Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/05/2007

Un grand lecteur

Un article du journal Le Monde nous rappelle que Patrick Poivre d’Arvor, qui va diriger le débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle, est aussi un écrivain et un grand lecteur. Comme écrivain, il aurait à son actif une quarantaine de livres, y compris des romans ("C'est un écrivain, dit son ami Erik Orsenna. Un vrai. Récompensé en l'an 2000 par le prix Interallié."). Comme lecteur, on apprend que sa bibliothèque comporte 20.000 livres. On est impressionné ! Cela signifie qu’il a lu un livre par jour depuis qu'il est né. J’ai fait beaucoup moins bien. Quant à ses qualités d’écrivain, je ne me prononcerai pas, n’ayant jamais lu une seule de ses lignes, mais si son ami Orsenna nous dit qu’il est bon, c'est que c'est vrai. Un ami ne ment jamais.
 

01:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Littérature

27/04/2007

Citation

Le format d'un livre est une chose, mais sa dimension en est une autre.

Paul Gadenne

26/04/2007

Citation

L'écrivain, en se plaçant devant sa page blanche, ne se place que devant lui-même

Paul Gadenne

25/04/2007

Littérature et politique

"Vous vaincrez, parce que vous possédez plus de force brutale qu'il ne vous faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, il faudrait que vous persuadiez."

 

« Je ferai, s’il le faut, fusiller la moitié de l’Espagne » avait dit Franco. Et tout le monde d’approuver. Tout le monde sauf un seul.  Resté à Salamanque à la tête de son université, en territoire nationaliste, le vieux philosophe Unamuno va se faire entendre.

Ce jour-là, il y avait une réception dans le grand amphithéâtre de l’Université. De nombreux  représentants du parti franquiste étaient présents. Le général Millan Astray, mutilé de guerre, décoré, prend la parole. Il critique vivement le Pays basque et la Catalogne. Ses partisans applaudissent à tout rompre et hurlent ‘Viva la muerte ». 

Alors Unamuno se lève lentement et dit : «Il y a des circonstances où se taire est mentir. Je viens d'entendre un cri morbide et dénué de sens : vive la mort ! Ce paradoxe barbare est pour moi répugnant. Le général Millan Astray est un infirme. Ce n'est pas discourtois. Cervantes l'était aussi. Malheureusement, il y a aujourd'hui, en Espagne, beaucoup trop d'infirmes. Je souffre à la pensée que le général Millan Astray pourrait fixer les bases d'une psychologie de masse. Un infirme qui n'a pas la grandeur d'âme d'un Cervantes recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu'il peut faire subir autour de lui.» 

Puis il ajoute sa célèbre phrase : « Vous vaincrez, parce que vous possédez plus de force brutale qu'il ne vous faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, il faudrait que vous persuadiez. Or, pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la Raison et le Droit dans la lutte. Je considère comme inutile de vous exhorter à songer à l'Espagne. J'ai terminé.»

 
Assigné à résidence dans sa maison, Unamuno mourra quelques semaines plus tard.

22/04/2007

L'Amérique et son roman.

Revenons à notre réflexion sur le roman. Certains le croient mort. Je dirais plutôt que c’est le roman français qui tourne un peu à vide, se focalisant sempiternellement sur la période de l’Occupation (voir Modiano et les autres) ou se contentant de réfléchir sur la notion d’écriture. D’un point de vue épistémologique cette dernière démarche ne manque pas d’intérêt, mais pour autant qu’elle ait lieu à coté du roman (dans un texte critique, lors d’une interviewe dans un journal, sur le blogue de l’auteur, etc.) et non dans le roman proprement dit. Ce dernier ne peut être le lieu où l’écrivain réfléchit sur les causes profondes de son acte d’écrire, sur ce que cette activité lui apporte sur le plan existentiel. Certes un petit clin d’œil de temps à autre est permis, souhaité, même, mais enfin un roman qui raconte pourquoi l’auteur écrit un roman, cela tourne un peu court. Cela fonctionne si le héros est un romancier (il pourrait tout aussi bien être un plombier ou un musicien), à qui il arrive différentes péripéties (voir le film La discrète, de Christian Vincent, où le héros, sur les conseils de son éditeur, raconte dans son manuscrit l’aventure amoureuse qu’il est en train de vivre, ou plus exactement d’élaborer pour les besoins de son roman). Par contre, cela devient lassant si l’auteur tombe dans un nombrilisme exacerbé et dans des considérations fumeuses sur la technique littéraire. 

