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05/12/2010

Vacances de rêve

Il y a quelque temps, les éditions Antidata recherchaient des textes pour réaliser un petit recueil de nouvelles sur le thème de la musique. Il s’agissait donc d’un recueil collectif. Malheureusement, j’étais fort occupé par la rédaction d’Obscurité et je n’avais pas trop le temps d’imaginer une histoire originale. De plus, il m’aurait été très difficile de « sortir » de mon texte (Obscurité) tant j’étais en phase avec les personnages de mon récit. Par contre, je venais d’écrire un chapitre où je parlais justement de musique. Les lecteurs fidèles s’en souviennent forcément, c’est l’épisode au cours duquel l’enfant rencontre dans une clairière une jeune fille inconnue qui joue du violoncelle. Pour les lecteurs moins fidèles (honte à eux) c’est ici.

Pris par le temps, j’ai donc repris cette histoire de la musicienne et l’ai intégrée dans un autre contexte. Cela a donné le texte qui suit, dans lequel j’ai mis en gras les passages modifiés (pour les lecteurs pressés). Comme il fallait s’y attendre, cette histoire n’a pas été retenue par les éditeurs, qui sortent maintenant leur livre (dans lequel nous retrouvons une connaissance, le désormais "célèbre » Bertand Redonnet).

Si je remets cette nouvelle ici, c’est pour montrer comment un même texte peut prendre des connotations différentes selon le contexte dans lequel on l’insère. Nous retrouvons donc indirectement notre débat sur les étapes successives par lesquelles passe un manuscrit (corrections importantes ou pas de corrections, etc.)

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Vacances de rêve.

 

Il pleuvait ce jour-là et ses parents l’avaient amené au musée. Lui, avec ses douze ans, cela ne l’intéressait pas trop d’arpenter des kilomètres de galeries pendant des heures, aussi s’ennuya-t-il beaucoup. Un tableau, cependant, retint son attention. C’était une peinture du XVI° siècle qui représentait une jeune femme en train de jouer de la musique. Il n’aurait pu dire quel instrument elle tenait en main, mais il fut frappé par l’expression de son regard, qui semblait en extase. En plus, il y avait un tel recueillement dans son attitude, une telle concentration, qu’il sentit qu’il se passait là quelque chose. Cette jeune fille, il aurait bien aimé la rencontrer en vrai et l’écouter, pour percer le mystère qui semblait émaner de la musique elle-même, domaine qui lui était complètement étranger. En plus elle était belle, délicieusement belle, avec une mèche de cheveux noirs qui retombait sur son front et elle avait de longs doigts fins et délicats. Quelque part dans son subconscient, il assimila donc la beauté féminine et l’art musical. Puis il oublia le tout.

Quelques mois plus tard, cependant, alors qu’il était en vacances dans la Creuse et qu’il s’était enfoncé dans une forêt particulièrement profonde, il crut entendre de la musique. Cela paraissait tout à fait incroyable en cet endroit ! Pourtant, plus il avançait en direction d’une clairière qu’il devinait à travers le feuillage, plus il lui semblait percevoir des notes. Était-ce son imagination qui lui jouait des tours ? Non, ce n’était pas possible… Il s’approcha donc lentement de la fameuse clairière et là, dissimulé dans les fourrés, il vit la plus belle chose qu’il lui eût jamais été donné de voir.     

 (...) Tout en continuant à écouter cette musique envoûtante, il se dit que c’était quand même bien étrange d’assister à un tel spectacle au milieu des bois. Il y avait là quelque chose d’absolument insolite, c’était le moins que l’on pût dire. Et que faisait cette adolescente, seule, en cet endroit ? D’où venait-elle ? Et puis, surtout, quel âge pouvait-elle bien avoir ? Quinze ans, seize ans ? Il n’avait aucune réponse à ses questions, ce qui le  désespérait.

 

A la fin, la jeune musicienne arrêta de jouer. Elle regarda autour d’elle et soupira. Ensuite, elle rangea son instrument dans une housse protectrice et l’emporta tant bien que mal à travers la clairière, puis disparut. Aussitôt, un grand vide et un grand silence se firent dans le cœur de l’enfant et c’est à contrecœur qu’il rentra chez lui. Q’aurait-il encore pu faire, tout seul là au milieu des bois ? (...)

Cependant, il voulait la revoir ! Il ne pensait même qu’à cela … C’est pourquoi, le lendemain, à peine avait-il avalé la dernière miette du déjeuner, qu’il s’enfuyait déjà vers la forêt. (...) Quand il arriva à la clairière, De son observatoire, il put enfin voir son visage. Il en resta figé sur place, tant celui-ci lui parut charmant. (...)  Il grava dans sa mémoire ses traits réguliers et se promit de les comparer avec ceux du fameux tableau, qui le hantaient toujours. Il nota également qu’elle avait un air pensif, un peu triste, un peu rêveur, qui correspondait bien avec la mélodie qu’elle jouait et cela l’émut fortement. A la fin, comme la veille, la jeune musicienne rangea son instrument et s’achemina vers l’extrémité de la clairière. L’instant d’après, comme un fantôme, elle s’était volatilisée. Il rebroussa donc chemin, mais se promit de revenir encore.

