09.05.2008

Des réformes présidentielles

L’expérience montre que c’est surtout au cours de leur première année de mandat que les Présidents en exercice ont réalisé les réformes qu’ils avaient promis de faire lors de leur campagne électorale.

Ainsi, de Gaulle, revenu au pouvoir à la faveur d'un coup de force le 13 mai 1958, est élu président le 21 décembre 1958. A son actif, on retiendra :
- le référendum du 28 septembre 1958 sur la nouvelle Constitution
- à partir du 5 octobre 1958, le général gouverne par ordonnances (70 textes notamment sur le mode de scrutin et les réformes de structure (hôpitaux, défense....)
- le plan Pinay-Rueff (30 septembre 1958). L’économiste Jacques Rueff avait réuni des personnalités du monde des affaires (président de Péchiney, de la Société générale....), sous le patronage du ministre des Finances Antoine Pinay, pour décider des mesures à prendre en matière économique. Cela se traduira par une cure d'amaigrissement de l'administration), la suppression des indexations (notamment sur le blé) et la libération des échanges extérieurs.
-le 28 décembre 1958, dévaluation du franc de 17% et création du «nouveau franc»
- le 6 janvier 1959, une ordonnance prolonge la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans.
- autodétermination des Algériens (16 septembre 1959)

Georges Pompidou (élu le 15 juin 1969)

Après avoir surmonté avec sang-froid les événements de mai 68, il succède au général. Fils d'instituteur, normalien d'une immense culture, c'est à ce jour le seul président de la Ve République issu d'un milieu populaire.

- modernisation industrielle de la France
- premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV)
- modernisation du téléphone et la construction d'autoroutes.
- création du Centre Pompidou (inauguré en 1977)

Valéry Giscard d'Estaing (élu le 19 mai 1974)

- ministère de la Condition féminine
-arrêt de l'immigration (3 juillet 1974) dans le but d’enrayer la montée du chômage
- majorité à 18 ans (5 juillet 1974). Erreur tactique puisque les 2,5 millions de jeunes qui pourront désormais voter donneront leur voix à Mitterrand en 1981.
- fin du monopole audiovisuel (7 août 1974). C’est le début du démantèlement de l’ORTF.
- indemnisation des chômeurs à 90% du dernier salaire pendant un an (14 octobre 1974)
- saisine du Conseil constitutionnel (21 octobre 1974). possibilité pour 60 députés ou 60 sénateurs de saisir le Conseil constitutionnel
- gratuité de la contraception (26 octobre 1974)
- légalisation de l'avortement (28 novembre 1974)

François Mitterrand (élu le 10 mai 1981)

Sous le gouvernement de Pierre Mauroy, il concrétise de nombreuses promesses de campagne :
- augmentation de 20 ou 25% des allocations handicapés, familiales (+25%) et logement (1er juillet 1981)
- suppression de la Cour de sûreté de l'État (4 août 1981)
- autorisation des radios locales sans publicité (2 octobre 1981)
- blocage des prix pendant six mois (8 octobre 1981),
- abrogation de la loi «anticasseurs» (15 décembre 1981).
- abolition de la peine de mort (9 octobre 1981)
- impôt sur les grandes fortunes (30 décembre 1981)
- 39 heures et 5e semaine de congés payés (14 janvier 1982)
- nationalisations des grandes entreprises (13 février 1982)
- décentralisation administrative (3 mars 1982)
- retraite à 60 ans (25 mars 1982)

Mais le 11 juin 1982 survient un premier plan de rigueur...

Jacques Chirac (élu le 7 mai 1995)

- engagement en Bosnie (3 juin 1995)
- reprise des essais nucléaires (13 juin 1995)
- fin du service militaire obligatoire (22 février 1996)

A partir d’octobre 1995, Jacques Chirac annonce une politique de rigueur (en vue de la création de l’euro). De son côté, Alain Juppé tente une réforme du système de retraites (il renonce finalement suite aux grèves des cheminots).

Manifestement donc, après une première année de pouvoir durant laquelle les Présidents successifs ont pu concrétiser une bonne partie de leurs projets de campagne électorale, le rythme se ralentit considérablement. A la fin, certains finissent même par prendre des décisions contraires, lesquelles constituent un véritable retour en arrière.

Au vu de cette expérience, on est en droit de se demander si le système Sarkozy a encore un avenir devant lui. Une année vient en effet de se terminer, on a vu beaucoup d’agitation dans tous les sens, mais finalement rien de bien probant. La tactique a été d’éviter de mener une réforme à fond avant de passer à la suivante (par crainte de l’opposition des citoyens sans doute). On a préféré attaquer de tous côtés et en ordre dispersé, afin de brouiller les pistes et de dérouter l’adversaire. Comment en effet s’opposer à des mesures partielles ou à des propos qui ne manifestent qu’une intention de réformes sans les réaliser vraiment ?

Sarkozy, en hyperactif né, s’est beaucoup agité, a touché un peu à tout, mais n’a encore rien terminé. De ce point de vue, il devient donc le Président le plus inefficace que la France ait jamais eu. Je ne discute pas ici de la pertinence de ses réformes (et à tout prendre je préfère qu’il laisse les choses en l’état où elles sont plutôt que de tout démanteler sans rien reconstruire ou en ne reconstruisant que pour le plus grand profit de quelques-uns). Non, ce dont je parle, c’est de l’incohérence du personnage, qui avait annoncé de nombreux changements et qui n’a pas tenu ses promesses ou alors fort partiellement. Le point le plus délicat, c’est évidemment celui du pouvoir d’achat.

Bien sûr, il n’est pas responsable de la mauvaise situation économique, ni de la hausse du prix du pétrole. Le problème, c’est qu’il s’est fait élire sur cela. On se souvient de ses propos sur les gens qui se lèvent tôt et qui méritent un salaire décent. Les gens se lèvent toujours aussi tôt, mais si leur salaire n’a pas diminué, cela a bien été le cas de leur pouvoir d’achat. D’où le mécontentement et la grogne. Ajoutez à cela quelques incohérences (les vacances sur un yacht, l’étalage de sa relation avec Carla, etc.), qui ont donné l’image d’un président profiteur et jouisseur qui se désintéressait du sort de ses électeurs, et vous comprendrez que l’état de grâce est passé en lisant les sondages qui plongent vertigineusement vers le bas.

