03/02/2008
Réflexion
Les psychologues disent que ceux qui ont peur de la mort ont en réalité peur de la vie. N’osant rien entreprendre, par timidité ou par crainte de l’échec, ils se contentent de ruminer sur leur fin dernière, trouvant dans ce néant inéluctable un prétexte de plus pour ne pas agir.
Si on en croit cette théorie, l’homme « normal » doit s’abandonner pleinement à la vie et agir sans trop réfléchir. Sans doute. Mais n’est-ce pas pourtant cette réflexion sur sa propre fin qui le différencie de l’animal ? Et à quoi bon agir si on ne se demande pas où on va ?
Comme je n’ai jamais encore trouvé la réponse à cette question et comme il m’arrive souvent de me réveiller avec une conscience particulièrement aigue et presque physique de cette fin ultime, il faut donc croire que je ne suis pas normal.
00:55 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : l'absurde, la mort
01/02/2008
Un regard extérieur
Un article du Monde (actuellement en ligne, mais dépêchez-vous) donne l’opinion des journalistes étrangers sur le « style » Sarkozy. On y apprend, si on sait lire entre les lignes, que les Français sont finalement ignares puisque tout le monde, à l’extérieur de l’Hexagone, semble en fin de compte apprécier le petit Nicolas.
Ainsi, l’épisode où Sarkozy s’en est pris aux marins bretons serait vu positivement par les Italiens : « Un président de la République capable de descendre dans l'arène, d'aller parler avec ceux qui protestent, qui n'a pas peur, ça plaît aux Italiens."
Les Anglais, eux, apprécieraient le côté «vrai » du président, qui ne se fabriquerait pas une image factice pour la télévision.
Si les vacances sur un yacht privé sont qualifiées « d’impensables » en Allemagne, les mêmes Anglais, dans un cas semblables, se réjouiraient plutôt dans la mesure où c’est autant d’épargné pour les caisses de l’Etat et donc pour les contribuables.
Quant à l’attitude du petit Vizir lors des sommets internationaux (on se souvient par exemple de l’apéritif trop alcoolisé bu en présence de Poutine), elle est simplement qualifiée « d’étrange » mais aussi de « touchante ».
Bref, aucune critique vraiment méchante, au contraire. Les journalistes européens ont-ils l’esprit large ? Ont-ils peur de dire ce qu’ils pensent à celui qui les interroge ? Difficile de se prononcer. Il faut considérer, cependant, qu’ils sont peut-être moins directement impliqués que les Français, qui eux, en quelque sorte, doivent vivre au quotidien avec leur président, sans parler du fait qu’ils redoutent que l’image de marque de leur beau pays ne soit ternie par un clown hyperactif.
Ce qui est sûr, c’est que si cet article du Monde avait voulu faire l’apologie du Président, il ne s’y serait pas pris autrement. Heureusement que nous sommes dans un pays où la presse est libre (tellement libre que n’importe qui peu même acheter un journal ou un groupe de presse s’il le désire), sinon on se poserait des questions.
15:00 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Sarkozy
31/01/2008
Evolution des moeurs
Le choc des photos:
Le Président


La première dame:


