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08/09/2013

De la Syrie.

Il n’est plus possible de se taire sur ce qui se passe en Syrie. Je veux dire, vous l’aurez compris, sur les mensonges dont le Capital se sert tous les jours pour justifier une intervention armée dont vous, citoyens désargentés, allez payer les frais.

On nous avait dit que le méchant Saddam Hussein  avait des armes de destruction massive. Personne ne les a jamais trouvées, même pas le général  qui avait brandi une fiole de poison devant les députés de l’ONU. Et qu’est devenu l’Irak, depuis que l’Occident l’a libéré d’un tyran et lui a apporté la démocratie ? Je vous laisse le soin de compter le nombre des victimes des attentats quotidiens…

On nous avait dit que Kadhafi avait bombardé sa population qui réclamait un peu de liberté. Un médecin  libyen, exilé à Genève, était monté à la tribune de l’ONU et avait parlé de 6.000 morts. On connaît la suite. L’Otan a bombardé et détruit ce pays, rasant des villes et faisant plus de 70.000 morts. On sait aujourd’hui que ce médecin n’avait d’autres preuves que les dires invérifiables de ses amis restés en Libye, lesquels, depuis, sont devenus ministres dans le nouveau régime qu’ils ont contribué à mettre sur pied par leurs mensonges. Et qu’est devenue la Libye aujourd’hui, ce pays le plus riche d’Afrique qui vivait de son pétrole ? C’est devenu un pays arriéré où des factions diverses se massacrent entre elles, tandis que le groupe Total exploite à son profit les puits de pétrole.

Et maintenant, que nous dit-on à propos de la Syrie ? Toujours la même chose, à savoir qu’un affreux dictateur est entrain de massacrer ses opposants. Ce dictateur serait tellement mauvais qu’il aurait sciemment gazé sa propre population, n’épargnant même pas les enfants. L’Occident généreux, une nouvelle fois, se propose d’aller rétablir la démocratie dans cette région du monde.

Les exemples précédents de l’Irak exsangue et de la Libye anéantie nous demandent pourtant de garder la tête froide et de réfléchir avant de donner notre assentiment à une  intervention armée qui risquerait bien de dégénérer en conflit généralisé (car la Syrie n’est pas seule, elle, étant secondée par l’Iran et la Russie). 

On nous dit que la Syrie possède des armes chimiques. C’est vraisemblable, toutes les armées en ont. Bachar el Assad, cependant, avait dit qu’il ne les utiliserait jamais contre son peuple (ce qui veut dire aussi qu’il pourrait les utiliser contre une agression étrangère si celle-ci devait avoir lieu, car il n’a jamais signé aucune convention de non-utilisation pas plus qu’Israël d’ailleurs). Aurait-il menti ? Rien n’est impossible. Pourtant, quel intérêt aurait-il eu d’utiliser de telles armes chimiques alors que d’une part son armée était en train de remporter la victoire (chaque jour des zones occupées par les soi-disant rebelles – en réalité un ramassis d’intégristes étrangers armés et payés par l’Occident- étaient reconquises) et que d’autre part des enquêteurs de l’ONU étaient justement présents à Damas. Je veux bien admettre qu’Assad soit un dictateur, mais il n’est pas fou et il a prouvé par le passé qu’il savait se montrer très prudent. Quel intérêt aurait-il eu d’utiliser des armes chimiques à dix kilomètres des enquêteurs internationaux ? Surtout que ces derniers venaient suite aux déclarations de Carla del Ponte elle-même, qui avait assuré que c’étaient les rebelles qui s’étaient rendus responsables, précédemment, de tels actes.  L’armée régulière avait en effet découvert des armes chimiques bien dissimulées dans des tunnels qui étaient sous contrôle des djihadistes, armes chimiques qui comme par hasard provenaient d’Arabie, de Turquie et d’Europe.

Bref, les inspecteurs de l’ONU étaient à Damas pour enquêter sur les décès suspects qui avaient déjà eu lieu précédemment. Ils étaient donc à deux doigts de révéler au monde entier que l’Occident avait fourni des armes chimiques à des intégristes enragés et que ceux –ci n’avaient pas hésité à s’en servir. Et voilà que fort à propos survient une nouvelle attaque chimique, immédiatement imputée au régime, celle-là. On parle de 300 morts, de 1.300, de 1.600, les chiffres varient, ce qui prouve bien que rien n’est vraiment sûr ni vérifié. Bref, le monde entier s’alarme (ou plus exactement la presse occidentale, qui appartient aux industriels et aux vendeurs de canons, ne l’oublions pas, alarme le monde entier). L’ordre est donc donné aux inspecteurs de l’ONU de délaisser l’enquête en court et de se rendre sur les lieux du nouveau massacre, survenu comme par hasard au meilleur moment.

Qu’Assad en soit le commanditaire me semble fort improbable car il avait tout à perdre en agissant de la sorte. Par contre, pour ce qui est du camp adverse…

Qu’il y ait eu des morts et même beaucoup, cela ne fait aucun doute. Qu’on ait utilisé des armes chimiques, cela semble évident. Que le gaz ait été du sarin (bien connu de tous à cause de son utilisation lors de la guerre de 14-18), comme on tente de le faire croire pour émouvoir l’opinion, parait au contraire fort peu probable. En effet,  les symptômes dont souffrent  les victimes ne correspondent pas aux symptômes occasionnés par le sarin.

A ce propos, je tiens à signaler l’incohérence des articles publiés lors des premières attaques chimiques (celles que l’on a déjà tenté d’attribuer au régime d’Assad, mais qui selon Carla del Ponte provenaient bien du camp des « rebelles »). J’ai lu que les médecins avaient administré jusqu’à quinze doses d’atropine pour maintenir les victimes en vie. Or, tout citoyen ordinaire qui comme moi a effectué autrefois son service militaire sait qu’au-delà de deux doses, l’atropine est mortelle. C’est pour cela qu’on nous recommandait bien, si on devait jamais administrer une dose à un soldat blessé, de laisser l’ampoule vide bien en vue sur son uniforme, afin qu’une fois celui-ci transporté à l’hôpital, un médecin n’aille pas lui en administrer deux doses supplémentaires, ce qui l’aurait tué immanquablement. Tout cela pour dire que ces articles qui sont supposés recueillir les propos des médecins qui soignent les rebelles ne sont qu’un tissu de mensonges.

Mais revenons à ce qui nous occupe, à savoir la dernière attaque chimique qui a eu lieu, celle pour laquelle Obama et Hollande veulent punir Assad au nom de la morale. On remarquera qu’on nous a surtout montré des enfants. Aucun adulte n’aurait donc été touché ? Où étaient les parents de ces enfants quand les gaz les ont frappés ? Ce sont des questions que je me suis posées mais auxquelles je n’avais pas de réponse. La réponse, horrible, on la trouve peut-être ici :

 http://www.voltairenet.org/article180127.html

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3874

Qu’ajouter après cela ? Ces articles sont-ils mensongers ? C’est possible, mais jusqu’à preuve du contraire je les tiens pour plus véridiques que ceux que l’on trouve dans notre presse. En effet, comme je l’ai déjà dit, Assad n’aurait eu aucun intérêt à utiliser des armes chimiques alors que son armée était tout doucement en train de gagner la guerre. Par contre l’opposition avait tout intérêt à arrêter l’avancée de cette armée en obligeant la communauté internationale à intervenir. Or on sentait Obama assez hésitant sur ce sujet. Malheureusement, il avait prononcé il y a un an une phrase qui se retourne maintenant contre lui. Il avait dit que l’usage d’armes chimiques constituerait une  ligne rouge à ne pas franchir. Il suffisait donc de fabriquer des preuves, d’utiliser des enfants pour cela afin d’émouvoir la planète entière et d’imputer le crime au régime syrien.

Hollande et Cameron, sans même attendre les résultats de l’enquête de l’ONU, décident de partir en guerre. Cameron, cependant, est désavoué par son parlement. Du coup, Obama, qui hésite mais qui n’a pas le choix (car le lobby des armes et le lobby israélien le poussent à passer à l’action), se résigne à intervenir, mais il renvoie la responsabilité de l’attaque à son propre parlement. Hollande se retrouve donc seul, mais fidèle à ses convictions puisqu’il avait déjà annoncé lors de sa campagne électorale qu’il ferait de la chute de Bachar el Assad une priorité de son quinquennat. On ne parlait pourtant pas encore à l’époque d’armes chimiques. En quoi la politique d’Assad menaçait-elle la France ? Je ne dis pas que son régime soit le meilleur qui soit, mais au moins permettait-il aux pratiquants de nombreuses religions différentes de cohabiter en harmonie. Au lieu de cela l’Occident a attisé la haine entre sunnites et chiites, il a armé et entraîné des enragés de Dieu venus des quatre coins de la planète et il leur a demandé de mener cette guerre à sa place. Ceux-ci n’y parvenant finalement pas, il faudra bien intervenir directement. Et pour cela, il faut bien manipuler l’opinion.

 

Mais on pourrait légitimement se demander en quoi l’utilisation  de gaz est plus horrible que l’agent orange répandu au Vietnam  par les Américains ou que les bombes à uranium appauvri utilisées en Irak et en Libye, lesquelles ont contaminé nos propres soldats et qui continuent à contaminer la population de ces pays (voir le nombre effroyable d’enfants qui naissent handicapés). Est-il plus grave de mourir à cause du gaz que de sauter sur une des mines qu’Israël a généreusement laissées derrière lui au Liban ? Tout cela est fort relatif. D’autant que les Américains eux-mêmes avaient fourni à Saddam Hussein tout le gaz qu’il voulait quand il s’agissait de le déverser sur l’Iran (le plus grand crime de ces ennemis des USA étant d’avoir destitué le Shah et d’avoir repris possession de leurs puits de pétrole). Bref, tout cela est fort relatif et on voit que lorsqu’on veut substituer la morale au droit (en attaquant sans accord de l’ONU sous un prétexte humanitaire) il s’agit toujours de la morale du plus fort. 

Syrie

06/09/2013

Qu'est-ce qu'un livre ?


-Est-ce vrai que tu n’as lu aucun de ces livres ?

- Les livres sont assommants.

- Les livres sont des miroirs, et l’on n’y voit que ce que l’on porte en soi-même…

 

 

Carlos Ruiz Zafon, « L’ombre du vent », Grasset, 2004, page 231.

 

Littérature

 

22:55 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

02/09/2013

Le Charroi de Nîmes

On se rend quand même compte, en abordant  une œuvre ancienne comme « Le Charroi de Nîmes », qu’il est parfois difficile d’en saisir le sens exact. Ainsi, dans le cas présent, j’en suis à me demander si cette chanson de geste, comme toutes les autres de la même veine,  vise à glorifier un héros ou si au contraire elle doit être lue au second degré, remettant justement en cause, par l’ironie, les chansons de geste classiques.

Je m’explique.

