23/05/2008
Sarkozy et le monde de la chanson.
On se souvient de la haine que Léo Ferré développait à l’encontre du général De Gaulle, qui le lui rendait bien. En ce temps-là, on n’aurait jamais vu un « chanteur de variétés » recevoir les honneurs de la République. Autres temps, autres mœurs. On apprend en effet que la chanteuse Céline Dion vient de recevoir la Légion d'honneur des mains de Nicolas Sarkozy lui-même. La voilà donc chevalière puisqu’il convient de féminiser les termes qui étaient autrefois l’apanage des hommes (il est vrai que les femmes devaient s’occuper du ménage et des enfants, ce qui limitait la possibilité d’accomplir de grandes choses. Quoi de plus important, pourtant, que d’éduquer des enfants ?)
La presse nous apprend qu’elle n’était pas venue seule. Elle était accompagnée de son mari, de son fils, de sa mère, ainsi que de ses treize frères et sœurs, certains accompagnés de leur propre famille. Tout ce beau monde est arrivé à l'Elysée non pas en Jet privé ni sur un yacht remontant la Seine, mais à bord d'un bus blanc à étage. Nicolas ne s’est pas étonné outre mesure de cette présence familiale encombrante. Il faut dire qu’il a l’habitude, puisqu’il ne se déplace jamais sans sa belle-mère, son beau-père ou son épouse (il en a même déjà eu deux depuis le début de son mandat) quand il ne les envoie pas eux-mêmes en mission.
Il aurait accueilli la star en lui lançant que « la France ayant changé, ceux qui réussissent sont les bienvenus ici », phrase dont le ton correspond à celui qu’il employait lors de sa campagne électorale : valoriser la France qui travaille et qui gagne. Il pouvait se le permettre : Dion étant québécoise, elle ignorait probablement que depuis un an tout allait mal dans le royaume. Pouvoir d’achat en baisse, mouvements sociaux, grogne, découragement, morosité, les Français n’ont pas vraiment l’impression d’avoir réussi depuis qu’ils ont un nouveau président. Il faut dire que lui non plus ne semble pas faire partie de ceux qui gagnent et il suffit pour s’en convaincre de regarder la courbe de sa popularité. Avec une ligne qui n’en finit pas de descendre au point qu’on se demande où elle s’arrêtera, Nicolas ne semble pas mieux loti que les pêcheurs bretons (enfin, eux, c’est surtout leurs revenus qui sont en chute libre).
Donc, il fallait bien que Dion fût québécoise pour ne pas s’étonner des propos du président. Ceci dit, sa phrase est tout de même curieuse en soi. Qu’est-ce que c’est que cette France qui a changé ? Il est vrai qu’il nous avait bien promis des réformes, mais nous n’avons pas encore vu venir grand chose. Veut-il dire que maintenant on n’accueille plus que ceux qui réussissent ? Sans doute est-ce en effet ce qu’il a voulu suggérer. Point d’étrangers inutiles, mais des battants millionnaires, voilà ce dont la République a besoin. Manifestement, cela devait le rassurer lui-même de voir enfin des personnes qui gagnent, car s’il devait se limiter à son cas personnel, il finirait par nous faire une dépression.
Maintenant, faut-il pousser plus loin le raisonnement et comprendre que cette phrase signifie qu’autrefois la France n’accueillait que les perdants ? Je ne pense pas, car sinon comment justifierait-il l’arrivée de son propre père sur le territoire de la République ainsi que celle des parents de Carla Bruni, sa vénérable épouse (tiens, on ne la voit pas sur les photos) ?
Mais poursuivons. Il a tenu à remercier Céline Dion de « faire rayonner notre langue au-delà de nos frontières ». Ceci dit, elle n’a fait qu’employer sa langue maternelle, mais il est vrai que l’importance actuelle du français de France se calcule en fonction du nombre de locuteurs francophones dans le monde. Autrement dit, sur le plan linguistique, la métropole ne conserve un certain rayonnement international que grâce à ses anciens territoires, ceux qui sont situés en dehors de l’Hexagone. Voilà qui devrait faire réfléchir le petit président sur la nature de la colonisation. Ne disait-il pas il n’y a pas si longtemps qu’il n’y avait pas à être honteux de cette pratique et que c’était plutôt aux peuples conquis de remercier la France de leur avoir apporté la civilisation ? Sans doute, il n’empêche qu’à l’heure actuelle, c’est plutôt lui qui devrait les remercier de continuer à parler en français.