Le jour qui suivit, comme il était en avance, il se mit à attendre patiemment à son poste. Une heure passa, puis deux, puis trois. Malheureusement, la clairière resta désespérément vide. (...) A la fin, le soleil rougeoyait déjà à l’horizon quand il se décida à quitter les lieux, la mort dans l’âme. La belle inconnue n’était pas venue… Existait-elle, seulement ou n’était-elle que le fruit de son imagination ? Allait-il revenir encore une fois ? Bien sûr qu’il allait revenir ! Qu’aurait-il pu faire d’autre ? (...) (...) (...)

Le lendemain, il s’achemina donc une nouvelle fois vers la clairière enchantée. Il approchait de l’endroit fatidique, le cœur un peu serré, quand il entendit dans le  lointain la musique plaintive de l’instrument. Elle était donc là ! Une vague de bonheur le submergea aussitôt. A pas de loups, il se glissa derrière les troncs pour parvenir à son lieu d’observation habituel. La jeune fille était bien là, en effet, mais elle avait changé de place ! Elle se trouvait aujourd’hui beaucoup plus près de la lisière de la forêt. Autrement dit, elle n’était qu’à une dizaine de mètres de lui, ce qui, à la fois le combla de bonheur et le paralysa complètement. Qu’est-ce qu’elle était belle ! Cette fois il la voyait bien  (...) et il remarqua ses seins qui pointaient à travers le tee-shirt. (...) Il en avala sa salive et resta comme paralysé. (...) C’est qu’en plus elle semblait vivre dans un univers tellement différent du sien ! Jouer de la musique comme elle le faisait, c’était fabuleux. Elle devait sûrement être riche et vivre dans un château, ce n’était pas possible autrement. Il imaginait des pièces immenses, avec des lustres de cristal pendus au plafond, des cheminées monumentales en marbre rose, des escaliers en pierre blanche qui semblaient monter directement vers le ciel, des tables de bois noir bien ciré, avec des corbeilles qui débordaient de fruits exotiques, et en plus de tout cela, une armée de domestiques qui s’empressaient de tous côtés. Dans une pièce merveilleuse aux fenêtres ogivales et aux vitraux colorés, elle devait apprendre la musique avec des professeurs de renom, descendus de Paris ou de Vienne tout exprès pour elle. Ou bien elle jouait seule, cherchant l’inspiration, et relevait parfois la tête en  contemplant, rêveuse, le jeu de la lumière sur les vitraux. (...)

Il la regarda encore, la contempla, plutôt. Elle tenait son instrument avec une aisance déconcertante. (...)  Elle venait de terminer un morceau et en entamait un autre, encore plus beau, encore plus aérien. Il lui semblait voir les notes s’envoler comme des oiseaux et aller se perdre la-bas dans les feuillages. La mélodie était prenante, attendrissante même et n’était pas dépourvue d’une certaine tristesse. (...)  C’était véritablement l’âme de la jeune fille qui s’exprimait là et plus il écoutait cette musique et plus il avait l’impression de la connaître et même de la comprendre, elle. Car ce qu’elle disait, là, avec ses notes, c’est qu’elle était seule, un peu trop seule pour être heureuse. Elle disait aussi que le monde était beau, qu’elle appartenait à ce monde, mais qu’il lui manquait un petit quelque chose pour que tout fût parfait. Le fait d’exprimer ainsi cette mélancolie finissait par rendre celle-ci presque attendrissante. Au lieu de pleurer sur son sort, la musicienne disait simplement ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle-même et du coup, parce qu’elle était parvenue à dire cela, sa propre tristesse se changeait en beauté. L’enfant venait de découvrir le langage musical et il sut là, au bord de cette clairière, qu’il n’oublierait jamais cette leçon. (...)

 

Mais  soudain, après un dernier accord plus long et plus langoureux encore que les autres, la mélodie prit fin. Le silence qui suivit fut impressionnant, tout rempli encore des timbres musicaux qu’on venait d’entendre. La jeune fille alors se redressa et tourna la tête dans sa direction. Bien qu’il fût en partie dissimulé dans les branchages, leur regard se croisèrent. Il resta paralysé. Trop tard pour se sauver ou même pour faire un pas en arrière ! Elle lui sourit « Tu as aimé ce morceau ? » demanda-t-elle comme s’ils s’étaient toujours connus. Il ne sut que répondre et ne répondit donc rien, restant planté là comme un nigaud alors qu’il avait envie de dire et même de crier que c’était là une musique magnifique et qu’il n’avait jamais rien entendu de plus beau. Un peu décontenancée par son mutisme, elle n’en continua pas moins à lui sourire. « Allez, viens, ne reste pas caché là, tu peux venir près de moi pour écouter, si tu veux. »

 

Alors il sortit de sa cachette car il n’y avait plus d’autre solution. Il se sentait pris en faute comme un voleur.  (...) Il aurait dû reculer et s’enfuir, mais il n’en avait plus ni la force ni le courage. Cette voix féminine l’avait complètement paralysé. Il fallait dire qu’elle était douce, incroyablement douce, comme celle d’une mélodie. Elle le regarda. « Ce n’est pas la première fois que tu viens, hein ? Tu aimes la musique ? Tu joues d’un instrument, toi aussi ? » (...) Bien sûr que non, qu’il ne jouait pas d’un instrument ! Il se sentait vraiment idiot, là à côté d’elle. Si au moins il avait pu l’impressionner et lui annoncer qu’il maîtrisait le piano ou la flûte traversière, il aurait eu une chance de se faire remarquer et d’être accepté, mais non, il n’avait rien à dire, il ne jouait d’aucun instrument, pas même du tambour ou de l’harmonica.  (...)