L’histoire raconte que Guillaume, à qui le roi de France devait tout, est le seul vassal à n’avoir reçu aucun fief en récompense de ses exploits. Furieux, il va s’expliquer avec le roi. Ce dernier tergiverse, puis lui propose de reprendre un fief dont le tenancier est mort. Guillaume refuse pour ne pas déshériter le fils (encore enfant) du chevalier décédé. Alors le roi lui propose d’épouser une veuve qui se trouve à la tête d’un fief. Guillaume refuse pour la même raison (ne pas léser l’enfant issu du premier lit). Finalement, Guillaume se montrant de plus en plus pressant et le roi ne sachant plus que faire, il lui propose un quart de son royaume. Le noble Guillaume refuse de nouveau, tout en rappelant que si Louis est roi, c’est grâce à lui (autrefois, il l’avait fait couronner de force et avait occis les nobles qui s’opposaient à ce couronnement). A la fin, Guillaume trouve lui-même une solution. Puisqu’il n’y a plus de fiefs à distribuer, il ira en conquérir un au détriment des Sarrasins (augmentant du même coup le territoire du roi et celui de la Chrétienté).

Guillaume peut donc être vu comme le vassal idéal. Noble et généreux, il lutte sans arrêt pour son roi et quand ce dernier ne se montre pas à la hauteur de son rôle, loin de le destituer, il s’arrange encore pour accroître son territoire. La chanson de geste pourrait donc être vue comme une apologie de la noblesse, qui doit se montrer respectueuse de l’institution féodale en dépit des faiblesses du suzerain (le roi). En outre, Guillaume n’est pas seulement fort et courageux, il est aussi intelligent puisque c’est par une ruse qu’il parvient à prendre la ville de Nîmes (en appliquant la technique du cheval de Troie)

Mais on pourrait comprendre cette œuvre tout autrement. En effet, elle est pleine d’ironie et doit faire rire les spectateurs qui en écoutent le récit. Ainsi on voit Guillaume entrer dans une colère noire quand il apprend qu’il est le seul à n’avoir reçu aucun fief. Il monte en courant les escaliers du palais et apostrophe le roi qui, à sa vue, se lève (en quoi il sort de son rôle de suzerain, ce qui doit provoquer le rire). A chaque proposition du roi, Guillaume refuse et quitte le palais. Mais à chaque fois il revient et la même scène se reproduit (le roi se lève à son arrivée). Les termes employés sont d’ailleurs identiques :

Voit le li rois, encontre s’est levez,

Puis li a dit : « Guillelmes, quar seez.

-Non ferai, sire dit  Guillelmes le ber,

Mes un petit vorrai a vos parler. »

Dist Looÿs : « Si com vos commandez.

Mien escient, bien serez escoutez

 

Traduction :

L’apercevant, le roi s’est levé à sa rencontre,

puis lui a dit : « Guillaume, asseyez-vous donc.

Non, sire, répond Guillaume le vaillant,

je veux seulement vous dire quelques mots.

A vos ordres, déclare Louis,

à mon avis, vous serez bien écouté.

 

On remarque donc le ridicule de la situation (le roi se lève et obéit aux injonctions de Guillaume). Comme la scène se répète plusieurs fois, elle est franchement comique.  Le roi de France est un personnage ridicule et c’est encore Guillaume qui trouve la solution finale (prendre une nouvelle terre aux sarrasins).

Ce comique de situation, nous le retrouvons plus loin dans le récit. Par exemple, les chevaliers rencontrent un paysan qui revient de Nîmes et ils lui demandent si la cité est bien tenue. Ils veulent savoir si beaucoup de soldats sarrasins en assurent la défense, mais le paysan comprend le terme « tenue » à sa façon et il répond qu’il y a plein de marchandises bon marché à acheter.

Une fois que les chevaliers se sont cachés dans des tonneaux, un des leurs, déguisé en paysan, veut faire avancer les bœufs qui tirent le charriot, mais il n’y arrive pas. Quand enfin ceux-ci se décident à bouger, il les conduit maladroitement dans le fossé.

Enfin, quand les chevaliers français se sont introduits dans la ville de Nîmes, Guillaume, déguisé en marchand, a une conversation des plus comique avec le roi sarrasin, celui-ci faisant allusion à sa propre personne sans savoir qui il a devant lui.

 

Bref, on le voit, le « Charroi de Nîmes » est une œuvre amusante, qui rompt un peu avec le style grandiloquent auquel nous ont habitués des chansons de geste comme la Chanson de Roland. Faut-il donc comprendre qu’elle a été écrite dans le but de se moquer des œuvres antérieures ? Voilà en fait une question à laquelle il est difficile de répondre avec certitude.   

00:01 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

22/08/2013

Littérature du Moyen-Age

Les peuples ont toujours fait les frais des guerres menées par les grands, cela ne date pas d’hier. Les visées politiques, économiques ou religieuses ne tiennent pas compte des destinées individuelles des gens ordinaires. Voir ici, dans « Le Charroi de Nîmes » (chanson de geste du cycle de Guillaume d’Orange datant du XII° siècle) la manière dont les paysans sont mis à contribution sans ménagement :

 

XXXVI

 

Par le conseil que li baron lor done

Li quens Guillelmes fist retorner ses homes

Par Ricordane quatorze liues longues.

Prennent les chars et les bués et les tonnes.

Li bon vilain qui les font et conjoingnent

Ferment les tonnes et les charrues doublent.

Bertran ne chaut se li vilain en grocent :
Tiex en parla qui puis en ot grant honte,

Perdi les eulz et pendi par la goule.

 

XXXVII

 

Qui dont veïst les durs vilains errer

Et doleoires et coigniees porter,

Tonneaus loier et toz renoveler,

Chars et charretes chevillier et barrer,

Dedenz les tonnes les chevaliers entrer,

De grant barnage li peüst remenbrer.

A chascun font un grant mail aporter ;

Quant il venront a Nymes la cité

Et il orront le mestre cor soner,

Nostre François se puissent aïdier.

 

Traduction de Claude Lachet :

 

 

XXXVI

 

Selon conseil donné par ses barons,

le comte Guillaume fit retourner ses hommes

par la voie Regordane, à quatorze lieues en arrière.

Ils prennent les charrettes, les bœufs et les tonneaux.

Les braves paysans qui les fabriquent et les assemblent

fixent les tonneaux et doublent les atelages.

Peu importe à Bertrand si les paysans grognent :

tel qui protesta en fut ensuite tout honteux,

il perdit la vue et fut pendu par la gorge.

 

XXXVII

 

Ah ! si vous aviez vu alors les rudes paysans se démener,

porter les doloires et les cognées,

lier les tonneaux et les remettre complètement à neuf,

garnir de chevilles et de barres chariots et charrettes,

si vous aviez vu les chevaliers entrer dans les tonneaux,

vous auriez pu vous souvenir d’un grand exploit.

On munit chacun d’un grand maillet

afin qu’à leur arrivée dans la cité de Nîmes,

au moment où ils entendront sonner le cor de leur chef, 

nos Français puissent se tirer d’affaire.


Notons que le Charroi de Nîmes est une chanson de geste particulière dans la mesure où le héros Guillaume utilise une ruse et non pas sa seule force pour s’emparer de la ville (qui dans le écit est supposée occupée par les Sarazins). Il demande à ses chevaliers de se cacher dans des tonneaux qu’il introduit ensuite dans la cité en se faisant passer pour un marchand, imitant en cela le grand Ulysse et son cheval de Troie.


littérature,le charroi de nîmes

17/08/2013

Départ

En ce 15 août, le ciel était gris, chez moi. Puis il s’est mis à pleuvoir. Une petite pluie fine, peu abondante, mais qui vous empêche de sortir et vous gâche la journée. Après le déjeuner, pourtant, le soleil est revenu, pointant son nez entre les nuages qui filaient vers l’est.  Allons, tout n’était pas tout à fait perdu ! J’allais pouvoir faire quelque chose de mon après-midi. Mais là, le nez en l’air pour vérifier que les éclaircies prenaient le dessus, il  a bien fallu me rendre à l’évidence.  Dans ces petits morceaux de ciel bleu, il n’y avait plus rien. Les grands voltigeurs noirs n’étaient plus là. Plus de vols gracieux, plus d’acrobaties, plus de cris perçants, plus de rase-mottes au ras des toits. Les martinets étaient partis, marquant irrémédiablement la fin de l’été.

 

Oh, certes, il  y aurait encore de beaux jours, mais ce ne serait plus pareil. La roue venait de tourner et l’été n’en finirait plus d’agoniser lentement. Il venait d’être frappé à mort et n’aurait plus que quelques soubresauts. Le départ des martinets disait à ceux qui savent entendre que l‘automne n’était plus très loin. 

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13/08/2013

Les Barbares

Je suis resté au bord du chemin à les regarder passer.

Ils étaient nombreux, très nombreux, même.

Bottés, casqués, criant, vociférant, ils partaient conquérir Rome, Constantinople ou Jérusalem (peu importe l’endroit, finalement, ces ambitieux ne pensant qu’à s’emparer des capitales du monde).

Ils marchaient, couraient, galopaient, reprenant en chœur des chants guerriers dont les refrains évoquaient la douleur, le sang et la mort.

C’était à celui qui arriverait le premier afin de s’approprier l’or des temples  et de dénuder les dernières vestales.

Assoiffés de richesses et d’honneurs, ils saccageaient tout sur leur passage, ne tolérant pas qu’on pût s’opposer à leur irrésistible ascension sociale.

Ils ont pillé, brûlé, violé.

Ils ont tué, détruit, assassiné.

Quand il n’y eut plus que des cendres là où se dressait notre village, ils sont repartis, plus fiers que jamais, en direction de Rome, de Constantinople ou de Jérusalem.

Et moi, je suis resté au bord du chemin à les regarder passer.

 

litterature

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30/07/2013

La pause continue

Je reviens de vacances, je lis un peu la presse, que j’avais quelque peu délaissée, et je découvre que rien n’a changé. Des attentats en Irak, une guerre en Syrie qui n’en finit pas de finir, des morts en Egypte, entre partisans et opposants des Frères musulmans, et puis des morts par accident (un train en Espagne, un car en Italie). L’actualité est désespérante. Pourquoi en parler ? Quant aux poèmes qu’on pourrait écrire, ils seraient bien trop tristes pour plaire à mes lecteurs. Mieux vaut donc continuer à se taire. 

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11/07/2013

Pause

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04/07/2013

Moby Dick (lecture)

Curieux que ce roman ait souvent été présenté comme un livre d’aventures, dont la version courte a été lue par beaucoup d’adolescents.  Tout le monde connaît l’histoire de ce capitaine qui tente d’attraper une baleine.  Le thème dépasse pourtant de loin ce simple fait. Tout ici, est symbolique et l’histoire racontée a quelque chose d’épique. On peut y voir la lutte du bien contre le mal, le cétacé sortant des abimes ayant tout d’un monstre inquiétant.  L’approche de Melville est quasi mystique et la baleine tueuse incarne aussi le destin qui nous frappe, nous pauvres humains. Dès lors, la chasse que lui donne le capitaine n’est pas une simple chasse, mais une manière pour l’homme d’affronter son destin mortel et de le dépasser.

Les premiers mots du livre sont déjà révélateurs : « Appelez-moi Ismaël » dit celui qui va devenir le narrateur.  Notons que ce « Call me Ishmael » a bien ennuyé les traducteurs, chacun se demandant comment il fallait interpréter ces trois mots.