C’est d’ailleurs ce qu’il fait en félicitant Dion et en lui offrant une belle médaille. En agissant de la sorte, il reconnaît l’importance du français hors de France et en flattant le Québec il joue son petit De Gaulle (« je vous ai compris. »)
Toutefois, en bon valet de Bush et en américanophile convaincu, il ajoute aussitôt, un peu embarrassé : « Il faut comprendre que si nous sommes tellement attachés (à la langue française), ce n'est pas par opposition à l'anglais .» Et de continuer en affirmant que « le monde est plus heureux avec plusieurs langues car la diversité est une richesse.» C’est sûrement le même discours qu’il tient quand il se rend dans les banlieues de sa belle capitale et qu’il s’adresse aux Français d’origine immigrée. Cela me fait penser qu’il y a longtemps qu’il ne s’est plus déplacé dans ces quartiers. Il est vrai que ces gens ne font pas partie de ceux qui gagnent. Ils doivent donc encore appartenir à la France d’avant.
Pour terminer, il s’est lancé dans une longue tirade sur l’amour, profitant de la place que ce thème occupe dans le répertoire de la chanteuse pour faire revivre sa récente expérience personnelle : « il n'y a qu'une seule façon d'aimer: aimer totalement. L'amour, il ne doit pas y avoir d'impudeur à le partager. Ca donne une certaine fraîcheur. » C’est sans doute pour cela qu’il nous a fait partager son amour pour Carla avec une indiscrétion que nous n’avions jamais vue chez un président. Il a tellement bien réussi qu’on finit par la préférer à celui que nous nous étions choisi et pour lequel nous avions voté (elle a tout de même plus de classe). Enfin, quand je dis « nous », je ne parle pas pour moi, bien entendu.
« Avant d'être président de la République, j'ai fait deux, trois trucs, dont aller vous écouter » a-t-il également lancé à Céline Dion. Tiens donc, il serait donc prédestiné pour admirer les chanteuses ? Si ça se trouve, il aurait tout aussi bien pu épouser celle-ci (cela aurait été une manière habile de remettre la main sur le Québec, par un mariage digne des anciens rois de France et de leur politique expansionniste). Ceci dit, en bon puriste, l’emploi du mot « truc » me gêne un peu de la part du Président, mais bon, on ne peut pas tout avoir. Déjà qu’il aime la chanson française, c’est déjà beaucoup. Espérons seulement que sur sa lancée il ne va décorer la première dame et la faire chevalière à son tour. Enfin, rassurons-nous, si c’était le cas, c’est la chanteuse qu’il honorerait ainsi et non l’ex-mannequin. Heureusement, sinon on ne sait dans quelle tenue elle viendrait recevoir une décoration que son président de mari aurait bien eu du mal à accrocher…
16:42 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : sarkozy, légion d'honneur, céline dion
Un inédit de Rimbaud?
Un cinéaste viendrait de mettre au jour l'existence d'un texte inédit d’Arthur Rimbaud. Oh, pas une nouvelle « Saison en Enfer », non, ni même un poème, mais un article de journal.
Patrick Taliercio, de passage à Charleville-Mézières, aurait acheté quelques exemplaires du «Progrès des Ardennes» chez un bouquiniste. Ceux-ci étaient vendus avec la mention «journal auquel Rimbaud aurait aimé collaborer». Le cinéaste y découvre un papier publié le 25 novembre 1870, signé Jean Baudry, or il sait que c’est là un des pseudonymes de Rimbaud. L’article, titré «Le Rêve de Bismarck», s’il est authentifié, fera mentir toutes les biographies, puisque personne ne mentionne que Rimbaud eût été journaliste.
On savait par contre qu’il avait envoyé des textes au «Progrès», mais on ignorait que l’un de ceux-ci avait été publié. Il est vrai qu’un mois après cette parution, la maison du journal avait été détruite dans le bombardement de Charleville de décembre 1870, ce qui n’a pas facilité le travail des chercheurs.