Que peut-il bien faire pour redresse la barre ? Plus grand chose, il est trop tard. Ses réformes de fond ne sont pas encore entamées et déjà il n’a plus aucune popularité. Quand il passe à la télévision, on ne le regarde même plus, on admire la jolie frimousse de Carla en se disant qu’elle est finalement mieux que lui, plus distinguée, plus digne, plus intelligente aussi probablement. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent même voir sur Internet les photos de la première dame en petite tenue ou sans tenue du tout. Triste manière de se consoler. Ceux qui avaient voté pour un président fort, qui allait rencontrer leurs problèmes quotidiens, en sont à se consoler avec de telles photos. Et quand les réformes vont enfin arriver, ce ne sera pas celles qu’ils attendaient. Ce sera pour voir l’âge de la retraite reculer, la pension diminuer, le droits sociaux régresser et le porte-monnaie s’alléger.

Dépassé, le pauvre Président essaie de se disculper en s’en prenant aux autres, à tous les autres : Chirac, Mitterrand, De Gaulle, tous y passent. Il n’y a que le Roi Soleil et Philippe le Bel qui n’ont pas été inquiétés. Et ne parlons pas de la presse ! Ah, les méchants journalistes qu’on a là, qui n’encensent pas assez le Président et qui ne parlent pas assez des déboires de l’opposition. Des goujats, vraiment. Et des ingrats, surtout, lui qui leur avait offert de si beaux postes !

29.04.2008

TV 5-Monde

Nous avons déjà parlé de ce dossier. On sait que Nicolas Sarkozy voulait réorganiser l’audiovisuel extérieur français, ce qui n’avait pas manqué d’inquiéter les partenaires francophones (Belgique, Suisse et Québec), lesquels craignaient que la chaîne ne se transforme en outil de rayonnement franco-français (ou tout simplement en outil de rayonnement sarkozien).

Il existe maintenant un accord de principe sur le fait que la chaîne sera présidée par le Français Alain de Pouzilhac, lequel sera épaulé par un directeur général. Distinct du poste de président, le directeur général de la chaîne devrait jouir d'une véritable autonomie.

Reste à savoir qui sera ce directeur. Des propositions devraient bientôt être faites par M. de Pouzilhac.

»Sa nationalité n'a pas encore été décidée. L'important, c'est que ce soit le meilleur candidat possible, qui puisse faire la part des choses entre la volonté de rationaliser de Paris et le désir de maintenir l'autonomie et le côté multilatéral de TV5 des partenaires francophones », a expliqué le porte-parole de la Belgique et celui-ci a ajouté: « "Ce n'est plus un tabou que ce soit un Français».

M. de Pouzilhac a d’ailleurs précisé qu'il était « totalement faux » de croire que TV5Monde « perdrait son indépendance et deviendrait la voix de la France ».

Les partenaires francophones non français présideraient deux des quatre comités stratégiques de la chaîne francophone. Pour le directeur de la télévision suisse romande. « L'heure est à l'apaisement, on a l'impression que les partenaires français nous ont entendus. »

Tant mieux. Reste à savoir qui sera nommé. Tout dépendra à mon avis de la personnalité de ce directeur. Si par malheur c’est un des proches de Sarkozy, les partenaires francophones se seront fait avoir en signant cet accord de principe.

13.04.2008

De la flamme olympique.

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Bon, on parle beaucoup du Tibet, ces derniers temps. Je dirais même qu’on n’en a jamais autant parlé. C’est bien et c’est normal. Je suis le premier, quand on ministre français, belge, allemand ou anglais va signer des contrats économiques en Chine à dénoncer le fait qu’une fois de plus les intérêts économiques passent avant tout le reste. Donc, pour une fois que cela bouge un peu, on ne va pas se priver de son plaisir.
Cependant, il y aurait beaucoup de choses à dire.

D’abord, on remarquera qu’on parle moins de la situation des droits de l’homme en Chine que de l’occupation du Tibet. Par-là je ne veux pas dire que le Tibet, ce n’est pas important, je veux dire que l’initiative ne nous revient pas, qu’elle revient en fait aux Tibétains eux-mêmes, ceux qui sont en exil (peut-être même sous l’instigation du Dalaï-Lama lui-même). Ce sont eux qui ont commencé à s’agiter, profitant de ces jeux pour attirer l’attention du monde sur leur situation. Le mérite leur revient et il faut bien avouer que nous n’avons fait que suivre. Donc, s’ils n’avaient pas bougé, il se pourrait bien que nous n’aurions pas bougé non plus.

Ensuite, c’est très bien toute cette agitation, mais à partir du moment où l’événement devient médiatique et mondial, il faut toujours se méfier. Il y a trop de tapage là-derrière pour que quelqu’un n’en tire pas les ficelles (et je ne crois pas que ce soit les Tibétains). A une époque où l’impérialisme occidental n’a jamais été aussi fort (je pense bien entendu aux Etats –Unis, pas à l’Europe, qui ne fait que suivre), à une époque où des troupes se retrouvent en Afghanistan et en Irak et alors que l’Union européenne s’étend sans arrêt vers l’Est (au point qu’on se demande où elle va s’arrêter) et que l’Otan fait de même, il ne serait pas étonnant, la Russie étant déjà ébranlée, qu’on ne s’en prenne déjà au futur ennemi, à savoir la Chine. Enfin, ce n’est qu’une hypothèse. Mais on pourrait imaginer que certains voient déjà la Chine faire certaines concessions si les manifestations s’arrêtaient soudain. Quelles concessions ? Et bien par exemple accepter que des firmes occidentales s’installent là-bas ou promettre d’acheter tel ou tel produit. Sait-on jamais ?

Mais quittons les hypothèses pour du concret. Manifester contre la Chine, c’est bien. Mais pourquoi alors le CIO a-t-il choisi ce pays pour y organiser les jeux ? Serait-ce pour satisfaire aux exigences des grandes multinationales qui le financent ? Celles-ci espéraient–elles pouvoir ainsi s’implanter dans l’Empire du Milieu ? On est loin, semble-t-il de l’idéal olympique, qui est supposé rassembler toutes les nations autour du sport. Entre parenthèses, je plains les sportifs, eux qui se sont préparés pendant quatre ans pour cette épreuve, je ne sais pas ce qu’ils doivent penser de toute cette agitation. Si par hasard leur pays refusait subitement d’aller aux Jeux, ils verraient tous leurs efforts anéantis. Ceci dit, qu’ils se rassurent, aucun pays n’a émis une telle hypothèse et au mieux parlent-ils d’un boycotte de la cérémonie d’ouverture, ce qui témoigne d’un caractère nettement moins revendicatif, convenons-en.