  • Mon vrai nom n’est pas Ismaël, mais vous m’appellerez  ainsi tout au long de ce récit (et le fait que dans le Bible ce soit le nom du fils d’Abraham, donne déjà un éclairage sur tout le roman. En effet, il s’agit de l’enfant qui a failli être sacrifié par son père pour obéir aux ordres de Dieu, mais qui fut finalement sauvé quand le père était à deux doigts d’exécuter l’ordre divin. Dans le roman, le futur narrateur sera le seul à échapper au naufrage du navire et à la mort)
  • Peu importe mon nom, je suis avant tout un narrateur (manière de dire qu’on est ici dans une œuvre de fiction pure et que tout est inventé, même les prénoms)
  • Appelez-moi familièrement par mon prénom, je vous y autorise. Après tout, nous sommes tous des humains, poursuivis par le même destin qui s’achèvera dans la mort

Un autre problème de traduction est celui de l’animal poursuivi. On parle souvent de baleine, de baleine blanche et même de poisson. Or la bête que le capitaine Achab poursuit est un cachalot et non une baleine au sens strict. En effet, la baleine (la baleine franche) possède des fanons qui lui permettent de filtrer le plancton dont elle se nourrit. Le cachalot, au contraire, est un prédateur muni de dents, qui plonge dans le fond des abysses pour capturer des calmars (y compris des calmars géants dont on ne connaît finalement l’existence que par les tentacules retrouvés dans l’estomac des cachalots capturés). La traduction « baleine blanche » est donc assez mauvaise car en français, la véritable baleine blanche, c’est le bélouga, qui est plutôt une sorte de dauphin et dont la taille modeste n’a rien à voir avec les grands cétacés. Oui, mais me direz-vous, le cachalot n’est pas blanc, il est noir. Certes, mais il faut donc comprendre qu’il s’agit d’un cachalot albinos, autrement dit d’un animal plus que rare, ce qui renforce encore le caractère exceptionnel et singulier de Moby Dick. Notons en passant le fait que ce monstre marin qui personnifie le mal est blanc, couleur traditionnellement associée à la pureté.

En anglais, le terme est « whale ». Dans le roman, il désigne parfois l’ensemble des grands mammifères marins, autrement dit les cétacés.  A d’autres endroits, il désigne plutôt  l’animal qui était capturé par les baleiniers (la baleine, mais aussi le cachalot). Enfin, quand Melville emploie le terme « whale », il pense en fait à « sperm whale », qui est le cachalot. Or la pêche au cachalot est évidemment beaucoup plus dangereuse que la pêche à la baleine, d’abord parce que cet animal peut atteindre vingt mètres de longueur mais surtout parce que, comme je l’ai déjà dit, il possède des dents (famille des odontocètes) et est agressif. En effet, il n’était pas rare de voir un cachalot briser les petites baleinières qu’on avait mises à l’eau pour le capturer.

Pourquoi, me direz-vous, les anglophones emploient-ils le terme « sperm whale » pour désigner le cachalot ? En effet, il existe des cachalots femelles ainsi que des  baleines mâles. En, réalité, le nom « sperm whale » a son origine dans la substance laiteuse qui se trouve dans la tête impressionnante de l’animal (laquelle représente un tiers de son corps).  Cette substance, appelée en français spermaceti  ou blanc de baleines, fournissait un excellent combustible (meilleur que l’huile de baleine).  Le terme vient du grec sperma, graine, et du latin cetus, baleine car on croyait autrefois qu'il s'agissait du liquide séminal de l'animal. En réalité, les scientifiques restent partagés sur l’utilité de cette substance. Certains pensent qu’elle pourrait assurer la flottabilité (en diminuant la température lors des plongées profondes, l’animal modifierait la densité du spermaceti, qui servirait alors de stabilisateur, ses cristaux étant devenus plus denses). D’autres pensent que ce spermaceti servirait plutôt à capter les ondes sonores, le son étant sans doute le  seul moyen de se déplacer dans les abysses sous-marins plongés dans l’obscurité.

Il n’empêche, qu’en employant le  mot baleine blanche, Giono a, à mon avis, commis une erreur lourde de conséquences.  En effet, dans cet univers de marins, on ne rencontre que des hommes (la vie sur le bateau constitue d’ailleurs un microcosme exemplaire car le bateau de pêche reste coupé du monde de longs mois, parfois plusieurs années. Melville insiste d’ailleurs sur ce point. Alors que les bateaux de commerce font des escales pour charger ou décharger leurs marchandises ou pour se ravitailler en nourriture, les baleinières, dont l’activité consiste à sillonner sans arrêt les mers, sont équipées de tout le nécessaire pour ne pas devoir perdre leur temps à mouiller dans un port). Donc, les hommes restent entre eux sur le bateau pendant un ou deux ans sans accoster et leur univers est uniquement masculin. A partir du moment où le monstre surgi des profondeurs est du genre féminin, certains lecteurs francophones pourraient en tirer des conclusions erronées sur le message transmis par Melville. Cette erreur n’existe plus à partir du moment où on dit clairement que Moby Dick est un cachalot et qui plus est un cachalot mâle, ce que révèle sa taille et le fait qu’il vive seul et pas en bande.

Notons en passant que le lecteur du XXI° siècle a un peu de mal à accepter cette chasse à la baleine (ou au cachalot). Pour nous, il s’agit là d’une espèce sympathique en voie de disparition et qu’il convient de protéger. Pour Melville, au XIX° siècle, il n’en allait pas de même et la taille de ces cétacés comme le fait qu’ils plongent à des profondeurs incroyables en faisait de véritables monstres incarnant l’esprit du mal.

Maintenant, j’ai peut-être un peu vite accusé Giono de mauvaise traduction car quelque part le mot baleine est une sorte de générique qui englobe tous les cétacés et qui renvoie à des histoires mythiques comme l’histoire de Jonas, avalé précisément par une baleine. Melville fait d’ailleurs allusion à ce récit biblique, qu’il explique. Jonas ayant refusé d’accomplir les volontés de Dieu (aller prévenir les habitants de Ninive que leur fin est proche s’ils ne se repentent pas et ne se tournent pas vers Dieu), s’enfuit sur un bateau qui se rend à Jaffa. Survient alors une tempête. Les marins estiment que Dieu veut punir Jonas et le jettent à la mer. En effet, la tempête se calme aussitôt. Quant au pauvre Jonas, il est avalé par la baleine, où il reste trois jours (chiffre symbolique) durant lesquels il a le temps de se repentir. La baleine recrache alors Jonas sur le rivage. Le thème est donc celui de la soumission à Dieu et au destin que celui-ci impose, ainsi que le pardon final.

Dans le roman de Melville, ce thème est pour ainsi dire inversé, puisque le capitaine Achab, qui a perdu précédemment une jambe à cause de Moby Dick, veut se venger (et non pardonner). Au lieu d’accepter sa destinée, il veut lutter contre elle et anéantir ce qui pour lui représente la force du mal. Il y a quelque chose de prométhéen en lui puisqu’il va à l’encontre des vérités établies (la force et la férocité naturelles du cachalot). Quelque part, il lutte donc contre les puissances de la mort. Mais pour tuer le cétacé, il est prêt à tout. Les matelots sentent bien qu’ils vont à leur perte s’ils suivent leur capitaine. Ils lui suggèrent plusieurs fois de tout abandonner et de rentrer au pays auprès de sa femme et de son fils. Il refusera systématiquement tout compromis et affrontera Moby Dick durant trois jours (encore ce chiffre symbolique). Il échouera dans sa tentative et sera puni  de son orgueil puisque le cachalot, en fonçant sur le navire, fera couler ce dernier. Le seul survivant sera le narrateur de l’histoire, qui s’accrochera à un cercueil transformé en bouée de sauvetage (tout un symbole).

Il y a quelque chose de biblique dans ce roman. Les références à Noé et à son arche y sont nombreuses. On sait que Noé avait embarqué un couple de tous les animaux pour les sauver du déluge. Seuls les poissons n’avaient pas eu besoin de ses services. Ici, le bateau du capitaine Achab est en permanence sur l’océan, loin de toute côte et peut symboliquement  être assimilé au bateau de Noé. Mais au lieu d’abriter des animaux, il emplit ses cales de l’huile des baleines (ces monstres marins) qu’il a tuées.

La scène finale du bateau qui sombre dans les flots (à l’inverse de celui de Noé) et dont les trois mâts restent un instant visibles, est impressionnante. Un aigle (qui vit haut dans le ciel, près du soleil et qui symbolise le bien, par  opposition à l’obscurité des gouffres sous-marins) est cloué sur le plus haut de ces mâts. A la différence de la colombe de Noé, qui annonçait le pardon de Dieu et l’émergence d’une terre nouvelle, l’aigle va sombrer irrémédiablement dans les abysses sans fond où règne le mal.

L’orgueil et la révolte du capitaine Achab n’auront servi qu’à faire périr son équipage.

littérature,melville,moby dick

 

29/06/2013

Moby Dick

Or, quand ces pauvres marins hâlés, pieds nus, les pantalons roulés hauts sur leurs mollets d’anguilles, eurent péniblement tiré au sec leur gras poisson, se promettant un rapport de cent cinquante livres d’argent sonnant pour son huile précieuse et ses fanons, alors qu’en imagination ils sirotaient déjà un thé de choix avec leurs épouses, et une bonne bière avec les amis sur la foi de la part qui devait leur échoir à chacun, alors s’avança un gentilhomme très savant, très chrétien et très charitable, portant sous le bras un exemplaire de Blackstone et qui, l’ouvrant sur la tête de la baleine, leur dit: «Bas les pattes ! les patrons, ce poisson est un poisson amarré. Je le saisis au nom du Gardien. » À ces mots, les pauvres marins, dans un atterrement respectueux, si spécifiquement anglais, ne sachant que répondre, se mirent à se gratter vigoureusement la tête à la ronde, leurs regards allant lugubrement de la baleine à l’étranger. Cela n’arrangea pas l’affaire pas plus que cela n’attendrit le cœur de pierre du savant gentilhomme -à-l’exemplaire-de-Blackstone. Enfin l’un d’eux, après un long grattage en quête d’idées, s’enhardit à parler :

–S’il vous plaît, sir, qui est le Gardien ?

–Le Duc.

– Mais le Duc n’a rien à voir avec la capture de cette baleine ?

–Elle est sienne.

–Elle nous a donné beaucoup de tracas, nous avons couru des dangers et dépensé de l’argent, tout cela doit-il être versé au bénéfice du Duc ? N’aurons-nous rien d’autre pour notre peine que des ampoules ?

–Elle est sienne.

–Le Duc est-il si affreusement pauvre qu’il en soit réduit à ces extrémités pour gagner sa vie ?

–Elle est sienne.

–Je pensais venir en aide à ma vieille mère infirme sur ma part de ce poisson.

–Il est sien.

–Le Duc ne se contenterait-il pas d’un quart ou d’une moitié ?

–Il est sien.