Le roman américain me semble à l’opposé de cette démarche. Tout d’abord, il faut dire que je ne suis pas un fanatique de l’Amérique, dont s’exècre pas mal de comportements (superficialité, politique extérieure, guerre en Irak, expansion économique, capitalisme, etc.), mais il faut bien reconnaître que ce pays (continent) possède pas mal de bons romanciers (dont je ne prétends pas être un spécialiste non plus). Ce que je constate, cependant, dans tous les romans nord-américains que j’ai lus, c’est une recherche d’équilibre entre les aspirations de l’auteur (son moi intime, ses convictions existentielles) et le monde qui l’entoure. Il y a ce qu’il souhaite (le monde tel qu’il devrait être) et ce qu’il a sous les yeux (une réalité qui le blesse et qu’il désapprouve). Le thème du roman est finalement la tentative de faire coïncider ces deux univers, afin de permettre au héros (ou à l’auteur), d’exprimer ce qu’il est dans un monde qui n’était finalement pas fait pour lui. 

J’ai rencontré une telle démarche dans les oeuvres de Penn Warren (Les eaux montent, Les Fous du roi, Les rendez-vous de la clairière, etc.), de Styron (Le choix de Sophie, La proie des flammes, etc.), de Frédéric ProKosch (Les Asiatiques, Les sept fugitifs, etc.). A chaque fois le héros tente d’exprimer ce qu’il est, ce qu’il ressent. Dans un premier temps il n’y parvient pas, tant le monde qui l’entoure est cruel (le village de l’enfance qui va être détruit par la construction d’un barrage, dans Les eaux montent, l’équilibre affectif recherché qui est en opposition avec la vie politique dans Les fous du roi), puis, finalement, à la suite de différents compromis, il parvient tout de même à trouver un équilibre satisfaisant pour lui. Certes il a dû renoncer à une  partie de son rêve, mais au moins il pourra vivre en harmonie avec lui-même en s’étant construit une place qui lui convienne dans la société.

15/04/2007

La France et son roman

En fait, de ce que nous avons dit ici, dans différents commentaires, sur les faiblesses du roman, il ressort que c’est surtout le roman français contemporain qui est visé.

A mon avis, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. 

Tout d’abord, dans chaque pays, il a des périodes littéraires fastes et des périodes moins fastes, sans qu’on sache, d’ailleurs, si celles-ci sont liées ou non à la bonne santé économique du moment. Les époques dites classiques, par exemple (époque de Louis XIV, siècle d’or espagnol, etc.) sont souvent l’aboutissement d’un long mûrissement intellectuel qui trouve à s’exprimer au moment où les conditions économiques et politiques sont devenues particulièrement favorables. D’un autre côté, on dit que ce sont les périodes de crise qui offrent les ferments les plus riches, car elles obligeraient à dépasser une situation bloquée pour ouvrir de nouvelles voies.

Il est difficile de trancher. Certes, on n’imagine pas une France moyenâgeuse débutante, soumise aux invasions normandes, ravagée, pillée et par ailleurs dirigée par des roitelets sans grand pouvoir, donner des oeuvres impérissables. Que la paix revienne, que le roi retrouve sa puissance et voilà la littérature qui refait surface (poésie courtoise des troubadours dans le Midi, Chanson de geste dans le Nord, etc.) Il faut donc un minimum de stabilité. Ainsi, c’est au moment où Rome était rayonnante qu’elle a produit de grandes œuvres. Mais ce n’est pas, pourtant, au moment où l’empire est arrivé au maximum de son expansion que sa littérature a été la plus remarquable, car on entre alors dans l’époque post-classique puis décadente. Il semblerait donc que l’équilibre soit surtout trouvé après une longue phase continue de croissance, dont il exprime l’aboutissement. Il faut aussi que la langue elle-même trouve à ce moment son équilibre. Ce n’est pas un hasard si c’est au moment où le latin atteint sa stabilité que les grandes oeuvres sont produites. Il en va de même en français. Quand les langues romanes se dégagent lentement du latin, il faut un certain temps pour qu’elles retrouvent une cohésion interne (abandon du système casuel pour l’emploi des prépositions par exemple). On sent, dans un premier temps, les écrivains tâtonner, avouer eux-mêmes qu’ils ne savent trop comment exprimer telle ou telle notion. Ils tentent des calques à partir du latin ou s’essayent à des tournures étranges. Un ou deux siècles plus tard, l’ancien français a trouvé un équilibre provisoire qui lui permet de produire de grandes œuvres.