A ce propos, il faut rappeler à ceux qui l’auraient oublié que les Etats-Unis avaient refusé d’aller aux Jeux de Moscou en 1980 à cause de l’invasion de l’Afghanistan. Belle démarche, il faut le dire, mais quand on voit ce qui s’est produit depuis, cela fait sourire et même franchement rire. Car c’est bien les Etats-Unis qui sont aujourd’hui en Afghanistan et nous avec eux (Maître Sarkozy n’a-t-il pas promis d’envoyer mille militaires français de plus ? La Belgique a également répondu à l’appel et elle va en envoyer cent). Alors, toute cette agitation autour des Jeux, cela semble cohérent dans le feu de l’action, mais au regard de l’Histoire, cela paraît bien dérisoire.

Bon, revenons à la Chine. Le problème de ce pays, c’est qu’il concilie un capitalisme pur et dur (celui que je fustige toujours ici) et un communisme dictatorial qui ne peut évidemment avoir notre sympathie. Forcément, l’union de ces extrêmes permet à ce pays de progresser économiquement d’une manière incroyable. Il est clair que dans vingt ans ils seront la première puissance mondiale (raison de plus pour les critiquer, donc).

Mais pourquoi donc, dès lors, a-t-on accordé à ce pays l’organisation des Jeux ? Tout le monde savait et le CIO le premier que la Chine n’allait pas subitement modifier sa politique en matière de droits de l’homme. Alors que moi, citoyen lambda, j’aille manifester, c’est très bien, mais c’eût été plus profitable que le pouvoir organisateur des Jeux mette son veto dès le premier jour.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Poser cette question, cela revient à se demander pourquoi l’organisation des Jeux revient toujours à un pays riche. Serait parce que Coca Cola (qui finance notamment des centres de recherche du CIO), ne voit pas l’intérêt de s’établir en Afrique ou en Papouasie ? Il y aurait donc des intérêts économiques énormes derrière tout cela ? Evidemment et le sport (qui me laisse indifférent à titre personnel, soit dit en passant) n’est souvent qu’un prétexte, un prête-nom pour permettre à la culture occidentale de pénétrer certains marchés.
Et le premier de ces marchés, c’est évidemment la construction du village olympique. On en parle rarement avant les Jeux, mais souvent ces constructions supposent catastrophes écologiques et urbanistiques. Il faut savoir qu’en Chine le vieux Beijing, va être plus ou moins rasé, afin d’ériger une ville nouvelle, sans parler des pauvres, qui sont impitoyablement chassés, comme cela avait été le cas à Moscou, d’ailleurs (et notre bonne presse, toujours très objective, ne s’était pas privée de le signaler. Il est vrai que ce n’est pas chez nous qu’on agirait de la sorte, bien entendu. D’ailleurs il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de pauvres dans nos cités, c’est connu)

Cette destruction urbaine n’est pas propre qu’à la Chine. A Atlanta, les anciens quartiers pauvres ont été rasés et demain à Londres ce sera pareil. Ce n’est pas que je trouve ces quartiers particulièrement intéressants, mais enfin ils étaient tout ce qu’une tranche de la population disposait pour vivre. Les détruire, c’est obliger tous ces gens à partir ailleurs (où ?) et c’est surtout cacher la pauvreté ambiante, ce qui permet de la nier et donc de dire qu’elle n’existe pas. Belle hypocrisie propre à tous les régimes politiques du monde.

En Chine, cependant, la situation semble particulièrement grave. On apprend que des paysans chinois sont obligés par dizaines de milliers de venir à Beijing travailler sur les autoroutes en construction. Déracinés, arrachés à leur famille, ils viennent là pour des salaires de misère. C’est ça aussi, les Jeux. Chez nous, ce ne serait pas beaucoup mieux. Il y a fort à parier qu’on verrait affluer sur ces chantiers des centaines de travailleurs clandestins venant de l’Est, travaillant dans des conditions précaires et se logeant Dieu seul sait comment. Donc, quel que soit le régime politique en place, on assiste de toute façon à des dégâts humains et environnementaux.

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On dira bien entendu que cela procure du travail. C’est vrai. Mais d’abord il s’agit de chantiers limités dans le temps, ce qui signifie qu’après les Jeux la situation redevient comme avant (si ce n ‘est que tout est détruit et que les communes sont endettées, comme cela avait été le cas à Albertville chez nous). Ensuite, comme on vient de le dire, ce sont rarement les habitants du coin qui profitent de la situation, puisque les ouvriers viennent de loin (et sont souvent en situation irrégulière). Enfin, si quelques emplois sont tout de même laissés aux personnes habitants dans la région où ont lieu les Jeux, il s’agit généralement d’emplois subalternes (garçons de café, femmes de ménages, etc.), ce qui est négligeable par rapport à la fortune que les grands entrepreneurs peuvent, eux, réaliser.

Abordons maintenant l’aspect écologique. Vous me direz qu’un coureur de cent mètres ne pollue pas beaucoup et je devrai bien en convenir. Mais l’infrastructure qui entoure les Jeux, elle, est particulièrement néfaste pour l’environnement Savez-vous qu’en Chine, on construit des oléoducs (plus exactement des aqueducs, mais cela nous fait plutôt penser au Pont du Gard) pour détourner l’eau de zones déjà arides afin d’alimenter la cité olympique ? Donc, alors que tout le monde se demande comment lutter contre le réchauffement climatique, les organisateurs des Jeux, eux, ont semble-t-il le droit d’oublier cet aspect et personne ne le leur reproche. D’un côté l’Occident vient faire la morale aux pays émergents (Inde et Chine précisément), les empêchant certes de faire les mêmes bêtises qu’eux, mais leur niant aussi le droit de se développer, et de l’autre ce même Occident ferme les yeux quant il s’agit du sport. Il est vrai que cela rapporte beaucoup d’argent (retransmissions, etc.). Par ailleurs, il paraît qu’en Russie, pour les Jeux de 2014, on s’apprête déjà à détruire un parc naturel.