En un mot, la baleine fut saisie, vendue et M. le duc de Wellington encaissa l’argent. Pensant que, vu sous certains angles, le cas aurait une petite chance d’être un tantinet revu, étant donné les circonstances et à cause de sa rigueur, un honnête pasteur de la ville adressa une pétition au Duc, le priant respectueusement de prendre en considération le sort de ces pauvres marins. À quoi Monseigneur le Duc répondit en substance (les deux lettres furent publiées) que c’était déjà fait, qu’il avait reçu l’argent, et qu’il serait très reconnaissant au révérend de bien vouloir désormais se mêler de ses affaires (à lui, révérend). N’est-ce pas là le vieillard toujours militant, debout au carrefour des trois royaumes pour arracher de toutes parts l’aumône aux mendiants ? 

On aura tôt fait de comprendre qu’en ce cas le prétendu droit du duc sur la baleine lui était délégué par le souverain. Il faut nous demander, dès lors, au nom de quel principe le souverain détient lui-même ce droit. Nous avons déjà parlé de la loi, Plowden nous donne la raison de principe. Selon lui, la baleine ainsi capturée appartient au Roi et à la Reine « à cause de son excellence ». D’après les plus sains commentateurs, c’est là un argument convaincant.

(Herman Melville)

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24/06/2013

Le retour des dictatures ?

On connaissait le pouvoir des banques et de la haute finance et on savait que les gens qui sont derrière ces institutions  s’enrichissent toujours, ce qui n’est pas forcément le cas des citoyens ordinaires. On savait aussi que les banques étaient prêtes à tout pour accroitre leurs bénéfices, mais ce qu’on ne savait pas, c’est que cela se ferait à notre détriment et d’une manière organisée et planifiée.

Je vous propose donc de lire l’article ci-dessous attentivement, il vaut assurément le détour. En gros, on y explique que pour que les banques continuent à faire du profit, il faudrait un peu restreindre les acquis sociaux des citoyens, mais comme ces derniers (ou du moins certains de ceux-ci) ne semblent pas d’accord, il faudrait songer à saper les bases de la démocratie et à mettre en place des régimes beaucoup plus durs, quasi dictatoriaux, pour empêcher toute tentative de révolte.

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3616

Bon, on va me dire que c’est là un article tendancieux, issu des mouvements  d’extrême-gauche. Certes, mais qui peut être certain qu’il ne dit pas la vérité ? Ce qui est sûr, par contre, c’est que notre presse classique (qui est aux mains, justement, de la haute finance) ment sans arrêt. Il suffit de voir les sornettes qu’on nous a livrées sur l’Irak (armes de destructions massives), sur la Libye (6.000 civils tués par l’aviation de Kadhafi) et aujourd’hui sur la Syrie (utilisation de gaz sarin par l’armée régulière) pour se rendre compte que cette presse officielle ment tout le temps. Depuis les USA ont reconnu s’être trompés en Irak (la version des armes de destructions massives provenait d’un opposant et non de l’ONU, opposant qui a ensuite été récompensé pour ses mensonges en devenant  vice-premier-ministre d’Irak). Quant à la Libye, on sait que le vote à l’ONU a été obtenu sur base des déclarations d’un médecin libyen en exil à Genève, lequel se basait sur les dires de ses amis restés en Libye, amis qui depuis, sont évidemment devenus ministres dans le nouveau régime. Bref, ils ont menti pour faire tomber Kadhafi et ont été les premiers bénéficiaires du changement. Pour ce qui est de la Syrie, Carla del Ponte elle-même avait dit que le seul gaz sarin qui avait été utilisé l’avait été par les rebelles eux-mêmes. Malgré cela, des journalistes du  Monde tentent de faire croire qu’ils ont ramené des échantillons de sang qui prouvent l’utilisation de ce gaz par l’armée régulière. Mais les conditions d’acheminement de ces échantillons sont si rocambolesques qu’on a du mal à les croire fiables (n’importe qui ayant pu ajouter n’importe quoi à ces échantillons). De plus les articles de presse relatant les faits sont ridicules : aucune convulsion chez les personnes soi-disant atteintes, mais une irritation des yeux qu’on soigne  par de simples gouttes ophtalmiques. Sans parler des absurdités médicales qui sont écrites, comme ces quinze doses d’atropine administrées au même patient, alors qu’il aurait dû succomber à la troisième dose.

Bref, tout cela pour dire que si mon article du Comité Valmy est tendancieux, il ne l’est certes pas plus que les articles de la presse officielle. Il le serait plutôt moins, car il n’a à défendre que la vérité et des idées, tandis que la presse classique défend les intérêts économiques de certains.

Oui, mais me direz-vous, le Comité Valmy reprend de nombreux articles du Réseau Voltaire, or le Réseau Voltaire, c’est Thierry Meyssan et Thierry Meyssan c’est celui qui soutient que les attentats du 11 septembre 2001 à New-York ont été commandités par ceux qui voulaient justifier l’invasion de l’Irak (invasion qui était par ailleurs programmée bien avant ces attentats).  C’est donc là une hérésie, me direz-vous et cela discrédite le travail de ce journaliste.  C’est en tout cas ce que j’entends autour de moi quand je parle du Réseau Voltaire.

Mais si Thierry Meyssan avait raison ? Après tout sa version n’est pas plus farfelue que la thèse officielle, qui soutient que l’avion qui a percuté le Pentagone s’est « dématérialisé » (puisqu’on n’en a  retrouvé aucune trace), ce qui est quand même difficile à croire. Sans compter que cela n’explique pas comment cet avion  a pu traverser un mur de béton armé en ne laissant qu’un trou de quelques mètres carrés (ce qui ferait plutôt penser à un tir de missile). Mais passons, ce n’est pas le lieu de débattre de ce problème.

J’ajouterai cependant que si les thèses de Meyssan restent des hypothèses (mais plus que crédibles), il est d’autres faits, historiques ceux-là, qui démontrent que ce ne serait pas la première fois qu’un pays tue des innocents dans son propre camp pour soulever l’opinion mondiale en sa faveur. Ainsi, le 08.06.1967, deux jours avant la fin de la guerre des Six Jours, Des Mirage et des torpilleurs israéliens attaquent le navire américain « USS Liberty ». Ce bateau n’était pas armé et se trouvait dans les eaux internationales. On a même tiré sur les canots de sauvetage, afin de ne laisser personne en vie. En effet, le but était d’accuser l’Egypte de Nasser afin  que les Etats-Unis soutiennent Israël dans sa guerre contre le monde arabe. Malheureusement (ou plutôt heureusement), un bateau soviétique croisait dans les parages et a pu relater les faits. Israël a alors évoqué une erreur de tir et les choses en restèrent là (enfin, pas vraiment car l’absence de réaction des Etats-Unis fit comprendre à Israël qu’il avait le soutien inconditionnel de la plus grande puissance du monde).

Ce fait semble incroyable, mais il est pourtant historique et authentique. Dès lors, tous les articles « incroyables » que l’on lit sur les sites du Réseau Voltaire ou du Comité Valmy pourraient bien être vrais eux aussi. En tout cas ils semblent bien plus crédibles que ceux que l’on lit dans la presse officielle. Et dès lors, ce qui est dit plus haut du désir de JP Morgan d’imposer des dictatures en Europe ne devrait peut-être pas être pris à la légère. 


1967, Grèce, mise en place de la dictature des Colonels

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17/06/2013

Village natal (suite et fin)

Elle roula droit devant elle, dans la grande forêt, sans penser à rien. Elle prit des routes au hasard, puis encore d’autres routes, et finalement se retrouva sur une autoroute sans trop savoir comment. Elle roula comme cela une partie de la nuit puis, à un moment donné, exténuée, elle s’arrêta sur un parking. Elle prit une chambre d’hôtel et s’endormit sans faire le moindre rêve. Vers midi, la femme de chambre la tira de son sommeil, lui faisant comprendre poliment mais fermement qu’il était temps de quitter les lieux. Elle mangea un sandwich insipide, but un café qui lui brûla l’estomac, puis elle reprit la route. Elle ne voyait devant elle qu’un long ruban de bitume qui n’avait pas de fin et qui ne menait nulle part. Au  soir, elle était à Montpellier, tout étonnée d’être là.

Elle entra de nouveau dans un hôtel et se retrouva dans une chambre absolument identique à celle qu’elle avait quittée le matin. Là, elle s’endormit et fit un rêve étrange. Elle marchait dans  une forêt et à un moment donné le chemin qu’elle suivait se divisa en deux. Par habitude, elle prit celui de droite, mais un peu plus loin celui-ci se divisa encore en deux et ainsi plusieurs fois de suite. A la fin, elle marchait dans un sentier tellement étroit qu’elle avait du mal à se faufiler entre les arbres. Bientôt celui-ci disparut dans la végétation et elle ne savait plus où aller. Elle prit conscience qu’elle était complètement perdue. C’est alors qu’elle le vit, Lui, à une  centaine de mètres. Il était donc vivant ! Elle essaya de l’appeler, mais aucun son  ne sortit de sa bouche. Lui, de son côté, s’éloignait déjà et bientôt il disparut. Elle tenta de le rejoindre, mais elle se prenait les pieds dans des ronces et ne parvenait pas à avancer.  A un moment donné, elle entendit des voix et se dirigea de ce côté. A la sortie du bois, dans une clairière, des paysans étaient occupés à fumer. Elle leur demanda s’ils n’avaient pas aperçu son ami, mais ils n’avaient rien vu. Elle insista, expliquant qu’il ne s’agissait pas seulement de son ami, mais de son amoureux. Ils la regardèrent, un peu embarrassés, puis expliquèrent que de toute façon, s’il s’était engagé seul dans le bois, il était forcément mort à l’heure qu’il était, à cause des loups qui rodaient sans arrêt dans le coin. A ces mots, elle se sentit vaciller et se laissa tomber sur le sol. Elle se réveilla dans la chambre de l’hôtel, au pied de son lit. Il était neuf heures du matin.

Là, elle se dit qu’il était temps de se ressaisir. Elle se rendit à la cafétéria et mangea deux croissants. Ils étaient excellents et bien croustillants. Elle sentit que la vie reprenait le dessus. Ensuite, elle roula  jusqu’à Béziers et là prit l’autoroute qui remonte vers Paris en passant par le Massif central. Elle s’arrêta plusieurs fois pour admirer les paysages, surtout ceux des Causses, avec leurs grands plateaux désertiques et leurs falaises à pic.

Le soir tombait quand elle arriva chez elle. Après avoir garé la voiture le long de la pelouse, elle prit ses clefs et, machinalement, fit un détour par la boîte aux lettres. Et là, sous quelques publicités, il y avait une lettre. Elle n’y fit d’abord pas plus attention que cela, mais tout en marchant vers la porte d’entrée, elle la regarda distraitement et là elle eut un choc. Elle venait de reconnaître l’écriture. Son écriture ! Ainsi donc elle avait assisté à son enterrement ou plus exactement elle était allée se recueillir sur  sa tombe, puis avait roulé au hasard pendant deux jours, et voilà que pendant ce temps il lui avait écrit ! La main qui tenait la lettre se mit à trembler. Elle ne comprenait plus rien. Il lui fallut plusieurs secondes pour se calmer et réaliser, le cachet de la poste faisant foi, que cette lettre avait été écrite et envoyée avant son décès.

