24/08/2007
Antiquité
Le 24 août 79, Pompéi et Herculanum ont été victimes de l’éruption du Vésuve. Pompéi s’est retrouvée enfouie sous 6 mètres de roches volcaniques et Herculanum sous 16 mètres de boues. Il faudra attendre 1700 ans pour les redécouvrir.
Ce malheur nous a permis de mieux connaître la civilisation romaine. Les habitants ne se doutaient manifestement pas que leur mort servirait à l’histoire de l’humanité.

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Néologismes

Le Robert 2008 vient de sortir. Pierre Assouline, sur son blogue (où je ne vais jamais), nous donne quelques-uns des néologismes acceptés par le dictionnaire. C’est ainsi qu’on apprend que quelques régionalismes feront désormais partie de la langue française :
« … en Belgique (carabistouille, brol, babelutte, jouer avec ses pieds…), au Luxembourg (auditoire pour salle de cours, et contournement pour périphérique), en Suisse (grimpion, se miner le plot, bringues…), en Afrique (ambianceur désignant le boute-en-train, deuxième bureau la maîtresse d’un homme marié, matabiche pour pot-de-vin, et faire couloir pour chercher à obtenir une faveur), au Québec (faire la baboune pour bouder, avoir de la façon pour être poli, chanter la pomme pour courtiser), aux Antilles (habitation pour exploitation agricole)… »
Il n’y a pas si longtemps, il me semble, que les dictionnaires se risquent en dehors de l’hexagone, ce qui nous amène à une réflexion sur la frilosité du français.
Le gros problème du français c’est en effet sa rigidité par rapport aux nouveautés.
Cela tient sans doute au poids du bon usage. Dans les autres langues, il me semble que les locuteurs s'expriment naturellement sans penser à mal. En français au contraire nous craignons toujours de commettre une faute, même les plus cultivés d'entre nous. Peut-être est-ce le regard de Richelieu, ce fondateur de l'Académie, qui continue à peser sur nous. On a l'impression que la moindre faute de langue est aussitôt sanctionnée par la société et passible de prison. Je dis cela, mais je suis le tout premier à essayer de respecter ce bon usage. Il y a même un certain plaisir à y parvenir. D'ailleurs nous tous sur nos blogues, ne faisons pas autre chose que de tenter de trouver le mot juste, la bonne définition, la nuance pertinente etc.
Malheureusement je crois que cette norme qui est imposée au français nous handicape dans l'apprentissage des autres langues. S'est-on déjà demandé pourquoi les Français semblent si peu doués pour les langues étrangères? Il y a à mon avis plusieurs raisons:
1) Le prestige passé du français continue à donner l'impression à ses locuteurs que cette langue se suffit à elle-même, y compris sur le plan international. Malheureusement c’est là une réalité dépassée, dont seuls les anglophones peuvent désormais se prévaloir pour leur propre langue.
2) Je me suis laissé dire que le nombre de sons (et leur complexité) était moins important en français par rapport à d’autres langues. Un Vietnamien aurait donc plus « facile » en apprenant le français (car il retrouverait des sons qu’il connaît déjà dans sa propre langue ou des sons moins complexes que ceux auxquels il est habitué) qu’un Français en apprenant le vietnamien.
3) Le poids du bon usage fait qu’un locuteur francophone a peur de « se lancer » dans l’élaboration d’une phrase dans une autre langue. A l’inverse les Allemands ou les Hollandais oseront davantage. Ils font des fautes ? Aucune importance, on les comprend tout de même. Et puis personne ne va se mettre à rire de leurs fautes. Du coup, petit à petit, ils progressent dans leur apprentissage. Nous, de peur de commettre le moindre impair, nous préférons nous taire. Et nous n’apprenons rien.
Pour revenir aux termes techniques (car c’est finalement là qu’on retrouve la plupart des nouveautés), il faudrait absolument créer rapidement des néologismes. L’Académie le tente bien, mais avec un tel retard que les mots qu’elle propose sont déjà passés dans l’usage (ex. : effeuillage pour streap-tease). L’initiative devrait donc venir des locuteurs eux-mêmes (ainsi j’utilise « courriel » de préférence à « mail », tentant ainsi d’imposer mon choix à d’autres. Cela donne parfois de bons résultats). Mais là on se retrouve confronté à un double problème :
1) De quel droit est-ce que moi, simple usager, je me permettrais d’innover et donc de modifier cette langue que j’ai reçue en héritage ? C’est de nouveau le poids du bon usage et de la norme.