En résumé, que nous manifestions pour l’indépendance du Tibet, c’est bien et c’est normal, mais d’un autre côté il ne faut pas perdre de vue que les organisateurs des Jeux s’en moquent complètement. N’ont-ils pas accepté autrefois qu’Hitler détourne les Jeux au profit de son idéologie politique ? La Chine ne va-t-elle pas tenter de faire la même chose en imposant ses athlètes ? Le sport en général n’est-il pas une vaste supercherie, qui a permis par exemple à la Russie de nous imposer de super athlètes déformés par les hormones (au point qu’on ne savait même plus reconnaître les femmes des hommes) pendant des décennies ? Et aujourd’hui la situation n’est-elle pas toujours la même ? Alors franchement, moi, le sport, je commence à en avoir franchement assez. Tout ce tapage autour des Jeux m’irrite déjà, bien qu’ils n’aient pas encore commencé. Il faut dire que je reste de marbre devant toute manifestation sportive et que les périodes de coupes du monde de foot sont pour moi bien pénibles.

Mais revenons encore une fois aux Jeux chinois. Voici ce que je trouve dans la presse :

« Le CIO développe à partir de 1985 une stratégie d’alliance avec de grandes sociétés industrielles et commerciales, notamment états-uniennes, afin de pérenniser les Jeux : le programme TOP (The Olympic Partner Programme) garantissant au petit cercle de firmes transnationales entrant dans le mouvement olympique un usage exclusif et mondial de toute l’imagerie olympique. Il reste que ce sont les droits payés par les chaînes de télévision pour retransmettre les Jeux Olympiques qui assurent le financement majeur du Mouvement olympique. (…) Depuis Séoul 1988, ses décisions associent une dimension patrimoniale, le népotisme et des préoccupations strictement financières (pénétration des marchés asiatiques à l’occasion des « Jeux Adidas » de Séoul 1988 et de Pékin 2008, ou américains avec les « Jeux Coca-Cola » d’Atlanta 1996). »

Eclairant, non ? Alors, le fait que dans tous les pays du monde où la flamme est passée, les policiers se soient toujours rangés du côté chinois et non du côté tibétain devrait surprendre dans la mesure où les présidents de ces mêmes états, Sarkozy en tête, aiment bien montrer leur désapprobation en public, laissant croire, par exemple, qu’ils pourraient bien ne pas assister aux cérémonies d’ouverture. Pourquoi, dès lors, donnent-ils l’ordre à leur police de réprimer les manifestants pro-Tibétains ? Parce qu’une fois de plus ils nous mentent et qu’il ne faut rien attendre d’eux. D’un côté, tel Janus, ils présentent une face démocratique qui plaît aux foules, de l’autre ils représentent l’argent et le pouvoir (et même le pouvoir de l’argent). Assez logiquement, ils utilisent donc les forces de police pour rétablir l’ordre. C’est pour cela qu’elles ont été créées et c’est toujours à cela qu’elles ont servi.

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Sur un plan plus philosophique, maintenant, on pourrait se demander qu’elle représentation de lui-même l’homme veut donner en se surpassant dans le sport. Pourquoi faut-il toujours être le meilleur, le plus fort, celui qui court ou qui nage le plus vite ? Cela pouvait peut-être se comprendre dans la Grèce antique, où la liberté de la cité dépendait en grande partie de la forme physique de la population mâle, mais aujourd’hui ? Quand je vois à quelles scènes d’hystérie se livrent parfois les champions qui viennent de gagner une médaille, il y a de quoi réfléchir. Même scène quand on voit dans quel désespoir noir certains tombent pour être arrivés deux centièmes de secondes après le premier, j’avoue ne pas bien comprendre. Est-on moins homme pour deux centièmes de seconde ? Ce n’est pas possible. Alors que représente ce désir propre à l’espèce humaine de toujours se surclasser ? Quand un chat n’attrape pas une souris, il ne fait pas une crise de désespoir, il recommence, c’est tout. ET quand enfin il en a attrapé une et qu’il l’a mangée, il s’endort paisiblement, satisfait de sa condition de chat et heureux de n’être pas né souris. Chez l’homme au contraire, on dirait que sa condition première ne lui suffit pas. Ila besoin de se dépasser sans cesse pour prouver qu’il existe. Etrange animal, finalement, qui a ruiné la planète, détruit tout sur son passage et qui n’est pas encore satisfait.

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06.04.2008

Petits calculs sur la vie chère (suite et « faim »)

Résumons : d’un côté les prix sont libres, n’étant plus réglementés par les états et le champ libre est laissé à la concurrence, laquelle est supposée éviter tout dérapage en créant un nouvel équilibre.

C’est la thèse libérale classique. En pratique, elle permet aux plus grosses firmes d’élimer les petites (et donc toute une classe moyenne de petits artisans et de petits commerçants), de se retrouver en positon monopolistique et donc de proposer les prix qu’elles veulent. D’un côté elles recherchent le prix de revient le plus bas (n’hésitant pas à délocaliser leurs entreprises dans des pays où la main d’œuvre est sous-payée et où la législation ne réglemente pas la sécurité des travailleurs ou bien encore en grignotant quelques euros sur la qualité du produit proposé), de l’autre elles jouent sur la spéculation pour parvenir au prix le plus élevé possible. On affame les producteurs et on presse les consommateurs, ce qui permet de dégager des bénéfices plantureux qui reviennent à des actionnaires qui sont finalement en dehors de la chaîne de production tout en étant les principaux bénéficiaires. La situation est donc comparable à celles des seigneurs du Moyen-Age qui exploitaient le monde paysan, lequel subvenait seul aux besoins de tout le monde (noblesse et clergé) alors qu’il était lui-même dans la misère la plus noire.

Nous avons déjà parlé des prix du pétrole ou des denrées alimentaires, qui grimpent selon une courbe exponentielle particulièrement inquiétante. Nous avons vu qu’en Afrique, où le niveau de vie était déjà très bas, la situation est en train de devenir catastrophique, au point que les manifestations commencent à devenir régulières, faisant même des morts.

On apprend aujourd’hui qu’en Europe même, en Slovénie, les syndicats européens ont organisé une grande manifestation contre la vie chère, à deux pas de l’endroit où les ministres des finances de l’Union parlaient, eux, argent et gros sous. Interrogés sur cette manifestation de syndicats, leur réponse est tout de même incroyable. « Ils veulent une augmentation des salaires ? Soyons sérieux, ils savent très bien que pour que cela soit possible il faudrait que la production augmente, autrement dit que tous ces gens décident enfin de travailler un peu plus. » Ce ne sont pas les termes exacts qui ont été employés, mais le ton y est. Devant une telle situation, on ne peut que rester silencieux.