Toujours tremblante, elle ouvrit la porte, alluma la lampe et s’effondra dans un fauteuil. La lettre était devant elle et elle n’osait l’ouvrir car elle savait que c’était la dernière et qu’elle n’en recevrait plus jamais de Lui. C’était un peu comme s’il lui avait écrit de l’au-delà, pour lui faire un dernier petit signe. Après plusieurs minutes, elle se décida à déchirer l’enveloppe et les premiers mots la laissèrent complètement anéantie : « Mon amour, toi pour qui je donnerais ma vie, si tu savais à quel point je t’aime… »

 

Elle resta là, la lettre dans la main, n’ayant plus le courage d’en continuer la lecture. Une fois de plus, désespérément seule. 

Littérature

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09/06/2013

village natal

Elle avait garé la voiture à la sortie du petit bois, et avait attendu là patiemment. Devant elle, la route descendait en pente raide vers le village, longeait le cimetière, puis se perdait près des premières maisons.  L’esprit vide, elle ne pensait à rien. Elle attendait, c’était tout. Elle attendait quoi au juste ? Cela avait-il un sens d’être là ? Oui, bien sûr ! C’est ne pas y être qui aurait été incompréhensible. Dans son esprit, les idées se mélangeaient. Elle regarda les grands bois qui couvraient l’horizon, de l’autre côté du village. Voilà donc la région qu’il aimait tant et dont il lui avait si souvent parlé. Elle n’y était jamais venue. Ni seule ni avec lui. Forcément. On le connaissait ici et même s’il n’y vivait plus depuis longtemps, cela restait son village natal. Qu’est-ce que cela aurait été bon, pourtant, de se promener à deux dans ces forêts sauvages. Quand elle aurait eu peur d’un bruit étrange, il lui aurait pris la main et ne l’aurait plus lâchée. Elle n’aurait rien dit, mais qu’est-ce qu’elle aurait été heureuse, comme cela ! Le soir, ils seraient rentrés à l’hôtel et il aurait expliqué que ce bâtiment était en fait la vieille ferme de son grand-père, laquelle avait été vendue et transformée pour les touristes. La charrue que l’on voyait au milieu de la pelouse avait été tirée par un cheval qu’il avait encore connu, lorsqu’il était enfant. Il aurait parlé pendant des heures de son passé et elle l’aurait écouté, heureuse de découvrir ce qui avait fait ce qu’il était devenu, cet homme à la fois renfermé et généreux, persévérant et pourtant si fragile à ses heures. Puis ils seraient allés dormir dans une chambre aux murs de schistes gris et avant de sombrer dans le sommeil, ils se seraient aimés comme jamais. Au milieu de la nuit, elle se serait réveillée en entendant le hululement d’un hibou, si près qu’on aurait dit que l’oiseau était à l’intérieur de la chambre. Elle aurait souri de sa naïveté et se serait blottie contre lui pour le reste de la nuit. Alors, heureuse, elle aurait rêvé de l’océan et de son enfance à elle.

Elle en était là de ses pensées quand elle les vit arriver. Ils venaient à pied, suivant la voiture noire. Il n’y avait pas beaucoup de monde, une vingtaine de personnes au maximum. Ils marchaient lentement à cause de la pente qui était raide et quand ils furent devant le cimetière, elle vit bien qu’ils étaient tous contents d’être à destination. Alors on sortit le cercueil du corbillard et ils franchirent la petite grille. Ils restèrent là devant le trou qui était creusé. Elle les voyait bien, d’où elle était. Celle qui se tenait à peine debout, c’était sa femme, manifestement. Ses deux filles la soutenaient, toutes fières au fond d’elles-mêmes d’être pour une fois les adultes que leur mère les avait toujours empêchées d’être. Une voiture arriva à vive allure et se gara sur le parking. C’était le curé. Un curé, il ne manquait plus que cela ! Qu’est-ce qu’il aurait dit s’il avait su cela ! Une fois de plus il devrait faire semblant et subir ce qu’on lui imposait. Elle en eut mal pour lui. Il n’y avait pas à dire, ces gens n’avaient vraiment rien compris à ce qu’il était. Un curé !

Elle vit l’homme de Dieu traverser le cimetière au pas de course, tout en passant son étole autour du cou. Puis il dut faire un discours car tout le monde sembla se recueillir un instant. Ce fut bref car déjà il bénissait la fosse et faisait signe aux hommes des pompes funèbres qu’ils pouvaient continuer leur travail. Elle vit le cercueil descendre au fond du trou et quand il se fut immobilisé, il lui sembla entendre le bruit mat de la caisse contre la terre, ce qui était complètement impossible vu la distance. Pourtant, au fond d’elle-même, elle ressentit un choc et elle sut que sa vie venait de s’arrêter.

Après elle ne sait plus. Ils durent tous faire un dernier signe d’amitié envers le défunt et venir présenter leurs condoléances à la veuve et à ses filles. Mais elle ne vit rien de tout cela, son esprit vacillait et était ailleurs. Elle pensait à ces deux jours merveilleux où il avait pu se dérober à la vigilance des siens et où ils étaient allés visiter quelques églises romanes en Auvergne, du côté d’Orcival ou de Saint-Nectaire, elle ne savait plus trop. Qu’est-ce qu’ils avaient été heureux, là-bas !

Quand elle retrouva ses esprits, la foule quittait le cimetière et les fossoyeurs étaient déjà à pied d’œuvre. Quant au curé, il était parti depuis longtemps ! Visiblement, il n’avait même pas proposé à la veuve de la raccompagner jusqu’au village. Bien fait pour elle, elle n’avait pas besoin de l’inviter !

 

Elle attendit encore deux bonnes heures et quand elle vit le soleil qui se couchait à l’horizon, elle lâcha le frein à main et laissa la voiture descendre sans bruit. Le silence était impressionnant. On se serait cru au fond de la mer et elle entendait les battements de son cœur qui frappaient ses tympans, comme si elle avait été à cent mètres de profondeur. Arrivée devant la grille, elle stoppa et attendit encore un peu. Il n’y avait plus personne et à cette heure crépusculaire aucun villageois ne viendrait jusqu’ici. Alors elle ouvrit la portière qui grinça un peu (en fait elle fermait mal. Combien de fois ne lui avait-il pas dit de la réparer !). Elle la referma lentement. La petite grille avait été laissée ouverte. Décidément, ils avaient tous été pressés de partir ! Elle parcourut l’allée principale et très vite se retrouva devant le petit monticule de terre. Alors là, subitement, toutes les vannes s’ouvrirent en même temps et elle pleura comme elle n’avait jamais pleuré. Elle resta là une bonne heure, assise dans l’herbe, suffoquée par les sanglots. Puis elle se releva et regagna sa voiture. Il faisait complètement noir. Dans le  lointain un hibou poussa un cri et elle frémit. C’est à ce moment qu’elle comprit qu’elle était vraiment seule.   


Photo personnelle

Littérature

00:26 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

28/05/2013

Rencontre

J’ai marché des jours et des jours, toujours vers l’ouest.

J’ai marché sans m’arrêter, sur des chemins qui fuyaient sans fin vers l’horizon de mes rêves.

Il y eut des soirs, il y eut des matins.

Il y eut des aubes tristes et des crépuscules flamboyants. 

Parfois, j’avançais courbé sous la force du vent et sur mon visage ruisselait la pluie, comme des larmes d’un autre temps.

Parfois il faisait chaud, étouffant, et dans les lointains s‘élevait sans fin la fumée des pinèdes calcinées.

J’ai marché depuis les commencements du monde, sans m’arrêter.

Je n’avais qu’une idée en tête, celle de te retrouver, mon amour.

 

Et toi, toi, tu t’es mise à marcher vers l’est.

Tu as traversé des rivières et des fleuves, des plaines fertiles et des villes gigantesques.

Tu as contemplé des cathédrales plus hautes que le ciel dont les vitraux ensanglantés disaient la souffrance de tous les peuples.

Sous les voûtes ogivées ou dans l’obscurité des criques, tu as prié à genoux un dieu étranger.

Etendue nue sur les dalles bleues et glacées, le froid déjà gagnait ton cœur quand tout là-haut les grandes orgues se mirent à jouer seules au milieu de la nuit.

Alors tu t‘es levée et tu t’es remise en route.

Tu as marché en aveugle dans les ténèbres et quand soudain la lune est apparue, c’est mon reflet que tu as cru voir dans l’onde d’un étang bleu.

 

Alors tu as souri et tu m’as attendu, assise au bord du monde.

littérature

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24/05/2013

Océan mer

« - Quelquefois je me demande ce que nous sommes en train d’attendre

-    Qu’il soit trop tard, madame. » 

Alessandro Baricco, « Océan mer »

Joli roman que celui-là, plein d’images saisissantes, comme ce peintre qui passe ses journées devant la mer avec son chevalet, et qu’il faut aller récupérer le soir dans une barque, au moment de la marée montante, alors que sa toile est restée désespérément blanche. Il est vrai qu’au lieu de peinture, il n’emploie généralement que de l’eau de mer ! Il y a aussi des enfants qui savent lire dans les rêves des grandes personnes ou un célibataire qui écrit chaque jour une lettre à la femme qu’il espère rencontrer un jour. Le jour où il la trouvera, il a l’intention de lui montrer ces centaines de lettres, empilées dans une boîte, et il ne doute pas qu’elle tombera amoureuse à l’instant-même. 

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21/05/2013

De l'édition (suite et fin)

Une fois ce deuxième manuscrit envoyé, je me suis mis à attendre patiemment. En effet, je savais maintenant qu’il ne fallait pas espérer obtenir une réponse avant une bonne année.   Mais au moins, s’agissant d’un roman, cette fois,  j’étais sûr qu’on ouvrirait le manuscrit (ce qu’on n’avait évidemment pas fait dans le cas des nouvelles) et même s’il n’était pas retenu, on me dirait ce que l’on en pensait. Pour moi, c’était ce qui comptait.

Les mois se mirent donc à défiler les uns après les autres : huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze… J’en avais presqu’oublié que j’attendais une réponse ! C’est alors qu’eut lieu un salon du livre, que dans ma petite région on rebaptisa « Foire du livre », ce qui était assez honnête. En effet, l’ambiance qui régnait là n’avait rien à voir avec le calme feutré des librairies, où l’on entend juste le bruit les pages feuilletées par quelques amateurs de littérature. Non, ici, c’était la grosse foire commerciale, avec des micros qui hurlaient sans arrêt, indiquant aux badauds qu’il y avait des débats qu’ils ne devaient surtout pas manquer et des séances de dédicaces incontournables, qu’il aurait été malvenu de négliger. Il régnait là-dedans un bruit extraordinaire et une chaleur étouffante.  A certains endroits, on voyait une foule compacte se presser  devant un stand dans l’espoir d’avoir un autographe. En se hissant sur la pointe des pieds, on pouvait apercevoir le chapeau moyenâgeux d’Amélie Nothomb… Plus loin, c’était tout le contraire : deux auteurs parfaitement inconnus attendaient patiemment qu’un lecteur éventuel vînt leur prouver qu’ils ne s’étaient pas déplacés pour rien. Mais personne ne venait, manifestement, et pour se donner une contenance ils buvaient une gorgée au verre d’eau qu’on avait déposé devant eux (au cas fort improbable où ils auraient dû parler beaucoup).