 

Son interlocutrice, pourtant, continuait à se montrer bienveillante avec lui. Il se dit qu’elle devait avoir le fond gentil pour manifester autant de patience avec un idiot tel que lui, qui ne savait répondre que par oui ou par non. Alors, pour rompre cette situation embarrassante et sortir de son malaise, il se lança en avant et parvint à formuler une phrase entière : « Qu’est-ce que c’est pour un instrument que vous avez là ? »  Évidemment, il avait à peine posé cette question qu’il en perçut toute l’incongruité et tout le ridicule. S’enquérir de l’instrument lui-même, c’était avouer son ignorance totale dans le domaine de la culture en général et dans celui de la musique en particulier. (...)

Il resta donc là à attendre que le ciel lui tombât sur la tête, tout en avalant une nouvelle fois sa salive. Allait-elle éclater de rire ? Allait-elle le congédier d’un geste brusque ? Allait-elle se fâcher devant autant d’ignorance ? Et bien non. De sa voix douce, elle répondit calmement que cet instrument était un violoncelle et elle se mit patiemment à lui en montrer les différentes parties. Elle lui montra la pique, qui permettait de fixer l’appareil au sol, tandis qu’autrefois on le coinçait entre ses jambes. Elle parla de l’archet, elle lui expliqua la technique des cordes frottées et celle du « démanché », qui n’était autre qu’un déplacement de la main gauche le long du manche afin d’obtenir des notes plus aigües. Il en resta saisi d’admiration.

Son étonnement redoubla quand la jeune fille lui proposa de jouer lui-même. Il se mit donc devant l’instrument et elle se mit derrière lui. Elle avait un parfum envoûtant qui le fit chavirer aussitôt. Ensuite, elle prit sa main pour la positionner correctement sur  le manche. Ah ! Comme le contact de cette main était agréable ! La belle inconnue avait la peau douce et sa main était toute chaude… Il en fut complètement troublé. Cependant, il n’eut pas le temps d’analyser les sentiments qui l’agitaient car déjà elle lui confiait l’archet. Son corps était tout contre le sien et c’était délicieux. Elle se pencha davantage encore pour tenir sa main droite et guider le mouvement. Le violoncelle émit un cri aigu, suivi d’un grognement rauque. Ils se mirent à rire tout les deux, trouvant là une première complicité. On recommença et ce fut bien meilleur. Quelques notes plus ou moins correctes s’envolèrent dans les airs. C’est elle qui faisait tout, bien entendu, mais cela n’avait aucune importance. L’instant était délicieux. (...)

A un moment donné, elle changea de position et vint se placer à sa droite. Pour tenir l’archet, elle se pencha donc devant lui et là il crut complètement défaillir. Ses beaux cheveux noirs venaient toucher sa figure et dans l’échancrure du tee-shirt un peu entrebâillé de par sa position, il entrevit ce qu’il n’aurait jamais cru voir, la naissance de ses deux seins. Sans cesse, ses yeux revenaient s’attarder à cet endroit, pendant qu’elle guidait sa main et que le violoncelle se mettait à gémir de plus en plus fort.

Mais déjà l’obscurité tombait et il fallait partir. Reviendrait-elle le lendemain ? Non, malheureusement, car c’était son dernier jour de vacances et elle rentrait à Paris… Il crut que l’univers allait s’effondrer autour de lui. Il la regarda, consterné. Elle lui sourit. « Allons, ne fais pas cette tête-là, tu auras encore bien d’autres occasions d’apprendre à jouer du violoncelle ! »  Il n’y avait plus qu’à se dire au revoir. Il la fixa longuement, de la même manière dont, autrefois au musée, il avait regardé la musicienne du tableau. La jeune fille, un peu intimidée quand même, s’approcha pour lui faire la bise, mais sa lèvre vint effleurer le coin de la bouche du garçon. Quelle intensité il y avait dans ses yeux quand elle s’écarta ! Quel trouble il y avait dans les siens ! Sans plus la regarder, il se précipita en courant vers la forêt et c’est à peine s’il l’entendit qui criait « Bonnes fins de vacances »

Il s’arrêta dans la partie la plus sombre du bois. Son cœur battait à tout rompre. Etait-ce seulement d’avoir couru ? Il écouta le grand silence qui l’entourait et ferma les yeux. L’image de la musicienne peinte sur le tableau surgit devant lui avec une netteté incroyable. Avait-elle vraiment existé ou était-elle sortie de l’imagination de l’artiste ?

