27/10/2007
Le monde comme il va
On apprend que Jean-Marie Colombani, l'ancien président du directoire du Monde, a négocié avec l'actuelle direction des indemnités de licenciement d'environ 950.000 euros. En fait, son contrat prévoyait qu’en cas de rupture il devait rester journaliste tout en conservant son salaire de patron.
Le président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), Jean-Michel Dumay, a jugé ces indemnités "indécentes". "Evidemment, elles représentent un quart du bénéfice d'exploitation du groupe. « C'est impudique sur le plan social, au regard des efforts qu'on a faits et qu'on va sans doute encore devoir faire", a ajouté M. Dumay.
Il a raison. Surtout qu’au même moment Alain Minc annonce que le journal sera déficitaire en 2007. La solution ? Comme d’habitude : prendre des mesures d'économies sur toutes les charges.
Décidément, le monde n’est plus ce qu’il était…
00:13 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Le Monde
26/10/2007
De la littérature comme moyen de survie.
Toujours dans le contexte de l’île (voir textes précédents) on pourrait se demander si ce lieu mythique n’est pas avant tout intérieur. Certes, on peut s’isoler à la campagne et refuser la compagnie des hommes afin de ne pas compromettre son « moi » avec ce monde mercantile qui est devenu le nôtre. Mais on peut tout aussi bien opérer un repli intérieur et s’adonner par exemple à la lecture et à l’écriture, sans pour autant rompre tout à fait avec la société. Une question cependant se pose. Cette activité intellectuelle qui nous apparaît à nous comme une échappatoire, une percée décisive contre la bêtise ambiante, ne peut-elle être qualifiée de fuite en avant, de refuge, voire de régression ?
Pour le dire autrement, est-il normal de lire (ou d’écrire) ? Un être normalement constitué a-t-il besoin de ce jeu qui consiste à vivre ou à créer des mondes imaginaires ? Un homme (une femme) adulte, en pleine maturité, est supposé(e) agir sur le monde qui l’entoure et non pas se complaire dans la fiction ou la poésie. Sommes-nous donc des anormaux, nous qui lisons et écrivons ? Pourtant cette activité nous semble primordiale et elle ouvre assurément notre esprit à des considérations plus hautes que ne peuvent le faire la plupart de nos actions quotidiennes.
D’un autre côté l’écriture peut se révéler être une arme redoutable, par les idées qu’elle véhicule et par la critique de la société qu’elle implique. La lecture aussi, forcément. Alors, sommes-nous en retard, attardés en quelque sorte dans l’enfance, avec nos contes et nos chimères ou bien au contraire sommes-nous en avance, dénonçant déjà avant la majorité de nos contemporains les travers d’une société qui nous convient peu ?
Ceci dit l’écriture n’est pas seulement critique du monde ambiant. Elle est avant tout retour dans le fort intérieur, recherche de la vérité qui sommeille au fond de chacun de nous. Il nous appartient d’être ce que nous sommes (comme un chat est chat jusqu’au bout des griffes) et cela en dépit du contexte dans lequel nous vivons. L’idéal étant sans doute de trouver une adéquation entre nos aspirations intimes et le monde extérieur. Il faut alors passer par des compromis (c’est sans doute ce qui distingue l’âge adulte du temps de l’adolescence, plus intransigeant et surtout soucieux de trouver la pureté absolue). Les problèmes commencent quand ces compromis deviennent trop nombreux. Notre « moi » alors s’évanouit devant le « ça » (pour parler comme les philosophes, lesquels n’ont jamais rien fait d’autre que de tenter d’endiguer l’absurdité de la vie par des échafaudages théoriques bien illusoires). C’est à ce moment-là, en fait, que nous recherchons la fameuse île, afin de nous ressourcer et de redevenir nous-mêmes.
23:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : Littérature, lecture, écriture
25/10/2007
De l'avant-garde (ou la nouvelle garde du Président).
Il n’y a pas si longtemps, Madame Lagarde était inconnue en France et plus particulièrement en politique. Avocate, elle avait fait toute sa carrière aux États-Unis. Elle fut présidente du Comité stratégique du premier cabinet mondial de droit des affaires (le cabinet Baker & McKenzie à Chicago). En avril 2005, elle entra au Conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING Groep. Remarquée par JP Raffarin, elle quitta alors les Etats-Unis pour devenir ministre du Commerce extérieur dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Cela suppose de sa part un revirement complet, puisqu’elle n’avait rien fait d’autre jusque là que défendre les intérêts des multinationales états-uniennes contre les entreprises françaises et européennes.
Il faut savoir aussi qu’elle a milité au sein du CSIS (Center for Strategic & International Studies), un « lobby » pétrolier. Là, elle présidait une commission USA/UE/POLOGNE, dont les préoccupations étaient la libéralisation du marché polonais. Dans ce cadre, elle a été amenée à défendre les intérêts de Boeing et Lockheed-Martin contre ceux d’Airbus et de Dassault. Tout cela se solda par la vente, à la Pologne, en avril 2003, pour 3,5 milliards de dollars, de 48 chasseurs F-16 Lockheed-Martin dont ce pays n’avait aucun besoin. Pour payer, le gouvernement polonais puisa dans les fonds qu’il avait reçus de l’Union européenne et qui étaient destinés au secteur agricole. On aurait pu espérer une autre attitude de la part de la Pologne, à peine arrivée dans l’Union.
