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31.10.2007
Autre bonne nouvelle
Je lis à l’instant ce communiqué de l’Agence France Presse que les journaux ne semblent pas pressés de répercuter. Alors voici l’information :
« PARIS (AFP) — La cote de confiance de Nicolas Sarkozy baisse de quatre points par rapport à octobre à 53%, et celle de François Fillon chute de huit points à 44%, selon le baromètre TNS-Sofres pour le Figaro Magazine à paraître samedi 3 novembre, rendu public mercredi ».
Ainsi donc Nicolas n’était peut-être pas grand par la taille, mais au moins il occupait les sommets dans les sondages. Il semble bien que ce ne soit plus le cas, ce qui fait qu’il ne lui reste plus grand chose. De plus 60 % des Français souhaiteraient un nouveau referendum sur le raccourci de traité européen que l’on est occupé à faire passer derrière notre dos. Lui qui avait cru qu’en votant pour sa personne le bon peuple acceptait de fait ce traité (il l’a dit, je l’ai entendu), il va devoir revoir sa position. Qu’il se dépêche à le ratifier avant de passer en dessous des 50%. Il n’a d’ailleurs pas à le relire puisque le nouveau traité n’est qu’un résumé de l’ancien. Même Giscard l’a dit et il doit savoir de quoi il parle car, jouissant d’une retraite bien méritée dans son château de Chamalières, il a sûrement eu le temps de comparer les deux versions.
Et qu’est-ce que cela implique, finalement, ce traité ? Beaucoup de choses, mais notamment la privatisation des services publics. On s’y prépare déjà. Ainsi en Belgique, il n’y a peut-être pas de gouvernement, mais il y a assurément des idées. On apprend que La Poste a imaginé de se passer des services de 7.000 facteurs (ce qui, vu l’exiguïté du territoire est énorme) et de les remplacer par… des ménagères sans emploi. D’abord elle seront obligées de se lever tôt et ce sera bien fait pour elles mais surtout on pourra les payer beaucoup moins cher, ce qui est assurément intéressant quand on est un patron. Voilà donc un pays où les hommes de lettres ne sont plus à l’honneur…
ceci dit, il y avait moyen de trouver du personnel qualifié encore moins cher:

21:46 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, La Poste
Bonnes nouvelles
Dans la presse d’aujourd’hui, rien que de bonnes nouvelles.
Tout d’abord, le petit Nicolas (prince de Sarkozie et actuellement porteur de couronne au royaume de France), a non seulement demandé une augmentation de salaire de 140 % mais en plus il l’a obtenue. Il n’y a pas à dire, quand on se lève tôt et qu’on parcourt la planète dans tous les sens, on est récompensé. Au moins il y a une justice sociale.
A propos de justice sociale, les syndicats en sont encore à se demander s’ils n’organiseraient pas une nouvelle grève pour défendre les régimes spéciaux de pension. Ils sont en retard. Le gouvernement a déjà expliqué qu’il fallait 40 ans de cotisation pour tout le monde afin d’être équitable. Depuis, il défend déjà l’idée que ces 40 ans doivent devenir 41 ans. Evidemment, si tous les pensionnés veulent vivre un an de plus sur le compte de la collectivité, il ne faut tout de même pas exagérer. Mourir ou cotiser, il faut choisir. Encore quelques semaines et on proposera le chiffre de 45 années pour une carrière normale. Il faut être logique : pourquoi n’y aurait-il que le prince de Sarkozie qui devrait se lever tôt ?