2) Beaucoup de locuteurs francophones restent à ce point fascinés par la langue anglaise, qui leur semble symboliser la société idéale (et de fait, c’est bien ce type de société commerciale qu’on veut nous imposer. L’individu qui y souscrit est donc valorisé), qu’ils se croient obligés, par snobisme, d’employer systématiquement le terme anglais quand celui-ci existe. Or il existe souvent un mot français correspondant.
15:14 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : néologisme, langue française, dictionnaires
23/08/2007
Ecriture

Certains distinguent à juste titre l’écrivain de l’écrivant. L’écrivain est reconnu, publié et lu. L’écrivant, lui, se contente de griffonner chez lui. Entre les deux, il y a la barrière qui sépare le professionnalisme de l’amateurisme. Si tout le monde ne peut être écrivain, tout un chacun a le droit d’écrire à ses heures perdues, même si ce n’est qu’un journal. Généralement, le premier vise un large public à qui il propose des œuvres de fiction. Le second se contente souvent de mettre sur papier un ensemble de réflexions qui vont l’aider à voir clair en lui et donc à survivre.
Le problème, pourtant, n’est pas aussi simple. D’abord parce qu’on publie n’importe quoi. Parmi les 740 livres annoncés pour cet automne, on peut raisonnablement supposer que certains ne seront pas bons (c’est un euphémisme). Ces écrivains-là auraient mieux fait de rester « écrivants ». D’un autre côté, on peut tout aussi raisonnablement supposer que chez les écrivants, on rencontrerait des textes de qualité. Certains en effet dépassent la simple rédaction d’un journal et écrivent de la fiction ou de la poésie. S’ils ne sont pas publiés, c’est soit qu’ils n’ont entrepris aucune démarche dans ce sens, soit que les éditeurs ont refusé leurs textes.
Dans ce dernier cas, me direz-vous, ce ne sont donc pas des écrivains puisqu’ils n’ont pas passé le cap de la barrière éditoriale. En effet. Mais cependant, on se rend de plus en plus compte que les éditeurs cherchent avant tout le profit (ce n’est pas leur faute, leur maison ayant été rachetée par de grands groupes, ils sont eux-mêmes à la merci des décisions des actionnaires). Il y aura donc des textes de qualité qui auront été rejetés parce que leur diffusion serait restée confidentielle. Ces écrivants-là auraient dû être écrivains. Ils ne le sont pas devenus. Ils le sont d’autant moins devenus qu’ils ont en fait un autre métier, l’écriture chez eux n’étant finalement qu’un passe-temps. Oui, mais attention. Il ne faut pas s’imaginer que les écrivains, les vrais (ceux qui sont publiés donc) vivent de leur plume. Quelques-uns en sont capables, mais ils sont rares et à la limite ce ne sont pas forcément les meilleurs. Disons que ce sont les plus vendus. A la limite, on pourrait donc vivre de son écriture tout en étant un mauvais écrivain. A l’inverse, de bons écrivains perdent leur temps à exécuter du travail alimentaire (presse, nègre, etc.), ce qui leur laisse peu de loisir pour accomplir une vraie œuvre. On pourrait tenir le même raisonnement pour certains écrivants. S’ils avaient plus de temps et s’ils étaient publiés…
Donc, ni l’autonomie financière procurée par l’écriture ni le choix de l’éditeur ne semblent être un critère suffisant. Qu’est-ce donc alors qu’un écrivain ?
Si on n’a pas de lecteurs, on ne peut raisonnablement se dire écrivain. Si j’écris chez moi et que personne ne me lit, je ne suis manifestement pas un écrivain. D’un autre côté, certains écrivains sont si peu lus (même s’ils sont bons) qu’on pourrait se demander si on a encore le droit de les appeler ainsi.
Ou donc est la barrière ? Suffit-il d’être publié ? On a vu que non. Il faut encore être lu. Mais si le livre que je serais parvenu à faire éditer est mal diffusé, si on ne lui fait pas un peu de publicité, il va rapidement se retrouver au pilon. Serai-je alors un écrivain ? Oui, mais un écrivain malheureux.
