06/03/2014
Ukraine (2)
Lors d’un entretien avec son homologue Dmitri Medvedev au Kremlin, le mardi 11 août 2008, Nicolas Sarkozy, qui avait servi de médiateur dans l’affaire de la Géorgie, s’était ainsi exprimé : « Il est parfaitement normal que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l'extérieur de la Russie ».
Donc, ce qui a été accepté une fois par un président français (il faut dire que les chars russes venaient d’occuper la moitié de la Géorgie, que les USA cherchaient à déstabiliser pour affaiblir Moscou) ne semble plus l’être par un autre président français. Curieux. Poutine n’a pourtant rien fait d’autre que ce qu’il avait déjà fait et que Sarkozy avait accepté.
Par ailleurs, il faut savoir à propos de l’Ukraine que la chaîne de télévision Russia Today a publié une nouvelle étonnante pour tous les Occidentaux qui ne lisent que la presse classique (pro-Otan et appartenant à quelques grands financiers). Cette chaîne a diffusé une communication téléphonique qui a eu lieu entre le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet, et la représentante de l’Union européenne, Catherine Ashton. Dans cette communication qui semble authentique, le ministre estonien dit qu’il vient d’apprendre de source sûre que les mystérieux snipers de la place Maidan étaient des individus liés à l’opposition pro-européenne et qu’ils auraient tiré à la fois sur la police et sur les manifestants pour créer la confusion et accuser ensuite le régime en place et le déstabiliser. Mme Ashton ne s’est pas formalisée outre mesure à cette annonce.
Bon, vous me direz que la chaîne Russia Today est un peu la voix de la Russie et que ses informations sont forcément partiales. C’est possible. Mais n’oubliez quand même pas que notre presse à nous est tout aussi partiale puisqu’elle nous relate depuis des années la croisade des bons Occidentaux qui vont apporter la civilisation (pardon, la démocratie) à des peuples opprimés par des tyrans sanguinaires (Afghanistan, Serbie, Irak, Libye, Syrie, Ukraine, etc.). Cela commence à faire beaucoup de peuples opprimés, vous ne trouvez pas ? Pourtant les mêmes Occidentaux soutenaient il n’y a pas si longtemps les dictatures d’Amérique du Sud et les despotes africains (Mobutu, etc.). C’est à n’y rien comprendre, non ? Cette passion soudaine pour la démocratie me laisse pantois.
16:08 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (3)
03/03/2014
Ukraine
Que dire de la crise ukrainienne ? Pas grand-chose, si ce n’est rappeler que nos dirigeants ne manquent pas d’audace quand ils osent accuser la Russie de non-respect des traités internationaux et d’invasion militaire. Ce serait oublier qu’eux-mêmes ont renversé le régime libyen et tué son dirigeant en outrepassant largement le mandat que l’ONU (institution toute inféodée à Washington soit dit en passant) leur avait accordé. Ce serait oublier également qu’ils étaient derrière les printemps arabes pour mettre les Frères musulmans au pouvoir (Egypte et dans une moindre mesure Tunisie). Quant à la Syrie, mieux vaut ne pas en parler, ils l’ont déstabilisée en finançant et en armant des djihadistes sanguinaires qui se moquaient des droits de l’homme autant que leurs commanditaires occidentaux. En Ukraine, donc, on a revécu le même scénario : injecter des millions de dollars à des opposants locaux pendant quelques années, tout en ayant soin de bien choisir ces opposants. En effet, ce qui compte, ce n’est pas leur respect de la démocratie, mais leur capacité militaire à renverser le pouvoir en place, dont le crime principal est évidemment aux yeux de l’Occident de ne pas être néo-libéral. C’est ainsi qu’on a vu des néo-nazis renverser un président démocratiquement élu qui, s’il était assurément corrompu, ne l’était sans doute pas beaucoup plus que ses devanciers issus de la « révolution orange », qui eux avaient pillé les restes d’un Etat en déliquescence pour asseoir leur fortune personnelle.
Bref, l’Occident est donc allé chatouiller le vieil ours russe dans sa zone d’influence, sans mettre un de ses militaires dans le pays, mais en agissant en sous-main de manière très efficace. Alors se scandaliser aujourd’hui quand on voit l’ours sortir de sa tanière et venir défendre une partie de son gâteau, c’est tout de même un peu curieux. D’autant plus qu’en Ukraine, la langue russe (comme la langue hongroise) viennent de perdre leur statut de langue officielle.
Bref, à trop vouloir jouer aux apprentis sorciers, nos chers dirigeants vont finir par nous mettre une bonne guerre sur le dos. C’est peut-être ce qu’ils cherchent, d’ailleurs, car le Capital, qui ne fonctionne bien qu’en période de croissance, a périodiquement besoin de ces guerres pour continuer à enrichir les quelque milliers de personnes qui en sont finalement les seules bénéficiaires.
Photo Genya Savilov. AFP

00:46 Publié dans Actualité et société | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ukraine