Hier, justement, ledit prince s’était rendu en Corse, qui est manifestement la nouvelle île à coloniser (à moins qu’il n’ait rendu visite à ses anciens beaux-parents et à la mafia locale). «On va vous aider à vous développer et on va faire de la Corse un exemple de réussite républicaine », a-t-il dit sur le même ton qu’il employait jadis dans les banlieues, quand, encore petit candidat, il disait «cette racaille, on va vous en débarrasser ». Il a donc parlé d’investissements. Veut-il investir dans les appartements touristiques de masse et remplacer la côte sauvage par un boulevard digne des bords de Seine tout en faisant plaisir à ses amis entrepreneurs ? Probablement pas. Enfin il n’a rien dit de tel, craignant sans doute qu’on ne place une bombe sous sa voiture (il est sage, car c’est le contribuable qui l’a payée). Non, ce qu’il a proposé, c’est de remettre en question la notion de service public dans les transports. L’Etat n’a plus à assurer des lignes de bateaux régulières (qui coûtent cher), il doit laisser la place à des firmes privées qui font sans doute cela bénévolement puisque le prix de leur billet est moins cher. Donc, en disant, « on va vous aider », Sarko pensait surtout au portefeuille de l’Etat français. Qu’il est brave, tout de même. Les Corses étant presque des Français, ils vont y gagner aussi.
Autre bonne nouvelle, le secrétaire d’Etat à la consommation, Luc Chastel, voudrait privatiser le secteur de l’énergie, afin que le Royaume ne soit plus en retard par rapport aux autres pays européens. Ce serait le principe de l’offre et de la demande, le producteur proposant son prix et le fournisseur l’acceptant ou non. Ce système génial a déjà permis à la Belgique d’augmenter la facture de gaz des particuliers de 30 %, ce qui est remarquable. On aura compris qu’avec ce principe ce n’est pas toujours le consommateur qui gagne, mais au moins il y a toujours un gagnant.
Du côté de l’enseignement, on sait que les élèves du primaire n’iront plus à l’école le samedi et qu’ils pourront donc se lever plus tard. Pourquoi me direz-vous les travailleurs doivent-ils se lever tôt et travailler plus longtemps (voir chapitre des pensions ci-dessus) alors que les enfants doivent faire le contraire ? C’est pour mieux apprendre, nous dit le ministre. Moins on étudie et plus on sait donc. Le système d’apprentissage est donc inversement proportionnel au système de production. Je ne le savais pas (de mon temps on passait encore beaucoup d’heures à l’école) mais le ministre, lui, le savait et c’est ce qui compte. Ce n’est pas pour rien qu’il est ministre. C’est évidemment pour sa compétence qu’on l’a nommé et pas parce qu’il connaissait Cécilia (imaginerait-on une chose pareille ? Il n’y aurait plus de justice).
Les élèves travailleront moins, mais pas les instituteurs, nous a-t-on assuré. Il y a cependant 11.000 postes à supprimer (raison d’économie oblige, c’est normal, il faut être rentable). Oui, mais où et comment ? On imagine déjà de limiter le nombre de redoublement. Ainsi cela fera moins d’élèves au total (puisque la scolarité sera plus courte), moins d’instituteurs et de professeurs et plus d’amour propre pour les jeunes puisqu’ils « n’échoueront » presque plus. Sans doute sortiront-ils avec un diplôme sans avoir maîtrisé toute la matière, mais tout ce qui compte, c’est le diplôme, non ? C’est bien pour cela que Dati avait triché en disant qu’elle détenait celui qu’elle n’avait pas. Mais bon, il faut oser parfois si on veut avoir du boulot. Au moins elle n’est pas chômeuse, elle.
Et les universités dans tout cela ? Les étudiants (surtout ceux de lettres, ces éternels rouspéteurs) continuent à désapprouver le principe de la décentralisation (qui permettra aux régions riches d’avoir un bon niveau d’enseignement et aux régions pauvres de ne plus avoir d’enseignement du tout) ainsi que celui de la responsabilité financière (qui consiste à gérer une université comme une firme privée, autrement dit à ne faire que ce qui rapporte). Ils ont tort, ces étudiants. Quel meilleur moyen de les préparer à la vie des grandes entreprises si ce n’est en rendant leur école semblable à ces grandes entreprises (toutes grandes fournisseuses d’emploi et générant des bénéfices plantureux, comme chacun sait). Vous me direz que les étudiants en lettres ne se retrouveront pas dans ces grandes entreprises mais dans l’enseignement. Comme il n’y a plus de postes de professeurs de prévu, qu’on supprime une fois pour toutes ces sections qui ne servent à rien.