 

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15/11/2010

Obscurité (61)

 

 

 

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12/11/2010

Obscurité (60)

 

 

 

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08/11/2010

Obscurité (59)

 

 

 

 

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04/11/2010

Obscurité (58)

« Comment çà, plus d’argent ? » demanda Pauline qui avait tout entendu. « Vous savez bien que j’ai dû payer la réparation de la voiture et qu’à la banque il m’a été impossible de retirer quoi que ce soit. Et si je me rends dans une autre banque, il y a de fortes chances pour que la police débarque à nouveau. J’ai donc de l’argent sur mon compte d’épargne, mais c’est comme si je n’en avais pas puisque je n’y ai pas accès. » « Qu’est-ce qu’on va faire alors ? » « En réalité, il me reste soixante-dix euros. Mais le réservoir de la voiture est presque vide et si on veut arriver jusqu’en Italie, il faudra bien garder cet argent pour faire le plein. Sinon, tout est fini.» « Mais comment est-ce qu’on va pouvoir rester sans manger ? » s’inquiéta encore la petite. « On va essayer de dormir quelques heures. Ce sera l’occasion de vérifier la véracité du proverbe « qui dort dîne ». Après on repartira en pleine nuit, pour ne pas attirer l’attention des patrouilles de gendarmerie. Car cette fois, l’alerte générale doit être donnée et à l’heure qu’il est ils sont sûrement tous à nos trousses. Le plus dur, cela va être de passer la vallée du Rhône. Ils vont surveiller les ponts sur le fleuve. » « Comment est-ce qu’on va faire alors ? » demandèrent les deux enfants en même temps. « Je ne sais pas encore très bien. Mais il faut absolument qu’on passe le Rhône. Après, on sera en montagne, on prendra les petites routes et on se dirigera vers l’Italie. »

 

(...)

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31/10/2010

Obscurité (57)

 

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26/10/2010

Obscurité (56)

 

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22/10/2010

Obscurité (55)

 

 

 

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Ce ne fut pas bien facile de trouver ce troisième garage. Enfin, si on pouvait appeler cela un garage... C’était plutôt une sorte de prairie encadrée par une palissade de tôles de toutes les couleurs et de toutes les dimensions. Là-dedans, il y avait bien une centaine de véhicules, dans tous les états possibles et imaginables. Certains semblaient quasi-neufs, d’autres n’avaient plus de pare-chocs ou avaient les vitres brisées, d’autres encore étaient sans moteurs et laissaient béer un capot désespérément ouvert. De nombreuses voitures étaient même méconnaissables. Déclassées lors d’un accident ou brûlées lors d’une émeute, elles offraient des carcasses de tôle déchiquetée ou calcinée, quand ce n’était pas les deux à la fois. Il y avait aussi des sièges qui traînaient un peu partout. Certains, éventrés, laissaient échapper leurs ressorts. Abandonnés là depuis des années, malmenés par les hivers rigoureux et les étés torrides, ils ne ressemblaient plus à grand-chose. Dans ce cimetière, une bonne dizaine d’hommes s’affairaient à démonter des pièces. La mère les regarda d’abord distraitement, puis avec incrédulité quand elle s’avisa qu’ils faisaient partie de la clientèle. Manifestement, chacun allait chercher ce qui lui convenait dans ce tas de ferraille et ensuite on passait à la caisse pour payer. Elle était tombée dans une sorte de self-service des pièces détachées, il ne manquait plus que cela !

 

Cela ne l’arrangeait pas beaucoup car elle ne voyait pas comment elle allait repérer un démarreur sur une vieille 206 ni surtout comment elle allait s’y prendre pour le démonter sans casse. C’est donc avec une certaine appréhension qu’elle franchit la porte de la petite cabane qui servait de bureau. Trois hommes étaient en train de discuter avec le patron, mais tout le monde se tut quand elle entra. A part le patron, personne ne répondit à son bonjour et elle se sentit aussitôt mal à l’aise. Mais déjà on ne faisait plus attention à elle et la conversation reprenait. A vrai dire, elle ne comprenait pas grand-chose à ce qui se disait. On parlait de vilebrequin, d’arbre à cames, de vérin rotatif ou de silentbloc, bref on employait un tas de termes qu’elle ne connaissait absolument pas et elle en était à se demander si ces gens-là s’exprimaient bien en français. Ben oui, pourtant. Le malaise qu’elle avait ressenti en entrant s’amplifiait. Elle se sentait vraiment étrangère dans ce monde d’hommes, à mille lieues de leurs centres de préoccupation à eux. Parfois, un des locuteurs la regardait à la dérobée et cela l’agaçait vraiment. Elle avait l’impression d’être une bête curieuse qui aurait débarqué d’une autre planète.

 

(...)

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16/10/2010

Obscurité (54)

 

 

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11/10/2010

Obscurité (53)

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04/10/2010

Obscurité (52)

A partir de ce moment, l’enfant ne se souvient plus très bien des endroits qu’ils ont traversés, tant leur parcours a commencé à ressembler à une fuite perpétuelle. Une seule chose est sûre, c’est qu’après le causse du Larzac, ils sont passés par Millau, où ils ont admiré le grand viaduc de l’autoroute dont on avait tant parlé dans la presse. Mais après ? Ils ont dû longer le causse Noir et traverser celui de Sauveterre car ce soir-là ils ont campé à Marvejols. La ville était trop grande pour que la mère eût envie de s’y établir, aussi, dès le lendemain, continuèrent-ils vers le Nord et ils se retrouvèrent finalement dans le massif de l’Aubrac. A quel endroit exactement, il ne pourrait plus le dire, mais pour la première fois il avait fait très froid la nuit et au petit matin ils avaient été heureux de boire un chocolat chaud pour se réchauffer. Heureusement, ils étaient dans un camping à la ferme et ils avaient pu acheter sur place du vrai lait, cent pour cent naturel, du lait comme ils n’en avaient jamais bu et qui n’avait rien à voir avec celui qu’on vendait en bidon. Pauline avait regretté l’absence d’Azraël, car celui-ci n’aurait pas manqué de se régaler s’il avait pu y goûter. Pauvre chat, il était mort trop jeune, sans avoir pu jouir de tous les plaisirs de la vie…