Notons en passant que le président de Lockheed a été par ailleurs le principal bailleur de fonds du Comité pour la libération de l’Irak. Irak où nous avons retrouvé l’armée polonaise derrière Georges Bush. Tout se tient. Cela a permis à Bush d’opposer la « vieille Europe », représentée par la France et l’Allemagne, timide et opposée à la guerre et la « nouvelle » Europe (en gros les pays de l’Est), touts prêts à s’engager à ses côtés pour établir un nouvel ordre mondial. Ce sont donc bien les citoyens européens, avec leurs impôts, qui ont indirectement permis à l’armée polonaise de s’équiper et d’entrer dans un conflit qu’elle désapprouvait, tout cela pour le plus grand profit des USA (puisqu’une des multiples raisons de l’engagement en Irak était d’y supplanter les firmes françaises et allemandes comme Thomson et Siemens).
Mais revenons à Mme Lagarde. Une fois dans le gouvernement de de Villepin, elle a aussitôt déclaré qu’il fallait réformer le droit du travail qui, « constituait souvent un frein à l’embauche et à un certain nombre de décisions d’entreprendre ». Tout un programme.
En juillet 2007, on a pu l’entendre, devant l’Assemblée, faire l’éloge du travail (égratignant au passage Paul Lafargue et son « Droit à la paresse » ainsi que les 35 heures).
Dans un article daté d’hier, Le Figaro s’est félicité de la présence d’une femme au G7. Il s’est cependant montré beaucoup plus discret sur le passé de cette femme, dont la vie a surtout été consacrée aux firmes privées, aux Etats-Unis de surcroît. Et on va nous faire croire qu’elle a renoncé à un plantureux salaire pour venir défendre les intérêts des Français. Il ne faudrait tout de même pas nous prendre pour des naïfs.
14:15 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Christine Lagarde, politique
24/10/2007
Raison et beauté.

A notre époque et en Occident, on a l’impression que seul compte le progrès technique. L’homme se pense dans une Histoire sans cesse en devenir, étant entendu que les lendemains ne peuvent être que meilleurs. Cette conception linéaire de l’Histoire n’a un sens que si on lie le futur à la notion de progrès. Comment imaginer, en effet, que l’humanité pourrait régresser ? Par respect pour lui-même, l’homme s’invente donc dans un devenir sans cesse meilleur, un peu comme les enfants qui se regardent grandir et qui rêvent du métier qu’ils feront plus tard.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette conception du temps qu passe.
D’abord, il n’est pas du tout sûr que demain sera mieux qu’hier. On a connu des périodes sombres où c’était même carrément le contraire, que l’on songe à la chute de l’Empire romain sous les coups des barbares ou plus récemment à la guerre 40-45. Il existe ainsi des époques, qu’on le veuille ou non, où le confort et la culture reculent. Le progrès se trouve alors derrière soi. C’est d’ailleurs en regardant en arrière que les humanistes de la Renaissance sont allés puiser dans l’Antiquité les forces capables de faire avancer le monde.
Les Grecs avaient une notion cyclique du temps. Sans doute faut-il y voir un confort de l’esprit, puisque cette conception contient en elle-même des germes d’éternité : tout change, mais un jour ou l’autre tout redevient comme avant et l’Age d’or est de nouveau atteint. Est-ce le christianisme, avec ses idées de parousie et de jugement dernier qui nous a fait renoncer à cette vison cyclique ? Peut-être bien, à moins que ce christianisme n’ait enseigné une telle doctrine parce que précisément la conception du temps avait changé (il est toujours difficile, devant un phénomène, de déterminer la cause de la conséquence).
Mais revenons aux Grecs. Sans doute leur manière de voir les choses nous semble-t-elle naïve, mais ils avaient au moins cette supériorité sur nous de conserver un certain équilibre. Autrement dit, il y avait des limites qu’il ne fallait pas franchir. Ainsi parvinrent-ils à concilier les progrès techniques avec le culte de la beauté. Quant à leur conception de la démocratie, la taille même de leurs cités permettait une juste participation de chacun. Nous, au contraire, dans notre démesure, nous courons vers un futur incertain, misant exclusivement sur le progrès technique (comme si lui seul pouvait donner le bonheur) au détriment de la réflexion, du bien-être et du respect envers la beauté. Conciliant à la fois le sacré et la raison, la Grèce antique semble bien éloignée de notre conception matérialiste, au point qu’on en viendrait à regretter que le temps, précisément, ne soit pas cyclique, ce qui nous assurerait au moins de repasser un jour par cet Age d’or irrémédiablement perdu.
