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26/05/2007

Paysage (1)

 

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D’abord, il y a la montagne

La montagne et le ciel

Et puis la mer qu’on devine

Ou qu’on imagine.

La mer.

 

Dans le ciel, si bleu, si pur, tourne un vautour.

Il tourne au-dessus des ruines d’un improbable château.

Il tourne depuis mille ans

Le gypaète barbu.

 

Nous sommes dans la montagne

Aux marches du royaume.

Midi scintille de tous ses feux

Tandis qu’une lézarde se chauffe au soleil

Sur une roche de schiste,

Les yeux ouverts, aux aguets,

La respiration palpitante.

 

Un ermitage est là, dans ce désert de pierres.

D’une source coule une eau froide,

Salutaire au voyageur.

Dans la chapelle à l’abandon

Point de chants liturgiques

Mais une musique obsédante qui emplit l’espace.

Celle des insectes qui, par milliers, crient leur certitude

Et leur volonté de vivre.

 

Sur l’autre versant, se dresse une tour

Qu’on appelle sarrasine car le Maure la construisit

En des temps reculés,

Quand ce pays était frontière d’un autre empire

A jamais disparu.

 

En bas, s’étend la plaine et ses villas romaines

La plaine antique et ses vignobles

La terre des hommes et du vin fou.

En bas c’est la plaine.

 

L’ombre du vautour a décrit un cercle plus étroit.

Il est midi et l’on reprend sa marche

Vers d’autres destinées

Vers d’autres montagnes  

Où la vie n’est plus qu’un songe

Dans la chaleur de l’été.

 

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00:55 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (2)

25/05/2007

L'invitation au voyage

Ces derniers temps, la politique est devenue déconcertante. Une majorité de la population semble aspirer à un régime fort, qui va pourtant réduire ses droits sociaux (généralisation des emplois précaires, diminution des indemnités de chômage, droit de grève remis en question,, démantèlement du service public, heures supplémentaires, etc.) et son pouvoir d’achat (la sécurité sociale comme les pensions basculant vers le secteur privé, il faudra bien cotiser auprès de ces nouvelles caisses). L’eau, le gaz, l’électricité ne seront plus vus comme des biens auxquels la population aurait droit, afin d’améliorer son confort de vie, mais comme des produits à vendre. Dans ce contexte, se chauffer en hiver pourrait bientôt devenir un luxe… Insensiblement, on assistera donc à une paupérisation manifeste d’une partie des citoyens et à l’enrichissement de quelques-autres.

Par ailleurs, le travail n’est plus présenté comme un moyen de gagner sa vie mais bien comme une fin en soi. Il faut se lever de plus en plus tôt, travailler davantage, faire des heures supplémentaires, soutenir un rythme quasi infernal… L’argent gagné au détriment du temps que vous auriez pu consacrer à votre famille ou à vos loisirs (et pour moi ce terme évoque d’abord la culture et la lecture) ne servira qu’à acheter des biens de consommation futiles, donc à faire tourner la machine économique et à permettre à quelques privilégiés de s’enrichir encore plus.

Comment peut-on approuver cela ?

Afin de garder le moral, en ces temps difficiles, prenons le large et réfugions-nous dans notre imagination. Notre monde intérieur n’appartient qu’à nous, on ne peut pas nous l’enlever, profitons-en.

Partons donc en voyage, non pas, comme Ulysse, pour dix années, mais seulement pour cinq, le temps que les choses se calment un peu du côté de l’occupant de l’Elysée. Voguons sur la vaste mer à la recherche d’une vérité improbable, découvrons des îles vierges, écoutons le chant des sirènes ou plus simplement le bruit des vagues. Laissons-nous séduire quelque temps par la belle Calypso puis retournons à Ithaque, la terre de nos ancêtres, où nous attend depuis toujours la belle Pénélope.