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Après l’Aubrac, trop froid, ils étaient montés encore plus au Nord par de petites routes sinueuses et vraiment dangereuses. Heureusement, on avait le temps et pour une fois on ne roula pas trop vite. Ils arrivèrent finalement à Murat, dans le Cantal. Ils y restèrent six nuits car la mère voulait explorer la région à la recherche de son hypothétique village. La journée, ils la passaient donc en voiture, à sillonner les routes dans tous les sens. Il faisait chaud en ce début septembre, vraiment chaud et ils virent des paysages magnifiques, notamment le Plomb du Cantal, mais pas uniquement lui. On était loin de la plaine languedocienne ici et c’était carrément des montagnes qu’ils traversaient. C’était donc très beau, il n’y avait pas à dire, mais les nuits étaient affreusement froides. En effet, le camping de Murat devait se situer aux alentours des mille mètres d’altitude. Comme le ciel était dégagé, il faisait très chaud la journée, mais les nuits étaient quasi polaires. L’enfant se souvient qu’il grelottait dans son sac de couchage, malgré le pull qu’il enfilait au-dessus de son pyjama. A la fin, ils ne déshabillaient même plus et dormaient tout habillés. Pour se réchauffer un peu, lui et Pauline avaient trouvé une astuce dont ils n’osèrent pas parler à leur mère. Ils s’étaient mis à dormir dans le même sac de couchage. Certes, ils y étaient un peu à l’étroit, mas au moins la rigueur des nuits du Cantal leur semblait moins dure à supporter. Et puis il y avait aussi quelque chose d’affectif dans leur démarche.

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C’est qu’ils sentaient que leur mère allait maintenant au hasard, sans but précis. Certes elle cherchait son fameux village, celui qui aurait eu toutes les qualités qu’elle désirait, mais ils se rendaient bien compte qu’elle ne le trouverait jamais. Ils avaient même l’impression qu’elle ajoutait de nouvelles exigences chaque fois qu’ils en repéraient un qui aurait pu convenir. Non, celui-ci était trop peuplé ou au contraire il n’y avait plus que quelques personnes âgées qui y vivaient encore et c’était morbide. Celui-là était trop proche de la route nationale, il fallait l’exclure d’office. Un autre était bâti sur un plateau exposé aux regards, il aurait fallu une forêt pour le dissimuler. Une forêt ? Justement le suivant était en plein bois. Oui, il aurait pu convenir, mais il était vraiment éloigné de tout. Eloigné de tout ? Mais n’était-ce pas ce que l’on cherchait ? Sans doute, mais il n’y avait pas d’école… « Mais, maman, il n’y a jamais d’école dans un village ». « Certes, mais si au moins il était desservi par une ligne d’autobus, je ne dirais pas non… » Bref, ils avaient beau mettre en avant les qualités respectives de tous les villages traversés, leur mère ajoutait à chaque fois de nouvelles exigences. Ils en étaient donc arrivés à la conclusion qu’elle ne désirait pas vraiment trouver une solution et qu’elle préférait chercher une sorte de chimère inaccessible. Cela ne faisait pas trop leurs affaires car ils commençaient à se lasser de ce voyage perpétuel dont le terme semblait bien incertain. Ils s’étaient donc rapprochés de plus en plus et ils avaient fini par ne plus parler qu’à deux, nouant une complicité extraordinaire dont l’adulte du groupe, petit à petit, fut exclu. Ils étaient un peu devenus les marins sages d’un navire dont le capitaine aurait perdu la raison. Comme il y allait de leur survie, ils se mirent donc à prendre des initiatives à deux, sans même en avertir leur mère. Ainsi c’étaient eux, maintenant, qui s’occupaient des repas ou qui décidaient qu’il fallait s’arrêter de rouler pour faire quelques emplettes. C’étaient eux aussi qui montaient et démontaient les tentes ou qui lavaient la vaisselle.

Dans un tel contexte, on peut comprendre qu’ils aient cherché une solution pour combattre la froideur des nuits. Et c’est ainsi qu’ils se retrouvèrent dans le même sac de couchage, bravant tous les interdits familiaux sur l’inceste. Oh, ce n’est pas Pauline qui pensait à mal, elle était surtout bien contente d’avoir un peu de chaleur, tant physique qu’affective, et se retrouver ainsi dans les bras de son grand frère. Lui par contre ne savait plus trop où il en était. Parfois ce n’était qu’un enfant qui dormait innocemment avec sa sœur, parfois au contraire son sommeil était agité par des rêves étranges. A chaque fois, il lui semblait entendre une musique sublime. Il était en pleine forêt et il marchait vers la source de ces sons merveilleux. Alors, dans une clairière, il découvrait sa sœur qui jouait du violoncelle et son amie musicienne était à ses côtés, guidant ses mains. L’enfant alors se réveillait. Il se sentait ému et son cœur battait très fort. Puis il se rendormait en tenant Pauline fortement enlacée, ne sachant plus trop bien qui elle était, de sa sœur ou de son amie. Dans le rêve, la musique recommençait, plus plaintive, plus langoureuse. Il se réveillait de nouveau et là il avait nettement conscience d’avoir un corps de fille collé contre le sien et cela le troublait fort. Il sentait alors dans son propre corps comme un émoi inconnu qu’il ne s’expliquait pas. Puis il se rendormait et, au matin, il avait tout oublié.

