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03/10/2018

Autrefois, une île

C‘était un pays fabuleux qui peut-être n’avait jamais existé. C’était celui de toutes les enfances et la mer qui le bordait en effritait inexorablement les falaises  lors des tempêtes d’hiver. Fragile, cette île se dressait face aux houles océanes, mais elle résistait depuis toujours et conservait une place de choix dans la mémoire des hommes.

Ses forêts étaient impénétrables et parfois on y entendait les brames de grands cerfs que personne n’avait jamais vus.  

Ses fleuves, nés dans les hauts sommets enneigés, traversaient de larges plaines fertiles avant de se perdre dans des deltas incroyables. Là poussaient des palmiers sauvages, tandis que des animaux étranges, mi-dieux, mi-démons, jouaient à des jeux dont ils étaient les seuls à comprendre les règles.

Il y avait des maisons et des palais, des ruines de temples antiques et des églises à l’abandon. Il y avait des ponts qui enjambaient des rivières à sec et des déserts de sable blanc jusqu’à l’infini.

Il y avait aussi des écoles avec des marronniers dans les cours et des filles jolies aux longs cheveux soyeux qui jouaient à la marelle. Elles bondissaient de case en case avec élégance, et restaient  un instant suspendues dans le vent d’automne aux senteurs de feuilles mortes.

Dans les encriers noirs, l’encre fraîche sentait bon la rentrée et sur les pages blanches couraient les premières plumes. Le maître épelait de mystérieux alphabets que répétaient les voix enfantines, chant primordial qui valait bien celui qui résonnait dans les églises, sous les voûtes ogivales et parmi les senteurs d’encens.

Parfois, c’était le bruit des armées que l’on entendait, des armées qui autrefois avaient défendu ces terres contre des barbares venus du fond de l’Histoire. Les scènes de massacre et de villages en feu étaient encore dans toutes les mémoires et le soir, au coin du feu, on se racontait les atrocités que les femmes avaient dû endurer. Ces soirs-là, la parole était de sang et les hommes tendaient un poing vengeur vers cet horizon marin d’où étaient venus ces étrangers depuis leurs brumes du Nord.

Puis s’avançait la nuit avec ses oiseaux aux longs sanglots. Parmi les ténèbres, on croyait alors entendre battre le cœur de la terre, qui parfois tremblait à des profondeurs incroyables.

Enfin, c’était le matin, et il suffisait de rester là, au bord du monde, à regarder la vie. Dans la plaine, des chevaux sauvages couraient, ivres de liberté, tandis que des papillons se rassemblaient par milliers, attirés par le parfum suave des premières fleurs du printemps.

Sur les plages infinies, face à la mer qui s’était retirée jusqu’à l’horizon, les jeunes filles se dénudaient et apprenaient l’amour.

L’enfance était terminée et il n’en restait que quelques échos dans la mémoire. Souvenir du crissement de la plume sur la plage blanche, odeur des feuilles mortes dans la cour de récréation, jeu de la marelle, innocence des chansons, et puis quelques contes cruels dans lesquels apparaissait immanquablement le  loup des légendes.

La mer est revenue aux grandes marées d’équinoxe et a emporté tous mes souvenirs. Il ne reste, enfouie au plus profond de moi, que l’odeur de ta peau et le son de ta voix, tandis que sur le sable la trace de nos pas s’est irrémédiablement effacée.

 

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14/09/2018

Silence nocturne

Nous avons été jeunes sous tes frondaisons, ô forêt.

Je me souviens de tes clairières mystérieuses et des lacs bleus sous la lune.

Les branches entremêlées de tes arbres étaient plus noires que la nuit et de curieux oiseaux traversaient le néant en appelant la mort.

Parfois, la brise s’élevait dans le grand bois sonore et c’était là une musique étrange, comme venue d’un autre monde.

Dans l’obscurité, nous parlions à demi-mots de choses impossibles, t’en souviens-tu mon amour ?

Nous avions cet âge où l’on croyait encore qu’une caresse sur une peau nue pouvait ouvrir les portes de l’impossible. Ta voix était douce et inquiétante comme celle de la forêt, pleine des mystères de ta féminité.

Ta voix était la nuit et depuis toutes ces années j’en cherche encore le chemin.

Par les sentiers sinueux, j’erre en vain, troublé à l’idée qu’un soir, peut-être, je te retrouverai là, assise en silence au bord du lac bleu. Sur tes épaules nues la lune tracera la marque de l’au-delà et moi je me cacherai dans l’ombre pour mieux contempler celle que j’ai tant aimée et que je n’ai jamais revue.

 

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08:27 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7)

04/08/2018

Souvenirs

De l’enfance lointaine, au fond des forêts, subsistent des souvenirs de feuilles mortes, d’écorce chaude et d’odeurs sauvages et pénétrantes.

Le village, blotti au creux de la rivière, en épousait toutes les courbes. Les saules pleuraient éternellement et du haut des falaises, des oiseaux fantastiques planaient dans le ciel d’un éternel été.

Sur les routes écolières, par les ponts de bois ou de pierre, nous marchions vers notre devenir.

Sur l’estrade haute, le maître épelait des savoirs antiques et nous l’écoutions, rêveurs, en songeant à toutes ces vies éteintes qui avaient cessé d’être.

