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04/01/2016

Epiphanie

Épiphanie : du grec  « τ α ̀ Ε π ι φ α ́ ν ι α » neutre pluriel substantivé de l’adjectif « ε ̓ π ι φ α ́ ν ι ο ς »,  « qui apparaît ». Le verbe « ε ̓ π ι φ α ι ́ ν ω » signifie par ailleurs «  faire voir, montrer » (l’idée première est celle de la lumière du soleil qui éclaire).

Dans l’Eglise catholique, L’Epiphanie désigne donc la manière dont le Christ se manifeste auprès des hommes (baptême dans le Jourdain, transformation de l'eau en vin aux noces de Cana, etc.)

Ensuite, la tradition a restreint l'usage du mot Épiphanie à la visite des mages, qui étaient sans doute des prêtres zoroastriens.

 Zoroastre, aussi appelé Zarathoustra, est un prophète perse (plus ou moins contemporain de Périclès en Grèce) qui eut une révélation du dieu Mazda. Il s’ensuivit une religion qui est une des premières à être monothéiste et qui parlait déjà de l’immortalité de l’âme et du jugement dernier. Elle a donc directement influencé le christianisme, qui est loin d’avoir tout inventé.

Mais revenons à nos mages. Selon saint Matthieu, ceux-ci furent guidés jusqu’à la crèche par une étoile (sans doute notre évangéliste voulait-il signifier par-là que le vieux monothéisme zoroastrien se soumettait au nouveau Messie qu’était le Christ).  Ce récit, qui n’a évidemment aucun fondement historique, a pris beaucoup d’importance au Moyen Âge, où les mages sont même devenus des rois  (prénommés par ailleurs Gaspard, Melchior et Balthazar). Notons parmi eux la présence d’un Africain noir (sans doute pour indiquer que la venue du Christ concernait tous les hommes)

L'Épiphanie se célèbre le 6 janvier, mais ces derniers temps l'Église catholique a préféré la fixer au premier dimanche qui suit le 1er janvier.

Quant à la galette des Rois, si l’on en croit les historiens, la fameuse fève cachée dans le gâteau rappellerait l'Enfant Jésus que les mages, les yeux fixés sur leur étoile, avaient mis pas mal de temps à découvrir. Vous n’oublierez pas ce détail, j’en suis sûr, lorsque vous dégusterez votre galette. J

Notons encore que si en France les enfants reçoivent des cadeaux à Noël (les adultes aussi, d’ailleurs, sans  doute parce qu’ils sont restés de grands enfants), en Belgique c’est Saint Nicolas (le six décembre) qui leur apporte des jouets. En Espagne, par contre, ces sont bien les rois mages qui remplissent cette fonction le six janvier.

 

rois mages, Epiphanie

 

 

 

 

19:11 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : rois mages, epiphanie

29/06/2014

Des grottes et de l'art pariétal

Je parlais l’autre jour des grottes préhistoriques. On pourrait se demander ce qui nous fascine tant dans ces cavités naturelles. Evidemment, si l’on prend uniquement celle de Lascaux, on comprend assez vite en quoi elle  est admirable. Il y a d’abord la richesse et la variété des peintures qui y sont représentées, ainsi que la conscience que nous avons de toucher là l’origine même de l’art. En effet, que des chasseurs rustres et couverts de peaux de bêtes aient pu ainsi  consacrer une partie de  leur temps à représenter dans le ventre de la terre ce qu’ils voyaient au grand jour a quelque chose de fascinant. Qu’est-ce qui les a poussés à agir de la sorte, qu’est-ce qui a fait qu’ils ont subitement tourné leurs yeux vers autre chose que la capture du gibier et la  nécessité de pourvoir à leur subsistance ? On met le doigt, là, sur le désir de l’homme de comprendre ce qui l’entoure et sur son besoin de le représenter. Ne disposant pas de l’écriture, nos ancêtres n’ont pu que dessiner ce qui les entourait. Sans doute, pour qu’une telle démarche fût possible, a-t-il fallu qu’un embryon de société existât et que celui qui peignait à l’intérieur de la grotte reçût sa nourriture de ses compagnons, du moins en partie. Car l’art demande du temps libre et il faut avoir dépassé les besoins premiers pour pouvoir consacrer du temps à la représentation du monde.

Mais il n’y a pas que la beauté des dessins qui nous fascine à Lascaux. Il y a toutes les questions que ceux-ci suscitent en nous et qui restent désespérément sans réponse. Quelles étaient ces bêtes exotiques qui peuplaient nos contrées ? Nous les reconnaissons, pour les avoir vues dans un zoo ou dans une réserve africaine : antilopes, félins, rhinocéros, etc. Du coup, nous prenons conscience que nos contrées tempérées ont pu autrefois avoir un autre aspect et connaître un autre climat. Nous remontions le temps, au-delà de l’Histoire, et voilà que c’est la géographie qui bascule soudainement dans une sorte de relativisme : les paysages que nous connaissons bien et que nous avons tous les jours sous les yeux ont pu être différents : savane, brousse, climat tropical, végétation luxuriante et exotique, tout ce que nous attribuons à « l’autre », à l’Africain, a été le quotidien de nos ancêtres et la terre sur laquelle je marche n’a pas toujours été comme elle est. Bref, par ses dessins, l’homme préhistorique nous fait prendre conscience de l’aspect éphémère de toute chose.

Une autre question qui reste sans réponse quand on contemple les œuvres de Lascaux (ou d’autres grottes préhistoriques), c’est de savoir quelle était leur destination. Culte de la chasse ? Manière de s’approprier la force des animaux représentés et assimilés à des dieux de par leur dangerosité ? Religion primitive, proche du chamanisme ? Mystère. On pourrait se demander aussi pourquoi les animaux sont représentés seuls, en-dehors de leur milieu naturel (pas de prairie ou de forêt dans l’art pariétal). Faut-il en déduire que le but n’était pas de refléter la réalité mais au contraire de dessiner « l’essence » de l’animal, son âme en quelque sorte, son génie intrinsèque ? Mais à quelle fin ? On se perd en conjectures. Arche de Noé avant l’heure, la grotte préhistorique rassemble en un seul lieu une multitude d’animaux dont beaucoup s’évitent dans la nature (bovidés et grands carnassiers, par exemple). Faut-il en déduire que les peintures rupestres seraient déjà une manière d’idéaliser le monde, d’imaginer un lieu où toutes les espèces vivraient en harmonie ? Cette interprétation n’engage que moi, mais elle est fascinante. En effet, cela voudrait dire que la grotte, bien enfouie au sein de la terre mère, serait un microcosme, une sorte de miroir du monde extérieur, mais dont le reflet serait idéalisé. L’homme aurait en fait représenté là un monde imaginaire et un peu délirant, un monde où aurait régné l’harmonie.

Des chercheurs plus compétents que moi pensent plutôt le contraire. Ils imaginent que l’homme préhistorique a dessiné là sa peur. Sa grande crainte aurait été de voir la multitude des animaux représentés sur les parois s’animer tout à coup et sortir de la grotte (l’art alors ne serait plus représentation du monde, mais serait un monde en soi, fascinant et fantastique, magique en quelque sorte). Qui a raison, qui a tort ? A la limite, peu importe, ce qui compte ce sont les questions que ces dessins pariétaux suscitent en nous. En effet, si nos ancêtres ont voulu faire parler d’eux en laissant une trace de leur passage, ils ne savaient sans doute pas que leurs peintures nous interpelleraient à ce point et que c’est sur nous-mêmes et nos origines qu’ils nous feraient finalement réfléchir.

Je n’ai parlé jusqu’ici que des grottes comportant des peintures rupestres. Mais mon questionnement initial était de me demander pourquoi les grottes, en général, nous fascinaient. Lovées au creux de la terre, souvent invisibles du dehors (et par-là déjà mystérieuses et secrètes), généralement difficiles d’accès, elles offrent à ceux qui osent s’y aventurer la possibilité d’explorer l’intérieur du monde. Coupée de l’extérieur, complètement isolée et plongée dans une obscurité totale, la grotte n’existe pour le spéléologue que par la rugosité de sa paroi (le toucher) et éventuellement le bruit des gouttes d’eau tombant  de sa voûte (l’ouïe). Pour y pénétrer, il faut donc se munir d’un moyen d’éclairage. La fragilité de ce dernier fait craindre de se retrouver à tout moment plongé dans une obscurité totale. Or le noir fait peur car il ne nous permet pas d’appréhender les dangers possibles.

D’un autre côté, on pourrait tenir le raisonnement inverse et dire que la grotte, par son intimité, rassure. Coupée du monde, elle offre un refuge à celui dont la vie était menacée à l’extérieur. Dans ce cas, elle serait comme une sorte d’utérus naturel. Celui qui y « pénètre » (terme sexuel particulièrement pertinent, puisque le couloir d’accès de la grotte renvoie inconsciemment au sexe féminin, en l’occurrence au vagin) chercherait donc une protection. Comme l’enfant dans le ventre de sa mère, il viendrait se reposer ici des malheurs qu’il a encourus dans le monde extérieur. Rentrer dans une grotte,  ce serait donc remonter le temps et retrouver l’époque d’avant l’enfance et d’avant la naissance, là où notre vie a débuté, dans le mystère total de la rencontre de deux cellules.

Notre fascination pour la grotte tiendrait donc à tout cela. Peur du noir d’un côté et recherche d’un refuge originel de l’autre. Temps d’avant le temps, d’avant notre propre création, elle serait un peu un symbole de l’origine du monde (sans vouloir renvoyer ici au tableau de Courbet). Dissimulée au sein de la terre, en principe ignorée de tous, refuge idéal pour venir y panser ses blessures, elle permet aussi de « voir » ce qui se passe à l’intérieur de la terre (le cheminement secret de l’eau, par exemple) et donc d’accéder à ce qui est habituellement tenu caché.

Notons pour terminer que les églises romanes du Moyen-Age, par leur côté primitif et peu élaboré, mais aussi par leur voûtes simples qui rappelle celles des grottes, nous fascinent elles aussi probablement pour toutes les raisons évoquées plus haut (obscurité, refuge utérin, etc.). Inconsciemment, les hommes auraient donc construit de leurs mains, à l’extérieur, ce que la nature avait mis à leur disposition dans ses entrailles. Plus tard, ces mêmes églises romanes, si touchantes par leur pénombre et leur côté simpliste, laisseront place aux grand édifices gothiques, ouverts sur la lumière. Ce jour-là, la compréhension des grottes et des dessins pariétaux aura complètement disparu.

Notons pour nuancer qu’à l’intérieur les églises romanes étaient peintes de couleurs vives (comme les grottes préhistoriques) et qu’elles étaient donc peut-être moins sombres et moins frustres que nous ne nous les imaginons. 

 

 

grottes, Lascaux

01:03 Publié dans Errance, Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : grottes, lascaux

09/05/2014

Incendies historiques

L’Histoire, on le sait, n’a pas été avare d’incendies. Homère, déjà, nous a raconté dans l’Iliade l’incendie de Troie après la prise de la ville par les Grecs. Mais ces mêmes Grecs verront bientôt l’Acropole d’Athènes détruite par les flammes : les anciennes fortifications, les constructions et les statues furent en effet détruites par un immense incendie allumé par les Perses en -480 au cours des guerres médiques. C’est Périclès, aidé du sculpteur Phidias, qui reconstruira le site.

En 390 avant JC, c’est Rome qui tombe sous la coupe des Gaulois. Terrifiés, les soldats romains se réfugient dans la citadelle qui surplombe la colline du Capitole, laissant les « Barbares » massacrer femmes, enfants et vieillards dans la ville basse. Ceux qui ont traduit Tite-Live se souviendront de l’épisode des oies sacrées du Capitole, qui par leurs cris donnèrent l’alerte lorsque les Gaulois voulurent  s’emparer de la forteresse.

En -146, c’est Carthage qui brûle après avoir été pillée par les Romains, tandis que la bibliothèque d’Alexandrie aurait été détruite par les flammes en -47. Le grand incendie de Rome par Néron, date lui de 64 après JC.

Mais tout cela, c’est de l’histoire ancienne. Plus près de nous, on se souvient surtout du fameux incendie du Reichstag, allumé par les partisans d’Hitler, lequel accusa immédiatement les communistes d’en être les responsables. Il s’ensuivit une limitation immédiate des libertés individuelles et une chasse aux communistes allemands.

On se souviendra longtemps aussi de l’incendie de la Maison des Syndicats à Odessa, où plus de quarante personnes qui manifestaient pour s’opposer au régime fasciste mis en place à Kiev ont été encerclées et brûlées vives par ces mêmes fascistes. La première version officielle de ces faits désignait la Russie comme responsable de ce massacre, ce qui n’a évidemment aucun sens. Il est vrai que les conseillers US et les agents de la CIA qui pullulent en ce moment à Kiev ont pris l’habitude d’accuser leurs ennemis des crimes qu’ils ont eux-mêmes commis (voir l’attaque aux armes chimiques dans la banlieue de Damas qui avait été imputée au régime de Bachar el Assad, alors qu’il est aujourd’hui prouvé que les tirs provenaient bien des djihadistes armés par l’Occident).

Curieusement, cette version qui désignait la Russie comme responsable du massacre n’a pas été reprise par les médias occidentaux, pourtant habituellement très dociles quand il s’agit de colporter des mensonges d’Etat. Je ne sais pas pourquoi, peut-être tout simplement parce que la couleuvre était trop grosse à avaler. Par contre, j’ai entendu que les chefs de la police avaient été limogés. J’ignore pourquoi également. Sans doute parce qu’ils ne sont parvenus à séparer les deux camps en présence et surtout parce qu’il fallait bien trouver un coupable. Et puis dire que la police officielle n’est pas compétente, cela permet de créer des milices parallèles, ce qui a été fait le lendemain. Et qui va-t-on retrouver dans ces milices ? Les fascistes du Maïdan, évidemment, ceux-là même qui venaient juste de mettre le feu à la Maison des syndicats. La boucle est bouclée.

