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11/01/2013

Les guerres humanitaires ne datent pas d'hier.

En 1798, l’Egypte est une province de l’Empire ottoman. En pratique, elle est aux mains des Mamelouks (des anciens esclaves affranchis qui ont pris le pouvoir), qui dirigent à la place du sultan et oppriment le pays. La jeune France révolutionnaire, généreuse à souhait, décide d’organiser une expédition militaire pour délivrer le peuple égyptien du joug de ses tyrans et lui apporter les idées des Lumières.

On voit donc que la guerre humanitaire au Proche-Orient ne date pas d’hier.

Cependant, quand on y regarde d’un peu plus près, on se rend compte que la réalité est légèrement différente. D’abord, il y a eu une certaine pression des commerçants français installés en Egypte, qui se plaignent des tracasseries administratives imposées par les Mamelouks. Le commerce et l’argent primant sur tout, l’idée de conquérir l’Egypte était dans l’air. Mais il s’agissait surtout d’affaiblir la Grande-Bretagne (qu’on n’osait pas attaquer de front) et de lui enlever une de ses colonies tout en l’affaiblissant en lui coupant la route des indes.

On envoie donc un jeune général (un peu trop remuant) pour « délivrer » de ses tyrans  la terre des Pharaons. Ce général s’appelle Bonaparte. Celui-ci, qui voulait ressembler à César et à Alexandre le Grand, accepte avec joie cette mission. Il remporte la Victoire des Pyramides. Malheureusement, Nelson, qui avec son escadre cherchait la flotte française depuis des semaines, la découvre enfin dans la rade d’Aboukir et la détruit. Voilà donc les soldats français à la fois maîtres et prisonniers des terres d’Egypte. Le futur Napoléon laisse là  ses soldats et revient précipitamment en France tirer les fruits de sa victoire. Bientôt il se proclamera empereur.

 

bataille des pyramides,champollion

Watteau, Bataille des Pyramides, musée de Valenciennes

Tout cela pour dire que les interventions pour des raisons humanitaires ne datent pas d’hier et que ceux qui les dirigent pensent avant tout à leur carrière.

Heureusement, l’expédition d’Egypte eut des conséquences scientifiques bénéfiques puisque Bonaparte avait embarqué avec lui des historiens, des botanistes et des dessinateurs, lesquels se mirent à faire une description détaillée de tout ce qu’ils voyaient (suivant les armées et dessinant parfois alors qu’ils étaient en selle sur leur cheval). Leurs travaux vont donner naissance à l’égyptologie.

Sur le plan militaire, l’opération fut finalement un désastre car coincée en Egypte et privée de son général qui avait regagné la France, l’armée française va devoir affronter les Anglais. Atteints de maladie, les soldats capituleront et négocieront leur rapatriement sur des vaisseaux britanniques. Les Anglais voulurent saisir tous les croquis qui avaient été réalisés par les scientifiques français, mais après de nombreux pourparlers, ces derniers purent les emporter ave ceux, seules les pièces historiques restant en possession des Anglais. Ce fut le cas de la fameuse pierre de Rosette, qui se retrouva au British Museum dès 1802.

Elle est écrite en deux langues (égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures : écriture hiéroglyphique, écriture démotique (une version simplifiée et plus cursive de la précédente, qui s’est répandue à partir de la XXVI° dynastie car le nombre d’écrits à remplir par les scribes devenait très important) et alphabet grec. On espérait bien, en partant du grec, parvenir à déchiffrer enfin ces fameux hiéroglyphes. C’est Jean-François Champollion qui en perça le mystère, comme chacun sait. Il le fit à partir des copies faites lors de la campagne d’Egypte. Du coup, il sauva l’honneur de la France face à cette Angleterre qui venait de l’humilier sur le plan militaire.

