02/11/2012
Dans le grenier
Dans le grenier, il n’y a rien, rien que quelques boîtes remplies d’objets hétéroclites, souvenirs d’époques révolues. Les ouvrir vous plonge dans des regrets sans fin et mieux vaut donc éviter cette descente aux enfers de la mémoire.
Dans le grenier, il n’y a rien, rien qu’un vieux fantôme qui parfois me rend visite. Gentil, courtois, il glisse dans l’ombre sans faire de bruit. C’est à peine si on le devine, tant il est discret. Seule une toile d’araignée frémit dans un coin, signe de son passage pour ceux qui savent voir.
Dans le grenier il n’y a rien, rien qu’un gros morceau de fromage laissé là pour les souris, par amitié pure pour la gent rongeuse. Parfois, de ma chambre, je les entends trottiner à qui mieux mieux, organiser des débats, traiter des affaires de leur Etat. C’est un peuple pacifique et craintif, qui jamais n’assassina personne.
Dans le grenier il n’y a rien, rien qu’une vieille horloge aux aiguilles arrêtées, symbole du temps qui fut et qui jamais plus ne sera. Il y a aussi une armoire remplie de vêtements vieux. Nul ne sait à qui ils purent bien appartenir, ni en quel siècle ils furent portés, si jamais ils le furent.
Dans le grenier il n’y a rien, sauf une lucarne par où je contemple le ciel. Couché sur le plancher, je regarde l’azur, qu’un oiseau parfois traverse d’un vol lent ; ou je compte les nuages, qui passent de droite à gauche, en partance pour nulle part ; ou bien encore j’observe les étoiles, ces mondes disparus qui éclairent ma nuit incertaine. Parfois, fatigué de rêver à des amours improbables et à des voyages impossibles, je m’assoupis un instant. Du fond de mes songes, il me semble entendre un bruit étrange, et je me réveille vaguement. S’agit-il d’une souris qui trotte dans l’obscurité, du fantôme qui frôle l’armoire aux souvenirs, ou de la vieille horloge qui aurait sonné les douze coups de minuit, marquant la fin inéluctable de la partie ?
00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature
Commentaires
Et je remarque, sur le ton du badinage bien sûr, que vos nuages épousent la même trajectoire, pour l'heure, que la politique.
Annoncent-ils un ouragan ?
Écrit par : Barnabé | 02/11/2012
Écrit par : Feuilly | 02/11/2012
Écrit par : Bertrand | 02/11/2012
Ce sont les rêves dans la hauteur claire. Vers le toit toutes les pensées sont claires, dit Bachelard...
Dans ce texte-ci, c'était un cheval à bascule qui regardait les étoiles par la tabatière :
http://feuilly.hautetfort.com/archive/2009/06/24/le-grenier.html
Je ne retrouve pas l'autre texte où il était aussi question de tabatière, à propos de laquelle nous avions eu une discussion avec Agnès et Saravati...
Écrit par : Michèle | 03/11/2012
http://feuilly.hautetfort.com/archive/2012/02/05/une-maison-a-la-campagne-2.html
Écrit par : Michèle | 03/11/2012
Écrit par : Feuilly | 03/11/2012
Quand vous avez parlé de la mort, de l'amour et de la difficulté que nous avons à exister, vous avez fait le tour du "Sujet littéraire".
Non ?
Écrit par : Barnabé | 05/11/2012
Écrit par : Feuilly | 05/11/2012
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