Comme en 1933, donc, des fascistes ont allumé un incendie et ont accusé leurs opposants (ici la Russie, berceau historique de ce communisme tant haï) d’en être responsables, puis ils ont renforcé leur présence militaire en étant officiellement chargés du maintien de l’ordre.

Pendant ce temps, à l’autre bout de l’Ukraine, les mêmes milices fascistes tirent sur des civils pro-russes (qu’ils qualifient de terroristes). Les hommes qui font partie de ces milices sont les petits-fils des Ukrainiens qui étaient venus avec les troupes allemandes en 1941 et qui avaient massacré des milliers de Juifs au même endroit.

La complaisance de l’Europe devant les nouveaux maîtres de Kiev laisse rêveur. Quant à messieurs Hollande, Fabius et BHL, qui ne cachent pas leur sympathie pour la communauté juive en général et pour Israël en particulier, leur attitude relève de la bêtise profonde. Il est vrai que le premier ministre israélien appartient bien à l’extrême-droite. Il y a de quoi y perdre son latin. 

 

OdessaOdessa

13/03/2013

Réflexion...

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs 

 Article 35 la Constitution de 1793

390px-Declaration_des_Droits_de_l'Homme_et_du_Citoyen_de_1793.jpg

25/02/2013

Patrimoine historique en danger

On se souvient de ce qui s’était passé en Irak, lorsque les troupes américaines avaient pénétré dans Bagdad. Certains avaient profité du chaos qui régnait dans la ville pour piller les musées et faire sortir du pays une série de pièces antiques de haute valeur, afin de les revendre au marché noir. Les Irakiens avaient autre chose à faire, j’imagine, que de surveiller leurs musées et les troupes d’occupation aussi. Ceci dit, il aurait suffit de placer quelques « Marines » devant l’entrée du musée, mais bon, peut-être a-t-on laissé faire volontairement.

 Ce qui s’est passé en Irak s’est évidemment reproduit en Libye et se passe actuellement sous nos yeux en Syrie. D’un côté il y a des pilleurs et des voleurs qui profitent du chaos pour s’emparer de tout ce qu’ils peuvent et de l’autre il y a les tirs aveugles, de l’un ou l’autre camp, qui détruisent irrémédiablement un patrimoine inestimable. Sans compter que les musulmans salafistes ne doivent pas avoir un respect très marqué pour les églises chrétiennes du début du christianisme.

La situation est si grave, qu’une réunion s’est tenue à Amman, en Jordanie à l’initiative de l’Unesco afin que les états voisins ne se rendent pas complices malgré eux d’un trafic illégitime.

Quant à ce qui se passe réellement sur le terrain, il est difficile d’en avoir une idée. On sait qu’en février 2012, la ministre syrienne de la Culture, Loubana Mouchaweh, a révélé qu'au moins 18 mosaïques représentant l'Odyssée ont été volées dans le nord-est du pays. Une  statue araméenne de bronze plaqué or a également été volée au musée de Hama (centre) Elle a jouté que les possessions des musées syriens ont été placées en lieu sûr.  Si c’est vrai, tant mieux. Elle soutient que les musées sont "bien gardés" et que "leurs possessions précieuses pour toute l'humanité ont été archivées et placées dans des lieux très sûrs."

Par contre, pour ce qui est des sites historiques (plus de 10.000 en Syrie !), elle reconnait qu’il est impossible d’en assurer la protection.

La responsable des musées de Syrie, Hiba al-Sakhel, avait quant à elle affirmé que « depuis trois ou quatre mois, les pillages se sont multipliés. Nous avons reçu une vidéo qui montre des gens arrachant des mosaïques au marteau-piqueur à Apamée ».

En faisant quelques recherches sur Internet, j’ai trouvé un texte en français, d’origine iranienne (donc peut-être mensonger, car il visera à discréditer les djihadistes, mais sans doute pas plus mensonger que notre presse occidentale, qui elle, essaie de faire porter le chapeau à Bachar el Assad à tous les coups, même pour ce que son armée n’a pas commis) :

« L'opération de l'armée syrienne lancée dans la ville historique de Tadmar a laissé, au moins, 100 morts chez les terroristes. L'armée nationale visait à protéger les monuments antiques de la ville. 180 miliciens (= djihadistes), bien occupés à détruire et à piller les oeuvres historiques de la localité Tadmar, à Homs, ont été liquidés. Les miliciens trafiquent des objets de valeurs et des oeuvres antiques de la ville vers l'Irak. Les soldats syriens ont, également, empêché les Qaïdistes (= membres d’Al Quaïda)  de voler les camions de transport d'essence, à Hassiya, et ont tué, au moins, 7 d'entre eux. L'armée se concentre, davantage, désormais, sur la sauvegarde du patrimoine culturel de la Syrie, depuis que les terroristes ont décapité la statue de l'une des plus célèbres figures de la littérature syrienne, le poète Abou Alla Moari.

Une autre presse, pro-occidentale et donc anti-Assad, celle-là, dit exactement l’inverse :

« Les militaires en opération ne sont pas réputés pour faire dans le détail. S’ils n’hésitent pas à bombarder un immeuble habité par des civils, à plus forte raison rien ne les arrête s’il s’agit de monuments historiques stratégiquement situés  dont ils connaissent rarement la valeur ».

Notons toutefois que l’armée américaine n’a pas fait beaucoup mieux en Irak, mais passons. La seule chose à retenir, c’est que le patrimoine architectural antique subit de lourds dommages et peu importe finalement quel camp en est à l’origine.

Or, on ne peut oublier que la civilisation est née dans cette région du monde (croissant fertile) et que différentes cultures se sont succédé sur ces terres d’Orient, chacune laissant une trace de son passage (Assyriens, babyloniens, Grecs, Romains, premiers Chrétiens, etc.). Ce sont tous ces témoignages qui risquent aujourd’hui d’être partiellement détruits par ce conflit.

Ceux qui me lisent régulièrement savent ce que j’en pense. Pour moi c’est l’Occident qui a armé des djihadistes enragés venus des quatre coins du monde pour renverser le régime d’Assad. Celui-ci soutenait le Hezbollah, présentait une menace militaire pour Israël et surtout il « empêchait de faire des affaires » puisque l’économie était en gros aux mains de l’Etat. Donc, pour plaire à Israël et pour que nos entrepreneurs et nos financiers puissent avoir de nouveaux marchés, on n’a pas hésité à créer un conflit, lequel a déjà fait 70.000 morts et qui en plus (même si cela peut sembler accessoire à côté du drame humain) est en train de dévaster des sites historiques de premier plan.

On trouve en Syrie des palais, des monuments, des forteresses, des églises, des mosquées, des villages anciens et des œuvres d’art. Toutes ces richesses sont de diverses origines puisqu’elles remontent aux Babyloniens, aux Assyriens, aux Hittites, aux Phéniciens aux Grecs, aux Romains, aux Byzantins, aux Sassanides (qui représentent l’apogée de la civilisation perse avant l’arrivée des Arabes et de l’Islam), aux Perses,  aux Arabes, aux Omeyyades, sans oublier nos croisés et l’empire ottoman.

Mais les nouvelles venant de Syrie sont alarmantes. Malgré un appel solennel de l’Unesco, on apprend que trois des six sites syriens classés au patrimoine mondial par l’Unesco ont été atteints par des bombardements:

  • les cités mortes du massif calcaire à l’ouest d’Alep, où se trouvent de nombreuses églises délaissées vers le VIIIe siècle
  • Bosra, dans le djébel druze, ancienne ville romaine qui possède un vaste théâtre de 15.000 places, parfaitement conservé
  • Le Krak des chevaliers (construit par nos croisés), qui domine la trouée de Homs et est apparemment occupé par des opposants au régime syrien.

Des tirs ont également été signalés à Palmyre. On les attribue à l’armée, laquelle aurait tiré sur des personnes traversant les ruines (peut-être des djihadistes armés…). On dit aussi que des fouilles clandestines ont lieu dans ces ruines.

154065005--469x239.jpgOn sait aussi que le vieux quartier d’Alep a été détruit par les flammes. Apamée (qui fut construite sur un promontoire en bordure de l’Oronte par Seleucos, l’un des généraux qui recueillirent l’héritage d’Alexandre le Grand) serait intacte, mais le site de la citadelle voisine, Qalaat el Mudiq, habité depuis le néolithique (il y a dix mille ans), a été frappé par des tirs d’artillerie, selon l’Institut français du Proche-Orient, qui y effectuait des travaux de restauration depuis 2004. Selon l’IFPO, « une partie des fortifications médiévales a été atteinte et une voie a été creusée au bulldozer sur les flancs de la colline, dans les niveaux archéologiques ».

A Ebla (Tell Mardikh), dans la région d’Alep, cité-Etat qui rivalisait avec l’Egypte et la Mésopotamie, on avait découvert un palais datant de 4.500 ans, ainsi que 17.000 tablettes cunéiformes révélant une langue sémitique inconnue. Toutes ces œuvres avaient été transportées aux musées d’Idlib et d’Alep. Mais on sait que c’est à Alep qu’ont lieu les affrontements les plus durs, ce qui ne présage rien de bon. De plus, des combats auraient eu lieu sur le site même d’Ebla.

Je ne parle ici que des sites connus, mais il existe une multitude de sites plus modestes, non encore explorés par les archéologues. Ceux-ci sont également au  cœur des combats et les pillards s’en donnent à cœur-joie pour emporter tout ce qu’ils peuvent. Ces pillards ne sont généralement pas des amateurs. Ce sont des groupes criminels organisés, qui bénéficient de relais internationaux. On peut donc s’attendre à retrouver chez quelques riches industriels occidentaux une partie de ces vestiges antiques inestimables. Ceux qui auront déclenché la guerre seront encore ceux qui en tireront tous les profits.

A côté des bandes organisées, quelques habitants auront sûrement profité des troubles pour s’emparer de tout ce qu’ils auront pu afin d’arrondir leurs fins de mois particulièrement difficiles ces derniers temps.

Adel Safar, lorsqu’il était Premier ministre de Bachar el Assad, a averti que « des groupes organisés sont prêts à entrer en Syrie, où ils ont déjà introduit des équipements technologiques perfectionnés et des moyens de communication satellite afin de dérober notamment des manuscrits et des antiquités et de s’attaquer aux musées ». Propagande ? J’en doute, car d’autres sources font état de ces pillages. De plus, on sait que le patrimoine syrien n’est pas le seul de la région à avoir souffert des révoltes arabes. En janvier 2011, des pillards se sont introduits dans le Musée du Caire, ont fracturé une dizaine de vitrines qu’ils ont vidées et ont brisé soixante-dix objets. Heureusement, la population s’est interposée et a réussi à attraper quelques pillards.

452417-manifestant-fait-v-victoire-devant.jpgLe site bien connu de Saqqarah, près du Caire (célèbre pour ses pyramides à degrés et ses mastabas) a été victime de fouilles sauvages. Et le 17 décembre 2011, l’Institut d’Egypte, fondé en 1798 lors de l’expédition de Bonaparte, a brûlé, avec ses inestimables archives comprenant 200.000 ouvrages. Parmi les pièces les plus précieuses, se trouvait une édition originale de la monumentale Description de l’Egypte. Une véritable catastrophe culturelle, qui n’est pas sans nous rappeler l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, dans l’Antiquité.

En Irak, Donald  Rumsfeld, avait défendu le ministère du Pétrole, mais pas le musée archéologique de Bagdad. Celui-ci avait immédiatement été pillé (15.400 objets avaient été volés)

A Babylone, cité d’Hammourabi et de Nabuchodonosor, les troupes américaines et polonaises avaient creusé des tranchées en pleine zone archéologique et y avaient installé un héliport. Depuis, dans l’Irak « libéré », c’est un oléoduc qu’ont a construit à travers le site archéologique. On ne s’y prendrait pas mieux pour effacer la culture et les racines d’une nation. Il faut dire que les Américains ont l’habitude. Ils ont déjà pu s’exercer aux Etats-Unis-mêmes sur les Indiens, dont ils avaient volé les terres et massacrer la population.

Et que dire d’Ur, en Chaldée (où selon la Bible Abraham serait né), où des bulldozers ont nivelé des terrains et où des tranchées ont été creusées dans la zone archéologique pour la protection des troupes américaines ?

Si on ajoute à ces destructions liées aux conflits guerriers toutes celles qui ont été faites systématiquement et de volonté délibérée, cela commence à faire beaucoup de pertes.

Je pense aux bouddhas géants détruits par les Talibans en Afghanistan alors qu’ils avaient plus de mille cinq cents ans. Je pense aussi aux mausolées de Tombouctou.

A ce sujet, je voudrais faire deux remarques.

D’abord je me demande jusqu’à quel point notre bonne presse occidentale (qui est aux mains de la classe sociale dominante, celle qui veut aller faire des affaires dans ces pays arabes) ne met pas en évidence ces destructions systématiques (par ailleurs scandaleuses et c’est bien ce que je dénonce ici) pour nous émouvoir et justifier ainsi l’intervention de nos troupes. C’est quand même curieux qu’on ait beaucoup parlé des bouddhas juste avant l’intervention américaine en Afghanistan. Même chose pour Tombouctou. Nul n’ignorait la destruction des mausolées quand la France a envoyé son armée au Mali. Curieusement, on a moins parlé des autres destructions comme les musées pillés en Irak, l’incendie de l’Institut d’Egypte, etc. C’était comme si on mettait en avant certaines destructions et pas d’autres, pour cautionner l’invasion américaine en Afghanistan ou justifier l’envoi des troupes françaises au Mali.