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A l’aube du septième jour, la mère décida de partir. Elle ne trouverait rien dans le Cantal. Elle avait longuement consulté la carte Michelin et elle était arrivée à la conclusion que le seul endroit où elle pourrait découvrir un village isolé dans les bois, c’était dans les Cévennes. En plus, ce massif se trouvait plus au Sud et était moins élevé en altitude, ce qui n’était pas négligeable car elle commençait également à souffrir des nuits glaciales de Murat. On démonta donc les tentes et on reprit la route. Au moment de payer le camping, la tenancière demanda l’air de rien si les enfants allaient à école. Il fallut mentir avec aplomb. Justement, ils retournaient chez eux pour cela, mais leur école avait été incendiée début juillet et la rentrée avait été reportée d’une semaine. La brave dame fit semblant de les croire et leur souhaita un bon voyage, mais à peine furent-ils seuls dans la voiture qu’ils convinrent qu’ils étaient confrontés à un problème supplémentaire. Il n’était pas normal, en effet, que des enfants se promenassent ainsi en pleine journée. Les vacances avaient constitué leur alibi principal jusqu’à maintenant, mais non seulement cet alibi ne les couvrait plus, mais même il les desservait carrément. Il allait leur falloir être de plus en plus vigilants et éviter de parler avec les gens. Évidemment, cela ne serait pas très commode pour trouver une maison à louer… « Et on va la payer avec quoi, dis, maman, la maison ? » demanda Pauline. La mère expliqua qu’il lui restait encore suffisamment d’argent sur son compte d’épargne et qu’elle pouvait tenir quelques mois encore. Après, on verrait. Voilà une réponse qui ne rassura personne.

 

 Ils roulèrent donc vers le Sud-Est, longèrent le massif de la Margeride puis, après Saint-Chély d’Apcher, ils obliquèrent vers Mende, qu’ils prirent grand soin d’éviter. Ensuite, ils abordèrent le causse de Sauveterre, où ils  se perdirent littéralement dans les petites routes. C’était un vrai désert, avec de grandes étendues pelées, de l’herbe rare et quelques moutons. Ils avaient l’impression d’avoir atteint le bout du monde et comme en plus la mère n’arrivait pas à retrouver sa route, les enfants commençaient à ne pas être trop rassurés. Il était déjà plus de vingt heures quand on décida de dîner. Il fallait se dépêcher avant que la nuit ne tombât. Quant à trouver un camping dans ce lieu lunaire, il ne fallait même pas y compter. On installa le Campingaz près de la voiture, à l’abri du vent, et on cuisina comme on put. Malheureusement, à un certain moment, la mère eut l’imprudence de dire qu’ils étaient dans le Gévaudan. Elle avait raison, puisque cette province de l’ancien régime correspond plus ou moins au département actuel de la Lozère, où ils se trouvaient. Mais dès qu’elle entendit ce nom de Gévaudan, Pauline fut prise de panique car elle avait lu trop de contes qui parlaient de la Bête. On eut beau lui expliquer que tout cela s’était passé il y avait très longtemps et que de toute façon cette fameuse bête n’était probablement qu’un grand chien ou à la rigueur un loup, rien n’y fit. La petite n’en démordait pas. Déjà qu’ils avaient croisé un loup blanc, l’autre jour le long d’un canal, dans un endroit qui était loin d’être aussi désertique que celui-ci, alors il était clair pour elle que des hordes de loups gigantesques allaient les attaquer d’un moment à l’autre. Elle jetait à gauche et à droite des regards effarouchés et sursautait au moindre bruit. D’ailleurs, c’est à peine si elle toucha à son assiette. Elle décréta que pour rien au monde elle ne dormirait dans la tente si jamais on la montait. La Bête aurait bien trop facile de se glisser par en-dessous pour venir planter ses dents dans sa gorge. Et puis elle était trop jeune pour devoir mourir !