Ainsi donc, on culpabilise ceux qui sont à la base du système de production (c’est-à-dire nous tous, ouvriers, employés, fonctionnaires, enseignants, petits indépendants, etc.) en leur faisant croire que s‘ils ont du mal à boucler les fins de mois, c’est à cause de leur fainéantise innée. Alors que pendant ce temps- là des actionnaires rentiers ne font que réclamer aux firmes qu’ils détiennent plus de rentabilité encore, ce qui entraîne aussitôt des licenciements en cascade.. Je crois qu’il n’est pas besoin de s’étendre ici plus longtemps sur ces problèmes. Nous sommes arrivés à un point de rupture. La fracture entre les gens qui survivent par leur travail et ceux qui prospèrent par leurs actions est en train de devenir si importante qu’aucun dialogue ne sera bientôt plus possible.

A moins que… Car au lieu de se révolter, tous ces gens à petits salaires admirent les sportifs de haut niveau qui eux gagnent des fortunes colossales. Jamais autant qu’aujourd’hui la formule latine « panem et circenses » n’a été autant d’actualité. Il suffit d’ailleurs d’ouvrir sa télévision (ce que je vous déconseille vivement) pour s’en rendre compte.

A propos des sportifs, j’apprends à l’instant qu’un certain footballeur français dont j’ignorais même le nom a gagné l’an passé 17,5 millions d’euros, tandis que plusieurs autres ont reçu entre 9 et 12 millions d’euros. C’est tout de même incompréhensible ou en tout cas je ne parviens pas à comprendre en quoi le fait de jouer avec un ballon peut justifier un tel salaire. Ont-ils fait avancer l’humanité ? Non, bien sûr, mais la moitié de la nation s’est intéressée à leur jeu-spectacle et ceci explique cela. Décidément, on se croirait dans la Rome antique, avec des esclaves exploités, des personnes sans emploi, quelques riches affranchis genre nouveaux riches, deux trois nobles de vieille souche, par ailleurs désabusés, et une série de politiciens véreux qui s’enrichissent sur le dos des provinces qu’ils administrent (tout en étant entourés d’une foule de clients qui espèrent quelques miettes). Comme quoi, l’Histoire est un éternel recommencement. Il suffit de le savoir pour ne pas plonger dans le désespoir.

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05.04.2008

Petits calculs sur la vie chère (suite)

Cette fois, ce n’est pas moi qui le dis, mais le journal Le Monde : « la rue africaine ne parle que de cela : les prix des denrées quotidiennes sont devenus fous. En quelques mois, la conjonction des hausses du blé, du riz, de l'huile sur les marchés mondiaux, de médiocres récoltes locales et l'absence de contrôle des prix, a accru les tensions sociales et compromis la stabilité politique. »
Avec une hausse moyenne de huit pour cent en un an, les denrées alimentaires deviennent inabordables pour une large tranche de la population africaine, dont le salaire moyen est très bas.

Et les réactions sont partout les mêmes : « Beaucoup de gens ne mangent plus qu'un plat par jour", entend-on à Dakar. "Avec 1 500 francs CFA (2,25 euros) pour nourrir ma famille, je ne sais plus quoi faire", dit une ménagère sur un marché de Bamako, au Mali. » Les manifestations se succèdent, ayant déjà fait des morts. Les gouvernements promettent de baisser les taxes, afin de maintenir tant que bien mal un certain pouvoir d’achat. Mais diminuer les taxes, cela veut dire aussi appauvrir encore davantage des états déjà largement endettés et donc diminuer la possibilité qu’ils auraient de développer les infrastructures par exemple (et on sait à quel point celles-ci sont nécessaires pour le redressement de l’économie).
Un pays comme la Mauritanie, qui importe soixante-dix pour cent de son alimentation, court droit dans le mur. Vive le libéralisme, donc, la mondialisation et la politique du laisser-faire. Car non seulement cette économie mondiale qui nous dirige tous a fait lever tous les systèmes internes de régulation des prix au nom de la sacro-sainte concurrence (qui prouve bien maintenant son inefficacité), mais, pendant des décennies elle a encouragé en Afrique les cultures d'exportation comme le coton, au détriment évidemment des cultures vivrières. Du coup, il valait mieux acheter sur le marché mondial, à bas prix, des denrées alimentaires, et produire du coton que l’on vendait bien cher. Maintenant que tous ces pays sont devenus dépendants pour leur alimentation, voilà que ces denrées de première nécessité sont devenues inabordables, d’où la colère des populations.

Que faut-il faire quand le peuple commence à mourir de faim et que certains s’enrichissent exagérément ? Ma bonne dame, il suffit de relire ses manuels d’histoire : on fait la révolution. Et c’est bien ce qui risque d se passer, en effet. On n’en est pas encore vraiment là, mais des manifestations ont commencé à voir le jour un peu partout. L’étape suivante, ce sera la transformation de ces manifestations en émeute. Et après me direz-vous ? Après on n’ose imaginer ce qui pourrait se passer, mais ce qui est sûr c’est que même la Banque mondiale et le FMI craignent que les régimes politiques en place ne soient ébranlés.

La Banque mondiale, paraît-il « a fait amende honorable dans son dernier rapport annuel et a mis l'accent sur la renaissance des cultures vivrières. » Mais bien sûr il faudra des années pour reconstruire l’agriculture locale qu’on avait ainsi un peu vite démantelée. Merci à vous, messieurs les techniciens et merci aussi à vous, messieurs de la haute finance.

Evidemment, ce que je dis ici, ce ne sont que des mots. Mais il y a déjà aujourd’hui en Afrique des familles qui se contentent d’un seul repas par jour et cela c’est une réalité bien concrète..


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04.04.2008

Petits calculs sur la vie chère

Pour une fois, laissons la littérature de côté et sortons nos calculettes.
En 2000, le dollar valait 1,2 euros et le baril de pétrole était à 60 dollars, autrement dit à 72 euros. Aujourd’hui, un dollar vaut 0,65 euro et le baril de pétrole a grimpé à 110 dollars. Faites comme vous voulez, mais cela nous fait 71,50 euros.

