18/12/2010
Pause
Après une année de bons et loyaux services, Marche romane prend ses quartiers d’hiver, ce qui signifie que ce site entre en hibernation pour quelque temps. J’ai envie de me plonger tout entier dans le silence des livres. Mon texte « Obscurité » a été écrit pour ainsi dire en direct et sous le regard de tous, aussi ai-je besoin maintenant d’un peu de recul. Internet est un outil fantastique, pour autant qu’on vienne y exprimer ce qui émane du plus profond de soi, sinon on risque de tomber dans un inutile bavardage, ce que je ne voudrais pas. Il est donc nécessaire de se ressourcer de temps à autre et telle est bien mon intention. Lorsque dehors tombe la neige, on n’a point trop envie de parcourir les routes, fussent-elles virtuelles, mais plutôt de rester bien au chaud et d’ouvrir un livre. Il suffit alors de tourner les pages pour retrouver aussitôt un autre voyage, celui où nous emmènent les écrivains. Rêver et plonger dans l’imaginaire peut être vu comme une philosophie de vie, une manière comme une autre d’échapper à ce monde agressif dans lequel il nous fait pourtant bien vivre.
A bientôt donc. Dans une autre année, probablement.

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13/12/2010
Dernière rose
Je me souviens d’un monde où les roses fleurissaient en novembre. C’étaient des fleurs étranges qui gardaient la mémoire de nos amours. Elles étaient belles dans leur ardente robe rouge et avaient en elles-mêmes une grâce et une splendeur incomparables.
Quand il avait plu, elles semblaient fort fragiles, avec une goutte d’eau qui parfois glissait le long de leurs pétales avant d’aller s’écraser dans la boue du chemin. Mais elles, sur leur branche, paraissaient attendre les jours d’un printemps improbable qu’elles ne verraient jamais.
Parfois, j’effeuillais d’un doigt délicat leurs pétales tendres, qui s’ouvraient sans résistance, laissant voir un instant les souvenirs enfermés là, au cœur des ténèbres.
Puis, quand venait décembre, un manteau de neige recouvrait soudain les roses. Immobiles, figées dans l’instant, elles semblaient n’exister qu’en rêve, comme si elles nous avaient déjà quittés.
De temps en temps, une mésange venait se poser sur une branche et, sous l’offense, celle-ci ployait légèrement. D’un bec rageur, l’oiseau effronté picorait alors le givre qui recouvrait la rose, la meurtrissant dans son rêve éternel.
Plus tard, bien plus tard, quand venait le printemps, la reine des fleurs, desséchée et flétrie, pendait lamentablement. Ballotée au gré des vents de mars, elle finissait par tomber sur le sol humide, où elle disparaissait bientôt sous des pas anonymes.
Il ne restait plus rien alors de la rose, rien qu’un parfum évanoui au plus profond de notre mémoire, rien qu’un souvenir oublié de nos amours adolescentes.
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