18/03/2009
Printemps, le retour
J’avais, au cours de ce long hiver, passé mes nuits à écrire. Que faire d’autre, en écoutant siffler le vent ? Rien, si ce n’est raconter ce que l’on a vécu ou imaginer ce que l’on pourrait vivre.
Un à un, les mots sont tombés dans mon cahier comme les flocons dans le jardin. Encre noire, tapis blanc, de longues phrases ont rempli les pages tandis que dehors s’épaississait la couche de neige.
Puis, un soir, le temps s’est soudain arrêté. Nature figée, immobile, au cœur du solstice.
Dans le petit matin gelé, un oiseau s’est envolé, effrayé de sa propre fragilité. Cri éphémère dans la pureté de l’azur. Blancheur et éternité.
De mon petit cahier, mes pensées frileuses se sont éparpillées, disant la beauté du monde, mais aussi ma peur et mon angoisse.
Ainsi donc, dans le grand silence de l’hiver, j’écrivais.
J’écrivais et décrivais ce que j’aurais voulu que fût le monde : un endroit où nul oiseau, le matin, ne serait effrayé par la blancheur éternelle de la mort. Un endroit où nul cri, jamais, ne devrait retentir si ce n’est pour dire la beauté fragile de l’azur.
Puis les jours, les semaines et les mois passèrent et un grand matin, ce fut le printemps. C’est l’oiseau qui me l’a dit avec ses mots à lui, qu’il inscrivait dans le grand cahier du monde. Alors j’ai déposé mon stylo, je suis sorti dans la douceur nouvelle et j’ai observé : le vol du premier bourdon, la beauté de la première fleur, la senteur du premier bourgeon. Tout était là, offert, donné, sans raison aucune.
Quand la nuit est tombée et que je suis rentré, toutes mes phrases, soudain, m’ont semblé bien vaines. Etalées là, noires sur le papier blanc, elles n’avaient ni la présence imposante du bourdon, ni l’éclat de la fleur, ni le parfum du bourgeon. Elles n’étaient finalement que des mots, des mots insignifiants et un peu tristes, qui cherchaient sans y parvenir à dire le manque, le vide et l’absence. Toute cette masse de papier inerte n’avait pas un grand intérêt et elle m’apparut pour ce qu’elle était dans toute sa futilité : un grand bavardage inutile, une logorrhée sans fin, un discours interminable.
Alors, tandis que la blanche lune se levait dans la nuit bleue, j’ai jeté dans les flammes de la cheminée le petit cahier avec toutes ses pages et toutes ses phrases devenues inutiles. Il s’ensuivit une grande chaleur qui pendant un instant m’a réchauffé le cœur.
16:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature, poésie, printemps
Commentaires
La nature ne sait pas qu'elle est belle si vous ne le dites pas.
La beauté de la nature ne vient que du regard des hommes.
Je me plais à croire que vous n'avez rien brûlé !
Écrit par : Rosa | 18/03/2009
Quant à la nature, c'est bien moi qui l'ai trouvée belle, tout à fait. Justement, cela veut dire qu'il y a des moments où la vie l'emporte sur l'écriture et que cette dernière semble soudain un peu vaine, en comparaison. C'est comme les blogues, finalement, qui ne sont qu'une sorte de grand bavardage collectif, auquel je participe par ailleurs. Mais quel est le sens de tout cela? A quoi jouons-nous en fait? Que cherchons-nous là-dedans?
Écrit par : Feuilly | 18/03/2009
J'ai bien compris la symbolique de cette note... Quand la vie l'emporte que les mots nous devenons plus contemplatifs, l'envie de mettre en mots ces moments est sûrement plus difficile.
Je ne saurai pas dire exactement ce que je cherche dans les blogs, ni avec le mien d'ailleurs. Je crois que c'est tout simplement l'envie d'échanger, chacun se penche sur les petits cahiers de l'autre... D'après moi il faut que cela reste un plaisir , ne pas en faire une obligation, et se poser lorsque le blog pèse un peu trop.
Écrit par : Débla | 19/03/2009
Écrit par : Débla | 19/03/2009
Écrit par : michèle pambrun | 19/03/2009
Tout doit rester un plaisir, on est bien d'accord. Je ne sais d'ailleurs pas comment font les écrivains professionnels qui décident d'écrire tous les mations de 8 à 12H par exemple. Déjà c'est une heure qui ne me conviendrait pas. Il me faut la soirée ou la nuit en général. Et puis comment écrire sur commande?
D'un autre côté, si on ne se force pas un petit peu, on n'écrit jamais non plus. Je veux dire que si on remet toujours à plus tard sous prétexte qu'on a des choses à faire dans la vie, on n'écrit jamais rien.
Les blogues, pour cela ont un côté positif. Les quelques poèmes et les quelques textes courts qu'on a pu lire ici n'auraient jamais été écrits sans l'existence du blogue. D'un autre côté, ils l'ont peut-être été au détriment d'autres textes qui eux n'ont jamais vu le jour.
Il en va de même pour les écrivains publiés. Il arrive souvent qu'un éditeur propose un thème à un auteur réputé, lequel écrit alors un livre qui n'aurait jamais existé sans cette opportunité initiale, qui a joué le rôle de déclencheur.
Écrit par : Feuilly | 19/03/2009
Oui, tout à fait Michèle et je suis heureux de vous l'entendre dire.
Écrit par : Feuilly | 19/03/2009
Quant aux blogues des bavardages ?
Sans doute mais pourquoi pas ?
La futilité du bavardage peut aider à vivre : je pense à un ami blogueur qui doit subir aujourd'hui une très lourde opération et que les blogues aident à vivre.
D'autant qu'ils ne sont pas que cela, j'y ai fait pour ma part des découvertes très intéressantes de lecture.
Écrit par : Rosa | 19/03/2009
Écrit par : Rosa | 19/03/2009
Écrit par : Feuilly | 19/03/2009
Je crois énormément en cette résistance.
Écrit par : Rosa | 20/03/2009
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