On se demanderait donc bien pourquoi l’essence est devenue si chère à la pompe. Elle a pourtant augmenté d’environ 0,40 centimes par litre en huit ans

On n’ose imaginer ce qui se passerait si demain le dollar dépassait de nouveau l’euro…

La chaîne très libérale Euronews tentait hier de nous faire croire que le coupable est le vénézuélien Hugo Chavez, qui ne ferait rien pour faire baisser les prix mais qui se féliciterait au contraire que le prix élevé du baril profite à son pays. Moi, je me dis que ce n’est pas Chavez tout seul qui produit le pétrole dans le monde et puis si cette ressource naturelle profite au pays qui l’exploite et à ses habitants, tant mieux. Je ne vois pas en quoi le fait d’enrichir les actionnaires d’Esso, de Schell ou de Total serait meilleur. Tiens, au fait, qui exploite les gisements d’Irak ? Le peuple libre irakien ?

Vous me direz qu’il suffit de ne pas prendre sa voiture et c’est ce que je fais souvent. Mais bon, les produits alimentaires, qui sont transportés par camion, augmentent eux aussi en fonction du prix du gazole, donc tout le monde est concerné.

Remarquez que les carburants ont bon dos, car de toute façon le prix des denrées alimentaires a augmenté vertigineusement. On nous avait annoncé la couleur :

1) Les produits laitiers augmentent parce que la Chine consomme plus de lait. Ah bon ? Espérons que cela va faire baisser le prix du riz.
2) les farines seront plus chères car on va consacrer une partie de notre blé à produire du carburant, ceci afin d’alléger notre facture énergétique et notre dépendance à l’égard des pays producteurs. Ce n’est pas pour cela que l’essence sera moins chère à la pompe, au contraire. Et ce n’est pas pour cela que les Américains vont se retire d’Irak. Au contraire. Donc, il faut juste retenir que non seulement l’essence ne diminuera pas mais que le pain, les pâtes et les biscuits vont faire un bond en avant. Le savoir rend la chose plus aisée et aide à accepter l’inévitable.

Ce qu’on ne comprend pas, par contre, c’est que nos agriculteurs et producteurs locaux se plaignent qu’on leur achète leurs produits moins cher que l’année dernière. Il y en a donc un qui gagne moins (le producteur), un qui paie plus (le consommateur) et entre les deux, que se passe-t-il, à votre avis ? Mieux vaut ne pas le savoir si vous voulez garder le moral.

27.03.2008

L'argent du pouvoir

Et bien, cela n’a pas traîné ! Moins d’un an après son élection, notre ami Sarkozy se retrouve déjà mêlé à un scandale politico-financier. Lui qui avait ironisé sur le cas de Chirac, je vois qu’il ne fait pas beaucoup mieux.

Quels sont les faits ? Une lettre qu’il a signée est apparue au cœur de l'affaire Hamon (détournements de fonds publics). L’avocat qui défend ce monsieur Hamon, collectionneur d'art de son état, demande que l’on ouvre une enquête sur les flux financiers autorisés par M. Sarkozy quand il était président du conseil général des Hauts-de-Seine. Notons qu’André Santini, le secrétaire d'Etat à la fonction publique, est déjà mis ici en examen dans cette affaire (en tant que maire d’Issy-les-Moulineaux), dans laquelle on retrouve aussi le nom de Charles Pasqua. Rien que du beau monde, donc. Sans compter que l’avocat demande également que soit entendue la garde des sceaux, Rachida Dati (qui elle était directrice générale adjointe des services du conseil général des Hauts-de-Seine).

Les infractions présumées auraient été commises entre 2001 et 2003. En principe, donc, le juge n’a pas à aller enquêter au-delà de cette date. Mais un rapport de la chambre régionale des comptes précise qu’une somme de 3 833 000 euros a été versée plus tard à titre de rémunération sur des travaux de construction qui n'ont jamais eu lieu.

La question est donc de savoir si le juge doit enquêter sur des faits postérieurs à 2003 (pour lesquels on retrouve la signature de Sarkozy) ou se contenter de la période 2000-2003. On comprend l’habileté de cet avocat. En mettant en cause le Président de la république, il espère que le juge refusera d’investiguer sur la période postérieure à 2003, surtout s’il tient à son poste . Mais alors, pourquoi n’y aurait-il que la première période qui serait délictueuse ? Cela n’a pas de sens. On crierait au scandale. Le plus sage serait donc d’arrêter purement et simplement les poursuites et d’innocenter M. Hamon, à la grande satisfaction de son avocat. En effet, voir le nom de Sarkozy dans cette affaire, cela ferait désordre. Or Nicolas aime l’ordre, c’est d’ailleurs pour cela qu’il s’est fait élire. Certes, il serait protégé par l'immunité liée à son statut présidentiel, mais tout de même, cela ne serait pas très bon pour les sondages, qui auraient bien besoin d’un petit coup de pouce en ce moment.

Pauvre Nicolas. En voyage en Angleterre, cette terre des Angles et des Saxons, voilà qu’on lui préfère sa douce moitié Carla, qui lui vole tous les honneurs dus à son rang. Remarquez qu’il l’a bien cherché. N’avait-il pas confié autrefois la libéralisation (pardon, la libération, lapsus révélateur) des otages bulgares à son épouse ? Vous me direz que ce n’est plus la même, mais bon, à force de déléguer, voilà ce qui arrive.

Ceci dit, c’est n’est pas tellement par sa diplomatie, mais surtout par son physique et son sourire que la belle Carla a séduit le cœur des Britanniques, encore un peu orphelins de la princesse Diana (morte à Paris, précisément, l’amalgame est facile).
On les comprend un peu, remarquez. Comme tout le monde, ils ont pu admirer les formes sveltes de la première dame de France, si pas en vrai, du moins en photo. Rien d’étonnant à ce qu’ils l’aient préférée au petit Nicolas.



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20.03.2008

Journée de l'eau

La communauté internationale célèbre paraît-il ce 20 mars 2008 la « Journée mondiale de l'eau ». « Le Monde diplomatique » nous rappelle que le manque d’eau concerne 1,1 milliard d'êtres humains, ce qui n’est pas rien et que l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes.
Ce qui est inquiétant, c’est qu’on se sert de cette pénurie pour libéraliser le marché de l’eau. Partant du principe que les états, par définition, sont défaillants, les chantres du libéralisme ont estimé que ce grave problème de l’eau devait dépendre des firmes privées.