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14:10 Publié dans Errance | Lien permanent | Commentaires (2)

22/05/2007

Dire et faire

Peut-on dire une chose et faire le contraire ? En éducation, cela me semble difficile. Expliquez à un enfant qu’on ne met pas les pieds sur la table du salon en regardant la télévision, il comprendra votre discours et approuvera votre point de vue, même s’il lui en coûte. Mais ne vous laissez pas aller à commettre l’irréparable, à savoir étendre vos propres jambes sur ladite table un jour de grande fatigue ou de lassitude, un de ces jours où les événements de la vie sont les plus forts et vous laissent comme anéanti (par exemple quand vous découvrez qu’il y a plus de 53% de vos contemporains qui admirent Sarkozy). Aussitôt, d’une manière implacable, logique et cinglante, on vous rappellera vos propres paroles : « On ne met pas les pieds sur la table du salon en regardant la télévision.» Que répondre à cela ? Rien, si ce n’est que le mieux serait de ne jamais regarder la télévision, cette boite creuse dont la fonction semble être d’abêtir les masses. Mais allez expliquer cela à des enfants ! Allez leur dire qu’ils doivent arrêter de zapper et qu’ils doivent couper définitivement la source des images au moment même où ils vous ont pris en flagrant délit de parjure. Le moment serait mal choisi. C’est que, traître à vos propres paroles, vous avez commis l’irréparable, vous avez transgressé l’interdit, cet interdit dont vous aviez vous-même énoncé les règles d’une voix ferme et implacable.
Rien à redire. L’enfance vit dans un rêve, mais son monde est logique. Les actes doivent suivre les paroles, sinon on prend le risque de se discréditer soi-même.

En politique, apparemment, il n’en va pas de même. Comme les citoyens ne sont plus des enfants, ils peuvent comprendre que dans certains cas ceux qu’ils ont élus peuvent avoir une certaine marge de manœuvre et ne pas faire exactement ce qu’ils avaient dit qu’ils feraient, c’est-à-dire, en fait, faire exactement le contraire.

Ainsi, on a vu le petit Nicolas réclamer un état impartial, qui fonctionnerait avec plus de transparence. Il a raison et je l’approuve quand il parle comme cela (tout en en comprenant pas bien pourquoi en même temps il demande plus de liberté pour les firmes privées et donc moins de lois contraignantes, c’est-à-dire moins d’Etat, mais bon, c’est sans doute moi qui n’arrive pas à emmagasiner tout ce qu’il dit car il dit tant de choses…). Donc, il faut un état fort, qui se fasse respecter et qui mette tous les citoyens sur le même pied. Plus de manœuvres louches, plus de passe-droit, rien que la légalité. Enfin ! A peine élu, le futur président, conscient de la tâche qui l’attend et de la difficulté qu’il y a à remplir une telle mission, nous annonce qu’il va se retirer pour prendre toute la mesure du poids qui pèse maintenant sur ses épaules. Voilà qui est digne d’un homme d’Etat, ce qui laisse loin derrière lui tous ces petits politiciens qui ne pensent qu’à leur carrière personnelle. De Gaulle est de retour et la France dans de bonnes mains.

Dommage qu’après avoir annoncé tout cela, le petit Nicolas a fait exactement le contraire. La retraite mystico-étatico-présidentielle est en effet devenue des vacances au soleil. Bon, pourquoi pas ? Moi aussi je prends des vacances. Il a sans doute voulu montrer par-là, par un geste fort, qu’il se rapprochait de la majorité des Français. Il agit « comme tout le monde » en quelque sorte. On applaudit encore, même si c’est un peu moins fort.

Le problème, c’est que ces vacances sont payées par un industriel richissime. A ce dernier, on ne va pas reprocher sa fortune puisqu’il s’est levé tôt pour l’acquérir. Mais enfin, en ce qui concerne le futur président, cela fait un peu tâche de s’afficher ainsi ouvertement avec le monde des affaires. Tant pis. Comme je l’ai dit, il y a ce que l’on dit et ce que l’on fait. Les citoyens étant adultes, ils ne vont pas s’en émouvoir comme des enfants.

Evidemment, une fois que le pli est pris, on continue. Ainsi, après avoir volé les voix de Le Pen en lui prenant ses idées et après avoir proclamé que la droite ne devait plus avoir peur d’être la droite, voilà qu’il recrute au centre et à gauche, au plus grand étonnement de son propre électorat qui ne l’avait pas élu pour qu’il mette des ministres socialistes au gouvernement. Mais il va plus loin encore, en nommant Juppé comme ministre de l’écologie. Là on rigole franchement. Juppé qui avait toujours travaillé pour les grands groupes industriels, voilà qu’il va aller leur mettre des taxes parce qu’ils polluent. Allons, qui va croire cela ? Et puis, en tant que ministre intègre, il laisse un peu à désirer, lui qui avait été inéligible pendant quelque temps. Qu’est-ce qu’il avait fait encore ? N’est-ce pas lui qui avait franchi le portillon du métro sans payer ? Non, je confonds, ce devait être un autre.

