de l’économie, ce qui en gros signifie qu’il faut tout privatiser. Mais on sait ce que cela implique : un cinquième au moins de la population va se retrouver sans emploi dans les cinq ans à venir. Pendant ce temps-là, Obama en profite pour renforcer l’Otan et vendre des armes aux Européens,  sous prétexte de les protéger des Russes, qu’il faut donc bien diaboliser au maximum dans la presse.

Chez nous, après la défaire de la gauche aux municipales, Hollande dit qu’il a compris le message. Mais au lieu d’abandonner la politique qu’il a menée jusqu’à présent (cadeaux au patronat, soumission aux USA et à la grande Europe libérale) et de prendre enfin un virage à gauche, il nomme comme Premier ministre l’homme le plus à droite de son parti, à savoir Manuel Valls. Curieux choix, on en conviendra. D’autant que le sieur Valls ne cache pas son admiration pour la communauté juive, (http://www.youtube.com/watch?v=uKGth1vtiZo), ce qui laisse supposer qu’il préférera entraîner la France dans des conflits qui renforceront la puissance d’Israël  plutôt que de se préoccuper du sort des Français.

En attendant, au Proche-Orient, justement,  les négociations de paix avec les Palestiniens sont au point mort, Jérusalem revenant tous les jours sur ce qu’il a promis la veille (non-libération de prisonniers, annonce de  nouvelles colonies, etc.) et parlant même de représailles si les Palestiniens n’acceptent pas ses conditions.

 Bref, tout va bien.

 

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28/03/2014

Ukraine (4)

Tout va pour le mieux en Ukraine. Deux ministres ont démissionné, un leader d’extrême-droite a été assassiné (vengeance entre clans rivaux, lutte pour le pouvoir, ou action discrète de la CIA qui veut se débarrasser de ceux qui ne lui sont plus utiles ?) et l’Etat s’est endetté à concurrence de 18 milliards auprès du FMI.  La Crimée est perdue à jamais et pour décourager les russophones de l’Est de demander à leur tour leur rattachement à la Russie, le gouvernement aurait fait appel à la société privée paramilitaire Blackwater  (information à vérifier), qui a déjà fait ses preuve sen Irak.

A Bruxelles, les moutons européens ont applaudi debout le discours d’Obama, lequel leur a expliqué que la sécurité en Europe est menacée (la faute à qui ?) mais qu’il est là pour les protéger (comme ses prédécesseurs en 1918 et en 1944). Il leur suggère de venir renforcer la présence militaire sur le vieux continent (avions de chasse, bouclier antimissiles, etc.) et félicite en passant les Etats comme la Pologne qui se sont engagés à payer de leurs deniers une grosse partie de cette protection. Bref, il joue sur la peur qu’inspire la Russie pour vendre sa camelote militaire (pendant que Fabius suggère de son côté de ne pas fournir à Moscou les bateaux de guerre commandés à la France, même si celle-ci doit y perdre deux milliards d’euros).

Obama suggère aussi des sanctions économiques contre cette Russie. L’Europe y perdrait évidemment beaucoup plus que les USA, puisque de nombreux contrats commerciaux la lient à son grand voisin, sans parler de son approvisionnement en gaz qui risque d’être compromis. Mais il ne faut pas s’inquiéter : Obama est disposé à vendre à l’Europe le gaz que l’Europe n’achètera plus aux Russes.  Bref, il demande à ses alliés de l’aider à affaiblir la Russie, tout en profitant de l’occasion pour leur vendre des armes et du gaz. Qui est le dindon de la farce dans tout cela ? A vous de répondre.

 

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26/03/2014

Printemps

Il est étrange ce beau printemps.

Dans la pelouse, quelques fleurs blanches émergent

Sorties du néant de l’hiver.

Le grand saule pleureur  a revêtu son feuillage vert tendre

Et les forsythias sont plus jaunes que jamais.

 Le ciel, lui, est bleu, immensément bleu,

Comme il l’a rarement été.

Un  nuage blanc le traverse,

Petite touche tendre qu’un peintre inconnu aurait déposée là.

De ma fenêtre, je regarde tout cela,

Ce beau tableau de la nature renaissante.

Un oiseau noir sautille sur l’herbe verte

Et une brise légère agite les branches du saule.

C’est beau, c’est très beau.

Mais quel sens a tout cela depuis que tu es partie ?

Il manque ta silhouette sur la terrasse,

Il manque ton sourire et ta tendresse.