En misant tout sur la technique et la domination de la nature, nous sommes arrivés à mettre notre existence même en péril. De la bombe atomique au réchauffement climatique, de la pollution aux insecticides cancérigènes, l’avenir même de l’humanité semble compromis par nos découvertes. On n’ose d’ailleurs imaginer quel monstre pourra un jour sortir des laboratoires de la génétique. Il nous faudra alors construire un nouveau labyrinthe pour enfermer ces nouveaux minotaures à visage humain, nous tournant une nouvelle fois vers cette Grèce des origines pour trouver une solution aux problèmes que nous aurons créés.
Si chez nous tout est matériel, la réflexion spirituelle (et je ne prends pas ce terme dans son sens spécifiquement religieux) fait de plus en plus défaut. Se contentant de confort matériel, « homo modernus » en oublie de réfléchir sur lui-même et sur sa destinée. Car cette île dont nous parlions dans la note d’hier, ce lieu où il nous serait possible de nous arrêter pour réfléchir, est avant tout un lieu intérieur. Hélas, pressés par la vie courante, nous vaquons à nos occupations à un rythme de plus en plus effréné. Il n’y a plus de place pour la poésie ni même simplement pour se regarder vivre.
Ces dernières années, le néolibéralisme et la mondialisation de l’économie nous ont entraînés dans une course à la concurrence. Il faut être productif, construire tout plus vite, mieux et moins cher que votre voisin, sinon vous êtes perdu. Or, quand on voit à quel prix on trouve de la min d’œuvre dans certains pays, on se dit qu’on ne sera jamais concurrentiel, à moins d’accepter de travailler 10 heures par jours tout en vivant sous le seuil de pauvreté. Dans un tel monde, où l’argent est roi, on ne se préoccupe plus du bien- être ni encore moins de la spiritualité ou de la poésie. Nos grands-parents ont encore connu une époque où un petit artisan pouvait fabriquer un objet avec l’amour du métier, essayant humblement de le rendre le plus beau possible. Cette époque est révolue. Il reste l’argent, pour quelques-uns du moins. Quant aux autres… Ils cherchent une île.
14:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2)
22/10/2007
Une île
« Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin, pourtant, s’en fait sentir. Pour comprendre le monde il faut pouvoir se détourner ; pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance. Mais où trouver la solitude nécessaire à la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? »
Camus, l’Eté ("le Minotaure ou la Halte d’Oran")
Je me demande parfois s’il est encore possible de rester soi-même. Le monde, autour de nous s‘agite. Partout, ce ne sont qu’attentats, tueries, révolutions, contestations, répression. Parlant tout à tour de Gaza, de l’Irak, de l’Iran, du Liban, de la Birmanie, de la Turquie, du Kurdistan, les journalistes nous donnent le tournis. Certes, il faut se tenir au courant, mais d’un autre côté, cette immédiateté de l’information nuit à notre jugement. Nous ne faisons plus que « zapper » d’une catastrophe à l’autre, sans avoir même le temps de connaître les tenants et les aboutissants d’une affaire. Nous sommes noyés par la surabondance des informations. Sans compter que celles-ci sont partiales et se veulent telles. Impossible de faire confiance à qui que ce soit. Tout est orienté et déformé afin de nous conduire dans une direction. Rien n’est jamais gratuit. Comment ne pas se méfier quand on sait que les journaux comme les chaînes de télévision appartiennent à de grands groupes proches du pouvoir ? Et en plus de tout cela, on vient nous saouler avec détails sans intérêt, comme le divorce de son éminence Nicolas de Nagybocsa. Il y a fort à parier que demain les magazines « people » seront pleins de photographies nous montrant la nouveau roi de Sarkozie en tain d’échanger un sourire avec quelque star de cinéma ou quelque princesse en mal d’amour. Manière habile de nous faire oublier les vrais problèmes : l’emploi qui se fait rare, la législation sociale qui est revue à la baisse, les salaires qui ne suivent pas l’inflation, les empires financiers qui se créent sur notre dos, etc.
Mais en dehors de tout cela (que ce soit cette actualité internationale omniprésente et désespérante ou nos conditions de vie immédiate), qui sommes-nous, en tant qu’homme ? Où est le vrai fondement de notre être ? Sans vouloir revenir au recueillement des moines du Moyen-Age, moi qui suis bien peu religieux, je me mets cependant à rêver d’un monde où l’on pourrait enfin réfléchir calmement et finalement proclamer, après mûres réflexions, ce que l’on a à dire. Car la vie est courte et comme disait l’autre il n’y en a qu’une. Il est donc important de lui donner un certain sens, du moins à nos propres yeux. Certes, nous ne transformerons pas le monde (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’engager et combattre toutes les injustices), mais il conviendrait au minimum d’être en paix avec nous-mêmes. La seule manière d’y arriver est d’exprimer ce que nous sommes vraiment. Chaque être est unique et il sent obscurément qu’il est dans ce monde pour clamer sa vérité propre. Pour ce faire, il faut savoir prendre du recul avec les événements, mais pour pouvoir prendre du recul, il faut savoir s’isoler et boucher provisoirement nos oreilles à la rumeur du monde.
Où trouverons-nous une île ? Existe-t-elle seulement ?

12:47 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (5)