 Bataille des Pyramides, Champollion

 Pierre de Rosette

08/01/2013

De la partialité de la presse (2)

 

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Mali-tirs-de-sommation-de-l-armee-contre-des-groupes-armes-islamistes.htm?&rub=6&xml=newsmlmmd.ded1855d8d8e6b9868ce0ebbb815308d.431.xml

Comme pour l’article du Point commenté hier, il suffit d’écrire quelques mots clefs dans Google (en l’occurrence ici  « Tirs de l'armée contre des groupes armés islamistes au Mali ») et vous trouvez une bonne vingtaine de journaux qui répètent le même texte issu de l’AFP.

Comme dans cet article d’hier également, on a affaire à des groupes islamistes intégristes, venus en grande partie de l’étranger, qui s’en prennent à un gouvernement légal. La seule différence, c’est que cela ne se passe plus en Syrie, mais au Mali.

La seule différence ? Non, car l’article dit exactement le contraire de celui analysé hier. Alors qu’en Syrie on nous parlait d’une opposition qui tentait de renverser un tyran sanguinaire pour rétablir la démocratie, on nous présente maintenant des  «groupes armés islamistes » qui « occupent » le nord du Mali. C’est nettement moins valorisant, convenez-en. L’armée régulière (qui visiblement est bien vue par le journaliste) a procédé à des « tirs de sommation » (comprenez : il s’agissait simplement de se faire respecter, l’intention n’était donc pas de tuer) contre un « ennemi » qui a reculé. Ensuite, on explique pour les lecteurs qui l’auraient oublié que cet « ennemi » avait mis « deux mois et demi » pour s’emparer du nord du Mali (ce qui ne semble pas très glorieux) suite à une « offensive » contre l’armée régulière (le gouvernement  légal est donc bien victime d’une agression).

 Ensuite, on discrédite cet « ennemi », qui a dû s’allier aux rebelles Touaregs pour parvenir à ses fins, ce qui ne l’a pas empêché par la suite d’évincer purement et proprement ces mêmes Touaregs (quels traitres, ces islamistes !). De plus, ce n’est pas un mouvement islamiste unique qui s’en est pris ainsi au pauvre Mali. Non, c’est un ramassis de plusieurs groupes : les djihadistes maliens, mais aussi  Mujao (un mouvement djihadiste qui concerne l’ensemble de l’Afrique) et Aqmi (autrement dit Al-Qaïda au Maghreb islamique, le pire de tous et dont le nom seul effraie le lecteur européen). Et comme si cela ne suffisait pas pour diaboliser cet « ennemi », on nous dit que ces envahisseurs ont avec eux « des hommes de la secte islamiste Boko Haram », dont j’avoue ne rien savoir, pas plus que  vous sans doute, mais dont on devine, puisqu’il s’agit d’une secte, qu’elle doit tenir un discours déviant et intransigeant.

Bon, il faudra maintenant m’expliquer pourquoi ces djihadistes-là sont de méchants envahisseurs (qu’une armée internationale, dont la France fera sans doute partie, pourrait combattre afin de rétablir le gouvernement légal dans ses droits, ce qui serait une belle action désintéressée, convenez-en) tandis que leurs homologues qui envahissent la Syrie et la mettent à feu et à sang ont tout notre soutien.

Car si les faits décrits plus haut se passaient en Syrie et non au Mali, on aurait écrit :

  • Que l’opposition avait démontré sa force en progressant vers le Sud
  • Que l’armée avait riposté en ouvrant le feu
  • Que cette opposition regroupe différents courants (et donc qu’elle est représentative de l’ensemble du peuple malien)
  • Qu’elle occupe le nord du pays depuis des mois et que l’armée régulière n’est pas parvenue à  la déloger
  • Qu’elle est arrivée à se débarrasser des Touaregs, ce peuple semi-nomade perturbateur

Bref, il existe donc bien deux manières de présenter les mêmes faits et tout cela dépend visiblement des relations que nous entretenons avec le pays concerné. On peut donc à la fois combattre Al Quaïda en Afghanistan, s’en servir en Syrie et s’apprêter à combattre cette organisation au Mali. C’est ce qu’on appelle du réalisme politique. Le tout est de bien savoir présenter les choses à l’opinion.