Le groupe franco-américain Alcatel-Lucent, quant à lui, parle de supprimer 4 000 postes, mesure qui viendra s'ajouter à celle déjà mise en oeuvre en février dernier : 12 500 postes avaient été supprimés, dont 1 468 en France. Le but est de réduire les frais afin de dégager (enfin ) des bénéfices (Le sud-coréen Samsung Electronics a de son côté annoncé un chiffre d'affaires de 100 milliards de dollars en 2007, ce qui est nettement mieux). Pour le moment, on ne sait pas encore dans quelle proportion la France sera touchée par ces licenciements. On espère qu’elle le sera beaucoup, ce qui permettra à quelques travailleurs de se lever un peu plus tard. Le libéralisme, en effet, ne vous demande pas des sacrifices toute votre vie, il ne faut pas croire ceux qui vous disent cela.
Dans la presse internationale, on apprend que le barrage de Mossoul en Irak risque de s’effondrer. Cela provoquerait une vague de 20 m de haut qui irait jusqu’à Bagdad et occasionnerait la mort de centaines de milliers de personnes. C’est, paraît-il, les fondations du barrage qui ne sont pas solides. Un petit incident (une bombe américaine larguée là par erreur, par exemple) et c’en est fini des opposants au régime de Bush. Magnanimes, les Américains ont déjà proposé de le reconstruire. Voilà qui va donner de l’emploi et en cette période de crise il faut s’en réjouir. De toute façon les Irakiens ont de quoi payer puisqu’ils ont du pétrole. C’est même nous qui le leur achetons.
Les vrais faux orphelins du Tchad ne seront plus vendus en France pour la modique somme de 2.400 euros. Il faudra attendre la reprise des hostilités pour avoir de vrais orphelins labellisés qu’on pourra revendre plus cher. Kouchner, le sauveur, veut d’ailleurs un couloir humanitaire pour résoudre le problème. Il défend aussi la présence de Total en Birmanie, société, qui, si elle s’en allait de ce pays, laisserait un vide économique sans précédent et fort préjudiciable à la population. Nous n’en avons jamais douté. Le côté philanthropique de Total n’a jamais échappé à personne.
11:10 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Kouchner, enseignement
29.10.2007
Ecriture

Regards.
Mauvaise nouvelle, le quai du métro est noir de monde ! L'idée de laisser passer une ou deux rames ne m'enchante pas. Après, il va falloir courir, arriver en retard au bureau, essuyer encore une fois les remarques ironiques des collègues… Et le patron, la tête qu'il va faire ! Voilà un lundi qui commence bien mal.
Le métro arrive enfin, bondé à craquer. Je ne fais ni une ni deux : je pousse, je bouscule, je me faufile, je joue des coudes et je finis ainsi par me retrouver à l'intérieur, coincé contre la porte qui se referme avec un bruit sec. Ouf ! Sur le quai, les exclus n'ont pas l'air content… Je m'en moque: j'y suis tout de même arrivé.
C'est bien ma seule consolation. Ecrasé entre une quinquagénaire obèse et deux adolescents à baladeur, je regarde stoïquement défiler les stations. Il fait chaud, étouffant. A X. tout le monde descend ou presque. Enfin une place assise. Je sors mon bouquin et commence ma lecture. Le rêve !
C'est en relevant la tête que je l'ai vue. Jeune, fine, racée, plongée elle aussi dans un livre, dont j'essaie aussitôt de découvrir le titre. Dostoïevski ! C'est donc une ténébreuse, une passionnée des destins tragiques, une qui sait que la vie finit toujours mal. Voilà qui me plait. Nos regards se croisent. Etincelle d'une seconde. Tout est dit. Elle a baissé les yeux trop vite, montrant par-là son trouble. Intimidé, je replonge dans ma lecture. Mais les regards se cherchent, s'évitent. Puis je me fais piéger dans le reflet de la vitre, où elle m'attend déjà, regard oblique qui m'observe un instant. Que faire ? Comme un idiot je replonge dans ma lecture. Elle fait de même. Les mots défilent, incompréhensibles. Les stations aussi.
Soudain, elle se lève et descend. Adieu le rêve.
Sur le quai, elle tourne la tête, dernier regard, long et grave. Puis elle passe derrière la vitre déformante et kaléidoscopique de l'escalator, avant de disparaître pour toujours.