En détruisant ces œuvres d’art, les musulmans intégristes savent ce qu’ils font : ils effacent la mémoire d’un peuple et tentent d’éradiquer ce qui à leurs yeux est une hérésie. On pourrait donc se demander si les bonnes troupes d’occupation des armées occidentales ne pratiquent pas la même politique : en ne protégeant pas les musées des pays conquis, en autorisant les pillages par laxisme, en participant elles-mêmes à la destruction partielle de certains sites sous couvert de motifs militaires (construction d’un héliport, etc.) ne visent-elles pas elles aussi à effacer les origines historiques du pays conquis et donc à détruire sa mémoire ? Le but ultime n’est-il pas de faire de ses habitants de futurs clients de McDonald, des futurs adeptes de la société de consommation et de « l’american way of live » ?

Qui sait ?

En attendant, pour revenir en Syrie, je voudrais terminer cet article en parlant du Krak des chevaliers, situé près de la frontière du Nord-Liban (la frontière est perméable puisqu’elle laisse passer dans uns sens des combattants armés qui entrent en Syrie et dans l’autre des oeuvres d’art qui en sortent). Ce patrimoine n’appartient pas au gouvernement de Bachar el Assad, il appartient à tous les Syriens. Que dis-je ? Il appartient à l’humanité entière car il est un symbole par excellence des rapports historiques (à vrai dire assez belliqueux) entre l’Orient et l’Occident. Or les opposants au régime de Damas (ASL) se sont emparés de ce Krak des chevaliers et ils en interdisent l’accès. Le Figaro se réjouissait cet été de cette occupation par l’ASL, regrettant juste que l’armée régulière tirât sur la citadelle. On aurait pu tenir le raisonnement inverse et dire que les djihadistes feraient mieux de trouver d’autres cachettes que des monuments historiques, mais bon, s’emparer d’une citadelle réputée inexpugnable, c’est toujours tentant lorsqu’on est en guerre. Reste à savoir dans quel état on retrouvera le Krak des chevaliers quand tout sera terminé.   

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15/01/2013

Une autre guerre humanitaire

Nous avons parlé de Napoléon Bonaparte et de son intervention en Egypte décidée soi-disant pour libérer son peuple et le délivrer des dirigeants qui l’opprimaient.

Trois quarts de siècle plus tard, c’est Napoléon III qui est au pouvoir. En 1860, il décide d’intervenir en Syrie (tiens donc !), alors province ottomane, pour « y rétablir l’ordre ».  Que s’était-il passé qui justifiât cette intervention ?  Environ 20.000 personnes, la plupart des Chrétiens, venaient d’être massacrées au Liban et à Damas, dans des affrontements intercommunautaires, ce qui avait fortement ému l’Occident (remarquez que les choses ont un peu changé, puisqu’aujourd’hui le même Occident soutient des djihadistes musulmans qui ne cachent pas leur intention de se débarrasser de la population chrétienne).  On accuse immédiatement le pouvoir en place, à savoir les autorités ottomanes, au mieux d’avoir laissé faire, au pire d’avoir incité à la haine.  

Bref, Napoléon III envoie donc  60.000 soldats, qui débarquent au Liban le 16.août 1860. Ils y resteront une bonne année, le temps que le calme revienne. L’empire ottoman étant affaibli, toutes les puissances occidentales cherchaient en réalité à se positionner pour s’emparer des morceaux du gâteau. La Russie souhaitait s’étendre vers le sud, tandis que la France, une nouvelle fois, cherchait à affaiblir l’Angleterre en se positionnant sur la route des Indes (tout en faisant du commerce). Il fallait donc conquérir La Syrie et pour y parvenir chacun s’était appuyé sur les minorités locales (ce qu’on fait encore aujourd’hui en dressant les Sunnites contre les Chiites) : les Français avaient choisi de protéger les Catholiques, les Russes les Orthodoxes et les Anglais les Druzes. Les massacres intercommunautaires de1860 n’avaient pas d’autre origine.

Un peu plus tard, en pleine Première Guerre mondiale, voilà les Français et les Anglais réconciliés. Du coup, ils organisent ensemble un blocus des côtes syriennes afin d’empêcher le ravitaillement en blé. Le but est de pousser les Arabes à se révolter contre l’Empire ottoman qui soutient par ailleurs l’Allemagne dans le conflit en cours. Affaiblir l’Empire et précipiter sa chute, c’est indirectement affaiblir l’Allemagne. On ne connaît pas le nombre exact des victimes, mais on estime que la famine qui a fait suite au blocus a causé la mort de 200.000 personnes au Liban et de 300.000 en Syrie.

Ca va, pour le moment la tentative de renversement d’Assad n’a encore fait que 60.000 morts.

Syrie, Empire ottoman

Empire ottoman

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11/01/2013

Les guerres humanitaires ne datent pas d'hier.

En 1798, l’Egypte est une province de l’Empire ottoman. En pratique, elle est aux mains des Mamelouks (des anciens esclaves affranchis qui ont pris le pouvoir), qui dirigent à la place du sultan et oppriment le pays. La jeune France révolutionnaire, généreuse à souhait, décide d’organiser une expédition militaire pour délivrer le peuple égyptien du joug de ses tyrans et lui apporter les idées des Lumières.

On voit donc que la guerre humanitaire au Proche-Orient ne date pas d’hier.

Cependant, quand on y regarde d’un peu plus près, on se rend compte que la réalité est légèrement différente. D’abord, il y a eu une certaine pression des commerçants français installés en Egypte, qui se plaignent des tracasseries administratives imposées par les Mamelouks. Le commerce et l’argent primant sur tout, l’idée de conquérir l’Egypte était dans l’air. Mais il s’agissait surtout d’affaiblir la Grande-Bretagne (qu’on n’osait pas attaquer de front) et de lui enlever une de ses colonies tout en l’affaiblissant en lui coupant la route des indes.

On envoie donc un jeune général (un peu trop remuant) pour « délivrer » de ses tyrans  la terre des Pharaons. Ce général s’appelle Bonaparte. Celui-ci, qui voulait ressembler à César et à Alexandre le Grand, accepte avec joie cette mission. Il remporte la Victoire des Pyramides. Malheureusement, Nelson, qui avec son escadre cherchait la flotte française depuis des semaines, la découvre enfin dans la rade d’Aboukir et la détruit. Voilà donc les soldats français à la fois maîtres et prisonniers des terres d’Egypte. Le futur Napoléon laisse là  ses soldats et revient précipitamment en France tirer les fruits de sa victoire. Bientôt il se proclamera empereur.

 

bataille des pyramides,champollion

Watteau, Bataille des Pyramides, musée de Valenciennes

Tout cela pour dire que les interventions pour des raisons humanitaires ne datent pas d’hier et que ceux qui les dirigent pensent avant tout à leur carrière.

Heureusement, l’expédition d’Egypte eut des conséquences scientifiques bénéfiques puisque Bonaparte avait embarqué avec lui des historiens, des botanistes et des dessinateurs, lesquels se mirent à faire une description détaillée de tout ce qu’ils voyaient (suivant les armées et dessinant parfois alors qu’ils étaient en selle sur leur cheval). Leurs travaux vont donner naissance à l’égyptologie.

Sur le plan militaire, l’opération fut finalement un désastre car coincée en Egypte et privée de son général qui avait regagné la France, l’armée française va devoir affronter les Anglais. Atteints de maladie, les soldats capituleront et négocieront leur rapatriement sur des vaisseaux britanniques. Les Anglais voulurent saisir tous les croquis qui avaient été réalisés par les scientifiques français, mais après de nombreux pourparlers, ces derniers purent les emporter ave ceux, seules les pièces historiques restant en possession des Anglais. Ce fut le cas de la fameuse pierre de Rosette, qui se retrouva au British Museum dès 1802.

Elle est écrite en deux langues (égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures : écriture hiéroglyphique, écriture démotique (une version simplifiée et plus cursive de la précédente, qui s’est répandue à partir de la XXVI° dynastie car le nombre d’écrits à remplir par les scribes devenait très important) et alphabet grec. On espérait bien, en partant du grec, parvenir à déchiffrer enfin ces fameux hiéroglyphes. C’est Jean-François Champollion qui en perça le mystère, comme chacun sait. Il le fit à partir des copies faites lors de la campagne d’Egypte. Du coup, il sauva l’honneur de la France face à cette Angleterre qui venait de l’humilier sur le plan militaire.

 Bataille des Pyramides, Champollion

 Pierre de Rosette

07/09/2012

Pensée

« Celui qui ne se sent pas offensé par l'offense faite à d'autres hommes, celui qui ne ressent pas sur sa joue la brûlure du soufflet appliqué sur une autre joue, quelle qu'en soit la couleur, n'est pas digne du nom d'homme. »

Jose Marti, poète et révolutionnaire cubain, mort à 42 ans lors de la guerre d’indépendance contre les Espagnols.


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21/08/2012

La conquête du Sud (fin)

Des villes tombent, d’autres pas. Malgré les massacres, on ne peut pas parler de victoire. On pense à signer une paix quand survient la mort de Philippe Auguste. Les envoyés du pape savent que son fils ne sera pas opposé à une nouvelle croisade et ils oublient aussitôt leurs désirs de paix. De leur côté, les comtes de Toulouse et de Foix, ainsi que le vicomte de Trencavel (qui veulent éviter de nouveaux massacres et surtout conserver leurs territoires), donnent pourtant des signes de bonne volonté. Ainsi, ils s’engagent à purger leurs territoires de l’hérésie et à restituer les biens « volés » au clergé. En compensation, ils voudraient que les territoires donnés autrefois à Simon de Montfort leur reviennent. Le pape semble d’accord (forcément, il est le grand gagnant), mais Louis VIII, qui n’est pas prêt à renoncer à l’annexion du Sud, parvient à l’influencer et  après le concile de Bourges (en 1225), le comte de Toulouse se retrouve une nouvelle fois excommunié. Louis VIII se met alors à la tête d’une armée et descend vers le Sud en longeant le Rhône. Les villes provençales se soumettent les unes après les autres, sauf Avignon, qui est aussitôt assiégée et qui finit par capituler. Le roi occupe le Languedoc et reprend possession des terres données autrefois à Simon de Montfort.

Un accord politique se dessine. Le comte de Toulouse finit par faire pénitence devant Notre-Dame de Paris (mais en compensation il est confirmé comme comte de Toulouse) et le comte de Foix abandonne la lutte. Le pape envoie alors en Languedoc les tribunaux de l’Inquisition pour lutter contre les Cathares.

Il confie cette tâche aux Dominicains, lesquels font bientôt régner la terreur. On favorise les dénonciations et on brûle tous les Cathares que l’on trouve. L’Eglise ne pardonne jamais à ceux qui ne pensent pas comme elle et qui risqueraient de mettre son autorité en doute. Certaine de détenir la vérité en matière de foi, elle trouve logique de sauvegarder la Royaume de Dieu sur terre par tous les moyens.

La répression est telle, que le Languedoc finit par se soulever. Le comte de Toulouse, appuyé par Trencavel, par le vicomte de Narbonne et par le comte de Foix, s'emparent du Minervois, d’Albi et de Narbonne. Les Français, eux, tiennent Carcassonne et Béziers. Louis IX (Saint Louis) marche sur le Languedoc. Tout le monde lui fait allégeance, laissant le comte de Toulouse absolument seul. Celui-ci n’a plus d’autre solution que de faire acte de soumission.

La résistance cathare se concentre alors sur quelques châteaux pyrénéens, dont Montségur et Quéribus. Après un siège  de dix mois, la forteresse de Montségur tombe. Deux cents Cathares sont aussitôt brûlés.

Les derniers Cathares se réfugient dans le château de Quéribus. Le comble, c’est que le château est acheté par Louis IX au roi d’Aragon. On ne peut décemment laisser des hérétiques occuper un château du roi de France ! Le problème, c’est que ce château, dressé sur son piton rocheux, face à l’abîme, est quasi imprenable... Alors on négocie et après quelques années les derniers Cathares se rendent. On ignore le sort qui leur a été réservé.

L’Inquisition, quant à elle, continuera son œuvre pendant trois quarts de siècle, afin d’extirper complètement les racines du catharisme.

Le Languedoc, qui jusque là était dans la sphère culturelle et politique de l’Aragon et de la Catalogne, bascule définitivement du côté français. Une nouvelle frontière est née et les châteaux de Montségur, Peyrepertuse et Quéribus, qui défendaient au départ les frontières septentrionales de l’Aragon, défendent maintenant les frontières méridionales du royaume de France. Il faudra attendre le traité des Pyrénées, sous Louis XIV (qui fixera définitivement les limites entre la France et l’Espagne) pour qu’ils perdent toute importance stratégique.

Ayant perdu le Languedoc et n’ayant aucune chance de le reconquérir, l’Aragon va alors se tourner vers le Sud et dans le cadre de la Reconquista contre les Musulmans d’Espagne, il va annexer le royaume de Valence (Valencia)

 Château de Quéribus, photos personnelles, juillet 2012

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20/08/2012

La conquête du Sud

La sauvagerie du sac de Béziers avait eu pour but d’effrayer la population languedocienne, dans l’espoir qu’elle renonçât à toute résistance. Qu’arriva-t-il après cette destruction de Béziers ?  Les croisés n’allaient pas attaquer le Comte de Toulouse, puisque celui-ci avait habilement rejoint leur camp. Ils n’allaient pas non plus attaquer le roi d’Aragon, qui était trop puissant (et sur les terres duquel le catharisme était peu répandu). Alors ils se tournèrent vers Carcassonne, la cité de Raimond Trencavel.