Bref, je déambulais dans ce capharnaüm quand, par le plus grand des hasards,  je me suis retrouvé devant le stand de mon éditrice. Bon, elle n’était pas là en personne (en tout cas pas ce jour-là), mais son acolyte était là. Je me suis avancé pour demander s’il était normal de ne pas avoir de réponse après quatorze mois (pas dans le but de faire des reproches, mais simplement afin d’être rassuré. On ne sait jamais. On manuscrit se perd si vite !). C’est alors que quelqu’un de plus pressé que moi me brûla la politesse et vint s’enquérir de son propre manuscrit.

« Et vous vous appelez comment ? »

« XX »

« Oui… et le titre de votre manuscrit ? »

«  ZZ »

« Oui, parfaitement, je m’en souviens très bien. Il est arrivé il y a une bonne année, c’est bien cela ? »

« Seize mois exactement… »

« Oui, mais c’est normal, nous recevons tellement de textes. Mais rassurez-vous, je me souviens parfaitement de ce titre. Je me demande même si je ne l’ai pas revu récemment dans la pile que nous lisons en ce moment. »

Et voilà mon auteur en herbe qui s’en va tout content, certain de recevoir une réponse positive dans quelques jours.

Je me suis alors avancé, j’ai posé la même question et j’ai reçu la même réponse. La différence, c’est que je suis reparti beaucoup moins confiant que mon prédécesseur. Il est vrai que je commençais à avoir un peu d’expérience dans le monde mensonger de l’édition.

Quelques mois se sont encore écoulés et j’ai reçu une réponse : « …n’entre pas dans le cadre de nos collections ». C’était la première fois que je lisais cela. Ce ne serait pas la dernière, malheureusement.

Cependant, cette phrase assassine qui venait de briser tous mes espoirs était suivie d’une autre, beaucoup plus optimiste (ou beaucoup plus perfide, c’est selon) : «  … néanmoins, devant la qualité de certains textes, nous suggérons l’auto-édition. Vous trouverez ci-dessous la maison avec laquelle nous travaillons habituellement ». Suivait alors le nom d’une société parfaitement inconnue de moi, logée à la même adresse que ma chère éditrice.

Bon, j’avais compris. On ne m’éditait pas car mon texte ne serait pas rentable. Cependant, si je le trouvais bon, je pouvais prendre le risque de l’éditer à mes frais.

Aucun commentaire sur les « qualités » supposées du manuscrit, ni d’ailleurs sur ses éventuels défauts. N’étant pas encore complètement déniaisé, j’ai donc écrit un petit mail, où je remerciais pour le temps  qu’on avait consacré à me lire et demandais d’avoir un compte-rendu de quelques lignes. La réponse fut rapide cette fois (elle vint dans les cinq minutes), mais plutôt sèche. En gros, elle disait  : « Nous ne sommes pas des conseillers littéraires et n’avons pas pour habitude de donner un avis détaillé sur les manuscrits. Vu le nombre que nous recevons chaque jour, vous comprendrez aisément, bla bla, bla… ». Dont acte.

Quelques mois passèrent encore et je suis retourné une dernière fois à cette « Foire du livre » (depuis je n’y vais plus, dégoûté par son côté commercial et vente forcée). Et voilà que je retrouve l’acolyte de mon éditrice (elle, toujours absente et lui toujours aussi dynamique). Il expliquait justement à un petit jeune qu’il se souvenait parfaitement avoir vu son manuscrit dans une des nombreuses piles qui s’entassaient dans son bureau. Je n’ai pu m’empêcher de sourire. Comme je restais là, sans rien demander, c’est lui, je crois qui est venu vers moi. J’ai expliqué que non, que je n’attendais plus rien, que j’avais déjà reçu ma réponse et qu’elle était négative. Négative mais ambiguë quand même puisqu’elle disait qu’on n’éditait pas mon texte tout en reconnaissant que le manuscrit n’était pas mauvais (manière assassine de laisser un certain espoir aux pauvres « écrivants »).

 « Et on vous a proposé quoi ? De l’auto-édition ?»

« Ben oui… »

« Et vous avez fait quoi ? »

 « Rien, je n’ai pas accepté. »

 « Vous avez drôlement bien fait, cela ne sert strictement à rien. »

 « … »

 littérature

 

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13/05/2013

De l'édition

 Quand j’ai envoyé mon premier manuscrit (il s’agissait d’un recueil de nouvelles) à un éditeur, j’étais encore bien naïf, m’imaginant qu’avec un peu de chance il pourrait déboucher sur une publication.  L’éditeur en question (en l’occurrence, c’était une éditrice) mit un an et demi pour me répondre … qu’elle ne publiait jamais de nouvelles d’un inconnu.

Un peu furieux, je lui fis aussitôt la remarque par courriel que ce n’était pas la peine d’attendre un an et demi pour me dire ce qu’elle aurait tout aussi bien pu me dire le premier jour.

Curieusement,  elle me répondit, m’expliquant que les nouvelles ne se vendaient pas, qu’elle ne consentait à en publier que si elles avaient été écrites par ses auteurs « maison » et encore, bien à regret et en trichant (en donnant comme titre général au livre le titre de la première nouvelle, mais en se gardant bien de dire qu’il s’agissait d’un recueil de plusieurs récits. Bref, elle essayait tant bien que mal de faire passer pour un roman ce qui n’en était pas un).

Perfide, elle m’expliqua que pour les nouvelles, il fallait mieux d’abord passer par des publications en revue, pour se faire connaître. Et comme par hasard, elle s’occupait justement d’une revue… J’ai vite compris qu’il fallait être abonné si on espérait voir  un jour son texte accepté. Je me suis donc abonné (je vous ai dit qu’à l’époque j’étais encore complètement naïf, à la limite de la sottise). Pendant un an j’ai donc reçu cette revue où je retrouvais les noms de tous les écrivains connus de ma région (je devrais dire « connus régionalement », pour mieux me faire comprendre). Vous voyez, il s’agissait de ces personnes invitées à toutes les réceptions locales, tous les vernissages de peinture, toutes les soirées culturelles organisées par quelque politicien en mal d’être élu, etc. Bref, des gens fort connus par leur nom (dans ma région toujours), mais dont j’aurais été bien incapable de citer le titre d’un livre.

Néanmoins, un an passa et, après avoir renouvelé mon abonnement, le temps me sembla venu de proposer l’un ou l’autre texte. Inutile de dire que je ne reçus jamais aucune réponse, pas même un petit accusé de réception. Manifestement, pour entrer dans la revue qui permettrait de me faire connaître, il fallait d’abord être connu… Passons. Pourtant, lorsque je lisais les textes de certains heureux élus (textes très courts qu’ils avaient dû composer entre deux cocktails et trois réceptions mondaines), ceux-ci ne me semblaient pas si extraordinaires que cela. Comme un thème était imposé pour chaque numéro de la revue, il m’est même arrivé de retrouver des textes qui ressemblaient étrangement aux miens. Non pas qu’il y ait eu plagiat, non, du tout, mais inévitablement, quand on écrit tous sur le même sujet, il arrive qu’on dise à peu près la même chose et dans les mêmes termes.

Je n’oserais dire que mes textes étaient meilleurs que les leurs (ce serait afficher une terrible vanité qui heureusement n’est pas dans ma nature), mais honnêtement je dirai quand même que je ne voyais pas en quoi les écrits de ces célébrités locales surpassaient les miens au point qu’on les préférât pour les insérer dans la fameuse revue. Bon, vous me direz que je suis mal placé pour juger et que ma réaction est celle d’un débutant jaloux du talent des autres. C’est possible et je n’insisterai donc pas sur ce point.

En attendant, le temps passait et j’avais déjà envoyé un deuxième manuscrit à l’éditrice qui tenait la revue. C’était un roman, cette fois. Puisqu’elle aimait cela, elle allait être servie !   

(à suivre).

littérature 

16:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : littérature

10/05/2013

Syrie, la destruction programmée d'un peuple.

Il n'y a rien à dire. Il suffit de regarder ces images pour comprendre. Et n'oubliez pas que nos gouvernements soutiennent et arment les rebelles avec notre argent. Faire semblant de ne pas le savoir, c'est se rendre coupable d'un génocide. 

 

http://www.voltairenet.org/article178364.html

22/04/2013

Anniversaire

En avril, Marche romane fête ses six ans d’existence, ce qui mérite bien quelques jours de pause. Il me semble d’ailleurs avoir tout dit et je risque finalement de me répéter. Quant au sens de tout ceci, il n'y en a pas, probablement. 

Pas de panique. Il y a surtout que l'hiver fut long, très long et qu'en ces premiers beaux jours on préfère jardiner à l'extérieur plutôt que de rester penché sur son clavier. Quand la pluie reviendra, je reviendrai aussi, sans doute. 

22:17 Publié dans Blogue | Lien permanent | Commentaires (6)

16/04/2013

L'ancêtre

C’était une petite vieille. Le soir, vers vingt-trois heures, quand je promenais mon chien, elle était souvent  sur le seuil de sa porte. Ca ne se fait pas trop, dans le quartier, mais elle, qui était d’une autre époque, le faisait. Elle prenait le frais et regardait dieu seul savait quoi, car il n’y avait rien à voir. Sans doute rêvait-elle à toutes les personnes qu’elle av ait connues et qui étaient toutes disparues. En hiver, comme il faisait froid, je ne la voyais pas pendant des mois, mais dès que revenait le printemps, elle était là.  En été, lors des fortes chaleurs, il lui arrivait même de sortir sur le pas de sa porte en robe de nuit. On se disait bonjour (on aurait mieux fait de se dire bonsoir), sans plus, mais il passait entre nous comme un courant de sympathie.

Je ne sais pas pourquoi, mais elle me faisait penser à ma grand-mère, disparue depuis près de vingt ans. Non pas qu’elle lui ressemblât vraiment, mais sa taille, son attitude, la manière dont elle se tenait, la coupe de ses cheveux, son tablier à fleurs, tout cela évoquait pour moi cette personne née avec le siècle, qui avait connu deux guerres, avait eu sept enfants, en avait perdu deux, et dont j’étais un des descendants.

Je passais donc, après avoir salué la petite vieille, et je poursuivais ma promenade accompagné de mon chien. Un chien fidèle, un véritable ami. Un golden retriever doux comme un agneau et qui semblait deviner tous mes états d’âme. Parfois, j’avais même l’impression d’avoir avec lui de véritables conversations.

Mais revenons à la petite vieille. Les saisons passaient, les années aussi, et je voyais bien qu’elle se voûtait insensiblement, qu’elle était moins rapide à répondre à mon bonjour, que son regard était plus vague. C’est sûr, elle ne rajeunissait pas. Puis il se passait parfois plusieurs semaines sans que je ne la rencontrasse, même en été. Sans doute était-elle malade ou hospitalisée. Puis un soir elle réapparaissait et on se disait bonjour, comme s’il ne s’était rien passé.