Une telle conception est évidemment absurde. Dans nos pays industrialisés, il y a déjà plus d’un siècle que le problème est résolu et que chaque citoyen dispose d’une eau potable pour un prix abordable. Dans un tel contexte, on ne voit pas la nécessité de privatiser un secteur qui fonctionne très bien, si ce n’est pour remplir les poches de quelques-uns (avec l’appui scandaleux de nos dirigeants qui se révèlent ainsi être de piètres hommes d’état.) Dans le tiers-monde, où la situation n’est certes pas idyllique, on peut se réjouir de la volonté d’assurer la distribution d’eau potable, mais on aurait mieux fait d’aider les gouvernements à prendre les mesures nécessaires (plutôt que de les obliger à s’endetter chaque jour d’avantage et à devoir rembourser des intérêts dont la courbe exponentielle a de quoi inquiéter). En effet, en privatisant le secteur de l’eau, les capitalistes n’ont vu que l’énorme marché que cela représentait pour eux et ils ont oublié deux choses. D’une part que ces populations n’étaient pas habituées à payer pour un tel service, ce qui a entraîné des réactions violentes et d’autre part qu’elles n’en avaient de toute manière pas les moyens.

Sinon, ces privatisations se font chaque fois de la même manière : dérégulation, décentralisation, privatisation puis paiement exorbitant par les usagés.

Ce qui me fait dire (mais c’est un autre débat) que l’Europe des régions est un outil du libéralisme pour faire perdre aux états leur suprématie. Ces états avaient la capacité de résoudre les problèmes, de plus, ils avaient tendance à protéger leurs citoyens par des règles strictes (lois sociales, protection de l’environnement, etc.). Il fallait donc casser cette suprématie en confiant petit à petit des responsabilités aux régions. On a vu que même la France, si centralisée depuis Louis XIV, n’a pas échappé aux dictats de Bruxelles. C’est ainsi que les universités, par exemple, doivent envisager leur avenir dans le cadre de leur région (et donc s’arranger pour s’auto financer, ce qui va permettre de monnayer certains services jusqu’ici gratuits). La conséquence sera une inégalité entre universités des régions riches et des régions moins favorisées (avec un transfert des étudiants vers les meilleures écoles, ce qui va encore renforcer la suprématie de ces dernières). Dans un tel contexte, il ne restera comme seule solution que de confier au secteur privé un enseignement que la région ne pourra plus assumer (avec des conséquences incalculables sur le contenu des programmes, orientés vers le besoin exclusif des firmes privées).

Mais revenons au problème de l’eau. Les contrats avec le pays du Sud se sont succédés à un rythme impressionnant. Les forums internationaux aussi. Partant d’une bonne volonté (fournir de l’eau potable à tout le monde), relayés par les ONG et les associations caritatives, ces réunions permettent à l’insu des participants de justifier la privatisation du secteur. Même Kyoto, par exemple, risque ainsi d’être récupéré. L’idée de la pollution et du réchauffement climatique fait son chemin dans les consciences et tout le monde est prêt à payer pour sauver la planète. Il y a fort à parier que des firmes privées vont montrer le bout de leur nez sous peu. C’est déjà ce qui se passe avec l’eau. Voyant que le marché de l’eau est moins intéressant qu’escompté dans le Sud, elle se rabattent sur l’Europe et sur la décontamination. On peut certes se réjouir des mesures prises par Bruxelles concernant l’obligation pour les communes d’avoir des stations d’épuration, mais indirectement tout cela a un coût, coût dont vont bien profiter les firmes privées (construction des stations d’épuration, services payants comme le recyclage des déchets, etc.). Dans un tel contexte, les ex-pays communistes sont une manne providentielle pour ces firmes puisqu’ils offrent un terrain vierge où il reste beaucoup à faire (mais où existe déjà une infrastructure certes vieillotte, mais qui fonctionne encore) et où le niveau de vie de la population va logiquement progresser grâce à l’argent insufflé par l’Union européenne. Un beau marché en perspective. Il ne faut donc pas s’étonner que le pouvoir libéral en place à la Commission de Bruxelles (et sous le regard attendri d’un représentant américain, ce qu’on ignore souvent et dont on se demande bien ce qu’il fait là) pousse à l’élargissement de l’Europe. Les citoyens de l’Ouest paieront la facture qui permettra à un nouveau marché d’émerger (sans compter que pendant vingt ans le prix de la main d’œuvre restera dérisoire à l’est, ce qui permettra de belles délocalisations particulièrement fructueuses). Ce ne sont pas les politiciens locaux qui feront de l’opposition. Ex-communistes, il n’y a pas plus convaincus qu’eux des bienfaits du libéralisme. On l’a vu au moment de la guerre en Irak, quand la Pologne a offert son aide à Bush, ce qui a permis à celui-ci de parler avec mépris de la « vielle Europe » dépassée en montrant du doigt la France non belligérante et non belliqueuse d’un Chirac sur le déclin.

Le changement climatique, de son côté, nous promet quelques belles catastrophes : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Les cultures elles-mêmes seraient menacées, même en Europe du Nord, tandis qu’en Afrique sub-saharienne, la sécheresse devient inquiétante (baisse du débit des cours d’eau de plus de 40%). Cela permettra de construire des barrages que seules, évidemment, les firmes privées seront en mesure de financer (avant de se faire rembourser au centuple par la suite). Il est vrai que dans le type d’agriculture intensive que nous connaissons (et ne parlons même pas ici des OGM qui vont asservir les paysans aux grandes firmes céréalières productrices de semence ) l’eau est indispensable. Plutôt que de revoir ce type d’agriculture, on préfère se lancer dans une course en avant afin d’assurer sa pérennité par des moyens artificiels comme la construction de ces grands barrages ou le dessalement de l’eau de mer. Bien sûr on nous présentera ces projets comme une nécessité pour permettre à ces pays du Sud d’émerger (mais qui se soucie en fait de leur émergence ?). On ne dira pas, par contre, que ces grands travaux demandent beaucoup d’argent ni que les usines de dessalement demandent beaucoup d’énergie (et donc de carburant très cher et par ailleurs polluant). On ne sait pas trop non plus ce qu’il adviendra de la saumure qu’on rejettera à la mer (risque de rupture d’équilibre du milieu marin).

