22/02/2014
Souvenirs
La vie n’est pas tendre avec nous. Elle nous tend cent pièges et mille chausse-trappes, dans lesquels nous tombons généralement. On n’y peut rien, c’est comme cela. Notre vigilance n’empêchera que très rarement note chute. Alors, faut-il pour cela détester la vie ? Non, il faut en retirer tout ce que nous pouvons, c’est-à-dire généralement pas grand-chose. Mais ce « pas grand-chose », ce « presque rien » comme disait Jankélévitch, est tout ce qui nous est donné, alors profitons-en au maximum. Conservons au fond de nous tous ces petits bonheurs éphémères, ne les négligeons pas, ils sont souvent plus importants qu’on ne le croit. Ainsi, quand on vieillit et qu’on regarde derrière soi ce que l’on a vécu, on s’aperçoit que les souvenirs que nous conservons du passé sont rarement des faits importants, mais plutôt des impressions fugaces que notre esprit et nos sens ont enregistrées : le son de la cloche d’un village, l’odeur des fleurs au printemps, le bruit de la pluie sur un toit, le souffle du vent en haut d’une falaise, le bruit éternel des vagues, le goût du gâteau que l’on mangeait enfant, etc. Notre vie est faite de ces instants fugaces, qui nous ont marqués puisque nous croyions les avoir oubliés alors qu’ils reviennent toujours au moment où on ne les attend pas.
Conservons toutes ces impressions au fond de nous. Recueillons-les précieusement au fond d’un vase, comme un parfum précieux et quand l’existence n’est pas tendre avec nous, reprenons ce flacon et ouvrons-le précautionneusement pour en respirer les effluves, ils sont la quintessence de notre vie.
(A toi, dont l’odeur de la peau est restée sur mes lèvres).
00:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : littérature
Commentaires
La volonté s'échappant du poids de l'être et dont la nature profonde échappe à toute tentative d'explication. Ce presque rien de la volonté pure, en acte, ce presque-rien qui devient ce je-ne-sais-quoi, comme un parfum d'autres choses une fois le fait accompli.
Ce presque-rien est l'énergie vitale, la puissance du fiat lux, il est immense, ce presque-rien de la décision et terrible. Mais il est la manifestation de la liberté. Jankélévitch est le continuateur de Bergson, je me demande s'il n'y aurait pas un peu de stoïcisme aussi : être à la hauteur de l'événement, être digne de la liberté que je produis. A ces pieds, le gouffre et l'abîme. La liberté, un vertige.
La mémoire, des traces fugaces, oui, des impressions d'impressions accumulées, des sensations mêlées, des élaborations imaginaires. La Mémoire mère de l'imagination. Et la liberté fille de l'imaginaire.
Écrit par : cleanthe | 22/02/2014
http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2012/01/24/ecrire-et-etre-ecrit.html
Enfin, il disait que l'imagination sans la mémoire n'est rien.
Et l'imaginaire, en effet, débouche sur la liberté. C'est bien pour cela que les poètes ont toujours été mal vus du pouvoir politique, parce qu'ils s'échappaient toujours vers un ailleurs où on ne pouvait pas les surveiller.
Écrit par : Feuilly | 22/02/2014
Dans un tel monde, la liberté ne jouerait plus aucun rôle parce que l'imaginaire serait vidé de la possibilité d'une quelconque mise en forme. Liberté, imagination et temporalité ont des rapports très étroits.
Nécessaire Mnémosyne, la déesse aux neufs muses.
Écrit par : cleanthe | 22/02/2014
Et même s'ils sont imprégnés de tristesse, il est des moments où ils nous embrasent tant qu'on ne peut s'empêcher de sourire juste avant de nous endormir !
Un texte d'Henri Gougaud qui pourrait illustrer votre beau texte : (notamment cette dernière phrase si sensible)
"Plutôt que de t'enfermer dans le chagrin ou l'indifférence, cultive les sensations que l'être aimé a laissées en toi, redonne vie, dans tes dedans, à la tendresse, à la douceur. Si tu revivifies ces instants de bonheur passés, si tu les aides à pousser, à s'épanouir, à envahir ton être, la distance peu à peu se réduira, la douleur peu à peu s'estompera. Tu peux recréer ce que l'oubli a usé'."
Écrit par : saravati | 28/02/2014
Merci pour la citation de Gougaud. Je comprends que la douleur peu s'estomper quand on revit le bonheur passé, mais cette "distance qui se réduit" n'est-elle pas illusoire ? Veut-il dire que l'être autrefois aimé revit en nous par le souvenir (je le crois de nouveau proche) ou bien que petit à petit on s'habituera à la distance qui désormais est entre lui et nous, justement parce qu'on aura préservé l'essentiel de la relation au fond de nous ?
Écrit par : Feuilly | 28/02/2014
Écrit par : Michèle | 01/03/2014
Écrit par : Feuilly | 01/03/2014
Mais cela m'éloigne de ton texte. On n'est pas toujours maître de l'irruption du souvenir dans sa mémoire. Et parfois, c'est tellement absurde. Si je citais un exemple que j'ai en tête, on me regarderait vraiment de travers, et pourtant...
Écrit par : MarieFrançoise | 03/03/2014
Quant aux souvenirs, il est certain qu'ils dirigent un peu notre vie malgré nous. Le totu est de pouvoir les domestiquer un peu pour aller de l'avant.
Écrit par : Feuilly | 04/03/2014
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