Celle-ci semble imprenable, avec ses kilomètres de remparts et ses nombreuses tours. Pourtant, il aura suffi de s’emparer des points d’eau pour la faire capituler (il faut dire que la ville était surpeuplée, avec tous les habitants de la région qui s’y étaient réfugiés). Trencavel, invité à négocier la reddition, se rendit dans le camp ennemi, un drapeau blanc à la main, mais il fut aussitôt arrêté et il mourut mystérieusement dans sa prison quelques semaines plus tard. Il n’avait que 24 ans. Curieux. Dieu semble décidément savoir où sont ses intérêts. Bref, à la place du jeune Trencavel, on nomma Simon de Montfort, qui eut pour mission de purger la région de toute hérésie et de la soumettre.

Tous les princes croisés étant rentrés chez eux dans le Nord, celui-ci se retrouve tout seul, avec une troupe de cinq cents soldats. C’est bien peu. Alors il règne par la terreur. Les seigneurs occitans qui violent leur serment de soumission sont traînés par des chevaux ou pendus. D’autres encore sont rendus aveugles ou se retrouvent sans nez.

C’est à ce moment que les habitants de Narbonne proposent leur aide contre la ville de Minerve. Simon de Montfort profite de ces dissensions entre Occitans pour assiéger la ville. Grâce à un énorme trébuchet, il parvient à détruire le chemin couvert qui permet le ravitaillement en eau. Minerve se rend et cent quarante hérétiques qui refusent de renier leur foi sont brûlés vifs. Devant cet exemple, d’autres villes capitulent.

De son côté, le roi d’Aragon n’apprécie pas trop les troubles qui se déroulent sur ses terres du Languedoc (les seigneurs occitans sont ses vassaux et lui leur suzerain). Il tente de calmer le jeu, d’une part en reconnaissant les possessions de Simon de Montfort et d’autre part en demandant au comte de Toulouse de démilitariser ses états. Ce dernier refuse. Il est aussitôt excommunié, ce qui a pour conséquence qu’il va lever une armée et que d’allié des croisés il se retrouve leur ennemi. De petits seigneurs occitans le rejoignent et parmi eux Aimery de Montréal, qui s’enferme à Lavaur. Simon de Montfort fait le siège de la citadelle, aidé par l’évêque de Toulouse, qui le rejoint avec 5.000 soldats, La ville est bientôt prise, grâce à une mine qui permet d’ouvrir une brèche dans les remparts. Aimery de Montréal et ses chevaliers sont immédiatement pendus pour trahison, tandis que sa sœur, Dame Guiraude, est livrée à la soldatesque avant d’être précipitée vivante au fond d’un puits :

Estiers dama Girauda qu’an en un potz gitat : de peiras la cubriron , don fo dols e pecatz, que ja nulhs hom del segle, so sapchatz de vertatz no partira de leis entro agues manjat »

(« Quant à dame Giraude,dans un puits on l’a jetée et couverte de pierres ; ce fut bien grand péché car quiconque vers elle se tournait recevait du secours et du pain à manger).

Quant aux habitants, on en brûle entre trois à quatre cents. La terreur règne dans tout le Languedoc.

Abrégeons et retenons qu’après avoir fait le siège de plusieurs villes et avoir semé la désolation, Simon de Montfort se retrouve devant Toulouse. C’est là qu’il mourra, frappé par un jet de pierre provenant des murailles. Il faut croire que même Dieu était lassé de ses méfaits.  

 

Son fils prend la relève, mais il n’a pas l’autorité de son père et tous les barons languedociens en profitent pour se rallier au comte de Toulouse. Tout est à recommencer ! Le pape prêche une nouvelle croisade, au début de l’année 1218. Le roi Philippe Auguste  décide d’envoyer son fils Louis (futur Louis VIII) pour intervenir en Languedoc. Celui-ci tente surtout d’imposer dans le Sud l’autorité du Roi et dans le fond il se moque bien des motifs religieux.

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11/08/2012

Le Sud

Ils sont arrivés, nombreux, avec leurs chevaux et tout leur équipage.

Ils sont arrivés et se sont installés.

Combien étaient–ils ? On ne sait pas trop. Certains parlent de vingt mille hommes. Vingt mille hommes, c’est énorme !

En tout cas ils étaient là, avec leurs destriers, leurs armures et leurs machines de guerre.  Ils étaient là, campant sur les rives de l’Orb.  Il y avait des nobles, des chevaliers, mais surtout beaucoup de brigands, tous appâtés à l’idée de s’emparer des belles terres du Sud. Il y avait des prêtres, aussi, venus répandre la  Bonne Nouvelle.

Ils étaient là, campant devant Béziers  et observant.

Puis ils ont exigé qu’on leur livrât les infidèles les plus notoires.

De Béziers, du haut des remparts, on a répondu qu’ il n’y avait ici que de vrais chrétiens et qu’il était vain de savoir si, parmi ceux-ci, il y en avait de bons et de moins bons. On ajouta que tous suivaient l’enseignement du Christ et surtout que tous étaient de Béziers. Jamais un Biterrois n’allait en livrer un autre.  

Alors, Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux, qui commandait la croisade comme légat du pape,  donna l’ordre aux soldats de rentrer dans la ville. Ce qu’ils firent aussitôt, pillant, tuant, violant, brûlant, saccageant tout. On dit que toute la population fut massacrée. Toute la population, c’est terrible !

On dit aussi que les soldats,  un peu embarrassés quand même avant de se ruer sur la ville, avaient demandé à l’abbé comment ils allaient reconnaître les catholiques des hérétiques. Et Amaury  aurait répondu « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » (1) On ne sait pas si la phrase est authentique ou si elle a été inventée. Cela n’a d’ailleurs aucune importance. Ce qui est sûr, c’est que ce fut un massacre épouvantable qui se perpétra ce jour-là.  

On était le 22 juillet 1209.      

La croisade contre l’hérésie cathare venait de commencer.

 

(1)    Le texte de Césaire d'Heisterbach dit «  Cædite eos. Novit enim Dominus qui sunt eius. »


Littérature

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21/05/2009

Protestantisme

Le 21 mai 1536, Genève adopte la réforme et va bientôt devenir le siège européen du calvinisme. Calvin (ou Cauvin) était né en 1509 dans une famille de la petite bourgeoisie picarde. Il latinise son nom en Calvinus et montre très vite un grand intérêt pour les idées de Luther. Il publie en latin d'abord puis en français « L'Institution de la religion chrétienne », livre dans lequel on retrouve les thèses protestantes classiques : chacun est seul devant Dieu et si clergé il doit y avoir, celui-ci doit être vu comme une délégation des fidèles pour les aider dans leur recherche de Dieu et non comme une autorité qui impose sa vision de manière hiérarchique.

Jusque là, sa théorie est séduisante et si j'étais croyant, je la préférerais à la version catholique. Le problème, c'est qu'il me semble aller trop loin lorsqu'il introduit son concept de prédestination. Partant de l'idée que Dieu est amour, il affirme que le salut (la vie éternelle si on veut) est accordé gratuitement aux hommes malgré le fait que ceux-ci sont finalement bien imparfaits. C'est donc un cadeau que Dieu leur fait car dans le fond aucun être humain ne mérite vraiment ce salut si on analyse en profondeur les actes accomplis. Il faut donc s'en remettre à la volonté divine, qui distribue ses faveurs arbitrairement. A la limite, quelle que soit l'attitude adoptée pendant sa vie, l'individu sera récompensé ou non selon le bon vouloir de Dieu. Manifestement Calvin ne se sert pas de la religion pour asseoir l'autorité d'une morale. Sa démarche est plutôt du type mystique : on s'abandonne complètement aux volontés célestes et les actions que l'on pourrait poser volontairement n'interviennent en rien dans la décision finale.

Petit à petit, c'est une véritable théocratie qui dirige la ville de Genève, tant le parti de Calvin a pris de l'importance. Appelée la « Rome protestante », la ville attire des réfugiés de toute l'Europe.

Religion austère (sans luxe ni ornements), le calvinisme proscrit la musique et le théâtre (on se croirait en présence de Platon, que nous avons évoqué l'autre jour et qui méprisait les arts). Les idées développées sont parfois archaïques pour l'époque (la terre est au centre de l'univers, les femmes sont comme des objets pour l'homme...). Ne tolérant aucun esprit critique, Calvin ira jusqu'à faire brûler Michel Servet (dont nous avons déjà parlé : ce fut un des premiers à se poser des questions sur le rôle réel de Vespucci dans la découverte des Amériques. Cet homme possédait manifestement un esprit critique très affûté et par-là il dérangeait forcément). 

Il faudra attendre l'invasion française de 1798 pour que les catholiques reviennent à Genève, où on dit qu'ils sont aujourd'hui majoritaires. Les ami(e)s suisses qui nous lisent peuvent apporter des précisions sur ce dernier point, elles seront les bienvenues.

Notons que le protestantisme, qui avait, à ses débuts avec Luther, ouvert des pistes de réflexions intéressantes, devient fort rigide avec Calvin. Et si, pour les catholiques de l'époque, il suffisait d'être riches pour acheter son entrée dans le paradis (cf. l'affaire de la vente des indulgences lors de la construction de St Pierre à Rome), l'idée de Calvin comme quoi la vie éternelle est accordée à certains individus seulement par une sorte de faveur divine arbitraire, est tout aussi décourageante et injuste. Tout cela laisse quand même perplexe sur le rôle intrinsèque des religions. Non seulement elles apparaissent comme un moyen facile de rassurer l'individu qui se pose des questions sur le pourquoi de la mort (car cela reste un vrai scandale que l'on puisse être et demain n'être plus), mais en plus, alors qu'elles devraient justement apporter la sérénité (d'une manière naïve et simpliste peut-être, mais qui devrait être efficace) elles finissent toujours par replonger cet individu dans la culpabilité (le péché originel) ou le désespoir (la prédétermination calviniste). On veut encore bien que certains aient recours à des moyens peu rationnels, pour autant au moins que cela les aide à vivre, mais si en plus c'est pour se retrouver tout aussi malheureux, on ne voit pas bien l'intérêt. Sans parler des conflits inter religieux.  

Car on le sait, de l'intransigeance réciproque entre Catholiques et Protestants, naîtront les guerres de religion, avec des massacres comme la St Barthélemy (et même plus tard, après la révocation de l'Edit de Nantes sous Louis XIV, les dragonnades dans les Cévennes). Seul un homme comme Montaigne, qui avait  tout misé sur l'humanisme, parviendra à rester en retrait et à conserver un esprit critique dans cette époque finalement fort troublée qu'était la Renaissance. Ce n'est pas pour rien qu'il demande de ne pas tout simplifier en réduisant chaque problème à une opposition binaire. Plutôt que de choisir un camp, il prône lui le scepticisme. Doutant de tout, au moins ne tombe-t-il pas dans le fanatisme.

Tous ces problèmes de nature religieuse nous semblent loin aujourd'hui et pourtant... Il suffit de voir les réactions (d'un côté comme dans l'autre, je le dis tout de suite) au sujet du port du voile à l'école pour se rendre compte que rien n'est résolu. Chacun croit détenir « La » vérité et veut l'afficher « ostensiblement », ce qui entraîne des réactions par ailleurs justifiées mais tout aussi intransigeantes. Est-ce donc une nécessité de toujours penser sur un mode binaire, entre bons et mauvais, entre riches et pauvres, entre Orient et Occident, entre hommes et femmes ? Notre mode de fonctionnement mental est-il si réduit que nous ne puissions dépasser le stade de l'opposition de deux concepts ? Il semblerait bien que oui. Alors il nous restera la poésie comme échappatoire possible. Dans le flou dont elle enveloppe tout, elle parviendra peut-être à nous offrir une autre lecture du monde, une lecture qui soit positive, même si elle est souvent désespérée.

 

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12/05/2009

11 mai 330: naissance de Constantinople

L'empereur Constantin avait décidé de bâtir une nouvelle ville, qu'il appela «Nouvelle Rome». Le 11 mai 330, cette cité devient officiellement la capitale de l'Empire, ce qui n'est pas rien. Cela fait un peu penser à la construction de St Petersbourg par le Tsar Pierre le Grand, cité qui, elle aussi, a été créée à partir d'une décision politique. Et comme St Pétersbourg, qui deviendra plus tard Leningrad, la « Nouvelle Rome » antique prendra elle aussi le nom d'un chef d'état, en l'occurrence celui de l'empereur qui l'a fondée. C'est en effet sous le nom de Constantinople que la cité du Bosphore est entrée dans l'Histoire.

 Mais pourquoi créer une nouvelle capitale et cela au détriment de la Rome historique ? Tout simplement parce que l'Empire s'est tellement étendu qu'il est devenu ingouvernable. Le fait d'avoir une capitale avec une position plus centrale est appréciable. De plus, Rome a déjà montré sa vulnérabilité face aux invasions germaniques, qui se font de plus en plus pressantes. Située en plaine, elle n'offre aucune défense naturelle, ce qui risque de lui être fatal. D'ailleurs, un peu avant, l'Empereur Dioclétien avait déjà déplacé le siège du gouvernement dans quatre villes : Milan, Nicomédie (sur la mer de Marmara), Sirmium (en Serbie) et Trèves (Allemagne), dans l'espoir de mieux défendre les frontières menacées. Constantin, lui, avait d'abord fait de Nicomédie son unique capitale. Puis il s'est dit qu'il lui falalit une ville facile à défendre. Il choisit alors la vieille ville de Byzance, qui avait été fondée 1000 ans plus tôt par des colons venus de Mégare (Grèce) et qui se situait de part et d'autre du détroit qui sépare l'Europe de l'Asie. Construite sur un promontoire, elle était donc facile à défendre. De plus elle permet de surveiller le Bosphore, ce chenal qui relie le Pont-Euxin (la mer Noire) à la  Propontide (Προποντίς", "-ίδος") aujourd'hui appelée mer de Marmara (laquelle débouche sur la mer Egée par l'Hellespont (autrement dit le détroit des Dardanelles)

Commandant le passage entre l'Europe et l'Asie, située près de la Grèce, autrement dit près du berceau de la civilisation, la nouvelle capitale de l'Empire est  également proche des frontières du Danube et de l'Euphrate. Il est donc plus facile d'organiser des expéditions militaires pour contenir les Goths et les Perses. Il paraît que le périmètre de la ville a symboliquement été délimité par un sillon tracé à l'aide d'une charrue (histoire de rappeler la légende de Romulus et Remus). La ville est forcément moderne puisqu'elle est nouvelle. Elle possède des magasins, des aqueducs, l'eau courante et le tout-à-l'égout. Très vite, on ne bâtira que des édifices religieux chrétiens. La première basilique de la Sagesse sacrée (Ste Sophie, Aγία Σοφία ) a d'ailleurs été voulue par Constantin.