L’essoufflement actuel de l’Europe, sa perte d’hégémonie mondiale au profit des Etats-Unis expliqueraient-il la décadence actuelle ? On pourra dire qu’une expérience comme le nouveau roman n’a pas été salutaire dans la mesure où au lieu d’exprimer quelque chose par des histoires celui-ci s’est plutôt attaché à réfléchir sur le code. Autrement dit, n’ayant plus rien à exprimer, plus rien à raconter, il s’est replié dans une réflexion sur les moyens (la langue et le genre romanesque) au détriment du but (ce que l’on a à exprimer). Très bien. Mais dire cela, c’est oublier de se demander pourquoi, précisément, l’expérience du nouveau roman apparaît en France à cette époque. Le pays avait perdu la guerre, il avait été sauvé de justesse du démantèlement (voir les projets anglo-saxons de rattacher les départements frontaliers du Nord et de l’Est à la Belgique et à la Hollande) et il perdait ses colonies les unes après les autres. La confiance n’y était plus. Après 1958 (expédition franco-anglaise de Suez) c’en est définitivement fini de l’hégémonie européenne dans le monde. On assiste alors à un repli sur soi dont nous ne sommes sans doute pas encore sortis.

Que retrouve-t-on, d’ailleurs, dans le roman français aujourd’hui ? Un retour perpétuel sur la période de l’occupation (comme si on n’en finissait pas d’exorciser la défaite de quarante et la mauvaise conscience que l’on a d’avoir mis Pétain au pouvoir et d’avoir laissé déporter les populations juives), quelques fables écologiques (perte des zones naturelles au profit des entrepreneurs et des financiers) et surtout des réflexions dans lesquelles l’auteur se demande pourquoi il écrit (sa vie n’a pas de sens, il n’a rien à dire, mais l’écriture sera peut-être un moyen de trouver ce sens), autrement dit, de nouveau, une réflexion sur le code employé plutôt qu’un message à exprimer. 

Nous tenterons un autre jour de voir que cette situation n’existe pas forcément ailleurs.

11:52 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature

11/04/2007

Roman et vérité historique

Je termine un livre de la journaliste italienne Oriana Fallaci, Un homme et je me pose quelques questions.

Ce livre n’est pas de la littérature et ne se donne pas pour tel. C’est en fait le compte-rendu de la relation qu’O. Fallaci avait entretenue avec l’anarchiste grec Alexandre Panagoulis, qui fut son compagnon pendant trois ans. Panagoulis avait tenté d’assassiner Papadopoulos qui dirigeait le junte militaire en Grèce, du temps de la dictature des colonels. Arrêté, torturé, condamné à mort puis détenu pendant cinq ans dans une cellule souterraine de 2 mètres sur 3, il fut finalement libéré quand la junte tenta de légaliser son régime en cherchant l’appui du monde démocratique. Voulant prouver que ce régime n’avait pas vraiment changé, Panagoulis mourra dans un mystérieux accident de voiture. 

medium_223808_53938_2.2.jpgDonc, Fallaci nous propose une biographie, mais une biographie subjective. Elle révèle ce que Panagoulis lui a raconté et le retranscrit à travers le filtre de sa propre subjectivité. On en apprend donc autant sur elle que sur son compagnon. Le livre se lit comme un roman. Et c’est bien là ma question. Où commence la littérature et où s’achève le compte-rendu ? L’éditeur ne lève pas l’ambiguïté, puisqu’il parle sur la quatrième de couverture  de roman-vérité, roman policier. Lettre d’amour déchirante et rageuse, qui révèle le destin exemplaire et tragique d’un poète terroriste, militant de l’impossible.

Il est vrai que Panagoulis, par toutes les actions qu’il entreprend, se rapproche des héros de romans, à qui il arrive toujours plein d’aventures. La différence, ici, c’est que ce sont des faits réels. L’écriture est assurément littéraire, bien tournée, forcément engagée et en accord avec son sujet puisque Fallaci  était amoureuse de Pangoulis. Elle a écrit ce livre testament en mémoire de son compagnon, dans un état de transe créatrice.

 

Est-ce de la littérature parce que c’est bien écrit. ? Parce que cela ressemble à un roman ? Parce que cela se rapproche de l’épopée (présence du héros confronté à son destin tragique), du récit de l’impossible (Panagoulis, par son refus des compromis, incarne véritablement la figure de Don Quichotte et se perd dans des rêves qu’il tente de concrétiser), du poème d’amour ?  

 

Si la littérature ne se limite pas au roman, le roman est pourtant de la littérature. D'un autre côté, est-ce que l'écriture, le style, suffit pour dire qu'un écrit appartient à cette catégorie? Un fait réel bien raconté est-il de  littérature ou faut-il que le contenu soit de la fiction? Non sans doute. Pour autant qu'on ne tombe pas dans le journalisme ou le journal intime. Mais Les Mémoires  du cardinal de Retz sont de la ittérture. Comme quoi rien n'est simple.