11:20 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : Sarkozy, Carla Bruni
Première dame de France
Après ce petit intermède sur Rimbaud et les Ardennes qui l’ont vu naître, il nous faut bien revenir à la vie quotidienne. Hélas, en quelques jours, la situation ne s’est pas améliorée. Les Français sont encore un peu plus pauvres, tout comme la Société générale d’ailleurs. L’Empereur, lui, a continué à faire parler de lui (en pure perte d’ailleurs puisque sa côté de popularité poursuit son inexorable descente). Je l’avais laissé en Egypte, en train de roucouler au pied des pyramides avec sa belle. Depuis, tel Alexandre le grand , il est arrivé jusqu’en Inde. Il a aussi intenté un procès à Ryanair, pour publicité douteuse. Il ne l’a pas fait pour l’argent (à la différence de Carla, qui elle, réclame directement 500.000 euros) mais simplement pour faire respecter le prestige de la fonction présidentielle. Il fait bien, car depuis qu’il est président, ce prestige ne fait que dégringoler. Il est vrai qu’il en est le principal responsable. A force de se présenter en tenue de jogging et de s’afficher un peu partout avec des femmes différentes (Cecilia, Rachida dati, Laurence Ferrari, Carla, etc.), à force de vouloir ressembler à Monsieur tout le monde (sauf pour le salaire, augmenté de 172 %) et à force de se laisser photographier dans sa vie privée en douce compagnie, il est clair que le public a fini par oublier la prestance qui était celle d’un De Gaulle ou le mystère qui entourait un Mitterrand. C’est allé si loin que les publicitaires, ces gens naïfs qui n’ont jamais rien compris en dehors de leurs chiffres de vente, ont cru qu’ils pouvaient, eux aussi, « surfer » sur cette nouvelle vague et se servir de l’image du futur couple présidentiel (enfin le couple est déjà constitué, mais pas encore légalisé ; du travail au noir, en quelque sorte) pour faire des affaires. Et bien non. Nicolas est aussitôt intervenu pour les rappeler à l’ordre. Certes on peut vouloir faire des affaires et s’enrichir, c’est d’ailleurs là un des piliers de sa politique libérale, mais on ne peut pas le faire en se servant de l’image du président et de sa presque compagne légale.
Allez savoir pourquoi. D’un côté il veut se montrer moderne en divorçant pour ainsi dire en direct et en officialisant le concubinage et de l’autre il s’insurge quand une publicité parle mariage. Voudrait-il à ce point inverser les valeurs ? On savait déjà qu’il avait mis à mal les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. On savait qu’il voulait qu’il y ait de plus en plus de pauvres et que seuls quelques riches sortent du lot. On savait qu’avec lui il allait falloir travailler plus pour gagner moins. Mais on ne savait pas encore qu’il s’en prendrait à la liberté de la publicité, ce pilier de l’économie libérale. Surtout qu’on ne peut pas dire que la photo de Ryanair était choquante.
Non, là, franchement, on ne comprend pas le petit Nicolas. Sans doute est-ce Carla qui a mal pris la chose. Il est vrai qu’elle se préparait à faire publier d’elle les photos presque officielles de la future première dame de France. Elle ne voulait sans doute pas qu’on lui coupe son effet en venant parler mariage. Cela fait si petit bourgeois. Elle, elle plane beaucoup plus haut :

11:11 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Sarkozy
30/01/2008
Au pays de Rimbaud (7)
On ne peut pas clore cette évocation du « pays de Rimbaud » (et je ne parle pas ici de son monde imaginaire, mais bien tout simplement de la région où il a vécu) sans parler des légendes populaires qui y sont attachées.
Nous avions cité, dans « La rivière de cassis », ces vers du poète :
Tout roule avec des mystères révoltants
De campagnes d'anciens temps;
De donjons visités, de parcs importants :
C'est en ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
Mais que salubre est le vent.
Ces « chevaliers errants » font immédiatement songer aux chansons de geste moyenâgeuses. On connaît souvent la quête du Graal et ses nombreux récits au cours desquels de jeunes chevaliers sans fortune traversent seuls les forêts à la recherche d’aventures improbables. Soit dit en passant, d’après Georges Duby, le célèbre historien, il en allait souvent ainsi pour les malheureux qui n’étaient pas les aînés de leur famille. L’héritage revenant de droit au premier enfant mâle, les autres, si on n’était pas parvenu à leur assurer une situation dans les ordres, étaient obligés, une fois adoubés chevaliers, de partir à l’aventure, jusqu’à ce qu’ils trouvent à se placer sous la protection d’un seigneur plus puissant qu’eux. Cette vie errante, qui n’aurait pas dû déplaire à Rimbaud, était donc bien une réalité.
A côté de la matière de Bretagne (le roi Arthur et le merveilleux celtique) et la matière de Rome (César, Alexandre le Grand et la mythologie grecque), il y a évidemment la matière de France. Dans celle-ci, on distingue :
le cycle du Roi (Charlemagne et ses batailles contre les Sarrasins). D’origine historique, on y a ajouté une forte couche de merveilleux (géants, magie, monstres). « La Chanson de Roland » appartient incontestablement à cette catégorie
le cycle de Guillaume d’Orange (avec Garin de Monglane, le chevalier Vivien, etc.)
le cycle des barons révoltés ou de Doon de Mayence.
Ce dernier cycle nous intéresse particulièrement, puisque c’est là qu’on retrouve la geste de Renaud de Mautauban. (XII° siècle). Or, le début de ce récit, qui est mieux connu sous le nom de « légende des quatre fils Aymon », se passe en Ardennes, et plus précisément dans la vallée de la Meuse, entre Monthermé et Givet. En fait, la geste est divisée en trois parties bien distinctes :
· Partie ardennaise
· Partie gasconne
· Partie rhénane