Un samedi, je l’ai croisée en journée qui traversait la rue pour aller saluer une voisine en face. Là, elle ne me salua pas. Forcément, on n’était pas le soir. Pourtant, son air plus qu’absent et son pas chancelant m’alertèrent. Je me suis retourné et je l’ai aperçue qui gisait à terre. Elle venait de tomber. Je l’ai relevée délicatement. Elle n’a rien dit, pas un mot. J’ai demandé s’il fallait la raccompagner jusque devant sa porte, mais non, d’un geste elle manifesta son intention de poursuivre sa route. Elle traversa donc la chaussée et alla sonner chez sa voisine. Quand je vis qu’elle était entrée sans encombre, j’ai poursuivi mon chemin. Le lendemain soir, elle était de nouveau sur le pas de sa porte, vers les vingt-trois heures, et on se salua comme  d’habitude, comme s’il ne s’était rien passé. Avait-elle seulement conscience qu’il se fût passé quelque chose ou une sorte de pudeur l’obligeait-elle au contraire à faire comme si de rien n’était ?

Je ne sais pas et je n’ai jamais eu la réponse à ma question. Je la voyais de moins en moins souvent, puis un autre hiver est arrivé et elle a disparu come d’habitude. Au printemps suivant, cependant, elle n’est pas réapparue. Par contre, un jour, son trottoir s’est retrouvé rempli de vieux meubles empilés et de boites en carton. Voilà tout ce qui restait d’elle. Ces quelques babioles accumulées au cours de toute une vie et qui pour elle, sans doute, avaient l’importance que donnent les souvenirs. Elle si discrète, qu’aurait-elle pensé en voyant tout son intérieur étalé là au grand jour, sans pudeur aucune, avec même une sorte de mépris pour tous ces meubles d’un autre âge ? Pourtant je suis certain que ces meubles, elle les avait frottés, polis, lustrés pendant plus de soixante ans.

J’ai continué ma promenade, car mon chien s’impatientait et me tirait en avant. Tout en marchant, je me disais que c’était bien peu de choses, une vie. Cela se résume à quelques meubles démodés sur un trottoir.

Quelques semaines se sont encore passées et la maison a été à vendre. Puis quelqu’un a entamé des travaux de rénovation. On a mis de nouveaux châssis avec des vitres noires teintées, comme dans les grandes tours qui abritent le siège des banques, dans toutes les capitales européennes. Ce côté moderne et occulte m’a un peu agacé, mais qu'y faire ? Il faut bien vivre avec son époque. Après tout nous sommes dans une société du mensonge et ces vitres opaques, destinées à cacher ce qui se passait désormais à l’intérieur de la maison, étaient en harmonie avec le siècle.

Il s’est encore passé un an ou deux depuis que la petite vieille avait disparu. Je marchais moins vite, à cause de mon chien qui commençait à traîner la patte et que je devais maintenant tirer doucement pour qu’il me suive. Puis un jour il n’est plus parvenu à marcher du tout et il s’est même mis à vaciller dans la maison. Alors il a fallu  se résigner à le conduire chez le vétérinaire, qui lui a fait sa dernière piqûre. Pour ne pas remuer inutilement des souvenirs trop durs à gérer, je suis allé porter à la déchèterie son vieux panier (qu’il avait mordillé allègrement quand  il était jeune et dont les bords portaient encore des traces de dents.) et quelques ustensiles désormais inutiles. Dans le coffre de ma voiture, cela faisait un tas insignifiant, comme les meubles de la petite vieille. Qu’on soit homme ou chien, voilà finalement à quoi se résume toute une vie. 

Littérature

00:05 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature

11/04/2013

Aube

Sur la plage déserte, en ce matin du monde, nous cheminions.

La mer s’était retirée très loin, vaincue après ses assauts de la nuit.

 

Tandis que sur le sable nos pas laissaient des empreintes improbables,

Dans le ciel pur, un oiseau blanc passa,

Lançant un cri unique.

 

Puis ce fut le silence.

Le grand silence des origines,

Celui qui régnait avant l’apparition de l’homme.

 

Nous poursuivîmes notre route, savourant secrètement le monde et son premier matin.

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19:33 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature

05/04/2013

Tempus fugit

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges

Jeter l'ancre un seul jour ?

 

Ces vers bien connus de Lamartine, souvent découverts à l’adolescence, me semblent petit à petit prendre un sens bien concret. Les saisons défilent, les années passent, et nous emportent avec elles. C’est là, certes, un lieu commun. Il n’empêche que la vérité est là. A peine le sapin de Noël a-t-il été rangé que Pâques est déjà derrière nous. On attend l’été, qui passera comme un éclair et déjà les frimas de novembre seront là, avec leurs brouillards glacés.., Une année sera passée sans que nous ayons pu jeter l’ancre et nous arrêter un instant. Notre navire file tout droit vers l’horizon, vers le grand mystère des limites du monde.   


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29/03/2013

La lettre

Je t’ai écrit trois mots, rien que trois mots.

Je les ai écrits à la main, lentement, au stylo, avec une belle encre bleue, puis j’ai signé de mon prénom.

Ils n’occupaient pas beaucoup de place, mes trois petits mots, au milieu de la page blanche.

Ils semblaient même un peu ridicules, alignés comme cela, avec tout ce vide autour d’eux.

Pourtant, en les relisant, il m’a semblé qu’ils disaient tout, tout ce que j’avais à te dire.

Alors j’ai plié la feuille en quatre et je l’ai glissée dans une enveloppe.

Ensuite, cette enveloppe, je l’ai collée avec ma langue, lentement, et c’était comme un baiser qui n’aurait pas eu de fin.

Un baiser humide, volé à la saveur salée de tes lèvres.

J’ai écrit ton nom, celui qui hante mes songes, ainsi que ton adresse, que je connais par cœur.

Puis j’ai mis un timbre, un beau timbre avec l’océan, une plage immense, et tout le ciel bleu de mes rêves.

Il ne restait plus qu’à poster ma lettre.

Je suis sorti au milieu de la nuit, la neige tombait et il faisait froid.

En me retournant j’ai vu les traces de mes pas sur la terrasse : trois petits points noirs au milieu du grand tapis blanc.  

littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

26/03/2013

De la publicité

Quand on y réfléchit bien, ce ne sont plus des produits que le discours publicitaire nous vend. En effet, j’ai déjà chez moi tous ceux  dont j’ai besoin, donc pourquoi irais-je en acheter d’autres ? Parce qu’ils seraient meilleurs ? Mais ils ne le sont pas et je le sais. Donc il a fallu miser sur autre chose, pour tenter de me convaincre. Et cette autre chose, c’est l’ambiance et le rêve. Nivea n’est pas seulement une crème, c’est d’abord un moment de douceur partagé entre une mère et son enfant, dans une ambiance familiale pleine de tendresse. Tel shampoing n’est ni meilleur ni plus mauvais qu’un autre, mais il renforce l’éclat de vos cheveux, Mesdames et donc vous rend irrésistibles. Comme le déodorant Axe vous rend plus virils et plus attractifs, Messieurs. La publicité fait donc appel à ce que nous voudrions être, des espèces de surhumains qui auraient toutes les qualités pour séduire et donc pour plaire. Car derrière tout cela, il y a l’amour et la tendresse, que chacun espère et qu’il n’a pas toujours, dans ce monde égoïste réglé par le rendement, la performance et la compétition.

Le produit qu’on veut me vendre serait donc un moyen que je n’aurais qu’à saisir pour atteindre ce rêve qu’est l’amour ou du moins l’amitié (ah, ces fromages de chèvre qu’on déguste entre amis sur la terrasse d’une vieille ferme provençale un peu rustique !). On me vend donc de l’immatériel et on fait appel à mon besoin d’affection et de partage pour me le vendre. Le paradoxe, c’est que cette société marchande, basée uniquement sur l’argent, fait justement bien peu de cas de l’amour et des relations humaines en général puisqu’elle nous demande avant tout d’être performants dans notre travail et d’être de bons consommateurs à titre privé. Ces relations humaines qu’elle détruit sans état d’âme, elle les emploie dans la publicité pour nous faire acheter ces satanés produits dans le seul but est d’enrichir encore plus quelques privilégiés avides d’argent. Mais comme elle sait que nous souffrons de carences affectives dans cet environnement uniquement composé d’objets commerciaux sans intérêt (environnement qu’elle a créé elle-même et qu’elle nous a imposé), elle en profite pour nous faire rêver à ce que nous avons perdu à cause d’elle et cela dans le seul but de vendre encore et encore.

Triste époque.

21/03/2013

Devinette

Je suis à la fois un militaire et un écrivain. J’ai écrit de nombreux livres dont un au moins est mondialement connu, ce qui ne veut pas dire que les gens l’ont lu. J’ai rédigé également un petit traité où j’expliquais que l’Etat devrait se procurer les moyens de venir en aide aux pauvres. Pour ce faire, je suggérais de favoriser le commerce, mais aussi de permettre à l’Etat de s’enrichir en s’adonnant lui-même à des activités commerciales, comme le secteur privé le fait. Par exemple, il suffirait de créer une flotte nationale qui acheminerait les denrées des pays étrangers pour les revendre aux citoyens. Les bénéfices ainsi obtenus rempliraient les caisses publiques. Une autre solution serait  de ne pas laisser l’exploitation des mines au seul secteur privé. L’Etat pourrait très bien exploiter lui-même les gisements et l’argent ainsi gagné permettrait de réaliser de grandes choses. Je trouve qu’en ce début de XXI° siècle où le libéralisme sauvage fait des ravages, les dirigeants européens feraient bien de s’inspirer de mon ouvrage.

Qui suis-je ?

00:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : littérature

19/03/2013

Promenade hivernale

 

 

littérature

Photo personnelle 12.03.13

 

Il avait beaucoup neigé, ce jour-là et j’en avais profité pour aller me balader. Tant qu’on est en ville, ce n’est pas très gai, la neige. A cause des camions de sel qui étaient passés sur la chaussée, tout était déjà en train de fondre sur les trottoirs et le beau tapis blanc s’était transformé en une sorte de boue infâme dans laquelle il n’était pas facile de marcher. Dans d’autres rues, là où les camions n’étaient pas passés, c’était le contraire : la neige s’était tassée sous les milliers de pas qui l’avaient foulée et elle n’était plus qu’une plaque de glace inégale, où le passant cheminait comme il pouvait, craignant à chaque instant de glisser et de tomber. Bref, il me fallut atteindre les champs  pour pouvoir enfin progresser dans une belle poudreuse immaculée.

Et là, ô joie ! J’étais le premier à emprunter ce chemin campagnard, bien qu’il fût déjà plus de midi. J’adore marcher dans la neige vierge. J’ai l’impression, alors, d’être seul au monde, comme si l’humanité entière avait disparu. Je suis un peu sauvage de nature, c’est mon tempérament, on n’y peut rien. Je crois que cela ne m’aurait pas déplu d’être comme Robinson, perdu sur une île déserte (pour autant, bien entendu, que j’aie pu récupérer quelques livres dans l’épave de mon bateau). Alors, ici, le fait d’être le premier à fouler cette neige encore intacte m’enthousiasmait au plus au point. Il me semblait habiter une contrée sauvage, à mille kilomètres de toute habitation. Pour un peu, je me serais cru dans le grand nord canadien et si un loup avait surgi devant moi je n’aurais pas été plus surpris que cela. Je me suis peut-être trompé de siècle et de race et j’aurais dû naître algonquin ou iroquois (et cela avant que les hommes blancs ne viennent les massacrer, bien entendu). Cette existence primitive dans des paysages immenses et désertiques m’aurait assez bien convenu, je crois.