L’article en lui-même n’a rien de vraiment extraordinaire, mais il prouve, soit que Rimbaud ambitionnait de devenir journaliste, soit qu’il voulait s’introduire dans ce journal pour pouvoir ensuite y faire publier ses poèmes. Ce qui est sûr, c’est que Delahaye avait lui-même affirmé que Rimbaud avait envoyé des textes au directeur du Progrès des Ardennes en utilisant le pseudonyme de Jean Baudry. On possède une lettre de ce directeur (adressée à Baudry), qui lui demande de ne plus envoyer des vers qui ne paraîtront de toute façon pas. Il lui demande par contre « des articles d'actualité et ayant une utilité immédiate». Rien de neuf sous le soleil, donc.
Voici l’article en question :
le rêve de Bismarck
C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine; de l'ongle il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg ; il passe outre.
À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, - et s'arrête...
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine! - Oh! sous son crâne jaune, quels délires d'avare! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse!...
Bismarck médite. Tiens! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, - enfin, de s'arrêter... Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris! Paris! - Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert que, doucement, la somnolence s'empare de lui: son front se penche vers le papier; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir...
Hi! povero! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... Hi! povero! va povero! dans le fourneau incandescent de la pipe... hi! povero! Son index était sur Paris!... Fini, le rêve glorieux!
Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate! - Cachez, cachez ce nez!...
Eh bien! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais [mots illisibles] avec des crimes de... dame [mots illisibles] dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides!...
Voilà! Fallait pas rêvasser!
Jean Baudry
(Article paru dans « le Progrès des Ardennes » du 25 novembre 1870)

00:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : rimbaud, le rêve de bismarck
22/05/2008
De l'illusion démocratique
Intéressante remarque que celle qui a été écrite dans les commentaires de la note précédente et que l’on pourrait résumer ainsi :
- si vous ne votez pas, vous vous excluez vous-même du champ politique (et donc vous n’avez plus le droit à la parole)
- si vous votez pour l'opposition et si celle-ci échoue à accéder au pouvoir, vous appartenez au clan des perdants et donc vous n’avez plus qu’à obéir aux décisions qui seront prises.
- si vous avez voté pour la majorité, vous avez confié votre pouvoir décisionnel à des personnes qui vous représentent. Malheureusement, celles-ci prennent souvent des mesures qui vont à l’encontre de ce qui avait été annoncé. Vous vous rendez alors compte que vous avez été dupé.
Quelle attitude convient-il d’adopter ? On se le demanderait bien. Voter, ne pas voter, ne plus voter, tout revient au même. Sans compter que bien peu de décisions sont prises dans l’intérêt du pays ou des citoyens. La pression des grands groupes financiers ou autres est telle que les hommes au pouvoir, immanquablement, entraînent le pays dans une direction qui n’avait été voulue par personne.
Si quelqu’un a une solution à apporter, il est le bienvenu ici.

22:47 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démocratie, pourquoi voter ?
19/05/2008
La sournoiserie des anges...
Voici la réponse que m'envoie Pierre Damiens, réponse qui semble bien être la dernière puisque chacun campe sur ses positions. Il continue à considérer que je suis aveuglé par une idéologie ce qui me semble exagéré. Par contre, le fait même qu'il affirme cela prouve aussi qu'il serait plutôt de l'idéologie contraire, même s'il s'en défend.
Il veut promouvoir la souveraineté de la France et sa culture spécifique, ce dont je ne le blâme pas. Par contre, plutôt que de tirer à boulets rouges contre tous ceux qui s'opposent à la mondialisation de style néo-libéral, il ferait mieux de s'en faire des alliés, car l'ennemi que je combats est finalement le même que le sien. Cependant, il sait qu'une fois cet ennemi vaincu (si c'était possible), nous nous opposerions alors radicalement, l'un soutenant le droit des gens et l'autre le droit de l'Etat, l'un faisant des concessions à ses ennemis par humanisme, l'autre les écrasant par le fait qu'il est certain de leur être supérieur.
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La sournoiserie des anges...
Je ne sais pas où vous avez vu que je me disais apolitique. Je suis au contraire pleinement "politique" en refusant d'être "partisan", c'est à dire en cherchant à me frayer un chemin dans le foisonnement des idées, plutôt qu'en me contentant de choisir un camp, seule posture dont vous semblez capable et que vous voudriez de toute force me voir adopter.
