19/02/2014
Etat du monde.
Ce qui m’énerve au plus haut point, dans le monde capitaliste qui est le nôtre, c’est l’hypocrisie générale. En effet, il n’y a pas un seul fait réel qui est donné pour ce qu’il est. A chaque fois, il faut présenter ce fait autrement et donc mentir à l’opinion. C’est bien la preuve que si cette opinion se rendait compte de ce qui se passait, elle désapprouverait et ferait pression sur les dirigeants pour qu’ils prennent d’autres décisions (en supposant que nos dirigeants puissent encore décider de quelque chose, ce qui n’est pas certain dans un monde ou le commerce et la finance semblent détenir tous les pouvoirs).
On nous a menti sur la Libye, en prétextant que l’affreux Kadhafi avait bombardé sa population, alors qu’on sait aujourd’hui que les déclarations qui ont été faites à l’ONU ne reposaient que sur le témoignage non vérifié de quelques opposants, lesquels se retrouvent aujourd’hui ministres dans le nouveau gouvernement. On a ensuite extirpé de l’ONU une autorisation pour empêcher le régime d’utiliser son aviation et on a outrepassé nos droits en déclarant une guerre ouverte qui a fait des milliers de morts du fait même de nos bombardements. Sans parler de Kadhafi qui a été purement et simplement éliminé. Pour arriver à nos fins, on n’a pas hésité à utiliser les troupes d’Al Quaïda que l’on combattait pourtant ailleurs. Depuis, le drapeau d’Al Quaïda flotte sur certaines villes, la charia fait partie de la constitution et on se massacre entre clans adverses.
On nous a menti sur la Tunisie, en proclamant les mérites du premier printemps arabe. Le but de cette révolution manipulée de l’extérieur n’était évidemment pas de permettre au peuple de retrouver sa liberté et sa dignité, mais de se débarrasser d’un vieux dictateur corrompu qui avait fait son temps et de mettre à sa place un pouvoir « démocratique ». Or on savait pertinemment que le parti religieux allait l’emporter lors des élections. Il s’en est suivi une tentative d’islamisation forcée de la société et un débat constitutionnel sur le droit des femmes. Il a fallu tout le bon sens du peuple tunisien (et malheureusement l’assassinat de deux opposants de gauche) pour parvenir à déjouer cette machination.
On nous a menti sur l’Egypte, où la révolte contre Moubarak a finalement permis de mettre au pouvoir les Frères musulmans. Ils allaient enfin imposer un pouvoir religieux rétrograde qui empêcherait l’Egypte de devenir un état moderne menaçant, tout en se montrant très compréhensifs sur le capitalisme et le libre-échange (ils voulaient par exemple privatiser la gestion du canal de Suez). Le peuple s’est soulevé une deuxième fois et l’armée lui a prêté main forte. Les Américains ne savent pas encore s’ils doivent regretter les Frères musulmans ou s’ils doivent applaudir à l’avènement de ce régime fort.
On nous a menti et on nous ment toujours en Syrie. La plus belle tentative de déstabilisation fut le fait d’accuser le régime de Damas d’avoir bombardé sa population au gaz sarin, ce qui aurait permis une entrée en guerre de l’Otan. Celle-ci a fort heureusement été déjouée par la diplomatie russe. On nous ment encore avec Genève (I et II) en faisant croire qu’on lutte pour la paix alors que derrière, le Congrès américain, lors d’un vote secret, a accepté d’armer et de financer les « rebelles » (qui n’ont plus rien de syriens ni de démocratiques puisque ce sont des étrangers qui se réclament plus ou moins tous d’Al Quaïda).
On nous ment sur le Venezuela, où on nous fait croire que des étudiants pacifiques réclament plus de démocratie. La vérité est que ces jeunes bourgeois issus des milieux aisés sont payés pour manifester et pour créer des troubles, le but ultime étant évidemment de se réapproprier les puits de pétrole que le gouvernement Chavez avait honteusement nationalisé. On parle de pénurie des denrées premières, accusant le pouvoir en place d’incompétence, mais on se garde bien de parler de l’embargo économique que les USA ont imposé à ce pays rebelle.