On le voit, le problème de l’eau est loin d’être résolu. Si demain le pétrole fait défaut et s’il faut se rabattre sur de l’essence produite à partir de végétaux cultivés, la demande en eau pour les besoins agricoles ne cessera d’augmenter. Le secteur privé a donc encore de beaux jours devant lui car il s’imposera comme le seul à être capable de retraiter les eaux usées ou à maîtriser la technique du dessalement. Faisant l’apologie de nouvelles techniques (nano-filtration, osmose inverse, etc.), des firmes internationales ont déjà déposé des brevets leur assurant le monopole, direct ou indirect, sur ces nouvelles manières de traiter l’eau.

Finalement, quand on y réfléchit, mieux vaut boire du vin que de l’eau du robinet.




14.03.2008

Des anciens ministres

Les hommes qui nous gouvernent ont souvent des politiques étonnantes, qui nous irritent. Mais bon, ils ont été élus démocratiquement, il n’y a rien à dire. En attendant, ils tiennent le haut du pavé et nous assènent leur vérité avec autant d’aplomb que de mauvaise foi. On a beau être contre leurs principes, rien n’y fait. Ils dirigent et nous n’avons qu’à nous plier à leurs idées, présentées comme les seules valables. Souvent, le public suit béatement, ce qui fait qu’on se retrouve bien seul à prêcher dans le désert.

Puis les années passent et la roue tourne. Parfois, ces hommes politiques se font rattraper par leur passé et ils se retrouvent devant un tribunal. Ainsi en va-t-il aujourd’hui de l'ancien ministre de l'intérieur, Charles Pasqua, qui a été condamné, mercredi 12 mars, à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris, dans l'affaire du financement illégal de sa campagne des élections européennes de 1999. Il a été reconnu coupable de faux, financement illégal de campagne électorale et abus de confiance, rien moins que cela. Il aurait bénéficié, pour sa campagne, de l’équivalent d’un million d’euros issus de la vente du casino d'Annemasse (Haute-Savoie) dont il avait autorisé, en tant que ministre, l'exploitation en 1994.

Un malheur n’arrivant jamais seul, Monsieur Pasqua, a fait l'objet dans le même dossier d'une procédure pour corruption passive.

On se souviendra par ailleurs que son fils, Pierre Pasqua, avait été condamné en décembre 2007 à 18 mois de prison ferme dans le cadre de l’affaire Falcone/Sofremi. Cette société, mi-privée mi publique aurait vendu illégalement des armes à l’Angola et les bénéfices se seraient retrouvés quelque part chez les Pasqua. L’argent aurait été blanchi via des sociétés écrans. Pierre Pasqua aurait ainsi reçu 1,5 millions d’euros. Il avait d’ailleurs déjà été condamné le 8 novembre (le fils donc) à deux ans d'emprisonnement, dont 1 an ferme, et 300.000 euros d'amende dans une affaire de pots-de-vin (société Alstom).

Son avocat, Edgard Vincensini avait alors annoncé qu’il ferait appel. Pas de chance pour ce brillant juriste. Il vient lui-même d’être condamné à une peine de six mois avec sursis pour "faux".

Quant au père Pasqua, il n’en a pas encore fini. En septembre 2008,il comparaîtra pour "recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence" aux côtés de l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani, de l'homme d'affaires Pierre Falcone et du fils de l'ancien président de la République Jean-Christophe Mitterrand, dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola. D’après « Le Monde » il est aussi poursuivi « pour trafic d'influence et corruption" dans le dossier "Pétrole contre nourriture", pour "recel d'abus de biens sociaux" à propos de largesses que lui aurait consenties l'homme d'affaires libanais Iskandar Safa, et il a été mis en examen en qualité d'ancien président du conseil général des Hauts-de-Seine dans l'affaire de détournements de fonds publics reprochés au maire d'Issy-les-Moulineaux, André Santini, à propos de la fondation d'art contemporain Jean Hamon. »

On croit rêver. Bref, ce ne sont que magouilles, pots de vin et pratiques illégales. On se souvient pourtant de l’arrogance de Pasqua lorsqu’il était ministre et de ses propos qui frôlaient à chaque fois le racisme le plus primaire.

Quelle morale retenir de cette histoire ? Aucune, évidemment. Certes, ces hommes qui semblaient détenir la vérité à un certain moment sont maintenant justement punis, mais le public les a oubliés et c’est dans l’indifférence générale que les condamnations tombent aujourd’hui. Il en ira sans doute de même demain quand le nom de Chirac ressortira.

En attendant, derrière les actions entreprises par ces personnages se cachent souvent des drames. Ainsi en va-t-il de l’Irak. Bush reconnaît maintenant à demi-mots qu’il n’y avait aucun lien entre Sadam Hussein et Al Quaïda. En Angleterre, on commence à pointer du doigt les programmes de l’enseignement qui ont présenté la guerre en Irak comme une nécessité.

La roue tourne, je le disais au début de cet article, mais en attendant les conséquences sont là. L’Irak est un pays exsangue, déchiré et en pleine guerre civile. Que penser de tous ces dirigeants qui ont menti et qui se sont enrichis ? Certes, certains sont condamnés, mais d’autres les ont remplacés, qui ne sont ni meilleurs ni pires. Encore que…. On peut supposer que Sarkozy n’aurait pas hésité un instant à nous entraîner dans une guerre irakienne s’il avait été aux commandes à ce moment-là.

Alors ? On parle souvent de devoir de mémoire à propos de certains événements du passé et on fait bien. Mais le bon peuple ne pourrait-il pas se souvenir de tout ceci également avant de mettre quelqu’un au pouvoir ? Pourquoi tout doit-il être un éternel recommencement ?

Tiens, au fait, n’y a-t-il pas des élections dimanche en France ?

03.03.2008

Le mot du jour

Le chef de la diplomatie Bernard Kouchner a estimé que la nomination de sa compagne Christine Ockrent à la direction de l'audiovisuel public extérieur était "un bon choix". Tiens donc.

"S'il y avait conflit d'intérêt, je serai le premier à le reconnaître, je ne me mêlerai pas du tout d'audiovisuel extérieur, j'en fais le serment." Donc acte. Mais est-il à la bonne place pour juger s’il y a ou non conflit d’intérêt ?

"Je ne vois pas pourquoi c'est toujours les femmes qui devraient démissionner", a ajouté M. Kouchner. ", ce qui laisse supposer qu’en cas de problème, c’est lui qui démissionnera. Pourquoi pas ? Il pourra toujours trouver une place dans l’audiovisuel.

Bref, qu’on se rassure. La presse est libre et n’a pas l’intention de faire l’apologie du gouvernement. Puisque c’est un membre du gouvernement qui le dit…




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