Qui parlera un jour de ces belles inconnues qu'on aurait pu aimer ?
Pour "Paroles plurielles"
12:12 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
27.10.2007
Le monde comme il va
On apprend que Jean-Marie Colombani, l'ancien président du directoire du Monde, a négocié avec l'actuelle direction des indemnités de licenciement d'environ 950.000 euros. En fait, son contrat prévoyait qu’en cas de rupture il devait rester journaliste tout en conservant son salaire de patron.
Le président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), Jean-Michel Dumay, a jugé ces indemnités "indécentes". "Evidemment, elles représentent un quart du bénéfice d'exploitation du groupe. « C'est impudique sur le plan social, au regard des efforts qu'on a faits et qu'on va sans doute encore devoir faire", a ajouté M. Dumay.
Il a raison. Surtout qu’au même moment Alain Minc annonce que le journal sera déficitaire en 2007. La solution ? Comme d’habitude : prendre des mesures d'économies sur toutes les charges.
Décidément, le monde n’est plus ce qu’il était…
00:13 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Le Monde
26.10.2007
De la littérature comme moyen de survie.
Toujours dans le contexte de l’île (voir textes précédents) on pourrait se demander si ce lieu mythique n’est pas avant tout intérieur. Certes, on peut s’isoler à la campagne et refuser la compagnie des hommes afin de ne pas compromettre son « moi » avec ce monde mercantile qui est devenu le nôtre. Mais on peut tout aussi bien opérer un repli intérieur et s’adonner par exemple à la lecture et à l’écriture, sans pour autant rompre tout à fait avec la société. Une question cependant se pose. Cette activité intellectuelle qui nous apparaît à nous comme une échappatoire, une percée décisive contre la bêtise ambiante, ne peut-elle être qualifiée de fuite en avant, de refuge, voire de régression ?
Pour le dire autrement, est-il normal de lire (ou d’écrire) ? Un être normalement constitué a-t-il besoin de ce jeu qui consiste à vivre ou à créer des mondes imaginaires ? Un homme (une femme) adulte, en pleine maturité, est supposé(e) agir sur le monde qui l’entoure et non pas se complaire dans la fiction ou la poésie. Sommes-nous donc des anormaux, nous qui lisons et écrivons ? Pourtant cette activité nous semble primordiale et elle ouvre assurément notre esprit à des considérations plus hautes que ne peuvent le faire la plupart de nos actions quotidiennes.
D’un autre côté l’écriture peut se révéler être une arme redoutable, par les idées qu’elle véhicule et par la critique de la société qu’elle implique. La lecture aussi, forcément. Alors, sommes-nous en retard, attardés en quelque sorte dans l’enfance, avec nos contes et nos chimères ou bien au contraire sommes-nous en avance, dénonçant déjà avant la majorité de nos contemporains les travers d’une société qui nous convient peu ?
Ceci dit l’écriture n’est pas seulement critique du monde ambiant. Elle est avant tout retour dans le fort intérieur, recherche de la vérité qui sommeille au fond de chacun de nous. Il nous appartient d’être ce que nous sommes (comme un chat est chat jusqu’au bout des griffes) et cela en dépit du contexte dans lequel nous vivons. L’idéal étant sans doute de trouver une adéquation entre nos aspirations intimes et le monde extérieur. Il faut alors passer par des compromis (c’est sans doute ce qui distingue l’âge adulte du temps de l’adolescence, plus intransigeant et surtout soucieux de trouver la pureté absolue). Les problèmes commencent quand ces compromis deviennent trop nombreux. Notre « moi » alors s’évanouit devant le « ça » (pour parler comme les philosophes, lesquels n’ont jamais rien fait d’autre que de tenter d’endiguer l’absurdité de la vie par des échafaudages théoriques bien illusoires). C’est à ce moment-là, en fait, que nous recherchons la fameuse île, afin de nous ressourcer et de redevenir nous-mêmes.
23:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, lecture, écriture
25.10.2007
De l'avant-garde (ou la nouvelle garde du Président).
