31/05/2014
Plage
Vous alliez souvent, petite fille, jouer sur la plage grande et belle.
Vous fîtes là moult châteaux de sable
Que la marée montante submergeait toujours
Sous vos cris faussement indignés,
Car dans le fond, fort ravie vous étiez de cette force sauvage
Qui piétinait vos constructions éphémères…
Adolescente, sur la même plage, vous vous mîtes à rêver
Au prince charmant qui habitait le château.
Beau, preux et courageux, il vous semblait le voir
Galoper dans les flots, sur son cheval fougueux.
Un jour, il prit les traits d’un vacancier de passage
Et là, sur le sable de la grande plage d’abord, puis dans les dunes discrètes
Vous avez goûté de sa force sauvage et de ses baisers tendres.
Submergée sous les vagues du désir, ravie,
Vous avez crié votre joie à chaque marée haute.
Mais quand prit fin l’été et que le prince fougueux regagna son port,
Indignée, vous comprîtes que tout château n’était fait que de sable.
Aujourd’hui, vous marchez seule sur la plage grande et belle
Et dans le ciel vide passent de grands oiseaux blancs.
Tout en regardant les enfants qui construisent des châteaux éphémères,
Vous écoutez les flots fougueux qui déferlent sur le sable.
Ce sont les chevaux de la mer, qui galopent, écumants.
00:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : littérature
Commentaires
Écrit par : Michèle | 31/05/2014
Écrit par : Feuilly | 31/05/2014
Écrit par : Halagu | 02/06/2014
Luc Lang cite à moment donné Hans Blumenberg dans l'essai "Approche anthropologique d'une actualité de la rhétorique". Blumenberg dit ceci :
"L'indigence de l'homme à qui font défaut les dispositions spéciales pour réagir face à la réalité, le fait qu'il soit pauvre en instincts, est le point de départ d'une question anthropologique centrale : comment cet être est-il capable d'exister en dépit de son défaut biologique de dispositions ? La réponse peut être résumée dans la formule suivante : il en est capable dans la mesure où il ne s'engage pas directement dans la réalité. La manière dont l'homme se réfère à la réalité est indirecte, circonstancielle, différée, sélective, et, surtout, métaphorique. [...] Le détour métaphorique qui abandonne l'objet en cause pour tourner ses regards vers un autre objet, supposé par avance instructif, prend ce qui est donné pour ce qui est étranger, et ce qui est autre pour ce qui est disponible de manière plus fiable et plus maîtrisable. [...] La métaphore n'est pas simplement un chapitre d'un traité de ressources rhétoriques, elle est une composante significative de la rhétorique. [...]"
Nous sommes des êtres de détour, nous ne sommes vivants et dans la vie que par un patient montage de sens construit, démultiplié, à l'intérieur duquel s'élaborent, dans le meilleur des cas, un désir de la beauté et un plaisir de l'accomplissement métaphorique qui restitueraient pour nous ce qui échappe et nous traverse sans cesse de l'immanence du vivant et du réel, écrit Luc Lang.
Il y aurait tout l'essai à citer :)))
Écrit par : Michèle | 02/06/2014
@ Michèle : merci ne nous renseigner sur le plaisir de l'accomplissement métaphorique :))
Écrit par : Feuilly | 02/06/2014
Or la conséquence immédiate n'est pas de se posséder charnellement, mais de faire un geste technique, celui de coudre des feuilles de figuier et de se confectionner des pagnes. Ce geste technique produit un artefact, un objet fabriqué, dont la fonction est de dissimuler leur différence et de feindre la ressemblance.
C'est-à-dire d'instituer un éloignement, un détour, un retard dans l'accomplissement du désir.
La sexualité s'efface dans la frontalité du regard et la confrontation physique des corps pour mieux s'épanouir dans une transposition imaginaire, une représentation de substitution, un différé qui enflamme le désir et rend le dévoilement physique proprement miraculeux.
C'est-à-dire que l'art et le langage se dessinent immédiatement comme une pratique du labyrinthe qui, dans sa traversée lente, ardue et complexe, rend la vie désirable parce qu'elle lui ôte évidence et immédiateté.
Resterait sinon, l'accouplement instinctif, mutique et spirituellement pauvre, de l'espèce.
L'art érotise la vie et nous préserve de sa vérité brutale et nue dont on ne saurait que faire maintenant qu'on la sait, nous dit la Genèse. Peut-être n'y a-t-il rien à découvrir dont il ne faille trouver un substitut de transfiguration dans la métaphore.
Comme Adam et Eve nous nous faisons tailleur, couturier, styliste...
Écrit par : Michèle | 02/06/2014
L'art consisterait donc à coudre ces feuilles de vigne ou de figuier pour nous suggérer ce que la réalité nous donne, elle, à voir trop crûment ? Cacher la réalité nous permettrait paradoxalement de mieux l’appréhender en nous situant dans le domaine onirique.
Ce mythe d'Adam et Eve est toujours fascinant.
Écrit par : Feuilly | 02/06/2014
Écrit par : Michèle | 03/06/2014
Mais si dans ce mythe Dieu est bien un substitut du père, cela en dit long sur les rapports que l’homme et la femme entretiennent avec la religion, laquelle leur permet avant tout de se rassurer (comme si un être supérieur continuait à les protéger).
Écrit par : Feuilly | 03/06/2014
Écrit par : Halagu | 03/06/2014
Ceci dit, ça commençait mal, puisqu'au chapitre suivant Caïn tuait déjà Abel, compromettant du même coup toute la descendance. On retrouve ce thème du fratricide dans la légende de Romulus et Rémus (eux-mêmes nés des amours du dieu Mars et de la vierge Rhéa Silvia - un peu comme le Christ, en somme).
Écrit par : Feuilly | 03/06/2014
Écrit par : Halagu | 04/06/2014
Écrit par : Feuilly | 04/06/2014
La "fictio" [fictio, onis, f. (fingo) action de] de Dieu s'élabore à partir de rien, d'un rien incréé, d'un non-incarné.
La "fictio" de l'être humain s'élabore à partir du tout existant.
Écrit par : Michèle | 04/06/2014
Certains pensent que l'orphisme est le précurseur des religions monothéistes (Zeus étant le dieu créateur du monde au dessus de tous) en particulier le christianisme. Ils citent pour cela beaucoup d'aspects partagés tels que le péché originel, le paradis, l'immortalité de l'âme...
Mais là, on va très loin! On est parti de l'éphémère et des gentils châteaux de sable et Michèle a donné le signal du départ pour un sprint à travers les siècles et les contrées. Il faut croire qu'on était déjà sur les starting-blocks!
Écrit par : Halagu | 04/06/2014
Écrit par : Feuilly | 04/06/2014
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