13/11/2008
L'écriture et la nuit
La nuit j’écris.
La nuit, c’est fait pour écrire, sans qu’on sache pourquoi, finalement.
Peut-être parce qu’il fait noir et qu’il n’y a plus personne. La maison est silencieuse, le calme est absolu. On se retrouve donc avec soi-même comme jamais on ne l’a été dans la journée. Que faire, si ce n’est coucher sur le papier tout ce que l’on a sur le cœur, tout ce qui fait un poids, là, quelque part dans la poitrine et qui nous empêche de vivre comme il faudrait ?
Alors on écrit dans cette grande solitude délicieuse. Les mots s’affichent sur l’écran un à un, comme les gouttes d’une pluie qui commencerait à tomber. Puis petit à petit ces mots se rassemblent en phrases et les phrases en paragraphes et voilà la page-écran remplie. C’est un grand fleuve de mots qui maintenant coule de lui-même et emporte celui qui tape sur le clavier. Il l’emporte vers une destinée inconnue, peut-être un immense océan où disparaître enfin. Car écrire est dangereux. Pas toujours, mais parfois. Ecrire c’est mettre à nu la vérité que l’on a au fond de soi, c’est la jeter à la face du monde par l’intermédiaire de cet écran qui scintille dans l’obscurité de la pièce comme un ciel étoilé. Ecrire, c’est toucher l’espoir de se faire enfin comprendre, c’est crier aussi l’absurdité de ce monde qu’il nous faudra un jour quitter sans savoir pourquoi ni même sans avoir compris ce que nous étions venus y faire.
Ecrire, c’est une grande consolation aussi puisque cela consiste à créer des mondes imaginaires, des mondes où il nous semble que nous pourrions peut-être vivre. Enfin, s’ils existaient. Mais ils existent pour un instant, cependant. Ils sont là, dans toutes ces phrases que j’aligne, soumises à ma volonté ou au contraire indépendantes. Peu importe : un univers est en train de se créer, un univers où je retrouve mes désirs et mes angoisses, mes craintes et mes espoirs. Et en filigrane, l’amour toujours, qui se glisse subtilement dans l’intrigue alors qu’on ne l’a pas invité. On contemple ébahi les relations qui se nouent entre les personnages et à la fin on se demande si on n’est pas un peu l’un d’eux et si on ne voudrait aussi croiser le regard de cette fille qui traverse l’histoire.
Dehors, le vent souffle en tempête. Je m’en moque bien. Ici, tout est calme, le clavier fait son petit bruit régulier et les mots grignotent patiemment l’écran. Je suis bien, en accord avec moi-même. Demain sera un autre jour.
22:43 Publié dans Prose | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : prose, écriture
Commentaires
Écrit par : mélody | 14/11/2008
Mais il me semble entendre aussi qu'il s'agirait là d'un texte qui n'aurait pas été porté à l'écran (de Marche romane).
Les lecteurs sont demandeurs, indiscrets, gourmands.
Écrit par : michèle pambrun | 14/11/2008
Écrit par : Feuilly | 14/11/2008
Écrit par : MV | 17/11/2008
Écrit par : Pivoine | 20/11/2008
Écrit par : Pivoine | 20/11/2008
est donc devenu une formule littéraire...
Écrit par : Rosa | 20/11/2008
1) je pourrais répondre ironiquement qu'il est normal de trouver ce verbe dans un texte qui parle de la nuit (se coucher pour dormir) mais cela ne va pas vous satisfaire.
2) je pourrais plus judicieusement dire qu'on ne fait pas ici de la littérature(hélas). On s’y essaie, c'est différent. Marc Villemain (dont le commentaire m'avait échappé) le souligne fort justement. La nuit nous berce d’illusion, nous nous épanchons et croyons atteindre un certain seuil dans l’accomplissement de ce qu’il y a à dire. Le matin, malheureusement, ce qui est écrit semble souvent bien modeste.
Écrit par : Feuilly | 20/11/2008
Écrit par : Feuilly | 20/11/2008
Au début j'ai vraiment cru que vous écriviez au stylo.
Pardonnez-moi d'interpréter votre texte par le petit bout de la lorgnette.
Écrit par : Rosa | 20/11/2008
Mais c'est vrai que j'aimais le stylo. Pourtant, je me suis vite rendu compte que je passais trop de temps à recopier. En plus, j'ai une écriture illisible et il m'arrivait d'avoir du mal à me relire. J'ai donc opté pour le clavier et ma foi je ne le regrette pas.
Écrit par : Feuilly | 20/11/2008
Bravo de concilier clavier et inspiration, pour moi c'est difficile.
Sur la photo, le stylo reste à portée de main.
Écrit par : Rosa | 21/11/2008
Écrit par : Feuilly | 21/11/2008
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