01/11/2007
De la pension de retraite.
Je reviens sur cette problématique des pensions, évoquée hier. On nous dit donc qu’il est logique de travailler plus longtemps puisque l’espérance de vie augmente. Cette vérité tautologique qu’on nous assène à longueur d’articles de presse mérite d’être décortiquée.
1. Il n’est pas si sûr que l’espérance de vie augmente. Qui dit cela ? Les statistiques du Ministère ? Mais elles sont aux mains de Sarkozy. Des scientifiques, des professionnels de la santé ? Peut-être. Mais on en a déjà vu qui se laissaient acheter. Et puis c’est comme pour les OGM, où il y a autant d’avis favorables que d’avis défavorables, ce qui fait que le commun des mortels ne s’y retrouve plus. Ici, il est à craindre qu’on sera allé interroger justement ceux-là qui disent que l’espérance de vie augmente.
2. Il faudrait ensuite savoir pour qui elle augmente. On se doute bien qu’il vaut mieux être riche, habiter Paris et avoir une villa sur la côté d’Azur plutôt que d’être chômeur d’origine immigrée et de vivoter dans les brouillards de Lille ou de Roubaix.
3. Dans tous les cas, la durée de la vie individuelle tient du coup de poker. Quand on regarde des pyramides d’âge, on se rend compte que le nombre d’habitants reste plus ou moins constant jusqu’à 60 ans, âge où on remarque un recul certain, puis le dessin se termine en flèche jusqu’au sommet. Aux alentours de soixante ans, en effet, il semble bien qu’un petit tiers des vivants aient tiré discrètement leur révérence. Donc, même si, comme on nous le dit et comme c’est bien possible, la moyenne nationale d’espérance de vie est en hausse, rien ne dit que pour moi ou pour vous, chers lecteurs, il en sera de même. Qui peut nous assurer de vivre jusqu’au 82 ans prévus ? Pourtant, il me(nous) faudra bien travailler plus longtemps sans garantie aucune de profiter de ces années supplémentaires, résultat d’un bon niveau de vie et d’une recherche médicale efficace.
4. Par ailleurs, on constate que ces années qui nous sont données en plus, comme un cadeau, doivent être automatiquement consacrées au travail. C’est normal, me direz-vous, puisque les caisses sont vides et que le système actuel n’est pas viable. Tiens, donc et personne ne s’est jamais demandé pourquoi les caisses étaient vides ? Il y aurait beaucoup à dire là dessus. Je soutiens en tout cas que si l’Etat avait été géré en bon père de famille et si on avait constitué une réserve (un fonds de pension ou un fonds de vieillissement, appelez-le comme vous voulez), et bien le système aurait encore perdurer pendant trente ans sans problème (ce qui nous aurait laissé le temps de voir venir et de trouver des solutions acceptables pour tous). Au lieu de cela, on a préféré dépenser, réduire les charges des entreprises (tiens, je croyais que dans le système libéral elles ne devaient bénéficier d’aucun avantage) et s’endetter auprès des banques d’une manière inconsidérée (ce qui fait qu’une bonne partie de nos petits impôts ne sert qu’à rembourser la dette). Non, je crois plutôt que dans notre société tout doit être consacré au travail, c’est une philosophie de vie aussi enracinée qu’elle est arbitraire (les seigneurs du Moyen-Age, par exemple, se considéraient comme déshonorés s’ils devaient travailler). Ainsi donc, les quelques misérables années que je pourrais peut-être gagner sur la mort devront être consacrées à mon asservissement et non à mon épanouissement personnel. Tout qui se rebellera contre cette vérité sera traité de profiteur et de carottier.
5. Enfin, me faire payer pour cette année de vie en plus, cela revient bien à poser l’équation : cotiser ou mourir. Si je veux vivre davantage, je dois payer le prix. C’est donc bien la vie que l’on est en train de taxer là. Je m’étonne que Sarkozy, qui est tout de même un grand homme (si, si, je le pense sincèrement) ait focalisé son attention sur le terme de notre vie. Il aurait plutôt dû en considérer le début et taxer tous les nouveaux nés pour avoir osé exister. Bien sûr, me direz-vous, ces petits êtres n’ont pas demandé à venir au monde, il serait donc illogique de les punir par un impôt. Certes, mais d’un autre côté le catholicisme nous a bien préparés à une faute originelle, alors puisque nous avons bien conscience de notre culpabilité première, autant en profiter et taxer un maximum les nouveaux candidats à la vie. En plus, ils viennent prendre notre place, ce qui mérite assurément une punition exemplaire. Ils veulent vire ? Et bien qu’ils paient. Raisonnement absurde ? Oui bien, sûr, mais pas plus absurde que celui qui nous oblige à payer pour vivre plus longtemps.