D’un autre côté, on se rend bien compte que mon nombre de lecteurs, au début du moins, va dépendre de cette publicité faite autour du lancement du livre. Ce n’est donc plus le contenu de celui-ci qui serait primordial, mais le tapage médiatique fait autour. Voilà qui est troublant. Ne serait écrivain (et non simple écrivant) que celui que le système a choisi. On retombe dans la théorie de Roland Barthes. Tel texte est littéraire parce que j’ai décrété qu’il le serait (d’une manière unilatérale et arbitraire). Tel individu serait donc écrivain parce que la société en a ainsi décidé, indépendamment de la qualité du texte (fond et forme). Voilà qui est inquiétant.
Un autre critère parfois avancé, est le temps consacré à l’écriture. Pas le temps envisagé dans sa durée, mais le fait de ne rien faire d’autre qu’écrire. J’ai ainsi rencontré quelqu’un qui possédait une fortune familiale. Dispensé de travailler, il s’était retiré à la campagne et écrivait. Il avait publié un roman qui n’avait pas eu beaucoup de succès et ensuite avait collaboré avec un photographe pour réaliser un ou deux livres sur la nature. C’est peu pour toute une vie. Il se disait pourtant écrivain puisqu’il ne faisait rien d’autre. Il n’avait pas tort. A l’inverse, j’ai croisé sur Internet des gens qui refusaient de travailler et qui dépendaient de la collectivité pour survivre. Ils n’étaient pas édités, mais comme ils n’avaient jamais rien fait d’autre qu’écrire, ils se qualifiaient d’écrivains. Ils n’avaient pas tort non plus, évidemment. Mais si la même personne avait travaillé tout en écrivant la même chose, on l’aurait qualifiée d’écrivant. Comme quoi tout est complexe.
Le dictionnaire ne nous aide pas beaucoup dans la recherche de notre définition.
Ecrivain : personne qui compose des ouvrages littéraires, scientifiques etc.
Ainsi donc, si j’écris un livre sur la description d’une presse hydraulique ou sur un nouveau procédé de construction, je suis déjà un écrivain ? Je ne l’aurais pas cru.

10:16 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : Littérature, écriture, écrivain
21/08/2007
De la modernité des classiques
"Qu’on abatte les arbres quand c’est nécessaire, mais qu’on cesse d’anéantir les forêts. Toutes les forêts russes gémissent sous les coups de hache, des millions d’arbres sont perdus, les bêtes et les oiseaux quittent leurs refuges, les rivières baissent et se dessèchent, les plus beaux paysages disparaissent à jamais – tout cela parce que l’homme paresseux n’a pas le courage de se baisser pour ramasser le combustible qui traîne. Il faut être un barbare insensé (il montre les arbres) pour brûler cette beauté dans un poêle, pour anéantir ce que nous sommes incapables de créer. L’homme a été doué d’intelligence et de force créatrice pour augmenter son patrimoine mais jusqu’à présent il n’a rien créé, il n’a fait que détruire. Il y a de moins en moins de forêts, les cours d’eau se tarissent, le gibier disparaît, le climat est détérioré et, tous les jours, la terre s’appauvrit et s’enlaidit."
Tchékov, Le Sauvage, Acte I, scène VII
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20/08/2007
La fin (faim) des haricots.
Le mot haricot viendrait du mot ayacotl (langue aztèque).
Parmi les variétés de haricots, citons la Mogette, qui est un haricot blanc, de l’espèce Phaseolus vulgaris. C’est une spécialité de la Vendée. Elle est parfois orthographiée mojhette ou mojette. Ce mot a une origine dialectale, en l’occurrence poitevine.
Notons à ce propos que la position fondamentale de l’Etat français envers les dialectes a souvent été de les éradiquer. S’ils étaient tolérés dans l’Ancien Régime, il n’en a plus été de même au moment de la Révolution. Tout citoyen ayant les mêmes droits et obligations, il ne convenait pas que certains se singularisassent par un langage différent. Les locuteurs eux-mêmes ont fait alors l’effort de parler en français car en continuant à s’exprimer en patois on aurait pu les considérer comme de dangereux réactionnaires. Ensuite vint l’enseignement obligatoire qui généralisa l’usage de la langue française au détriment des parlers locaux. Il aura fallu l’influence de l’Union européenne (voir la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires) pour que contraint et forcé l’Etat central reconnaisse les richesses des langues locales.
http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/lgfrance/lgfrance...