 La ville s'agrandit très vite et elle devient la capitale  de l'empire romain d'Orient. Elle compte un million d'habitants sous le règne de l'empereur Justinien.  Le Patriarche de Constantinople devient le deuxième personnage de l'Eglise. Petit à petit, la cité abandonnera ses références latines et deviendra exclusivement grecque. On parlera alors d'Empire byzantin (cf. l'origine grecque de la ville), lequel survivra à l'Empire d'Occident pendant presque 1000 ans, ce qui n'est quand même pas rien. Comme on sait, la ville ne tombera pas sous les coups des musulmans, mais des chrétiens d'Occident. En effet, l'avidité des capitalistes vénitiens était telle qu'ils parvinrent à détourner la quatrième croisade à leur profit. En 1204, la ville fut prise par traîtrise et honteusement pillée (sac de Constantinople). Ce fut le coup de grâce pour la civilisation gréco-romaine et chrétienne orthodoxe d'Orient. Mille ans d'histoire disparurent à ce moment là et même davantage si on considère que cette brillante civilisation était directement issue du génie grec du siècle classique.

C'est l'empire ottoman qui prend le pouvoir (le dernier empereur romain, Constantin XI Paléologue, meurt sur les remparts, les armes à la main) et la ville est alors appelée Istamboul.

Certains linguistes pensent que ce nom d'Istamboul  viendrait de Konstinoupolis», qui aurait donné  Konstantinopol ) puis Stantinopol. Les Turcs ne parvenant pas à prononcer le son « st », ils l'auraient fait précéder d'un « i » (cf. Stéphane qui devient Esteban en espagnol), ce qui aurait donc donné  Istantinopol puis Istantpol, Istanbul.

Une autre version donne Stambul comme nom habituellement employé par les Turcs. Ce ne serait qu'en 1928, avec la réforme de la langue et de l'écriture turques par Atatürk, que la ville se serait définitivement appelée Istamboul.

Notons pour terminer que lors de la fondation de la République de Turquie, en 1923, la capitale fut transférée à Ankara.

 

 

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 Prise de Constantinople par les Croisés

27/02/2009

Sur les ruines de l'Histoire

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Chacun, pour survivre, est obligé d’affirmer la pertinence de ses actes et le bien fondé de sa pensée. Forcément. On trouve toujours une justification à tout. Si j’ai telle opinion politique plutôt que telle autre, j’aurai mille arguments à avancer pour expliquer que j’ai raison et que ce sont les autres qui se trompent. Même chose pour les actes de la vie quotidienne et même pour la culture. C’est normal. Devant l’infini des possibles qui se présentent à nous, nous faisons des choix, choix qui servent à justifier notre position d’homme libre à nos propres yeux d’abord et aux yeux des autres ensuite.

Malheureusement, nous décidons souvent selon des critères qui nous échappent en grande partie et qui proviennent de l’éducation, du milieu social ou culturel dans lequel nous évoluons, de l’âge, du groupe ethnique, etc. Bref, nous sommes tellement influencés à notre insu dans ce qui préside à nos décisions que notre liberté est somme toute fort limitée, mais ce n’est pas grave car nous n’avons pas pleinement conscience de ce déterminisme (si c’était le cas, nous serions désespérés en permanence devant notre impuissance à formuler un raisonnement vraiment original). Non, ce qui compte, c’est que nous croyions vraiment à notre liberté et à notre capacité de prendre des décisions en toute indépendance. C’est nécessaire pour notre moral et notre santé mentale. La nature nous a ainsi programmés.

Le problème, c’est que cette propension à croire que ses propres choix sont forcément corrects n’est pas seulement l’apanage de l’individu. Les groupes humains, autrement dit les sociétés, fonctionnent de même. C’est ainsi que chaque peuple est persuadé de détenir « la » vérité et est tout à fait convaincu que sa civilisation est la meilleure. A bien y réfléchir, cette civilisation qui est la nôtre est tout simplement la meilleure à nos yeux d’abord parce que nous n’en connaissons pas forcément d’autres et ensuite parce qu’effectivement elle correspond à ce à quoi nous sommes habitués depuis l’enfance. C’est donc quelque part de bonne foi qu’il nous semble que notre culture dépasse celle des autres peuples : elle est celle qui nous convient le mieux parce que nous avons toujours baigné dedans que nous en sommes imprégnés.

Jusque là, rien de bien grave, on le voit. Les sociétés reproduisent à une grande échelle les convictions bien ancrées qui caractérisaient déjà les individus. Non, le vrai problème commence quand ces peuples décident d’imposer leur vison du monde à leurs voisins. Le motif initial de leurs conquêtes territoriales est rarement le désir d’étendre cette culture qui leur est propre, d’ailleurs. Les visées sont plutôt de nature politique, économique ou militaire. Cependant, une fois qu’on a pris possession de la terre de ses voisins, il faut bien se justifier à ses propres yeux et là la prévalence d’une certaine culture sur une autre vient souvent appuyer et expliquer les visées impérialistes, expansionnistes ou colonialistes.

C’est ainsi donc que les Espagnols débarquèrent en Amérique du Sud et furent à la base de la destruction de la culture indigène. Après tout il ne s’agissait que de sauvages moins évolués et en plus qui ne croyaient pas en Dieu. Pourtant, si les conquérants avaient parlé avec leur cœur, ils se seraient rendu compte que ces gens dits sauvages appartenaient simplement à autre âge historique que le leur. Ils en étaient encore à l’époque des cultivateurs-éleveurs, c’est tout, comme nos propres ancêtres l’avaient été avant nous. Viendrait-il à l’idée de quelqu’un de massacrer un enfant parce qu’il n’a pas atteint la pleine maturité ? C’est pourtant ce que firent les peuples d’Occident en massacrant les Aztèques et autres Incas. La foi catholique servit également de justificatif indirect à ces massacres et à part Las casas, on n’a pas vu beaucoup d’ecclésiastiques s’élever contre cette barbarie qu’on qualifierait aujourd’hui de génocide.

Bon, je ne suis pas ici en train de honnir la culture occidentale à laquelle je suis fier par ailleurs d’appartenir (pour les raisons expliquées ci-dessus), mais on ne peut pas non plus faire comme si tout cela n’avait pas existé. Maintenant je ne me fais aucune illusion. Les autres civilisations ne valent pas mieux de ce point de vue et c’est toujours celui qui est le plus fort qui domine et qui perpétue des massacres. Les Huns, les Vikings et autres Vandales ne se posèrent pas beaucoup de questions quand ils vinrent piller les ruines de l’empire romain, pas plus que Rome ne s’en était posées quand elle conquit les Gaulois, lesquels avaient fait trembler la même ville de Rome quelques siècles plus tôt (voir l’épisode des oies du Capitole en 390 avant JC, tel que le raconte Tite-Live). Les Arabes envahirent l’Espagne, les Turcs firent le siège de Vienne (1529), les Russes repoussèrent les frontières de la Pologne en 1945 après l’avoir en partie annexée quelques années plus tôt et l’OTAN bombarda bien Belgrade dans un conflit qu’il faut bien qualifier d’expansionniste (voir la position de l’écrivain allemand Peter Handke sur le sujet) et ne parlons pas de l’Irak et du pillage des musées de Bagdad, les faits étant trop récents pour que nous puissions les avoir oubliés.

Bref, l’histoire de l’humanité (celle qu’on apprenait autrefois dans les salles de classe en la présentant sous son meilleur jour et qu’on n’apprend plus du tout aujourd’hui, ce qui simplifie bien les choses) n’est faite que de sang versé et de conquêtes justifiées.

Le bon droit (ou ce que l’on a appelé tel) l’ayant emporté, il nous semble normal à nous qu’on s’exprime en espagnol (et en portugais ) en Amérique du Sud et qu’on parle anglais plus au Nord. Ce serait oublier les peuples qui vivaient là autrefois et qui ont quasiment disparu ( les Indiens d’Amérique du Nord) ou dont la culture survit de manière sous-jacente (Indiens quechuas, etc.). Ces peuples pourtant avaient aussi une civilisation à laquelle ils croyaient pour les mêmes motifs que nous croyons à la nôtre. A l’heure où certains se permettent de douter du massacre juif durant la dernière guerre, il est peut-être bon de rappeler que la terre entière n’est qu’un immense charnier et que ce ne sont pas les génocides qui ont manqué (Arméniens, Amérindiens, Rwandais, etc.)

Que dire en contemplant ces ruines imposantes des Andes ou du Mexique ? Que dire ? Rien, se taire tout simplement et ne pas oublier que l’homme est un loup pour l’homme. Je n’ai pas visité ces monuments d’Amérique, mais je me suis promené autrefois dans l’ossuaire de Douaumont, qui rassemble tous les ossements des soldats tombés à Verdun. Que dire devant autant d’horreur ? Quel est le sens de toutes ces jeunes vies détruites ? Aucun évidemment. Encore qu’ici les cultures française et allemande ont survécu. Ce n’est encore qu’un moindre mal, si on peut dire. Mais ailleurs, quand il ne reste plus d’une culture que des ruines de pierres ? Que faudrait-il dire ? Quels mots pourraient exprimer la tristesse devant ce qui fut et qui a disparu ? Quel est le sens de l’Histoire, si elle n’est qu’une accumulation de souffrances et de massacres ?

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17/02/2009

Giordano Bruno

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Le 17 février 1600, le philosophe Giordano Bruno est brûlé vif à Rome, après avoir passé huit ans dans les geôles de l'Inquisition. Avant son exécution, ses bourreaux lui arrachent la langue, afin qu’il ne prononce plus des «paroles affreuses».

Né en 1548 près de Naples, Filippo Bruno est issu d’une lignée de gentilshommes aux revenus modestes. A l’école, il étudie les auteurs classiques ainsi que la langue et la grammaire latines. On le retrouve à 14 ans en train de suivre des cours à l'université publique de Naples. Il se passionne pour la mnémotechnique (art de la mémoire) et discute beaucoup de philosophie. A dix-sept ans, il rentre chez les Frères prêcheurs de San Domenico Maggiare, sans doute à cause de la réputation intellectuelle de cette institution dominicaine, peut-être aussi pour échapper à la misère, car les disettes et les épidémies sont fréquentes. Et puis à cette époque comment s’instruire et devenir un intellectuel sans passer par le clergé ? Il adopte le prénom de Giordano en hommage à un de ses maîtres en métaphysique (Giordano Crispo), ce qui laisse tout de même supposer qu’il n’était pas hermétique à cette discipline. D’ailleurs on le retrouve prêtre en 1573 puis lecteur en théologie en 1575 (thèse sur Thomas d'Aquin et Pierre Lombard).

Sa curiosité intellectuelle le pousse dans toutes les directions. Il lit Erasme, alors que celui-ci est déjà considéré comme hérétique, adore l’hermétisme et la magie et commence à s’intéresser sérieusement à la cosmologie, mais en dehors de toute considération théologique. Bientôt, il s’oppose à sa hiérarchie sur le dogme de la Trinité.

J’avoue qu’il y a là une subtilité que je n’ai jamais comprise non plus : ces trois dieux qui n’en sont qu’un relève d’une conception étrange. En fait Dieu est dit unique dans l’Ancien Testament, mais voici qu’arrive le Christ, qui se dit fils de Dieu, puis il y a aussi l’épisode de la Pentecôte, avec l’Esprit saint. L’Eglise devait donc concilier tous ces aspects si elle voulait promouvoir une religion monothéiste. Dieu a donc été déclaré le père et Jésus le fils, mais ne procédant pas du premier (étant éternel comme lui). Etrange. On a décrété que sa spécialité était le Verbe (parce que Jésus enseignait par des paraboles ?) tandis que l’Esprit se voyait attribué un rôle d’intercesseur ou d’intermédiaire. Trois missions, trois rôles, pour une divinité unique, on avouera que c’est assez compliqué et c’est finalement ce qu’a dit un jour G. Bruno, qui préférait s’appuyer sur son intelligence plutôt que sur le dogme catholique. Du coup, une instruction est aussitôt menée contre lui afin de le déclarer hérétique. En homme habile, Bruno prend les devants et renonce à son habit de Dominicain.

