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27.02.2008

Cultiver son jardin

« Il faut cultiver notre jardin » disait le Candide de Voltaire.
Le problème, avec ce genre de citation que l’on extrait du contexte dans lequel elles ont été écrites, c’est qu’on finit par leur faire dire à peu près n’importe quoi.

Le sens premier est qu’il vaut mieux vivre modestement sans trop se soucier des affaires du monde, dont on ne parviendra jamais pas à modifier le cours des événements.

Maintenant, on pourrait tout de même prendre ces termes dans un sens second, sans en altérer la philosophie générale. Le terme « jardin », au lieu de désigner un jardin réel (et faire référence à une activité bucolique reposante), pourrait renvoyer à la culture. L’expression, alors, voudrait dire : mieux vaut vivre pour soi, en s’intéressant aux connaissances qui peuvent nous enrichir, plutôt que de perdre notre temps à nous impliquer dans la grande agitation du monde.

Ce qui nous renvoie à une autre notion : la culture n’est-elle pas un repli sur soi ? De prime abord, non, puisqu’elle est avant tout une ouverture vers l’extérieur (et qu’elle m’oblige à quitter les préoccupations de mon « moi » nombriliste), mais d’un autre côté elle peut être considérée comme un plaisir et donc comme un refuge.

Ainsi, je peux préférer flâner entre les rayons d’une librairie plutôt que de m’abreuver à la télévision des propos éloquents d’un homme politique de renom en train de visiter une foire agricole. Ou, si j’apprends l’incident qui s’est produit lors de cette foire agricole, plutôt que de m’agiter en prenant parti, je peux, plus sagement, relire le passage des comices agricoles dans « Madame Bovary ». Ce sera plus bénéfique pour moi et me permettra de prendre du recul avec l’agitation ambiante.
Mais est-ce que ce recul, si salutaire qu’il soit, n’est pas une sorte de fuite ? Car cela revient à ne plus vouloir voir le monde qui m’entoure en me réfugiant dans une activité que j’aime bien..

On pourrait tenir le même raisonnement pour les écrivains. Doivent-ils parler de poésie ou prendre parti dans la lutte politique ? Et s’ils adoptent cette dernière attitude, doivent–ils le faire dans leur oeuvre ou simplement en tant que citoyen ?

Comme quoi, quand on commence à se poser des questions, on n’arrête plus.

Commentaires

Ah, mais un ami et moi, on se posait cette question à propos d'un ami commun, qui fut prof et poète. Je lui faisais remarquer que si dans sa poésie, il se tenait tout à fait en dehors du "monde"... Hormis son monde intérieur... Dans sa vie de prof, justement, il s'était tout à fait impliqué dans le monde en mouvement, dans la "politique" du monde...

Mais écrire n'est-ce pas aussi un acte politique ? En amont de tout propos qui le serait ?

L'art et l'écriture, n'est-ce pas fondamentalement un choix de vie tout à fait politique ? En amont de celle qui se fait ?

Ecrit par : Pivoine | 28.02.2008

L'écriture est en effet un choix que je qualifierais de marginal dans le sens où on s'engage alors dans une voie médiane, parallèle, qui n’est pas celle de la « vraie » vie active adoptée par d’autres.
C’est une activité qui demande du recul et qui jette un regard critique sur la « rumeur » et l’agitation du monde et à ce titre il est donc normal qu’elle soit en retrait. De plus, elle s’interroge sur ce qui préside à l’existence de l’individu (« qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je ? ») ce qui l’amène à poser des questions fondamentales et donc à se détourner quelque peu de l’Histoire événementielle, qui n’est elle qu’une suite d’événements sans grands liens logiques.

Le problème c’est qu’étant en retrait (par exemple en écrivant un poème sur la nature au sens ou Jacottet peut en faire), elle se coupe de la vie habituelle des autres hommes, axée elle sur l’instant. Mais plonger dans cet instant pour le relater, ce serait faire œuvre de journalisme et non de poète.

Les grands écrivains qui sont parvenus jusqu’à nous nous intéressent par ce qu’ils ont dit de l’homme et non par la relation qu’ils ont faite des petits événements de leur époque.

D’un autre côté, les écrivains sont aussi le reflet de la société, dont ils sont un peu l’âme. Pourquoi ? Précisément parce qu’ ils parviennent à dénouer les noeuds du tissu social pour en proposer une lecture claire et critique. Mieux que d’autres, ils perçoivent ce qui se passe et vers quoi on s’achemine. Le paradoxe est donc bien qu’il faut être en marge pour mieux rendre compte des activités dans lesquelles on n’est pas engagé soi-même. Un peu comme le devin Tirésias, qui prédisait l’avenir mais qui était aveugle.

Ecrit par : Feuilly | 28.02.2008

Hors de la cité, les poètes !

Ecrit par : Joseph Orban | 28.02.2008

Je vois qu'on fait son petit Platon...

Ecrit par : Feuilly | 28.02.2008

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