Patrimoine_Nord-Mali.jpg

13:59 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (5)

07/01/2013

De la partialité de la presse.

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-les-chretiens-de-damas-vises-05-01-2013-1608811_24.php

 

La manière dont la presse rend compte du conflit syrien est tout à fait orientée.  Tout d’abord, il faut savoir que l’article du Point repris ci-dessus, vous le retrouvez mot pour mot dans une série impressionnante de journaux (tapez « tir d’obus sur un quartier chrétien de Damas » dans Google et vous verrez combien de journaux sont concernés). On a donc bien affaire à un matraquage de la pensée. On veut faire croire que si tout le monde dit la même chose, c’est que c’est forcément vrai. Cette tactique a été bien utile pour discréditer de régime de Damas et nous faire croire que l’opposition était constituée de citoyens syriens pacifiques épris de démocratie.

Petit à petit, quand il devint évident que les « opposants » employaient les armes d’une manière aussi efficace  que l’armée syrienne, il a bien fallu changer de discours. On a dit alors que le conflit se militarisait devant la dure répression du régime. Autrement dit : la lutte armée de l’opposition est légitime (notez en passant que la lutte armée du Hamas, qui envoie des roquettes sur Israël, n’est pas présentée de la même façon puisque là on nous dit en gros qu’Israël a le droit de se défendre)

Ce qu’on s’est bien gardé de nous dire, c’est que les « opposants » légitimes syriens ont vite été entourés et dépassés par de nombreux djihadistes venus des quatre coins du monde arabe. Il s’agit surtout « d’enragés de Dieu » qui ont déjà combattu un peu partout et dont un certain nombre sont directement issus des troupes d’Al Quaïda. Ces djihadistes sont armés par l’étranger (les pays arabes que nous soutenons comme l’Arabie et la Qatar).  De plus, les services secrets américains, français et anglais, ainsi que certains éléments de l’armée de ces pays sont bien présents dans la région. Les conseillers russes, qui soutiennent Assad, ne manquent pas non plus,  me direz-vous. Certes. Mais cela veut bien dire qu’on est en fait en présence d’un conflit entre la Russie et l’Occident et que ce dont il est question, c’est de se disputer la Syrie. Alors qu’on arrête de nous faire croire qu’il s’agit d’un conflit interne pour la démocratie. L’avenir du peuple syrien, tout le monde s’en moque.  On a en Syrie des conseillers militaires et du matériel russes et en face un Occident belliqueux qui se sert de djihadistes fanatiques tout en leur fournissant des armes et un soutien logistique (les satellites américains doivent leur donner pas mal d’indications sur ce qui se passe sur le terrain, comme les satellites russes doivent donner le même genre de renseignements aux troupes d’Assad, d’ailleurs).

Mais revenons à notre article du Point. Qu’un  obus soit bien tombé sur un quartier chrétien, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais alors il aurait fallu avouer:

  •  que les djihadistes n’ont rien de simples « opposants »

  • qu’ils ne sont pas seulement armés d’armes légères mais aussi d’armes lourdes

  • qu’ils essaient d’impliquer dans le conflit les populations palestiniennes en exil en Syrie et les chrétiens syriens eux-mêmes, ces deux communautés étant restées jusque maintenant en dehors des affrontements (soit en prenant à contrecœur le parti de l’armée d’Assad qui était la seule à pouvoir les protéger, soit en constituant eux-mêmes des milices citoyennes pour empêcher les djihadistes d’envahir leurs quartiers)

  • Que les djihadistes ont bien dit qu’ils massacreraient tous les Alaouites et mettraient les Chrétiens dehors

Voilà ce que l’article du Point (ou des autres journaux qui recopient sans réfléchir les dépêches de l’AFP) ne pouvait pas dire sans heurter la sensibilité de ses lecteurs. Le public occidental ne comprendrait pas pourquoi nos gouvernements soutiennent des islamistes enragés dont le programme est de massacrer les civils innocents qui ne seraient pas de la même confession qu’eux  (sont visés les chiites, les alaouites, les maronites et les chrétiens).