Malheureusement, cet épisode le conduit à une vie aventureuse et misérable. Au début, il parvient à rester en Italie, change tout le temps de domicile et survit en donnant des leçons de grammaire. On le retrouve à Genève où il espère enfin trouver la paix dans la patrie de Calvin. Malheureusement, là aussi, il entre en conflit avec la hiérarchie protestante (il conteste la compétence d’un des membres de cette hiérarchie). Le voilà donc de nouveau exclu, alors il repart, à Lyon d’abord, puis à Toulouse, où il enseigne la physique et les mathématiques. Un ouvrage sur la mnémotechnique (« Clavis Magna ») le fait connaître du roi Henri III (celui qui est resté célèbre par ses « Mignons »), qui devient son protecteur. Voilà donc Bruno à Paris et sa réputation n’arrête pas de croître. Philosophe officiel de la Cour, il enseigne au Collège des lecteurs royaux (futur Collège de France) et développe sa pensée. C’est l’époque où les tensions religieuses sont à leur comble entre Catholiques et Protestants, mais notre philosophe, sagement, renvoie dos à dos les extrémistes des deux camps.

En 1582, il écrit une comédie satirique « Le Chandelier », puis se rend en Angleterre, où ses idées suscitent beaucoup de controverses. Il répond à ses détracteurs par des livres : La cène des cendres, La cause, le principe et l'un, De l'infini, l'univers et les mondes. Dans ces ouvrages, il expose non seulement la version de Copernic mais il va même plus loin, en admettant un univers infini et peuplé par d’autres êtres vivants. On se doute qu’une telle conception ne pouvait pas plaire à l’Eglise, qui s’en tenait à la conception d’un univers fait par Dieu pour l’homme, ce dernier y occupant la place centrale.

Bon, à côté de ces traits de génie, il dit aussi quelques âneries, comme cette idée que la matière est animée et que c’est volontairement qu’une planète s’expose au soleil.

En 1585, il publie L'expulsion de la bête triomphante ouvrage dans lequel il oppose l’humanisme aux conceptions protestantes et catholiques. Puis, dans La cabale du cheval de Pégase il s’en prend à Aristote, qui apparaissait à l’époque comme la sommité la plus accomplie. Enfin, dans Les fureurs héroïques il précise que l’univers n’a pas de centre, conception qui n’a pu que choquer les théologiens car si la terre n’est plus le centre du monde, l’homme non plus. Fruit du hasard et non plus produit de la volonté divine, son existence est arbitraire. Scandale, évidemment, devant de tels propos !

De retour en France, les ennuis commencent. Le roi ne se risque pas trop à prendre position (on est en pleine querelle religieuse entre Catholiques et Protestants, il ne va pas, en plus, soutenir un hérétique). Nous le retrouvons donc en Allemagne, mais il est bientôt excommunié par les Luthériens. Il repart en exil une nouvelle fois, mais il continue à écrire: De immenso, De monade, De minimo (sur l’infiniment petit). Il revient en Italie (à Venise), espérant obtenir une chaire de mathématique à l'université de Padoue. L’homme qui l’avait aidé dans son retour (un certain Mocenigo) est vexé qu’il ne veuille pas lui apprendre la mnémotechnique et il finit par le dénoncer à l'Inquisition.

Les chefs d’accusation ne manquent pas :

- rejet de la transsubstantiation et de la trinité, blasphème contre le Christ, négation de la virginité de Marie
- pratique de l'art divinatoire
- croyance en la métempsycose
- vision cosmologique erronée

Le procès va durer sept ans et il subira la torture. Il lui arrivera de se rétracter, mais se sera pour se reprendre aussitôt. « Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter» dira-t-il. Il est donc condamné au bûcher, il n’y a pas d’autre alternative pour le tribunal de l’Inquisition, qui risquait à la longue de perdre la face devant ce raisonneur obstiné. On dit qu’à l’annonce de sa sentence il se serait écrié : « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter ». Il est exécuté le 17 février 1600, sur un bûcher installé sur le Campo Dei Fiori à Rome.

Citation : « (...) Si j'erre, c'est contre mon gré. Quand je parle et quand j'écris, je ne dispute point par amour de la victoire (car j'estime ennemies de Dieu, des plus viles et des plus ignobles, toutes réputation et victoire dénuées de vérité). Mais c'est par amour fervent de la sagesse et de l'observation vraies que je m'épuise, m'inquiète et me tourmente (...)»
G. Bruno

Point de vue du Vatican :

« La condamnation pour hérésie de Bruno, indépendamment du jugement qu'on veuille porter sur la peine capitale qui lui fut imposée, se présente comme pleinement motivée.»

Le 3 février 2000, le cardinal Poupard, par ailleurs docteur honoris causa des universités de Louvain, Aix-en-Provence, Fu Jen, Quito, Santiago du Chili et Puebla de los Angeles et responsable au Vatican du "Pontificam consilium cultura" (qui réhabilita Jan Hus et Galilée) confirma que Bruno ne serait pas réhabilité. Il déplora tout de même qu’on ait employé contre lui l'usage de la force. Autres temps, autres mœurs.



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02/02/2009

Chandeleur

Le deux février, autrement dit quarante jours après Noël, c’est la fête de la Chandeleur. Ce terme trouve son étymon dans le mot «chandelle» et fait référence à la «Festa Candelarum » (fête des chandelles) des Romains, cérémonie lors de laquelle on allumait des cierges à minuit en symbole de purification.

En fait, cette « Festa Candelarum » se fêtait le 15 février en l’honneur de Faunus, dieu de la fécondité et protecteur des troupeaux. Comme il les protégeait notamment des loups, on lui a donné le nom de Lupercus (d’après lupus, lupi, le loup) d’où le terme Lupercales pour désigner cette fête. Ce qui est amusant, c’est que le hurlement du loup finit par être une des caractéristiques de ce Lupercus, qui est vu comme un dieu prophétique dont la voix retentit la nuit pour prononcer des oracles.

Comme il émettait des sons terrifiants, on l’a représenté sous la forme d’un monstre aux jambes et aux cornes de chèvre, ce qui a facilité son assimilation au dieu Pan et comme celui-ci était habituellement entouré de satyres dans la mythologie grecque, on a imaginé de nombreux faunes courant autour de Faunus-Lupercus.

Mais revenons un instant aux Lupercales. Elles sont célébrées comme je l’ai dit le 15 février dans la grotte située au pied du mont Palatin (et appelée elle aussi le Lupercal). C’est dans cette grotte que selon la légende Romulus et Remus avaient été allaités par une louve. Le début de l’année étant le 1 mars à Rome, la deuxième moitié de février correspondait donc à la fin de l’année précédente (un peu comme Noël chez nous, qui correspond en fait au solstice d’hiver, autrement dit au moment où les jours commencent à rallonger de nouveau). Fête de purification, les Lupercales annoncent donc le printemps et le renouveau de la vie. Les douze luperques (les prêtres de Faunus-Luperque) sacrifiaient un bouc à leur dieu. Ensuite ils faisaient une incision au front à des jeunes gens qui étaient vêtus uniquement d'un pagne en peau de bouc. Le sang était essuyé avec de la laine de mouton (symbole des troupeaux à protéger) trempée dans du lait (idée des agneaux à naître). A ce moment, les jeunes gens devaient rire aux éclats (le bruit marquant souvent une rupture dans les célébrations. Voir notre carnaval où il s’agit de faire le plus de bruit possible). Ensuite, toujours vêtus de leur pagne en peau de bouc (la quasi-nudité comme l’image du bouc renvoient à un symbole de fertilité) ils couraient dans toute la ville de Rome en tenant en main une sorte de fouet fabriqué à partir de la peau d’un bouc. Avec celui-ci, ils frappaient les femmes qu’ils rencontraient et qui souhaitaient avoir un enfant dans l’année. La fertilité légendaire du bouc associée à la nudité des jeunes gens correspond bien dans l’imaginaire collectif à l’idée d’un renouveau de la vie (cf. aussi la symbolique du printemps qui est proche).

Mais pourquoi frapper les femmes avec un fouet ? Cela nous semble assez barbare comme coutume mais sans doute faut-il voir dans le fait de les toucher une sorte d’acte sexuel différé et peut-être que la douleur qu’elles devaient alors ressentir faisait référence à la perte de leur virginité (ou tout simplement à la domination du mâle qui impose aveuglément sa loi) à moins que cela ne soit une préfiguration des douleurs de l’accouchement (vie et mort étant finalement liées dans l’imaginaire, ce que semble dire aussi ce dieu protecteur des troupeaux qui a partie liée avec les loups sanguinaires). Peut-être aussi que la douleur permettait une sorte de purification (mais là, c’est peut-être notre imaginaire judéo-chrétien qui parle). Ce qui est certain, c’est que le thème de la grotte renvoie à la foi à la mort (tombeau, nuit) mais aussi au ventre maternel.

Bon, c’est très bien me direz-vous, mais quel est le rapport entre tout cela et nos crêpes de la Chandeleur ? Patience, j’y arrive.

A côté de ces Lupercales romaines, existait en Gaule celtique une fête de purification en l’honneur de la déesse Brigit ou Brigantia (habilement christianisée par la suite en sainte Brigitte par les premiers évangélisateurs de l’Irlande) qui avait lieu le premier février. Là aussi il s’agissait de mettre la fertilité à l’honneur en prévision du printemps qui approchait. Les paysans parcouraient les champs en procession, munis de flambeaux et priaient la déesse de purifier les terres avant les semailles (voir aussi les Rogations chez nous autrefois). La symbolique est donc la même que celle des Lupercales.

Evidemment, l’Eglise fut assez contrariée par toutes ces manifestations qui sapaient un peu son autorité spirituelle, c’est pourquoi, vers 490, le pape Gélase premier décida d’interdire les fêtes païennes. Il remplaça les Lupercales par la Saint Valentin (patron des amoureux et donc du désir amoureux) et décréta qu’on fêterait ce saint le 14 février (et non le 15, pour bien marquer la différence sans doute). Il associa aussi la « fête des chandelles » avec la présentation de Jésus au temple, telle qu’elle est rapportée dans la Bible. On sait que le 40° jour après sa naissance, le bébé devait être présenté à Dieu par sa mère (voir Luc 2, 21-24). Les anciennes torches qui éclairaient la grotte romaine de Lupercal ainsi que les torches que brandissaient les jeunes gens au pagne de bouc en courant dans la ville de Rome sont remplacées dans les églises par des chandelles bénites. Le symbole en est que la lumière éloigne le mal et rappelle que le Christ est la lumière du monde. Les chrétiens rapportaient ensuite les cierges chez eux afin de protéger leur foyer. On les rallumait en cas d’orage pour protéger la maison. Notons que j’ai encore vu ma grand-mère allumer un cierge bénit lors de violents orages, comme je sais aussi qu’elle obligea ma mère, qui avait pourtant subi une césarienne, à aller à l’église avec son enfant avant que celui-ci n’ait atteint son trentième jour (comme quoi ces vieilles croyances étaient encore bien vivaces il n’y a pas si longtemps).

Bon, voilà donc comment on est passé des flambeaux de Rome aux chandelles chrétiennes. Mais les crêpes alors ? Là, l’explication ne fait pas l’unanimité.

Certains pensent qu’on mettait de côté les grains de blé qu’on allait planter au printemps puis qu’on faisait de la farine avec le reste. C’était donc le moment d’utiliser cette farine en confectionnant un met spécial, en l’occurrence des crêpes. D’autres disent qu’il faut plutôt relier la forme circulaire de la crêpe au disque solaire et donc qu’on mangeait en fait des crêpes pour faire honneur au soleil qui allait revenir avec le printemps.


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12/09/2008

12 septembre

Le 12 septembre 1940, près du village de Montignac, dans le Périgord noir, un chien se faufile dans une crevasse, au-dessus de la Vézère. Il est poursuivi par quatre adolescents, qui découvrent ainsi la grotte de Lascaux. Ils en parlent à leur instituteur, lequel alerte l’abbé Henri Breuil, un grand spécialiste de la préhistoire.

Le site est classé « Monument historique » dès 1940 et fera partie en 1978 de la liste du Patrimoine mondial établie de l'UNESCO.
On sait que le site fut rapidement en danger, suite à la présence des visiteurs (gaz carbonique). En 1963, le ministre des Affaires culturelles André Malraux décide de le fermer, ce qui entraîna la construction d’une copie (Lascaux II) ouverte en 1983.

Ce que j’ignorais, c’est que le site initial est toujours en danger et que ces dernières années de nouveaux champignons ont proliféré. Leur apparition est due à un déséquilibre au niveau de l'aération et à la multiplication des différents traitements utilisés. C’est ainsi que des moisissures (taches noires) sont venues dégrader les peintures et que l'UNESCO envisage de déclarer le site «chef-d'œuvre en péril».
Qualifiée de «Sixtine de la préhistoire», la grotte de Lascaux comporte différentes «salles» qui s'étirent sur 250 mètres de galeries et un dénivelé de 30 mètres. En tout, ce sont plus de mille figures que nos ancêtres nous ont léguées.

Reste à savoir quel but ceux-ci ont poursuivi en réalisant ces peintures. La théorie de «l'art pour l'art» semble peu probable, même si elle s’accorde bien avec notre mentalité contemporaine. S’agit-il d’un rituel lié à la chasse ? Peut-être. Le reflet de pratiques chamanistes ? Sans doute. Il suffit de relire les « Mythologiques « de Lévy-Strauss pour se rendre compte à quel point les peuples primitifs étaient fascinés par les animaux, dont ils se sentaient proches, finalement et dont ils essayaient de récupérer la force à leur profit. Le chamanisme, par des incantations, des gestes déterminés et des paroles rituelles répétées des centaines de fois, conduit l’individu (le « prêtre ») à un état second, lui permettant de rentrer en contact avec les « esprits ». L’usage de drogues est également fréquent et les images entrevues en rêve au cours de ces hallucinations pourraient bien être à l’origine des scènes reproduites sur les parois de Lascaux.

