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04/05/2007

Un président royal

Rappelons, au cas où nous l’aurions oublié, que sous la V° République, le Président :
1. choisit le chef du gouvernement (le Premier ministre)
2. commande les armées (et donc décide de la guerre nucléaire)
3. dirige la politique étrangère
4. possède le droit de dissoudre l'assemblée législative
5. jouit du droit de grâce
6. dispose du droit de désigner les hauts fonctionnaires (qui deviennent un peu ses vassaux)
7. l'article 16 de la Constitution de la Ve République permet au président de s'emparer des pleins pouvoirs «lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu».

Ce n’est tout de même pas rien. Il y a donc intérêt à bien réfléchir avant d’aller voter.

Ma France, où es-tu?

(…)
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
(…)
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

Jean Ferrat, Ma France

Débat électoral

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Que retenir du débat de mercredi entre les deux candidats ?

Rien, si ce n‘est que Sarkozy ne l’a pas dominé, comme je m’y attendais. Ségolène, sans doute pour cacher son manque d’assurance devant les micros, avait choisi de jouer le registre de l’agressivité. Derrière un visage impénétrable à la Mitterrand, elle a souvent répondu vertement à son adversaire, lequel, parfois désorienté, semblait perdre du terrain. Il est vrai que devant une femme il ne pouvait pas jouer le même jeu, politesse et courtoisie obligent. Du coup, celle qui semblait autrefois mal maîtriser ses dossiers et ne faire que de la figuration devant les caméras s’est révélée un caractère fort. Sans doute est-ce cette image qu’elle voulait montrer d’elle, prenant le risque d’aller trop loin et de perdre la sympathie que certains lui accordaient en tant que femme.

Bon, sur le fond, Sarkozy a été fidèle à lui-même. Il nous a ressorti les thèses libérales habituelles : plus de travail, moins d’impôts, davantage d’argent dans votre portefeuille et donc relance économique et finalement diminution du chômage. Sa théorie sur les heures supplémentaires profitera d’abord au patronat puisqu’elle évitera de devoir engager de nouveaux collaborateurs. De plus il n’y aura pas de cotisations sociales et à la limite c’est l’Etat qui prendra en charge le surcoût de ces heures supplémentaires. Oui, mais on se demande bien avec quel argent l’Etat va pouvoir payer puisque le petit Nicolas nous promet aussi moins d’impôts (et pas d’impôts du tout pour les sociétés s’il y a moyen). Donc, venir dire qu’il est plus pragmatique que sa rivale ne tient pas la route. Il est vrai qu’il a promis de réduire les effectifs de la fonction publique d’un tiers, ce qui fera des économies (je suppose qu’il pensait d’abord aux inspecteurs des impôts chargés du contrôle des sociétés). Non, décidément on ne peut cautionner un tel projet de société. C’est démanteler toute l’infrastructure en place pour le profit de quelques-uns. C’est le principe du laisser-faire quand il s’agit de s’enrichir, mais c’est la politique du bâton quand il faut que le peuple rentre dans le rang.

Elle, la belle, de son côté, est restée dans le vague. Pas de chiffres précis mais des intentions claires. Sur le fond, on se trouve d’accord avec elle, dommage que l’on sait déjà qu’elle ne tiendra pas ses promesses.

Enfin, de deux menteurs, lequel choisir ? Celui au moins qui dit ce que vous pensez, pour ne pas que l’autre fasse plus de dégâts encore qu’il ne l’a annoncé.

Des écrivains engagés.

En tant qu’écrivain je ne m’aime pas. Le pire, c’est que je suis comme enivré, et souvent je ne comprends pas ce que j’écris… J’aime ces eaux, ces arbres, ce ciel, je sens la nature, elle éveille en moi une passion, un désir d’écrire irrésistible. Mais je ne suis pas que paysagiste, je suis aussi citoyen ; j’aime mon pays, mon peuple et je sais que mon devoir d’écrivain est de parler du peuple, de ses souffrances, de son avenir, de la science, des droits de l’homme, etc. J’en parle, mais on me presse de tous côtés, on s’irrite contre moi, et je me débats comme un renard poursuivi par des chiens. (…) En fin de compte, je sens que peindre le paysage, c’est tout ce que je sais faire, et que pour le reste je suis faux, faux jusqu’à la moelle des os.

Trigorine, dans La Mouette de Tchékhov

Cette petite citation pour rappeler, avant d'entamer l'ère sarkozienne, que la littérature a aussi pour fonction de dénoncer les injustices (on va en avoir besoin). Malheureusement bien peu d'écrivains abordent ces sujets, préférant les jeux linguistiques ou les historiettes sans importance. N’est pas Jules Vallès qui veut.

11:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : littérature

01/05/2007

Un grand lecteur

Un article du journal Le Monde nous rappelle que Patrick Poivre d’Arvor, qui va diriger le débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle, est aussi un écrivain et un grand lecteur. Comme écrivain, il aurait à son actif une quarantaine de livres, y compris des romans ("C'est un écrivain, dit son ami Erik Orsenna. Un vrai. Récompensé en l'an 2000 par le prix Interallié."). Comme lecteur, on apprend que sa bibliothèque comporte 20.000 livres. On est impressionné ! Cela signifie qu’il a lu un livre par jour depuis qu'il est né. J’ai fait beaucoup moins bien. Quant à ses qualités d’écrivain, je ne me prononcerai pas, n’ayant jamais lu une seule de ses lignes, mais si son ami Orsenna nous dit qu’il est bon, c'est que c'est vrai. Un ami ne ment jamais.
 

01:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Littérature