Les dimanches étaient désespérants et notre ennui se blottissait au cœur des églises, parmi les chants et les encens mystiques.

Les repas, interminables, prenaient fin avec la nuit, quand les hiboux énigmatiques lançaient des cris incompréhensibles.

Puis l’obscurité nous enveloppait, nous plongeant dans des terreurs primitives. Au milieu de nos rêves, surgissaient des ancêtres inconnus, qui dessinaient d’une main hésitante des animaux étranges sur les parois des grottes.

Ces grottes, nous partions à leur recherche dans l’aube blafarde, quand la terre s’éveillait lentement et que dans les grands chênes le premier oiseau du monde nous saluait.

Il nous fallut toute une vie pour comprendre qu’il n’y avait d’autre trésor que notre enfance, maintenant à jamais perdue.  

 

Littérature

20:53 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

01/07/2018

Lune

La forêt a disparu dans la nuit et les ténèbres ont envahi l’espace. C’est alors que la lune mystérieuse s’est levée, d’abord lentement, puis avec plus de franchise. Elle vient d’ailleurs, d’au-delà de nos rêves, et nous réconforte dans notre solitude.

Le paysage nocturne s’est figé dans le grand silence de la mort. Tout ici dort. La vie est abolie, oubliée, inversée.

Dans le ciel noir brillent des feux éteints depuis dix mille ans et leur lumière menteuse n’est qu’une illusion.  

En contrebas, s’écoule le grand fleuve, éternel et obstiné. Inéluctable, il dit le temps qui passe et les espoirs des embouchures magiques. Dans le delta sacré, il disparaîtra au milieu d’un océan magnifique. Majestueux, il se dirige vers les lendemains, porteur de nos rêves nocturnes et de nos désespoirs d’enfants. 

Solitude. Recevras-tu un jour cette lettre que je te destinais et que je ne t’ai d’ailleurs pas écrite ? A quoi bon ? Quels mots aurais-je pu aligner pour dire les amours passées et évanouies ? Ce qui fut n’est plus et le fleuve d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Seul son flot obstiné demeure, éternellement, comme le souvenir que j’ai de toi, ancré à jamais en moi. Sur ma table, brille une étoile arrachée au ciel. J’écris un poème qui parle de toi, mais qui ne t’est plus dédié. Comme les étoiles, tu as disparu du ciel nocturne. Quant à la lune, elle a dépassé l’horizon de tous les possibles. La forêt s’est évanouie dans le silence. Il n’y a plus rien qu’un léger souffle de vent, semblable à un soupir de femme. Là-bas, le fleuve s’écoule lentement vers son embouchure, vers ce delta de tous nos désirs.

La nuit sur le fleuve

Lune

01:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : lune

15/06/2018

Des îles

Il est des îles, là-bas, où des femmes mauresques racontent aux enfants des histoires de marins et de voiliers fantastiques.

Il est une ville, là-bas, où le vent apporte des senteurs marines chaque fois que le soir tombe.

Un grand fleuve fait de souvenirs coule lentement jusqu’à sa bouche océane.

Du haut des falaises du temps, on peut contempler les récifs où se sont brisés tous les rêves.

Dans les cafés enfumés aux vitraux mystiques, des hommes boivent de la bière amère et du vin doux. Ils devisent entre eux sur les femmes inconnues qu’ils ont croisées dans la nuit des cathédrales. Ils se souviennent de leurs regards de feu et du désir qui les a alors consumés. Ils se souviennent de leurs cheveux fauves, de leurs lèvres troublantes, et de leur sourire énigmatique. Ils se racontent les corsages entrouverts et les jupes flottant le long des cuisses nues, comme de grandes voiles invitant aux voyages. Ils parlent et ils boivent, puis s’en vont dans la nuit oublier les fantômes de ces sirènes qui hantent leur mémoire.

Il est des îles, là-bas, où les enfants dorment et où les femmes mauresques rêvent d’un ailleurs étrange. Elles laissent tomber leur robe et contemplent en silence le grand fleuve qui coule dans la nuit jusqu’à l’océan infini.

Il est des îles.

Là-bas.

 

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00:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4)

27/02/2018

Le canal

Les mouettes blanches se reflètent dans le miroir du canal noir.

Elles proviennent de la mer lointaine

Et tournent dans le ciel gris des hivers du Nord

Fantômes évanescents

Qui disent nos peurs devant la mort qui s’avance

 

Derrière les peupliers de la rive

Dans la brume matinale

Se dresse un clocher solitaire

Dont l’horloge égrène le temps

 

Au pied  de la petite église je sais qu’il est un cimetière

Aux tombes oubliées

Où reposent ceux qui n’étaient que de passage

 

Eux aussi autrefois ont contemplé les mouettes aux grandes ailes

Et tout en marchant le long du canal

Ils ont compté les coups du clocher

Avant que de devenir fantômes

Dans la brume de notre mémoire

 

William Degouve de Nuncques Brume sur le canal (1908)

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17/02/2018

Aube marine

Là-bas il y aura la mer derrière la dernière dune

La mer la plage et le sable

Et puis l’infini du monde

Dans le vent planeront des oiseaux aux cris de tempête

A l’horizon disparaîtra un dernier navire en partance pour les îles

La nuit le vent soufflera sur la lande et quand l’aube se lèvera sur les champs de la mémoire