Sur ce dernier point, tout le monde lui donna raison, mais pour le reste on essaya de lui prouver que ses craintes étaient tout à fait injustifiées ou en tout cas fortement exagérées.  Rien à faire, Pauline n’en démordait pas : cette région était infestée de loups, c’était une chose que tout le monde savait et la preuve c’est qu’on en parlait même dans les livres. Sa mère tenta de lui expliquer qu’il y avait certainement eu, autrefois, un loup qui sortait de l’ordinaire et qui avait semé la panique dans tout le Gévaudan. Mais bon, c’était il y avait très longtemps et cela ne s’était jamais reproduit. Malheureusement, les gens en avaient tellement parlé, que ce loup était devenu un véritable mythe et qu’il était entré dans les contes. « Cela voudrait donc dire », riposta la gamine, « que ce que l’on dit dans les livres n’est pas exact ? » « Ben, c’est-à-dire… Quand c’est un roman ou un conte, non, ce n’est pas vraiment la réalité. Ou en tout cas celle-ci est fortement déformée et exagérée. » « Tu veux donc dire », ajouta-t-elle, «que les histoires de Shéhérazade ne sont que des inventions et qu’il n’y a rien de vrai dans tout cela ? » « Ben non, ce sont des contes, donc des histoires inventées. » Pauline la regarda, effarée et complètement désorientée. Elle avait l’impression que le sol s’effondrait sous ses pieds. Bien sûr, quelque part, elle savait qu’un conte n’était pas la réalité, mais d’un autre côté elle croyait dur comme fer à toutes ces histoires qui la faisaient rêver. Or, si tout n’était qu’invention, cela voulait dire aussi que les choses auxquelles elle aspirait ne se réaliseraient jamais. Elle ne serait donc pas une belle princesse vivant dans un château et aucun beau prince ne viendrait sur son cheval blanc... Elle était anéantie, tout se défaisait autour d’elle. En réalité, elle venait de quitter brusquement le monde enchanté de l’enfance pour découvrir, un peu trop tôt sans doute, la dure réalité de la vie. 

 

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Comme il était déjà près de vingt et une heures et que la nuit allait bientôt tomber, on renonça à monter les tentes. D’ailleurs le sol pierreux semblait bien trop dur pour pouvoir y planter le moindre piquet et en plus le vent venait de se lever. Tout le monde dormit donc dans la voiture, à la plus grande satisfaction de Pauline, d’ailleurs.

 

Le lendemain, on se leva de bonne heure. Ils se demandaient un peu où ils étaient, perdus dans ces étendues désertes. Dans le ciel, des oiseaux de proie planaient, mais ils étaient tellement haut qu’il était difficile de les identifier. L’enfant dit qu’il avait remarqué la veille, non loin de là, une carcasse de mouton, dont il ne restait que les os blanchis. Pauline prit prétexte de cette découverte pour recommencer avec son histoire de bête du Gévaudan. Cela en devenait presque lassant. On mangea assez rapidement, puis on décida de partir. Il fallait reconnaître que ce lieu aride, où il n’y avait que des pierres et des animaux morts, n’était pas très accueillant. On bourra tout dans le coffre et on monta dans la voiture. Malheureusement, quand la mère voulut mettre le moteur en marche, celui-ci refusa de démarrer. Elle essaya deux fois, trois fois, rien ! Allaient-ils donc devoir rester là toute la journée ? Sans même savoir si quelqu’un allait passer ? Quelle horreur !      

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01/10/2010

Obscurité (51)

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27/09/2010

Obscurité (50)

 

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21/09/2010

Obscurité (49)

 

 

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16/09/2010

Obscurité (48)

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10/09/2010

Obscurité (47)

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04/09/2010

Obscurité (46)

 

 

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30/08/2010

Obscurité (45)

 

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« Et s’il s’était perdu ? » demanda Pauline dans un sanglot. On tenta de la rassurer, mais la mère comme l’enfant savaient au fond d’eux-mêmes qu’elle n’avait que trop raison. On abrégea donc un peu le repas et on se mit à faire une battue en règle. On inspecta d’abord tout le camping, en interrogeant l’ensemble des touristes présents. Un chat ? Non, malheureusement personne n’avait vu de chat. Alors on agrandit le cercle des recherches et on arpenta la campagne avoisinante. On ratissa comme on put les champs de maïs qui poussaient le long de la Dordogne, on examina les berges du fleuve, on parcourut les chemins de terre. Rien. On alla jusqu’à traverser le pont et à patrouiller sur l’autre rive, dans des champs et de petits bois. Toujours rien. On finit par se séparer pour agrandir le périmètre des recherches, avec consigne de se retrouver près de la tente dans une heure. Pauline et sa mère se dirigèrent vers la ville tandis que l’enfant, suivant son instinct et répondant au mauvais pressentiment qu’il avait, se mit à suivre la départementale en direction de La Roque-Gageac.

Il n’avait pas parcouru un kilomètre quand il l’aperçut de loin le long de la route, immobile dans l’herbe du fossé. Plus il s’approchait, plus son cœur battait, car il ne voulait pas croire à l’inéluctable. Peut-être qu’Azraël dormait, tout simplement, épuisé par sa longue promenade. Mais enfin, c’était là un bien curieux endroit pour s’assoupir, avec les voitures qui passaient à cinquante centimètres de lui. Hélas, quand il ne fut plus qu’à deux mètres, il s’immobilisa : C’était bien Azraël, mais il ne bougeait plus. Il ne bougerait jamais plus, en fait. Du sang lui sortait par les oreilles et par le nez et de son ventre s’échappait quelques viscères. L’enfant s’agenouilla près de son chat et le regarda tout ému. Qu’est-ce qu’il allait dire à Pauline ?

(...)