Alors, votre surdité me fatigue et je vous le dis, et redis, pour la dernière fois: je ne suis pas de droite! Je ne me sens pas plus proche de Devedjian que de Blanqui, de Pasqua que de Proudhon, ou de Sarkozy que de Péguy, bien au contraire. Nous parlons ici d'idées, lesquelles sont évolutives, et se transforment dans un contexte qui lui-même est changeant: mobilis in mobile. Raymond Aron expliquait que toutes les droites sont d'anciennes gauches... c'est à dire qu'un libéral d'aujourd'hui (que vous classez à droite) descend en filiation directe des tenants des lumières et du mercantilisme bourgeois (la gauche de 1789).
En outre, si les idéologies glissent, les hommes qui s'en inspirent varient plus vite encore. Qui aurait prédit que Dany le Rouge deviendrait Daniel le Vert, que le révolutionnaire de 1968 serait reçu en grandes pompes à l'Elysée??? Qui aurait prévu que les collectivistes du premier septennat Mitterrand s'enticheraient de Tony Blair? Que monsieur Strauss-Kahn qui vantait l'économie dirigée et l'assistanat serait vingt ans après l'usurier du monde??? Certainement pas vous, que vos œillères idéologiques conduisent à prendre les vessies pour des lanternes, et des aigrefins pour des amis du peuple.
Tenez-vous le pour dit. Je ne suis pas de droite, ni par tradition familiale, ni par conviction personnelle. Je ne me range pas à gauche pour autant. Mais ce que vous appelez mon « apolitisme » est en fait une certaine absence d’instinct grégaire. Le seul fait de me rallier à un troupeau idéologique me dégoûte. A tel point que je n'ai jamais appartenu à aucun parti, et que je ne vote pas. Je vous vois déjà, trépignant d'indignation ! Non, je ne vote pas, et ne voterai jamais. Le simple geste de déposer un bulletin dans une urne me débecte, puisqu'il est la caution que les moutons accordent aux loups. Ce que vous croyez être une démocratie parlementaire est en fait la plus aboutie des entreprises totalitaires. Une dictature, elle au moins, permet de s'opposer à elle, de se définir contre elle, de la combattre, fût-ce au prix de sa vie. Le soft-totalitarisme ne le permet pas. Face à la contestation, il a deux attitudes: il l'ignore, ou la digère, mais ne lui accorde jamais le duel.
La sophistique démocratique est tautologique et implacable:
- Si vous ne votez pas, on vous répond que vous n'avez pas joué le jeu de la république, que vous vous excluez vous-même du champ politique, et que vous devez donc vous taire;
- si vous avez voté pour l'opposition parlementaire, c'est à dire pour les perdants du scrutin, on vous rétorque que pour avoir voix au chapitre, il fallait gagner les élections, et que vous devez également la fermer;
- si vous avez voté pour la majorité, alors on vous démontre avec condescendance que vous avez délégué votre part de souveraineté aux dirigeants du moment, que vous étiez d'accord avec eux, que vous devez assumer votre choix et donc, finalement, plus que tout autre, garder pieusement le silence!
Au bilan, le "citoyen" se voit privé de parole, et même de représentation, car il est naïf de croire que l'on obtient le pouvoir en remportant les élections. Aujourd'hui, on remporte les élections parce qu'on détient déjà les clefs du pouvoir: l'argent, les réseaux d'influence, les médias… toutes choses inaccessibles à la majorité des citoyens, mais réservées à quelques coteries bien rodées. Et la bipolarisation idéologique dont vous êtes un bon petit soldat est le garde chiourme de l'univers carcéral intellectuel que nous connaissons aujourd'hui. Bientôt, d'un commun accord entre le PSF et l'UMP, un système bipartite se mettra en place en France. Les autres courants politiques seront réduits à l'état de croupions par l'assèchement financier, l'assimilation forcée ou achetée et la ringardisation. Ce régime, calqué sur celui des Etats-Unis, permettra de parachever le drainage économique, la standardisation intellectuelle et la mise en coupe réglée de la société.