On nous ment sur l’Ukraine, où on présente les manifestants comme de gentils pro-européens qui s’opposent à un régime répressif (on a même vu BHL sur les barricades, du moins le jour où il n’y avait pas de danger). La vérité est que la CIA et l‘Otan financent et arment des groupes pronazis nostalgiques d’Hitler et des Waffen-SS. On crie au scandale devant les 25 morts de cette nuit, oubliant de préciser qu’un tiers des victimes se trouve du côté des policiers et qu’il y a manifestement des balles qui ne sont pas tirées au hasard, comme celle qui a tué un journaliste russophone. Mais plutôt que d’avouer qu’il a été tué par les manifestants, on fait semblant de pleurer devant la liberté de la presse bafouée.
On nous ment sur la Centrafrique et le Mali, où sous couvert de protéger les populations civiles des exactions des milices musulmanes (milices qu’on soutient pourtant en Syrie) on occupe le terrain militairement. Cela s’appelait autrefois du colonialisme, mais ici cela s’appelle de l’ingérence humanitaire.
Bref, si on en croit tout ce qu’on nous dit, nous sommes les bons et eux sont les méchants. Eux, ce sont tous ceux qui ne pensent pas comme nous. Le régime ukrainien parce qu’il aime les Russes (comment peut-on aimer les Russes !), Kadhafi ou Assad parce qu’ils n’aiment pas trop Israël (ce cher, si cher Israël !), et tous parce qu’ils n’ouvrent pas leurs frontières au grand marché mondial qui profite à quelques multinationales.
On nous berne donc tous en nous mentant. On envoie nos soldats se faire tuer dans des pays qui ne nous ont rien fait, on tue et on massacre par personnes interposées (djihadistes en Syrie, pronazis en Ukraine), on finance avec notre argent des bandits et des assassins de tout poil, tout cela pour imposer le commerce mondial et complaire le Capital.
Je vois tellement le mensonge partout que j’en viens à me demander si je ne mens pas moi-même ! Et pourtant non, j’ai bien peur d’avoir raison.
17:46 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : syrie, ukraine
Commentaires
Ceux qui ont les grands organes de distribution d'images et maîtrisent la circulation de l'information disposent d'un pouvoir d'influence qui fait des dictateurs maniant les armées les plus efficaces d'antan de naïfs enfants de chœur.
Écrit par : solko | 19/02/2014
Écrit par : Feuilly | 19/02/2014
Écrit par : MarieFrançoise | 19/02/2014
Écrit par : MarieFrançoise | 19/02/2014
http://www.lepoint.fr/monde/attaque-chimique-en-syrie-le-rapport-qui-derange-19-02-2014-1793755_24.php
Écrit par : Halagu | 20/02/2014
D'un État. Pas d'un peuple.
Or si tous les peuples, toutes les ethnies et toutes les confessions, méritent le respect, il n'en va pas de même des États....
Écrit par : Bertrand | 20/02/2014
Et quand on parle d'Israël, c'est bien évidemment de ses dirigeants qu'on parle. Tu as raison de le rappeler Bertrand.
A la mort d'Ariel Sharon, je n'ai pas entendu beaucoup de médias rappeler qui était cet ennemi de la paix. Sa brutalité envers le peuple palestinien. Sa responsabilité personnelle dans les massacres des camps de réfugiés de Sabra et Chatila en 82.
La décision en 2002 du gouvernement dont il était le premier ministre, de construire le mur qui sépare Israéliens et Palestiniens. Ce mur condamné en 2004 par la Cour internationale de justice mais qui existe toujours.
Un homme qui malgré (ou à cause de) toutes ses exactions était devenu chef de gouvernement.
Écrit par : Michèle | 20/02/2014
Écrit par : Feuilly | 20/02/2014
Écrit par : Feuilly | 20/02/2014
Quand on entend aujourd'hui Obama traiter Ianoukovitch de criminel qui a du sang sur les mains, on constate qu'il y a deux poids et deux mesures en ce monde et qu'est seulement taxé de criminel celui qui tue pour la mauvaise cause.
Ce qui n'excuse, à mes yeux, en rien ce dernier, faut-il que je le précise ?
Écrit par : Bertrand | 21/02/2014
Écrit par : Feuilly | 21/02/2014
En plus, sommes-nous les mieux placés pour discuter de cela ? Les espoirs d'avant 1948, puis 1948 ? Je ne crois pas.
En revanche, nous sommes capables de définir que la politique d'expansion et d'extermination menée depuis 1967 est une politique criminelle.
Nul n'a le droit, au nom de quelque principe idéologique que ce soit, de nous obliger à faire allégeance à ces forfaits contre le peuple palestinien !.
Écrit par : Bertrand | 21/02/2014
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