Il est étrange ce beau printemps,

Depuis que tu n’habites plus que mes souvenirs.

 

12:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

21/03/2014

Ukraine (3)

Je n’ai plus le courage d’écrire sur l’Ukraine et la Crimée, tant le discours de nos dirigeants et celui de la presse vont à l’encontre de mes convictions personnelles. On nous présente la Russie comme un pays agressif  alors qu’on lui a volé la Pologne, la Tchécoslovaquie, Le Yougoslavie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et maintenant l’Ukraine, sans parler des tentatives de déstabilisation dans le Caucase. Le dos au mur, complètement acculée, la Russie ne peut que se défendre. Si elle ne le fait pas aujourd’hui, dans cinq ans elle n’existe plus. D’ailleurs il est certain que les forces de déstabilisation qui ont fait leurs preuves en Syrie et en Ukraine sont déjà à l’œuvre sur le territoire russe.

En réalité nos chers dirigeants n’avaient peut-être pas prévu que la Russie oserait riposter. Pourtant c’était couru d’avance, car si elle s’était montrée ferme sur le dossier syrien (où elle possède un port pour ses bateaux de guerre), elle ne pouvait pas faire moins au sujet de son ancienne province d’Ukraine où se trouve une de ses plus importantes bases navales. Le monde unipolaire dominé par les USA vient peut-être de trouver ses limites en découvrant un adversaire de taille en face de lui.

Du coup, il n’y a pas trente-six solutions. Soit les USA redeviennent plus raisonnables et ils revoient leurs prétentions hégémoniques à la baisse, soit ils s’obstinent à vouloir que la planète entière adopte leur système libéral et on va droit à la guerre.

Or justement, cette guerre nos chers médias sont en train d’en rendre la Russie responsable alors que je continue à dire que nous sommes les agresseurs et que la Russie ne fait que se défendre. Que je sache, elle n’a jamais envahi la Pologne ni déstabilisé l’Allemagne pour récupérer la partie est de son territoire.

Que la milliardaire Timochenko assimile le rattachement de la Crimée (à la Russie) à l'Anschluss des nazis, cela fait sourire quand on sait que le pouvoir a été pris à Kiev par des troupes paramilitaires d’extrême-droite alors que c’est par referendum que la Crimée a demandé son rattachement à la Russie. Mais Madame Timochenko, qui s’est déjà enrichie lors des premières privatisations qui ont frappé son pays (après la révolution orange commanditée par les USA) voit évidemment d’un mauvais œil la nationalisation par la Russie des richesses gazières de la Crimée. Elle hurle donc au loup en espérant que l’Otan viendra chasser l’ours russe, ce qui lui permettra de s’enrichir à nouveau.

Elle n’est d’ailleurs pas la seule à tenir ce discours. D’Obama à Hollande, en passant par Fabius et Verhofstadt (l’ex premier ministre belge devenu le chef de file des libéraux européens), tous accusent la Russie d’agression militaire. Ils oublient un peu vite les millions de dollars qui ont été dépensés par l’Occident les cinq dernières années pour soutenir (et probablement armer) la soi-disant opposition ukrainienne. Certes, ils n’ont pas tiré un coup de feu eux-mêmes, mais bon, c’est quand même comme s’ils l’avaient fait. D’ailleurs le triste sire Verhofstadt regrettait hier que l’Otan n’ait pas envahi la Syrie pour donner une bonne leçon aux Russes (et de quel droit serions-nous allés envahir ce pays qui ne nous a jamais rien fait ?), ce qui les aurait rendus plus dociles en Crimée. Son discours est clair : pour arriver à nos fins (non pas l’avènement du grand Soir, mais celui du libéralisme mondial, autrement dit le bonheur pour un pour cent de la population mondiale et l’exploitation et la misère pour les quatre-vingt-dix-neuf autres), il faut se montrer ferme et faire la guerre, sinon on n’arrivera à rien.

Que tout cela est désolant…

Et l’Europe, en bonne vassale de son suzerain étatsunien, applaudit des deux mains, alors qu’elle sera la première victime en cas de conflit. Une Europe un peu affaiblie, dont les moyens de production seraient  mis à mal par une bonne guerre,  arrangerait bien l’Amérique, qui pourrait venir tout reconstruire et nous vendre ses produits. 

Je regrette le temps, pourtant pas si lointain, où la France n’appartenait pas à l’Otan et où elle refusait d’intervenir en Irak.  

 

Crimée, le soir du référendum

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15/03/2014

Souvenir

Je ne me souviens plus où nous nous sommes rencontrés,

Ni de quel pays tu venais.

Je n’ai jamais rien su ni de ton enfance ni de ta famille.

J’ai même oublié ton nom.

Mais j’ai gardé au fond de moi la tendresse de tes caresses,

L’odeur de ta peau et la douceur de ton regard.

Je te reconnaîtrais entre toutes.

 

 

 

  

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : littérature

13/03/2014

De la domination du monde.

Diviser pour régner, telle était la devise des Romains. La longévité de leur empire prouve à suffisance à quel point cette formule a été efficace. Quant au vieux Caton, il terminait toutes ses interventions devant le Sénat par « Carthago delenda est » (Carthage doit être détruite), avec un bel emploi de l’adjectif verbal à nuance d’obligation. En d’autres termes, il prônait une politique préventive qui consistait à ruiner les cités qui auraient pu, un jour,  porter de l’ombre à Rome.

L’empire romain a fini par s’écrouler, mais il a imprégné notre culture. La preuve en est que ces interventions préventives et cet art de diviser pour régner sont des tactiques toujours bien actuelles.

Les Etats-Unis, depuis la disparition de l’URSS, cherchent à affaiblir leur vieil ennemi, la Russie, en tentant de grignoter ses anciennes provinces du sud  (Géorgie, Kirghizistan, etc.) et en étant présents militairement en Afghanistan.  Tout cela après avoir demandé à l’Union européenne d’étendre sa frontière à l'est et d’englober les anciens pays qui dépendaient de Moscou (Pologne, Allemagne de l’Est, Roumanie, Hongrie, Bulgarie, etc.). Ce fut relativement facile, sauf pour la Yougoslavie, dont le noyau dur, la Serbie, voulait rester fidèle à Moscou. On sait comment cela s’est terminé. On a inventé le droit d’ingérence humanitaire, on a parlé des droits de l’homme, puis l’Otan est allé bombarder Belgrade. L’affaire était résolue.

Ce qui se passe actuellement en Ukraine est évidemment la suite logique de cette politique qui vise à affaiblir l’ennemi héréditaire. Les droits de l'homme n’ont évidemment rien à voir là-dedans. La preuve, c’est que l’Occident s’est appuyé sur des fascistes possédant des milices paramilitaires pour s’emparer du pouvoir par traitrise (ne parlons pas des massacres soi-disant perpétrés par l'ancien régime, on sait aujourd’hui que les tireurs d’élite postés sur les toits tiraient indifféremment sur les manifestants et sur les policiers, afin de dresser tout le monde contre tout le monde).

Israël, de son côté, est resté lui aussi fidèle à la politique romaine et il s’y entend pour diviser ses ennemis. Mais il fait mieux, car là où les Romains allaient combattre eux-mêmes, Israël envoie les Etats-Unis (et ses valets européens) à sa place. D’où les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie (et demain d’Iran). Tous ces grands pays arabes développés, disposant d’une armée puissante, auraient pu, s’ils s’étaient unis, provoquer de graves dégâts en Israël. On les a donc affaiblis les uns après les autres, obtenant à chaque fois l’accord tacite des pays arabes qui n’étaient pas eux-mêmes attaqués.  Et une fois le régime renversé, on s’arrange encore pour que la population se déchire, comme on le voit quotidiennement en Irak, où les attentats font entre 30 et 50 morts tous les jours. Le comble du raffinement, c’est que ce sont les Arabes qui se tuent entre eux, ce qui doit faire rire du côté de Jérusalem. En Syrie, c’est exactement la même chose qui se passe : on a dressé les Sunnites contre les Chiites et les Alaouites, on a excité quelques milices terroristes et sanguinaires, et le tour est joué.

Tout cela avec la bénédiction de l’Arabie, qui se croit intouchable avec son pétrole et ses dollars et qui s’imagine à son tour utiliser l’Occident pour affaiblir les autres puissances arabes (et parvenir ainsi à imposer un jour sa conception rétrograde de l’Islam). Pourtant, qu’elle prenne garde, car elle pourrait bien être la dernière victime d’une longue série.

Bref, ce que je ne comprends pas, dans cette affaire, c’est l’inconséquence des populations arabes qui se déchirent entre elles pour le plus grand profit de leur vieil ennemi Israël, alors que si elles s’étaient unies quand il en était encore temps, elles auraient constitué une force pour le moins dissuasive. Il est vrai que l’Occident n’a pas oublié le panarabisme de Nasser. 

 

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