En soixante ans, rythmés d'innombrables votations, referendums et plébiscites, la France a été intégralement chamboulée, défigurée, anesthésiée et bientôt elle sera euthanasiée. Pourtant, à aucun moment, le peuple français n'aura eu clairement son mot à dire. On s'est toujours arrangé pour ne lui demander son avis qu'après avoir façonné l'opinion. On s'est aussi généralement bien gardé de lui soumettre les questions d'importance. Et puis, quand d'aventure on avait commis la bêtise de le faire, on s'est ensuite dépêché d'effacer les résultats indésirables. Le pays le plus nataliste d'Europe est subrepticement devenu une "terre d'immigration". Le pays le plus indépendant sur la scène internationale s'est sagement converti en agneau atlantiste. La patrie de Lully, Lafontaine et Vauban est devenue la groupie de Joey Starr, Beigbeder et Rama Yade. A-t-on vraiment choisi cela? Et si oui, qui l'a réellement décidé? Ces mutations, promptement opérées, ont-elles été concoctées au hasard, dans l'obscurité des isoloirs??? Evidemment non. Les petits français, à peine sortis des siècles de servage, se sont laissé déposséder de leur terre, de leur culture et des rennes de leur destin par quelques habiles mafias.
Et encore faudrait-il que je m’enrôle dans vos milices ? Que je m’enthousiasme pour les maques du trottoir de gauche, ou les caïds de celui de droite ? Hé bien ce sera sans moi ! Je déserte vos bataillons, votre piétaille endoctrinée, et je me bats en franc-tireur... C’est cela qui vous gêne en définitive… ma persistance à échapper à votre ordre de bataille, à votre bel ordonnancement manichéen. Amis ou ennemis, tous doivent marcher au pas !!! De toutes les indisciplines, celle de vos adversaires est celle que vous supportez le moins. Ne pouvant user de vos outils habituels, la connivence entre « braves gens » ou la culpabilisation du « méchant blanc », vous perdez votre arsenal dialectique. Alors, vous troufignolisez, triturez ma prose pour en extirper des indices, des pièces à conviction, des commencements de preuves. Il faudrait, faute d’avoir voulu montrer patte blanche, faute d’avoir souscrit béatement à votre charte du bien-pensant, que je me fasse épouvantail, que je redevienne le méchant de service, le moulin à vent dont tous les chevaliers à la triste figure ont besoin. Mais vos charges héroïques donnent dans le vide. Je ne me battrai pas contre vos fantasmes.
Pour ce qui est de vos interprétations ethnomasochistes de l'Histoire, je maintiens qu'elles sont le fruit des manipulations idéologiques qui visent à nier l'originalité de l'Europe dans le concert des civilisations. J'ai bien dit originalité, et non pureté. D'après les pontes du CNRS, ces rentiers de la bien-pensance, notre culture devrait tout aux grandes invasions, aux migrations, au métissage, comme si Vinci et Mozart n'auraient pu exister sans Mahomet et Soliman, comme si les bâtisseurs de Stonehenge et du Parthénon n'avaient pas eu de descendants, comme si, après l'échec de "l'homme nouveau" socialiste, il fallait absolument construire l'orphelin universel, le nomade cosmopolite qu'Attali et consorts fabriquent en sourdine. Je vous joins en annexe un renvoi vers un texte (1) qui dit en mille mots ce que je résumais en cent.
Si vous n’avez pas la force de voir les choses en face, je vais vous déciller. Vous voudriez jouer les rebelles, mais vous êtes, avec tous les cocus des bons sentiments, les vrais piliers du nouvel ordre mondial. Vous brandissez fièrement les hochets que les multinationales vous tendent : antiracisme pour dissimuler la nouvelle traite des noirs, commerce équitable pour vendre plus cher aux occidentaux le riz qui manquera aux enfants asiatiques, antinucléaire pour garantir que le pétrole et le gaz continueront d’engraisser les margoulins texans, l’OPEP et votre ami Chavez ! L'enfer des guerres de religion, des grandes conflagrations, des génocides interethniques a toujours été pavé des bonnes intentions de gogos utopistes tant votre style. Votre angélisme multiculturel, celui des militants du droit d'asile, mais aussi celui des patrons qui emploient "ingénument" les sans-papiers, cette fausse générosité dégoulinante prépare de nouveaux Liban, de nouveaux Rwanda, de nouveaux Kosovo... ici, chez-vous, dans votre quartier, dans l'école de vos enfants, dans votre confort devenu champ de bataille. Et sur les ruines fumantes, quand les indigents se seront bien entretués, les nouveaux Kouchner, les héritiers de Glucksman et de BHL, viendront gloser sur la barbarie, avec des mines faussement contrites. Ils refourgueront leurs belles idées, aussi criminelles que lucratives, leurs entourloupes, leurs paroles aguichantes, toutes leurs facéties de maquereaux de la misère humaine.