Enfin, bon, pour ce qui est de notre Etat de droit, propre et intègre, cela commence plutôt mal. Mais je vous l’ai dit : l’électeur est adulte et il ne va se formaliser pour ces petits revirements. Il faut dire que l’habitude rend la chose aisée. On avait déjà vu Mitterrand mener une politique de droite, alors on est blindé. Et puis, finalement, tout est dans la parole. « Au commencement était le Verbe », lit-on dans la Bible. C’est ce que l’ami Sarkozy a bien compris, en demandant de lire aux élèves des lycées la lettre de Môquet. Plutôt que de réformer les programmes qui en ont bien besoin (comme il l’avait annoncé), il commence par faire pleurer la jeunesse. Ce n’est pas que Nicolas ait l’intention de mourir lui aussi pour la France. Non pas du tout, ce n’est pas le style de se laisser exterminer. Il repartirait plutôt en croisière sur son yacht, surtout si les frais sont payés... Par contre, les jeunes, il est bon qu’ils connaissent le prix du sacrifice. Et puis comme cela, si la France se trouve engagée en Iran, au Liban, en Afghanistan ou ailleurs (en fait partout où Bush va mettre les pieds et la liste est longue), il n’est peut-être pas mauvais de la préparer à mourir, cette jeunesse oisive, qui n’a rien d’autre à faire que de brûler des voitures.

21/05/2007

De la culpabilité

La France, nous dit Sarkozy, ne doit plus avoir honte de son passé. Donc acte. Nos guerres étaient donc justes et la colonisation une bonne chose. Soit. Pourquoi, dès lors, avoir mis à la politique étrangère une personne passée maître dans l’art de la culpabilité ?
Car c’est bien Kouchner qui fut jadis à l’origine du slogan en faveur des enfants de Somalie ou en tout cas qui le cautionna fortement. Souvenez-vous. On voyait un petit Africain squelettique à côté d’un kilo de riz. La légende était : « Un enfant de France donne un paquet de riz pour un enfant de Somalie.»

Je ne dis pas ici qu’il ne fallait pas aider la Somalie, je dis que ce slogan racoleur ne posait pas les vrais problèmes, à savoir :
1) pourquoi la Somalie était-elle dans cet état ?
2) pourquoi les pays occidentaux ne faisaient rien pour l’aider à sortir de cette situation ?
3) pourquoi il revenait finalement aux citoyens occidentaux, à titre individuel, de secourir la population somalienne ?

Il était donc quasiment impossible de ne pas se sentir coupable si on ne donnait pas un kilo de riz. Mais pourquoi les chômeurs ou les « RMIstes » de France et de Navarre devaient-ils ainsi suppléer aux carences des dirigeants africains, lesquels avaient été mis en place pour le plus grand profit des gouvernements occidentaux ?

De plus, on sait qu’une assistance humanitaire de ce type, qui ne résout pas les problèmes de fond, ne sert pas à grand chose, tant son action est ponctuelle et limitée dans le temps. De plus, elle fait de l’assistanat plutôt que d’aider le peuple en détresse à s’en sortir vraiment.

Dans le cas de évoqué de la Somalie, quelques mois après cette campagne de Kouchner (qui en fut le grand bénéficiaire médiatique, asseyant ainsi sa réputation d’homme au service de l’humanité), les Américains, sur mandat de l’ONU, débarquaient avec 30.000 soldats, soi-disant pour des raisons humanitaires. Il s’ensuivit une guerre civile qui se solda par des milliers de morts. On peut se demander d’ailleurs si la raison de l’intervention ne tenait pas plus à la situation stratégique de la Somalie qu’au désir d’aider sa population. Auquel cas l’opération médiatique de Kouchner n’aurait été qu’une manière (consciente ou inconsciente) de préparer les esprits à cette intervention.

Il y a fort à parier que le Darfour sera une des prochaines zones où le « French Doctor » pourra montrer son savoir-faire.