Alors, plutôt que d’avouer que des rebelles étrangers que nous soutenons tirent des obus sur une population civile chrétienne innocente, on se contente de citer le fait sans rien dire de l’origine du tir. A ce stade, un lecteur inattentif qui ne suit pas le conflit de près pourrait même s’imaginer, s’agissant d’un obus,   que c’est l’armée syrienne qui a tiré, ce qui n’est évidemment pas le cas. Mais il y existe heureusement des lecteurs attentifs, alors, après avoir relaté  la chute de cet obus sans en avouer l’origine, on noie l’information et on nous dit par exemple

-  que  « les troupes (syriennes) ont pilonné durant la nuit Daraya, une localité qu'elle tente de prendre depuis plusieurs semaines.

- Alors que le quotidien Al-Watan, proche du pouvoir, affirmait dans son édition de vendredi que la ceinture sud de Damas était désormais "sécurisée", de violents combats y ont eu lieu dans la nuit, faisant quatre morts parmi les rebelles »

Donc le tir des djihadistes contre une population civile innocente n’est finalement qu’un tir de plus dans un conflit qui s’éternise. Mieux : on insiste sur l’impuissance de l’armée à s’imposer sur le terrain (cf. les mots «qu'elle tente de prendre depuis plusieurs semaines »). Puis on discrédite les organes de presse de l’ennemi : Al-Wattan avait annoncé qu’une zone était sécurisée alors que de violents combats y ont de nouveau lieu ». De cette information, le lecteur occidental retire l’impression que l’armée syrienne est à bout de souffle, qu’elle n’en peut plus, que la chute du régime est proche, et que même dans les zones « sûres » les opposants sont capables de continuer les combats. S’ils meurent, c’est en martyrs de leur cause (il y a eu quatre tués).

On aurait pu présenter les choses autrement. Dire que même dans un quartier « sécurisé » il est facile de s’introduire et de faire exploser une voiture. Ou dire que l’armée syrienne a été formée pour se défendre contre Israël et qu’elle n’était pas préparée à des combats de rue menés par des étrangers qui s’infiltrent parmi la population syrienne dont ils se servent comme bouclier humain. Si l’armée ne fait rien, les djihadistes massacrent les civils non sunnites, si elle tente de reprendre le quartier, elle tue  des innocents et on aura alors un beau prétexte pour que l’Occident intervienne (comme il l’a fait en Libye).   

Voilà tout ce que l’article ne dit pas. Mais il continue en ridiculisant le discours officiel du régime (comme cet aéroport qui serait fermé à cause du brouillard alors qu’en réalité les djihadistes l’ont une nouvelle fois investi). Finalement, il conclut en citant le nombre de morts (toujours les chiffres cités par l’opposition, qui a intérêt à minimiser ses pertes propres et à gonfler le nombre de victimes innocentes. Elle compte donc probablement ses djihadistes morts au combat parmi les victimes civiles innocentes).

Bref, dans  nos pays démocratiques et libres, on aura compris que notre presse est orientée selon les intérêts de certains (et qui ne sont ni ceux des citoyens occidentaux ordinaires ni ceux des citoyens syriens). Ce qui m’inquiète, c’est que la liberté de la presse est un des piliers de notre démocratie et on a souvent reproché à juste titre aux régimes dictatoriaux d’en faire un outil de propagande.  Il serait donc grand temps de se poser des questions sur la nature réelle de notre régime politique.

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Chrétiens syriens (Crédit photo AFP)

00:05 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (7)