20:11 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Sarkozy, pension
31/10/2007
Autre bonne nouvelle
Je lis à l’instant ce communiqué de l’Agence France Presse que les journaux ne semblent pas pressés de répercuter. Alors voici l’information :
« PARIS (AFP) — La cote de confiance de Nicolas Sarkozy baisse de quatre points par rapport à octobre à 53%, et celle de François Fillon chute de huit points à 44%, selon le baromètre TNS-Sofres pour le Figaro Magazine à paraître samedi 3 novembre, rendu public mercredi ».
Ainsi donc Nicolas n’était peut-être pas grand par la taille, mais au moins il occupait les sommets dans les sondages. Il semble bien que ce ne soit plus le cas, ce qui fait qu’il ne lui reste plus grand chose. De plus 60 % des Français souhaiteraient un nouveau referendum sur le raccourci de traité européen que l’on est occupé à faire passer derrière notre dos. Lui qui avait cru qu’en votant pour sa personne le bon peuple acceptait de fait ce traité (il l’a dit, je l’ai entendu), il va devoir revoir sa position. Qu’il se dépêche à le ratifier avant de passer en dessous des 50%. Il n’a d’ailleurs pas à le relire puisque le nouveau traité n’est qu’un résumé de l’ancien. Même Giscard l’a dit et il doit savoir de quoi il parle car, jouissant d’une retraite bien méritée dans son château de Chamalières, il a sûrement eu le temps de comparer les deux versions.
Et qu’est-ce que cela implique, finalement, ce traité ? Beaucoup de choses, mais notamment la privatisation des services publics. On s’y prépare déjà. Ainsi en Belgique, il n’y a peut-être pas de gouvernement, mais il y a assurément des idées. On apprend que La Poste a imaginé de se passer des services de 7.000 facteurs (ce qui, vu l’exiguïté du territoire est énorme) et de les remplacer par… des ménagères sans emploi. D’abord elle seront obligées de se lever tôt et ce sera bien fait pour elles mais surtout on pourra les payer beaucoup moins cher, ce qui est assurément intéressant quand on est un patron. Voilà donc un pays où les hommes de lettres ne sont plus à l’honneur…
ceci dit, il y avait moyen de trouver du personnel qualifié encore moins cher:

21:46 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Sarkozy, La Poste
Bonnes nouvelles
Dans la presse d’aujourd’hui, rien que de bonnes nouvelles.
Tout d’abord, le petit Nicolas (prince de Sarkozie et actuellement porteur de couronne au royaume de France), a non seulement demandé une augmentation de salaire de 140 % mais en plus il l’a obtenue. Il n’y a pas à dire, quand on se lève tôt et qu’on parcourt la planète dans tous les sens, on est récompensé. Au moins il y a une justice sociale.
A propos de justice sociale, les syndicats en sont encore à se demander s’ils n’organiseraient pas une nouvelle grève pour défendre les régimes spéciaux de pension. Ils sont en retard. Le gouvernement a déjà expliqué qu’il fallait 40 ans de cotisation pour tout le monde afin d’être équitable. Depuis, il défend déjà l’idée que ces 40 ans doivent devenir 41 ans. Evidemment, si tous les pensionnés veulent vivre un an de plus sur le compte de la collectivité, il ne faut tout de même pas exagérer. Mourir ou cotiser, il faut choisir. Encore quelques semaines et on proposera le chiffre de 45 années pour une carrière normale. Il faut être logique : pourquoi n’y aurait-il que le prince de Sarkozie qui devrait se lever tôt ?