Voici les faits.
Partie ardennaise :
L’oncle du héros Renaud avait été assassiné sournoisement par Charlemagne car il avait refusé de se plier à son autorité. Plus tard, Renaud lui-même, qui s’était pris de querelle avec un neveu de l’empereur, tua d’abord le jeune homme puis reprocha à Charlemagne d’avoir assassiné son oncle. On devine la suite. Obligé de s’enfuir avec ses trois frères, Richard, Alard et Guiscard, il se réfugie dans la forêt des Ardennes. Avec l'aide de leur cousin, l'enchanteur Maugis, ils bâtissent un château (Montessor) sur un roc dominant la vallée de la Meuse: Château- Regnault. Charlemagne assiège le château. Les quatre frères résistent longtemps, mais à cause du traître Ganelon ils doivent s’enfuir par une porte dérobée. Ils se sauvent grâce au bon cheval-fée Bayard et regagnent l'épaisse forêt. Celle-ci leur sert de refuge pendant sept ans (chiffre symbolique).
Partie gasconne :
Ensuite, lassés de cette vie de misère, ils prennent la route de la Gascogne et nous les retrouvons en train de guerroyer contre les Maures en compagnie du Roi Yvon. Comme récompense de leurs exploits, ils obtiennent le château de Montauban. Mais Charlemagne, qui a retrouvé leurs traces, met le siège au château. Trahis par Yvon lui-même, ils parviennent encore à s’échapper, bernant une fois de plus l’empereur. Il s’ensuit encore quelques aventures durant lesquelles les frères sont tour à tour prisonniers. Finalement, épuisés, ils acceptent les conditions de Charlemagne. Celui-ci leur pardonne leur insubordination, mais Renaud doit accomplir un pèlerinage en terre sainte, tandis que ses trois frères deviendront vassal de l’empereur. Quant au cheval-fée, Bayard, qui les avait si souvent secourus (il était capable d'allonger sa croupe pour porter les quatre frères), il est livré à Charlemagne, lequel le précipite dans la Meuse à Dinant, en Belgique (une autre version dit à Esneux, près de Liège), avec une grosse meule de pierre autour du cou. Heureusement, le brave cheval parvient à se libérer et avec un hennissement, il s’enfonce dans la forêt d’Ardenne, au grand désespoir de Charlemagne.
Partie rhénane :
Revenu de Terre sainte, Renaud se rend en Allemagne où il travaille comme simple ouvrier à la construction de la cathédrale de Cologne. Jalousé, il est assassiné par ses collègues, qui jettent son corps dans le Rhin. Des miracles se produisent. A partir d’ici la légende rejoint l’hagiographie. Saint Renaud (ou plutôt Sankt Reinold) est vénéré à Cologne et à Dortmund. Plus tard, ses reliques seront transférées à la cathédrale de Tolède, où parait-il, elles sont toujours.
Il y a de nombreuses choses à noter au sujet de cette légende.
D’abord, l’interpénétration des différentes gestes : appartenant incontestablement à la geste des barons révoltés dans l’épisode ardennais, la légende des quatre fils Aymon rejoint la geste du roi quand il s’agit de combattre les Maures dans le Midi. Il faut dire que cette littérature est avant tout orale et que les conteurs s’y entendaient pour agglutiner ensemble les différentes histoires qu’ils avaient en mémoire. Le fait que la transition se soit faite sans problème entre la légende (qui avait sans doute un fond historique) et l’hagiographie (culte de saint Renaud en Allemagne) prouve bien qu’entre le merveilleux et la religion, les frontières n’ont jamais été très claires.
Un des enseignements que l’on peut d’ailleurs tirer de notre légende, c’est précisément qu’elle représente le combat de l’Eglise à l’encontre des anciennes croyances païennes. Dans la forêt primitive (dont l’Ardenne constitue finalement un résidu), les Celtes et avant eux les populations préhistoriques avaient vénéré certains rochers ou certains sites remarquables (voir par exemple le site mégalithique de Wéris, en Ardenne belge).

