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09/09/2015

Qui dira ?

 

Qui dira la beauté des levers de soleil sur la mer ?

Qui dira la grandeur des montagnes couronnées de neige ?

Qui dira les sauts espiègles de la rivière bleue sur les rochers noirs ?

Qui dira la chanson du vent dans les grands peupliers ?

Qui dira la rumeur du blé ployant sous le vent brûlant de juillet ?

Qui dira le crépitement de la pluie sur le toit, les nuits d’orage ?

Qui dira le hululement de la chouette invisible au cœur des ténèbres ?

Qui dira le chant de l’oiseau perché sur sa branche ?

Qui dira l’odeur des fleurs qui embaument  dans le sous-bois ?

Qui dira la couleur des épilobes  groupés dans la clairière ?

Qui dira la saveur de la myrtille bleue qu’on cueille dans la lande ?

Qui dira la noblesse des grands cerfs noirs dans la forêt profonde ?

Oui, qui dira tout cela ?

 

Littérature

 

 

 

 

 

16:59 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

02/09/2015

Jeanne R. "A l'ombre des désirs"

Jeanne R. est le nom d'auteure d'une dame lyonnaise publiée chez Chloé des Lys (qui, pour rappel, est aussi mon éditeur). Elle m'avait fait l'honneur de lire mon roman "Obscurité" et en avait donné une critique que j'avais appréciée. Je ne pouvais faire moins que de lire son propre livre, un peu embêté, cependant, à l'idée de rentrer dans un système de copinage. En effet, l'avantage des blogues, c'est qu'ils sont souvent plus honnêtes que la presse officielle (y compris les pages littéraires) et je n'aurais pas voulu déroger à cette règle. Heureusement, je n'ai pas eu à me forcer. Son livre m'a plu d'emblée et c'est donc sans me sentir obligé que j'ai rédigé les quelques lignes qui suivent, que Jeanne R lira ou pas, selon qu'elle fréquente ou non ce site.

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En-dessous du titre, l’auteur annonce d’emblée la couleur en précisant que son livre est un « récit romanesque ». Comme le souligne bien le professeur d’université qui a rédigé la préface, la distinction a son importance car on ne trouvera pas dans ce récit  une succession chronologique et logique des faits. Cela ne veut pas dire non plus qu’il ne se passe rien, bien au contraire, mais disons que les faits ont moins d’importance que le cheminement intérieur de l’héroïne (Louise) qui se pose pas mal de questions. Car le centre de ce livre est là : une suite de questionnements sur la vie, la mort, le hasard et surtout l’amour. Qu’est-ce que vivre, en effet ? Là où Sartre disait que l’existence précède l’essence, Jeanne R. nous dit plutôt qu’on ne vit pas sans aimer et que sans grand amour la vie ne mériterait sans doute pas d’être vécue. Mais ce postulat engendre à son tour d’autres questions : ne peut-on aimer qu’un seul être ? Est-on infidèle si on aime deux hommes à la fois ? Pas forcément, si ce que l’on donne au second n’enlève rien au premier. L’héroïne tâtonne, hésite, puis trouve que son accomplissement personnel passe par cette voie, que la morale chrétienne réprouverait sans doute, mais qui lui permet de poursuivre son chemin et de profiter pleinement de la vie. On ne trouvera cependant pas ici d’épicurisme de bas étage. Ce n’est pas le plaisir pour le plaisir qui est recherché, mais celui-ci doit être compris comme l’aboutissement de l’amour et donc comme la concrétisation de cet amour. Or cet amour éclaire sa vie de femme et sa vie tout court. Elle se donne donc le droit de s’y abandonner au nom de sa morale personnelle (mais en prenant bien soin, toujours, de ne pas blesser le premier homme, ce compagnon avec qui elle vit par intermittence et qu’elle adore lui aussi. En effet, « plurielle dans ses amours (…) elle était foncièrement fidèle »). 

 

Comme elle est de nature questionneuse, Louise poursuit sa réflexion : si je suis heureuse dans les bras d’un homme, est-ce à dire que mon bonheur dépend d’autrui ? Elle prend du coup conscience de la fragilité de l’équilibre atteint et quand son amant se montrera soudainement moins présent (soit par manque de temps, soit parce qu’il se pose des questions lui aussi sur la pertinence de cette relation extra-conjugale), elle se mettra à souffrir. Elle a besoin de lui mais sent qu’il s’éloigne. Comment faire pour le faire revenir ? Impossible de lui ordonner de l’aimer. Ne rien faire, le laisser partir, c’est faire son propre malheur. Alors, subtilement, elle parlera du « nous » que constituait le couple d’amants et dira à l’être aimé combien ce « nous » était important pour elle et sans doute pour lui aussi. Il reviendra, attiré irrésistiblement par cette Louise peu commune, qui n’arrête pas de se poser mille questions, mais qui ne pourrait pas vivre sans se les poser. Mais que faire quand une question ne trouve pas de réponse ou que la réponse provisoirement trouvée est remise en doute le lendemain ? Peu importe, finalement, car vivre, c’est s’interroger sans fin. Et toujours, l’amour reste la meilleure grille de lecture pour définir sa propre vie. « Jusqu’où puis-je aller sans me perdre quand je suis amoureuse ? » se demande cependant l’héroïne. Car aimer, c’est se donner complètement à l’autre et donc se perdre soi-même. Or sans amour la vie n’a pas de sens. Curieux paradoxe, donc.

Notons que notre Louise est une artiste peintre et qu’elle cherche par ses toiles à capter (ou même à capturer) la beauté du monde. Là aussi, il s’agit donc d’une recherche d’équilibre, car son pinceau en main, elle tourne le dos au côté sordide de la vie pour n’en conserver que la quintessence absolue, la beauté première, celle qui nous fonde. C’est pour cela aussi qu’elle a besoin de l’amour des hommes, pour trouver cet équilibre existentiel qui lui permet d’avoir ensuite un regard positif sur ce monde qui l’entoure et qu’elle semble parfois seule à voir. Privilège des artistes s’il en est. Ou privilège d’une femme amoureuse, tout simplement.  

Ce livre qui traite si bien de l’amour devrait plaire d’office à toutes les femmes. Quant aux hommes qui aimeraient être aimés (ce qui fait déjà pas mal de monde), il ne les laissera pas indifférents. Personnellement, j’ai adoré, sans compter que l’écriture est limpide et agréable à lire.

 

Littérature

16:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

16/08/2015

Fuite en avant

La route est devant lui. Il roule. A chaque rond-point, deux ou trois possibilités s’offrent à lui. Il en choisit une au hasard. Il roule et le paysage défile : des champs, des bois, des villages. Encore un embranchement, encore un rond-point. Il roule toujours, sans réfléchir, sans savoir où il va.

Le décor change, les prés deviennent vallonnés, à l’horizon se dessinent des montagnes. Le voilà dans les premiers contreforts, mais il ne s’arrête pas, il roule. Les virages sont maintenant en épingle à cheveux mais il continue, sans savoir où il va, ni où il veut aller. Il fuit. Il fuit sa vie trop pesante et qui n’a plus de sens. Il roule. Le voilà au sommet d’un col. Au loin, sur les cimes, on aperçoit de la neige, que le grand soleil d’été n’est pas parvenu à faire fondre. Pourquoi s’arrêter là ? Cela n’a pas plus de sens ici qu’ailleurs. Alors il roule.

La route maintenant descend et la voiture est embarquée dans une suite vertigineuse de virages en épingle à cheveux. Dans le rétroviseur, il voit la montagne et les dernières neiges qui resplendissent au soleil couchant. Il continue. Le voilà dans la plaine. Il fait chaud. Les vitres sont ouvertes et on entend les cigales qui crient dans la chaleur de l’été. Ici est un autre pays, un pays qu’il ne connaît pas. Là-bas, sur sa droite, à l’horizon, le soleil disparaît lentement. Il fait toujours  torride. Il roule.

Voici des vergers à l’infini, puis des oliviers et enfin des vignes. Des vignes à perte de vue qui s’enflamment dans le soleil couchant. Il roule encore. Le terrain est de plus en plus plat. A la lueur des phares, il distingue une sorte de maquis : des buissons, des broussailles, quelques chênes verts. Il roule. Sa vie est derrière lui, vide de sens et lui il est parti. Il est parti comme cela, sur un coup de tête. Il est parti chercher un ailleurs improbable, un ailleurs où il pourrait enfin respirer et se sentir bien. Se sentir bien ou tout simplement se sentir lui-même, ce serait déjà beaucoup. Alors il roule, laissant derrière lui vingt années monotones et espérant trouver quelque part un endroit où s’arrêter.

Mais voilà que la route se rétrécit. Elle n’est plus qu’un chemin cahoteux. La voiture crapahute entre des dunes et subitement elle débouche sur une plage. Tout au bout, dans le noir, on devine la mer, avec ses vagues moutonnantes. Il coupe le moteur et écoute. On entend le gémissement des flots, leur rumeur incomparable et à nulle autre pareille. Alors après avoir hésité quelques secondes il remet le moteur en marche et poursuit sa route, tout droit devant lui.

Photo David Merlin

littérature

00:56 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : littérature

12/08/2015

Qui pourra ?

Qui pourra empêcher

La terre de tourner

Les étoiles de briller

Et les hommes de se tuer ?

 

Qui pourra empêcher

Les fleuves de couler

La mer de gronder

Et les chiens d’aboyer ?

 

Qui pourra empêcher

La lune d’éclairer

Les papillons de voler

Et les jeunes filles d’aimer ?

 

Qui pourra m’empêcher

D’observer le monde

Et d’essayer de le comprendre ?

 

Qui pourra m’empêcher

De te regarder

Et de commencer à t’aimer ?

 

 

Littérature

 

 A

11:53 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

05/08/2015

Rivière

Nous suivons notre chemin

Comme la rivière suit son cours.

Sait-elle où elle s’en va, trépidante et gaie ?

Sait-elle que là-bas, derrière l’horizon,

L’attend la grande mer salée

Où elle va se perdre et disparaître ?

C’en sera fini alors de bondir sur les rochers

Ou de flâner le long des berges herbeuses,

A l’ombre des grands arbres inclinés et pensifs.

Le voyage vaut mieux que son terme

Et la saveur du présent  l’emporte sur la fin du parcours.

Ainsi en va-t-il pour nous, qui cheminons dans la vie,

Les yeux toujours braqués sur des lendemains improbables.

Profitons plutôt de l’instant,

Et toi, mon amie trépidante et gaie,

Assieds-toi sur l’herbe de la berge

Et donne-moi sans retenue tes lèvres,

Que j’en savoure le goût étrange et salé.

 

Littérature

 

11:34 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

03/07/2015

Fermeture estivale

Je pars sur les chemins. Au plaisir de vous retrouver toutes et tous dans quelque temps.

 

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28/06/2015

La France, le français et les langues régionales.

J’avais écrit autrefois un article sur les langues régionales et on avait pu le lire ici même sur Marche romane. En substance je disais toute l’affection que je pouvais avoir pour les langues régionales, tout en insistant sur le danger qu’il y avait à les reconnaître trop. En effet, sous prétexte de défendre les minorités culturelles, l’Europe visait surtout à affaiblir politiquement les Etats. Que serait la France si un Breton ne se sentait pas d’abord Français et s’il ne pouvait pas s’entretenir avec un Marseillais qui lui ne voudrait parler qu’en Occitan ? Car reconnaître les langues régionales peut aller loin (accès à l’administration, à la justice, etc.). Tout en reconnaissant que tous les patois méritaient certes le titre de langue à part entière, j’insistais sur le danger qu’il y avait à leur donner un statut officiel.

C’est le seul article qui a été censuré, Hautetfort me demandant de le retirer sous menace de fermeture de mon site. Le prétexte était que j’avais utilisé une carte géographique pour illustrer la répartition des langues régionales en France et que cette carte était propriété de l’agence France presse. Pour ne pas tout perdre,  j’ai retiré l’article, mais je reste persuadé que ce qui était visé, ce n’était pas l’origine de la carte mais le contenu de mon article.

 

Bref, puisque je ne peux plus m’exprimer sur ce sujet, pourtant capital et qui me tient à coeur, je suppose que j’ai quand même le droit de citer les articles des autres. En voici un qui reprend en substance ce que j’avais dit, tout en insistant sur le rôle trouble de l’Allemagne dans ce jeu. J’ajouterai qu’il ne faut pas perdre de vue que l’Europe qui cherche à affaiblir les langues officielles de ses Etats membres (français, espagnol, italien) au profit de leurs différentes langues régionales, ne s’exprimera bientôt plus qu’en anglais. Curieux paradoxe, n’est –il pas vrai ?

Pour lire l'article, c'est ici.

 

Langue française, patois, langues régionales

24/06/2015

Obscurité (suite et fin)

Un petit texte à lire ici :

 

Editions Chloé des Lys

 

21/06/2015

Une critique de mon roman "Obscurité" par Jeanne R., romancière.

Je remets ici la belle analyse qu'une lectrice attentive et romancière par ailleurs vient de déposer en commentaire suite à mon article du 12.06.15 (sur mon roman Obscurité) car elle mérite d'être lue. Je suis heureux que ce roman puisse plaire, comme je suis heureux d'avoir des lecteurs(trices) de ce niveau. Merci à vous, Jeanne. Comme quoi Lyon reste un lieu où les femmes aiment la littérature et cela depuis Louise Labé et Pernette du Guillet.  

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Jean-François Foulon, en conducteur attentif, nous balade avec des mots dans un parcours initiatique, lequel fait agir les héros du roman afin de se libérer du réel. Après le temps perdu, perdu à s'aimer mal, c'est le temps retrouvé que ce petit monde cherche durant des jours et des jours en pays de France pour réparer les bleus à l’âme.

 

 

Dès les premières images du livre, dans le noir profond d'une cachette qui voit l’obscurité dessiner les ombres de la nuit, comment ne pas penser à "La caverne de Platon" ? Mais, chez J.F. Foulon, le noir est profond et les ombres sont des fantômes d'où émerge la réalité d'un no man's land tandis que nous, lecteurs/lectrices, restons sur le seuil de cette caverne en attendant que l'histoire se déroule...

 

Il s'agit bien d'un huis-clos avec quatre personnages en partance pour un voyage au bout de soi-même : "la mère", ses deux enfants et une voiture, cette dernière a un rôle à part entière, assurément celui du refuge utérin.

 

Par un jeu intéressant, J.F. Foulon choisit de ne pas s'encombrer de noms ou de prénoms - seule - la petite fille est prénommée (Pauline), vu que c’est elle la lueur d’espoir, semble-t-il, et elle n’aura de cesse d’être protégée par les siens proches. 

Dans cette grande aventure faite de petites aventures, tout le monde tente de se reconstruire, du plus petit au plus grand, et l'autorité se trouve transposée comme un passeur de témoin. L'unique garçon de l'histoire, appelé simplement "L'enfant", se présente ici sous un schéma œdipien, sauf que le regard de cet enfant en devenir n'est rien d'autre que notre regard, celui que nous posons sur un monde moderne cabossé qui va à vive allure comme la voiture, la voiture de l'histoire, la même qui se doit d'éviter d'autres écueils...

 

Il sera donc dit que le féminin s’avère très important dans ce beau roman triste au titre bien porté : "Obscurité".

 

Entre parenthèses, si l'un des lieux le plus récurrent du récit se trouve être "le camping", nous pourrions définir l’intériorité rêvée de chacun des protagonistes, grâce à l'épisode situé au frontière de l'Espagne, ainsi : Château de sable pour "l'enfant" / Château de contes de fées pour "Pauline" / Château de cartes pour "la mère".

 

Ce drame de la solitude à trois met surtout en lumière la question des règles de vie, celles édictées par la Société. Mais si une loi est mal faite, peut-on la transgresser ? Auquel cas, ce n’est pas sans risque…

 

 

Je salue bien bas Jean-François parce que dans ce "road movie", à la française, on sent très fort l'amour de la France que porte l'auteur en son cœur.

 

 

Littérairement vôtre,

Jeanne R.

(Lyon, le 21/06/2015)

http://jeannerromanciere.hautetfort.com/

 

Littérature, Obscurité

13/06/2015

Le puits du village.

Il y avait, sur la place du village, un puits où autrefois tout le monde venait puiser de l’eau. Les jours d’été, quand le soleil donnait toute son ardeur méridionale, cette place ne désemplissait pas. Par la force des choses, elle était devenue le cœur du village. C’est là qu’à l’ombre des platanes les femmes venaient discuter de leurs petites misères et que les hommes se rassemblaient le soir pour jouer à la pétanque (et pour regarder à la dérobée les hanches des jeunes filles qui venaient puiser de l’eau). Il en avait toujours été ainsi et nul n’aurait pu croire qu’il en serait un jour autrement.

Pourtant, après la guerre, celle de quarante, le maire du moment cru bien faire en faisant installer l’eau courante dans toutes les maisons. Tout le monde se réjouit de cette invention incroyable qui amenait l’eau directement dans votre cuisine. Il ne fallait plus se déplacer, ni se pencher pour puiser l’eau, ni revenir en portant deux grands seaux à bout de bras. Non, il suffisait de tourner le robinet et l’eau était là, qui jaillissait claire et belle au sein même de votre demeure. Inutile de dire que le maire fut réélu trois fois de suite, ce qui était sans doute ce qu’il cherchait en introduisant dans le village cette technologie diabolique.

J’emploie à dessein le terme «diabolique » car après quelque temps il fallut se rendre à l’évidence : les femmes n’allant plus puiser de l’eau au puits, la place perdit rapidement toute sa population féminine. Renfermées dans leur logis, les pauvresses ne communiquaient plus entre elle. Elles se désolaient toutes seules devant leurs fourneaux et plus d’une sombra dans un mal étrange qu’on n’appelait pas encore dépression. Quant aux hommes, ils désertèrent la place à leur tour, puisqu’il n’y avait plus aucune jeune fille à admirer ni aucune croupe ondulante qui se penchait au-dessus du puits. Petit à petit ils délaissèrent le jeu de pétanque et prirent leur quartier au bistrot des sports, où on vendait assez cher un vin infâme qui vous montait à la tête et qui fut la cause de bien des disputes et même de quelques bagarres.

Insensiblement, le village changeait, mais personne ne s’en apercevait encore. Les années passèrent et les enfants grandirent. Un à un ils revinrent du pensionnat avec des diplômes, mais aucun ne reprit la ferme de ses parents. Ils s’en allèrent à la ville et on ne les revit plus jamais. Les habitants vieillirent et un à un à leur tour ils s’en allèrent ailleurs, généralement derrière le mur du grand cimetière. A la fin, il n’y eu plus dans le village que trois vieillards, lesquels s’évitaient d’ailleurs soigneusement à cause d’anciennes disputes qui remontaient à l’époque du café des sports. Un jour, il n’y eut plus qu’un seul habitant, un nonagénaire voûté qui regardait le passé avec nostalgie et l’avenir avec terreur. Alors, un beau matin d’été, n’y tenant plus, il rassembla ses dernières forces et gagna comme il put la place du village. Et là, dans un effort surhumain, il grimpa tant bien que mal sur le petit muret circulaire et se jeta dans le puits. 

 

Littérature

00:55 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature

12/06/2015

Mon roman "Obscurité" (promotion-suite)

J'étais supposé me présenter sur le blogue des éditions Chloé des Lys. En pratique, j'ai plutôt parlé de mon rapport à l'écriture.

Voir ici


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00:48 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature

05/06/2015

Mon roman "Obscurité" (promotion)

Sur le blogue des éditions Chloé des Lys, un extrait de mon roman "Obscurité".

Cliquez ici.

 

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27/05/2015

Cheminement intérieur

Il est bon parfois, de s’arrêter,

De s’arrêter au bord du chemin

Et de regarder, assis dans l’herbe,

Sans rien faire. Sans rien faire d’autre que

D’observer les arbres autour de soi,

Les grands arbres qui bordent le chemin.

 

Il est bon alors d’oublier le monde,

Le vaste monde, ses guerres et sa folie.

Il est bon, pour un instant, de ne penser qu’à soi,

Egoïstement, et de jouir du fait d’être en vie.

Il est bon d’oublier le chemin,

Qui finalement ne conduit nulle part.

 

Regarde !

Un oiseau saute de branche en branche,

Un insecte butine une fleur, une fourmi se promène,

Un papillon passe.

La vie est là, simple et tranquille.

 

Sois comme ce papillon,

Heureux d’être toi-même et d’être libre.

Va où tu as envie d’aller

Et pas forcément en suivant le chemin.

Coupe à travers prés, au hasard, et engage-toi dans la grande forêt.

C’est celle de ton enfance, elle te reconnait

Et ne t’a pas oublié.

 

Respire l’odeur suave des pins,

Ecoute le lent bruissement des hêtres,

Regarde les branches qui frémissent lentement au gré du vent.

Un écureuil t’observe et puis se sauve au haut d’un tronc,

Quelque part un oiseau crie et dans les fourrés, une bête a bougé.

Le vrai mystère est là, dans la profondeur des bois.

 

Marche au hasard, sans te presser,

Tu es chez toi, en paix avec toi-même.

Délaisse le monde et ses soucis,

Ne reviens jamais sur le chemin,

Reste toi-même.

C’est tellement plus important !

 

littérature

 

16:21 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature

18/05/2015

Hasard ou prédestination ?

Qu’est-ce que le hasard ? Qu’est-ce qui fait que tel événement se produit ou ne se produit pas ? Pourquoi se produit-il ? Aurait-il pu ne pas se produire ? Existe-t-il une cause supérieure qui déterminerait ce hasard ou bien est-il le fruit de la contingence, de l’arbitraire ? Certains esprits religieux voient la main de Dieu dans tous les événements qui se produisent. S’ils sont bons, c’est la preuve que Dieu est bon.  S’ils sont mauvais, c’est la preuve que la divinité punit l’homme pour ses mauvaises actions.

Je me souviens d’un auteur du XVIIIème siècle (lequel ?) qui voyait la main de Dieu dans le fait que le printemps était à la fois doux et humide, ce qui permettait à nos légumes de pousser. Manifestement cet auteur inversait la cause et ses effets. C’est parce que notre climat est comme il est que certains types de plantes poussent dans nos contrées. Si notre climat devenait saharien, nos plantes disparaitraient au profit d’autres, mieux adaptées aux fortes chaleurs.

Les anciens Grecs, eux, imaginaient que les dieux avec les mêmes passions que les hommes (les amours de Zeus…). Ils intervenaient dans les affaires des hommes (voyez la guerre de Troie), soit en les aidant, soit en les aveuglant. Leurs caprices représentent donc bien le hasard de la vie, qui tantôt nous sourit, tantôt nous anéantit. L’homme doit donc se méfier des dieux et essayer de se les rendre favorables. Mais il ne doit compter que sur lui-même pour progresser. Par son courage et sa ténacité, il doit aller de l’avant et forcer le destin à lui être favorable. Pourtant, s’il va trop loin, s’il est trop orgueilleux (Hybris /ὕϐρις), s’il ne garde pas le sens de la mesure, s’il se montre arrogant, les dieux se chargeront de le faire tomber. La vie repose donc sur un fragile équilibre : il faut aller de l’avant, mais ne pas exagérer.

Pour les Grecs comme pour les Chrétiens, il n’y a donc pas vraiment de hasard. Tout semble lié à notre conduite et la divinité n’est jamais loin pour nous punir.

Nous qui au XXIème siècle sommes bien peu religieux, comment expliquons-nous les événements qui nous arrivent ? Pourquoi tel événement se produit-il ? Certes, je peux toujours expliquer les différentes causes qui en cascade ont amené cet événement (un accident par exemple) mais qu’en est-il de la cause ultime ? A mon avis, il n’y en a pas. Certes, si j’étais parti plus tôt ou plus tard, si une vieille dame n’avait pas traversé à tel moment, ou si le feu était passé au rouge, je n’aurais pas eu d’accident au prochain virage. Mais il est difficile d’imaginer que cela soit voulu. Tout est donc lié au hasard. Il y avait des milliers de probabilités pour que cet accident ne se produise pas et une seule pour qu’il se produise. On est là dans une réflexion qui nous rapproche de la physique quantique. Mais comment accepter que le hasard détermine notre vie ? Certes par mes actions je peux tenter de limiter les risques (en ne fumant pas, en ne conduisant pas trop vite, etc.) mais cela ne me donne pas encore une assurance absolue. Il me faut donc bien accepter de vivre dangereusement et savoir que je peux mourir dans une seconde en passant le coin de la rue.     

Et qu’est-ce qui détermine une rencontre ? J’aurais pu ne pas être dans tel endroit quand telle personne y est venue.  Evidemment, si je reste calfeutré chez moi, je limite les possibilités de rencontres. Mais si je croise telle personne, il faut encore que je prenne l’initiative de l’aborder, ou que les circonstances s’y prêtent. Il faut être ouvert, réceptif. J’ai donc une part de responsabilité dans ma réussite ou mon échec. Il n’empêche que cette rencontre dont nous parlons reste hypothétique et que je suis incapable d’en gérer tous les paramètres pour qu’elle se produise.

Qu’est-ce donc que le hasard ? L’art de saisir les opportunités qui se présentent sans doute. Mais qu’en est-il des événements négatifs ? Les ai-je cherchés, eux aussi ? Ou ne les ai-je pas suffisamment évités ? Quelle est ma part de responsabilité réelle ? D’une manière générale, on pourrait d’ailleurs se demander jusqu’à quel point nous gérons notre vie. Ou est ma liberté, où est mon libre arbitre ? Ne suis-je pas prédéterminé par mon caractère à accomplir telle action plutôt que telle autre (selon que je suis timide, fonceur, aventureux, etc.) ? L’époque dans laquelle je vis n’a-t-elle pas son rôle à jouer  (la liberté de la femme n’est pas la même au XVIème ou au XXIème siècle) ? Le lieu n’-t-il pas lui aussi une influence (selon que je nais à Paris dans une famille aisée ou à Bombay sur un trottoir) ?

Qui suis-je finalement, si je ne suis que le fruit de tous ces hasards ?

 


23:35 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : hasard

14/05/2015

Quadrature du cercle

Petite fille, tu contemplais le large fleuve,

Le large fleuve qui s’en allait vers l’inconnu.

Plus tard, bien plus tard, tu es revenue ici,

Sur la berge de sable fin,

Devant le château en ruine au-dessus de la falaise.

La vie, déjà, était passée

Et tes enfants grandis s’en étaient allés eux aussi vers des terres inconnues.

Tu as contemplé l’onde passante,

Seule,

Ne sachant toujours pas ce qu’il y avait derrière l’horizon,

Ni à quoi rimait cette fuite des heures

Qui t’avait ramenée vers toi-même, 

Au bord du fleuve éternel de ton enfance. 

 

littérature

 

 La Roque-Gageac

00:18 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

05/05/2015

Dernière demeure

Sur les pavés de la vieille ville

Résonnent les pas d’un cheval,

Bruit monotone qui égrène le temps,

Echo lugubre entre les façades mortes.

 

Derrière le corbillard, suit la foule,

Silencieuse et atterrée,

Qui se dirige vers le cimetière.

 

Et chacun se demande en lui-même

Combien de temps il lui reste encore

A suivre ainsi les enterrements des autres.

 

Et tous écoutent les pas du cheval

Et la fuite inexorable des secondes,

Qui résonnent entre les vieilles façades 

Et viennent mourir devant le mur du cimetière.   

 

Littérature

00:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature

27/04/2015

Il y a

Il y a, quelque part, une forêt immense.

Il y a un petit village, perdu dans cette immensité.

Il y a une place, une église et un pont.

 Il y a sous le pont, une rivière qui coule.

Il y a des enfants qui jouent le long de l’eau

Et de grandes herbes qui les cachent en partie.

 

Il y a devant une maison, un  chien qui me regarde.

Il y a sur la place un petit café tranquille.

Il y a le dimanche, une foule qui sort de la grand-messe.

Il y a une fille qui attire mon regard

Et qui est grande et belle avec des yeux noirs.

 

Il y a des champs de blé qui sentent bon l’été.

Il y a partout des chemins qui mènent vers d’autres lieux.

Il y a en moi comme un désir inconnu

Et une envie folle de découvrir le monde.

 

Il y a, assise contre un arbre, cette fille qui me regarde.

Il y a ses yeux tranquilles et un grand trouble en moi.

Il y a  l’odeur de l’herbe où l’on s’est couché

Et celle de sa peau nue, que je n’oublierai plus.

 

Littérature

13:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature

21/04/2015

Citations

 

"Il est aussi dans l’intérêt d’un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu’il ne puisse pas se protéger par les armes, et qu’il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu’il n’ait pas le temps pour la rébellion » 

Aristote

 

« Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »

Napoléon Bonaparte .

 

« Le pouvoir des financiers tyrannise la nation en temps de paix et conspire contre elle dans les temps d’adversité. Il est plus despotique qu’une monarchie, plus insolent qu’une dictature, plus égoïste qu’une bureaucratie.»

Abraham Lincoln.

 

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

Etienne de La Boétie

 

Littérature

 

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15/04/2015

In memoriam

Triste journée pour la littérature et pour la pensée de gauche, hier.

 

Outre le décès de Günter Grass, dont on a un peu parlé puisqu’il avait reçu le prix Nobel de littérature, il faut aussi déplorer la mort d’Eduardo Galeano, dont on a beaucoup moins parlé. Galeano est l’auteur de « Las Venas abiertas de America latina » (les veines ouvertes de l’Amérique latine), livre que j’avais lu à 22 ans et dont je n’étais certes pas sorti indemne, puisqu’il a été à la base de toutes mes convictions politiques.  Dans cet ouvrage, l’auteur démontre que le continent Sud-américain, après s’être péniblement soustrait au colonialisme espagnol lors des guerres d’indépendance, n’est jamais parvenu à atteindre la moindre autonomie politique ou économique. En effet, ses richesses ont continué à être exploitées par l’Europe puis par les Etats-Unis, tandis que le peuple, soumis aux pires dictatures à la solde de l’Occident, continuait à vivre dans la misère.   

 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/04/13/l-e...

 

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/04/13/mor...

 

Littérature

 

 

 Littérature

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07/04/2015

Midi

Le chemin conduit au village, où je pénètre enfin après deux heures de marche. J’ai laissé la voiture de l’autre côté du grand bois, pour arriver discrètement. Il est midi et il fait chaud. Sur la place de l’église, il n’y a personne. Tout est désert. Je remonte la rue principale où les rares magasins sont fermés. On est dimanche. En passant devant les maisons, j’entends le cliquetis des couverts et de vagues conversations. Dans une cour de ferme, un chien aboie, mais personne ne sort pour voir ce qu’il se passe. Je continue à marcher et j’oblique à gauche, par la petite ruelle qui descend vers le cimetière. Elle est bordée de murs très chauds, qui ont emmagasiné toute la chaleur du soleil. Il fait bon. Quelque part, un oiseau pépie et par-dessus le mur des branches de noisetiers se balancent doucement au vent. Le lieu est charmant, vraiment. 

Arrivé devant la petite grille de fer, j’hésite un instant, puis je pose ma main tremblante sur la poignée. Elle est chaude, elle aussi, presque accueillante. Je parcours les allées et m’arrête là où il n’y a pas encore de tombe, rien qu’un amas de terre, sans un nom, sans une croix. L’enterrement était vendredi et la décence et les conventions m’ont empêché de venir.  Je sais que tu es là et que je ne te reverrai jamais plus. Seul mon amour reste vivant.

 

 

Littérature

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27/03/2015

Mon roman "Obscurité" vient de paraître.

J’avais promis de vous en reparler et je vous en reparle donc. A vrai dire et pour être tout à fait honnête,  j’attendais même ce moment avec impatience. Mon livre « Obscurité » est enfin référencé. On peut donc se le procurer soit via les librairies, soit directement via le site de l’éditeur. C’est cette dernière solution que je vous conseille vivement puisqu’on vous fera alors une remise de trente pour cent. Certes vous devrez payer les frais de port (1,5 euros), mais vous l’obtiendrez à 26, 50 euros au lieu de 37,90. Ce dernier prix est assurément prohibitif et croyez que je suis le premier à le regretter. En tant que lecteurs potentiels, vous êtes en droit de savoir ce qui explique ce prix.

Les petits éditeurs qui éditent à leurs frais n’ont que deux solutions :

La première, c’est de faire imprimer beaucoup d’exemplaires (par exemple 1.000 ou 2.000) et de les diffuser à travers la France via un intermédiaire. Mais là, soit ce « diffuseur » réclame sa part de bénéfice qui n’est pas mince (et l’éditeur ne gagne presque plus rien), soit il refuse carrément de prendre en charge les livres d’une petite maison. Dans ce dernier cas, l’éditeur essaie alors de diffuser lui-même ses exemplaires auprès d’un certain nombre de librairies (sorte de réseau qu’il s’est constitué lui-même au fil du temps). Cela signifie qu’il doit supporter l’envoi de colis par la poste, ce qui vient déjà grignoter dangereusement sa marge bénéficiaire. Mais un malheur n’arrive jamais seul et après quelque temps, les libraires lui renvoient à peu près l’entièreté des 2.000 exemplaires imprimés, car peu de lecteurs se sont laissé séduire par un auteur totalement inconnu. Bref, il se retrouve avec 1.900 exemplaires qui sont bons pour le pilon. Autant dire qu’après avoir renouveler l’expérience trois ou quatre fois, il peut mettre la clef sous le paillasson.

La deuxième méthode (et c’est celle qu’a adoptée mon éditeur Chloé des Lys) consiste à imprimer au fur et à mesure des commandes. L’avantage, c’est qu’il n’y a aucun stock,  aucun invendu et donc aucune perte. Cela permet à l‘éditeur de survivre. L’inconvénient c’est que l’imprimeur demande évidemment beaucoup plus cher par exemplaire (d’une part parce qu’il  ne sait jamais combien d’exemplaires il aura l’occasion d’imprimer et d’autre part parce que cela lui prend pratiquement autant de temps de fabriquer deux livres que d’en fabriquer deux cents). Les seuls perdants, dans cette affaire, ce sont les lecteurs (qui se ruinent) et l’auteur (qui regrette que son livre ne soit pas beaucoup lu).

La solution de Chloé des Lys pour que tout le monde y trouve son compte c’est donc de faire une remise importante sur le prix du livre. Il y clair que si un prix de 37,90 euros est tout à fait prohibitif, le fait de vendre finalement l’exemplaire à 26, 5. Est déjà beaucoup mieux. Même si cela reste cher, j’en ai bien conscience. Soyons honnêtes, pour le même prix vous pourriez acheter quatre livres de poche. Mais bon, Obscurité fait quand même 491 pages (avec une police de caractère que j’ai voulue assez grande, par égard aux lecteurs de plus de cinquante ans aux yeux fatigués) ce qui n’est pas rien non plus.

 Bref, trêve de discussion, voici le lien vers le site de mon éditeur :

http://www.editionschloedeslys.be/catalogue/870-obscurite.html

 

 

Littérature, Obscurité, roman 

25/03/2015

De la première mondialisation

Au fil de mes lectures, je suis tombé sur ce passage qui m’a paru d’une singulière modernité puisqu’on y évoque déjà le recul des frontières et la mondialisation que nous connaissons aujourd’hui. Une fois que les navires ont cessé de longer les côtes et qu’ils se sont élancés sur la pleine mer, d’autres rivages ont été découverts et on a connu d’autres peuples. Les échanges commerciaux ont fait le reste.

 

Nos ancêtres ont connu des siècles d’innocence,

 ignorant toute perfidie.

Chacun demeurait tranquillement sur son rivage

et vieillissait sur la terre de ses aïeux.

Le peu qu’il possédait suffisait à faire sa richesse ;

C’est de sa terre natale qu’il  tirait tous ses biens.

Les frontières heureusement établies ont été effacées

Et le monde a été unifié

Par le vaisseau de pin construit en Thessalie.

Il a forcé la mer, l’a battue de ses rames,

Et cette mer dont on ne se souciait pas,

Il nous l’a imposée – nouveau sujet de crainte.

(…)

N’importe quel navire peut parcourir la haute mer.

Toutes les limites ont été repoussées

Et des villes ont édifié leurs murs

Sur de nouvelles terres.

Le Monde, désormais totalement accessible,

Na rien laissé à sa place d’origine :

L’Indien boit l’eau glacée de l’Arax,

Les Perses se désaltèrent à celle de l’Elbe et du Rhin.

Dans de longues années viendra un temps

Où Océan relâchera son emprise sur le monde,

Où la terre s’ouvrira dans son immensité,

Où Téthys révélera de nouveaux continents,

Où Thulé ne sera plus l’ultime terre connue.

 

 

De quand date ce texte ? Du XVIème et du XVIIème siècle, quand les galions espagnols ramenaient de l’or d’Amérique ? De l’époque de Christophe Colomb ? Non, ce texte est extrait de la pièce de théâtre « Médée » du philosophe Sénèque (-4 av. J-C ;  65 après J-C). Comme quoi il n’y a rien de neuf sous le soleil.

 

Littérature

00:22 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature

16/03/2015

Ressac

Il y a souvent, sur les plages en hiver, des bateaux qui sommeillent.

Penchés, décolorés, parfois éventrés, ils semblent attendre on se sait quoi.

Sans doute rêvent-ils aux voyages d’autrefois,

Quand ils sillonnaient les mers du Sud aux eaux transparentes.

Certains ont longé les barrières de corail

Où de grands requins bleus venaient se frotter contre leur flanc.

D’autres ont navigué au large de Terre Neuve

Où ils ont croisé la route de milliers de baleines franches.

D’autres encore, plus modestes, se sont contentés de longer nos côtes,

Capturant dans leurs filets de quoi nourrir quelques familles.

 

Mais tous, grands ou petits, ont gardé le goût de la mer,

Ce goût âcre et salé comme celui qu’exhale la peau des femmes aimées.

Semblable à ces bateaux, je rêve aux jours d’autrefois,

Quand nous parcourions à deux les plages ensoleillées.

Un collier de coquillages ornait ton cou

Et ta robe transparente laissait voir tes flancs nus,

Promesse de voyages dans le bleu de nos nuits.

 

En l’hiver de ma vie, la plage est désormais déserte

Et contre les bateaux qui sommeillent 

Viennent battre les vagues au ressac monotone.

 

littérature

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature

08/03/2015

Roland Thévenet, La Queue.

Je termine le livre « La Queue » de Roland Thévenet (mieux connu sur Internet sous le pseudonyme de Solko), le deuxième livre paru aux Editions du Bug.

Pour être tout à fait honnête, la première partie ne m’a attiré que moyennement, sans pour autant me déplaire. Mais une fois franchi ce cap, plus j’ai avancé dans la lecture, plus je suis devenu attentif et intéressé. Après coup, j’ai essayé de comprendre ce qui m’avait dérangé dans cette première partie et j’ai dû reconnaître que mes réticences ne provenaient ni de l’auteur ni de son style, mais tout simplement de ce qui y était raconté, à savoir notre monde moderne d’aujourd’hui, fade, insipide, sans autre valeur que celle de la recherche du profit. Le héros est un milliardaire mondialement reconnu et admiré tandis que sa belle-fille est Commissaire européen, ce qui vous situe un peu la problématique évoquée. On nous explique sur quelle idée farfelue, relayée par un marketing efficace, s’est constituée la fortune familiale. Car toujours il s’agit de vendre ce qui ne sert à rien, un objet ridicule en soi et sans aucune utilité pratique, mais qui va finir par apparaître aux yeux des gens comme une marque de reconnaissance qu’on ne peut pas ne pas acquérir et porter, afin de montrer qu’on n’est pas moins que les autres. Cet objet si convoité, c’est une queue d’étoffe, que le génial futur milliardaire a eu l’idée de coudre à l’arrière du pantalon. Plutôt que d’en rire, voilà toute la population mondiale qui se jette sur cette queue, avec l’illusion de renouer avec ses origines animales et l’intention d’être originale. En réalité il s’agit d’un produit commercial uniforme qui symbolise bien notre société mercantile, où on vend n’importe quoi, surtout si c’est dans le vent. L’auteur en fait  dénonce notre mode  de fonctionnement moutonnier où tout est axé sur l’apparence extérieure.

Après ce début « un medias res », les chapitres suivants replongent le lecteur en arrière, au début de la guerre 40, quand Félix, le futur milliardaire, n’a que quelques semaines. Orphelin (ses parents ont été tués dans des circonstances tragiques mal éclaircies), il est recueilli par un curé, qui se met à l’élever, ce qui nous donne quelques pages très humaines sur ambiguïté de ce prêtre qui sans s’en rendre compte se met à tenir le rôle paternel qu’il avait toujours dû refuser de par sa fonction sacerdotale mais auquel il aspirait au fond de lui-même. Il éduque le jeune enfant et lui donne des valeurs.

Le récit n’est pas linéaire et on retrouve le héros dans différents endroits : chez sa grand-mère après avoir été exclu d’un pensionnat ou apprenti jardinier dans un château, où il découvre l’amour auprès d’une jeune fille orpheline comme lui. Les parents de cette dernière ont été tués lorsqu’une voiture est entrée dans la foule aux Vingt-quatre heures du Mans. Comme les parents de Félix, victimes de la guerre, ils ont été victimes de la folie des hommes (les courses de voiture, la modernité, la vitesse).

Le héros s’en va encore et on le retrouve sur les trottoirs de Paris où il fait la connaissance de l’écrivain américain Kerouac. On sent là–derrière une pointe d’autobiographie de la part de R. Thévenet, qui a dû pas mal voyager dans sa jeunesse, comme l’auteur de « La Route » et qui a dû errer lui aussi dans le grand Paris.

Kerouac tente de donner un sens à sa vie en partant sur les chemins et en recherchant l’aventure, tout comme le prêtre (auquel il ressemble physiquement) cherchait une voie spirituelle pour vaincre l’absurde du monde. Mais ce sera une fausse piste pour Félix. Il aura beau suivre l’écrivain en Amérique, il se rendra vite compte que celui-ci est dans une impasse, alcoolique, sans illusion et victime de son succès. Finalement, mieux valait écouter le prêtre, qui était plus perspicace : « Ils éclataient du même feu, mais ne le jetaient pas dans la même direction » (page 190).  La voiture décapotable avec laquelle il traverse l’Amérique aux côté du célèbre auteur lui fait penser à « la furieuse Mercedes de Levegh, sur le circuit du Mans » (page 192). La vitesse, la modernité et la fuite en avant ne semblent pas des solutions existentielles valables.

Reste l’amour. Félix mettra tout en œuvre pour retrouver Lisa, la jeune fille orpheline rencontrée lors de son adolescence. Il y parviendra et l’épousera. Celle-ci travaille comme journaliste au journal France-Soir du célèbre Lazareff. Riche et ne logeant que dans des palaces, mondain au possible, il est le contraire de Kerouac. Pourtant, comme ce dernier avait la passion de la route et le prêtre celle de l’Eglise, Lazareff a celle du journalisme. Mais quel journalisme ? Il recherche moins la vérité des faits que de pouvoir vendre  des illusions à la multitude.

Décidemment, plus on avance dans la lecture, plus on se prend d’affection pour ce livre de B. Thévenet qui pose des questions existentielles et qui offre des réponses provisoires, très vite  dépassées et sans cesse remises en cause. Et puis il y a le destin, qui frappe toujours sans prévenir. Lisa, l’épouse du héros, est victime d’une balle perdue lors d’un reportage en Irlande du Nord et elle reste paralysée. « Les éclats de tôle qui l’avaient épargnée, petite fille, sur le circuit du Mans, venaient de nouveau de rejoindre Lisa pour frapper dans le dos, alors qu’elle fuyait les soldats anglais » (page 231) Quel est le sens de ce destin ? Pourquoi tant d’injustice ? Même le prêtre qui avait autrefois élevé le héros n’aurait sans doute pas pu répondre et sa foi serait restée impuissante. Il n’avait d’ailleurs jamais pu donner de réponse sur la mort injuste des parents de Félix et avait préféré lui cacher la vérité. C’est pour cela, pour ce mensonge, que l’enfant était parti, on le découvre à la fin du récit.

Devenu vieillard et riche, il revient pourtant au terme de sa vie dans cette église de son enfance pour tenter encore une fois de trouver des réponses à toutes ses questions. Il n’arrive pas à croire, sa raison l’en empêche. Mais il semble entendre le prêtre lui murmurer que « le discernement entre le vrai et le faux, si estimable soit-il de la raison, n’aura jamais la limpidité, le charme, le Grâce d’un Pardon ni la légitimité d’un sacrement ! C’est en poète que je crois, moi (…). Je sais que ces mystères, dans leur ingénuité profonde, sont les derniers remparts contre la folie destructrice du monde et de l’ultra-libéralisme qui n’est, en terme religieux, que la ruse la plus aboutie du diable.» (page261).

Et moi, lecteur qui n’ai pas non plus la foi, je me dis que cette poésie du sacré, si irrationnelle soit-elle, vaut bien mieux, finalement, que ce monde mercantile du grand village global que l’on nous impose chaque jour un peu plus et où je ne trouve finalement aucune valeur humaine.   

 

 

Littérature

19:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature

02/03/2015

L'archéologie ou la mémoire du monde.

Quand j’avais dix-sept ans (l’âge où l’on n’est pas sérieux si l’on en croit un certain poète), j’étais  allé en voyage à Londres avec mon école.  J’avais visité la British Museum et dès que j’en avais eu franchi le portes, j’avais été littéralement fasciné par les premières salles, qui contenaient des antiquités assyriennes et notamment ces fameux taureaux ailés bien connus. Alors que nous n’avions qu’une petite après-midi devant nous, j’étais resté une bonne heure pour visiter la partie consacrée à l’Antiquité (Assyrie, Egypte, Grèce) mais il m’en aurait fallu 10 fois plus. Les trésors   qui étaient rassemblés là sont restés à jamais gravés dans ma mémoire et chaque fois que j’ai lu des livres sur l’Egypte des Pharaons ou sur la période assyrienne, j’ai repensé aux momies et aux taureaux ailés du British.

Et voilà que la semaine dernière, j’ai découvert comme vous ces vidéos qui montrent la destruction d’œuvres antiques à Mossoul :


 

Que dire, devant une telle barbarie ? Rien et notre douleur est immense. On peut faire de ces événements une analyse à plusieurs niveaux.

Il y a tout d’abord la perte irrémédiable de ces trésors inestimables qui appartiennent finalement à l’humanité toute entière.

 Il y a  la volonté de la part de l’Etat islamique de détruire tout ce qui n’est pas lui et qui ne correspond pas à sa vérité.

Il y a la volonté de détruire la culture irakienne pour ne laisser subsister qu’une certaine conception de l’islam.

Il y a ma douleur personnelle car ces taureaux ailés du British avaient fini par faire partie de moi, or ce sont les mêmes qui viennent d’être détruits en Irak (voir la fin de la vidéo).

Il y a l’hypocrisie de l’EI quand il dit qu’il détruit les oeuvres non-islamiques, car on sait bien que n’ont été détruits que des objets intransportables et que le reste des collections a été revendu au marché noir.

Il y a un autre fait qu’il ne faut pas oublier : quand les troupes américaines sont entrées dans Bagdad, à a fin de la deuxième guerre du Golfe, elles ont immédiatement  protégé le ministère du pétrole, mais ont laissé le musée de Bagdad sans surveillance, ce qui s’est soldé par le pillage de 15.000 pièces de collection.

Il faut rappeler aussi que ces djihadistes barbares, nous les avons financés et armés en Syrie pour qu’ils renversent le président Bachar el Assad (ennemi juré d’Israël et grand protecteur du Hezbollah libanais opposé au projet sioniste). Il est un peu facile aujourd’hui de venir s’étonner de leur barbarie, d’autant plus que celle-ci ne date pas d’hier. En effet, pendant toutes ces années du conflit syrien, il s’est produit une multitude d’horreurs : crucifixions, décapitations, exécutions sommaires, viols, mais aussi destructions de sites antiques, pillage archéologique et vente au marché noir. De tout cela, on ne nous a jamais parlé pour la simple bonne raison que c’est l’Occident qui finançait ces barbares. Maintenant qu’ils se sont retournés contre nous, on n’arrête plus de nous montrer leurs méfaits. C’est un peu tard, je trouve. Et non seulement c’est tard, mais c’est louche. A chaque fois que l’Occident a programmé une attaque militaire, la presse a manoeuvré l’opinion en montrant des exactions envers les droits de l’homme (souvenez-vous des femmes adultères lapidées en Afghanistan) et des destructions perpétrées contre le patrimoine architectural mondial (les fameux Bouddhas en Afghanistan également ou les tombes des prophètes à Tombouctou). J’aurais préféré qu’on dénonçât plus tôt toutes ces exactions et pas seulement au moment précis où nous décidons d’attaquer ces guerriers intégristes dont nous nous sommes servis pendant des années.

Pour mettre un peu de baume sur ces destructions, il faut savoir que le musée de Bagdad (qui est parvenu à récupérer environ 4.000 pièces de collection sur les 15.000 qui avaient été dérobées pendant la guerre du Golfe), a décidé de rouvrir précipitamment ses portes suite à la destruction du musée de Mossoul par l’EI et ceci afin de montrer que la culture doit l’emporter sur la barbarie.

Enfin, il semblerait qu’une partie des œuvres réduites en morceaux n’aient été que des copies, comme on peut le voir aux fils de fer qui sortent de certaines statues détruites.


 

 

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24/02/2015

Tempête

Quand déferlent les marées d’hiver

Qui emportent tout sur leur passage

Il ne reste rien sur le sable nu

Même pas le souvenir de ce qui a été

 

Quand le vent parcourt la lande

Grande et belle en son immensité

Il emporte toutes nos illusions

Et nos rêves inassouvis

 

Quand les navires en perdition

S’échouent contre les falaises bleues

Il ne reste parmi les flots

Que des épaves flottant au hasard de la nuit

 

 

Littérature

 

 

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17/02/2015

Bertrand Redonnet, le Silence des Chrysanthèmes

Un beau livre que celui-là, assurément, un livre comme je les aime, qui sent bon la campagne d’autrefois et les souvenirs d’enfance. On retrouve les thèmes favoris de l’auteur, ceux que l’on a déjà rencontrés dans ses autres ouvrages, comme la fuite du temps, la difficulté de donner un sens à sa vie, mais aussi le rythme des saisons et ce passage des campagnes de l’ère néolithique au progrès motorisé. Ses souvenirs d’enfance à lui, qu’il retrace à petits coups de pinceau, le renvoie justement à une époque qui n’existe plus, celle des chevaux de labour et des fenaisons qu’on faisait à la main. On sent du regret derrière les mots employés, de la nostalgie sincère, mais toujours aussi une quête du sens de la vie, de cette vie qui s’est écoulée si vite et qui l’a conduit, lui l’auteur, à l’autre bout du continent, dans cette Pologne à la frontière biélorusse où il a réappris à dire son pays. Car il a fallu cette cassure, cet « exil volontaire » pour qu’il prenne conscience de ce qu’il avait perdu, à la fois la France et sa langue et ses propres origines, celle de sa tribu, frères et sœurs groupé autour d’une mère atypique qui, en l’absence de mari, dirigeait tout d’une main de fer.

Dans cette Pologne où il vit maintenant, Bertrand a découvert les hivers de neige dont il rêvait enfant. Le réel a rejoint l’imaginaire en quelque sorte et il était donc normal qu’il se mît à écrire sur son passé, d’autant plus que sa maison de bois ensevelie sous la neige ne pouvait que le conduire à devenir écrivain :

« Longtemps, très longtemps, trop longtemps, la première pensée que m‘inspirait une masure isolée au milieu d’une aimable campagne, surtout si c’était l’hiver et si toute chose y était muette, c’est qu’elle était un lieu idéal pour s’y retirer et pour y écrire. » (page 62)

Il nous parle aussi de sa seconde passion, la musique et nous raconte comment un frère bricoleur avait confectionné tant bien que mal une guitare, sur laquelle il s’était mis, lui, à dire sa mélancolie, avant de rencontrer l’œuvre de Brassens, ce poète qui a su mettre les mots en chanson.