Que représentent, finalement, les animaux de la grotte ? Une sorte de pensée symbolique ? Dans ce cas la représentation animalière serait le moyen trouvé pour incarner la divinité ou en tout cas une approche du sacré qui ne laisse pas indifférent. Cela suppose chez nos ancêtres une réflexion sur leur destinée et sur la mort. Il y a 12.000 ans, l’être humain se demandait donc déjà ce qu’il pouvait bien faire sur cette terre et il tentait d’élargir sa sphère d’action (forcément fort limitée) grâce à la pensée magique, laquelle lui ouvrait un monde étrange et fantastique, un monde de rêves et de cauchemars, un monde d’après la mort ou d’avant la vie, comme on veut.

On peut voir dans une telle démarche (propre à tous les peuples primitifs à un certain moment de leur développement, rappelons-le) l’origine de toutes les religions. Certains y verront la preuve de la véracité de ces dernières, s’appuyant sur le fait que dès ses origines l’homme fut un animal religieux. D’autres au contraire diront que les religions proviennent d’un besoin inhérent à l’homme, un besoin de savoir et de se rassurer. Le fait que nos ancêtres aient développé ce comportement chamanique prouve simplement que celui-ci répondait à un besoin et donc que les religions actuelles, si elles sont plus élaborées, ne sont que l’aboutissement de ce comportement irrationnel. Chacun choisira la thèse qui lui convient.

Les représentations de Lascaux pourraient être aussi liées au mythe de la fécondité ou à d’autres mythes dont nous ne saurons jamais rien, ces populations ne disposant pas de l’écrit et ayant disparu à jamais.

Manifestement, une part de la fascination que nous éprouvons pour Lascaux provient de ce mystère qui l’entoure. Comme les temples antiques nous attirent en partie parce qu’ils sont en ruine (ce qui nous permet d’imaginer les monuments complets et de réfléchir à l’aspect éphémère des cultures qui nous ont devancés, extrapolant du même coup sur le sort de notre propre destinée), ces sites préhistoriques nous fascinent parce qu’ils soulèvent finalement plus de questions qu’ils ne donnent de réponses.

Evidemment, nous nous plaisons à imaginer que c’est dans ces grottes que l’art a pris naissance. Car par delà toutes les approches sacrées ou chamaniques, il n’en reste pas moins vrai que le fait de parvenir à représenter des animaux relève déjà d’une démarche artistique et que cela suppose la maîtrise d’une certaine technique. Bien plus, les scènes représentées prouvent que ces hommes qui nous ont devancés étaient capables d’imagination et que cette imagination répondait à une recherche d’idéal et d'harmonie.

Et puis il y a autre chose qui joue encore dans notre fascination pour ces hommes qui représentent l’enfance de l’humanité. A travers eux, nous désirons comprendre les origines de notre espèce sur le plan culturel, mais aussi finalement notre propre origine. Remonter ainsi l’histoire, n’est-ce pas remonter à sa propre enfance ? Et la grotte, ce lieu clos qui enferme tous les mystères, ne renvoie-t-elle pas à la perfection du ventre de la femme enceinte, cet utérus où chacun de nous, qu’il le veuille ou non, s’ouvrit à la conscience ? Tenter de percer les mystères de Lascaux, c’est tenter de découvrir le secret de la grotte et c’est donc essayer de comprendre le mystère de notre propre création.



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16/05/2008

Al Andalûs

Avec un peu de retard, rappelons que c’est le 15 mai 756 que fut fondé l’émirat de Cordoue, faisant de l'Espagne le premier état musulman indépendant (non soumis à l'autorité directe du calife de Bagdad).

Après la mort de Mahomet (632), les califes Omeyyades règnent à Damas, en Syrie. En 750, eut lieu le massacre du calife régnant et de toute sa famille. Une nouvelle dynastie, les Abbassides, prennent le pouvoir et s’installent à Bagdad.

Un Omeyyade, cependant, avait survécu au massacre : Abd er-Rahman el-Dachil (ou Abd al-Rahman al-Daklil). Celui-ci se réfugie en Espagne, terre qui avait été conquise un demi-siècle plus tôt par les berbères (renversement de la dynastie wisigothe). Il s'empare du pouvoir dans la capitale, Cordoue, où il se fait nommer émir d'al-Andalous (nom arabe de l'Espagne).

Abd er-Rahman 1er

- va doter le pays d'une administration exemplaire.
- va unir l'islam andalou et apaiser les tensions entre les musulmans d'origine arabe et ceux d'origine berbère
- ne parviendra pas à soumettre les régions montagneuses du Nord, qui resteront chrétiennes
- repoussera cependant efficacement les offensives de Charlemagne (voir la Chanson de Roland, qui nous donne le point de vue chrétien).

Rappelons que la domination arabe ne cessera définitivement qu’en 1492 (prise de Grenade).

Le mot Andalousie vient des Vandales, ce peuple conquérant germanique (mais d’origine scandinave) qui après avoir traversé toute la Gaule s’était emparé de l’Espagne. Battus par les Wisigoths, ils s’étaient réfugiés dans le Sud de l’Espagne et de là avaient même conquis l’Afrique du Nord (prise de Carthage en 439. Il exista donc un royaume vandale (aussi appelé royaume de Carthage) de 429 à 533. Celui-ci sera finalement détruit par une arme byzantine.

Les Vandales, lors de leur conquête, avaient bien entendu mis l’Europe à feu et à sang, mais pas plus, finalement, que les autres peuples germaniques. Si on a gardé d’eux un aussi mauvais souvenir, ce serait dû en grande partie au rôle de l’Eglise. En effet, les Vandales s’étaient convertis à l’arianisme (hérésie issue du catholicisme) sous l’influence des Wisigoths. A ce titre, ils ne pouvaient qu’être mal vus par l’Eglise, d’autant plus que saint Augustin est mort pendant le siège qu’ils firent de la ville de Genséric en 430. De plus, après avoir persécutéa les Catholiques, ils s’en prirent aux richesses de l’Eglise et du pape (prise de Rome).

Mais revenons à El Andalûs, qui devint la zone la plus dynamique du monde connu, attirant grand nombre de savants et d'intellectuels occidentaux tandis que son rayonnement dépassait ses frontières. A peine au pouvoir, Abd er-Rahman doit lutter à la fois contre les Berbères et contre les autres chefs arabes. ( n’oublions pas que ce sont les gouverneurs de Barcelone et de Saragosse qui avaient demandé de l’aide à Charlemagne). Il parvient à vaincre tout le monde et à sa mort, la grande mosquée de Cordoue et en partie construite.
Par la suite, l’émirat est si florissant qu’il prendra son indépendance par rapport Bagdad. On dit que Al-Hakam II (962-976) a eu la plus grande bibliothèque de son temps (400.000 volumes) et qu’il a encouragé les arts et les lettres. Il a envoyé des émissaires partout dans le monde à la recherche d’ouvrages rares. C’est par l’intermédiaire de son travail que l’héritage gréco-romain nous parviendra en grande partie.

Durant toute cette période musulmane, les systèmes d’irrigations ont été améliorés, ce qui a permis de développer l’agriculture traditionnelle (céréales, oliviers, vignes) ainsi que la canne à sucre, le figuier le citronnier et le bananier, sans parler du safran. L’Espagne de cette époque produit du minerai et fabrique des armes. Elle s’approvisionne en esclaves au célèbre marché de Verdun (dans la Meuse). Cordoue est à cette époque une des plus grandes villes du monde, avec Bagdad et Constantinople. Une fois les époques de conquêtes passées, les rapports avec les chrétiens et les Juifs sont bons. Ainsi, le médecin de Abd al Rahman III est le Juif séfarade Hasdaï ben Shatprut, philosophe et poète, qui traduit en arabe le « De materia medica » du médecin grec Dioscoride (40-90 après JC), ouvrage manuscrit qui avait été envoyé par l’empereur byzantin.

Tout cela pour dire que cette époque musulmane a été particulièrement riche pour l’Espagne, même si on en parle peu dans les livres d’histoire qui sont enseignés dans les écoles. Si on compare la richesse et le raffinement des édifices arabes de Cordoue ou Grenade avec le côté frustre de nos châteaux moyenâgeux, on devra bien reconnaître que la civilisation la plus poussée à l’époque n’était pas forcément la nôtre.


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27/04/2008

Mémoire

Grand beau temps aujourd’hui, en ce 26 avril, au Royaume de France et de Navarre. C’était l’occasion de faire comme le Candide de Voltaire : cultiver son jardin.
Par contre, il n’en fut pas toujours ainsi et il convient de se souvenir que

Le 26 avril 1937, par un après-midi de marché, la petite ville de Guernica (Pays basque espagnol) fut bombardée pendant trois heures par l'aviation allemande et il y eut plus de 1.600 victimes. Hitler, ne l’oublions pas, était l’allié du général Franco dans la guerre civile d'Espagne. Il avait voulu à la fois terroriser la population civile et en même temps tester les capacités de son armée. Pablo Picasso peindra cette année-là son célèbre tableau, sûrement le plus dramatique de sa carrière.

Le 26 avril 1986, c’est le réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl en URSS qui explose. Discret, le régime soviétique rend difficile l'évaluation des dégâts et les taux de radiation à venir. En France, l'Etat se fait rassurant, en Belgique aussi, comme si le nuage radioactif s’était mystérieusement arrêté aux frontières. La vérité c'est que le bilan est impossible à établir. Comment prouver que des cancers qui apparaissent aujourd’hui remontent bien à l’incident de Tchernobyl ?

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09/01/2008

Etymologie (suite)

Le problème avec Internet, c’est qu’une fois qu’on commence à se documenter sur un sujet, on n’en finit plus de rebondir d’un article à un autre et finalement d’un thème à un autre. Il en va de même avec les articles des blogues. Ainsi, hier nous avons abordé l’origine du mot « Sophie » dans la célèbre « église » de Constantinople. Du coup, j’en suis venu à me demander si d’autres lieux de culte du nom de « Sainte Sophie » avaient comme origine l’étymon grec aγία sοφία et non une des nombreuses martyres chrétiennes.

Il semblerait bien que ce soit le cas.

Ainsi il existe paraît-il une église Ste Sophie à Kiev, qui a reçu ce nom en s’inspirant précisément de l’église de Constantinople. Kiev était un centre important dans la Russie d’alors, et il convenait de montrer une certaine magnificence. Novgorod, qui rivalisait avec Kiev, construisit à son tour une église qui s’appellera elle aussi Ste Sophie. Comme quoi, on passe vite de la sagesse divine aux désirs de grandeur.

Par contre, il a bien existé à Rome une martyre du nom de Sophie. Elle mourut avec ses trois filles, qui portaient les doux prénoms de Pistis (Foi), Elpis (Espérance) et Agapé (Charité). Tout un programme, donc. C’est l’empereur Hadrien qui ordonna leur exécution.

Évidemment, le prénom Sophie provenant par ailleurs lui-même du grec sοφία, la sagesse, une certaine confusion a toujours régné dans les esprits, entre la sainte proprement dite et l’idée de sagesse divine.

Notons encore le cas singulier de la ville de Sofia, en Bulgarie. Cette ville, nous dit notre ami Google, a été fondée par la tribu thrace des Serdes, qui a donné son nom a la ville, Serdica( VIIe siècle av. J.-C.). Ensuite, elle a été appelée Sredets par les slaves, Triaditsa (trinité) par les Byzantins et Sredets par les Bulgares. Le nom actuel de la ville lui fût donné au XIV° siècle d'après la basilique Sainte Sophie (« Sveta Sofia »), laquelle est la plus grande basilique byzantine des Balkans. Le cas est assez singulier et mérite d’être noté. En effet, d’habitude, c’est plutôt la ville qui donne son nom à l’église locale (exemple : Notre-Dame de Paris ; Notre-Dame d’Orcival, Notre-Dame d’Amiens, Notre-Dame de Fourvière, etc.).

Enfin, pour terminer, revenons vers la littérature, qui reste ici notre thème de prédilection. Citons donc "Les malheurs de Sophie" de la Comtesse de Ségur, "Les lettres à Sophie Volland" de Diderot et bien entendu "Le choix de Sophie" de Styron.

17:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Histoire, Ste Sophie, Sofia

07/01/2008

De l'importance de l'étymologie

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Tout le monde connaît de réputation l’église sainte Sophie de Constantinople. On sait que cette mosquée était à l’origine une église chrétienne, les musulmans ayant récupéré l’édifice à leur profit (exactement comme les Espagnols ont, de leur côté, transformé l’ancienne mosquée de Cordoba en cathédrale). Par contre, ce que l’on sait moins (en tout cas, j’avoue que moi je ne le savais pas), c’est que ce nom de Sophie ne renvoie pas à une sainte martyrisée dont les débuts du christianisme ont l’apanage. Non, ici il faut remonter à un étymon grec : aγία sοφία (Haghía Sophía), autrement dit la sainte sagesse (de Dieu). En d’autres termes, l’église avait été dédiée au Christ et c’est pour cette raison qu’elle avait été consacrée un vingt-cinq décembre (en 537, cela commence à dater).

C’est l’empereur Justinien, qui l’avait inaugurée. Il avait souhaité un monument grandiose afin d’asseoir le prestige de sa capitale, Constantinople, la nouvelle Rome (l’ancienne Rome venait de plier sous les coups des barbares : le dernier empereur, Romulus Augustule, ayant été déposé par Odoacre en 476). En voyant la magnificence du bâtiment, il se serait vanté d’avoir fait mieux que Salomon (lequel avait bâti le temple de Jérusalem, celui dont il ne reste que le fameux mur des lamentations).

Notons que Sainte Sophie est construite selon le plan rectangulaire des anciennes basiliques romaines et qu’elle fut en partie construite en récupérant les marbres et les colonnes des temples antiques. Elle est d’ailleurs située, paraît-il, sur l’emplacement d’un ancien temple dédié à Apollon. Comme quoi, ces lieux de cultes ont souvent cette caractéristique de traverser les siècles en s’adaptant sans vergogne aux nouvelles croyances. L’important n’est-il pas de croire, peu importe à quoi, finalement ?