Tout en marchant, je me disais que nous restions tous des enfants, finalement, quel que soit notre âge. Il suffit d’un peu de neige pour que tout notre sérieux s’envole et que toutes les conventions sociales soient mises de côté. Je me retrouvais là, sur ce chemin tout blanc, comme si j’avais eu six ou sept ans, et j’étais tout simplement heureux. Je m’étonnais de voir que la neige était plus haute que mes chaussures de marche, je m’extasiais en contemplant l’empreinte de mes pas, j’admirais les congères qui s’avançaient au milieu du chemin, hautes de plus d’un mètre.

Dans une prairie, des chevaux étaient là, immobiles, tournant stoïquement le dos aux bourrasques de neige. Je les ai regardés un moment. Les pauvres semblaient avoir bien froid et dans leurs yeux j’ai cru lire une sorte de résignation, comme s’ils s’étaient fait à l’idée que le printemps n’arriverait plus jamais.  

A un certain moment, j’ai obliqué vers le bois, d’abord parce que j’adore la forêt et puis aussi pour me mettre à l’abri de ce fichu vent d’est, qui soufflait en rafales de plus en plus fort et qui commençait à devenir franchement désagréable. Là, la neige était plus abondante que sur le plateau, parce que le vent, justement, ne l’avait pas emportée et elle était restée là où elle était tombée. C’est donc un beau tapis immaculé de plus de vingt centimètres que je foulais, tout en épiant les traces éventuelles d’un chevreuil ou d’un sanglier. Mais non, le bois semblait inhabité et un silence impressionnant m’entourait. A part quelques empreintes discrètes laissées par un merle au pied d’un arbre, on ne voyait rien d’autre que cette étendue blanche qui recouvrait tout, aussi loin que le regard pouvait porter.  Quant à l’emplacement du chemin, il était de plus en plus difficile de le distinguer. Une ou deux fois, j’ai dû m’en écarter, mais comme je connais bien le coin, je parvenais quand même à m’orienter grâce aux arbres et aux rochers et j’arrivais finalement où je voulais arriver : au croisement près du bois de mélèzes, au petit pont sur la rivière, aux gros rochers de schiste échoués là comme de grosses baleines noires en perdition.

J’ai marché comme cela une bonne heure, heureux comme je n’avais plus été depuis longtemps. A un moment donné, je suis arrivé à un endroit où le sentier rejoignait une piste forestière. Faite pour laisser passer les véhicules, celle-ci était relativement large, suffisamment en tout cas pour que le vent ait pu  emporter la neige, dont l’épaisseur était ici bien moins importante que dans le bois. Du coup, à droite et à gauche de la piste, on distinguait une couche de glace. Celle-ci devait correspondre aux ornières que les camions de débardage avaient laissées et qui étaient habituellement remplies d’eau. Par prudence, je me suis mis à marcher au milieu du chemin. Je n’avais pas envie, en effet, que la glace cédât sous mon poids. Me retrouver en train de patauger dans une flaque d’eau par ce temps glacial n’était pas trop conseillé. Je faisais donc bien attention où je mettais les pieds quand j’ai remarqué des traces de pas qui provenaient d’un sentier latéral et qui se concentraient elles aussi au milieu de la piste. J’avais d’abord été contrarié en découvrant la présence d’un humain dans cet endroit désert, mais en observant ces empreintes, qui étaient étroites et menues, j’en déduisis aussitôt qu’il s’agissait d’une femme. Je me demandais à quoi celle-ci pouvait bien ressembler. En attendant, je m’amusais à observer les endroits où elle était passée. Quand la glace sur les bords était étroite ou inexistante, les pas avaient tendance à emprunter le côté droit de la piste, mais ils revenaient vite au centre dès que la glace s’élargissait et qu’au milieu l’espace correspondant au sol dur se rétrécissait d’autant. A certains endroits, il ne restait plus que vingt centimètres pour se faufiler entre ces flaques d’eau traitresses, méchamment dissimulées sous leur fine pellicule de glace. Cela m’amusait de mettre mes pas dans ceux de l’inconnue et de savoir qu’elle avait raisonné comme moi quant aux endroits où il convenait de poser le pied.

Parfois je me retournais et je trouvais mignons nos deux pas confondus, tandis que devant, ses traces solitaires me montraient le chemin à suivre. Je me demandais comment tout cela allait finir et si j’allais avoir la chance de rencontrer mon inconnue. J’en étais déjà à imaginer un début de conversation quand je suis resté stupéfait. J’étais arrivé à un endroit où la glace occupait l’entièreté du chemin. Et les pas s’étaient arrêtés là. Ils n’allaient pas plus loin. A gauche et à droite du sentier, la neige était immaculée et vierge. Qu’était devenue la promeneuse solitaire ? Où avait-elle disparu ? Je me mis à écouter le silence de la forêt. Il était impressionnant ! Sans le vouloir, je me suis mis à trembler et inconsciemment mes yeux restaient fixés sur une ouverture dans la glace, au milieu du chemin, une ouverture à travers laquelle on apercevait une eau noire et glacée, immobile et inquiétante.  

Littérature

 

Photo personnelle, 12.03.13

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15/03/2013

Solitude

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Photo personnelle, 12 mars 2013 

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13/03/2013

Réflexion...

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs 

 Article 35 la Constitution de 1793

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12/03/2013

Expression "à fond de cale" (sept centième note de Marche romane)

Au début de cette année, on avait pu lire ici une petite nouvelle que j’avais intitulée « A fond de cale ». Un lecteur attentif m’avait fait remarquer que cette expression, qui au départ désignait bien la punition d’un marin (lequel restait au secret, enfermé dans la cale),  pouvait également signifier pour une voiture le fait d’aller très vite : « Il roulait à fond de cale » Il ne voyait pas bien et moi non plus, à vrai dire, comment on avait bien pu passer d’un sens à l’autre. Depuis, j’ai entrepris quelques recherches et j’ai trouvé ce qui suit.

« Fond » est issu du latin classique « fundus-i » (le fond d’un objet), qui a donné « fundus-oris » en latin populaire, puis « funz » (1080) et « fonz » ou « fons ». Ensuite, on a accolé à ce mot un « d » étymologique, histoire de rappeler d’où venait le mot (et peut-être aussi, me dis-je, pour le distinguer de « fons », fontaine).

Désignant le fond d’un objet, notre substantif signifiait donc aussi la limite, le point extrême de cet objet, d’où des expressions comme « le fond de la misère », « le fond des choses »

Le « fond » est donc l’élément véritable d‘un objet, celui qui est caché à la vue mais qui en constitue la réalité essentielle (voir « le fond des choses », révéler « le fond de sa pensée »).

De cet emploi, viendraient les expressions « au fond » (en réalité) et « dans le fond »

« A fond » reprendrait quant à lui l’idée d’extrémité, mais on serait passé de l’idée de profondeur maximale à celle de grande intensité. D’où « à fond de train » (à toute vitesse).

D’où l’expression récente « à fond la caisse » pour parler d’une voiture (une « caisse ») qui roule non seulement à vive allure, mais même au maximum de sa vitesse.

Notez qu’il ne faut pas confondre « fond » et « fonds ». Ce dernier terme correspond à un emploi particulier de « fond », à savoir la terre cultivée ou sur laquelle on bâtit. De Là, il a désigné les immeubles ou les meubles incorporels (« fonds de commerce ») et par extension le capital dont on dispose (« être en fonds », « à fonds perdus », « fonds publics », etc.)

Mais revenons à notre « fond ». Si on comprend l’expression « à fond la caisse », on comprend moins d’où peut venir « à fond de cale ».

Penchons-nous un peu sur ce mot.

Il faut savoir tout d’abord qu’au même mot « cale » en français, correspondent des étymons différents :

Un étymon germanique

  1. « Cale » viendrait du germanique « keil ». L’idée serait de germer, de pousser et donc de fendre (comme la graine qui fend la terre). Le mot désigne un morceau de bois (préalablement fendu) qu’on place sous un objet pour le mettre d’aplomb.
  2. Par extension, on a l’idée d’être installé confortablement (« se caler les joues», « avoir l’estomac bien calé »)
  3. L’idée de rendre fixe est réalisée dans le domaine technique avec un objet désignant une pièce ou une machine. (« caler le moteur »)
  4. Quand on parle d’une personne, le sens renvoie plutôt à une défaillance (« elle a calé sur ses maths »).  

Un étymon grec

  1. Le verbe « caler » viendrait du grec khalan (détendre, se relâcher et plus spécifiquement abaisser le mât d’un navire), via l’ancien provençal « calar » (tendre les filets de pêche). Appliqué à la langue nautique, il désignait bien le fait d’abaisser la voile d’une embarcation.
  2. Le verbe a désigné aussi en moyen français le fait pour un bateau de couler (mais ce sens a été perdu)
  3. Dès le XIII° siècle, on trouve le mot « cale », formé sur « caler » (descendre, abaisser). Il désigne l’endroit où les marchandises sont descendues. Le syntagme « à fond de cale » renvoie donc à la partie la plus basse de la partie immergée d’un navire.
  4. Le supplice de la cale consistait à suspendre un marin à bout de vergue et de le plonger (caler, descendre) plusieurs fois dans l’eau, où il se retrouvait immergé.
  5. Le mot « cale » a désigné aussi la partie en pente d’un quai (qui permettait de descendre le navire dans la mer). D’où l’expression figée « en cale sèche».
  6. Le « calage », quant à lui, a d’abord désigné le fait de baisser les voiles d’un navire, puis, assez logiquement, le fait pour ce navire de rester immobile. On retrouve ce sens dans « caler le moteur d’une voiture », mais dans ce cas il y a confusion avec le premier étymon de cale (enfoncer, ficher une cale comme un coin).          

Le participe passé « calé » qui avait le sens de « dans une bonne position » a fini par prendre le  sens de doué (« il est calé en histoire »). « Recalé », par contre, désigne le fait d’avoir échoué à un examen.

Bref, tout cela, c’est très bien, mais nous ne savons toujours pas d’où vient l’expression « à fond de cale » pour désigner la vitesse excessive d’une voiture.

« A fond », on l’a compris, désigne l’intensité, en l’occurrence ici la vitesse maximale que peut atteindre la voiture (de l’endroit le plus profond, on est passé à l’idée d’intensité). Mais pourquoi « cale » ? Je me demande si l’idée ne serait pas que le moteur serait « calé » à fond, au maximum de son régime, le pied restant en permanence sur l’accélérateur enfoncé au maximum. A moins qu’il ne faille passer par les cale-pieds des vélos de course, le pied étant solidement rivé (et pour ainsi dire attaché) sur les pédales afin que toute la force du cycliste puisse être utilisée pour donner de la vitesse au vélo.

Si quelqu’un a une autre idée, elle est la bienvenue.

A fond de cale

08/03/2013

Pluie nocturne

Toute une nuit durant, la pluie est tombée drue,

Drainant des pierres vers la rivière en crue.

Sur le petit sentier qui monte à la maison,

Elle a effacé toutes les traces,

Même celles de tes pas…

Ces traces que je contemplais depuis des jours,

Depuis que tu n’es plus venue me voir.

20:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature