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20/04/2017

Art pariétal

Je me demande pourquoi nos ancêtres préhistoriques se sont réfugiés au fond des grottes pour aller peindre. Tout simplement pour avoir une paroi rocheuse sur laquelle dessiner me direz-vous. Certes, certes, mais des parois rocheuses, il y en a  à l’air libre. Il existe des falaises le long des rivières et des fleuves, par exemple. Souvent, le bas de celles-ci (la zone la plus facilement accessible) est même protégé des intempéries par la partie haute, qui la surplombe. Ainsi, on rencontre souvent de telles falaises le long de la Dordogne, dans la région précisément où on a retrouvé un certain nombre de grottes avec des dessins rupestres.

Alors pourquoi aller dessiner au fond d’une grotte obscure quand la nature offrait un support naturel accessible et bien éclairé ?

On pourrait penser que cela s’est peut-être fait et que seuls les dessins intérieurs, protégés de la pluie et du vent, ont survécu. Mais un tel raisonnement ne tient pas la route. En effet, suite à des éboulements, des glissements de terrain ou que sais-je, une partie au moins de ces falaises aurait dû  se retrouver protégée des intempéries et on n’aurait pas manqué de découvrir là des vestiges de peintures rupestres.

Mais non, généralement les dessins répertoriés se situent dans des grottes. Il y a des exceptions, je le sais, mais majoritairement c’est au plus profond des grottes qu’on a retrouvé des dessins (mains pleines ou mains creuses, représentations d’hommes, de femmes, d’animaux, etc.). Alors je me dis qu’il doit bien y avoir une raison à cet état de fait.

La grotte, c’est l’obscurité, la nuit. Peindre dans la nuit, c’est se cacher et ne pas vouloir que son dessin apparaisse au grand jour. Le but de celui-ci est donc bien religieux. Seuls quelques privilégiés devaient avoir accès à l’art pariétal. Il fallait sans doute être initié, être chamane ou que sais-je ? Le dessin touche au sacré.

La grotte, c’est aussi le ventre de la terre, une sorte d’utérus qui renvoie à nos propres origines. Rentrer dans la grotte pour y peindre ce que l’on voit dans la vie de tous les jours (les animaux chassés) n’est –ce pas revenir à ses propres origines, rentrer dans le ventre de sa mère et là, dans cet endroit où nous avons été conçus, toucher du doigt le mystère de la création ? Peindre dans le silence et l’obscurité de l’intérieur ce qui se passe au-dehors, c’est remonter le temps et immortaliser dans le silence souterrain tout ce qui existe, existera et a existé. C’est dire que là, dans ce noir absolu, la vie va soudain surgir. Il n’y avait qu’une paroi rocheuse et voilà que des troupeaux de bisons galopent. L’homme est venu ici pour dire le mystère de la vie, la vie qui est apparue on ne sait comment, mais qui était déjà là, en gestation, au cœur même de la terre, notre mère à tous.

 

 

art pariétal

00:05 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : art pariétal

Commentaires

Bien vu ! J'avais oublié avoir écrit cela :)) Mais c'est vrai que ces peintures rupestres me fascinent par le questionnement qu'elles imposent sur nos origines. Et puis la question suivante : qu'est-ce que l'homme ? Quand cesse-t-il d'être un animal ? Quand il dessine sur les murs de sa grotte, manifestement.

Écrit par : Feuilly | 20/04/2017

Les peintures rupestres sont un sujet passionnant sur lequel les spéculations les plus hardies ont été faites. Magie, religion, chamanisme ou besoin de communiquer ...
A votre question : quand l'homme cesse-t-il d'être un animal ? je me demande s'il a vraiment cessé un jour...mais je digresse...
¸¸.•*¨*• ☆

Écrit par : celestine | 20/04/2017

@ Célestine : point de digression malheureusement, c'est la pure vérité. On le voit encore à l'instant avec un attentat sur les Champs Elysées. Mais n'oublions pas qu'avec notre argent nos dirigeants sont allés favoriser le djihad (pour renverser des régimes certes durs, mais qui ne nous avaient rien fait) avant de se retourner contre lui (voyant là sans doute un beau prétexte pour occuper le terrain militairement au détriment du régime légal), ce qui entraîne des attentats contre nous (et ce qui justifiera de nouvelles guerres). Bref, le monde est fou. Réfugions-nous plutôt dans les grottes et dessinons :)

Écrit par : Feuilly | 20/04/2017

L'hominidé devient homme peut être quand il élabore des rites funéraires...
A part cela, il est le plus terrible prédateur...

Mais l'art pariétal est en effet fabuleux puisque il présuppose la préparation des pigments... Et surtout à partir du moment où il a les outils, l'acte de peindre (donc le regard et la capacité à rendre ce qu'il voit et le préoccupe).

Ces mains sont très émouvantes. J'en ai vu une dans une grotte ligure, près de Montmajour.
Je suis allée dans le Périgord aussi, il y a longtemps.

Dans les grottes il y avait le feu... Donc la lumière...

Écrit par : Pivoine | 27/04/2017

@ Pivoine : le fait de reproduire sur une paroi ce que l'on voit est une démarche absolument fabuleuse. On tombe dans l'abstrait et le concept.

Écrit par : Feuilly | 27/04/2017

Oui, sans doute, mais je peux témoigner que le peintre ne réfléchit pas. Enfin si, il réfléchit tout le temps. Mais je ne sais pourquoi, il est peintre dans l'âme (depuis toujours) "on ne devient pas peintre, on naît peintre" ... Et c'est viscéral. Aussi. Il voit. Il voit tout le temps. Il pense en terme(s) de vision.

Il y a de multiples dimensions à cet acte. Les hommes de la préhistoire en cela, sont absolument semblables à nous. Ou nous à eux...

Écrit par : Pivoine | 06/05/2017

Bien vu :))

Écrit par : Feuilly | 07/05/2017

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