Libre à vous de croquer à leur tapinage, si vous vivez encore. Moi, je n'en mange pas.
(1) http://stalker.hautetfort.com/archive/2008/05/17/bruler-la-sorciere-par-jean-gerard-lapacherie.html
23:01 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (11)
Des milliardaires
« On ne prête qu‘aux riches » dit le proverbe. Voilà sans doute ce qui explique que le nombre des grandes fortunes a considérablement augmenté ces dernières années. Profitant du climat néo-libéral ambiant, ceux qui ont de la fortune investissent dans des secteurs rentables, non sans dédaigner au passage les aides d’état et tout en profitant des exemptions d’impôts. Résultat : en 2006, le nombre de millionnaires (en dollars) avait augmenté de 8,3 %. Quant aux milliardaires, ils sont passé de 209 en 1998 à 1 125 dix ans plus tard.
Nous sommes contents pour eux, assurément. Les chômeurs, les pensionnés, les bénéficiaires du RMI et tous les salariés qui gagnent moins de 2000 euros par mois (ce qui fait déjà pas mal de monde)regardent ces chiffres d’un air médusé. « Mais comment font-ils » ? Telle est assurément la question qu’ils se posent. La presse, de son côté, ne se fait pas prier pour relayer ces informations qui tendent à prouver que tout va bien dans le meilleur des mondes et que pour celui qui le veut vraiment, l’avenir est non seulement assuré mais même franchement radieux. Donc, amis lecteurs, si comme moi vous ne faites pas partie des heureux élus qui doivent à leur audace et à leur intelligence d’avoir réussi, c’est que vous appartenez au club des perdants, autrement dit des nuls et des fainéants. Car derrière ce discours (et c’est ce qui est finalement agaçant), le pouvoir nous fait la morale pour nous dire que si nous stagnons dans notre médiocrité, c’est bien de notre faute. Nous n’osons pas entreprendre et nous nous contentons de nos petites heures salariées (35, 36 ou 38 selon les pays).
Les vrais gagnants, eux, se sont lancés dans l’aventure en retroussant les manches et voilà le résultat : ils sont devenus milliardaires comme beaucoup d’autres. Cette manière de culpabiliser les vaincus est vieille comme le monde. Les seigneurs du Moyen Age, déjà, renforçaient leur pouvoir sur les serfs (dont en fait ils tiraient tous leurs revenus) en les méprisant pour le fait qu’ils n’osaient pas, comme eux, enfourcher un rapide destrier et pratiquer le jeu de la guerre. La noblesse a continué ce type de discours en revendiquant une supériorité intrinsèque (génétique et culturelle)et aujourd’hui, ma foi, cela continue. Comme l’Eglise catholique nous a appris pendant deux mille ans que nous étions fondamentalement coupables (le simple fait d’être né homme ou femme est déjà en soi une faute impardonnable, au point qu’on se dit qu’au aurait mieux fait de venir dans la peau d’un chien), nous sommes finalement tout disposés à croire à notre infériorité. Aujourd’hui donc, à l’ère néo-libérale, si nous ne sommes pas riches, c’est donc bien de notre faute. Il nous reste la consolation de regarder ceux qui le sont devenus et d’envier leur niveau de vie.
De plus, point de racisme chez les nouveaux riches. Dans cette nouvelle caste que constitue les « gagneurs », on ne regarde pas à la couleur de la peau, preuve supplémentaire de leur bonne moralité. Ainsi quatre des personnalités les plus riches de la planète sont indiennes. Il y a aussi des Russes, des Turcs, des Polonais et des Brésiliens, bref des étrangers qui se sont montrés plus habiles que nous. Il est loin le temps où nos grands-parents regardaient de haut les Polonais ou les Italiens qui venaient travailler dans nos mines. Aujourd’hui, en cette période démocratique, il y a égalité pour tous. Le droit de s’enrichir appartient autant à l’Africain qui se fait repêcher au large des Canaries sur une épave qu’à l’actionnaire principal du groupe Suez (même si je n’ai pas vu beaucoup d’Africains réfugiés politiques sur cette liste de milliardaires, allez savoir pourquoi). La belle époque que la nôtre.