Il n’y a pas si longtemps, Madame Lagarde était inconnue en France et plus particulièrement en politique. Avocate, elle avait fait toute sa carrière aux États-Unis. Elle fut présidente du Comité stratégique du premier cabinet mondial de droit des affaires (le cabinet Baker & McKenzie à Chicago). En avril 2005, elle entra au Conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING Groep. Remarquée par JP Raffarin, elle quitta alors les Etats-Unis pour devenir ministre du Commerce extérieur dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Cela suppose de sa part un revirement complet, puisqu’elle n’avait rien fait d’autre jusque là que défendre les intérêts des multinationales états-uniennes contre les entreprises françaises et européennes.
Il faut savoir aussi qu’elle a milité au sein du CSIS (Center for Strategic & International Studies), un « lobby » pétrolier. Là, elle présidait une commission USA/UE/POLOGNE, dont les préoccupations étaient la libéralisation du marché polonais. Dans ce cadre, elle a été amenée à défendre les intérêts de Boeing et Lockheed-Martin contre ceux d’Airbus et de Dassault. Tout cela se solda par la vente, à la Pologne, en avril 2003, pour 3,5 milliards de dollars, de 48 chasseurs F-16 Lockheed-Martin dont ce pays n’avait aucun besoin. Pour payer, le gouvernement polonais puisa dans les fonds qu’il avait reçus de l’Union européenne et qui étaient destinés au secteur agricole. On aurait pu espérer une autre attitude de la part de la Pologne, à peine arrivée dans l’Union.
Notons en passant que le président de Lockheed a été par ailleurs le principal bailleur de fonds du Comité pour la libération de l’Irak. Irak où nous avons retrouvé l’armée polonaise derrière Georges Bush. Tout se tient. Cela a permis à Bush d’opposer la « vieille Europe », représentée par la France et l’Allemagne, timide et opposée à la guerre et la « nouvelle » Europe (en gros les pays de l’Est), touts prêts à s’engager à ses côtés pour établir un nouvel ordre mondial. Ce sont donc bien les citoyens européens, avec leurs impôts, qui ont indirectement permis à l’armée polonaise de s’équiper et d’entrer dans un conflit qu’elle désapprouvait, tout cela pour le plus grand profit des USA (puisqu’une des multiples raisons de l’engagement en Irak était d’y supplanter les firmes françaises et allemandes comme Thomson et Siemens).
Mais revenons à Mme Lagarde. Une fois dans le gouvernement de de Villepin, elle a aussitôt déclaré qu’il fallait réformer le droit du travail qui, « constituait souvent un frein à l’embauche et à un certain nombre de décisions d’entreprendre ». Tout un programme.
En juillet 2007, on a pu l’entendre, devant l’Assemblée, faire l’éloge du travail (égratignant au passage Paul Lafargue et son « Droit à la paresse » ainsi que les 35 heures).
Dans un article daté d’hier, Le Figaro s’est félicité de la présence d’une femme au G7. Il s’est cependant montré beaucoup plus discret sur le passé de cette femme, dont la vie a surtout été consacrée aux firmes privées, aux Etats-Unis de surcroît. Et on va nous faire croire qu’elle a renoncé à un plantureux salaire pour venir défendre les intérêts des Français. Il ne faudrait tout de même pas nous prendre pour des naïfs.
14:15 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Christine Lagarde, politique
24.10.2007
Raison et beauté.

A notre époque et en Occident, on a l’impression que seul compte le progrès technique. L’homme se pense dans une Histoire sans cesse en devenir, étant entendu que les lendemains ne peuvent être que meilleurs. Cette conception linéaire de l’Histoire n’a un sens que si on lie le futur à la notion de progrès. Comment imaginer, en effet, que l’humanité pourrait régresser ? Par respect pour lui-même, l’homme s’invente donc dans un devenir sans cesse meilleur, un peu comme les enfants qui se regardent grandir et qui rêvent du métier qu’ils feront plus tard.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette conception du temps qu passe.
