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21/11/2009

Automne profond

Quand est tombée la dernière feuille,
quand il n’est plus resté, dans la forêt,
que des branches nues
et de grands troncs démunis,

quand les pluies de l’automne eurent effacé jusqu’au souvenir du bel été
et que dans les sentiers nos traces eurent disparu,
quand il n’est plus rien demeuré de ce lit de fougères
où nous nous retrouvions pour apprendre à nous connaître,
encore et encore,

quand la boue et le froid eurent transformé le sous-bois en marécage
tandis que des oiseaux migrateurs traversaient le grand ciel noir,
quand il n’y eut plus, pour habiter ces lieux,
que des bêtes inquiètes et sauvages, à la recherche d’elles-mêmes
et fuyant une horde de chasseurs sans cesse à leur poursuite,

quand dans l’immensité de la nuit les étoiles se furent évanouies,
occultées par les nuages, les lourds nuages d’automne,
quand il n’y eut plus, dans la forêt dénudée,
que la présence de la mort,

alors il fut difficile, oui, de croire en un autre printemps,
alors il fut difficile, assurément, d’imaginer que nos mains pussent encore s’effleurer
un jour.

Sentier trempé qui serpente dans la forêt profonde,
silence posthume des êtres qui y vécurent
souvenir des jours passés.
Je marche seul entre les troncs noirs et nus,
Cherchant celui que sans doute je fus.
Il pleut.
Sur le bord de la dernière feuille,
une goutte d’eau hésite un instant puis tombe
dans son propre néant.
Bruit sourd qui marque la fin d’un monde.
Je marche et la nuit envahit
la forêt d’automne
que même les chasseurs ont désertée.
Il ne reste que le silence et la peur de la mort.
Il ne reste que le silence.
Le silence.

 

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Image Internet

00:20 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, poésie

18/11/2009

Le reflet

Dans la chambre se trouve un miroir, un miroir qui ouvre sur les portes de la mort.

Je m’y contemple souvent mais l’image qu’il me renvoie n’est jamais tout à fait la même.

C’est que le temps, imperceptiblement, a progressé et que la vie, implacable, a déposé dans mon cœur son lot de tracas, usant ce corps qui, il n’y a pas si longtemps, était encore jeune.

 

Je me regarde et c’est un autre que je vois. Un autre qui à chaque fois est un peu différent et qui pourtant me ressemble. Ombre éphémère de moi-même, image évanescente et floue de celui que je suis en train de devenir.

 

Un jour, peut-être, quand je ne serai plus, une sorte de lumière vacillante habitera encore le miroir, une espèce de fantôme qui viendra effrayer les survivants, lesquels regarderont, incrédules, celui que je serai enfin devenu pour l’éternité.

 

                           X

 

              X                        X

                                                         

Dans la chambre il y a des livres, beaucoup de livres.

Certains parlent de pays inconnus où je ne suis jamais allé et où je n’irai jamais (la chambre est une fenêtre ouverte sur le monde).

D’autres racontent des histoires ou parlent de poésie (toutes ces images qui s’adressent à mon cœur…)

Dans la chambre il y a des livres. Ils sont la mémoire du monde et comme une partie de moi-même. J’en ai lu beaucoup, mais il en reste davantage encore à découvrir.

 

Dans le miroir, mon image me dit, ironique, que je n’en aurai pas le temps et qu’il est trop tard déjà. Beaucoup trop tard…

 

                         X

 

               X                    X

 

 

Dans un coin de la chambre, il y a un lit, rien de plus normal en cet endroit.

Un lit où se reposer et partir en rêve vers des pays inconnus, ces pays découverts dans les livres.

Un lit où se réciter intérieurement des poèmes, ces poèmes appris dans les recueils entassés sur les étagères.

Un lit d’où on aperçoit son image dans le miroir. Une image parfois inconnue, comme les pays étrangers qu’on n’a pas visités, une image parfois émouvante, comme les poèmes qu’on récite avant de s’endormir pour l’éternité.

 

 

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Image Internet