La mode n’est plus de faire fortune dans le pétrole (cela tombe bien, je n’en ai pas trouvé dans le sous-sol de mon jardin)mais plutôt de se transformer en « barons voleurs » de la finance, des médias, de l'immobilier et des nouvelles technologies. La recette ? Fréquenter les grandes écoles, tisser une toile de relations utiles et ne pas négliger l’appui familial. Quelques relations politiques ne nuisent jamais non plus, surtout si vous êtes assez influent pour faire adopter des lois qui seront en votre faveur. Car nos politiciens sont tout disposés, semble-t-il (ceux de gauche comme ceux de droite) à solder les avoirs publics (les biens que l’Etat avait achetés autrefois avec vos impôts)pour les faire passer dans le secteur privé, lequel ne pourra que mieux les gérer, c’est bien connu (on l’a vu dans les pays où les secteurs du gaz et de l’électricité ont été privatisés : cela s’est traduit par une augmentation des factures de 30 %, preuve que l’Etat est bête puisqu’il aurait pu ainsi s’enrichir et qu’il ne l’a pas fait. Tant pis pour lui).
A côté de cela, nos dirigeants élus le plus démocratiquement du monde déréglementent la finance et se laisse convaincre par les barons du capital. On supprime les règles existantes et on s’en remet au marché, seul capable, paraît-il, d'organiser équitablement la répartition des richesses.
Evidemment, pour récompenser les nouveaux riches qui ont osé entreprendre, les tranches supérieures d'imposition sur les revenus sont divisées par deux, parfois par trois. C’est normal. A quoi bon travailler si c’est pour donner tout son argent à l’Etat ? Les ciseaux à surtaxe, comme disait Léo Ferré, c’est bon pour les salariés ordinaires, ces fainéants qui vivent dans la routine, ces idiots qui n’ont pas encore compris que pour être en haut de la hiérarchie il ne faut pas hésiter à écraser les autres.
Car le nouveau principe, c’est l’inégalité. Il aura fallu un travail de sape des intellectuels pendant des années pour faire admettre ce nouveau principe. Plus question de protection sociale, fini l’Etat providence (n’êtes-vous pas honteux de vivre comme des assistés ?), finie l’époque de la retraite paisible (Comment, vous voulez arrêter le travail à 65 ans, en pleine possession de vos moyens, alors que vous pourriez mettre votre expérience au profit des plus jeunes, qu’il faut former ?) avec une bonne pension (si vous n’avez pas pensé à vous constituer une pension privée, autrement dit à vous démunir d’un tiers de votre salaire au profit des banques, alors ne venez pas pleurer : l’Etat ne vous donnera que le strict minimum car ce n’est pas son rôle de vous entretenir). Quoi, vous voulez bénéficier de la sécurité sociale ? Mais vous n’y pensez pas. Cela suppose des impôts au préalable or il n’est pas question d’aller taxer nos entreprises, déjà si peu compétitives. Comment pouvez-vous tenir des propos aussi inciviques ?
Mais rassurez-vous, si vous n’êtes pas riches, vous pourrez au moins contempler ceux qui le sont. Regardez comme ils sont généreux : ils édifient des musées, signent des chèques aux artistes, vaccinent les enfants africains, bref, il n’y a pas plus utiles qu’eux. Grâce à quelques gestes philanthropiques, ils assoient définitivement leur position de maîtres du monde. Manière sans doute de nous faire oublier que ce sont eux qui imposent les bas salaires et le chômage, qui décident d'investir ici et de restructurer là. Eux encore qui ne font que spéculer sur le prix des produits alimentaires les jours où la Bourse rapporte moins (mais aussi, pourquoi pas, les jours où la Bourse rapporte beaucoup) Eux toujours qui développent un mode de consommation peu soucieux du respect de l’environnement. Ils s’en moquent, avec l’argent qu’ils ont économisé, ils pourront toujours trouver une petite île du Pacifique pas trop polluée et moins touchée par les friches industrielles que le Nord-pas de Calais ou la Lorraine. On se demanderait d’ailleurs bien pourquoi certaines personnes s’obstinent à vivre dans ces contrées sinistrées… Probablement parce qu’elles n’ont pas assez d’argent pour aller s’établir sous des cieux plus cléments. Mais si elles n’ont pas d’argent, on vient de l’expliquer, c’est entièrement de leur faute, n’est-ce pas ? Elles n’avaient qu’à devenir milliardaires comme tout le monde, après tout, par les temps qui courent, c’est à la portée de n’importe qui.

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