D’abord, il n’est pas du tout sûr que demain sera mieux qu’hier. On a connu des périodes sombres où c’était même carrément le contraire, que l’on songe à la chute de l’Empire romain sous les coups des barbares ou plus récemment à la guerre 40-45. Il existe ainsi des époques, qu’on le veuille ou non, où le confort et la culture reculent. Le progrès se trouve alors derrière soi. C’est d’ailleurs en regardant en arrière que les humanistes de la Renaissance sont allés puiser dans l’Antiquité les forces capables de faire avancer le monde.
Les Grecs avaient une notion cyclique du temps. Sans doute faut-il y voir un confort de l’esprit, puisque cette conception contient en elle-même des germes d’éternité : tout change, mais un jour ou l’autre tout redevient comme avant et l’Age d’or est de nouveau atteint. Est-ce le christianisme, avec ses idées de parousie et de jugement dernier qui nous a fait renoncer à cette vison cyclique ? Peut-être bien, à moins que ce christianisme n’ait enseigné une telle doctrine parce que précisément la conception du temps avait changé (il est toujours difficile, devant un phénomène, de déterminer la cause de la conséquence).
Mais revenons aux Grecs. Sans doute leur manière de voir les choses nous semble-t-elle naïve, mais ils avaient au moins cette supériorité sur nous de conserver un certain équilibre. Autrement dit, il y avait des limites qu’il ne fallait pas franchir. Ainsi parvinrent-ils à concilier les progrès techniques avec le culte de la beauté. Quant à leur conception de la démocratie, la taille même de leurs cités permettait une juste participation de chacun. Nous, au contraire, dans notre démesure, nous courons vers un futur incertain, misant exclusivement sur le progrès technique (comme si lui seul pouvait donner le bonheur) au détriment de la réflexion, du bien-être et du respect envers la beauté. Conciliant à la fois le sacré et la raison, la Grèce antique semble bien éloignée de notre conception matérialiste, au point qu’on en viendrait à regretter que le temps, précisément, ne soit pas cyclique, ce qui nous assurerait au moins de repasser un jour par cet Age d’or irrémédiablement perdu.
En misant tout sur la technique et la domination de la nature, nous sommes arrivés à mettre notre existence même en péril. De la bombe atomique au réchauffement climatique, de la pollution aux insecticides cancérigènes, l’avenir même de l’humanité semble compromis par nos découvertes. On n’ose d’ailleurs imaginer quel monstre pourra un jour sortir des laboratoires de la génétique. Il nous faudra alors construire un nouveau labyrinthe pour enfermer ces nouveaux minotaures à visage humain, nous tournant une nouvelle fois vers cette Grèce des origines pour trouver une solution aux problèmes que nous aurons créés.
Si chez nous tout est matériel, la réflexion spirituelle (et je ne prends pas ce terme dans son sens spécifiquement religieux) fait de plus en plus défaut. Se contentant de confort matériel, « homo modernus » en oublie de réfléchir sur lui-même et sur sa destinée. Car cette île dont nous parlions dans la note d’hier, ce lieu où il nous serait possible de nous arrêter pour réfléchir, est avant tout un lieu intérieur. Hélas, pressés par la vie courante, nous vaquons à nos occupations à un rythme de plus en plus effréné. Il n’y a plus de place pour la poésie ni même simplement pour se regarder vivre.
Ces dernières années, le néolibéralisme et la mondialisation de l’économie nous ont entraînés dans une course à la concurrence. Il faut être productif, construire tout plus vite, mieux et moins cher que votre voisin, sinon vous êtes perdu. Or, quand on voit à quel prix on trouve de la min d’œuvre dans certains pays, on se dit qu’on ne sera jamais concurrentiel, à moins d’accepter de travailler 10 heures par jours tout en vivant sous le seuil de pauvreté. Dans un tel monde, où l’argent est roi, on ne se préoccupe plus du bien- être ni encore moins de la spiritualité ou de la poésie. Nos grands-parents ont encore connu une époque où un petit artisan pouvait fabriquer un objet avec l’amour du métier, essayant humblement de le rendre le plus beau possible. Cette époque est révolue. Il reste l’argent, pour quelques-uns du moins. Quant aux autres… Ils cherchent une île.
14:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.10.2007
Une île
« Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin, pourtant, s’en fait sentir. Pour comprendre le monde il faut pouvoir se détourner ; pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance. Mais où trouver la solitude nécessaire à la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? »
Camus, l’Eté ("le Minotaure ou la Halte d’Oran")
Je me demande parfois s’il est encore possible de rester soi-même. Le monde, autour de nous s‘agite. Partout, ce ne sont qu’attentats, tueries, révolutions, contestations, répression. Parlant tout à tour de Gaza, de l’Irak, de l’Iran, du Liban, de la Birmanie, de la Turquie, du Kurdistan, les journalistes nous donnent le tournis. Certes, il faut se tenir au courant, mais d’un autre côté, cette immédiateté de l’information nuit à notre jugement. Nous ne faisons plus que « zapper » d’une catastrophe à l’autre, sans avoir même le temps de connaître les tenants et les aboutissants d’une affaire. Nous sommes noyés par la surabondance des informations. Sans compter que celles-ci sont partiales et se veulent telles. Impossible de faire confiance à qui que ce soit. Tout est orienté et déformé afin de nous conduire dans une direction. Rien n’est jamais gratuit. Comment ne pas se méfier quand on sait que les journaux comme les chaînes de télévision appartiennent à de grands groupes proches du pouvoir ? Et en plus de tout cela, on vient nous saouler avec détails sans intérêt, comme le divorce de son éminence Nicolas de Nagybocsa. Il y a fort à parier que demain les magazines « people » seront pleins de photographies nous montrant la nouveau roi de Sarkozie en tain d’échanger un sourire avec quelque star de cinéma ou quelque princesse en mal d’amour. Manière habile de nous faire oublier les vrais problèmes : l’emploi qui se fait rare, la législation sociale qui est revue à la baisse, les salaires qui ne suivent pas l’inflation, les empires financiers qui se créent sur notre dos, etc.
Mais en dehors de tout cela (que ce soit cette actualité internationale omniprésente et désespérante ou nos conditions de vie immédiate), qui sommes-nous, en tant qu’homme ? Où est le vrai fondement de notre être ? Sans vouloir revenir au recueillement des moines du Moyen-Age, moi qui suis bien peu religieux, je me mets cependant à rêver d’un monde où l’on pourrait enfin réfléchir calmement et finalement proclamer, après mûres réflexions, ce que l’on a à dire. Car la vie est courte et comme disait l’autre il n’y en a qu’une. Il est donc important de lui donner un certain sens, du moins à nos propres yeux. Certes, nous ne transformerons pas le monde (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’engager et combattre toutes les injustices), mais il conviendrait au minimum d’être en paix avec nous-mêmes. La seule manière d’y arriver est d’exprimer ce que nous sommes vraiment. Chaque être est unique et il sent obscurément qu’il est dans ce monde pour clamer sa vérité propre. Pour ce faire, il faut savoir prendre du recul avec les événements, mais pour pouvoir prendre du recul, il faut savoir s’isoler et boucher provisoirement nos oreilles à la rumeur du monde.
Où trouverons-nous une île ? Existe-t-elle seulement ?

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18.10.2007
Ecriture

La chambre mystérieuse
Elle n’avait pas connu sa mère, morte en lui donnant le jour et avait toujours vécu dans cette grande maison déserte au bord du fleuve. Une maison immense, d’un autre temps, en partie délabrée et qui ne comportait pas moins de quarante pièces. Son père en était le gardien et tentait de la maintenir en état. Le propriétaire, lui, on ne l‘avait même jamais vu. Tous les mois, le salaire tombait et c’était tout. Pour le reste, personne ne venait jamais ici.
Enfant, elle passait son temps à rêvasser le long du fleuve, au pied du grand escalier de pierres. Elle s’inventait des amies afin de pouvoir jouer à la marelle ou bien elle se perdait dans le labyrinthe de la maison. A chaque fois, elle venait buter sur une porte hermétiquement close, celle de la chambre secrète. On ne l’ouvrait jamais et elle ignorait ce qu’elle contenait. Son père en gardait la clef sur lui, solidement attachée par un cordon autour du cou. Quand elle lui posait des questions, il refusait de répondre, disant simplement qu’il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir.