Mais revenons à notre mogette. Le Poitevin-saintongeais (parlanjhe) n’existe plus comme tel et on distingue désormais le poitevin proprement-dit du saintongeais. Tous deux appartiennent à la langue d’oïl. Pourtant c’est dans ces régions que l’influence de la langue d’oc s’est le plus manifestée. Des spécialistes considèrent même que ces patois appartenaient à l’origine à la langue d’oc avant de passer ensuite dans la sphère des parlers d’oïl. Pour comprendre, il faut remonter à la conquête de César. A cette époque, le Poitou est rattaché à la province d’Aquitaine, tandis que la langue gauloise originelle disparaît petit à petit et que naît le bas-latin (dérivé non du latin classique, mais du latin parlé), employé par cette nouvelle société gallo-romaine qui est en train d’émerger.
Puis ce fut l’époque des invasions barbares. Le Poitou fut quant à lui sous l’influence wisigothique, comme le reste de l’Aquitaine, ce qui le rattache une nouvelle fois aux parlers du Sud. Notons que ces envahisseurs germaniques ne furent pas en état d’imposer leur langue du fait qu’ils étaient peu nombreux. Le peuple continua donc de s’exprimer en bas-latin (lequel commençait cependant à être différent d’une région à une autre puisqu’il n’y avait plus d’unité politique). Celui-ci, cependant, dut subir l’influence de ces langues germaniques, mais sous la forme d’un simple superstrat. On parle alors, pour la France, non plus de bas-latin, mais de gallo-roman. Celui-ci, parlé par le peuple, se diversifia donc de village à village, tandis que le clergé continuait à employer le latin.

En 987, en île de France, Hugues Capet parlait en francien (langue romane) et non plus en francique (langue germanique du peuple franc). Dans la France féodale du X° et XI° siècle, les ducs de Poitiers et Comtes d’Aquitaine avaient un pouvoir comparable à celui du roi de France, trop faible pour unifier son pays au-delà de la région parisienne. Cependant, après être passé sous domination anglaise (suite au mariage d’Aliénor d’aquitaine avec Henri II Plantagenêt), le Poitou redeviendra une dernière fois indépendant avant d’être définitivement rattaché à la couronne de France. N’étant plus autonome, il n’avait plus de raison de se singulariser par une langue spécifique. Le français l’emporta donc définitivement et les mots occitans demeurèrent sous forme de substrat.
La réalité est encore un peu plus complexe. Au sens propre, le poitevin est un dialecte frère du francien (parlé par le roi de France). Il appartient donc bien à la langue d’oïl. Pourtant, à la cour du Comte de Poitiers, on préférait l’occitan, sans doute pour des raisons de richesse culturelle (poésie des troubadours, etc.) Il y aurait donc eu interpénétration des langues d’oc et d’oïl dans cette région. On peut même supposer que le poitevin primitif offrait lu aussi des ressemblances avec ces deux langues.
Aujourd’hui, c’est dans le pays gabaye que la langue poitevine a le mieux résister à l’influence du français. Le pays gabaye (grande gavacherie) se situe entre la Saintonge et l’Entre-deux-Mers (Blaye) Les Gavaches ou Gabayes étaient des gens de langue d’oïl (appelés ainsi par les gens de langue d’Oc ou Gascons), qui s’étaient implantes là après les pertes humaines dues à la guerre de Cent ans. C’est donc dans cette région que le saintongeais primitif a le mieux survécu. Le terme gavache viendrait de l’espagnol gavacho (« canaille ») et désignerait ceux qui viennent du Nord (donc, les Français pour les Espagnols, les Languedociens pour les Catalans, les Auvergnats pour les Languedociens, etc.)
Dans le vocabulaire gabaye, on retrouve des mots comme
Aive (eau)
A’cet heure (maintenant)
Drôle (garçon)
Drôlesse (fille)
Termes que l’on retrouve aussi dans le Sud du département des Deux-Sèvres (Niort). Notons encore que le patois saintongeais a fortement influencé le québécois, l’acadien et le cajun.
Terminons par où nous avons commencé, c’est-à-dire avec nos mogettes. Ce mot est manifestement d’origine méridionale puisqu’on le retrouve en Comminges (Haute-Garonne). Là, on parle de moungelades (réunions de village autour d'un plat de haricot - moungetes - et de mouton).
15:10 Publié dans Langue française | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : saintongeois, patois