Hier, justement, ledit prince s’était rendu en Corse, qui est manifestement la nouvelle île à coloniser (à moins qu’il n’ait rendu visite à ses anciens beaux-parents et à la mafia locale). «On va vous aider à vous développer et on va faire de la Corse un exemple de réussite républicaine », a-t-il dit sur le même ton qu’il employait jadis dans les banlieues, quand, encore petit candidat, il disait «cette racaille, on va vous en débarrasser ». Il a donc parlé d’investissements. Veut-il investir dans les appartements touristiques de masse et remplacer la côte sauvage par un boulevard digne des bords de Seine tout en faisant plaisir à ses amis entrepreneurs ? Probablement pas. Enfin il n’a rien dit de tel, craignant sans doute qu’on ne place une bombe sous sa voiture (il est sage, car c’est le contribuable qui l’a payée). Non, ce qu’il a proposé, c’est de remettre en question la notion de service public dans les transports. L’Etat n’a plus à assurer des lignes de bateaux régulières (qui coûtent cher), il doit laisser la place à des firmes privées qui font sans doute cela bénévolement puisque le prix de leur billet est moins cher. Donc, en disant, « on va vous aider », Sarko pensait surtout au portefeuille de l’Etat français. Qu’il est brave, tout de même. Les Corses étant presque des Français, ils vont y gagner aussi.
Autre bonne nouvelle, le secrétaire d’Etat à la consommation, Luc Chastel, voudrait privatiser le secteur de l’énergie, afin que le Royaume ne soit plus en retard par rapport aux autres pays européens. Ce serait le principe de l’offre et de la demande, le producteur proposant son prix et le fournisseur l’acceptant ou non. Ce système génial a déjà permis à la Belgique d’augmenter la facture de gaz des particuliers de 30 %, ce qui est remarquable. On aura compris qu’avec ce principe ce n’est pas toujours le consommateur qui gagne, mais au moins il y a toujours un gagnant.
Du côté de l’enseignement, on sait que les élèves du primaire n’iront plus à l’école le samedi et qu’ils pourront donc se lever plus tard. Pourquoi me direz-vous les travailleurs doivent-ils se lever tôt et travailler plus longtemps (voir chapitre des pensions ci-dessus) alors que les enfants doivent faire le contraire ? C’est pour mieux apprendre, nous dit le ministre. Moins on étudie et plus on sait donc. Le système d’apprentissage est donc inversement proportionnel au système de production. Je ne le savais pas (de mon temps on passait encore beaucoup d’heures à l’école) mais le ministre, lui, le savait et c’est ce qui compte. Ce n’est pas pour rien qu’il est ministre. C’est évidemment pour sa compétence qu’on l’a nommé et pas parce qu’il connaissait Cécilia (imaginerait-on une chose pareille ? Il n’y aurait plus de justice).
Les élèves travailleront moins, mais pas les instituteurs, nous a-t-on assuré. Il y a cependant 11.000 postes à supprimer (raison d’économie oblige, c’est normal, il faut être rentable). Oui, mais où et comment ? On imagine déjà de limiter le nombre de redoublement. Ainsi cela fera moins d’élèves au total (puisque la scolarité sera plus courte), moins d’instituteurs et de professeurs et plus d’amour propre pour les jeunes puisqu’ils « n’échoueront » presque plus. Sans doute sortiront-ils avec un diplôme sans avoir maîtrisé toute la matière, mais tout ce qui compte, c’est le diplôme, non ? C’est bien pour cela que Dati avait triché en disant qu’elle détenait celui qu’elle n’avait pas. Mais bon, il faut oser parfois si on veut avoir du boulot. Au moins elle n’est pas chômeuse, elle.
Et les universités dans tout cela ? Les étudiants (surtout ceux de lettres, ces éternels rouspéteurs) continuent à désapprouver le principe de la décentralisation (qui permettra aux régions riches d’avoir un bon niveau d’enseignement et aux régions pauvres de ne plus avoir d’enseignement du tout) ainsi que celui de la responsabilité financière (qui consiste à gérer une université comme une firme privée, autrement dit à ne faire que ce qui rapporte). Ils ont tort, ces étudiants. Quel meilleur moyen de les préparer à la vie des grandes entreprises si ce n’est en rendant leur école semblable à ces grandes entreprises (toutes grandes fournisseuses d’emploi et générant des bénéfices plantureux, comme chacun sait). Vous me direz que les étudiants en lettres ne se retrouveront pas dans ces grandes entreprises mais dans l’enseignement. Comme il n’y a plus de postes de professeurs de prévu, qu’on supprime une fois pour toutes ces sections qui ne servent à rien.