Quand elle eut vingt ans, elle vint plus souvent encore s’asseoir au bord du fleuve, où aucun bateau ne passait. Elle regardait les eaux grises qui disparaissaient à l’horizon, se dirigeant vers un monde qu’elle ne connaissait pas. Alors elle imaginait qu’un jour un grand voilier viendrait, avec un beau capitaine. Et qu’il l’emporterait vers les grands ports de l’Atlantique ou peut-être même jusqu’en Amérique.
Mais personne ne venait jamais, personne. Il n’y avait que le fleuve impassible et la grande maison avec sa chambre secrète toujours fermée sur son mystère. Le temps passa et son père devint si vieux qu’il décida d’aller dans un hospice. Ce jour-là, un petit canot vint accoster le long du quai, au pied des escaliers de pierres, dans un grand silence. Sans rien dire, son père monta dedans, ensuite il dévisagea sa fille une dernière fois. « Fais bien attention à toi », murmura-t-il. Puis, retirant le cordon qu’il avait autour du cou, il lui donna solennellement les clefs de la maison.
Pour "paroles plurielles"
14:53 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
17.10.2007
De l'édition
Sur son blogue, « La Lettrine », Anne-Sophie Demonchy nous propose un résumé de l’entretien qu’elle avait eu avec Dominique Gaultier, le directeur du Dilettante.
A un certain moment, celui-ci nous livre une réflexion pour le moins étrange :
« Si un auteur ne s’adresse pas au bon éditeur, c’est qu'il est mauvais. Il ne lit pas, donc il envoie son manuscrit comme une bouteille à la mer. Je ne crois pas qu’on écrive un chef d’œuvre sans avoir une idée de l’éditeur chez qui l’envoyer. »
Outre le fait qu’on imagine mal quelqu’un qui écrirait et qui ne serait pas, par ailleurs, passionné par la lecture, une telle phrase part du présupposé qu’il convient de lire tout ce qui s’écrit aujourd’hui (sinon comment connaître les tendances des différents éditeurs ?). Cela signifie donc qu’il vaut mieux s’imprégner des 720 romans de la rentrée que de lire les classiques, ce qui me dérange déjà quelque peu.
Il est certain qu’il est un peu vain d’envoyer son manuscrit au hasard, mais d’un autre côté le premier devoir d’un écrivain est d’écrire. Sonder les tendances éditoriales du moment fait partie d’une autre stratégie, nécessaire certes, mais qui n’a rien à voir avec les qualités littéraires dudit romancier. On pourrait plutôt parler ici d’une opération qui s’apparente à celle du marketing : savoir trouver un débouché pour son produit. Bien sûr, celui qui ne saura pas réaliser cette démarche ou qui n’aura pas les qualités pour la mener à bien pourra laisser son manuscrit moisir dans ses tiroirs. Mais est-ce pour cela qu’il faut le qualifier d’emblée de mauvais auteur ? On pourrait d’ailleurs retourner l’argument et dire que celui qui se fait éditer est peut-être justement celui qui est assez perspicace pour se rendre compte de ce qui plaira. En d’autres termes, son texte aurait pu être écrit en tenant compte d’une certaine attente. Si tout le monde agit de la sorte, on risque bien de se retrouver devant une production fort monotone. Au fait, qui a dit que les 720 romans de la rentrée se ressemblaient un peu tous et qu’ils étaient interchangeables?
De plus, si on veut bien y réfléchir, il est parfois difficile de déterminer quelle est la tendance d’un éditeur. C’est peut-être assez aisé à repérer pour les petits, qui ne proposent que quelques auteurs, mais pour les grandes maisons possédant plusieurs collections, tous les genres et toutes les tendances peuvent être représentés.
D’un autre côté, il y a lieu de considérer les propos de notre éditeur comme dénués de sens dans la mesure où (ce n’est un secret pour personne) aucun manuscrit n’est publié en arrivant anonymement par la poste. Il faut donc être introduit dans une maison d’édition pour espérer un tel honneur. Dans un tel contexte, évidemment, on comprend que la moindre des choses est de se plier à la « tendance » de la maison.
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