Le long de la Meuse ardennaise, ces sites ne manquaient pas. Il convenait donc de les « christianiser » en racontant une histoire dont le héros finirait par se soumettre à l’autorité ecclésiastique ( accomplir le pèlerinage en terre sainte et finir par être vénéré comme saint). Maugis, le cousin magicien des quatre frères, prendra quant à lui la bure.
D’un autre côté, si la légende insiste sur le désir d’autonomie et de liberté (en refusant initialement de devenir vassaux de Charlemagne, Renaud et ses frères incarnent bien le refus des chefs locaux, enracinés dans leur région, de s’incliner devant l’autorité centralisatrice de l’empereur), elle finit « moralement » par une soumission finale. Seul le cheval-fée Bayard, en fin de compte, parviendra à s’enfuir au plus profond de la forêt, incarnant à lui seul cet esprit frondeur si cher aux populations paysannes. De plus, il représente la victoire de la magie et du merveilleux sur le monde administratif et rationnel de l’Empereur. Il existe dans cette région (Ardennes françaises mais aussi Ardenne belge) de nombreuses « Roches Bayard », « Pas Bayart ». Ainsi à Dinant, à l’endroit même où Bayard se serait extrait des flots, se trouve le rocher Bayard, qui serait issu d’un coup de sabot du cheval fabuleux. On dit qu’à la Saint Jean, on l‘entend encore parfois hennir. Cette date, qui correspond au solstice d’été, renvoie bien, une nouvelle foi, à la fête de la lumière et donc à un culte païen pré-chrétien. Cela corrobore l’idée déjà émise d’une origine celtique de la légende, si ce n’est paléolithique.

Dinant (Belgique), Rocher Bayard
Notons que ce mythe quittera l’Ardenne pour devenir européen. Ainsi, en Espagne, dans le « Roman de Roncevaux », nous retrouvons le personnage de Renaud, qui meurt aux côtés de Roland à la fameuse bataille qui vit périr l’arrière-garde de Charlemagne. Plus tard, l’Arioste, dans son « Roland furieux », reparlera de Renaud.
Il existe une douzaine de manuscrits de notre saga. Le meilleur d’entre eux, appelé manuscrit La Vallière est conservé à la Bibliothèque nationale. C’est un texte du début du XIII°siècle qui comporte 18.489 vers.
A la fin du XIV° siècle, on aura une version de 29.513 vers en alexandrins. A la fin, le thème sera diffusé par la littérature de colportage.
Il existe une traduction à partir du texte en ancien français (au moins partielle) et que je n’ai pas lue : Les Quatre Fils Aymon, Trad. de Micheline de Combarieu du Grès et Jean Subrenat, Folio.
Voici donc ce que l’on peut dire pour donner un petit aperçu de cette terre sauvage et belle qui fut la patrie de Rimbaud. C’est un monde de forêts et de légendes et même si le poète aux semelles de vent a passé sa vie à le fuir, il serait fort étonnant que quelque part il n’y ait pas puisé une certaine inspiration car c’est souvent dans le pays de l’enfance que se trouve la source de toute chose.
Bogny-sur-Meuse (France) : quatre pics rocheux symbolisent les quatre frères

23:48 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, Rimbaud, quatre fils Aymon