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26/08/2010

Obscurité (44)

 

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19/08/2010

Obscurité (43) (et cinq centième note de Marche romane)

 
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13/08/2010

Obscurité (42)

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09/08/2010

Obscurité (41)

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05/08/2010

Obscurité (40)

 

 

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14/07/2010

Obscurité (39)

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08/07/2010

Obscurité (38)

L’enfant se mit aussitôt à courir en direction de la maison, ce qui eut pour effet de réveiller tous les porcs à moitié assoupis, tandis que le verrat, lui, trottinait déjà sur ses talons. Il se retourna juste une seconde, pour évaluer la distance qui le séparait de l’animal. Elle n’était pas bien grande cette distance, pour ça non ! Dix mètres tout au plus, ce qui ne le rassura pas du tout, vu qu’il devait encore bien parcourir deux cents mètres pour parvenir à la clôture.  En même temps, il nota que tous les cochons étaient maintenant debout et qu’ils commençaient à grogner d’une manière effroyable. Il continua donc à courir, mais ce n’était pas facile car la prairie montait en pente vers la ferme, ce qui ralentissait considérablement sa progression. Il sentait ses jambes qui tremblaient sous lui et son cœur qui battait à tout rompre. Il avait l’impression d’un grand vide intérieur, comme si toutes ses forces l’avaient subitement abandonné.

Derrière, ça n’en finissait plus de grogner et de couiner. C’était un raffut pas possible. Il se retourna encore une fois pour constater que le verrat s’était dangereusement rapproché, tandis que là-bas, les énormes truies s’étaient toutes mises à courir dans sa direction également. Et ce qui devait arriver, arriva. A trop regarder en arrière, il ne vit pas une taupinière contre laquelle son pied vint buter. Ce fut un fameux plongeon, qu’il fit là, il n’y avait pas à dire. Il se retrouva à plat ventre par terre, tandis que les mains et les genoux lui faisaient bien mal. Il se retourna tout en se redressant à moitié et se retrouva assis. A un mètre de lui, l’énorme verrat venait de s’immobiliser, se demandant sans doute pourquoi sa victime abandonnait subitement la partie. Ce n’était plus de la peur que ressentit l’enfant, mais véritablement de la panique. L’animal était là, énorme, tellement près qu’il aurait pu le toucher. Il en sentait l’odeur caractéristique et derrière les autres arrivaient en grognant toujours et en se bousculant. Si un seul de ces monstres l’attaquait, il était perdu. Cela allait être la curée et il n’en sortirait pas vivant. Alors, avec l’énergie du désespoir, il se releva d’un bond et avec sa main lança la terre de la taupinière dans les yeux du porc puis il reprit sa course effrénée vers la clôture. Quelque part dans un hangar, des chiens se mirent à aboyer furieusement.

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07/07/2010

Obscurité (37)

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03/07/2010

Obscurité (36)

 

 

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27/06/2010

Obscurité (35)

(...)
 
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Bref, toutes ces idées s’entrechoquaient dans sa tête pendant qu’ils continuaient d’avancer, si bien qu’ils se retrouvèrent à la clairière sans même qu’il s’en rendît compte. La musicienne arrêta de jouer sitôt qu’elle les vit. Comme ils restaient là, interloqués, elle leur fit un petit signe et tout en souriant leur dit d’avancer. « C’est ta petite sœur ? Tu ne m’avas pas dit que tu avais une sœur. Elle est bien jolie, dis donc. » Quelque part, il se sentit rassuré, mais en même temps les choses étaient en train de se dérouler comme il le craignait. Elle était elle, l’adulte et eux les enfants. Et en effet, pendant la petite heure durant la quelle ils discutèrent, elle s’adressa surtout à Pauline, à qui elle apprit également à jouer du violoncelle. L’avantage, tout de même, c’est qu’elle parla d’elle et qu’il en apprit un peu plus sur son compte. Elle n’habitait pas du tout dans un château, mais dans une vieille ferme, tenue par son père déjà âgé. Sa mère était morte il y avait pas mal d’années déjà et elle se sentait un peu seule, ici, au milieu des bois. Comme les jeunes de son âge, elle aurait bien aimé sortir, voir du monde et même, ajouta-t-elle en rougissant, rencontrer des garçons. Mais il n’y avait personne dans ce désert et en disant ces mots elle planta ses yeux dans ceux de l’enfant qui en fut tout retourné et qui sentit comme des picotements dans tout son  être. A la fin, ils descendirent vers le bas de la clairière, empruntèrent un petit chemin et elle leur montra de loin la ferme de son père.

C’était une vieille bicoque, à moitié en ruine, avec une bonne vingtaine de stères de bois de chauffage qui séchaient en plein soleil et qui faisaient devant la maison  comme une barricade infranchissable et peu accueillante. Dans les étages, des carreaux avaient été cassés et n’avaient pas été remplacés, si ce n’était pas une feuille de plastique. Sur la droite, au milieu d’un pré en friche, une espèce de marre qui avait dû être un superbe étang servait d’abreuvoir et de piscine aux cochons. Deux truies énormes d’au moins quatre cents kilos chacune étaient d’ailleurs vautrées dedans, tandis qu’un verrat, plus imposant encore, les regardait avec ses petits yeux libidineux. Deux grandes dents, qui n’étaient pas sans rappeler les défenses du sanglier, sortaient de sa mâchoire et c’est sûr qu’on n’aurait pas osé s’approcher d’un pareil monstre  sans être  accompagné par le propriétaire. Comme si cela ne suffisait pas, trois chiens enchaînés, des molosses de belle taille, s’étaient mis à aboyer avec rage dès qu’ils avaient aperçu les visiteurs.

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22/06/2010

Obscurité (34)

 

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mais pas trop cela. Je pressentais qu’il allait se passer quelque chose.

 

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17/06/2010

Obscurité (33)

 

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