Notons encore qu’un premier édifice avait été construit antérieurement et qu’il avait été commandé par Constantin, un peu après sa conversion au catholicisme. Détruit une première fois lors d’une émeute en 404, lorsque St Jean Chrysostome avait été contraint à l’exil (soit dit en passant, l’adjectif « Chrysostome » vient du grec χρυσόστομος , autrement dit « bouche d’or » car c’était un orateur de talent), il avait été reconstruit pour être de nouveau détruit en 532 lors d’une révolte contre Justinien précisément. Le peuple, irrité de la politique de l’empereur, lequel, pour faire simple, favorisait les riches (les grands marchands et les armateurs) au détriment des pauvres (petits artisans, boutiquiers, dockers, blanchisseurs, artisans, etc.), comme quoi il n’y a rien de nouveau sous le soleil et maître Sarkozy n’a rien inventé. Pour mâter l’émeute, Justinien avait donné l’ordre de massacrer les meneurs de ce que l’on appellerait aujourd’hui le parti populaire. Par malchance, un des dirigeants de l’autre parti fut aussi tué, ce qui amena une coalition de toute la population contre l’empereur. Toute une partie de la ville se retrouva en feu et si Justinien ne prit pas la fuite, c’est uniquement parce que le courage de sa femme fut nettement supérieur au sien. Finalement il mettra en pratique le fameux adage : diviser pour régner, en ramenant de son côté quelques chefs du parti des riches. La révolte finit dans le sang quand il demanda à son général, Bélisaire, de rétablir l’ordre. Aidé par des Germains, celui-ci massacra de 30.000 à 80.000 citoyens qui avaient trouvé refuge dans l’hippodrome. Le sceptre de Justinien était sauvé. Celui-ci pouvait bien rebâtir Sainte Sophie, c’est le moins qu’il pouvait faire, pour remercier Dieu d’avoir été de son côté.

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24/08/2007

Antiquité

Le 24 août 79, Pompéi et Herculanum ont été victimes de l’éruption du Vésuve. Pompéi s’est retrouvée enfouie sous 6 mètres de roches volcaniques et Herculanum sous 16 mètres de boues. Il faudra attendre 1700 ans pour les redécouvrir.
Ce malheur nous a permis de mieux connaître la civilisation romaine. Les habitants ne se doutaient manifestement pas que leur mort servirait à l’histoire de l’humanité.



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15:26 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Pompéi

17/08/2007

Histoire, légende et littérature

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Commémorons, avec quelques jours de retard, la mort de Roland, survenue comme chacun sait à Roncevaux le 15 août 778. Trois siècles plus tard, cet épisode tragique (l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne avait été massacrée par les Basques, lesquels, soit dit en passant, ne faisaient que se venger de la destruction de Pampelune, tout en ruinant les prétentions franques dans la région du grand Sud-Ouest) allait donner lieu à la Chanson de Roland, un de nos premiers grands textes littéraires.
On sait que Charlemagne (qui n’était pas encore empereur puisqu’il n’allait le devenir qu’en l’an 800) était parti assiéger Saragosse (Zaragoza) afin de lutter contre les musulmans et faire progresser la foi chrétienne. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en 777, le gouverneur musulman de Saragosse, le wali Sulayman ibn al-Arabi était allé trouver Charlemagne pour se plaindre de l’émir de Cordoue (Abd er-Rahman 1er), lequel venait de rejeter l'autorité du calife de Bagdad (Al-Mansour) . Or, Charlemagne avait tout intérêt à soutenir le calife dans la mesure où celui-ci avait comme ennemi naturel l'empereur chrétien de Byzance (qui risquait de faire de l’ombre à Charlemagne). En luttant contre l'émir de Cordoue, l’aspirant empereur se faisait bien voir du Calife de Bagdad en qui il espérait sans doute trouver un allié futur. De plus, cette guerre serait l’occasion de s’imposer dans le Sud et de défendre le monde chrétien contre la pression musulmane.

En 778, il traverse donc les Pyrénées et prend Pampelune, Barcelone et Gérone. Mais pendant que l’émir de Cordoue monte à sa rencontre avec son armée, Charlemagne apprend que sa frontière sur le Rhin est menacée par les Saxons. Il lui faut donc remonter au plus vite. D’autant plus que les Chrétiens qui vivaient sous occupation musulmane ne se plaignent pas vraiment de leur sort (ils devaient juste payer une taxe à l’occupant) dans la mesure où les musulmans, minoritaires, les laissaient relativement libres. Difficile, pour Charles, d’apparaître en libérateur dans ces conditions. Il préfère donc faire demi-tour et, après avoir détruit les murs de Pampelune, il repasse les Pyrénées. C’est là que survient l’épisode de Roland, lequel est raconté par le moine Eginhard dans la Vita Caroli Magni.

Il faudra trois siècles pour que cet incident finalement mineur (Roland n’est qu’un obscur préfet de la Marche de Bretagne) devienne la chanson épique que nous connaissons. Ce n’est d’ailleurs que dans ce texte qu’on présente Roland comme le neveu de Charlemagne (voir manuscrit d’Oxford). Eginhard ne dit rien de tel. Nous touchons donc du doigt le génie de la création littéraire qui déforme et amplifie un fait (par ailleurs déjà très ancien) pour en faire une œuvre nationale. Car il est évident que les Chansons de geste, outre leur qualité artistique, répondent à des besoins précis : glorifier les ancêtres afin de poser les bases de la nouvelle société en train de se créer, lui donnant ainsi une sorte de légitimité. Tous les peuples ont agi de la sorte, que ce soit les Grecs (Iliade et Odyssée) ou les peuples nordiques (Veda). Plus tard, ces chansons de geste deviendront ce que nous appelons le roman.

21/06/2007

Quand le vin monte à la tête.

Avec deux jours de retard, il conviendrait de se souvenir du centenaire des incidents de Béziers. Il faut savoir que l’Aude, le Gard, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales survivaient au début du XX° siècle grâce à leur production viticole. Ils alimentaient toute la France en vin bon marché, boisson jugée antiseptique par Pasteur et finalement préférable à une eau peu potable. Après la crise du phylloxéra (1865), les viticulteurs, courageusement, reconstituent leur vignoble avec des ceps algériens. Dans les années 1900, la production devient excédentaire, d’autant plus qu’elle commence à être concurrencée par les vins espagnols, italiens et surtout algériens. Comme la Rome antique, la France devient donc la victime de sa principale colonie, laquelle parvient à vendre à des prix plus intéressants. Pourquoi ? Et bien simplement parce que dans ces vins étrangers, on ajoute du sucre pour élever le taux d’alcool et que le gouvernement français en a accepté le principe. Comme il fallait s’y attendre, avec cette surproduction, les prix chutent d’une manière vertigineuse et beaucoup de paysans français sont ruinés. Les Languedociens se mobilisent donc pour réclamer l'abrogation de la loi de 1903 qui autorisait l’ajout de sucre, mais Clemenceau refuse. On s’organise et un mouvement de contestation prend naissance avec à sa tête un certain Marcelin Albert. 150.000 personnes viennent l’écouter le 12 mai 1907 à Béziers. Il menace le gouvernement de faire la grève de l’impôt si aucun geste n’est fait avant le 10 juin. A la veille de cette date, le 09 juin, Montpellier rassemble 600.000 manifestants. De son côté, Clemenceau envoie 27 régiments (issus de régions éloignées afin d’éviter que les troupes ne prennent parti pour les vignerons), soit 25.000 hommes de troupe et 8.000 cavaliers.

Comme il fallait s’y attendre, la situation dégénère et le 19 juin, à Narbonne, les soldats tirent sur la foule, faisant deux morts. Le lendemain, c’est cinq morts qu’il faut déplorer. À Agde, 600 soldats du 17e régiment d'infanterie (bizarrement tous issus de la région, Clemenceau n’ayant sans doute pas été assez vigilant) se révoltent. Ils gagnent Béziers où ils sont acclamés par la foule. Pourtant, le 21 juin, Clemenceau peut annoncer à la Chambre que les mutins sont rentrés dans le rang. Ils seront expédiés au fin fond de la Tunisie. Plus tard, le même Clemenceau veillera à ce que ce régiment soit toujours en première ligne en 1914, dans l’Est de la France.

Dans le Languedoc, les principaux meneurs sont arrêtés. Marcelin Albert parvient à s’échapper. Il se rend à Paris où il rencontre Clemenceau. Celui-ci, autoritaire, lui fait la morale avant de lui remettre un billet de 100 francs pour le train du retour. Le pauvre Marcelin accepte, tout en promettant de rembourser le prix du billet. Discrédité auprès des siens, qui s’estiment trahis à juste titre, il devra s’exiler en Algérie et finira ses jours dans la misère. De son côté, le gouvernement établit une surtaxe sur le sucre et réglemente sévèrement le négoce du vin, donnant ainsi raison aux manifestants.

Au-delà du geste de « ces braves soldats du 17° », on retiendra le choc qu’a constitué pour la production locale languedocienne la venue des vins étrangers. Prémices à l’actuelle mondialisation du commerce, les incidents de Béziers symbolisent la confrontation entre un mode de production ancestral (la culture de la vigne remonte à l’époque romaine dans ces régions) et les premiers produits « industriels ». Un problème bien d’actualité, finalement. Il n’est pas étonnant qu’on n’en ait pas beaucoup parlé.

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15:12 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Histoire, Béziers

20/04/2007

L'Histoire continue...

L'historien René Rémond est décédé le 14 avril. On ne peut pas dire que cette disparition fit la une de tous les journaux même si on en a tout de même parlé un peu. Observateur avisé de la vie politique contemporaine, je retiendrai de ce grand homme le tome VI de la collection Histoire de France (Fayard, 1988). Ce livre couvre la période de 1918 jusqu'au début de ce siècle. C'est un regard lucide et qui se veut objectif sur la vie politique française, ses arcanes et ses enjeux, le tout replacé dans un contexte historique global.

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12:30 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

12/04/2007

Un peu d’histoire

Puisque nous sommes le 12 avril, souvenons-nous que le 12 avril 1204, les troupes de la IV° croisade s’emparèrent de Byzance. Le but initial de cette expédition n’était évidemment pas de conquérir la capitale chrétienne de l’Orient, mais de prendre pied en Egypte afin de délivrer ensuite Jérusalem (ou éventuellement d’échanger cette ville contre les ports égyptiens conquis). Il n’en fut rien.

En fait, tout est allé de travers dans cette croisade. Au début, déjà, on n’était parvenu à réunir que 10.000 chevaliers au lieu des 30.000 prévus, car les rois d’Occident, ayant sans doute mieux à faire, s’étaient rapidement désistés de leurs belles promesses. Puis, pour le transport par mer, au lieu d’affréter ses propres bateaux, on demanda l’aide des marchands vénitiens (bel exemple de transfert du public vers le privé, comme nous le connaissons aujourd’hui). Le Doge, en bon négociant qu’il était, réclama une somme considérable pour le transport (plus la moitié du butin escompté). Voyant que les croisés ne parvenaient pas à réunir cette somme, les Vénitiens leur proposèrent un petit arrangement (rien de neuf sous le soleil). Moyennant une remise partielle de leur dette, ils feraient un petit détour par la côte dalmate pour conquérir le port chrétien de Zara (aujourd’hui Zadar, en Croatie) et cela au profit de Venise. Les croisés acceptèrent et s’ils laissèrent la vie sauve aux Chrétiens de la ville, ils se partagèrent leurs biens avec la ville de Venise. On est donc loin de l’élan mystique qu’on imagine parfois. Le scandale, il est vrai, fut immense et le pape excommunia les croisés pour avoir osé profaner une terre chrétienne. C’était tout de même un comble pour des gens qui partaient délivrer le tombeau du Christ, mais bon, l’appât du gain a  toujours été le plus fort, que voulez-vous…

Le problème c’est que nos bons croisés ne sen tinrent pas là. Comme les Byzantins leur avaient demandé d’intervenir dans une querelle entre deux prétendants au trône (contre une belle récompense évidemment), ils font escale dans cette ville et imposent un des deux candidats (pour le plus grand profit de Venise, dont le commerce souffrait de ces troubles de succession). La population, qu’on n’avait pas consultée, se révolte et les croisés ripostent par une mise à sac totale. En plus, ils mettent sur le trône un des leurs, le comte de Flandre et de Hainaut, qui prend le titre de Baudouin I.  Celui-ci divise l’empire grec en petites principautés féodales et laissent les Vénitiens (encore eux) se tailler la part du lion (franchise commerciale, monopole de l’élection du patriarche).

De tout ceci on retiendra que les partisans de notre société néo-libérale contemporaine ont d’illustres devanciers et que toujours les intérêts privés de quelques-uns l’ont emporté sur l’intérêt général.

Quant à ceux qui voudraient que la constitution européenne insiste davantage sur le côté  chrétien de notre civilisation ils regretteront assurément cette prise de Byzance car sans elle le monde chrétien aurait sans doute conservé une aire d’influence beaucoup plus grande.

Heureusement qu’aujourd’hui Monsieur Bush a entrepris une nouvelle croisade et que dans celle-ci, enfin, les intérêts économiques n’entrent plus en ligne de compte…

Trêve de plaisanterie. Si on se place sur un plan purement spirituel, il reste que cette prise de Byzance a été une catastrophe puisque que les Eglises grecques et romaines ne sont toujours pas réconciliées. Mais les Eglises sont-elles ce qu’il y a de mieux pour permettre aux individus d’approfondir leur cheminement intérieur ? Ceci est un autre débat.

 

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