Le groupe franco-américain Alcatel-Lucent, quant à lui, parle de supprimer 4 000 postes, mesure qui viendra s'ajouter à celle déjà mise en oeuvre en février dernier : 12 500 postes avaient été supprimés, dont 1 468 en France. Le but est de réduire les frais afin de dégager (enfin ) des bénéfices (Le sud-coréen Samsung Electronics a de son côté annoncé un chiffre d'affaires de 100 milliards de dollars en 2007, ce qui est nettement mieux). Pour le moment, on ne sait pas encore dans quelle proportion la France sera touchée par ces licenciements. On espère qu’elle le sera beaucoup, ce qui permettra à quelques travailleurs de se lever un peu plus tard. Le libéralisme, en effet, ne vous demande pas des sacrifices toute votre vie, il ne faut pas croire ceux qui vous disent cela.
Dans la presse internationale, on apprend que le barrage de Mossoul en Irak risque de s’effondrer. Cela provoquerait une vague de 20 m de haut qui irait jusqu’à Bagdad et occasionnerait la mort de centaines de milliers de personnes. C’est, paraît-il, les fondations du barrage qui ne sont pas solides. Un petit incident (une bombe américaine larguée là par erreur, par exemple) et c’en est fini des opposants au régime de Bush. Magnanimes, les Américains ont déjà proposé de le reconstruire. Voilà qui va donner de l’emploi et en cette période de crise il faut s’en réjouir. De toute façon les Irakiens ont de quoi payer puisqu’ils ont du pétrole. C’est même nous qui le leur achetons.
Les vrais faux orphelins du Tchad ne seront plus vendus en France pour la modique somme de 2.400 euros. Il faudra attendre la reprise des hostilités pour avoir de vrais orphelins labellisés qu’on pourra revendre plus cher. Kouchner, le sauveur, veut d’ailleurs un couloir humanitaire pour résoudre le problème. Il défend aussi la présence de Total en Birmanie, société, qui, si elle s’en allait de ce pays, laisserait un vide économique sans précédent et fort préjudiciable à la population. Nous n’en avons jamais douté. Le côté philanthropique de Total n’a jamais échappé à personne.
11:10 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Sarkozy, Kouchner, enseignement
29/10/2007
Ecriture

Regards.
Mauvaise nouvelle, le quai du métro est noir de monde ! L'idée de laisser passer une ou deux rames ne m'enchante pas. Après, il va falloir courir, arriver en retard au bureau, essuyer encore une fois les remarques ironiques des collègues… Et le patron, la tête qu'il va faire ! Voilà un lundi qui commence bien mal.
Le métro arrive enfin, bondé à craquer. Je ne fais ni une ni deux : je pousse, je bouscule, je me faufile, je joue des coudes et je finis ainsi par me retrouver à l'intérieur, coincé contre la porte qui se referme avec un bruit sec. Ouf ! Sur le quai, les exclus n'ont pas l'air content… Je m'en moque: j'y suis tout de même arrivé.
C'est bien ma seule consolation. Ecrasé entre une quinquagénaire obèse et deux adolescents à baladeur, je regarde stoïquement défiler les stations. Il fait chaud, étouffant. A X. tout le monde descend ou presque. Enfin une place assise. Je sors mon bouquin et commence ma lecture. Le rêve !
C'est en relevant la tête que je l'ai vue. Jeune, fine, racée, plongée elle aussi dans un livre, dont j'essaie aussitôt de découvrir le titre. Dostoïevski ! C'est donc une ténébreuse, une passionnée des destins tragiques, une qui sait que la vie finit toujours mal. Voilà qui me plait. Nos regards se croisent. Etincelle d'une seconde. Tout est dit. Elle a baissé les yeux trop vite, montrant par-là son trouble. Intimidé, je replonge dans ma lecture. Mais les regards se cherchent, s'évitent. Puis je me fais piéger dans le reflet de la vitre, où elle m'attend déjà, regard oblique qui m'observe un instant. Que faire ? Comme un idiot je replonge dans ma lecture. Elle fait de même. Les mots défilent, incompréhensibles. Les stations aussi.
Soudain, elle se lève et descend. Adieu le rêve.
Sur le quai, elle tourne la tête, dernier regard, long et grave. Puis elle passe derrière la vitre déformante et kaléidoscopique de l'escalator, avant de disparaître pour toujours.
Qui parlera un jour de ces belles inconnues qu'on aurait pu aimer ?
Pour "Paroles plurielles"
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