Il nous parle de son instituteur et des cartes de géographie que celui-ci expliquait, ouvrant à l’enfant médusé des univers infinis et fantastiques. Ou bien c’étaient les cours d’Histoire, où on parlait de la grande Guerre, celle que le grand-père avait faite, mais dont il ne disait jamais rien, ayant noyé sa blessure dans le vin. Plus tard, ce sera le collège et l’internat, cette prison qui privera le jeune adolescent de ses promenades dans les bois et les prés ou encore de ses randonnées le long des rivières. Ce sera l’époque des premières contestations et des premiers affrontements avec l’autorité (surveillant, directeur, etc.) mais ce sera aussi cette école qui fera qu’il deviendra petit à petit différent de ses frères et sœurs, lesquels étaient plutôt manuels et avaient développés des dons certains pour le bricolage. Il aura fallu ce livre pour réconcilier des points de vue si différents :

« Hélas, il était bien tard quand j’ai su lire ce besoin que vous aviez de vouloir en découdre avec la matière, ce besoin de dessiner son âme sur les choses, moi qui voulus toute ma vie en découdre avec les mots, avec les gammes, les contraindre à faire du monde, mon monde. Vous ne cherchiez pas autre chose au bout de vos pointes rouillées et votre poésie était aussi auguste que prétendait être la mienne. (page 134).

Hommage à la fratrie, à l’enfance perdue, à l’époque où les choses avaient un sens  et les fruits une saveur, ce livre est une quête, une manière de remonter le chemin à l’envers pour tenter de trouver un sens à une vie qui fut finalement fort décousue et éparpillée entre mille activités. Reste l’écriture pour dire tout cela, une belle écriture classique, qui permet de figer un instant tous ces souvenirs d’autrefois et de leur donner une cohérence. L’écrivain d’aujourd’hui n’existerait pas si l’enfant d’autrefois n’avait pas vécu ce qu’il a vécu. Mais d’un autre côté, cet enfant ne survit que grâce à l’écriture et maintenant, par la magie des mots, il appartient un peu aussi  à notre imaginaire à nous lecteurs, qui nous sommes laissé guider par les phrases de l’auteur. 

 

Littérature

00:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature

12/02/2015

"Obscurité"

Ceux qui se souviennent avoir lu ici autrefois un roman qui s’intitulait « Obscurité » seront ravis car ils pourront bientôt se le procurer en version papier. En effet, « Obscurité » a trouvé un éditeur ! Le plus heureux de tous, c’est moi, évidemment, je ne le cache pas. S’agissant d’une édition à compte d’éditeur, avec une sélection des manuscrits reçus, je change du coup de statut et d’écrivant je deviens écrivain, ce à quoi j’aspirais depuis longtemps sans jamais y parvenir. En effet, alors qu’il y a des académies de peinture et des conservatoires pour consacrer les peintres et les musiciens, il n’y a pas d’écoles d’écrivains (fort heureusement d’ailleurs). Du coup, le fait d’être accepté par un éditeur reste la seule manière de se voir conféré le statut d’écrivain. Certes on me dira que certains publient n’importe quoi et c’est vrai, mais il n’en reste pas moins que c’est l’éditeur qui consacre l’écrivain, que celui-ci soit bon ou mauvais, finalement.

Je possède déjà des exemplaires chez moi, mais pour ceux qui habitent loin, il leur faudra encore attendre un ou deux mois, que le livre soit référencé dans les catalogues des libraires et surtout dans celui de l’éditeur.

Il faut savoir que pour survivre mon éditeur imprime en fonction des besoins, ce qui veut dire qu’on ne verra pas le livre dans les rayons  des librairies (où il ne serait de toute façon resté que deux semaines avant que les invendus ne soient envoyés au pilon) mais on pourra le commander. Ceci dit, je vous donne un petit conseil : quand le moment sera venu, commandez-le plutôt sur le site de l’éditeur. Vous paierez certes les frais de port, mais on vous fera une remise de trente pour cent, ce qui n’est pas négligeable.

Je ne manquerai pas d’en reparler ici plus tard, quand ce sera le bon moment. Quant aux nouveaux lecteurs de Marche romane qui ne connaîtraient pas « Obscurité », je ne peux que les inviter à se procurer le livre.

Pour terminer, je tiens à exprimer ma gratitude à mes fidèles lectrices et lecteurs. En effet, certains se souviendront que ce qui constitue aujourd’hui le premier chapitre de ce livre était en fait une simple nouvelle. Puis certains m’ont demandé de lui donner une suite. Je me suis d’abord montré réticent puis finalement j’ai accepté de jouer le jeu. Sans eux, ce roman-là n’existerait pas aujourd’hui.  

 

 

littérature,obscurité

01/02/2015

Absence

Les grands oiseaux blancs qui sillonnent le ciel

Ont laissé sur le sable l’empreinte de leurs pas,

Mais la marée, qui va et qui vient

A tout effacé de sa rage écumante.

 

Seule demeure intacte ma blessure

Et mon manque de Toi

Lorsque tu m’apparais en songe

Encore et encore,

Eternellement absente.

 

Dans la nuit noire,

Au cœur des solitudes,

Le vent court sur la mer

Et m’apporte l’odeur de ta peau.

 

A l’aube, les nuages en sang

Oscillent comme des vagues.

Ils sont la houle de nos rêves

Les draps froissés de nos lits de sable.

 

 

Littérature

 

 

 

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27/01/2015

La France

Qu’est-ce que la France aujourd’hui ?

C’est un pays qui sur le plan économique obéit aux directives de l’Union européenne, laquelle contrôle son budget. En d’autres termes, la France obéit à l’Allemagne, qui donne ses ordres à l’Union européenne.

 

Sur le plan international, la France obéit aux Etats-Unis et à l’Otan. Elle ne mène donc pas une politique qui sert ses intérêts propres, mais ceux des Etats-Unis. Et comme Washington est sous l’influence d’Israël, on peut donc dire que la France l’est aussi.

 

La France est un pays curieux qui revendique sa laïcité mais qui va détruire partout d’autres régimes laïcs (Libye, Syrie) pour le plus grand profit des religieux qui prennent alors le pouvoir.

 

La France soutient et finance le djihad en Syrie pour ensuite se retourner contre lui en participant à la coalition anti EI avec les USA (et tout en continuant à soutenir et à armer ce djihad).

 

La France a soutenu les islamistes en Libye au nom de la démocratie ( ??) pour mieux les combattre ensuite au Mali.

 

La France obéit aux USA qui lui ordonnent de prendre des sanctions économiques contre la Russie alors même que ces sanctions malmènent sa propre économie.

 

La France a soutenu la révolution du Maïdan en Ukraine en s’appuyant sur des néo-nazis, ce qui est pour le moins curieux de la part d’un pays qui a promulgué la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui a dû vivre sous la botte nazie durant cinq longues années.

 

La France, si prompte à fustiger l’absence des droits de l’homme chez ses ennemis (ou supposés tels car il s’agit en fait des ennemis de l’Amérique et d’Israël) ne dit pas un mot sur ce sujet quand il s’agit de ses amis que sont l’Arabie ou le Qatar (lesquels financent pourtant tous les groupes terroristes musulmans dans le monde).

 

La France verse une larme lors du décès du roi d’Arabie, alors que celui-ci a imposé à son pays un régime autoritaire et moyenâgeux où les hommes n’ont pas beaucoup de droits et où les femmes n’en ont  aucun.

 

 

La France pleure ses martyrs assassinés par l’obscurantisme musulman et est déjà toute disposée à entreprendre de nouvelles guerres pour combattre le terrorisme. Elle oublie un peu vite que ce sont ses guerres précédentes qui ont été le terreau de ce terrorisme.