Nous raconterons nos batailles, nos peines et nos peurs

Nous raconterons nos espoirs nos amours et nos morts

Et puis tout ce qu’il a fallu oublier pour continuer à vivre

 

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11/02/2018

Paysage

J’ai vogué sur l’océan et me suis laissé emporter par les vagues de ton corps

J’ai aimé ce rivage humide et ta peau brûlée de soleil que caressaient mes doigts

Je t’ai aimée, toi, ta source, et les collines qui surplombaient la mer

Un petit chemin en descend qui serpente  vers le rivage et la grotte des sirènes

C’est là que jaillit la fontaine au pied des falaises entre des pierres moussues

C’est là que je reviens sans cesse en répétant ton nom

 

Plus loin gronde l’océan  et ses tempêtes meurtrières

 

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11:44 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3)

23/10/2017

L'esprit de la forêt

Prends le chemin et marche jusqu’au bois. Passe le petit pont de pierre et pénètre dans la forêt profonde. Tu n’as qu’à suivre le sentier, c’est facile et même si personne ne l’emprunte jamais, il est bien tracé. Laisse à ta droite la grande sapinière. Tu entendras peut-être ce qui pourrait ressembler à un soupir. Ne t’arrête pas et surtout ne regarde pas ! Il ne s’agit pas du bruit du vent dans les branches, comme tu pourrais le croire, mais des esprits des bêtes sauvages. Il ne faut pas les déranger, ils ne te connaissent pas. Ils pourraient s’effrayer ou se courroucer.

Continue ta promenade. Si tu vois des champignons le long du chemin, salue-les, car ils sont en communication permanente avec les royaumes souterrains, là où règnent les âmes qui se sont tues, celles que tu as aimées.

A ta gauche, si tu marches d’un bon pas, tu verras bientôt de grands chênes qui montent vers le ciel. Ils sont immenses et ont plus de trois cents ans. La, tu t’arrêteras et t’assoiras sur la mousse. Ne dis rien, écoute. Cela peut prendre un certain temps, ne te décourage pas. Ferme les yeux, concentre-toi. Oublie tous tes soucis du jour, tous tes cauchemars de la nuit, et toutes les blessures que les hommes t’ont infligées. Ne pense plus à rien, chasse toutes les idées qui envahissent ton esprit, surtout les mauvaises. S’il ne se passe toujours rien, souviens-toi d’un lieu agréable, où tu as éprouvé de la joie. Penses-y très fort et essaie de te remettre dans le contexte de l’époque. Descends en toi, au plus profond. Bientôt, une sorte de joie va t’envahir. Tu seras redevenu celui que tu étais ce jour-là, dans ce lieu-là. Que tu le veuilles ou non, tu vas te mettre à sourire. Tes muscles vont se détendre et ton esprit va s’apaiser. C’est alors que tu vas les entendre. Cela ressemblera à des notes de musique, d’abord dispersées, puis qui finiront par se transformer en une sorte de mélodie. Ouvre alors les yeux et contemple les grands chênes. Tu les verras beaucoup plus beaux et beaucoup plus grands que précédemment. Et tu entendras leur musique. Ce sera comme un murmure doux et continu, qui viendra des arbres eux-mêmes. Alors tu sauras que tu es entré en communication avec les esprits de la forêt. Plus jamais tu n’oublieras cet instant.

Plus tard, bien plus tard, quand ton cœur sera rempli de cette mélodie, tu pourras repartir, enfin apaisé. Mais avant de t’en aller, remercie la grande forêt, comme c’est la coutume. Agenouille-toi, écarte les bras et dis tout simplement merci. Merci à la vie et à l’univers, dont tu fais partie.

Photo personnelle

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17:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4)

25/05/2017

Le silence

Ecoute le silence.

Ecoute-le bien et tu entendras la face cachée du monde.

Ecoute.

Est-ce le vent qui mugit là-bas dans la forêt ? Et ce bruissement ? Est-ce le doux frottement des épis de blé dans la brise matinale ?

Ecoute encore.

Quelque part, un chien aboie, loin, très loin, dans un village que tu ne connais pas.

Puis un oiseau lance un cri. Le danger est imminent.

En effet, dans les herbes rousses, voilà que surgit le renard.

D’un pas silencieux il débouche sur le chemin et t’aperçoit.

Immobiles, vous vous regardez.

Puis il s’en va en trottinant, indifférent à ta présence, superbe de mépris.

Tu restes seul dans le silence et déjà tu ne sais plus si tu as rêvé ou non.

Emu, tu entends les grands battements sourds de ton cœur.

 

La vie est si simple, parfois.

 

Laurent Malbrecq, photographe

Littérature

01:31 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

16/03/2017

La lectrice et son livre

Elle se livre parfois

Quand commence un nouveau chapitre

Et que l’écriture lui plaît

 

Elle se livre à livre ouvert

Tandis que lui, il tourne les pages

De son passé, de son présent

 

Elle lui raconte son enfance

Toutes ses turbulences

Et parfois lui lit un conte d’autrefois

 

Il l’écoute en feuilletant

Ce livre ouvert

A la page de l’amour

 

Il l’effeuille page à page

Caresse son visage

Contemple sa nudité

 

Son doigt glisse sur les pages

Le dos, la tranche

Et s’attarde en un point précis

 

Elle gémit lentement

Quand il pénètre au cœur de l’histoire

Et qu’il lui murmure son amour

 

Elle gémit dans le grand lit

Tandis qu’il tourne les pages

Et lui lit la suite de l’histoire

 

Puis arrive le mot « fin »

Le livre est refermé

La page est tournée

 

Il s’en est allé

 

Dans la bibliothèque

Le livre est rangé

Le conte est terminé

 

Elle rêve à cette histoire

A cet amour perdu

A ce livre merveilleux

 

Elle rêve à la manière dont il racontait l’histoire

Elle revoit sa main

Qui parcourait les pages

 

Sa main qui caressait son dos

Sa tranche, son ventre

Mais qui a fini par tourner la page

 

Littérature

 

00:49 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

27/02/2017

Prise de conscience

Quand j’étais un cheval, je parcourais des plaines immenses, du matin au soir et du soir au matin.  Je broutais l’herbe verte des hauts plateaux puis descendais me désaltérer dans les eaux limpides des rivières.

Quand j’étais un aigle, je planais des heures durant dans les hautes sphères, regardant en face le soleil et observant, en contrebas, la pauvre vie des êtres éphémères.

Quand j’étais un poisson, j’étais un grand requin bleu et je nageais en eaux troubles à l‘affût de la moindre proie. J’étais redouté partout et la faune marine craignait mes ondoiements languissants et sournois.

Quand j’étais une tortue, je prenais mon temps et méditais sur mon grand âge, bien à l’abri sous ma carapace.

Quand j’étais un écureuil, je gambadais dans la forêt et tel un éclair roux et imprévisible j’atteignais la cime des arbres avant d’en redescendre  la tête en bas.

Quand j’étais un loup, je chassais en meute les élans magnifiques et les rennes rachitiques. Dans la neige je laissais l’empreinte de mes pas, terrifiant les enfants en chaperon rouge.

Quand j’étais un cerf, je portais sur ma tête l’emblème de la forêt et conscient de ma noblesse, je parcourais en bonds majestueux les clairières et les halliers.

Quand j’étais un sanglier, je parcourais l’Ardenne en fouinant de mon groin les faînes et les glands. Quand on lâchait sur moi des meutes de chiens, ceux-ci ne me rattrapaient jamais.

 

Aujourd’hui je suis un homme. Je ne peux ni voler dans les airs ni courir par les plaines. Je n’ai ni la force du loup ni l’agilité de l’écureuil. C’est à peine je parviens à suivre mon chien dans la forêt, quand celui-ci a senti la trace d’un sanglier.

Alors je reste là, méditant sur mon sort, et j’appelle réflexion ce qui n’est que rumination et attente de la mort.

 

Littérature

00:17 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

20/02/2017

Renouveau

Seule et obstinée elle a trouvé son chemin…

Tandis que nous rêvions au coin du feu

Aux temps anciens

De notre jeunesse évanouie,

Elle, elle a percé la couche glacée

Et s’est épanouie, radieuse, dans la blancheur du paysage.

 

Le matin, à l’aube, on ne voyait qu’elle,

Verte tige obstinée et confiante,

Qui ne savait pas que l’hiver encore

Avait de beaux jours devant lui.

 

Insouciante et belle

Comme une fille au printemps,

Elle continua de croître malgré le vent du nord.

Bientôt, deux bourgeons troublants

Vinrent couronner sa silhouette svelte et fine.

 

Encore un jour et elle atteignit sa pleine maturité,

Incroyablement belle,

Attirante et attendrissante comme une femme.

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

29/01/2017

Page blanche

Quand la page est blanche

Et que la neige tombe,

Ecrire encore serait comme une rature

Sur la beauté du monde.

 

Dans le jardin, un chat a laissé l’empreinte de ses pas

Jusqu’au bout de la nuit.

La neige tombe toujours

Et bientôt l’univers aura disparu.

 

On devine dans la brume

Une lune blanche et blafarde.

Silence nocturne.

J’écoute le chant de mes rêves.

 

Dans la nuit gelée

Il n’y a plus rien.

Rien que ma page blanche

Et moi qui la contemple.

 

Pourquoi écrire d’autres histoires

Quand  tout est là, dans cette blancheur éternelle ?

Que dire encore qui n’ait déjà été dit

Par tous ceux-là qui se sont perdus sur les chemins du temps ?

 

L’aube déjà se lève.

Un oiseau ose un cri,

Puis retourne à l’oubli qui n’a pas de nom,

Celui du grand hiver qui a tout englouti.

 

Dans le salon, la lampe est restée allumée

Au-dessus du petit cahier bleu.

Sur la page vierge, un seul mot est tracé.

C’est celui d’un prénom de femme.

 

 Littérature

 

 

 

 

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

23/12/2016

Plaisir de la lecture

J’ai tourné les pages de ce livre une à une, lentement,

Comme autrefois j’enlevais tes vêtements,

Sans hâte et méticuleusement.

Subtil effeuillement, plaisir suprême.

 

J’ai commencé à lire, une ligne, puis l’autre

Et les mots soudainement ont pris un sens

Comme mon doigt qui descendait le long de tes courbes,

Histoire sans fin d’un corps qui disait son bonheur.

 

Il est des chapitres sombres et des chapitres clairs,

Comme il est des jeux d’ombre et de lumière sur ta peau

Des monts éclairés, des gorges profondes,

Des clair-obscur à découvrir tendrement.

 

Il est des senteurs étranges de vieux parchemin,

Et celles du cuir doré des vieux livres.

Il est des senteurs sauvages dont je m’imprègne

En parcourant ta peau qui se lit comme un livre.

 

La fin de l’ouvrage est toujours un peu triste,

On voudrait rester encore avec les personnages,

Mais te quitter est plus triste encore

Et je voudrais demeurer infiniment en toi.

 

 

Littérature

 

 

12:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

10/12/2016

La maison des souvenirs

Il suffit de caresser la mousse qui recouvre le vieux tronc pour entendre le murmure de la forêt.  C’est une musique douce à mes oreilles, celle qui déjà emplissait le monde de mon enfance.

Cet arbre-ci, je l’ai toujours connu, lui dont les branches s’agitaient près de la fenêtre de ma chambre. Parfois, les nuits de grand vent, elles venaient se frotter contre les vitres en caresses étranges et troublantes. Alors je fermais les yeux et m’endormais rassuré, bercé par ce doux va-et-vient monotone et entêtant.

Aujourd’hui, la maison est en ruine, plus personne ne l’habite. Inutile d’entrer, je connais chaque recoin par cœur. Des marches glissantes de schiste bleu descendent vers la cave au sol de terre battue. Il règne là une odeur de mort que seuls supportent les rats, terribles mangeurs de récoltes. Dans la cuisine, la grande cheminée attend les brassées de bois pour des feux imaginaires que plus personne n’allumera. Autour de la table maintenant vermoulue, l’ombre de mes frères et sœurs doit continuer à hanter ces lieux, fantômes éternels qui errent au fond de ma mémoire. Le vieil escalier de bois grince-t-il encore quand on monte vers les chambres d’un pas hésitant, sachant qu’on va bientôt basculer dans le monde irrémédiable des rêves ? Le grenier est sans doute resté désert. Seul un grand drap blanc qu’on avait mis là à sécher se balance-t-il encore doucement, car la vitre de la tabatière est brisée. C’est par là que pénétraient les oiseaux de la nuit, dont on entendait les pas incertains sur le vieux plancher.

Cette maison est remplie de légendes, de souvenirs et d’histoires incroyables.       

A l’extérieur, le long du mur, une plante étrange s’est mise à pousser. Ces fleurs sont rouges comme le sang. Ce sang qui coula ici, à la fin de la guerre, quand les ennemis qui se repliaient voulurent laisser une trace de leur passage.

Je descends vers la rivière, laissant à ma droite le cimetière aux souvenirs. Je ferme les yeux. Du fond de mes rêves perdus, j’entends le murmure de ceux qui se sont tus. Ce ne sont que les arbres de la forêt qui bruissent sous le vent du passé.

 

Littérature

02:19 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature

22/11/2016

Cap breton

C’est un grand cap qui s’avance dans la mer, une étendue verdoyante où fleurissent les bruyères. Quand on emprunte le petit chemin qui mène à son extrémité, on finit par se retrouver seul devant l’immensité bleue de l’océan qui gronde en-dessous. Il faut alors prendre le sentier tortueux qui descend par palier à flanc de falaise, en veillant à ne pas regarder en bas, sous peine de se sentir irrésistiblement attiré par le vide qui vous entoure de toute part. Il faut continuer à marcher et ne pas se laisser distraire par le bruit sauvage et continu qui provient des profondeurs. Vous savez que là les vagues se fracassent contre les rochers noirs et qu’inlassablement les galets sont roulés dans un grondement de fin du monde.

Une fois arrivé tout en bas vous pourrez vous asseoir sur le sable fin d’une crique minuscule et contempler le spectacle grandiose et sauvage de la nature primitive. Eclaboussé d’écume, recouvert d’embruns, vous vous souviendrez être venu ici avec elle, autrefois, à une époque lointaine. De tout cela, il ne reste que la saveur de deux lèvres salées et la chaleur d’un corps qui se blottissait contre le vôtre. Et puis aussi des cheveux flottant au vent et cachant un visage souriant.

A vos pieds la mer continue de s’agiter, enragée comme jamais, en harmonie avec le trouble qui s’empare de votre cœur.

Après une heure passée à contempler les flots écumeux, vous finirez par remonter le sentier à flanc de falaise, puisqu’il le faut bien. Au sommet, vous contemplerez encore une fois l’immense océan et ses flots bleus et en vous éloignant vous vous demanderez pourquoi l’herbe de la lande est devenue  si terne et pourquoi les fleurs des bruyères semblent si clairsemées.

 

C’est un grand cap qui s’avance dans la mer. En bas, il y a des vagues qui se fracassent contre des rochers noirs.  

 

Littérature

00:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : littérature

09/09/2016

Nocturne

Je voudrais dire le bruit de la pluie dans les petits matins,

Quand le café noir fume encore dans les tasses

Et que son goût âcre m’emporte bien loin.

 

Je voudrais dire les figures tristes croisées dans le métro

Quand les rêves se sont trompés d’aiguillages

Et que j’ai oublié le goût de tes baisers.

 

Je voudrais dire les grands bateaux blancs qui se perdent en mer

Quand le soleil se couche

Et engloutit tous nos espoirs.

 

Je voudrais dire.

 

Mais enfermé dans le silence immobile,

Je contemple les dernières étoiles mortes

Qui brillent au milieu de nulle part.

 

Là-bas, dans la brume nocturne,

On entend la rivière,

La belle rivière de nos enfances

Qui n’en finit plus de ronger les paysages.

 

Insomniaque à ma fenêtre

Je rêve du temps passé.

La nuit d’août s’achève.

Bientôt, les cerfs brameront dans les clairières de feu

Et l’automne venteux s’infiltrera sous les portes de ma mémoire.

 

Je voudrais dire, encore une fois,

L’immensité de la forêt,

Sa rumeur, ses soupirs et son éternel mystère.

 

Je voudrais dire les chemins parcourus par les aventuriers

Depuis les ruines de Carthage

Jusqu’aux steppes infinies de l’Asie centrale.

Je voudrais dire tant de choses…

 

Mais qui entendra ma voix ?

J’aurai beau crier du haut de la falaise,

Le bruit des vagues, toujours, l’emportera,

Monotone et éternelle clameur des mondes.

 

Demain est aussi loin qu’un pays étranger.

Seule existe la rumeur des feuillages dans la brise d’été,

Rumeur semblable au ressac de l’océan

Contre les murs du temps.

 

Tout près de moi, un oiseau de la nuit a frôlé les cimes

Puis s’est perdu dans l’immensité,

Emportant avec lui son cri mystérieux

Chargé de tous nos désespoirs.

 

Il faudrait dormir.

Minuit est passé depuis longtemps

Et la lune elle-même s’en est allée,

Poursuivant son éternelle course incompréhensible.

 

Le ciel, maintenant, est vide et noir.

Seule subsiste dans mon cœur une petite musique intérieure,

Sonate composée de quelques notes seulement,

Mais qui me dit de croire à la vie.

 

Alors je me souviens que les yeux des femmes brillent

Parfois, dans la pénombre des chambres.

Je voudrais dire leurs gestes tendres et gracieux,

Le son de leur voix,

Et le parfum qui imprègne leurs vêtements

Quand lentement elles se déshabillent

Et s’avancent nues dans l’immensité du monde.

 

Le vent se lève et il fait plus froid.

Bientôt le beau chêne près de la fenêtre perdra ses feuilles.

Celles-ci tomberont une à une, inexorablement,

Comme les minutes qui avancent au cadran de la vie.

Dans le ciel passeront des oiseaux en partance

Vers des cieux improbables.

 

Tout n’est que départ, mouvance et éternel recommencement.

Seul je demeure au milieu du silence.

Une ancienne blessure s’est rouverte,

Blessure d’amour qui saigne au milieu de la nuit

Et qui colore l’horizon d’une encre rouge.

 

Voilà le soleil qui se lève au-dessus des abîmes.

 

Littérature

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31/08/2016

Le port

Il y avait là des voiliers, de grands voiliers revenant de nulle part.

Il y avait la mer, qui rongeait les pierres grises du port et puis surtout il y avait des dizaines de marins, attablés dans les petits cafés aux toits d’ardoise.

Et ça riait et ça criait fort, bien plus fort que le bruit des vagues qui tout à côté déferlaient sur la plage de galets.

Parfois une bagarre éclatait, pour quelques sous perdus au jeu, pour une femme éperdue, ou même pour rien, si ce n’était le plaisir de se battre.

Dans l’ombre du soir, on voyait briller la lame des couteaux et quand le sang coulait sur les pavés noirs, jamais personne ne serait allé dénoncer le coupable. C’est qu’ils étaient tous frères de la mer et du vent et qu’il y avait plus de vingt ans qu’ils voyageaient ensemble, de Dunkerque à Agadir et de Monrovia à Dar es Salam.

Ils étaient les enfants de la mer et si l’un d’entre eux disparaissait, jamais ils ne versaient une larme.  Pourtant, quand un goéland venait se poser au bout du ponton, ils lui souriaient comme à un ami, saluant en lui son désir de voyage et de liberté.

Partir, voilà ce qui comptait, peu importe où et comment, finalement.

Partir, quitter le triste aujourd’hui et découvrir un ailleurs.

Dans le port, les attendaient les voiliers, les grands voiliers en partance pour nulle part.

 

Littérature

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13/08/2016

Fin de partie

Je vous écris du bout du monde.

Je vous écris d’un pays qui n’existe pas, qui n’a jamais existé.

Ici, c’est la nature à l’état pur. Il n’y a pas de routes, à peine des sentiers, qui serpentent à travers la forêt profonde et que l’on suit comme on peut, malgré les moustiques et la chaleur accablante.

Quand on a bien marché, pendant six ou sept jours, on débouche au-dessus d’une grande falaise et alors devant vous s’étend la mer, la mer immense, à l’infini.

En contrebas, il y a des rochers qui s’avancent dans l’eau et qui finissent par disparaître au milieu de l’écume banche et rageuse.

Au-delà, il n’y a plus rien. Rien que l’océan, dont on entend la rumeur éternelle, seule musique de cette terre inhabitée.

Parfois, un goéland vient vous frôler, lançant un cri strident. On se souvient alors qu’on est seul, incroyablement seul. Personne autour de vous, rien que l’immense forêt dans votre dos et devant vous cette masse liquide qui s’agite et qui vous attend.

Je vous écris du bout du monde, d’un endroit au-delà duquel il n’y a plus rien. Rien que la falaise abrupte et le remous des vagues qui n’en finissent plus de se briser.  

 

Littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

26/06/2016

Al Andalus

Il est là-bas des palais de rêves qu’ont construits des génies.

Dans la nuit andalouse, quand monte la lune dans le ciel noir,

Se découpent les créneaux d’une forteresse d’un autre temps.

Dans les jardins endormis, si tu prêtes l’oreille,

Tu entendras le murmure des fontaines

Et le doux chant de l’eau qui retombe en pluie dans les vasques bleues.

Murmure magique, douce mélodie

Dont les syllabes ressemblent aux paroles de celle que tu aimas.

Celle-là qui un soir s’en alla, magicienne du silence,

Au travers des arceaux arabes des palais andalous.

 

Reste la mémoire et les sanglots de la fontaine.

Mais parfois, quand la lune resplendit,

Il me semble voir une ombre qui se glisse, féminine et svelte,

Le long des murs de l’Alhambra.

 

Ce n’est sans doute qu’un rêve.

Pourtant, dans les jardins du Generalife, l’odeur entêtante des roses

Parle encore d’amour dans la chaleur enivrante de la nuit andalouse.

 

littérature

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05/06/2016

Sable

Le sable de la plage est comme une ardoise

Que la mer efface jour après jour

Et toujours les pas des amoureux disparaîtront

Dans les profondeurs océanes.

 

Quand il ne reste rien que quelques grains de sable

Que le vent emporte en tourbillons improbables

Comment croire encore que Roméo et Juliette ont pu se rencontrer

Et marcher ici même dans la brise marine ?

Comment imaginer qu’ils ont pu s‘aimer devant l’immensité du monde

Et se faire des promesses éternelles sous le vol blanc des grands oiseaux de mer ?

 

A l’horizon passe un bateau en partance vers un Orient lointain.

Bientôt il aura disparu et il ne restera de lui qu’un souvenir

Qui s’effacera petit à petit dans la mémoire des vieux marins.

 

Et voilà la marée qui monte encore une fois à l’assaut de la plage

Et efface pour la millième fois les traces de tes pas.

Seule demeure la profondeur océane et la brise marine qui emporte tout

Absolument tout

Même les grands oiseaux blancs de nos rêves.

 

Littérature

02:34 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

01/05/2016

Contestation

Il y aura toujours quelque part un homme debout

Un homme qui dira non et qui fera trembler tous les gouvernements

Il y aura toujours quelque part des peuples qui se révolteront

Des peuples qui refuseront de se soumettre

Il y aura toujours certes des prisons pour enfermer les contestataires

Des prisons pour tenter de les faire taire

Mais il y aura toujours aussi des livres et des écrits pour dénoncer et pousser à la révolte

Des livres et des écrits pour faire réfléchir et pour dire non

 

Tant qu’il y aura de tels livres, tout espoir restera permis

 

Littérature

02:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

20/04/2016

Aube

Il était là, le vivace et le bel aujourd’hui du poète.

Il était là dans cette frondaison  émergeant de la brume matinale de mes rêves.

O toi, l’arbre, qui portait  tous les printemps du monde,

Je te salue.

J’ai quitté le chemin, je me suis approché et j’ai caressé ton écorce,

Cette peau rugueuse avec laquelle tu avais franchi tant de siècles.

C’est à ce moment, quand le brouillard s’est levé,

Que j’ai su que nous nous comprenions,

Comme deux êtres frères issus de la grande création.

Car un arbre n’est-il pas vivant lui aussi,

Au même titre que moi ?

Ne vit-il pas lui aussi au rythme des saisons

Et ne finit-il pas par mourir quand sa tâche est accomplie,

Après avoir proclamé toute la beauté du monde ?

Merci à toi, mon frère, d’avoir égaillé ma journée.

Merci d’avoir été là, sur mon chemin,

Pour me faire comprendre que le printemps était de retour dans ma vie.

 

littérature

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09/04/2016

Départs

Il était né au milieu de la mer

Sur une île de granite rose recouverte de genêts jaunes.

Parfois il prenait un bateau ivre pour partir au bout de ses rêves

Et affronter sa peur et tous ses démons intérieurs.

Il partait sous un ciel bleu quand le vent était fort

Et naviguait des jours durant

Se laissant bercer par l’océan, ses vagues et son chant.

Quand il avait dépassé tous les horizons

Et que ses voiles s’étaient perdues dans la nuit du temps

Il mettait le cap sur son île.

Dans les petits matins blafards celle-ci surgissait soudain de la brume,

Masse de granite rose surmontée de genêts jaunes.

Alors il accostait lentement et laissait sur le sable humide

Son bateau échoué, ses rêves et tous ses espoirs.

 

Littérature

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06/04/2016

Les saisons

Donnez-moi toutes les saveurs du printemps,

Donnez-moi les giboulées de mars et ses bises glaciales,

Donnez-moi les tendres fleurs et les vertes prairies,

Donnez-moi le premier vent du Sud et son souffle amical,

Donnez-moi des rivières gonflées par toutes les pluies d’avril.

 

Donnez-moi l’été et les moissons de juillet,

Donnez-moi les orages et leurs cieux déchirés,

Donnez-moi la chaleur étouffante des plaines du Languedoc,

Donnez-moi la Provence et toutes ses cigales,

Donnez-moi les récoltes généreuses du mois d’août finissant.

 

Donnez-moi l’automne  et l’ivresse des vendanges,

Donnez-moi la Normandie et ses vergers croulant de fruits,

Donnez-moi les équinoxes de septembre,

Donnez-moi les tempêtes à la pointe de Bretagne,

Donnez-moi les premières gelées et les brouillards de novembre.   

 

Donnez-moi janvier perdu dans sa longue nuit,

Donnez-moi le silence des paysages tout blancs,

Donnez-moi la pluie, donnez-moi le vent,

Donnez-moi mille soirées pour lire au coin du feu,

Donnez-moi l’hiver, quand tout espoir s’est retiré.

 

Littérature

 

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04/04/2016

Printemps

Aujourd’hui, j’ai marché au milieu du printemps.

Les hauts fûts noirs forestiers étaient encore perdus dans l’hiver, mais à leurs pieds les jeunes arbres rivalisaient de feuilles et de bourgeons. La jeunesse insouciante dit toujours la vie mieux que personne…

Il faisait chaud, incroyablement chaud, pour la première fois depuis les équinoxes de septembre.

Dans une prairie, un cheval fou s’est roulé dans l’herbe et la poussière, ivre de bonheur. Il savait, le bougre, que l’avenir lui appartenait puisque la grande nuit reculait pas à pas, la grande nuit du froid et de la mort.

Point d’oiseaux encore pour s’étonner de la nouvelle douceur, mais quelques insectes furtifs et tenaces qui déjà cherchaient l’emplacement d’un nid éventuel. Ainsi va la nature, inépuisable et optimiste, toujours à recréer la vie, la vie changeante et mouvante en éternel recommencement.

Aujourd’hui, j’ai marché dans tous les printemps et j’en ai presque oublié les souvenirs anciens de mes amours perdues.

Sans doute toi aussi marches-tu quelque part, remplie de bonheur et oublieuse des vieux hivers. Sans doute toi aussi as-tu compris que la vie  est changeante et mouvante et que les lendemains seront forcément différents.

Seuls les hauts fûts noirs sont restés dans l’hiver et ne sont pas près d’en sortir.

 

Photo personnelle 03.04.16

littérature

00:09 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

20/03/2016

Chemin forestier

Il est, au fond des bois, des chemins mystérieux que personne n’ose emprunter.

On dit que ce sont des chemins qui mènent au bout des rêves,

Mais on dit tant de choses…

On dit aussi que les rares téméraires à s’y être aventurés ne sont jamais revenus.

 

Il est des forêts pleines de mystères où vivent librement des animaux sauvages.

Ce doit être cela le rêve : être libre, s’aventurer dans des sentiers inconnus, et s’y perdre à jamais.

 

Je regarde celui-ci, qui s’enfonce noir dans les fougères rousses

Et qui disparaît là-bas, entre deux grands chênes.

Quelques oiseaux chantent, tels des sirènes

Et les branches souples des arbres s‘agitent lentement au vent,

Comme le fait le doux roulis de la mer.

Vais-je me perdre dans cette immensité verte d’où émergent quelques rochers tranchants ?

Saurai-je éviter ces récifs, moi qui ne sais même pas naviguer ?

Mais les sirènes sont les plus fortes et déjà je m’avance, rêvant à des nudités blanches étendues dans le sous-bois moussu.

 

Il fait plus frais ici et de la terre monte une senteur troublante et qui fascine.

Odeur des feuilles mortes d’un vieil automne, parfum des genets en fleurs, ou effluve de résine d’un bosquet de pins.

Un oiseau a lancé son cri d’alarme devant l’intrus qui s’avance.

Tout est maintenant silencieux.

Je suis passé entre les deux grands chênes 

Et suis entré dans la forêt profonde. 

 

 Photo personnelle

Littérature

00:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

09/03/2016

"Le temps de l'errance"

J’en avais parlé précédemment, mais maintenant il est là. Je veux parler de mon deuxième livre, qui vient officiellement de sortir fin février. Il s’agit d’un recueil de poésie, cette fois, genre qui semble effrayer les quelques personnes autour de moi à qui j’en ai parlé. Je crois que le public a une conception erronée de la poésie, qu’il voit comme des textes rimés qui ne riment à rien justement. Les gens semblent croire que l’auteur s’est forcé pour trouver des mots qui ont la même terminaison mais que dans le fond son texte n’exprime pas grand-chose. Si c’était le cas, ils auraient raison, mais il n’en est rien. Point de rimes chez moi, ni d’assonances, mais des mots qui viennent du plus profond de l’être et qui peuvent dire la douleur et la nostalgie, mais aussi l’émerveillement devant la beauté du monde. Alors que le roman raconte une histoire qu’il déroule de manière chronologique, la poésie,  elle, dit l’instant. C’est le ressenti du poète à un moment donné qui se retrouve sur le papier.  Rien de narcissique non plus dans ma démarche, rassurez-vous. Chacun, je crois, devrait pouvoir se reconnaître dans le contenu de ces vers libres (et  de nombreuses pages sont même en prose) qui veulent faire passer  des impressions et des émotions.

 

Pour les curieux, c’est ici, sur le site des éditions Chloé des Lys.

 

Littérature, le temps de l'errance

27/02/2016

Poésie


01:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : chants corses